Tchaikovski: Eugene Oneguine (Janssons, 2011) 1 dvd Opus Arte. De Nederlandse Opera, juin 2011

Juin 2011: nouvelle production à l’Opéra hollandais (De Nederlandse Opera): Pierre Audi développe une vision rétrospective où le héros solitaire et inadapté revit les événements qui ont scellé son destin: dès l’ouverture, comme un arrêt sur images, la narration opère une marche arrière, flashback, où dès lors, la vision et l’expérience amère d’Eugène, se mêle aux péripéties passées. L’action se colore d’un sentiment de remémoration sombre et de plus en plus étouffant. Dans ce fil double, réussir la cohérence et la vraisemblance de deux intrigues parallèles est un vrai défi… La prouesse que réalise le metteur en scène, grâce à un jeu d’acteurs minutieusement réglé, tient ses promesses. Le théâtre s’invite ici et offre plusieurs rééclairages souvent saisissants… comme par exemple, reprise en visuel de couverture du présent dvd, la scène de la lettre de Tatiana, où la jeune femme frappée par l’amour et la passion, écrit sa déclaration avec Onéguine assis à son bureau, plume en main… l’idée est d’autant plus pertinente que Tania dit rêver la présence de son aimé (pourquoi en effet ne le verrait-elle pas en concevant sa lettre?); qu’Onéguine en un décalage émotionnel qui se révélera fatale et tragique, éprouvera les mêmes sentiments dans un basculement terrifiant…


Mariss Jansons au sommet

D’emblée, c’est la direction de Mariss Jansons qui force l’admiration; en suivant les options de mise en scène, le chef inscrit immédiatement l’émergence du passé et des souvenirs, comme les éléments d’un courant empoisonné et amer. La force de la frustration et la terrifiante amertume se réalisent peu à peu; on regrette que dans cette production si visuelle et théâtrale, servie par le feu nuancé du maestro, la distribution peine souvent par manque de fulgurance… une énergie incarnée qui fait d’autant plus défaut que l’orchestre sait rugir, se contenir, ciseler la fièvre amère de l’opéra de Tchaïkovski.

Ni Bo Skovhus (certes bon acteur mais voix éteinte), ni Krassimira Stoyanova (en retrait et trop gentille, y compris dans son air de la lettre, dénué de toute urgence comme de toute candeur passionnelle) ne convainquent pleinement.

Autour d’eux, Triquet (Guy de Mey), Filipyevna (Nina Romanova) se distinguent. L’éclat assez terne de deux protagonistes (Eugène/Tatiana) ne doit pas cependant affecter la précision juste de la mise en scène ni l’engagement incandescent de la fosse, superbement tenu par Mariss Jansons, immense chef lyrique.

Tchaïkovski: Eugène Onéguine. Bo Skohus, Krassimira Stoyanova, … Choeur et orchestre du Nederlandse Opera. Mariss Jansons, direction. Pierre Audi, mise en scène. Enregistrement réalisé en juin 2011 à Amsterdam. 1 dvd Opus Arte. Durée: 2h30mn. Réf.: OA 1067 D

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