Compte tendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Nathalie Stutzmann est un chef qui petit à petit s’impose par un sérieux et une vision personnelle de la musique qu’elle partage avec son orchestre Orfeo 55, dans une progression mutuelle des plus sympathiques. Diriger le célébrissime Messie, c’est oser se soumettre à des comparaisons tant il est rare de trouver des auditeurs ne connaissant pas le chef d‘œuvre de Haendel.

Un Messie agréablement théâtral

Haendel, handel MessieLe public de la Halle aux Grains a été conquis par cette interprétation riche en qualités. Tout d’abord une théâtralité qui fait avancer chaque partie à son rythme. Le tempo allant, comme l’énergie émanant de la direction, donnent un sentiment de facilité d’écoute des plus confortables. L’orchestre est virtuose et plein de fougue, le choeur de chambre, léger et dansant.  L‘effectif permet de belles nuances et chaque pupitre est équilibré avec des couleurs franches. Seul le pupitre des basses est un peu clair et a eu des moments de vocalisation difficiles. Les couleurs des alti et ténors, voix intermédiaires, parfois trop discrètes,  leur ont permis une très belle présence tout au long de la soirée. Cette conception chambriste et dansante du Messie a dès la première partie conquis le public. La douleur et l’ampleur ont ensuite pu se développer avec évidence, avec le même sentiment d’avancer facilement. Les solistes ont magnifiquement interprété leurs airs. Deux musiciens hors pairs nous ont régalé par la perfection de la voix, du style comme de l’émotion.

Sara Mingardo avec son timbre unique et sa délicate technique a envouté le public. Elle a osé des nuances infimes dans les reprises qui ont permis à l’émotion de se déployer encore.

Le jeune ténor Benjamin Bernheim la rejoint sur le même niveau de musicalité. Belle voix lumineuse et musicien sensible il a su dès son récitatif d’entrée et son premier air capter l’attention du public.

En troisième partie leur duo «  O death where is thy sting » a été un pur moment de grâce, par l’accord des timbres, des nuances, des phrasés, des sensibilités.  La soprano Susan Gritton dont la voix est un peu lourde en première partie a su déployer son sens du théâtre tout particulièrement dans son air « I know that my Redeemer liveth ». Seule petite faiblesse la basse Andrew Foster-Williams nous a semblé ce soir brutaliser un instrument manquant d’assise grave et vocaliser en force. Il lui a un peu manqué la souplesse dansante de ses collègues.

Nathalie Stutzmann a su s’imposer en chef de grandes œuvres. Ce Messie très réussi, en sa conception personnelle assumée, lui ouvre un bel avenir. Nous suivrons avec attention ses autres projets.

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou. David Syrus, Walter Sutcliffe.

Quelle intelligence de proposer à Walter Sutcliffe une telle gageure ! Frédéric Chambert a en effet osé demander au metteur en scène britannique d‘utiliser le même décor pour deux opéras de Britten créant ainsi une perspective vertigineuse sur la maltraitance infantile dans les familles.  Nous garderons en effet de cette aventure un enrichissement inattendu des œuvres de Britten. Si chaque opéra seul, de part sa puissance théâtrale, vaut  habituellement une soirée d‘opéra, ce qui sera réalisé plus tard à Toulouse qui propose chaque opéra séparément, nous pouvons écrire que la puissance de ces deux œuvres dans leur suite, donne à penser comme rarement à l’opéra. La mise en scène de Walter Sutcliffe est digne du théâtre : chaque acteur-chanteur fait bien plus que d’habitude à l’opéra. Physiques parfaitement liés aux rôles, voix belles et diction parfaite permettent au spectateur de suivre avidement deux actions théâtrales fulgurantes, grâce à des artistes très engagés.

 

 

 

Choc salutaire

 

_59P9160Owen Wingrave défend avec audace un pacifisme pensé, argumenté, courageux dans une famille où plus personne ne pense plus depuis longtemps, chacun répétant sans en rien comprendre, tels des perroquets décérébrés, une ode à la mort des mâles et agissant en serviteurs zélés de Thanatos. Le pauvre Owen, de retour dans sa famille après sa formation, abasourdi par tant de bêtise et de méchanceté entremêlées perdra la vie, volontairement … ou tué par un membre de la famille, la question reste ouvert. Chacun dans cette pièce oppressante joue et chante à merveille : Dawid Kimberg  avec une voix lumineuse en Owen, une dignité et une noblesse perceptible touche le cœur dans son monologue pacifiste. Voilà des mots puissants à se répéter sans cesse :

La paix n‘est pas oisive mais vigilante. La paix n’est pas consentement mais quête. La paix n’est pas muette, elle est la voix de l’amour.

Toutefois face à tant de vide de pensée et tant de haines, rien de  cette intelligence et de cette force d’ âme n’a pu tenir… Le décor est réduit en hauteur afin de permettre aux acteurs de gagner en présence pour le spectateur. Le jeu est habile et naturel. Vocalement chaque voix est parfaitement choisie et l‘équilibre général est remarquable.

Le manoir de Paramore est sinistre à souhait. Les éclairages de Wolfgang Goebbel accentuent le malaise et rendent perceptible l’oppression d’ Owen.

L‘orchestre est magnifique, les choeurs surnaturels glacent le sang. Et la ballade macabre de la famille Wingrave est chantée de manière inoubliable par Thomas Randle. Les costumes parfaitement assortis aux décors dans des tons subtilement associés sont du meilleur goût. Kaspar Glarner a fait un travail d’orfèvre.

_59P9454Retrouver des éléments de décors détournés avec esprit dans Le Tour d’écrou accentue le malaise face à l‘enfance maltraitée. Là-bas, les ancêtre en portrait avaient menés Orwen à la mort autant que les vivants. Ici, La présence du tuteur si coupablement absent de la vie des enfants,  en des portraits géants prend un sens nouveau. C’est par son abandon que les enfants ont été manipulés par des pervers, devenus fantômes présents pour jamais dans l‘âme, l’esprit et le corps des enfants. La pédophilie ne pouvant jamais être exclue, on devine que les mauvaises rencontres les ont détruit. Les deux rôles d‘enfants chantés ont été remarquables et la puissance des voix parfaitement équilibrés avec celle des adultes. Plus lyrique que Owen Wingrave le Tour d‘écrou offre un rôle émouvant à la gouvernante. Anita Watson est un beau soprano lyrique qui joue ce personnage sensible et bon avec force et émotion. Le Quint de Jonathan Boyd est aussi séduisant vocalement que le jeu de son personnage est répugnant par sa lascivité, créant une tension entre la vue et l’ouïe qui déstabilise. Du grand art !

Avec concentration et une main de fer David Syrus obtient de l’Orchestre du Capitole une tension dramatique quasi insoutenable, dans une splendeur sonore de chaque instant. Bravo à tous les musiciens de  l’orchestre !

La mise en scène  de Walter Sutcliffe trouve tout au long de la soirée une théâtralité naturelle, comme la musique coule et le texte se déploie, en un spectacle total.

Cette association généreuse offre un spectacle de près de quatre heures dont le spectateur ressort plus lucide, loin du conformisme ambiant. Un moment trop rare dans une salle d‘opéra. Merci à Frédéric Chambert qui signe ici l’une de ses plus audacieuses productions au Capitole de Toulouse.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou.  

Owen Wingrave, Opéra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’après la nouvelle de Henry James créé le 16 mai 1971 à la télévision, BBC 2, création scénique le 10 mai 1973 au Royal Opera House, Covent Garden, Londres. Walter Sutcliffe, mise en scène ; Kaspar Glarner, décors et costumes ; Wolfgang Goebbel, lumières. Avec : Dawid Kimberg, Owen Wingrave ; Steven Page, Spencer Coyle ; Steven Ebel, Lechmere ; Elisabeth Meister, Miss Wingrave ; Janis Kelly, Mrs Coyle ; Elizabeth Cragg, Mrs Julian ; Kai Rüütel, Kate Julian ; Richard Berkeley-Steele, Général Sir Philip Wingrave ; Thomas Randle, Le Narrateur / Le Chanteur de ballades. Production Opéra de Francfort (2010).

 

Et

 

Le Tour d’écrou, Opéra en deux actes et un prologue sur un livret de Myfanwy Piper d’après la nouvelle de Henry James créé le 14 septembre 1954 au Teatro la Fenice, Venise ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scène ; Kaspar Glarner, décors et costumes; Wolfgang Goebbel, lumières. Avec: Jonathan Boyd, Le Narrateur / Peter Quint ; Anita Watson, La Gouvernante ; Francis Bamford / Matthew Price, Miles ; Lydia Stables / Eleanor Maloney, Flora ; Anne-Marie Owens, Mrs Grose ; Janis Kelly, Miss Jessel.

Maîtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale, David Syrus.

 

 

 

 

Illustrations : F. Nin © Capitole 2014.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 31 octobre 2014. Claude Debussy (1862-1918) : Nocturnes, triptyque symphonique avec chœur de femmes ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, trois poèmes pour chant et orchestre ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Les songes d’une nuit d’été musique de scène, op61 (extraits) ; Marianne Crebassa, mezzo-soprano ; Chœurs du Capitole, chef de chœur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Pierre Bleuse, direction.

bleuse, pierrePierre Bleuse a sauvé un programme ambitieux en acceptant de relever le défi de diriger, en urgence, un copieux concert programmé de longue date et que le chef Josep Pons, retenu au-delà de Pyrénées, n’a pu honorer de sa présence. Au-delà du sauvetage qui lui vaudrait toute notre sympathie et notre admiration il est indéniable que Pierre Bleuse, violoniste de grand talent, venu assez récemment à la direction d‘orchestre, a convaincu par sa grande musicalité. Encore prudent dans sa gestuelle et très concentré, il a montré une belle qualité de clarté des plans sonores, un intéressant dosage des nuances, surtout une capacité à laisser chanter l‘orchestre dans une sorte de liberté permettant à la musique quelque soit son style de se développer.

Les trois Nocturnes de Debussy ont ainsi évoqué pour Nuages, une texture ouatée et ferme dans une légèreté très poétique avec des choeurs bouches fermées d’une subtile évocation. Fête a caracolé avec puissance et joie dans une très belle fermeté rythmique. Dans Sirènes, le dosage entre le chœur a moins fonctionné car les nombreuses sirènes avaient des accents quelque peu wagnériens. Mais quel hédonisme sonore !

La toute jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa dès son entrée sur scène a irradié de sa douce présence. Avant tout un timbre rare par sa couleur mordorée nous a envouté puis une diction claire et enfin une musicalité délicate avec de très beaux phrasés. Cette toute jeune cantatrice est promise à un bel avenir d’autant que sa personnalité artistique semble attachante dans son écoute et son partage avec l’orchestre et le chef. L’Orient évoqué dans ces trois mélodies sur des poèmes de Tristan Klingsor, a été ce soir avant tout poésie de l’imagination débarrassée d’une couleur locale trop appuyée. Les musiciens de l’orchestre ont rivalisé de subtilités et la direction souple de Pierre Bleuse a crée un climat de liberté propice à une magnifique musicalité partagée. Le public de s’y est pas trompé quia a chaleureusement applaudi. Le pari de Pierre Bleuse était gagné : il a su  transférer sa sensibilité musicale de violoniste à la direction d’orchestre.

En deuxième partie de programme le chœur est revenu pour de très larges extraits de la musique de scène du Songe d’une nuit d‘été de Mendelssohn. Deux cantatrices sont venus se joindre à l’orchestre afin de compléter les forces nécessaires à une belle réalisation de ces pages magiques. Julie Wischniewski et Anne Magouët, sopranos, avec beaucoup de goût et de musicalité ont abordé leurs airs et duos féériques. Le climat de poésie nocturne a semblé particulièrement inspirer Pierre Bleuse qui a su trouver des phrasés variés, des nuances subtiles. Il a également lâché toutes les forces orchestrales dans une marche nuptiale enthousiasmante. Mais c’est bien le climat si particulier de ces pages de Mendelssohn si évocatrices de la nature dans sa beauté et son mystère qui a dominé cette interprétation. Pierre Bleuse a également su mettre des touches d‘humour bienvenues.  Le chœur a apporté de belles couleurs et une présence pondérée cette fois.

Un très agréable concert sur le thème du voyage et du rêve qui a permis de découvrir deux talents à suivre. Nous espérons les retrouver bientôt.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scène ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumières ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery Lefèvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirée d’opéra. Les cordes suraiguës sont subtiles, le canapé sur lequel dort Riccardo avec une élégance très inhabituelle pour un ténor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensée. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scène fait passer le souffle de l’idéal des Lumières cher au XVIIIème siècle. Le choeur d’hommes est bien nuancé. Le réveil du comte déguisé en monarque fonctionne à merveille entre rêve et réalité,: il situe bien l‘idéalisation de cet homme de pouvoir animé par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opéra ses promesses. Longue voix de ténor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rêve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la légèreté que dans le drame. Quand on sait la difficulté du rôle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scénique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scénique. Il faut dire à sa décharge qu‘elle a été abandonnée à son triste sort par le metteur en scène et le costumier. Une petite robe noire en imperméable transparent pour la scène du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur même pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsée capable d’allégements, avec des forte puissants et des sons piani délicats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une émotion poignante dans le deuxième. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plénitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste à un niveau de prise de rôle honnête sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple méchant de mélodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnégation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espérons en souplesse et en intelligence théâtrale avec l’expérience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminé fortissimo… (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupé metteur en scène et costumier qui en font un personnage intéressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsée que bien souvent sans rien abandonner des vocalises légères du rôle. Avec Riccardo, ils forment le couple théâtral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scéniquement une sorcière de salon plus élégante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habileté du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrée retiennent l’attention.

Le choeur est à la hauteur des très belles pages écrites par Verdi. Admirablement préparés par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opéra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasés. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attaché à ses oppositions kaléidoscopiques passant si abruptement du monde léger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scène de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage …. Même réserve pour les décors et les lumières se font oublier, absentes dans la scène nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des Lumières incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scène ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumières ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery Lefèvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur « Marche Funèbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Behzod Abduraimov piano concertPiano aux Jacobins, c’est un grand moment de piano en cette belle fin d’été permettant au public de choisir des soirées historiques avec des artistes à la gloire établie et cette année nous avons été gâtés avec deux des plus anciens artistes du piano en activité, Pressler et Ciccolini. Mais c’est également le pari fait sur l’avenir de jeunes prodiges parmi lesquels certains deviendront les musiciens accomplis dignes de leurs ainés. Behzod Abduraimov est de ceux là. Prodige mais surtout musicien fascinant. Déjà son interprétation du premier concerto de piano de Tchaikovski nous avait subjuguée. Ce récital solo a confirmé l’exceptionnelle puissance émotionnelle de son jeux. La technique est parfaite, et bien souvent aurait suffit à crier au génie mais cet artiste hors normes va beaucoup plus loin. Jouant par coeur, comme habité par le génie, il s’engage dans la Sonate Pathétique de Beethoven avec tout son corps. Impossible de résister à l‘énergie jubilatoire qu’il met dans cette partition. Même le pathétique est enthousiasmant. La finesse de la construction de chaque morceau s’intercalant entre les autres dans une construction complète d’une parfaite lisibilité.

Les nuances de son Chopin sont admirables et la souplesse du jeux est celle d’un poète, certes la virtuosité est confondante mais c’est une musicalité très personnelle qui rend son interprétation inoubliable.

Les impromptus de Schubert surtout le Troisième, -Andante-, est un moment de grâce qui sous des doigts aussi inspirés, dans un tempo plutôt rapide permet de croire en l’évaporation de la beauté tant la légèreté de la main droite est libre et la pondération de la main gauche maintient au sol le vol délicat des notes si tendres de Schubert. Le deuxième, Allegro, court comme une eau libre jusqu’à la mer pour fêter quelque naïade gracieuse. Un pur moment de jubilation poétique dégagé de toute dureté semblant comme en apesanteur.

Mais c’est dans Ravel que l’art le plus personnel de Behzod Abduraimov  a certainement pu se révéler le mieux. La théâtralité de son interprétation, la variété des couleurs, le rubato et la rigueur de la construction sont inhabituelles. Ondine est libre comme l’eau où elle habite. le gibet est sinistre et fascinant à la fois et Scarbo plein de séductions insolites. La richesse de l’ harmonie est magnifiée et la puissance d’évocation est terriblement efficace. Une question: comment un tempérament si entier, si musical et si généreux saura évoluer dans le temps sans s’épuiser ? Car l’engagement de tout le corps du pianiste est très inhabituel. Cette fougue de la jeunesse associée à une telle maturité d’interprète est un mélange surprenant. Un artiste à suivre, un nom à retenir absolument.

Compte rendu, récital de piano.Toulouse. Cloître des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur «  Marche Funèbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin . Philippe Bianconi, piano.

philippe-bianconi piano toulouse jacobins festival de pianoPhilippe Bianconi très concentré et détendu a pris le temps de laisser le public se calmer et faire un profond silence avant de se lancer dans son interprétation de la première Ballade de Chopin. Dès les premiers accords, un son plein, rond, puissant et enveloppant a saisi par sa force de persuasion. Puis dans une gradation de nuances infimes, le son pianissimo a semblé se suspendre sous la voûte. Si les qualités de musicalité fine de Philippe Bianconi sont connues depuis toujours, ce poète du piano a gagné en sa maturité une puissance et une force qui lui permettent d’ égaler les plus grands. L‘autorité naturelle, les moyens pianistiques phénoménaux se mettent au service d‘une vision personnelle des œuvres. Jouer les Quatre Ballades de Chopin à la suite, pages si différentes et pourtant chacune si profondément emblématique de son auteur, est une gageure tenue haut les mains par le pianiste français. Un rubato audacieux, des nuances très accentuées, une force digitale mise au service de l‘harmonie avec un admirable équilibre des deux mains, rendent Chopin très moderne tout en restant un modèle de romantisme en raison d’une émotion toujours au bord des notes. Jouant par cœur ces pièces complexes, leur style très différent a été délicatement respecté par un interprète ayant réfléchi à chaque note et semblant toutefois presque libre jusque dans ses emportements. Cette vision très construite et qui semble par moment comme improvisée tient du magicien. La première et la quatrième ont pour nous été les plus éblouissantes et les plus émouvantes. Ce qui nous aura le plus marqué est peut-être cette impression d’un piano symphonique à la richesse insoupçonnée.

Philippe Bianconi embrase le Cloître des Jacobins

Partition à l’œil, Philippe Bianconi a, en deuxième partie de concert, crée Papillons de Bruno Montovani. Le compositeur, très en verve, a longuement présenté sa pièce, très pensée, hommage ambivalent à Schumann. La pièce virtuose, en triple et quadruple croches a été parfaitement maîtrisée par Philippe Bianconi, qui a su en faire sortir toutes les couleurs et les effets sonores sur tout l‘ambitus du clavier. Pièce plus spectaculaire et impressionnante que sensible et émouvante, mais toujours très habile.

La fin du concert a permis de se régaler du piano de Ravel que Bianconi joue de manière idiomatique. Un Ravel audacieux, et brillant, plein de second degré, mais surtout, ce qui est bien plus rare même chez les plus grands interprètes, très émouvant. Les pièces de danse d’un XVIIIème siècle idéalisé que Ravel joue  à moderniser sont également un hommage aux compagnons morts à la guerre. La douleur sourde contenue dans les pièces sous le brillant pianistique, n’est pas ici camouflée. A nouveau nous bénéficions  de cette puissance mise au service de l’harmonie avec toutes sortes de couleurs et de sons magnifiques. Des nuances subtiles et des doigts qui font oublier toute notion de travail tant ils semblent libres.

En Bis, deux pièces de Chopin, valse et prélude, redisent les deux points d’écart entre passion et murmure, si représentatives de l‘art de Chopin.  L’ Ile Joyeuse de Debussy a pris des allures de poème symphonique à la pulsion de vie irrésistible. Le public a fait une belle ovation au musicien radieux.

Toulouse. Cloître des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin. Philippe Bianconi, piano.

Toulouse. Palmarès de la 50e édition du Concours international de chant

lauréats 2014 CIC - crédit Patrice NinToulouse. Palmarès de la 50e édition du Concours  international de chant. La finale du 50ème  Concours international de Chant de la Ville de Toulouse s’est déroulée le samedi 6 septembre 2014 à 20h au Théâtre du Capitole. Six candidats, parmi les douze finalistes accompagnés par l’Orchestre national du Capitole sous la direction de David Syrus, ont été primés par le jury présidé par Teresa Berganza. Le ténor sud coréen Junghoon Kim s’est particulièrement distingué, remportant et le premier prix et le prix du public. En voici le palmarès 2014 :

Premier grand prix

Voix de femme : Marion LEBEGUE  mezzo-soprano  France  née en 1984
Voix d’homme (à l’unanimité) : Junghoon KIM  ténor Corée du Sud  née en 1988 Dotés d’un vase de Sèvres offert par M. le Président de la République et 6500 € offerts par la Ville de Toulouse.

Deuxième grand prix

Voix de femme : Hila FAHIMA  soprano  Israël  née en 1987
Voix d’homme : Petr NEKORANEC ténor  République Tchèque né en 1992

Dotés d’une coupe offerte par la Ville de Toulouse et de 3200 € offerts par le Conseil Général de la Haute- Garonne.

Troisième prix

Voix de femme : Angélique BOUDEVILLE soprano  France  née en 1987 Voix d’homme : Yu SHAO ténor  Chine  née en 1986

Dotés d’une médaille offerte par la Ville de Toulouse et de 1000 € offerts par le Centre Français de Promotion Lyrique.

Prix du public

Junghoon KIM  ténor Corée du Sud  née en 1988
A l’issue de la finale, le public est invité à se prononcer par vote pour l’attribution d’un « Prix du public ». Ce prix est doté d’un diplôme honorifique du concours.

lauréats 2014 CIC - crédit Patrice Nin

Illustration : les finalistes du 50ème Concours de chant de Toulouse © P. Nin 2014

Compte rendu, concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 4 juin 2014 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975): Katerina Ismaïlova,suite,op.114a; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Variations sur un thème rococo pour violoncelle et orchestre, op.33; Symphonie n°6 en si bémol mineur, op.74 « Pathétique »; Narek Hakhnazaryan, violoncelle; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Direction:Tugan Sokhiev.

TchaikovskiAvant dernier concert de la saison toulousaine 2014 pour Tugan Sokhiev ; il a également été programmé à la Salle Pleyel à Paris, le lendemain. Belle audace parisienne car c‘est peut être le plus beau concert de la saison Toulousaine, pourtant riche en moments forts. Dès les premières mesures sombres au basson, l ‘auditeur est saisi par la puissance d’évocation des interludes du Chostakovitch magnifique orchestrateur. Ces très courts interludes de l ‘opéra lady Macbeth de Mzensk rebaptisé Katerina Ismaïlova sous les coups de la censure, mis en suite par le compositeur lui-même dans deux versions, font un effet particulièrement puissant. Le sens du grotesque, l’ écoeurement et le dégout de l’héroïne deviennent troublants. Humiliée et obligée de se venger pour survivre, l ‘héroïne qui a tant déplu à Staline a une existence qui ressemble à tant de vies communes…

Le troisième interlude le plus long et le plus sombre rend palpable cette montée du dégout et de la haine nourrie dans la conscience aiguë du grotesque de l ‘existence. L ‘Orchestre du Capitole est à présent rompu au style de Chostakovitch et les très courts moments solos permettent a chacun de briller. La précision rythmique, les nuances terriblement développées et la richesse de l ‘orchestration exigent beaucoup de l ‘orchestre qui est impeccable. La direction de Tugan Sokhiev privilégie l ‘énergie forcée et la puissance d’un grotesque faussement festif. Riches couleurs, nuances extrêmes et rythme précis claquent au visage et saisissent chacun.

Entre musiciens au sommet

Quel contraste ensuite lorsque l ‘orchestre s’allège dans une formation classique et accueille le violoncelliste soliste. Son nom, même s’il est quasi imprononçable mérite d’ être retenu. De tous le jeunes talents qui gagent avec des doigts d’ or les plus prestigieux prix, Narek Hakhnazaryan n ‘a rien à envier avec sa victoire au XIV° concours international Tchaïkovski. Il a une technique inouïe mais surtout une musicalité rare. Les variations rococo sont un chef d ‘oeuvre de Tchaïkovski qui rend hommage à Mozart, comme dans la pastorale de la Dame de Pique, avec beaucoup d ‘esprit.
L‘orchestration est légère et variée. L ‘équilibre entre le soliste et l ‘orchestre a été parfaitement mis en place par le chef. Dans cet écrin de toute sécurité, la voix du violoncelliste Narek Hakhnazaryan peut donc s’épanouir sereinement en se jouant des difficultés techniques totalement maîtrisées. En éveil constant et dégustant les dialogues avec l ‘orchestre, le jeune violoncelliste devient parfait chambriste. Les dialogues avec la subtile flûte de Sandrine Tilly sont délectables tout particulièrement. La communion entre le soliste, le chef et les musiciens est parfaite. Le public se régale de ces variations qui se succèdent avec art dans l‘arrangement maintenant habituel du créateur Fitzenhagen.

Narek-Hakhnazaryan-cello2-Armenia tchaikovski competition prix  2011-1Le charme du jeune Narek Hakhnazaryan est irradiant. Il joue avec son instrument semblant en faire ce qu‘il veut. Les couleurs, les nuances, la délicatesse des phrasés sont admirables. L ‘instrument dont il joue, un Techler de 1698, lui permet de garder sur tous les registres la même qualité de son. Le grave est aussi plein que l ‘aigu ; il n’y a pas de différence de registre. Une belle solution de continuité dans les harmoniques sur toute la tessiture offre un son toujours magnifiquement timbré, soyeux et doux. Cela fait merveille dans les dialogue sur-aigus aériens avec la flûte. Les doubles et triples cordes sonnent faciles et belles. Une telle générosité en musicalité est remarquable chez un si jeune artiste. La connivence avec Tugan Sokhiev est totale, les échanges de regards complices sont incessants. Le succès est tonitruant et le violoncelliste Arménien offre deux bis a son public conquis. Le premier déconcerte autant qu’il charme et émeut. La voix chantée du soliste se mêle à des doubles cordes semblant venir de l‘ancêtre de l ‘instrument, la viole de gambe, comme des origines orientales de la musique classique. L‘émotion qui nait plonge donc dans les racines de l’humanité, puis le style se modernise, devient plus violent et va même jusqu’à évoquer le tango. Il s’agit non d‘une vraie improvisation mais d’une composition d’un Italien né en 1962 Giovanni Sollima,intitulée Lamentatio. Narek Hakhnazaryan en fait un moment de pur plaisir du coeur dansant. Pour terminer sur une ambiance plus apaisée, le choix d’une sarabande pour violoncelle seul de Bach avec des ineffables doubles cordes, un son de rêve et une souplesse envoûtante… Tout ceci promet un jour une intégrale émouvante des suites de Bach et une carrière éblouissante à suivre sans faute.

2ème Symphonie de Tchaïkovski
Destin certes, mais pas de soumission sans danser ni vivre

En deuxième partie de concert la très célèbre sixième symphonie de Tchaïkovski confirme la compréhension quasi mystique qu’a Tugan Sokhiev de son compatriote. Quand si souvent cette symphonie est écrasée sous un Fatum monolithique, Tugan Sokhiev va très loin dans la douleur mais garde des moments de tendresse et de danse se souvenant du bonheur. Dès les premières mesures, pianissimo dans les abysses du basson (extraordinaire Estelle Richard) et des cordes graves l‘émotion est poignante.L’ Adagio est tout habité de silences tristes et l’angoisse se déroule évoluant lentement vers l’Allegro non troppo. Le tempo mesuré du chef permet une lisibilité de tous les détails mais c’est la vision d‘ensemble qui est remarquable. Chaque mouvement avance et s’inscrit dans un tout . La rigueur du tempo permet à cette partition d ‘éviter tout laissé aller et l’entrée du thème sentimental des violons a beaucoup d’allure. Les reprises et développements permettent aux couleurs magnifiques de l ‘orchestre de chatoyer. Les fortissimi sont spectaculaires et les nuances pianissimo de la Clarinette de David Minetti sont très belles et porteuses d ‘émotion. Après ce début marqué par une angoisse envahissante le mouvement se termine par une terrible course à l ‘ abîme toute pleine de précision instrumentale. Les cuivres graves particulièrement présents, sont magnifiques.Les deux mouvements suivants, dans les choix de Tugan Sokhiev, vont convoquer la danse et d ‘avantage de bonheur. Allégeant le Fatum, il suggère que chaque destin n’est pas uniquement soumission. L’allegretto con grazia est une valse qui permet de rêver au bonheur enfui près avoir été tenu. Certes sous cette légèreté le rythme incessant de la timbale dans la partie centrale signe l ‘éloignement du bonheur mais son retour comme une réminiscence est pleine de douceur. L’ Allegro molto vivace est plein d’ esprit comme dans les ballets de Tchaïkovski et l ‘avancée inexorable de ce scherzo vers une sorte de marche a aussi quelque chose de plaisant dans son enthousiasme. La légèreté de structure des cordes, l ‘élasticité des pizzicati apportent de l ‘air aux moments plus denses. Ce mouvement animé se termine sur un fortissimo qui autorise certains spectateurs à applaudir ruinant l ‘effet voulu par le compositeur qui termine sa symphonie sur un adagio lamentoso. Car si le centre de la symphonie a permis aux mouvements de danse de s’inviter et au bonheur d’exister le final semble encore plus déchirant. Tugan Sokhiev étire le tempo et remplit les silences de sombres pensées. Tchaïkovski qui trouvait dans sa symphonie des allures de Requiem refusant d’en composer un, a en effet construit ce long mouvement final comme un adieu déchirant. Le pianissimo dans le grave des cordes et le basson refermant la symphonie comme elle avait été ouverte. Les contrebasses ont été tout du long admirables et méritent une mention spéciale (chef de pupitre Bernard Cazauran).
Cette interprétation très personnelle est très bien construite et la lisibilité de la structure générale s’appuie sur des phrasés pensés et comme insérés dans un tout. En évitant le monolithe dramatique, le destin devient plus humain et la vie des deux mouvements centraux rend le final encore plus écrasant. Tugan Sokhiev et ses musiciens admirables toute la soirée, ont offert une vibrante interprétation de la sixième symphonie de Tchaïkovski en en révélant toutes les richesses.

Ce concert a été diffusé en direct sur le net et peut être encore visionné. N’hésitez pas à vous faire votre idée car il a été en plus magnifiquement filmé sur Arte concert.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Récital Frédéric Chopin. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Grigory Sokolov est bien connu des Toulousains et chaque invitation rassemble un public nombreux. Schubert et Schumann puis Bach et à présent Chopin. Chaque fois le pianiste russe fait sienne les partitions et en rend la quintessence comme personne. Si son Bach nous avait paru discutable en 2011, nous avons retrouvé avec son Chopin le sublime de son concert Schubert et Schumann de 2009.  Le programme est magnifique. Chopin est en pleine maturité avec la Sonate n°3 de 1844. De construction très claire, cette partition offre tout ce que Chopin a apporté techniquement au piano tout en se refusant aux excès. L’émotion peut être funèbre mais le tendre et l’élégant ne sont pas oubliés. La beauté des phrases mélodiques est belcantiste ; les rythmes complexes s’allient à des harmoniques rares allant jusqu’à  l’abandon des tonalités. Sokolov aborde l’allegro maestoso dans un large tempo qui permet d’assoir un discours tout fait de profondeur. Cette manière si particulière de prendre possession du temps et de l’espace permet à l’immense artiste de captiver l’attention de son public. Les phrasés sont d’une infinie variété permettant de passer par des moments de récitatif, de bel canto ou de rhétorique. Les nuances sont subtilement définies et les couleurs fusent comme dans le plus riche des arc en ciel. Mais avant tout, c’est la clarté et l’évidence qui dominent cette interprétation. Peu de pédale probablement explique cette haute définition du son, jamais flou ou brumeux. Même dans les ténèbres la lumière est présente. Les derniers accords du premier mouvement sont posés avec art et la méprise commence.

Le sublime face au public

Une partie du public ressentant avec exactitude le génie de l’interprète se permet d’ applaudir ignorant l’usage qui aujourd’hui demande d’attendre la fin de la sonate pour s’oublier. Ce ne serait pas si grave si les dernières vibrations de l’accord n ‘étaient noyées sous ces manifestations rustiques. La concentration de l’artiste n ‘a pas semblé en souffrir et c’est tant pis pour la partie du public trop sensible que ce bruit entre les mouvements, terrasse… Le Scherzo est abordé en un tempo également retenu ; c’est la précision de chaque note insérée dans le flux dansant enchanteur qui surprend. Tant de précision des doigts dans une construction si franche du mouvement permet une écoute d’une grande intelligence, les imbrications subtiles de Chopin sont toutes mises en valeur sans excès de vitesse. C’est le troisième mouvement, largo, qui atteint un sommet d’émotion. La grandeur de l’interprète est face au génie du compositeur qui offre son âme au piano. Gregory Sokolov  d’une voix tonitruante débute puis à mi voix, avec une infinie délicatesse, chante comme une diva romantique avec une nostalgie déchirante. Les jeux de question-réponses sont habités et l’évanouissement est au bout des doigts. Toute la sensibilité artiste de Sokolov peut s’exprimer laissant le spectateur suspendu  aux reprises si merveilleuses et embellies du thème principal. Le final est plein de force et d’ énergie retrouvée dans une mise en lumière  proche de l’aveuglement. Toute la technique est mise au service de cette énergie créatrice qui avance avec impétuosité. Les applaudissements irrépressibles fusent avec puissance mais toujours sans respecter la finitude du dernier accord…   La deuxième partie consacrée aux plus délicates Mazurkas, elle sont toutes choisies avec art en fonction des tonalités et des ambiances. Le public saura se faire plus discret en ce qui concerne les applaudissements, car ces pièces sont moins spectaculaires, mais des téléphones portables rallumés à l’entracte et “oubliés” apportent leur note de vulgarité qui attaque plus ou moins les oreilles sensibles. Quel merveilleux voyage nous a proposé Gregory Sokolov en ces Mazurkas sublimes !  Les décrire chacune serait indélicat. Nous avons pu gouter des moments de  beautés nostalgiques et même sombres comme fugacement heureuses. Ces pièces parmi les plus personnelles de Chopin trouvent en Sokolov, un interprète inoubliable capable d’une délicatesse inouïe. Choisies dans les opus tardifs, l’écriture si maitrisée de Chopin se concentre sur l’essentiel d’un rapport à la beauté par et pour le piano dans une fidélité absolue à la terre de ses origines. Sokolov nous fait percevoir cet accord si rare et précieux. Le monde musical dans lequel le grand musicien russe nous a entraîné ne pouvait s’arrêter ainsi et dans une série de bis qui suspendent le temps, le même monde de délicatesse et de beauté nous est offert. Schubert, en âme soeur avec trois Impromptus dont le si délicieux  n°3.  Ni le Klavierstück D 946 ni une autre Mazurka ne permettront au public de se sentir rassasié et d’attendre le fin du son pour applaudir frénétiquement.  C’est au sixième bis, de composition  moins sublime, que le public saura faire silence jusqu’au silence qui termine le musique. Enfin ! Le moindre génie de Sokolov aura été sa patience et sa pédagogie. La musique s’écoute jusqu’au silence qui la referme. Nul ne croise sur son chemin un génie sans en apprendre quelque chose…

Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Frédéric  Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; 10 Mazurkas  (La mineur, opus 68 n°2, Fa majeur opus 68 n°3, Do mineur opus 30 n°1, Si mineur opus 30 n°2, Ré bémol majeur opus 30 n°3, Ut dièse mineur opus 30 n°4, Sol majeur opus 50 n°1, La bémol majeur opus 50 n°2, Ut dièse mineur opus 50 n°3, Fa mineur opus 68 n°4). Grigory Sokolov, piano.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, 16 mai 2014. Verdi: I due Foscari. Gianluigi Gelmetti : direction musicale. Stefano Vizioli: mise en scène.

Les idées fausses ont parfois la vie dure. I due Foscari est tout sauf un opéra de jeunesse à oublier et Verdi a écrit une partition superbe, injustement méconnue contrairement à ce qui a souvent été dit et écrit. Rendons grâce au directeur Frédéric Chambert qui a réunis tous les moyens pour faire de cette production du Capitole une réussite totale. Le public a semblé ravi et a fait un beau triomphe à cette production. La mort rode dans Venise et la vengeance décime une famille sous les yeux du spectateur. Le rôle du « méchant » Jacopo Loredano, est dévolu à une basse mais n’est pas aussi développé que Wurm, Macbeth, le Grand Inquisiteur ou Iago dans les opéras futurs ; pourtant ses machinations sont terriblement efficaces. Il parvient à devenir Doge à la toute fin de l’ouvrage ayant conduit le fils du Doge et le Doge à la mort par désespoir. Le ressort psychologique est assez fin car finalement toutes les valeurs conduisent les héros à la mort. Le père en tant que Doge doit participer à la condamnation de son fils et son refus d’utiliser son pouvoir pour sauver son enfant le conduira à condamner un innocent. Le fils de ce noble Doge a hérité de fortes valeurs patriotiques et d’amour de la famille qui ne lui permettent pas de survivre à l‘injustice de sa condamnation et à la séparation définitive par l‘exil de tout ce qui compte pour lui : sa patrie, son rang,  sa famille. La femme du condamné avec noblesse demande à suivre son mari en exil … ce qui lui est refusé. Elle aussi est donc brisée, privée de soutien, mère de deux orphelins à l‘avenir bien sombre.

 

 

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La douleur est superbement source de musiques très belles du jeune Verdi. Des grands airs sont offerts aux solistes et la  grande scène  de la soprano à l’acte I est dans les pas du Miserere du Trouvère. La scène de folie du ténor à l’acte II est un grand air, beau et puissant. Quand au rôle du Doge dévolu à un baryton, il requiert un artiste à la vocalisé impeccable, ayant une sens du drame et des mots avec en particulier une grande scène au dernier acte sur la vanité du pouvoir, de haute inspiration. L’orchestration est richement colorée et de superbes moments sombres accompagnent le drame. Certes Verdi se soumet encore aux formes de l‘opéra romantique italien de ses prédécesseurs, ainsi des cabalettes terminent souvent les airs fermés, mais des moment plus libres font éclater le cadre.

Un sombre verdi inconnu et superbe

Dans la production capitoline, la mise en scène, les décors, les costumes et les lumières se complètent pour rendre justice au drame verdien. Le décors avec l’immense tête du vrai Francesco Foscari et ensuite l’énorme tête de lion sont les uniques éléments de décor ; mais ils offrent une puissance d’évocation peu commune. Les costumes sont riches avec des velours lourds aux couleurs variées. Globalement l’époque des faits est respectée et rien d’incongru ne vient divertir de l‘action. La sobriété des acteurs sied bien à cette action intériorisée plongeant dans l’âme des personnages. Musicalement, la direction de Gianluigi Gelmetti est efficace, précise : on devine son plaisir à faire sonner le superbe orchestre du Capitole en pleine forme. Il peut se permettre cette puissance car les chanteurs ont tous des moyens adéquats. Tamara Wilson est un grand soprano verdien spinto. Capable d’aigus tranchants et charnus, ses graves sont corsés et le médium, homogène. In Loco, sa Léonora du Trouvère avait déjà convaincu. Elle porte le rôle de Lucrezia au même niveau d’intensité. Le ténor vénézuelien, élève d’ Alfredo Krauss à Madrid, Aquiles Machado, est une voix à suivre. La puissance alliée à la finesse des nuances avec de superbes messe di voce lui permet de briguer bien des rôles verdiens. Très engagé scéniquement, il porte l‘émotion de ce rôle de condamné perdu d’avance, avec éloquence et noblesse. Les deux voix sont superbes de couleurs, de textures, de richesses harmoniques ; leur duo est donc un très grand moment. Le baryton Sebastian Catana incarne le rôle du Doge et du père qui perd tout espoir avec une intensité vocale et scénique d’une grande efficacité. Verdi demande déjà pour ce rôle une longue voix de baryton, des couleurs variées et un sens du texte inhabituel. Le compositeur reviendra à cette figure de pouvoir meurtrie avec Simon Boccanegra mais déjà ici le rôle est magnifique.

La distribution des trois rôles principaux est donc proche de l’idéal. Les choeurs puissants ont rendu hommage à l‘inspiration verdienne bien connue. Le rôle pas très développé de la « méchante » basse est très intensément incarné par le jeune Leonardo Neiva à l’autorité déjà impressionnante. Les autres petits rôles y compris ceux sortis du choeur sont excellents,  ce qui dans ce niveau vocal n’est pas peu dire.

Au final  les deux Foscari a été représenté dans une production de haute tenue à Toulouse. La retransmission le vendredi 23 mai sur Radio Classique permettra à chacun de découvrir avec plaisir un bel opéra de Verdi dans une distribution magnifique.

 

 

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Toulouse. Théâtre du Capitole, 16 mai 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901): I due Foscari, Opéra tragique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après une pièce de Byron, créé le 3 novembre 1844 au Teatro Argentina, Rome. Stefano Vizioli: mise en scène; Cristian Taraborrelli : décors; Annamaria Heinreich : costumes ; Guido Petzold : lumières ; Avec:Sebastian Catana, Francesco Foscari ; Aquiles Machado, Jacopo Foscari; Tamara Wilson, Lucrezia Contarini; Leonardo Neiva, Jacopo Loredano ; Francisco Corujo, Barbarigo ; Anaïs Constans, Pisana ; Choeur du Capitole,Alfonso Caiani direction; Orchestre National du Capitole; Gianluigi Gelmetti : direction musicale.

Illustrations : I Due Foscari de verdi à Toulouse © P. Nin 2014

 

Compte rendu, récital. Toulouse. Halle aux Grains, le 7 mai 2014. Felix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes n°10; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen; Richard Strauss (1864-1949): Sextuor extrait de Capriccio; Arnold Schoenberg (1874-1951) : La nuit transfigurée, op.4; Jonas Kaufmann, ténor. Kammerorchester Wien-Berlin.

kaufmann_448_jonas_kaufmannUn étrange  marketing diffuse la publicité de ce concert (première à Toulouse d’une tournée) sur le nom de Jonas Kaufmann et quelques uns ont été surpris de ne pas assister à un classique récital du célèbrissime ténor. Le programme ne comprend qu’une oeuvre vocale et assez courte mais le cycle des Lieder eines fahrenden Gesellen est une oeuvre si particulière et si rare qu’elle comble les amateurs de beau chant à défaut de ravir les amateur de voix. Certes le moment fort du concert restera l’interprétation historique de ce groupe de lieder par l’un des ténors les plus musiciens de l’histoire du chant. Mais il a su s’entourer d’un orchestre proche de l’idéal qui sertit ce cycle des chants d’un compagnon errant, devenant le joyaux du concert, enchâssé dans des oeuvres orchestrales choisies avec art.

La splendide musicalité germanique est ici irrésistible

Mendelssohn ouvre le concert avec un seul mouvement d’une symphonie pour cordes. Cela permet de proposer une atmosphère romantique, sombre d’humeur et lumineuse de structure qui laisse pantois. Les musiciens en des sonorités somptueuses et voluptueuses, développent une sensibilité musicale des plus stupéfiantes. Coupant le souffle, les premières notes de l‘adagio provoquent une écoute et une concentration du public quasi instantanée qui ne se relâchera pas.

Immédiatement la certitude d’être en face de musiciens d’exception enchante. Les cordes des deux orchestres les plus aimés du public et de la discographie : les Philharmonies de Vienne et de Berlin réunies dans cet ensemble, démultiplient leurs qualités. La texture des cordes est incroyablement soyeuse et brillante sans agressivité mais avec panache. Les plus belles qualités des deux orchestres sont comme magnifiées. Phrasés aristocratiques, nuances très profondes et couleurs irisées font de ces musiciens réunis une sorte de quintessence de légato et d’énergie.

La Nuit transfigurée de Schoenberg, dans l’orchestration du compositeur, sonne comme un hymne hédoniste à l’intelligence et la beauté dans une relation fusionnelle. Ce mouvement unique emporte le public dans les émotions vertigineuses des poèmes si morbides et sublimes de Richard Dehmel, Verklärte Nacht. La perfection de la technique est mise au service d’une interprétation tenue et impressionnante qui recrée l’émotion par l’admiration. Jamais il ne m’a été donné d’entendre et de ressentir une telle sécurité dans les possibilités expressives d’un orchestre de cordes. L’écoute et la fusion des timbres est celle de musiciens de chambre et l’ampleur des sonorités de pupitres est digne de grandes formations symphoniques. Des qualités qui semblent opposées sont ce soir entremêlées dans un véritable vertige.

Seul le sextuor de Capriccio de Richard Strauss joué par tout l’orchestre est un peu trop « énorme » pour toucher au même niveau. Un son toujours aussi parfait, mais « Kolossal », démultiplie une oeuvre d’inspiration rococo qui en perd son intimité constitutionnelle.

On comprend  que de tels interprètes ne peuvent en aucun cas être « accompagnateurs » ou « faire valoir »  d’un chanteur. C’est donc en musicien que Jonas Kaufmann rejoint ces artistes de haut lignage. Le ténor Allemand qui fait siens les rôles wagnériens comme peu l’ont fait, est tout à son aise dans la tessiture de ce cycle si particulier. Mahler a lui même écrit les poèmes et touché par une déception amoureuse y inscrit entre les lignes et les notes sa propre souffrance d’amoureux meurtri. L’autodérision un peu morbide de ce cycle est une gageure à relever. Prendre au pied de la lettre ces plaintes les rendent ridicules. Trop de distance détruit leur profonde mélancolie. Une voix seulement belle ne touche pas assez, un souffle court détruit les lignes, des notes trop tendues cassent le côté moribond de certaines mélodies. La familiarité du ton exige une grande complicité avec le public tandis que la mort suggérée à la fin doit être comme lointaine et irréelle cachée sous la splendeur sensuelle du tilleul. Jonas Kaufmann et les musiciens viennois et berlinois, augmentés de claviers, vents et percussions comprennent toute la subtilité de ce cycle et leur connivence totale leur permet d’en offrir une interprétation inoubliable.

D’une voix de velours, fragile en des demi teintes crépusculaires, des couleurs morbides et des pianissimi aériens comme suspendus et dans le timbre, Jonas Kaufmann utilise sa fabuleuse technique pour faire de sa voix un instrument de pure poésie. La clarté de la dicton, l’intelligence rythmique, et la sensibilité romantique permettent d’aller au plus loin du sens de ce cycle de lieder. On reste sans capacité de commentaire devant une telle adéquation entre les moyens instrumentaux, vocaux, artistiques. Un voyage inoubliable avec la poésie tourmentée de cet amoureux meurtri. Le public fait comme il se doit une ovation a de tels interprètes et Jonas Kaufmann offre deux bis. Une interprétation élégiaque et désespérée de Traüme, l’étude pour Tristan que Wagner a inclus dans ses Wesendonck Lieder. Vocalement le ténor distille des nuances pianos sensuelles tout en déployant un peu plus son timbre capable de chaleur. C’est dans son bis, le fabuleux Zueignung de Richard Strauss, que le développement du timbre prend toute son ampleur dans ce grand arc vocal qui se termine sur un magnifique fortissimo. Le ténor revient à sa voix d’opéra large et projetée sans abandonner un instant cette intelligence du texte de liedersänger.

Un fabuleux concert dans lequel des artistes au talent musical exceptionnel se sont mis au service du grand répertoire germanique depuis le romantisme le plus pur de Mendelssohn à la marge de l’atonalité avec Schoenberg, en magnifiant Mahler.

Grâce au cycle «  Grands Interprètes », les Toulousains ont eu la primeur de cette tournée de concerts qui fera date !

Toulouse, Capitole. Philippe Hurel : Les Pigeons d’argile.15>20 avril 2014

Unknown-1OPERA, création. Toulouse, Capitole, Les Pigeons d’argile. 15>20 avril 2014. A Toulouse, Philippe Hurel tire son sujet d’un fait d’actualité: l’enlèvement par un groupe terroriste de Patricia Hearst, héritière d’un magnat de la presse (avril 1974). L’ouvrage est une commande du directeur du Capitole, Frédéric Chambert. Le compositeur et son librettiste (Tanguy Viel) recomposent la matière du fait historique pour en tirer la matière d’un opéra non politique mais psychologique centré sur la relation de la prisonnière et de son geôlier, Patricia et Toni. Le témoignage et l’expérience de cet enlèvement par le compagnon d’armes de Toni, Charlie pèsent aussi progressivement. Le trio devient huit clos sentimental. L’opéra traite de la jeunesse inconsciente des terroristes, leur fragilité psychique face à la réalité, leur naïveté face à la violence de leurs actes; ils sont ces pigeons d’argile, proie des tireurs au ball-trap, qui explosent en vol, preuve de leur dérisoire pouvoir sur les êtres et le monde. Formé à l’écriture spectrale, Philippe Hurel privilégie l’efficacité du drame, l’enchaînement resserré des épisodes en une texture transparente qui recherche l’équilibre entre texte projeté naturellement (par les 6 solistes tout au long du drame) et masse orchestrale.  Les Pigeons d’argile de Philippe Hurel (né en 1955) : Toulouse, Capitole, les 15,18,20,22 avril 2014.  

 

 

Daphné de Strauss à Toulouse

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Toulouse. Daphné de Strauss. Les 15,19,22,25,29 juin 2014. Temp fort de l’année Strauss en France, le Capitole de Toulouse présente une nouvelle production de l’opéra antique mythologique de Richard Strauss, Daphné. L’ouvrage créé à l’aube de la guerre (1938) confirme l’inspiration classique du compositeur bavarois, entre Mozart et Wagner : une manière inspirée esthétiquement atemporelle et pourtant investie d’une conscience morale très aiguë. La musique orchestrale y est d’une raffinement éblouissant, synthèse entre le chambrisme ardent d’Ariane à Naxos et le psychisme flamboyant, crépusculaire, de Capriccio. Sur le thème légué par Ovide (Les Métamorphoses), Strauss au sommet de sa carrière lyrique aborde le thème de l’identité profonde des êtres hors de l’amour : pourtant aimée par le bouvier Leucipos et Apollon lui-même (qui va jusqu’à tuer son rival mortel), la nymphe Daphné choisit de s’abstraire du monde des hommes et des dieux, de renoncer à l’amour en une forme incarnée palpitante… elle choisit d’être pétrifiée : changée en laurier (anecdotiquement pour échapper aux assauts d’Apollon selon la représentation du sculpteur génial Bernin).  En réalité, culpabilisant après avoir tuer Leucippos, Apollon regrette son crime indigne d’un dieu : il concède à l’aimée d’exaucer son voeu le plus cher : devenir laurier pour échapper au monde du désir. A l’inverse des héroïnes qui choisissent d’être finalement intégrées au monde, tel l’Impératrice de La Femme sans ombre, d’Ariane, d’Hélène, Daphné réalise le chemin à rebours… rompre le lien avec l’humanité et la chair, le désir et l’amour. En une page symphonique inouïe, Strauss développe toutes les ressources de l’orchestre pour exprimer la lente métamorphose de Daphné, d’être désiré mais souffrant à celui d’une souche végétale sans âme…. mais désormais délivré des souffrances du sentiment.

Richard Strauss : Daphné
Toulouse, Capitole
Les 15,19,22,25,29 juin 2014

Tragédie bucolique en un acte, op. 82 sur un livret de Joseph Gregor 
créée le 15 octobre 1938 à la Staatsoper de Dresde. Diffusion sur France Musique

Hartmut Haenchen, Direction musicale
Patrick Kinmonth, Mise en scène, décors, costumes
Fernando Melo, Chorégraphie
Zerlina Hughes, Lumières

Franz-Josef Selig, Peneios
Anna Larsson, Gæa
Claudia Barainsky, Daphne
Maximilian Schmitt, Leukippos
Alfred Kim, Apollo
Patricio Sabaté, Premier Pâtre
Paul Kaufmann, Deuxième Pâtre
Thomas Stimmel, Troisième Pâtre
Thomas Dear, Quatrième Pâtre
Marie-Bénédicte Souquet, Première Servante
Hélène Delalande, Deuxième Servante

Orchestre national du Capitole
Chœur du Capitole 
Alfonso Caiani Direction

Toutes les modalités de réservation, les informations sur le site du Capitole de Toulouse

logo_francemusiqueDiffusion sur France Musique, soirée lyrique dès 19h, samedi 28 juin 2014 (représentation enregistrée du 15 juin 2014)

 

 

Daphné de Strauss sur France Musique

 

 
Illustrations : Richard Strauss, Daphné métamorphosé par Nicolas Poussin (DR)

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théâtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: mise en scène. Tugan Sokhiev, direction

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Si l’association de Cavalleria et Paillasse ne brille certes pas par l’originalité, il faut reconnaitre que l’efficacité du dispositif toulousain est totale. Impossible de résister à Toulouse à cette version magnifique des deux opéras en un acte. Il est certain que le concision et la concentration obtenue par cette contrainte ont mobilisé le meilleur génie de chacun des compositeurs dont aucun des autres opéras n’a obtenu le succès de ce duo étrange. Et lorsque tous les moyens sont utilisés le résultat est là. Cavalleria Rusticana ouvre la soirée avec, dès les premières mesures de son magnifique prélude, la certitude de vivre un grand moment de musique. L’orchestre a des sonorités d’une plénitude symphonique inhabituelle au fond d’une fosse. Les cordes en particulier sont brillantes autant qu’émouvantes dans les longues phrases de Mascagni.

 
 

Mascagni : Bravo, bravissimo ! …

 

Tugan Sokhiev est un orfèvre qui tout au long de la soirée a à coeur de rendre le drame autant que la beauté plastique des partitions. C’est dans Cavalleria que sa direction précise et souple fait merveille offrant toutes les beautés de la partition, ciselées et irrésistibles jusque dans la manière d’assumer une forme de grandiloquence. Portés par une telle beauté, les artistes chantent avec une grande élégance et une tenue inhabituelle dans ce répertoire. Le Turrido de Nikolai Shukoff est époustouflant de présence et l’acteur sait rendre le tourment qui habite ce rôle plus complexe qu’il n’y parait. Vocalement le ténor a des moyens considérables (ceux d’un véritable heldenténor) qu’il adapte parfaitement à l’opéra italien. Face à lui la Santuzza d’Elena Bocharova a un jeu plus conventionnel mais surtout un engagement vocal si considérable qu’elle évoque un peu la projection droite et volcanique dont était capable Fiorenza Cossoto. Leur duo est marqué par une théâtralité associant un jeu très physique et un engagement vocal sans limites. Aucun des deux chanteurs, ne ménageant pourtant jamais sa voix, n’est pris en défaut. La Mamma Lucia d’ Elena Zilio est à la fois présente vocalement dans les ensembles, ce qui face aux héros aux voix de stentor n’est pas rien, et très émouvante dans ces très courtes interventions face à Santuzza et Turridu. André Heyboer en Alfio est capable de rendre perceptible toute l’humanité de son personnage un peu sacrifié. Vocalement il sait tenir face à toute les exigences du rôle avec une voix pleine et sûre. La Lola de Sarah Jouffroy est aguicheuse à souhait.
L’orchestre durant tout l’opéra a une place très importante offrant un miroir à l’âme si tourmentée de Santuzza. La beauté sonore est totalement captivante ainsi que le drame dont Tugan Sokhiev met en valeur chaque instant. L’Intermezzo restera longtemps dans les mémoires. La production de Yannis Kokkos qui assure mise en scène, décors et costumes, est très cohérente respectant les didascalies. La Sicile archaïque et religieuse est présente avec une église très écrasante et des escaliers habiles pour les mouvements de foule. Un travail très respectueux qui mobilise le drame a chaque moment.

Les mêmes éléments de décors sont utilisés pour Paillasse, la place de l’église servant de scène pour les saltimbanques. Là c’est l’engagement dramatique et théâtral de Tugan Sokhiev qui porte la partition à l’incandescence du drame le plus implacable. La folie meurtrière qui s’empare de Canio, obligé de jouer son tourment privé sur scène arrache des larmes dans son implacabilité. Le ténor géorgien Badri Maisuradze, habitué du Bolchoï, a tout à la fois une voix puissante et parfaitement maitrisée et un engagement scénique quasi viscéral qui convient parfaitement à ce personnage si malheureux, incapable de résister à sa violence. La performance vocale est à la hauteur de son jeux. La Nedda de Tamar Iveri est un papillon pris au filet qui n’arrivera pas à s’ échapper malgré son courage et sa détermination. La composition de la cantatrice, habituée aux rôles nobles et tristes, la rend méconnaissable de légèreté. Son art vocal lui permet avec délicatesse de vocaliser comme d’exprimer puissamment ses sentiments et sa révolte. En Tonio, Sergey Murzaev est très troublant capable de la plus grande vilénie comme d’un émotion noble dans le prologue.
C’est vraiment le théâtre qui domine Paillasse dans cette interprétation qui avance inexorablement vers le drame final. Avec cette éternelle question du jeu social si difficile à tenir dans les moments de tourments personnels, le théâtre dans le théâtre pirandellien dans Paillasse fait toujours son effet fulgurant. Les très belles lumières nocturnes de Patrice Trottier s’ajoutent à la cohérence du travail de Yannis Kokkos. Les choeurs dont la maîtrise sont très efficaces dans leurs courtes interventions et d’une belle présence scénique.

 

Drame et passions se sont développés avec puissance pour un public pris par les beautés de ces partitions envoûtantes. Chacune a retrouvé une noblesse irrésistible sous la baguette de Tugan Sokhiev dans une production belle et respectueuses des éléments consubstantiels aux mélodrames. Un grand succès pour cette production capitoline !

Toulouse.Théâtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: Mise en scène, décors et costumes; Patrice Trottier : Lumières; Anne Blancard : Dramaturgie. Avec : Elena Bocharova, Santuzza; Sarah Jouffroy, Lola; Nikolai Schukoff, Turiddu ; André Heyboer, Alfio; Elena Zilio, Mamma Lucia; Badri Maisuradze, Canio ; Tamar Iveri, Nedda; Sergey Murzaev, Tonio; Mikeldi Atxalandabaso, Beppe ; Mario Cassi, Silvio. Chœur et Maîtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction; Orchestre national du Capitole. Tugan Sokhiev, Direction musicale.

 

Illustration : © P. Nin 2014

 
 

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 6 février 2014. Donizetti : La Favorite. Vincent Boussard, mise en scène; Ludovic Tézier… Antonello Allemandi, direction.

D59P3788_3pGaetano Donizetti a, comme tout compositeur d’opéra du XIX ème siècle, obtenu des commandes à Paris, ville centrale de l’opéra romantique. La Favorite a d’ abord été commandée pour le Théâtre de la Renaissance et le titre en était l’ange de Nisida, mais a finalement été crée à l’Opéra de Paris. De ce fait le compositeur ambitieux a souscrit aux exigences de cette institution. Il a rajouté un premier acte -qui n’est pas de sa meilleure plume- ; a réécrit la partie de Léonore pour la très célèbre contralto  Rosine Stoltz.  L’opéra a connu un succès public entretenu ensuite par sa proximité avec le style d’Halévy et de Meyerbeer. Ce grand rôle de mezzo a aussi beaucoup fait pour la diffusion de l’ouvrage.

Le Capitole, pour cette nouvelle production a choisi la version française originale. Il a dû engager une distribution internationale pas toujours à l’aise avec le français. Sophie Koch initialement prévue s’est désengagée et c’est l’américaine Kate Aldrich qui relève le défi avec des moyens très différents. Sa Léonore est énergique et engagée. Scéniquement elle manque de tendresse dans les duos amoureux et vocalement elle ne dose pas très bien une voix de poitrine, certes sonore, mais manquant d’élégance. Les aigus sont tendus et passent en force. Son français est un peu vague. Fernand, rôle écrit pour Adolphe Nourrit, styliste impeccable,  est défendu avec audace par Yijie Shi, ténor né à Shanghaï. Certes la voix est claire et la puissance ne lui est pas impossible. Mais cette émission si en avant tend vers le métal le plus agressif sur un timbre banal. Elle a ainsi pu  froisser des oreilles délicates. Il tire le rôle de cet ambitieux vers une sorte de vaillance générale et gomme le bel canto et la tendresse qu’il contient. Scéniquement l’acteur est efficace. Il faut remercier le ténor chinois pour son implication dans la langue française mais ce n’est pas limiter son mérite que de dire qu’il n’y est pas très à l’aise. Le couple vedette manque donc un peu du poli belcantiste structurel de la partition  de Donizetti et bascule plutôt vers le grand opéra pompier.

Succès toulousain pour La  Favorite

C’est donc Ludovic Tézier qui leur vole la vedette, et haut la main. Il est charismatique  en roi de Castille, tendre en amoureux comblé, puissant dans la violence de la rage de la jalousie. Il  gagne en noblesse dans le choix final du pardon ambigu. L’acteur est parfait dans ce rôle de puissant qui veut se contrôler et en devient un peu distant. Vocalement le moelleux de la voix et la beauté du timbre font merveille, les lignes de chants sont ciselées, les trilles précisément réalisées. Le style belcantiste est présent avec de belles nuances et des colorations variées de la voix. Du grand art!  Le grand rôle de basse est un peu emphatique mais Giovanni Furlanetto l’humanise et chante à merveille tout du long. Marie-Bénédicte Souquet est une Ines sensible et émouvante avec une voix de soprano passant très facilement dans les ensembles. Cette présence forte est une qualité qu’elle partage avec Alain Gabriel en Don Gaspar.

La mise  en scène est sage. Conscient de la grande faiblesse du livret, Vincent Boussard  ne cherche pas à y suppléer.  Les costumes de Christian Lacroix étaient très attendus. Ils sont merveilleux de couleurs et la beauté des étoffes ravit l’œil. Les aspects décalés des costumes (manque de fini), d’ asymétrie systématique et de manche de tee shirt,   sont comme un clin d’œil à la faiblesse de l’opéra lui-même.  Les lumières de Guido Levi  animent admirablement un décor très simple et modulable de Vincent Lemaire. Dans la fosse, l’Orchestre du Capitole brille de mille feux. La direction engagée d’Antonello Allemandi est très théâtrale,  insufflant une belle énergie aux musiciens, choristes et solistes, tout particulièrement dans les grands ensembles avec choeurs. L’émotion du final de l’opéra, la plus belle musique de l’ouvrage, lui doit bien plus que les chanteurs solistes. Les choeurs sont vocalement  présents avec efficacité et grandeur,  tout en étant beaux  à voir.

La partition écrite pour séduire le public français a été bien défendue à Toulouse. D’autres partitions plus subtiles de Donizetti sur des meilleurs livrets sont attendues, le Capitole en a les moyens.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 6 février 2014. Gaetano Donizetti ( 1797-1848) : La Favorite, Opéra en quatre actes, version originale française sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz créée le 2 décembre 1840 à l’Académie royale de musique, salle Le Peletier ; nouvelle production. Vincent Boussard : Mise en scène; Vincent Lemaire : Décors; Christian Lacroix : Costumes; Guido Levi : Lumières. Avec : Kate Aldrich, Léonor de Guzman; Yijie Shi , Fernand; Ludovic Tézier, Alphonse XI, roi de Castille; Giovanni Furlanetto, Balthazar; Alain Gabriel, Don Gaspar; Marie-Bénédicte Souquet,  Inès; Chœur du Capitole , Alfonso Caiani,  direction ; Orchestre national du Capitole; Antonello Allemandi : direction.

Illustration : © P. Nin 2014

Hubert Stoecklin

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der Freischütz, ouverture ; Richard Danielpour (né en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour débuter ce concert, l’orchestre, un peu pléthorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancé sans finesse dans l’ouverture du Freischütz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblé presque pris au dépourvu avec des attaques parfois imprécises et des cors en ordre dispersé. Les gestes énergiques du chef lui donnant presque un coté martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur américano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatrième symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrée, la partition ne manque pas d’allure en faisant référence à Britten y mêlant quelques éléments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en Cinémascope. La tragédie de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immédiat, le compositeur aimant à parler directement aux émotions de l’auditeur. Le chant final confié à une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son époux espérant toujours arriver à se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsée de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchée sont très évocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la résistance du peuple. Il s’agissait de la création française de cette pièce.

Après l’entracte la Quatrième Symphonie de Mahler a été proposée dans une interprétation immédiate et hédoniste par Giancarlo Guerrero. La beauté de cette partition très lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dérision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas été invités par un chef plutôt soucieux à tout moment de beauté sonore. L’orchestre est très généreux en somptuosité de timbres et moins en nuances et subtilité de phrasés. Le premier mouvement dans un tempo prudent a déroulé ses ensorcelants mélismes en toute candeur sans dérision ni gentilles moqueries lors des archets frappés ou les riches percussions. Le deuxième mouvement contenant une marche funèbre avec un premier violon en scordattura est resté très élégant et joyeux sans jamais rien d’inquiétant ou de vraiment provoquant. Le troisième, Ruhevoll,  eut la beauté des songes avec une avancée de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a été un peu décevant par son manque d’humour mais la partition jouée ainsi au premier degré avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le génie d’orchestrateur de Mahler et la virtuosité de l’orchestre du Capitole. L’évocation de l’ambivalence de l’enfance n’a même pas été effleurée. Cette version solide et avant tout centrée sur le beau son, a été bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprétation si complète sur bien des plans, y compris quant à l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnée par ce même orchestre autrement plus engagé sous la baguette de Tugan Sokhiev très inspiré en mars 2010…

Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 décembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der Freischütz, ouverture; Richard Danielpour (né en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Compte-rendu : Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 15 mai 2013. L’âme Slave. Chœur de chambre les éléments. Corine Durous, piano ; Joël Suhubiette, direction.

Joël Suhubiette dirigeantEn choisissant des compositeurs de la Mitteleuropa si variée, Joël Suhubiette construit son nouveau programme comme un patchwork de paix et de beauté. L’âme Slave va du rire aux larmes, du plus savant au populaire avec noblesse et énergie. Lors de ce concert le chœur de chambre les éléments chante donc avec clarté en 5 langues. Ce travail sur le texte est agréable car les sonorités sont à la fois proches et variées et le sens des mélodies est profondément porté par les chanteurs. L’engagement de chacun est total, tant avec le texte que la voix. Les qualités du chœur de chambre sont particulièrement mises en valeur par ce programme. Précision rythmique, justesse, lignes mélodiques ciselées et agréables nuances. Les couleurs vocales épousent celles des mots et le sens en devient limpide. La poésie de ces œuvres, surtout celles a cappella, permettent de savourer de belles émotions. L’allemand, le tchèque, le russe, le slovaque et le hongrois sonnent fraternellement. Quand on sait les conflits armés qui ont encore récemment embrasé ces régions on mesure combien, en fait, ces peuples sont proches en entendant la musicalité des belles langues et la richesse de cette musique si savante et populaire à la fois. Joël Suhubiette a parfaitement construit son programme, l’ouvrant avec un clin d’œil par Schubert avec Corine Durous au piano dans la mélodie Hongroise en si mineur. La tension perceptible rend sa lecture un peu abrupte. Celle du chœur dans les extraits des Zigeunerlieder de Brahms suggère un besoin de temps pour parfaitement s’équilibrer.

 

 

Les Eléments ont l’âme Slave

 

Dans les trois cycles de Dvorak, le sublime s’invite. Les trois chants slaves pour chœur d’hommes a capella sont un sommet d’émotion et de tenue vocale. L’engagement des chanteurs permet au chef d’obtenir de superbes couleurs et des nuances extrêmes. Ensuite, tout le chœur a cappella offrira un élargissement de beauté sonore avec un superbe équilibre entre les pupitres. Les quatre chansons populaires moraves op.20 avec Corine Durous termineront la première partie avec éclat.

En deuxième partie de programme, c’est au pupitre de femmes de briller avec deux chœurs de Tchaïkovski et Rachmaninov dans le plus pur romantisme russe, la lumière de l’aube et du crépuscule y apporte cette belle mélancolie issue de la nature. En total contraste les quatre chansons paysannes de Stravinsky a capella sont pleines de vie et humour. Les chants slovaques de Bartók permettent de retrouver tous les pupitres et le piano dans un élargissement de couleurs somptueuses. Puis, Corine Durous avec une superbe lecture des 3 chants populaires hongrois pour piano fait percevoir sa passion pour le chant et la déclamation. Elle narre des histoires pittoresques à la manière de récitatifs et sait faire chanter son piano.

Pour finir Joël Suhubiette a choisi un univers étrange et très spectaculaire. Avec trois chœurs a cappella en Hongrois, György Ligeti offre une partition audacieuse qui ouvre les cadre harmonique et demandes des nuances extrêmes. Les fortissimi aigus des sopranos sont à la limite de la saturation provoquant un effet physique indescriptible. Les accords sont parfois comme surnaturels. Le public reste sans voix puis un tonnerre d’applaudissements dit son bonheur. Voilà un beau programme promis à un grand succès, qui va encore s’affiner et gagner en souplesse. Ne manquez pas de le suivre, car les Éléments vont le faire tourner.

Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 15 mai 2013. L’âme Slave. Œuvres de : Frantz Schubert 1798-1828) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Sergei Rachmaninov (1873-1943) ; Antonin Dvorak (1841-1904) ; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) ; Igor Stravinski (1882-1971) ; Béla Bartók (1881-1945) ; György Ligeti (1923-2006) ; Chœur de chambre les éléments. Corine Durous, piano. Joël Suhubiette, direction.

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 décembre 2013. Gustav Mahler (1860-1911) : 9° Symphonie en ré majeur. Budapest Festival Orchestra. Direction, Ivan Fischer.

Diriger et jouer Mahler n’est pas donné à tout le monde. Rendre justice à sa 9° symphonie encore moins. Le Budapest Festival Orchestra, dirigé par Ivan Fischer a ce soir été à la hauteur des attentes du public venu très nombreux. Il parait vain en quelques lignes de parler des exigences d’une telle partition, unique entre les symphonies les plus complexes composées par Gustav Mahler. 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigNous dirons juste que rien d’aussi délicat et subtil n’a été écrit par Mahler lui-même. Faisant suite à son extraordinaire Chant de la Terre, la neuvième symphonie a été composée en un temps record. Jamais retouchée par son compositeur, elle  n’a été créée qu’après sa mort le 26 juillet 1912 à Vienne sous la direction de Bruno Walter.  L’orchestration est subtile, le discours est fluide et sans les insistances et redites de certaines symphonies. Encadrée par deux mouvements lents d’une absolue beauté, cette symphonie en quatre mouvements a un rapport au silence inouï. Jamais il ne parait aussi évident que la musique naît du silence et y retourne comme l’eau de pluie va à la mer. Comme la vie  elle-même vient et va du néant vers le néant.

 

 

Sonorité métaphysique de la musique

 

 
 

Dès les premières mesures les violoncelles, les harpes et les cors bouchés, en une audace d’orchestration bouleversante, invitent à cette compréhension quasi métaphysique de la musique. Tout est possible après un tel commencement, comme une naissance en toute quiétude dans le silence. Ce premier mouvement, vraie symphonie à lui seul, exige tant d’attention et d’énergie du chef comme des instrumentistes, afin de permettre à  l’auditeur  de planer dans un entre deux incommunicable à la fois berceuse de l’infini invitant au sommeil éternel et musique de l’introspection sur la finitude de tout et la paix de la mort. Ivan Fischer comprend tout ce que cette partition contient et nous la rend limpide. L’orchestre est merveilleux de concentration, de précision et d’audaces assumées dans les couleurs et les nuances. L’écoute est éblouie et devient flottante devant tant de beauté et d’intelligence. Après ce premier mouvement bouleversant, le chef sort quelques instants de scène afin de récupérer et l’orchestre se raccorde, le public tousse et reprend conscience. Les deux mouvements médians, dansants et provocants, rappellent toute la vanité de l’agitation du monde.
Ivan Fischer obtient de son orchestre, dans une relation de confiance de près de trente ans, de ne pas jouer joli. Ainsi les sons s’enhardissent  à être laids et grotesques. Les sarcasmes sont délurés ; le vulgaire de la vie est assumé. Ces deux mouvements affreusement moqueurs créent un contraste saisissant. Le final de cette symphonie est un hymne au repos et à l’au-revoir accepté aux êtres, aux mondes et à la musique même. Le chant des violons, déchirants et oppressés ouvre un océan de tendresse. L’immense Adagio déploie ensuite son espace de mélancolie sublimée. Comme le dernier chant, l’Abschied, du Chant de la Terre, ce merveilleusement long mouvement de pure beauté chante et dépasse les cadres étroits du normal. Un adieu ainsi distendu devient une vie à lui seul. Devant tant d’émotion, le demi-sommeil semble un refuge pour continuer à penser sans s’effondrer. L’interprétation d’Ivan Fischer et son Budapest Festival Orchestra est admirable en tout. Intelligence des phrasés, beauté des nuances, précisions des attaques et du rythme. Les instrumentistes rivalisent d’une virtuosité musicalement déchirante. Il faudrait citer chacun mais c’est le collectif de ce don de tout ce que chacun a de meilleur qui fait le prix de cette interprétation à la forme parfaite et au fond infiniment grand.

Avec une telle oeuvre et de tels interprètes nous touchons aux limites même du commentaire possible. Tant de génie ne peut se dire, ni même se murmurer. Les mots manquent, le souffle lui-même… Chacun a été confronté à sa finitude et a été changé. Véritable expérience d’une humanité partagée en sa solitude absolue. Le long silence imposé par le chef à la fin a permis un retour en soi après cet immense voyage dont la fin a un goût d’éternité dans son lien au silence. Jamais un concert des  Grands Interprètes n’a mérité ainsi son nom.

 

Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 décembre 2013. Gustav Mahler (1860-1911) : 9° Symphonie en ré majeur. Budapest Festival Orchestra. Direction, Ivan Fischer.