COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 9 aout 2019. TCHAIKOVSKI, RACHMANINOV : A Malofeev, N Goerner. Orch Nat du Tatarstan. A Slakovsky

COMPTE-RENDU, concert. Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron, le 9 aout 2019. TCHAIKOVSKI, RACHMANINOV : A Malofeev, N Goerner. Orch Nat du Tatarstan. A Slakovsky. Le Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron nous conviait Ă  une trĂšs grande et belle Nuit du piano. Deux compositeurs russes, un jeune pianiste russe Ă©blouissant, un pianiste argentin solaire, un orchestre et un chef, exaltĂ©s. Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ.

piano-malofeev-concerto-orchestre-critique-concert-piano-classiquenews-roque-antheron-2019-critique-classiquenews-malofeev-5Une premiĂšre partie consacrĂ©e Ă  deux Ɠuvres de Piotr Ilitch TchaĂŻkovsky (1840-1893) et une deuxiĂšme Ă  deux Ɠuvres de SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943). Deux concertos, deux Ɠuvres symphoniques, Ă©quilibre parfait d’un diptyque somptueux. Alexander Malofeev, gamin surdouĂ© de dix-sept ans,  inaugure cette Nuit du piano. Premier Prix du Concours International TchaĂŻkovsky pour jeunes pianistes, saluĂ© par sa prestation exceptionnelle Ă  quatorze ans, il joue le Concerto N°2 pour piano et orchestre en sol majeur opus 44 de TchaĂŻkovsky, sous la voĂ»te spectaculaire de La Roque, et ses 121 cubes blancs qui en font l’une des acoustiques les plus jalousĂ©es des festivals de plein air. Moins cĂ©lĂšbre que l’incontournable Concerto N°1 en Si bĂ©mol Majeur avec son premier mouvement et ses immenses accords qui parcourent tout le clavier et ce thĂšme legato, d’une ligne mĂ©lodique puissante et si sensuelle, le Concerto N°2 (TchaĂŻkovsky en composera 3) est en trois mouvements, comme la plupart des concertos, dont la forme a Ă©tĂ© fixĂ©e Ă  la fin de l’Ă©poque baroque. A travers ses innombrables concertos, Antonio Vivaldi (1678-1741) contribua Ă  fixer les trois mouvements et Ă  donner au soliste une grande libertĂ© d’Ă©criture, dont la virtuositĂ© et la technique se dĂ©velopperont au cours des siĂšcles suivants. La cadence de la fin des premiers mouvements, improvisĂ©e puis Ă©crite au XIXe siĂšcle, est un hĂ©ritage de cette audace baroque. Le Concerto N°2 est composĂ© de trois mouvements :Allegro brillante e molto vivace /Andante non troppo/Allegro con fuoco.

 

 

La folle soirée russe !

 

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Le jeune virtuose Malofeev semble danser sur le clavier, son aisance dans les parties trĂšs techniques et sa maturitĂ© dans les passages plus sombres sont Ă©tonnantes ; il se courbe vers le piano, comme pour faire corps avec le son, puis se relĂšve, impĂ©tueux pour mieux dominer la partition. Il sait aussi dialoguer avec la flĂ»te traversiĂšre, le violon solo ou le violoncelle, comme s’il s’agissait d’un mouvement de Sonate plus intime puis devient fougueux, survoltĂ© dans l’Allegro con fuoco, thĂšme de danse villageoise avec de grands accords fulgurants qui parcourent tout le clavier, dans une Ă©criture trĂšs rhapsodyque. Dans ses 2 bis, Alexander Malofeev semble faire la synthĂšse de cet art dĂ©jĂ  trĂšs abouti : Islamey, opus 18 de Mili Balakirev, membre du Groupe des Cinq. Fantaisie orientale oĂč les mains se croisent sans cesse dans une course folle et un extrait des Saisons, opus 37a de TchaĂŻkovsky (La Chanson d’Automne : Octobre), d’une profonde mĂ©lancolie retenue. Eblouissant ! L’Orchestre National symphonique du Tatarstan, accompagne le jeune virtuose. Le Tatarstan, entitĂ© de la FĂ©dĂ©ration de Russie peut s’honore d’avoir un tel Ensemble symphonique. Le Festival d’Automne de sa capitale Kazan, est de grande renommĂ©e et permet Ă  l’Orchestre National d’y briller et de se confronter Ă  d’autres formations internationales. Bien sĂ»r, les compositeurs russes inondent tous les programmes de concert. Alexander Sladkovsky, le chef emblĂ©matique depuis 2010, laurĂ©at du Concours International Prokofiev, d’abord sous le charme de cet adolescent sans limites, imprime une intensitĂ©, une gĂ©nĂ©rositĂ© et fait vibrer chaque pupitre. PrĂ©sence poignante sur son estrade, cabotin et imposant.
 
 

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L’orchestre reprend seul le flambeau pour une interprĂ©tation de haute volĂ©e de la Symphonie N°2 de TchaĂŻkovsky en ut mineur opus 17 « Petite Russie » ; symphonie en 4 mouvements comme la plupart des symphonies depuis Mozart. Le chef donne Ă  chaque mouvement un relief particulier, une couleur correspondant aux indications si colorĂ©es du compositeur. Chaque mouvement est divisĂ© en plusieurs parties indiquĂ©es par des caractĂšres diffĂ©rents, vitesses, atmosphĂšres : 1er mouvement, Andante sostenuto-Allegro comodo/2Ăšme mouvement, Andantino marziale, quasi moderato/3Ăšme mouvement, Scherzo-Allegro molto vivace/4Ăšme mouvement, Finale-Moderato assai-Allegro vivo. Ces diffĂ©rentes palettes de durĂ©e et d’expression, vont permettre Ă  Alexander Sladkovsky de passer d’une direction franche, martiale, dense Ă  des gestes plus souples. Le chef est habitĂ©, il communique physiquement par une attitude souvent emphatique, trĂšs thĂ©Ăątrale. Si l’Andante dĂ©marre par une marche pulsĂ©e, rythmĂ©e par les noires des bassons et des cordes graves, il se termine par une phrase plus lĂ©gĂšre. Dans le Scherzo, tempo ternaire jubilatoire, le chef est bondissant, faisant ressortir ainsi le pupitres des Bois qui lancent des fusĂ©es, reprises par les cordes. L’Allegro vivo est un hymne grandiose. La Danse Espagnole, en bis, extraite du Lac des Cygnes de TchaĂŻkovsky, termine cette premiĂšre partie dans un enthousiasme communicatif. Le public est dĂ©jĂ  conquis !

A l’Ă©poque romantique, la Russie oppose deux visages: l’un national, l’autre plus europĂ©en : Cinq compositeurs russes, regroupĂ©s sous l’appellation Groupe des Cinq Ă©criront des Ɠuvres exaltant les sentiments patriotiques, pages aux coloris trĂšs expressifs, aux mĂ©lodies originales. On retient essentiellement Borodine : Le Prince Igor (« Danses polovtsiennes »)…, Rimsky Korsakov : Le Coq d’Or, La Grande PĂąque Russe, ShĂ©hĂ©razade… et Modeste Moussorgsky : Boris Goudounov (opĂ©ra), Les Tableaux d’une Exposition (orchestration de Maurice Ravel)… TchaĂŻkovsky, en marge de ce mouvement, reste profondĂ©ment russe mais est aussi attachĂ© Ă  la culture occidentale par ses Symphonies, ses concertos, sa musique de chambre et donnera au Ballet symphonique ses lettres de noblesse, le dĂ©finissant comme genre Ă  part entiĂšre, enfin sorti des traditionnelles interventions, si attendues, dans les opĂ©ras. Il Ă©tait soutenu par une aristocratie qui dĂ©daignait la musique imprĂ©gnĂ©e d’art populaire et « rencontra » une mĂ©cĂšne providentielle : Nadejda Von Meck qui aura avec lui une relation Ă©pistolaire des plus insolites ; elle lui enverra une bourse rĂ©guliĂšrement sans jamais chercher Ă  le rencontrer, admiration dĂ©sintĂ©ressĂ©e d’une rare Ă©lĂ©gance. Bien sĂ»r, elle sera la dĂ©dicataire de plusieurs Ɠuvres du MaĂźtre qui ne se faisait pas prier pour honorer les caprices artistiques de la richissime veuve russe fortunĂ©e !

 

 
 
Dans la deuxiĂšme partie, le pianiste argentin Nelson Goerner, cinquante ans, visage lumineux, joue le Concerto N°3 opus 30 de SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943) avec le mĂȘme orchestre et le mĂȘme chef. Ce pianiste argentin obtient en 1986 le Premier Prix du Concours Franz Liszt de Buenos Aires et rencontre la mĂȘme annĂ©e la sublime pianiste argentine Martha Argerich : sa carriĂšre internationale est lancĂ©e. On le dĂ©couvre ce soir dans ce redoutable Concerto du MaĂźtre russe. C’est lors d’une tournĂ©e aux Etats-Unis, en 1909, que Rachmaninov compose et joue ce 3Ăšme Concerto en rĂ© mineur ; c’est un triomphe ! Gustav Malher, lui aussi prĂ©sent aux Etats-Unis pour faire connaĂźtre ses Ɠuvres, dirige le compositeur russe dans ce Concerto en 1910 ! Rachmaninov a composĂ© 4 concertos pour le piano. Le Concerto N°1 en fa# mineur a Ă©tĂ© rendu cĂ©lĂšbre par l’Ă©mission Apostrophes de Bernard Pivot dont il Ă©tait le gĂ©nĂ©rique. Il a bercĂ©, ainsi, des annĂ©es de soirĂ©es littĂ©raires, de 1975 Ă  1990 ! Le troisiĂšme Concerto, en trois mouvements, est d’une extrĂȘme virtuositĂ©.

 

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Dans l’Allegro ma non tanto, Goerner reste Ă©lĂ©gant, raffinĂ©, virtuose sans emphase ; aprĂšs la tornade Malofeev, le pianiste argentin parcourt le clavier avec une aisance fantastique et maĂźtrise tous les piĂšges de cette Ă©criture postromantique si exigeante: accords, gammes, arpĂšges diaboliques et des superpositions de voix Ă©tonnantes. La cadence finale est redoutable par sa force et son Ă©criture si complexe. Le deuxiĂšme mouvement, Intermezzo-Adagio est d’une langueur mĂ©lancolique, dialogues avec la flĂ»te, le hautbois, le cor, parenthĂšses Ă©lĂ©giaques avant la dĂ©ferlante du 3Ăšme mouvement Finale-Alla breve, hybride et brillant, mĂȘlant des couleurs expressionnistes et jazzy surprenantes. Le pianiste est en connexion parfaite avec son instrument et l’orchestre. Le public salue, debout, cette performance. En bis, Le Bailecito (Petite danse) du compositeur argentin Carlos Guastavino, (1912-2000), connu essentiellement pour ses nombreuses mĂ©lodies (MĂ©lodies argentines…), est un clin-d’oeil Ă  ses origines. Goerner effleure le clavier, caresse les touches. Puis il conclut par des variations impressionnantes d’Adolf Schulz-Evler, compositeur polonais mort en 1905, d’aprĂšs le Beau Danube Bleu de Johann Strauss. Brillantissime ! Triomphe total!

Pour terminer cette grande soirĂ©e, l’orchestre joue Le Rocher, PoĂšme symphonique opus 7 de Rachmaninov, Ɠuvre de jeunesse, 1893, aux couleurs plus impressionnistes, qui s’inspire d’un poĂšme de MikhaĂŻl Lermontov : Le Rocher. Fresque symphonique, dĂ©coupĂ©e en plusieurs tableaux : dĂ©part sombre et tĂ©nĂ©breux, cordes graves, legato puis une partie plus dansante ; aprĂšs une respiration apaisĂ©e et mystĂ©rieuse, un nouveau contraste pour un crescendo grandiose en tutti.
Le gĂ©nĂ©reux chef transmet son incroyable vitalitĂ©, dans une attitude grandiloquente, parfois caricaturale mais touchante aussi par son Ă©nergie juvĂ©nile. Trois bis, ce qui est rarissime, aprĂšs un tel concert, pour une soirĂ©e qui semblait se prolonger sans cesse, dont « La Bacchanale », extraite de Samson et Dalila de Camille Saint-SaĂ«ns, tumultueuse, ornĂ©e, orientale, festive et Stan Tamerlana d’Alexander TchaĂŻkovski, compositeur et pianiste russe, nĂ© en 1946. Oeuvre dĂ©lirante par ses sonoritĂ©s Ăąpres, folkloriques et ses rythmes entraĂźnants, qui soulĂšve le public dans une extase jouissive hallucinante. Le chef bondit, gesticule, se tourne vers la foule dĂ©jĂ  debout, et l’invite Ă  se joindre Ă  la fĂȘte par des claps de mains, des cris, faisant Ă©cho aux jeux entre les cuivres, les percussions, les vents, les cordes. Spectateurs mĂ©dusĂ©s, un chef aĂ©rien qui nous offrait toute la puissance et la vie d’un orchestre vibrant, musiciens, spectateurs ne faisant qu’un. Un moment trĂšs Ă©tonnant. On avait tous envie de prendre le premier vol pour Kazan et continuer cette soirĂ©e magique dans l’aventure d’autres rĂ©pertoires. Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ. Illustrations : Festival international de piano de la Roque d’AnthĂ©ron 2019

 
 
 
 

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Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron
Vendredi 9 aoĂ»t 2019 – Nuit du piano:
‱ Alexander Malofeev : piano
‱ Orchestre National symphonique du Tatarstan. Alexander Sladkovsky : direction
‱ Concerto N°2 pour piano et orchestre en sol majeur opus 44 de Piotr Ilitch Tchaïkovsky
‱ Symphonie N°2 en ut mineur opus 17 « Petite Russienne » de Piotr Ilitch TchaĂŻkovsky
‱ Nelson Goerner : piano
‱  Orchestre National symphonique du Tatarstan. Alexander Sladkovsky : direction
‱ Concerto N°3 opus 30 de Sergueï Rachmaninov
‱ Le Rocher, Poùme symphonique opus 7 de Sergueï Rachmaninov

 

 

KARAJAN 2019 : Les 30 ans de la mort (1989 – 2019) Symphonies de BRUCKNER et TCHAIKOVSKY / Berliner Philharmoniker (DG)

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_ETE 2019. Deux coffrets opportuns viennent rappeler l’hĂ©ritage d’un grand chef du XXĂš, Herbert Van Karajan (nĂ© en 1908, mort en 1989) dont les 30 ans de la disparition seront ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s par DG Deutsche Grammophon ce 16 juillet 2019. Autant dire que le label de Hambourg, le plus prestigieux au monde, fort d’un catalogue inĂ©galĂ©, rend hommage Ă  l’un des piliers de sa gloire et de sa pertinence artistique, toujours bien vivaces aujourd’hui. Avec ses chers Philharmoniker de Berlin, le chef septuagĂ©naire Ă  la stature d’empereur, enregistre l’intĂ©grale des symphonies de Bruckner (1 Ă  9, Ă  Berlin de janvier 1975 Ă  janvier 1981), et de Tchaikovsky (6 Symphonies, entre octobre 1975 et fĂ©vrier 1979)
 le geste est carrĂ©, parfois dĂ©clamatoire mais jamais court, parfois emphatique mais habitĂ© ; jouant sur une spatialisation nouvelle du son, plus concentrĂ© que rayonnant, pourtant souvent dĂ©taillĂ© (Tchaikovski), Karajan affirme une esthĂ©tique de l’enregistrement particuliĂšrement fouillĂ©e, Ă  laquelle il a participĂ© au premier rang.

CLIC_macaron_2014Le souffle impĂ©rial de ses Bruckner auxquels il garantit aussi une introspection majestueuse en liaison avec la foi sincĂšre du compositeur de Linz ; la tendresse et cette prĂ©sence obsessionnelle du Fatum chez Piotr Illiytch fondent la valeur des 2 coffrets, remarquablement remixĂ©s pour l’occasion (cd et Blu-ray audio HD 96khz / 24 bit. Soit dans un format master des plus optimisĂ©. 2 coffrets incontournables.

 

 

 

CD, coffret événement. KARAJAN : 9 symphonies de Bruckner (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 9 cd DG Deutsche Grammophon)

CD, coffret événement. KARAJAN : 6 Symphonies de Tchaikovski (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 4 cd DG Deutsche Grammophon)

 

 

 

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_

 

 

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APPROFONDIR

 

 

LIRE aussi nos articles et dossiers HERBERT VON KARAJAN, dont le bilan des coffrets édités pour les 25 ans de la mort de Karajan en 2014 :

Karajan20025 ans aprĂšs sa mort (1989), le chef autrichien Herbert von Karajanlaisse un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique qui s’incarne par le disque : titan douĂ© d’une hypersensibilitĂ© fructueuse chez Beethoven, Schumann, Tchaikovski, Richard Strauss, Brahms entre autres 
, Karajan s’est forgĂ© aussi une notoriĂ©tĂ© lĂ©gitime grĂące Ă  son souci de la qualitĂ© des enregistrements qu’il a pilotĂ©s et rĂ©alisĂ©s pour Deutsche Grammophon. Outre la virtuositĂ© habitĂ©e, un sens innĂ© pour la ciselure comme le souffle Ă©pique de la fresque, Karajan a marquĂ© l’histoire de l’enregistrement par son exigence absolue. Une acuitĂ© inĂ©dite pour d’infimes nuances rĂ©vĂ©lant l’opulence arachnĂ©enne des timbres
 tout cela s’entend dans le geste musical comme dans la prise de son
 dans son intĂ©grale de 1961-1962 des Symphonies de Beethoven, magistralement captĂ©es dans le respect de la vie et de la palpitation
 Pour ses 25 ans, le prestigieux label jaune rĂ©Ă©dite une sĂ©rie de coffrets absolument incontournables. Voici notre sĂ©lection d’incontournables. LIRE notre sommaire articles et dossiers HERBERT VAN KARAJAN

 

COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : EugÚne Onéguine. Garichot

Temps fort et séance inaugurale de la saison symphonique de l'Opéra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, la 6Úme "Pathétique" de Tchaikovski : les 15 et 16 novembre 2014

COMPTE RENDU critique, opĂ©ra. TOULON, OpĂ©ra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : EugĂšne OnĂ©guine. Pouchkine
 Magnifique et terrible vie que celle du poĂšte romancier Alexandre Pouchkine (1799-1837), descendant d’un Africain et appelĂ© Ă  devenir le premier Ă©crivain Ă  avoir donnĂ© ses lettres de noblesse littĂ©raire Ă  la langue russe, vĂ©nĂ©rĂ© comme tel en Russie. Jeunesse tumultueuse, dissidente politiquement, il connaĂźt l’exil puis le carcan rĂ©cupĂ©rateur de postes officiels imposĂ©s, notamment censeur, Ă  l’opposĂ© de ses aspirations libertaires. Comme son hĂ©ros Lenski dans son roman en vers, Pouchkine meurt en duel, tuĂ© par son beau-frĂšre, un officier alsacien qui avait dĂ©jĂ  Ă©pousĂ© la sƓur de Natalia, sa frivole Ă©pouse, afin de dĂ©tourner ses soupçons et dĂ©sarmer le premier dĂ©fi du poĂšte. La simplicitĂ© classique de la langue de ce romantique exaltĂ© aura le mĂ©rite d’inspirer nombre de compositeurs, Glinka (Rouslan et Ludmila), Dargomyjski (La Russalka, Le Convive de Pierre), Moussorgski (Boris Godounov), TchaĂŻkovski (Eugene Oneguineet La Dame de pique, Mazeppa), Rimski-Korsakov (Mozart et Salieri,Le Coq d’or), Rachmaninov (Le Chevalier avare).

 

 

Le roman et l’opĂ©ra
De ce roman en vers, plus qu’un opĂ©ra avec nƓud, pĂ©ripĂ©ties et dĂ©nouement dramatique, TchaĂŻkovski tire, comme il l’intitule justement une suite de « scĂšnes lyriques » en trois actes et sept tableaux, des moments dans la vie du hĂ©ros EugĂšne OnĂ©guine, jeune gandin guindĂ©, fringuĂ© et arrogant, jouant les dandies blasĂ©s et cyniques Ă  la mode anglaise des Lovelace de Richardson et de Byron, en vogue dans les annĂ©es 1820.
SĂ©duisant d’emblĂ©e la romanesque Tatiana, jeune provinciale qui se livre entiĂšrement Ă  lui dans une lettre, prisonnier de son rĂŽle, il la repousse, pour en tomber Ă©perdument amoureux lorsqu’il la retrouvera plus tard mariĂ©e et princesse fĂȘtĂ©e de la capitale, et en sera repoussĂ© Ă  son tour.
Entre temps, il aura tuĂ© en duel son meilleur ami, le poĂšte Vladimir Lenski, aprĂšs un badinage provocateur avec la coquette Olga, la fiancĂ©e de ce dernier, sƓur de Tatiana. Bref, ce sont, pratiquement, Ă  l’exception du duel, presque comme un accident qui ne semble avoir d’autre incidence sur l’histoire qu’un long voyage d’EugĂšne, des scĂšnes domestiques intimes, Ă©gayĂ©es de danses de paysans et avec deux bals antithĂ©tiques (province et capitale) et deux scĂšnes tout aussi opposĂ©es entre Tatiana et EugĂšne, et deux refus symĂ©triquement inverses de l’homme, puis de la femme, de rĂ©pondre Ă  l’amour de l’autre.

 

 

 

 

Piotr Illyitch Tchaikovski

Eugùne Oneguine : L’ÊTRE ET LETTRE

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Lettres symétriques
EugĂšne Oneguine, paru en feuilletons, roman en vers commencĂ© Ă  vingt-deux ans, terminĂ© quelque huit annĂ©es plus tard, est court en texte mais long en Ă©laboration. Dans une architecture trĂšs libre, trĂšs lĂąche mĂȘme avec ses digressions lyriques et ses commentaires de l’auteur sur ses personnages, il est nĂ©anmoins structurĂ© par deux lettres parallĂšles et dissymĂ©triques : celle de Tatiana Ă  EugĂšne au milieu du chapitre III aprĂšs leur rencontre, et celle d’EugĂšne Ă  Tatiana mariĂ©e au Prince GrĂ©mine, aprĂšs leurs retrouvailles des annĂ©es aprĂšs, au chapitre VIII, la fin. Dans la premiĂšre, c’est tout son ĂȘtre que livre la jeune fille, campagnarde romantique, Ă  l’élĂ©gant citadin blasĂ©, s’abandonnant Ă  son vouloir :
« À jamais je te confie ma destinĂ©e ».
À quoi, un EugĂšne repenti qui avait gardĂ© la lettre de Tatiana, rĂ©pond en Ă©cho dĂ©calĂ© mais tardif :
« Faites de moi / Ce qu’il vous plaĂźt [
] Je m’abandonne Ă  mon destin. »
Sans rĂ©pondre Ă  sa lettre (absente de l’opĂ©ra), le faisant attendre impitoyablement des mois durant, mĂȘme en avouant qu’elle l’aime encore, Tatiana lui rĂ©pĂštera presque mot pour mot ce qu’il lui rĂ©pondit alors (« votre leçon ») en refusant son amour. Et la jeune femme tire amĂšrement mais implacablement la leçon commune de la rencontre ratĂ©e de deux ĂȘtres, victimes et de la fatalitĂ© invoquĂ©es par tous deux :
« Et le bonheur Ă©tait si proche, / Si possible
Mais le destin / A tranchĂ©. »

Héros antinomiques : images
Pouchkine, dĂšs l’épigraphe qui prĂ©cĂšde son roman, place son hĂ©ros sous des auspices peu sympathiques : « PĂ©tri de vanitĂ© » ; d’orgueil, causĂ© par « un sentiment de supĂ©rioritĂ©, peut-ĂȘtre imaginaire ». Dans l’exergue immĂ©diatement en tĂȘte du premier chapitre, il indique : « Il est pressĂ© de vivre, il a hĂąte de jouir. »
Il le prĂ©sente Ă  la suite « faisant risette Ă  un mourant » qu’il voue au diable, un oncle dont il espĂšre hĂ©riter car son pĂšre a ruinĂ© la famille. Plus humoristiquement, il le traite de « jeune vaurien », « mon polisson », « VĂȘtu comme un dandy de Londres », sachant « écrire et lire le français / Ă  la perfection », « garçon instruit mais pĂ©dant », faisant illusion sur sa culture, finalement pas trĂšs grande, mais suffisamment pour sĂ©duire « des coquettes dĂ©jĂ  expertes » au nez de leur mari, sachant « fort tĂŽt porter le masque », collectionneur prĂ©cieux de prĂ©cieuses babioles de toilette, affligĂ© d’une « paresse mĂ©lancolique », mais passant « trois heures au moins /Par jour Ă  se voir dans la glace », et, finalement, il « sortait de son cabinet / Semblable Ă  VĂ©nus la friponne » dĂ©guisĂ©e en homme, sophistication toute fĂ©minine. Mondain, apprĂ©ciĂ© partout dans le grand monde, il hante les soirĂ©es, les thĂ©Ăątres. MĂȘme Ă  la fin, le narrateur le nomme « Mon incorrigible excentrique », « bizarre compagnon », voyageant avec lui aprĂšs la rupture absolue avec Tatiana.
Autant dire que ce personnage superficiel longuement prĂ©sentĂ©, est Ă  l’extrĂȘme opposĂ© de la rĂȘveuse Tatiana, parue plus tard dans le roman, qui
« n’avait ni la beautĂ©/ Ni la fraĂźcheur de sa cadette ;
Rien qui attire le regard. / Triste, sauvage, enfermée,
Pareille Ă  la biche craintive, /
Elle avait l’air d’une Ă©trangĂšre/ Au sein de sa propre famille ».
Elle n’est « jamais cĂąline » avec les siens, sans poupĂ©e, « on ne l’avait jamais vu s’amuser » : « Rien d’espiĂšgle en elle », Ă  l’inverse de sa sƓur Olga, se lassant vite des jeux frivoles avec leurs « petites amies », en rien attirĂ©e par les travaux domestiques fĂ©minins, le travail d’aiguille. Lectrice de Richardson, de Rousseau. Autant dire que cette personne profonde, douĂ©e ou affligĂ©e d’une « pensive rĂȘverie/ Depuis qu’elle Ă©tait tout enfant », si elle a le coup de foudre pour OnĂ©guine, ce n’est qu’un malentendu reposant sur une image et il aura sans doute assez de luciditĂ© pour deux pour refuser cet ĂȘtre projetĂ© sur lui par la romanesque jeune fille. Et quand il la retrouve plus tard, mariĂ©e Ă  un hĂ©ros, le Prince GrĂ©mine, Ă©lĂ©gante donnant le ton dans les salons, c’est sans doute de cette image qu’il s’éprend et prend pour un amour qui a couvĂ© durant ses longs voyages aprĂšs avoir tuĂ© Lenski en duel.

 

 

L’opĂ©ra
Le tourmentĂ© TchaĂŻkovski, nĂ© en 1840 et mort prĂ©maturĂ©ment en 1893 sans que l’on sache de quoi, tout aussi fĂȘtĂ© en son pays que Pouchkine (il aura droit Ă  des funĂ©railles nationales) crĂ©e en 1878 sa version musicale du roman en vers. Sa volontĂ© toute moderne de vĂ©ritĂ© le pousse Ă  refuser, pour ces rĂŽles principaux de jeunes gens amoureux, des chanteurs vĂ©tĂ©rans et leur prĂ©fĂšre la fraĂźcheur et la spontanĂ©itĂ© de jeunes solistes du Conservatoire de Moscou oĂč l’Ɠuvre est crĂ©Ă©e au thĂ©Ăątre Maly, le 29 mars 1879.
On dirait de cet opĂ©ra, par ses sentiments et situations, qu’il est « vĂ©riste » si le vĂ©risme n’était souvent qu’une exacerbation de sentiments extrĂȘmes alors qu’ici, tout est dans un intimisme qui, malgrĂ© les Ă©lans passionnĂ©s, demeure dans une grande pudeur dont mĂȘme la transgression de la lettre d’amour de Tatiana n’est qu’une exaltation de cette limite rompue.
En sorte, non tragĂ©die, mais drame d’un dĂ©calage dans le temps, dit-on, mais aussi, on ne le remarque pas, de deux couples mal assortis tels ceux de Cosi fan tuttede Mozart : le dĂ©licat poĂšte Lenski, tĂ©nor, eĂ»t mieux convenu Ă  Tatiana, comme le souligne EugĂšne dans le roman, soprano rĂȘveuse et sentimentale telle une Fiordiligi, que la sƓur Olga, mezzo frivole comme Dorabella, mieux avenue avec le baryton libertin EugĂšne.
 

 

 

 

Réalisation et interprétation
Disons-le d’entrĂ©e de ce roman que j’aime et de cet opĂ©ra que j’adore, j’aurai rarement vu, mĂȘme dans une production du Marinsky de Saint-Petersbourg, une rĂ©alisation (Alain Garichot) et une interprĂ©tation aussi sĂ©duisantes et convaincantes dans leur somptueuse simplicitĂ©.
ScĂ©nographie unique (Elsa Pavanel) pour divers lieux : plus qu’une rĂ©aliste forĂȘt, des troncs d’arbres immenses, stylisant la grande forĂȘt russe non domestiquĂ©e ni polie encore par la ville lointaine mais que la prĂ©sence de deux couples de femmes, deux jeunes et deux ĂągĂ©es, d’un enfant, civilise de douceur.
Les expressives lumiĂšres changeantes selon le jour de Marc DelamĂ©ziĂšre, dorĂ©es de crĂ©puscule, bleuies de nuit, blanchies d’aurore,soulignent paradoxalement un fond presque toujours noir, exaltĂ© Ă  la fin par une immense lune oppressante pour un nocturne bal masquĂ© de blanc.

 

 

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La sobriĂ©tĂ© de ce dĂ©cor dans cette enveloppante mais rayonnante obscuritĂ©, permet d’en faire Ă©conomiquement tour Ă  tour jardin d’étĂ© oĂč l’on reçoit les visiteurs et les offrandes des paysans, rustique salle de bal de la fĂȘte, chambre de Tatiana oĂč un simple lit bateau Empire, une table avec sa bougie prennent une prĂ©sence poĂ©tique intense, surtout ce voile blanc planant, ciel de lit suspendu, nuage du ciel et, symboliquement, tombant vaporeusement sur le sol comme un rĂȘve trop lourd d’idĂ©al de la jeune fille, vaste drap ou tablier de jeu terrestres des paysannes en blanc.
Les dames du premier bal campagnard, dans des couleurs d’estompe gris, rose, jaune, ont des robes Ă  manches Ă  gigot (Claude Masson) et des coiffes et des coiffures dans le goĂ»t des annĂ©es 1830 de l’écriture du roman, et non celles de la narration, la fin de la guerre contre NapolĂ©on dont GrĂ©mine est l’un des hĂ©ros et EugĂšne un absent sinon dĂ©serteur. Les troncs disparus, c’est le noir sur noir nuancĂ©, digne de Soulages, du salon mondain du second bal et sa martiale et angoissante polonaise de masques blancs sur costumes noirs.
Sans naturalisme aucun, le jeu est d’un naturel confondant, mĂȘme les danses paysannes, la valse, le cotillon, la polonaise funĂšbre du second bal du dernier acte avec ses masques, bien rĂ©glĂ©es par Cooky Chiapalone.Les personnages de second plan sont justement dessinĂ©s : le Capitaine Zaretski campĂ© solidement, fringant et raide, par Mikhael Piccone, avec son aristocratique impatience pour les formalitĂ©s du duel, dont il est artisan aussi dans le roman en refusant l’inĂ©lĂ©gance d’un arrangement qu’EugĂšne n’aurait pas refusĂ© Ă  son ami, qui va voir Olga en espĂ©rant sans doute qu’elle le dissuade. Souvent sacrifiĂ©, Ă  Monsieur Triquet, le Français Ă©chappĂ© sĂ»rement Ă  la RĂ©volution française et aux convulsions de l’invasion napolĂ©onienne, tĂ©moin et vestige des liens culturels, entre la France des LumiĂšres et la Russie d’alors, dont l’élite parlait le français, Éric Vignau sait donner une dĂ©licatesse Ă©mouvante, toute la dignitĂ© humaine d’un ĂȘtre dĂ©placĂ©, dĂ©classĂ© sĂ»rement, dans un chant nuancĂ© des couplets dĂ©suets Ă  la gloire de Tatiana.Il mĂ©rite bien les bravos de ses hĂŽtes.
Tout semble juste dans cette subtile mise en scĂšne : la tendresse entre la mĂšre, Madame Larina, une onctueuse, et noble dans sa simplicitĂ©, Nona Javakhidze, attentive Ă  son chevalet oĂč elle dessine, Ă©changeant avec la nourrice, tĂ©moin attentif de son passĂ©, en contrepoint nostalgique du chant insouciant des deux jeunes filles, des souvenirs sentimentaux de jeunesse, des rĂȘves fanĂ©s, concluant avec la rĂ©signation de l’expĂ©rience :
« L’habitude nous tient lieu de bonheur. » Grande lectrice autrefois comme sa fille Tania, elle tente de la persuader que les hĂ©ros de roman n’existent pas.
Voix plus sombre, ronde, Filipievna, la Niania, la Nourrice incarnĂ©e par Sophie Pondjiclis, amie tendre de la mĂšre, maternelle, avec les filles, est touchante seule Ă  la table avec ce rituel religieux de l’icĂŽne, bouleversante dans l’aveu de la bribe de son passĂ© qui se lacĂšre, mariĂ©e Ă  treize ans avec un garçon plus jeune : toute une vie en quelque phrases. Olga la joyeuse plus que frivole a le timbre pulpeux de Fleur Barron, contralto lĂ©ger, une adorable poupĂ©e dont on admire le jeu subtil d’enfant prise en faute, d’avoir Ă©tĂ© la cause, innocemment provocante du duel. Dans le roman, elle pleure beaucoup et oublie vite son fiancĂ© mort Ă  cause d’elle.
Celui-ci, Vladimir Lenski, l’ami malheureux d’EugĂšne, est jouĂ©, chantĂ©, comme vĂ©cu, par le tĂ©nor biĂ©lorusse Pavel Valuzhin, physique exact du brave garçon rĂȘveur, du bois dont on fait les victimes, plus fait pour la rĂȘveuse Tatiana que pour la lĂ©gĂšre Olga, mais victime aussi des contraires qui s’attirent : lumineuse voix Ă©lĂ©giaque dans l’ombre dĂ©jĂ  de la mort, il fait passer le frisson de la fatalitĂ© dans la dĂ©chirure irrĂ©mĂ©diable de l’adieu (« Kouda, kouda ? »).

 

 

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Le Prince GrĂ©mine, Ă©poux de Tatiana, n’a qu’un air, mais quel air ! D’une beautĂ© qui reste en tĂȘte, d’amplitude du mi grave au mi aigu, la parfaite tessiture des basses. On donne souvent, Ă  tort, le rĂŽle Ă  des basses en fin de carriĂšre, Ă  des vieillards dont la voix fait des vagues. La basse russe Andrey Valentiy non seulement Ă©chappe Ă  ces dĂ©fauts mais est physiquement noblement princier dans son allure ; il fait passer tendresse mais aussi sensualitĂ© dans l’amour d’un homme mĂ»r pour sa jeune et belle femme qu’il proclame Ă  l’ébahi OnĂ©guine qui le dĂ©couvre, avec un timbre somptueux, Ă©lĂ©gant, profond et lĂ©ger, avec une Ă©galitĂ© de volume et de beautĂ© qu’on appellerait Ă©quanime dans la terminologie morale.
Et il est vrai que la Tatiana de la soprano russe Natalia Pavlovaen beautĂ© et voix, et en physique, est idĂ©ale comme Ă©tait idĂ©ale son hĂ©roĂŻne pour Pouchkine. Elle ne semble pas jouer mais ĂȘtre ce personnage : voix Ă©gale sur toute sa longueur, aĂ©rienne mais charnue. Sa scĂšne plus qu’air de la lettre, l’une des plus longues du rĂ©pertoire, est dĂ©taillĂ©e dans ses nuances d’émotion, frissonnante, exhalĂ©e d’inquiĂ©tude, exaltĂ©e d’espoir, intime et ardente dans les envolĂ©es de son motif avec l’orchestre.
Dans le rĂŽle-titre, le baryton polonais Simon Mechlinski, impeccablement sanglĂ© dans son costume, on dirait uniforme, de dandy dĂ©libĂ©rĂ©, a fiĂšre allure, trĂšs composĂ©e, lenteur Ă©tudiĂ©e des gestes, condescendant, par amitiĂ© pour Vladimir le poĂšte ami, Ă  visiter ces campagnards regardĂ©s de haut, redingote nĂ©gligemment sur le bras pour venir rĂ©pondre Ă  la lettre de Tatiana : le chanteur fait passer cela dans sa voix, son premier air au jeu distanciĂ©, blasĂ© mais caressant, voix sĂ©ductrice en sa mĂąle chaleur qui refuse l’amour tout en en recevant l’hommage, l’encens. Grand acteur, il saura presque la mener Ă  la dĂ©chirure dans son dernier air, sous la pluie de lettres tombant du ciel des dĂ©bris d’un rĂȘve, cri de dĂ©sespoir, sans quelle perde de sa beautĂ©.
On ne peut qu’admirer la finesse de cette distribution vocale, homogĂšne dans l’équilibre entre les voix en juste harmonie de volume, rĂ©partie entre les slaves et les deux françaises, d’une jeunesse crĂ©dible dans les rĂŽles principaux comme le souhaitait TchaĂŻkovski. Les chƓurs sont remarquablement tenus et soutenus par un orchestre transcendĂ©. Et il faut dire aussi que la direction musicale de la finlando-ukrainienne Dalia Stasevska, Ă  la bonne Ă©cole de l’assistanat d’Esa Pekka Salonen et de Paavo JĂ€rvi, cette Ă©cole du nord dĂ©sormais rĂ©fĂ©rence en matiĂšre d’orchestre, par ailleurs invitĂ©e de rien moins que du BBC Symphonie Orchestra, est admirable. Elle dirigeait et chantait le texte, sourire contre sourire face Ă  Tatiana, une osmose de toute beautĂ©. On a beau rĂ©sister Ă  la catĂ©gorisation de genre, on a un peu de gĂȘne Ă  classer selon le sexe, mais disons alors, dans certaines habitudes culturelles traditionnelles assumĂ©es faute de mieux, qu’il y avait toute une finesse fĂ©minine dans ces moments justement si fĂ©minins de l’Ɠuvre avec la beautĂ© diverse de toutes ces femmes, jeunes ou non, et une puissance qu’on dirait virile dans les montĂ©es gĂ©nĂ©reuses tant de l’exaltation de Tatiana que dans le drame. Mais, homme, femme, peu importe : un grand chef ou grande cheffe Ă  coup sĂ»r. Un bonheur.

 

 

 

 

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COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : EugÚne Onéguine.

 

 

EUGÈNE ONÉGUINE
opéra en trois actes de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Livret de Constantin Chilovski et du compositeur
d’aprùs le roman d’Alexandre Pouchkine (1799-1837)

A l’affiche de OpĂ©ra de Toulon, les 24, 26, 28 mai 2019
Direction musicale : Dalia Stasevska
Mise en scÚne : Alain Garichot.
Décors : Elsa Pavanel. Costumes : Claude Masson
LumiÚres : Marc DelaméziÚre.
Chorégraphie : Cooky Chiapalone.

Distribution :
Tatiana : Natalya Pavlova.
Olga : Fleur Baron‹Madame Larina : Nona Javakhidze
Filipievna : Sophie Pondjiclis
EugĂšne OnĂ©guine : Simon MechliƄski
Lenski : Pavel Valuzhin‹Le prince GrĂ©mine : Andrey Valentiy
Monsieur Triquet : Éric Vignau
Capitaine Zaretski : Mikhael Piccone

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Toulon

Production Opéra de Lorraine,
repris par Angers-Nantes Opéra

Photos : Frédéric Stéphan

1 Tatiana, Madame Larina, Olga;
2 EugĂšne, Tatiana;
3 Filipievna.

operadetoulon.fr

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 27 mars 2019. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Zholdak / D. Rustioni

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 27 mars 2019. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Zholdak / D. Rustioni. Jamais reprĂ©sentĂ© en France, L’Enchanteresse est pourtant l’une des partitions les plus sĂ©duisantes de TchaĂŻkovski, composĂ©e entre Mazeppa et La dame de Pique. La direction Ă©lectrisante de Daniele Rustioni et la mise en scĂšne ingĂ©nieuse de Andriy Zholdak, servies par une distribution Ă©poustouflante ont magnifiĂ© la crĂ©ation française de cet opĂ©ra enchanteur.

On est d’abord Ă©bloui par l’intelligence du dispositif scĂ©nique et la direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e. Sur scĂšne, un montage vidĂ©o reprĂ©sentant le moine Mamyrov nous introduit dans la narration du drame qui s’expose Ă  travers un triple dispositif spatial : la reconstitution de l’intĂ©rieur d’une Ă©glise, monumentale et impressionnante, une cabane typiquement russe, auberge tenue par l’Enchanteresse Nastassia, et sur la gauche une chambre bourgeoise oĂč dĂ©ambulent des convives interlopes. La luxuriance des dĂ©cors est d’abord un atout idoine qui Ă©voque avec bonheur l’ñme et la culture russes. Une transposition moderne ou dĂ©calĂ©e eĂ»t Ă©tĂ© Ă  tout le moins une faute de goĂ»t. Mettre en scĂšne l’histoire tragique de cette Carmen russe (comparaison Ă©voquĂ©e par le compositeur lui-mĂȘme dans sa correspondance) offre une multitude d’interprĂ©tations, comme ce fut le cas encore rĂ©cemment avec le chef-d’Ɠuvre de Bizet.

La Carmen versus Tchaikovski
/ ThéorÚme russe

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L’audace de la lecture de Zholdak souligne le charme vĂ©nĂ©neux de la jeune veuve qui parvient, tel le hĂ©ros du ThĂ©orĂšme de Pasolini, Ă  sĂ©duire tous les cƓurs, du gouverneur, en passant par le prince Nikita et son fils le prince Youri, suscitant jalousies et trahisons, jusqu’à la mort tragique du fils du gouverneur. La vision du metteur en scĂšne ukrainien semble rĂ©duire l’intrigue Ă  la vision du prĂȘtre qui, parfois par des moyens virtuels (le casque qu’il coiffe au dĂ©but de l’opĂ©ra), dirige le dĂ©roulement de la diĂ©gĂšse augmentĂ©e d’un quatriĂšme lieu, un salon blanc Ă  Cour aux tonalitĂ©s inquiĂ©tantes. Le propos global montre une Ă©vidente rĂ©activation du concept de lutte des classes opposant la riche aristocratie Ă  la vulgaire faune villageoise entre lesquelles apparaissent, en marge de l’intrigue, les expĂ©riences sexuelles d’un adolescent. On est ainsi pris entre une lecture objectivement virtuose et scĂ©niquement efficace et un dĂ©faut d’émotions contredit par la musique d’une beautĂ© souveraine et la qualitĂ© exceptionnelle des interprĂštes.

En premier lieu, le rĂŽle-titre est magistralement dĂ©fendu par l’enchanteresse Elena Guseva, au caractĂšre bien trempĂ©, tout en faisant preuve d’une fragilitĂ© Ă©mouvante lors de son grand air du 3e acte (« Je t’ai ouvert mon Ăąme »), magnifiĂ© par une projection maĂźtrisĂ©e et un timbre rond et puissant. Le prince Youri bĂ©nĂ©ficie des talents d’acteur de Migran Agadzhanian, tĂ©nor Ă  la fois solide et lumineux qui toujours fait merveille, y compris dans son admirable duo avec sa mĂšre au second acte (« Je n’ai devant Dieu  »). La princesse Eupraxie est justement interprĂ©tĂ©e avec conviction et un naturel autoritaire confondant par la mezzo Ksenia Vyaznikova, sorte de Junon des Steppes au timbre de lave ; remarquable Ă©galement sa suivante Nenila, campĂ©e par Mairam Sokolova. Son mari, le prince Nikita trouve une belle incarnation avec le baryton Evez Abdulla, qui concentre avec superbe toutes les tares du petit despote local, veule, intransigeant, violent, enragĂ© (voir son air de dĂ©pit du 4e acte : « Les enfers se sont ouverts »). Quant Ă  l’espĂšce de dĂ©miurge que reprĂ©sente Mamyrov, il est merveilleusement incarnĂ© par Piotr Micinski, inquiĂ©tant Ă  souhait et Ă  l’émission vocale impeccable. Tous les autres rĂŽles secondaires mĂ©riteraient d’ĂȘtre citĂ©s (comme le vagabond PaĂŻssi de Vasily Esimov ou le sorcier Koudma de Sergey Kaydalov) et complĂštent magnifiquement une distribution sans faille.
Dans la fosse, Daniele Rustioni dirige avec force et prĂ©cision l’Orchestre et les ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon (ces derniers n’interviennent qu’en coulisse) et rend justice Ă  une partition luxuriante, Ă  la durĂ©e quasi wagnĂ©rienne, qui fait enfin son entrĂ©e dans le rĂ©pertoire français.

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 27 mars 2019. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Evez Abdulla (Prince Nikita), Ksenia Vjaznikova (Princesse Eupraxie), Migran Agadzhanyan (Prince Youri), Piotr Micinski (Mamyrov), Mairam Sokolova (Nenila), Oleg Budaratskij (Ivan Jouran), Elena Guseva (Nastassia), Simon Mechlinski (Foka), ClĂ©mence Poussin (Polia), Daniel Kluge (Balakine), Roman Hoza (Potap), Christophe Poncet de Solages (Loukach), Evgeny Solodovnikov (Kitchiga), Vasily Efimov (PaĂŻssi), Sergey Kaydalov (Koudma), Tigran Guiragosyan (InvitĂ©), Andriy Zholdak (mise en scĂšne, lumiĂšres et dĂ©cors), Simon Machabeli (costumes), Étienne Guiol (VidĂ©o), Georges Banu (Conseiller dramaturgique), Christoph Heil (Chef des chƓurs), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon / Daniele Rustioni, direction / illustrations : © Stofleth

L’Enchanteresse de Tchaikovski, ou la Carmen russe

FRANCE MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 20h. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Les dĂ©couvertes d’Ɠuvres rares de compositeurs pourtant archiconnus sont elles aussi exceptionnelles et cette Enchanteresse de l’auteur de Casse Noisette, EugĂšne OnĂ©guine (1879), La Dame de pique (1890), demeure une rĂ©vĂ©lation majeure de ces derniĂšres semaines. ReprĂ©sentĂ© en mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, l’opĂ©ra de Piotr Illiytch en 4 actes, est inspirĂ© de la piĂšce Ă©ponyme de Ippolit Chpajinski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1L’exceptionnel ouvrage L’Enchanteresse (1887) reste Ă©trangement mĂ©connu ; c’est le 9Ăš opĂ©ra de TchaĂŻkovski, composĂ© juste avant sa CinquiĂšme Symphonie. n’est plus jouĂ© aujourd’hui. A torts. Anvers l’avait rĂ©cemment mis Ă  l’honneur (2011). C’est le tour de Lyon qui souligne combien la durĂ©e de la partition (3h) est proportionnelle Ă  sa qualitĂ© : le plus long opĂ©ra de Tchaikovsky exige des chanteurs de qualitĂ© (trop nombreux ?) et des effets scĂ©niques Ă  l’envi (danses et chasse au IV) : d’oĂč la difficultĂ© pour le monter. Car en sorcier de l’orchestration et d’un raffinement de timbres inouĂŻ, Tchaikovski ne cesse d’envoĂ»ter. C’est Ă  cette source fantastique et dramatique passionnante que s’abreuve le jeune Rachmaninov, auteur lui aussi d’opĂ©ras (de jeunesse : tels Francesca da RImini, Le Chevalier Ladre
), actuellement totalement oubliĂ©s.
Le sujet cible l’amour et sa force irrĂ©sistible agissant comme un aimant. Tchaikovski souhaitait concevoir dans le sillon de Bizet, une Carmen russe, dĂ©nommĂ©e Nastassia, ou « Kouma ». TenanciĂšre, elle revĂȘt bien des aspects qui enchantent et fascinent tous les hommes prĂȘts Ă  la suivre, dont le Prince Nikita Kourliatev qui en paiera le prix fort lui aussi


Dans cette production lyonnaise, les spectateurs avaient pu constater le parti du metteur en scĂšne russe Andriy Zholdak soucieux de mettre en avant le personnage ailleurs secondaire du clerc Mamyrov qui dirige les Ă©pisodes de l’action, de France en Russie
 L’espace est rĂ©guliĂšrement divisĂ© en 3 parties comme un retable sacrĂ©, permettant l’interaction de situations simultanĂ©es, mais parfois confuses. L’hypocrisie sociale est de mise, permettant sous les masques, la rĂ©alisation des turpitudes et des fantasmes (sexuels : les guerriĂšres nippones provenant directement d’un manga Ă©rotique
) les plus scabreux.
Pour autant, Zholdak montre rapidement quelques limites avec une propension Ă  en faire trop, signifiant et sur-signifiant la moindre intention musicale, y compris dans certaines scĂšnes oĂč le livret tient la route (tel l’affrontement dĂ©jĂ  citĂ© entre les Ă©poux au II). Il n’évite pas, aussi, certaines redondances fatigantes Ă  la longue et pas toujours trĂšs lisibles – notamment la prĂ©sence des guerriĂšres japonaises sexy façon manga, trop souvent sollicitĂ©e. Plus grave, avec des lieux peu pertinents par rapport Ă  l’action, il semble peu inspirĂ© lors des deux derniers actes, donnant une furieuse impression de tourner en rond par rapport Ă  la premiĂšre partie de soirĂ©e.

La Carmen russe

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enchanteresse tchaĂŻkovski opera de lyon critique classiquenewsLa distribution elle est sans dĂ©faut, y compris les « seconds rĂŽles » / comprimari : la Nastassia d’Elena Guseva (Nastassia) dĂ©ploie chaleur de timbre, expressivitĂ© mordante, sens dramatique insolent. En princesse Romanovna, Ksenia Vyaznikova s’impose elle aussi par sa prĂ©sence et son acuitĂ© musicale. Les hommes sont un peu moins convaincants hĂ©las
 mais sans dĂ©mĂ©riter cependant. Question de justesse et d’autoritĂ© scĂ©nique. C’est le cas du chant tendu mais racĂ© d’Evez Abdulla (le prince Kourliatev) ; de Migran Agadzhanyan qui dĂ©fend le rĂŽle de Youri (fils du prince) honnĂȘtement sans plus. En fosse, Daniele Rustioni pilote l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon avec Ă©nergie, Ă  dĂ©faut de rĂ©elles nuances. La fiĂšvre « fantastique » de l’opĂ©ra de Tchaikovski y gagne un magnĂ©tisme Ă©vident. Enfin on salue avec insistance le nez et l’audace de l’OpĂ©ra de Lyon d’élargir le rĂ©pertoire lyrique par la conquĂȘte de piĂšces mĂ©connues qui se rĂ©vĂšlent captivantes aprĂšs leur (re)crĂ©ation en France : en 2018 furent produites les crĂ©ations du Cercle de Craie (Zemlinsky) et de Germania d’Alexander Raskatov
 / Illustration : L’enchanteresse Ă  Lyon en mars 2019 / (© Bertrand Stofleth)

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TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse, opĂ©ra.
Piotr Ilyitch TchaĂŻkovski : TcharadieĂŻka

Evez Abdulla, baryton : Gouverneur de Nijni Novgorod
Ksenia Vyaznikova, mezzo-soprano : Princesse Eupraxie Romanovna, sa femme
Migran Agadzhanyan, ténor : Youri, leur fils
Piotr Micinski,basse : Mamyrov, vieux clerc
Mayram Sokolova, mezzo-soprano : Nenila, sa soeur, suivante de la princesse
Oleg Budaratsky, basse : Ivan Jouran, maßtre de chasse du prince
Elena Guseva, soprano : Nastassia (surnommée Kouma), aubergiste
Simon Mechlinski, baryton : Foka, son oncle
Clémence Poussin, mezzo-soprano : Polia, amie de Kouma
Daniel Kluge, ténor : Balakine, marchand de Nijni-Novgorod
Roman Hoza, baryton : Potap, fils de marchand
Christophe Poncet de Solages, ténor : Loukach, fils de marchand
Evgeny Solodovnikov : basse, Kitchiga, lutteur
Vasily Efimov, tĂ©nor : PaĂŻssi, errant sous l’apparence d’un moine
Sergey Kaydalov, baryton : Koudma, sorcier
Tigran Guiragosyan, ténor, invité
Choeur de l’OpĂ©ra de Lyon dirigĂ© par Christoph Heil
Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction : Daniele Rustioni
Andriy Zholdak (mise en scÚne, décors, lumiÚres)

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV. Et si la version de concert dans ces conditions exceptionnelles Ă©tait la perfection pour les opĂ©ras ? C’est un peu ce qui me paraĂźt Ă©vident ce soir en Ă©coutant et en vivant cette Dame de Pique dont la richesse symphonique est desservie dans une fosse. Tugan Sokhiev avait  dirigĂ© la Dame de Pique au Capitole en fĂ©vrier 2008, avec un immense succĂšs personnel pour sa parfaite comprĂ©hension de toutes les facettes de cet opĂ©ra complexe. La mise en scĂšne avait semblĂ© plus discutable Ă  certains.  Ce soir avec ses forces du BolchoĂŻ, le maestro va encore plus loin et nous entraĂźne encore plus avant dans la comprĂ©hension de cet opĂ©ra magnifique. L’orchestre du BolchoĂŻ est  incroyablement colorĂ©, puissant, compact. Les solistes n’ont peut ĂȘtre pas tous la dĂ©licatesse de ceux du Capitole, mais quelle puissance expressive est la leur ! Plus puissant et parfois plus sauvages, les musiciens moscovites sont pris par le feu absolu qui Ă©mane de la direction de Tugan Sokhiev. Le chƓur qui nous avait enchantĂ© la veille, est ce soir encore plus nombreux (presque le double) et sans partitions. Il s’amuse et il est facile de deviner que sur scĂšne, ils ont maintes fois jouĂ© ces personnages du chƓur.

 

 

Le BolchoĂŻ Ă  Toulouse
Une Dame de Pique historique !

 

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Car dĂšs la premiĂšre scĂšne, les groupes sont multiples, et les dames chantent le chƓur d’enfants avec des voix plus blanches et une lĂ©gĂšretĂ© Ă©tonnante quand ont connait leur puissance. En ce qui concerne les chƓurs, deux moments opposĂ©s montrent sa qualitĂ© et sa ductilitĂ©, en mĂȘme temps que le gĂ©nie de la direction de Tugan Sokhiev. Le final du premier tableau de l’acte 2 (arrivĂ©e de la tsarine) et si imposant et noble que la prĂ©sence de la Grande Catherine semble vraie. Tant d’ampleur, de puissance, de largeur s’oppose en tout au dernier chƓur d’hommes de l’opĂ©ra dans sa compassion pour Hermann mourant. Cette Ă©motion de sons pianos si riches harmoniquement, si timbrĂ©s et Ă  la limite de la fragilitĂ© des voix, produit un effet  Ă©motionnel puissant en nĂ©gatif de la puissance sonore prĂ©cĂ©dente. Entre ces deux niveaux extrĂȘmes, toute les palettes musicales et Ă©motionnelles contenues dans la partition enveloppent le public, le fait Ă©voluer et changer.
La direction inspirée de Tugan Sokhiev, qui dirige en chantant tout par coeur, se donne totalement à la géniale musique de Tchaïkovski, la servant avec passion.

La distribution est sans faux pas, excellente pour des raison diffĂ©rentes. La Liza d’Anna Nechaeva est un fleuve vocal : puissance, homogĂ©nĂ©itĂ© de timbre, souffle large, timbre Ă©mouvant. Son mĂ©dium charnu et son grave sonore sont parfaits et les aigus lumineux. En Pauline, Elena Novak offre une gĂ©nĂ©rositĂ© vocale et musicale qui donne envie de l’entendre dans biens d’autres rĂŽles. Le Prince Yeletski d’Igor Golovatenko a toute la noblesse et l’émotion dans sa voix qui rendent ces interventions inoubliables, du lyrisme de son air Ă  la puissance de la scĂšne finale. Nikolay Kazanskiy en Tomski a une voix agrĂ©able et un chant plein d’empathie. La Comtesse d’Anna Nechaeva, dans un timbre d’une belle plĂ©nitude et une noblesse naturelle, chante Ă  la perfection une partie complexe que souvent des divas sur le retour ne phrasent pas aussi dĂ©licatement. C’est un vrai rĂ©gal et son extraordinaire tempĂ©rament dramatique donne toute la puissance Ă  son personnage qui redevient central. En Hermann, le tĂ©nor Oleg Delgov renoue avec les attentes de TchaĂŻkovski qui voulait pour son hĂ©ros une voix plus lyrique que dramatique. En effet la fausse tradition de donner ce rĂŽle Ă  une Ă©norme voix ne tient pas compte de l’italianitĂ© que TchaĂŻkovski attendait de son tĂ©nor et c’est plus gĂȘnant si l’on prend en compte la fragilitĂ© mentale extrĂȘme du personnage. L’intelligence d’Oleg Delgov force l’admiration tant il fait comprendre la complexitĂ© de son personnage. Il a semblĂ© plus dĂ©pendant de la partition quand tous ses collĂšgues savaient leur rĂŽle par cƓur, mais son Hermann restera dans les mĂ©moires. Le final en particulier a Ă©tĂ© bouleversant. Il faut prĂ©ciser que Tugan Sokhiev a terminĂ© Ă©puisĂ© ayant donnĂ© au final une dimension mĂ©taphysique bouleversante rendant lumineux le rapport au destin et Ă  l’inĂ©vitable de la mort pour chacun. Je n’ai jamais entendu ni en disque ni sur scĂšne un dernier tableau si Ă©levĂ© en terme de philosophie en musique et de spiritualitĂ©. L’émotion qui a gagnĂ© la salle a Ă©tĂ© si intense que la dernier geste du chef  a maintenu un trĂšs long silence recueilli avant que les applaudissements et le cris enthousiastes ne remplissent la Halle-aux-Grains. Immense succĂšs que nous devons aux « Grands InterprĂštes », partenaires de cette remarquable premiĂšre Musicale Franco-Russe pour ce concert idĂ©al. Tugan Sokhiev comprend et vit cette partition comme personne. Les forces moscovites survoltĂ©es, une distribution entiĂšrement russe, un public subjuguĂ©, 
tout a concouru Ă  faire de cette soirĂ©e un voyage inoubliable en terre de l’ñme russe, du rapport au destin, de ses effets inĂ©luctables et tragiques.

 

 

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COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 14 mars 2019. Piotr Illich TCHAIKOVSKI (1840-1893) : La Dame de Pique, OpĂ©ra en trois actes et sept tableaux, version de  concert.  Avec :  Oleg Dolgov, Hermann ;  Nikolay Kazanskiy, Tomski ; Igor Golovatenko, Prince Yeletski ; Ilya Selivanov, Tchekalinski ; Denis Makarov, Sourine ; Ivan Maximeyko, Tchaplitski / Le maĂźtre des cĂ©rĂ©monies ; Aleksander Borodin, Narumov ; Elena Manistina, La Comtesse ; Anna Nechaeva, Liza ; Agunda Kulaeva, Pauline ; Elena Novak, La gouvernante ; Guzel Sharipova, Prilepa / Macha ; Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ de Russie , chef de chƓur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction. Illustration : © H Stoeklin pour classiquenews 2019

 
 

CD, critique. Dmitri LISS : Wagner, Tchaikovsky (Symphonie n°4) – 1 cd Fuga Libera (2017).

liss dmitri zuidnederland tchaikovsky 1 critique review cd classiquenewsCD, critique. Dmitri LISS : Wagner, Tchaikovsky (Symphonie n°4) – 1 cd Fuga Libera (2017). Le couplage Wagner / Tchaikovsky ici rĂ©alisĂ© ne manque pas de nous sĂ©duire. Chef principal et directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique de l’Oural, Dmitri Liss retrouve dans ce programme biface, le South Netherlands Philharmonic / Philharmonie Zuidnederland, dont il est le chef principal depuis 2016. De toute Ă©vidence, sous sa direction, l’orchestre nĂ©erlandais redouble de nerf et de caractĂ©risation, en particulier dans la 4Ăš de Tchaikovski dont il rĂ©alise une version passionnante (n’écoutez que le relief et la vitalitĂ© schizophrĂ©nique du Scherzo).
Le Wagner cultive une opulence sonore, un hĂ©donisme qui nous semble propre aux orchestre nordiques, comme s’il Ă©taient dĂ©finitivement marquĂ©s chez Wagner par la suspension de la « brume » orchestrale. Peu de dĂ©tails instrumentaux (comme ce chant de la clarinette du Liebestod
 que savait articuler comme personne un Karajan subjuguĂ©). Liss, sans vouloir faire de jeu de mots, prĂ©fĂšre quant Ă  lui « lisser » la texture wagnĂ©rienne, sans cependant rien lui ĂŽter de sa brillance et de son mystĂšre. Le mystĂšre achĂšve dans un murmure suspendu le Vorspiel ; quand au Liebestod, il est tout entier aspirĂ© par l’appel des cĂźmes, par la sublimation d’une conscience autre que celle du rĂ©el. Si Wagner cible la transcendance et la mĂ©tamorphosen Tchaikovski lui dans la 1Ăšre Symphonie ne parvient pas Ă  se dĂ©faire d’une destinĂ©e contraire, comme maudite, empĂȘtrĂ©e dans un nƓud de conflits qui le laisse impuissant, dĂ©muni, solitaire.

 
 
 

Wagner lissé
Tchaikovsky schizophrénique

 
 
 
liss dmitri maestro chef annonce concert critique cdDmitri Liss se montre moins vaporeux et plus tranchant, dramatique ici ; tout pĂ©nĂ©trĂ© par la tragĂ©die intime d’un Tchaikovsky dĂ©passĂ© par sa propre condition, le chef montre une rĂ©elle appĂ©tence pour l’orchestre tchaikovskien dont il sait dĂ©tailler les milles facettes du dĂ©sespoir. Ainsi l’appel des fanfares du premier mouvement, parfaitement Ă©quilibrĂ© et rĂ©sonnant comme une symphonie de Bruckner mais avec ce sens dĂ©jĂ  du fatum, d’un thĂ©Ăątre tragique, marque le caractĂšre surtout grave et dĂ©finitif de l’ample portique de plus de 18 mn (Andante sostenuto): l’orchestre s’implique dans ce grand dessein du dĂ©sarroi avec un nerf et une belle clartĂ© des pupitres. La lisibilitĂ© polyphonique convainc. Mais Liss articule les Ă©pisodes plus chantants, eux aussi Ă©perdus, auxquels il sait apporter une pudeur investie rĂ©ellement prenante : les forces de l’esprit et de la transcendance contre la tension du Fatum. Sa direction hĂ©doniste ne manque pas de force ni de profondeur. Il y a de la grandeur, un sens rĂ©el de la sonoritĂ© ; une articulation qui donne de la sincĂ©ritĂ© Ă  la direction, une vision trĂšs Ă©laborĂ© sur le plan du continuum et de l’architecture. Un esthĂšte au cƓur de la tempĂȘte Tchaikovsky, en somme Liss sait ciseler cet Ă©clat spĂ©cifique de la dĂ©pression (la marche Ă©chevelĂ©e, ivre, entre cordes chauffĂ©es Ă  blanc et cuivres somptueusement lugubres
 qui clĂŽt le sublime Andante initial / comme la souple ondulation intĂ©rieure du mouvement sui suit, le second Andantino in modo di canzona, c’est Ă  dire Ă©noncĂ©e comme une chanson italienne mais frappĂ©e du sceau d’une langueur maudite). Les Pizz du Scherzo sonnent comme la rĂ©sonance Ă©purĂ©e de la dĂ©pression qui s’est dĂ©ployĂ©e dans les mouvements prĂ©cĂ©dents : la tension lĂ  encore est magistralement mesurĂ©e, avec une Ă©chelle de nuances serties dans l’écoute intĂ©rieure ; les respirations de l’harmonie qui suit font Ă©couter cette mĂȘme comprĂ©hension intime de la partition, 
 schizophrĂ©nique dans la succession des climats mentaux enchaĂźnĂ©s (l’une des plus autobiographiques de Piotr Illiytch ?) Liss est une baguette noble, articulĂ©e et souple douĂ©e d’une concentration profonde : intĂ©rieure, grave sans pathos. Bel Ă©quilibre. CLIC de CLASSIQUENEWS, en particulier pour le Tchaikovsky : on rĂȘve de disposer demain d’une intĂ©grale ciselĂ©e par Liss. 
 
 

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CLIC_macaron_2014CD, critique. Dmitri LISS : Wagner, Tchaikovsky (Symphonie n°4) – 1 cd Fuga Libera (2017) – Enregistrements rĂ©alisĂ©s en mars et dĂ©cembre 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2019.
 
 
 

liss-dmitri-symphonie-4-tchaikovski-critique-cd-concert-classiquenews-maestro-au-top

 
 
 

LILLE. Jean-Claude Casadesus joue la 6Ăš de Tchaikovsky

tchaikovsky portrait par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200LILLE, ONL, jeudi 17 janv 2019. JC CASADESUS / REPIN. FASCINATIONS RUSSES : Tchaikovsky / Glazounov : l’ñme russe Ă  Saint-PĂ©tersbourg. VoilĂ  le nouveau jalon de l’itinĂ©raire symphonique auquel nous convie Jean-Claude Casadesus, chef lĂ©gendaire et fondateur du National de Lille, au cours de cette saison 2018 – 2019. A mi parcours, le 17 janvier, l’idĂ©e est appĂ©tissante, en mettant en relation Tchaikovski le maudit et le classique et formellement lĂ©chĂ© Glazounov (mort Ă  Neuilly sur Seine, le 21 mars 1936). Au dĂ©but du siĂšcle, l’autodidacte magnifique, Ă©lĂšve privĂ© de Rimsky (avec lequel il orchestre l’opĂ©ra de Borodine, Prince Igor en 1887), compose son ballet Raymonda, quelques symphonies (n°3 Ă  7), et son Concerto pour violon, alors qu’il est devenu en 1899, professeur au Conservatoire de Saint-Petersbourg. Le programme du concert lillois permet de retrouver, serviteur zĂ©lĂ© et esthĂšte du son, le violoniste devenu rare en France Vadim Repin que l’on retrouve avec bonheur dans le Concerto de Glazounov.
REPIN vadim violon lille ONL concert jean claude casadesus fascinations russes 17 janv annonce concert classiquenews critique ©Repim_328px_18-19Le gĂ©nie orchestrateur du compositeur s’affirme ici, d’autant que Glazounov en 1904 est aussi sur le mĂ©tier de sa derniĂšre symphonie n°8. Instrumentiste habile, l’auteur s’essaye lui-mĂȘme aux rudiments du violon pour Ă©crire le Concerto : en deux mouvements enchaĂźnĂ©s (Moderato, andante / Finale : allegro), la partition redouble de virtuositĂ© solaire, d’un Ă©quilibre olympien qui exige beaucoup du soliste, en particulier dans la derniĂšre partie de l’Andante oĂč le jeu prodigieux du violoniste doit faire entendre deux instruments. Le feu conclusif, entre panache de la fanfare et Ă©nergie de la danse emporte toute rĂ©serve et pudeur, vers une cime joyeuse et Ă©blouissante.

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Concert «  fascination russe »boutonreservation
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Jeudi 17 janvier 2019, 20h

http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/fascinations-russes/

CHOSTAKOVITCH
Ouverture de fĂȘte

GLAZOUNOV
Concerto pour violon et orchestre

TCHAÏKOVSKI
Symphonie n°6, “PathĂ©tique”

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION: JEAN-CLAUDE CASADESUS‹ / VIOLON: VADIM REPIN
AprĂšs le concert, bord de scĂšne
avec Jean-Claude Casadesus
et Vadim Repin
(entrĂ©e libre, muni d’un billet du concert)

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Symphonie n°6 Pathétique de Tchaikovsky
tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg le 16 octobre 1893, la 6Ăš symphonie est le sommet spirituel et introspectif de la littĂ©rature tchaikovskyenne : un Everest de la poĂ©sie intime et interrogative parfois inquiĂšte voire angoissĂ©e. Annonçant ce mĂȘme sentiment de terreur intĂ©rieure sublimĂ©e d’un Chostakovtich Ă  venir. La 6Ăš Symphonie captive de bout en bout par l’engagement des musiciens, qui doivent entre Ă©lectricitĂ© et embrasement mais intĂ©rieurs, exprimer la traversĂ©e dans l’autre monde
Dans le dernier mouvement (conçu comme un « long adagio », selon sa correspondance avec son neveu chĂ©ri Vladimir Davydov qui en le dĂ©dicataire), et au cours de l’exposition ultime, Ă©nigmatique, de la Sarabande finale, le chant orchestral entonne une danse sacrale, noire, vertigineuse, vĂ©ritable exposĂ© et mise Ă  nu, d’une vĂ©ritĂ© secrĂšte, sourde, qui terrasse finalement tout le cycle
 Cette conscience et cette sincĂ©ritĂ© dans l’intention globale et la construction de la symphonie ultime de Piotr Illiytch affirme une quĂȘte inĂ©dite, qui assure le passage du vivant au mort, en un renoncement obligĂ© pas toujours serein. Aux portes de sa prochaine agonie, la PathĂ©tique raconte la derniĂšre odyssĂ©e du compositeur Ă  la maniĂšre d’un Livre des morts, soit autant de paysages Ă  la fois intime, personnels (donc secrets voire Ă©nigmatiques), puis terrassĂ©s, angoissĂ©s, comme saisis par l’ineffable du tragique. La terreur se fait priĂšre.
Que sera le geste de JC Casadesus ? Il tĂ©moignera d’une expĂ©rience musicale unique Ă  ce jour, nourrie par sa complicitĂ© avec les instrumentistes de l’Orchestre National de Lille. Entre la premiĂšre exĂ©cution (pilotĂ©e par l’auteur) dont la direction incertaine suscita un certain malaise, et la reprise sous la baguette de Napravnik, portĂ©e en triomphe, Piotr Illiytch Ă©tait mort, terrassĂ© par un scandale liĂ© Ă  la menace d’une rĂ©vĂ©lation de son homosexualitĂ©. Ainsi la 6Ăš recueille la derniĂšre pensĂ©e de l’immense synphoniste emportĂ© dans la nuit du 18 nov 1893.

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TOURNEE EN REGION

En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure
Violon : Esther Yoo

Boulogne-sur-Mer Théùtre
vendredi 18 janvier 20h
Infos et réservations au 03 21 87 37 15 ou sur www.ville-boulogne-sur-mer.fr

Aire-sur-la-Lys Le ManĂšge
samedi 19 janvier 20h
Infos et réservations au 03 74 18 20 26

DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte)

CLIC D'OR macaron 200DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte). Coffret Ă©vĂ©nement qui complĂšte l’offre Ă©galement en dvd rĂ©capitulatif Ă©ditĂ© ce NoĂ«l par BelAirclassiques et dĂ©diĂ© Ă  l’école russe du Bolshoï
 Quoiqu’on en dise, Tchaikovski aura permi aux chorĂ©graphes et danseurs internationaux de perfectionner leur art, qu’il s’agisse de l’acrobatie virtuose et un rien froide, ou de l’élĂ©gance racĂ©e sublimement incarnĂ©e
 Voici 3 ballets qui restent 
 inaltĂ©rables.

ROYAL BALLET tchaikovsky the ballets 3 dvd set sleeping beauty ntucracker swan lake annonce critique dvd review classiquenews decembre cadeau de NOEL 2018Parlons d’abord du LAC DES CYGNES / Swan Lake version Osipova / Golding / Gruzin. EnregistrĂ© en mars 2015 au Royal Opera House, Covent Garden, et retransmise dans les cinĂ©mas du monde entier, le ballet fĂ©erique de Piotr Illiytch rĂ©unit deux tĂȘtes d’affiche du Royal Ballet, l’étoile russe Natalia Osipova (originaire du Bolshoi) et le canadien, Matthew Golding, nouveau duo pour ce lac attendu. La conception d’Anthony Dowell, qui date de 1987, s’inspire de l’originale de 1895 (Petipa / Ivanov), souhaite aussi rĂ©actualiser le propos en incluant des inserts venus de diffĂ©rents chorĂ©graphes plus contemporains, emblĂ©matiques Ă  Londres : en particulier Frederick Ashton. Sans omettre des citations de l’époque de Tchaikovski. Il en rĂ©sulte un mĂ©lange parfois confus, qui affecte le trĂšs haut niveau du Corps de Ballet londonien, pourtant au meilleur de sa forme, autant dans la rĂ©alisation synchronisĂ©e des ensembles, que dans le soutien au solos virtuoses (superbe Rothbart de Gary Avis). Technicienne, Natalia Osipova n’est pas une actrice affĂ»tĂ©e, ce qui altĂšre son double emploi : Odette, le cygne blanc, et Odile, le cygne noir. Expressive en Odette, elle manque de relief et de profondeur, mais aussi de prĂ©cision dans la noirceur d’Odile. RacĂ© certes mais uniforme dans sa posture disciplinaire, Matthew Golding fait finalement un prince Siegfried plus hautain qu’humain, ce qui nuit Ă  la finesse Ă©motionnelle de ses duos avec Odile / Odette. Evidemment, l’ampleur de ses portĂ©s est magistrale. LĂ  encore, une approche mĂ©canique, virtuose
 mais froide et distanciĂ©e qui ignore totalement l’empathie et la connexion avec sa partenaire. Dans la fosse, Boris Gruzin fait feu de tout bois, rĂ©alisant de la matiĂšre et soie tchaikovskienne, un scintillement orchestral continu. Trop technique et glaçante, la lecture ne dĂ©trĂŽne pas l’excellent duo Svetlana Zakharova / Roberto Bolle Ă  Milan en 2004
 Oui on nous dira nostalgie, nosltalgie, et « goood old times »  mais quand mĂȘme.

LA BELLE AU BOIS DORMANT version Nuñez, Muntagirov. Tout autre est la conception, elle aussi éclectique mais mieux assemblée et conçue de Monica Mason et Christopher Newton : à partir de la chorégraphie de Marius Petipa, ils conservent les ajouts signés Ashton, Wheeldon, Dowell, tout en redessinant la volupté onirique du conte originel français (Perrault)
grĂące aux costumes et dĂ©cors signĂ©s par Olivier Messel. Il en rĂ©sulte une lecture Ă  la fois majestueuse et trĂšs fine sur le plan de la caractĂ©risation psychologique des personnages. On prĂ©fĂšre souvent grossir et Ă©paissir le ballet de Tchaikovski en faisant ronfler les rĂ©fĂ©rences Ă  la solennitĂ© Grand SiĂšcle, au risque d’écarter tout ce qui relĂšve du drame : rien de tel ici. Car rayonne en un trio irrĂ©sistible trois danseurs-acteurs prodigieux littĂ©ralement : Marianela Nunez (Princesse Aurora, Ă  la fois proche et Ă©nigmatique), Kristen McNally (sidĂ©rante Carabosse par laquelle surgit la catastrophe et l’emprise des tĂ©nĂšbres, mais avec quelle Ă©conomie gestuelle : sa pantomime est du trĂšs grand art), enfin le Prince de Vladimir Muntagirov trouve le ton juste et la balance parfaite entre puissance athlĂ©tique et prĂ©sence affĂ»tĂ©e, sans omettre une excellente interaction avec ses partenaires, dans toutes les situations. VoilĂ  qui nous change du « rien que technique et virtuositĂ© solistique » du Lac des cygnes prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©. Le geste souple et habitĂ© de Koen Kessels rend service Ă  une partition colorĂ©e et raffinĂ©e dont il sait retirer toute boursouflure. Magistral.

casse-noisette_royal-ballet_4CASSE NOISETTE, 2016 : les 90 ans de Peter Wright. Le Royal Ballet fĂȘte ainsi les 90 ans du metteur en scĂšne et producteur Peter Wright, dans l’une de ses rĂ©alisations les plus emblĂ©matiques (et applaudies). CrĂ©Ă©e en 1984, la conception enchante en respectant l’empire du rĂȘve qui montre comment le magicien Drosselmeyer emmĂšne la jeune Clara jusqu’au monde enneigĂ© de la FĂ©e DragĂ©e, et au royaume des bonbons. Les aventures qui s’en suivent saisissent par leurs pĂ©ripĂ©ties contrastĂ©es voire martiales : le casse-noisette Hans-Peter se transforme en prince
 Mais Wright offre Ă  partir de la nouvelle onirique d’Hoffmann (Casse noisette et le roi des souris, 1816), une rĂ©flexion trĂšs fine de la magie de NoĂ«l, sachant et questionner le sens de la fĂ©erie et l’expĂ©rience morale qu’en tirent les jeunes protagonistes. Saluons l’excellent Gary AVIS, magicien dĂ©miurge, d’une prĂ©sence convaincante, entre autoritĂ© et mystĂšre. Il accompagne Clara dans son rite qui est aussi l’issue heureuse d’un envoĂ»tement diabolique, car son neveu Hans-Peter a Ă©tĂ© transformĂ© par le roi des souris, en casse-noisette, or seul l’amour d’une jeune fille pourra l’en libĂ©rer.
casse-noisette_royal-ballet_3Au premier acte, confrontĂ©e Ă  un immense sapin (qui ne cesse de grandir Ă  mesure que le songe devient rĂ©el), Clara rayonne par son angĂ©lisme jamais miĂšvre (trĂšs juste Francesca Hayward). Le Casse-noisette devient prince (seyant et habile Federico Bonelli)
 Au pays de la FĂ©e DragĂ©e, les danses de caractĂšres se succĂšdent avec variĂ©tĂ© et virtuositĂ©. Jusqu’au suprĂȘme pas de deux de la FĂ©e DragĂ©e, auquel l’étoile Lauren Cuthbertson rĂ©serve son Ă©lĂ©gance mĂ»re d’une sublime souplesse : face Ă  la Clara attendrie et naĂŻve de Hayward, Cuthbertson Ă©blouit par sa grĂące adulte. Le charme de la production, dĂ©fendu par des solistes de premier plan, semble atemporel. IrrĂ©sistible.

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DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte).

EugĂšne OnĂ©guine Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tchaikovsky piotr illytchTOURS, OpĂ©ra. Tchaikovski: EugĂšne OnĂ©guine, les 11, 13 et 15 mai 2016. Une nouvelle tragique de Pouchkine, quintessence du romantisme russe, inspire TchaĂŻkovski pour composer un opĂ©ra Ăąpre, vrai thĂ©Ăątre psychologique dont les thĂšmes sont l’impuissance, la fatalitĂ©, la force d’un destin maudit… en l’occurrence celui d’EugĂšne : noble aigri, victime de l’amour qui pour se prĂ©server prĂ©fĂšre renoncer Ă  tout amour;  aussi quand celui ci prend les traits de la belle et jeune Tatiana, le bourreau feint une indiffĂ©rence qui approche le mĂ©pris : mĂȘme la sublime dĂ©claration Ă©crite que la jeune femme adresse Ă  celui qui lui a ravi le coeur, n’y fait rien et l’homme se mure dĂ©finitivement dans la solitude. .. Pourtant des annĂ©es aprĂšs, Tatiana devenue princesse rayonne et sĂ©duit EugĂšne qui cette fois, ne pouvant rĂ©sister, s’enflamme, avoue sa passion. …mais dĂ©calage et erreur de synchronicitĂ©, il est trop tard : si Tatiana aime toujours OnĂ©guine, elle restera fidĂšle Ă  son Ă©poux.

OPERA : EugÚne Onéguine saisissant à l'Opéra de Tours

La production mise en scĂšne par Alain Garichot cisĂšle chaque profile psychologique en une Ă©pure finale qui atteint la sobre et trĂšs intense Ă©pure sentimentale. On avait dĂ©couvert cette rĂ©alisation sur la scĂšne d’Angers Nantes OpĂ©ra (mai 2015) : action brĂ»lĂ©e,  voix passionnĂ©es  alors. Un grand moment de vĂ©ritĂ© tragique loin des visions trop dĂ©calĂ©es ou thĂ©atreuses, c’est Ă  dire trop peu respectueuse de la musique. FidĂšle Ă  sa maniĂšre Alain Garichot respecte l’intelligibilitĂ© des situations Ă©motionnelles, leur pure et claire implosion dans l’explicite. Sur scĂšne, il n’est pas d’équivalent Ă  l’intensitĂ© cynique barbare des passions conçues par Piotr Illiytch.

EugĂšne OnĂ©guine Ă  l’OpĂ©ra de Tours
ScĂšnes lyriques en trois actes
Livret du compositeur, d’aprĂšs Pouchkine
Création le 29 mars 1879 à Moscou

Mercredi 11 mai 2016 – 20h
Vendredi 13 mai 2016 – 20h
Dimanche 15 mai 2016 – 15h

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scÚne : Alain Garichot

Tatiana : Gelena Gaskarova *
Olga : Aude Extrémo
Madame Larina :CĂ©cile Galois
Filipievna : Nona Javakhidze
EugÚne Onéguine : Jean-Sébastien Bou
Lenski : Sébastien Droy
Prince Grémine :Grigory Soloviov *
Monsieur Triquet :LoĂŻc FĂ©lix *
Zaretski : Jean-Vincent Blot *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Présenté en russe, surtitré en français
* dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

RĂ©servations / informations
02.47.60.20.00
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h Ă  12h / 13h Ă  17h45
Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

LIRE notre critique complĂšte de la production d’EUGENE ONEGUINE de Tchaikovski prĂ©sentĂ© en mai et juin 2015 par Angers Nantes OpĂ©ra

DVD, compte rendu critique. Lang Lang, live in Versailles. Chopin, Tchaikovsky. Scherzos, Les Saisons. Lang Lang, piano – 1 dvd Sony classical, juin 2015

lang lang dvd live in versailles chopin tchaikovski tchaikovsky review critique dvd cd dvd livres classiquenews compte rendu presentation dvd live in versailles lang lang classiquenews decembre 2015Versailles, juin 2015. Lang Lang, le roi chinois du piano offre un concert de prestige dans le temple de la monarchie française : Versailles. Un lieu luxueux et Ă©litiste que l’interprĂšte qui aime collectionner les dĂ©fis comme une nouvelle performance, avait Ă  cƓur d’épingler dans son dĂ©jĂ  riche palmarĂšs. La rĂ©alisation visuelle tient quand mĂȘme Ă  une certaine autocĂ©lĂ©bration grandiloquente, avec par la diversitĂ© des plans focus sur les mains, sur la gestuelle plus que thĂ©ĂątralisĂ©e du pianiste au renom planĂ©taire, sur la recherche d’un cadrage parfois alambiquĂ©e et de façon surprenante souvent dĂ©centrĂ© (?)
 une tentation pour une succession hystĂ©risĂ©e de cadres, d’effets, d’accents spectaculaires
 pas sĂ»r que Chopin, poĂšte de l’éloquence secrĂšte et de l’intime mystĂ©rieux aurait validĂ© une telle conception. Et dĂšs le premier Scherzo de Chopin, le rĂ©alisateur insĂšre dans le concert des vues des jardins (ce qui aurait mieux valu pour les Saisons de Tchaikovsky).

1. CHOPIN dĂ©clamatoire (environ 40 mn). Pourtant, musicalement, malgrĂ© ses attitudes et expressions exacerbĂ©es, Lang Lang dont on sait le naturel pour le surjet et un pathos pas toujours de bon goĂ»t, surprend dĂšs le Scherzo n°1, aprĂšs un feu pĂ©taradant oĂč il cherche ses limites et pose les jalons du concert, dans une immersion plus intĂ©rieure oĂč coule une rĂ©elle bĂ©atitude plus nuancĂ©e. Un rĂȘve jaillit soudainement sous les ors et le dĂ©corum de la Galerie des Glaces du palais de Versailles. Jouer Chopin Ă  Versailles relĂšve d’un dĂ©fi : produisant un esthĂ©tisme viscĂ©ralement opposĂ© (grandeur du Grand SiĂšcle mĂȘme s’il est raffinĂ© ; intimitĂ© introspective d’une musique fabuleuse qui se suffit Ă  elle-mĂȘme). Mais le phĂ©nomĂšne Lang Lang se rĂ©alise lĂ  encore : occupant l’espace. IrrĂ©sistiblement. A grand renforts de mouvement de la tĂȘte et du cou, le pianiste semble concentrer toute la charge Ă©motionnelle et le raffinement esthĂ©tique du lieu historique : il en transmet ensuite et rĂ©percute le feu sacrĂ© dans un jeu trĂ©pidant et vif souvent dĂ©monstratif. Mais qui fait les dĂ©lices du rĂ©alisateur de ce film Ă©crit comme un clip grandiloquent.
D’autant que les amateurs du baroque Français profitent aussi de la rĂ©alisation pour revisiter au moment du concert, les lieux sublimes de la monarchie française. TorchĂšres dorĂ©es, sculptures antiques dans la galerie, plafond de Lebrun
 la riche machine dĂ©corative et politique souhaitĂ©e par Louis XIV acclimatĂ© Ă  la ciselure et aux crĂ©pitements du mieux romantiques des compositeurs-pianistes. Le choc ne manque pas de sel.

Lang Lang sous les ors de Versailles

lang-lang-piano-recital-concert-review-critique-compte-rendu-piano-lang-langRĂ©serve : le pianiste comme emportĂ© par son feu typiquement oriental, voire kitch, n’écarte pas une certaine duretĂ©. Ni une prĂ©cipitation qui dans le lieu, sonne artificiel.
Le Scherzo n°2 brille par ce crĂ©pitement dur, mordant, une exacerbation qui n’évite pas d’ĂȘtre parfois outrĂ©e ; il est vrai que le lieu ne favorise pas le repli, ni la pudeur comme l’immersion dans l’introspection. Lang Lang dĂ©clame dans une partition qui alterne Ă©panchement sincĂšres et chant tragique ; la technicitĂ© est flamboyante mais dĂ©borde de la pudeur rentrĂ©e inscrite dans le morceau. C’est un Chopin plus brillant et finalement mondain que vraiment intĂ©rieur (tendance nettement explicite dans le Scherzo 3 oĂč le jaillissement des notes aigĂŒes en cascades sont plus crĂ©pitements dĂ©terminĂ©s que ruissellements magiciens). Le Scherzo n°4 qui exige certes une technique hallucinante, pĂȘche par ce manque d’intĂ©rioritĂ© et de mystĂšre qui sont profondĂ©ment inscrits dans la partition chopinienne; les contrastes pourtant saisissants des dynamiques d’une partition Ă  l’autre, sont jouĂ©s sans plus de profondeur ; tout cela manque d’écoute intĂ©rieure. Tout est projetĂ© dans un jeu dĂ©clamatoire, certes articulĂ© mais trop affirmĂ© dans la lumiĂšre; c’est dans la succession des tableaux de ce Scherzo final que le pianiste et son jeu se rĂ©vĂšlent totalement, et de façon caricaturale. Les fans apprĂ©cieront sans mesure ; les autres, songeant Ă  Argerich, Pires resteront Ă©trangers Ă  un concert martelĂ© comme un Ă©vĂ©nement (aprĂšs celui de Bartoli) mais qui en concevant pour le Chopin, une scĂšne mondaine (comme celle de son rival d’alors, Liszt, coeur d’une hystĂ©risation collective) demeure a contrario de l’esprit du piano chopinien.

lang lang versailles piano live in versailles piano review compte rendu critique dvd classiquenews decembre 20152. TCHAIKOVSKI plus sincĂšre et naturel voire intĂ©rieur. S’il n’est pas pour nous un Chopinien mĂ©morable, Lang Lang se montre d’une cohĂ©rence autre et d’une conviction plus naturelle dans les 12 sĂ©quences (12 mois) des Saisons opus 37a, soit 12 PiĂšces caractĂ©ristiques de Piotr Illyitch. Le pianiste creuse le prĂ©texte climatologique et saisonnier pour percer et exprimer la fine saveur intĂ©rieure de chaque piĂšce en particulier la rĂȘverie suspendue de la barcarolle pour le mois de juin (plage VI), d’une secrĂšte et trĂšs intime tendresse. Infiniment moins exigeantes en matiĂšre de scintillement dynamique et de nuances millimĂ©trĂ©es, les 12 tableaux formant saisons permettent au pianiste de dĂ©voiler un tempĂ©rament plus libre, moins contraint, d‘une souplesse organique plus sincĂšre. CaractĂšre martial comme une armĂ©e qui s’organise pour la chasse de septembre (plage IX) ; puis chant automnal d’octobre plus recueilli et presque religieux (tendresse fraternelle en Ă©cho au VI, et d’une nostalgie pleine d’amertume et de regrets, de blessures intimes Ă  peine masquĂ©es, selon une combinaison si emblĂ©matique de Tchaikovski), la lĂ©gĂšretĂ© presque insouciante du dernier Ă©pisode (NoĂ«l pour dĂ©cembre, un ton bienvenu au moment oĂč le dvd sort en France) affirment une virtuositĂ© plus mesurĂ©e, certes moins exigeante, mais l’intonation est juste et globalement mieux canalisĂ©e. Le charme du lieu opĂšre, la personnalitĂ© (indiscutable) du pianiste s’imposent d’eux-mĂȘmes. Pour le Tchaikovski et la beautĂ© du lieu de tournage, le dvd composera le plus beau des cadeaux de votre NoĂ«l 2015.
Effet de marketing pour un chĂąteau qui souhaite toujours ĂȘtre Ă  la page de l’évĂ©nement musical et de la scĂšne poeple, Lang Lang est dĂ©clarĂ© « ambassadeur » du chĂąteau de Versailles ; il donnera un grand concert dans le bosquet de la Salle de Bal, au cƓur des Jardins Royaux, le mardi 5 juillet 2016 (dans le cadre de Versailles Festival). DVD, Lang Lang,  »Live in Versailles” (Chopin, TchaĂŻkovsky) 1 dvd Sony classical. Parution le 18 dĂ©cembre 2015 chez Sony classical. Live enregistrĂ© dans la galerie des Glaces du chĂąteau le 22 juin 2015.

DVD, compte rendu critique. Lang Lang, live in Versailles. Chopin, Tchaikovsky. Scherzos, Les Saisons. Lang Lang, piano – 1 dvd Sony classical.

Tchaïkovski – Lac des Cygnes (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_TchaĂŻkovskyTchaĂŻkovski – Lac des Cygnes (partition interactive pour PIANO).  Partition interactive pour piano seul (sans accompagnement de l’orchestre). ComposĂ© en 1876 par Tchaikovsky pour Mocou, le ballet n’est chorĂ©graphiĂ© par Marius Petipa qu’en
 1895 Ă  Saint-PĂ©tersbourg: TchaĂŻkovski ne connaĂźtra pas le succĂšs de son oeuvre: il Ă©tait mort deux annĂ©es auparavant. Cette version reste la plus jouĂ©e sur les scĂšnes du monde: c’est elle qui assure Ă  l’oeuvre son unitĂ© et la rĂ©ussite de sa rĂ©alisation scĂ©nique. Elle amplifie la part onirique du conte imaginĂ© par le compositeur russe qui y mĂȘle, en rĂ©sonance avec sa vie intime, tendresse maudite, mĂ©lancolie tragique, espoir vain, vies brisĂ©es
 Odette appartient Ă  un monde fĂ©erique inaccessible pour celui qui l’aime. La musique sublime le nouveau type de la princesse-cygne, crĂ©ation romantique la plus Ă©nigmatique et la plus troublante de l’ñge romantique tardif.

 

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Au dĂ©part, TchaĂŻkovsky rĂ©pond Ă  une commande du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ Ă  Moscou qui souhaite prĂ©senter un nouveau ballet romantique, fantastique et fĂ©erique. Le compositeur renouvelle avec gĂ©nie le ballet pour une danseuse Ă©toile, aprĂšs Giselle d’Adam, 1841; CoppĂ©lia, 1870 et aussi Sylvia, 1876, ces deux derniers ballets mis en musique par LĂ©o Delibes. CrĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e que La BayadĂšre (Saint-PĂ©tersbourg dans la chorĂ©graphie de Petitpa et Minkus) dont le succĂšs fut immense et immĂ©diat, Le Lac des Cygnes lors de sa crĂ©ation en 1877 au BolchoĂŻ (Moscou) suscite les plus vives critiques Ă  cause essentiellement de la mĂ©diocritĂ© de sa chorĂ©graphie originelle signĂ©e Reisinger, bien infĂ©rieure Ă  la beautĂ© de la partition. Le Prince Siegfried et son tuteur, Wolfgang festoient quand survient un messager de la Reine qui annonce sa venue imminente. La Reine souhaite trouver une jeune femme pour le Prince
 contrariĂ©s, les convives partent chasser dans la forĂȘt. Dans sa course solitaire, le prince Siegfried surprend la nuit venue, sur un lac, des cygnes qui se transforment en jeunes filles ; l’une d’elles, la Princesse Odette, suscite immĂ©diatement le dĂ©sir du Prince. Elle lui apprend le malĂ©fice perpĂ©trĂ© par le magicien Rotbart : cygne le jour, femme la nuit, elle doit rĂ©aliser sa double nature Ă  moins qu’un mariage ne rompe l’envoĂ»tement


 

L’Andante Ă©ditĂ© par Tombooks expose le thĂšme principal du ballet, d’un lyrisme intense et tragique.

 

 

LIRE aussi notre dossier spécial Le Lac des cygnes de Tchaikovski par Alban Deags

 

 
 

 

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive du Le Lac des cygnes de Tchaikovski, éditée par Tombooks

Niveau de difficulté : progressif
Type de partition : sans accompagnement 
Prix de la partition : 4,99 euros

 
 
 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play TCHAIKOVSKY – Le Lac des cygnes de Tchaikovski, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

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IcĂŽne_1024x1024_TchaĂŻkovskyPrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e de la vidĂ©o : 2mn15.

 
 

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