CD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical)

debargue lucas bech beethoven medtner cd review cd critique classiquenewsCD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical)… Tendresse du jeu, et enivrement prĂȘt Ă  renoncer, d’une profonde et calme nostalgie
 L’instinct musical de Lucas Debargue, jeune français rĂ©cemment distinguĂ© au Concours Tchaikovsky 2015, prĂ©cise disque aprĂšs disque ses qualitĂ©s d’interprĂšte. Le phrasĂ©, le toucher s’estompent pour une attĂ©nuation suggestive continĂ»ment mesurĂ©e, canalisĂ©e par un instinct d’une rare musicalitĂ©. Le jeune Lucas DĂ©barque n’a pas usurpĂ© sa rĂ©cente notoriĂ©tĂ© : il s’agit bien d’un pianiste poĂšte qui sait doser, clarifier, structurer une somptueuse syntaxe pianistique : son contrepoint chez Bach, touche par sa candeur et sa prĂ©cision ; une qualitĂ© d’éloquence et de fraĂźcheur enfantine, cultivĂ©e avec une Ă©lĂ©gance et une finesse qui sait se renouveler selon la piĂšce concernĂ©e.

 

 

 

LUCAS DEBARGUE : pianiste ET poùte


 

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Moins riche expressivement, plus Ă©vident quoique d’une belle prĂ©cision et clartĂ© technique, le premier mouvement de la Sonate de Beethoven n°7 en rĂ© majeur opus 10/3 (Presto), impose un feu plus nerveux, en Ă©quilibre, mobile, dans un jeu de bascule, Ă  la fois trĂ©pidant et d’une Ă©lĂ©gance mozartienne. Un glas plus funĂšbre colore le Largo, mĂ©ditatif, empĂȘchĂ©, et finalement de plus en plus lugubre : le rubato et le jeu allusif, douĂ© de phrases plus souples, quoique entĂ©nĂ©brĂ©es, dĂ©livrent une claire et juste conception de ce drame intĂ©rieur, au vertige tragique insondable. Une belle rĂ©ussite. Le Menuetto en sa maĂźtrise (retenue) n’est que juste insouciance. Une dĂ©tente idĂ©ale pour rompre avec la tension tragique de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Le Rondo saisit par son Ă©tincelle vive et son urgence idĂ©alement syncopĂ©e : le meilleur Ă©pisode, Ă©motionnellement parfait.
Le Medtner (Sonate en fa mineur opus 5) est tout aussi captivant : indice d’un programme Ă©quilibrĂ©, qui sait prĂ©server l’équilibre et la tension continue. Il semble d’ailleurs rĂ©activer mais en plus heurtĂ©, le climat panique et rĂ©cemment plus vif du Rondo beethovĂ©nien. Pourtant en plus dĂ©cousu, tant le jeu syncopĂ©, hoquetant, semble dĂ©construire plus qu’il n’avance, dans ce prĂ©ambule de plus de 12mn qui sĂ©duit par ses acoups comme aspirĂ©s.
L’intermezzo rĂ©siste et se dĂ©roule comme une course Ă  l’abĂźme mais comme suspendu, au ralenti. Lucas Debargue saisit toute la recherche de Medtner sur le temps et la durĂ©e. Sur la notion mĂȘme de dĂ©veloppement et de rĂ©itĂ©ration. Sur la couleur Ă  la fois cynique, froide, d’une rĂȘverie hallucinĂ©e. L’enchantement se dĂ©ploie sans contraintes, en une fluiditĂ© plus construite dans le Largo divoto, d’une puissance tout aussi suggestive parfaitement habitĂ©e. Ici il semble que Beethoven rencontre Liszt, avec en arriĂšre fond, une interrogation mystique dĂ©lirante et personnelle, presque frĂ©nĂ©tiquement Ă©noncĂ©e Ă  la Scriabine. Fulgurance, contrastes, vĂ©locitĂ© et volubilitĂ©, de l’extase Ă  la transe : le pianiste parvient Ă  traverser tous les paysages de ce kalĂ©idoscope sonore proche de la folie, avec une Ă©nergie qui sait ĂȘtre hyperactive et sans dilution. MaĂźtrise et finesse : Lucas Debargue impose un tempĂ©rament de grande classe, une technicitĂ© qui sait ĂȘtre l’expression d’une belle poĂ©tique personnelle. Le mois de septembre 2016 voit l’émergence / confirmation de deux immenses tempĂ©raments du clavier parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration : Lucas Debargue donc aux cĂŽtĂ©s de l’excellent et subtilement poĂ©tique, Benjamin Grosvenor (sublime 4Ăš cd Ă©ditĂ© par Decca, intitulĂ© « HOMAGES » : Bach, Mendelssohn, Chopin, Franck, Liszt, Ă©ditĂ© le 9 septembre dernier : LIRE notre grande critique du cd HOMAGES par Benjamin Grosvenor
, Ă©galement rĂ©compensĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016). Le piano contemporain vit de nouvelles heures en or. A suivre.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical 889853 41762 9 / enregistré à Berlin, en février 2015). Illustration : portrait de Lucas Debargue © Bernard Bonnefon.

 

 

 

CD, coffret événement, annonce : Evgeny Kissin : The complete RCA & SONY classical Album Collection (25 cd)


evgeny kissin coffret complete rca columbia sony classical album collection 25 cd review critique cd classiquenews 1540-1CD, coffret événement, annonce : Evgeny Kissin, piano. The complete RCA and SONY Classical album collection (25 cd Sony classical)
. Sony classical regroupe dans un coffret Ă©vĂ©nement, tout l’art enregistrĂ© sous label RCA (Red seal) et Sony classical, du pianiste russe (moscovite) Ă  la virtuositĂ© prĂ©coce, Evgeny Kissin (nĂ© en 1971). Soutenu, rĂ©vĂ©lĂ© par Karajan en 1988, pour ses 17 ans (et jouant sous la direction du maestro autrichien au Festival de Berlin en 1988 le Concerto pour piano de Tchaikovsky), le prodige du clavier saisit immĂ©diatement par une candeur articulĂ©e, un jaillissement Ă©vident qui rĂ©alise une digitaline, toujours Ă©tonnamment fluide et facile, sans jamais d’esbroufe ni de maniĂ©risme : voilĂ  sa pĂąte et sa signature, une grĂące enfantine, une clartĂ© du jeu, d’une exceptionnelle transparence, cultivĂ©e sans calcul ni aucun esprit de dĂ©monstration.

Cette retenue naturelle qui va Ă  l’opposĂ© de bien de ses confrĂšres russes plus inspirĂ©s par un jeu ampoulĂ©, carrĂ©, solide et structurĂ© (trop outrageusement « viril »), touche toujours autant. Au diapason d’une telle mesure enchantĂ©e, et mĂȘme enivrĂ©e, mĂȘme Gergiev pourtant gĂ©nĂ©reux en onctuositĂ© parfois surabondante, garde toute retenue et mesure (sublime Concerto n°2 de Rachmaninov, au formidable allant juvĂ©nile : le troisiĂšme mouvement allegro scherzando abordĂ© comme un Gershwin facĂ©tieux, traversĂ© par une irrĂ©sistible ivresse sonore). Or dans la continuitĂ© de ce premier cd, les Etudes-Tableaux opus 39 attestent tout autant d’une Ă©nergie fabuleusement souple, lĂ  encore jamais dure ni Ă©paisse : un bouillonnement d’une Ă©lĂ©gance jamais aprĂ©tĂ©e. Un rapide regard transversal sur les 25 cd rĂ©unis, tĂ©moignant de la maturation d’une tempĂ©rament incroyablement douĂ©, de 1987 Ă  2005, souligne les compositeurs les mieux servis :
FrĂ©dĂ©ric Chopin bien sĂ»r (cd 3, 9, 10, 16, 25
), Liszt (cd 3, 5, 8, surtout 12, puis presque Ă  Ă©galitĂ© Schubert (cd 21, 23, 24) et Schumann (4, 8, 12, 15, 19), enfin Rachma (cd1,3 et 7) et Beethoven (cd 13, 14, 15) ; les perles plus rares et non moins intenses et abouties Ă©tant ici le PrĂ©lude, Choral et fugue de Franck (cd14) ; Moussorgski (Tableaux d’une exposition, cd 18), Mozart (cd 6 : Concertos pour piano n°12 et surtout 20), ou les Sonates de Schumann et de Brahms
 25 cd incontournables. Coffret Ă©vĂ©nement CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre. Critique complĂšte et compte rendu du coffret Evgeny Kissin : The complete RCA & Sony classical Album collection (25 cd Sony classical) Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello (Yoncheva, Lucic, NĂ©zet-SĂ©guin, 2015)

sony88985308909DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello (Yoncheva, Lucic, NĂ©zet-SĂ©guin, 2015). Septembre 2015, la bulgare Sonya Yoncheva, voix carressante, timbre meliflu (bientĂŽt sur les traces de la sublime et cĂąline Fleming, qui chanta ici mĂȘme avant Netrebko, Desdemona?), d’une hyperfĂ©minitĂ© qu’elle partage avec Anna Netrebko justement, cumule depuis quelques mois, comme sa consƓur, capable de surperbes dĂ©fis vocaux (chez Verdi et Puccini), s’affirme peu Ă  peu comme la voix internationale que le milieu lyrique attendait : sa Desdemona au Metropolitan Opera de New York, saisit, captive, s’impose par une musicalitĂ© juvĂ©nile, d’une richesse expressive et poĂ©tique admirable. FragilitĂ© et finesse, rondeur et puissance du chant. Ces qualitĂ©s ont fait depuis, la grĂące habitĂ©e de sa Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille, ou le cristal adolescent de sa comtesse des Noces de Figaro dans un rĂ©cent enregistrement Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon, live de Baden Baden sous la direction du mĂȘme chef, NĂ©zet-SĂ©guin (LIRE notre compte rendu des Noces de Figaro avec Sonya Yoncheva Ă  Baden Baden 2015). Sous le conduite du mĂȘme chef, « La Yoncheva » affirme un tempĂ©rament souverain : et hors de la tradition de ses grandes aĂźnĂ©es (Tebaldi, Freni, Te Kanawa
), cisĂšle une grĂące fĂ©minine (sa signature dĂ©sormais), qui aux cĂŽtĂ©s de la sensibilitĂ© sacrificielle finale, s’accompagne d’une assurance fĂ©line dans ses confrontations avec l’infĂąme Iago.

Succédant à Fleming et Netrebko,

Yoncheva, nouvelle reine du Met

Sonya Yoncheva : la nouvelle diva 2015 !Mais le point fort de cette production revient aussi Ă  celui justement qui tire les ficelles, le jaloux rongĂ© par l’impuissance, ce Iago parfait dĂ©mon cynique auquel le superbe Zeljko Lucic offre sa prĂ©sence et une vĂ©ritĂ© prodigieuse. Seul il n’était rien. Manipulant un Otello trop carrĂ©, Iago triomphe indirectement. Car ici Otello, le maure complexĂ© par sa couleur de peau (ici aspect Ă©cartĂ©, Ă  torts), est plus brute Ă©paisse qu’amoureux en doute (le letton Aleksandrs Antonenko demeure bien instable, son personnage mal assumĂ©, inabouti ou trop carrĂ© : un comble d’autant plus criant confrontĂ© aux deux portraits captivants de ses deux partenaires
), il conviendrait que le tĂ©nor qui ne manque pas de puissance, affine considĂ©rablement son approche pour Ă©viter des attitudes 
.souvent ridicules. GrĂące Ă  l’éclair expressif qu’apporte le baryton serbe en revanche, le couple Otello et Iago / Lucic forme un monstre Ă  deux tĂȘtes qui dĂ©vore la finesse de Yoncheva pourtant lionne autant que gazelle; sa priĂšre en fin d’action est dĂ©chirante : sobre, tĂ©nue, murmurĂ©e, au legato quasi bellinien.
otello desdemona sonya yoncheva metropolitan opera new york opera classiquenewsParmi les comprimari, -rĂŽles « secondaires », saluons le trĂšs juste et sĂ©duisant Cassio du prometteur Dimitri Pittas. Futur directeur musical du Metropolitan, le maestro adulĂ© actuellement Yannick NĂ©zet-SĂ©guin prĂȘte une attention continue pour les instruments, relief de chaque timbre dans une partition souvent cataclysmique, et aussi introspective : contrastes et vertiges dignes de Shakespeare
 on guettera son prochain Otello, avec un fini orchestral cette fois totalement maĂźtrisĂ©. De toute Ă©vidence, le dvd est plus que recommandable, pour entre autres les confrontations Yoncheva et Lucic, la direction efficace de NĂ©zet-SĂ©guin : un must contemporain made in New York.

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Aleksandrs Antonenko (Otello), Sonya Yoncheva (Desdemona), Ćœeljko Lučić (Iago), Chad Shelton (Roderigo), Dimitri Pittas (Cassio), Jennifer Johnson Cano (Emilia), Tyler Duncan (A herald), GĂŒnther Groissböck (Lodovico), Jeff Mattsey (Montano)
 Metropolitan Opera & Chorus. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. 1 dvd Sony classical 889853089093, enregistrĂ© en septembre 2015.

ActualitĂ©s du tĂ©nor Jonas Kaufmann : nouveau cd, prochains rĂŽles…

ActualitĂ©s du tĂ©nor Jonas Kaufmann. Disques et rĂŽles Ă  venir pour le tĂ©nor le plus cĂ©lĂšbre de la planĂšte. Sony classical publie son nouvel album dĂ©diĂ© aux chansons populaires italiennes : DOLCE VITA. Un programme qui emprunte des chemins hors des rĂŽles lyriques
 Pause discographique Ă  partir le 7 octobre 2016, compte rendu complet Ă  venir d’ici lĂ  sur classiquenews. Mais la vedette lyrique la plus adulĂ©e de l’heure (avec Anna Netrebko), est Ă  l’affiche de plusieurs thĂ©Ăątres europĂ©ens dont l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris oĂč il chantera coup sur coup : Les Contes d’Hoffmann en novembre 2016, puis Lohengrin en janvier 2017.

kaufmann-jonas-tenor-CLIC-de-classiquenews-DOLCE-VITA-cd-review-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-cd-jonas-kaufmann-582-582CD Ă©vĂ©nement: DOLCE VITA par Jonas Kaufmann, premiĂšres impressions (1 cd SONY classical). DOLCE VITA / PREMIERES IMPRESSIONS
 Crooner Ă  l’italienne : parmi les perles du nouveau programme discographique dĂ©fendu par le tĂ©nor Jonas Kaufmann (intitulĂ© « Dolce Vita »), saluons l’engagement fauve, rugueux, sombre mais toujours ardent du tĂ©nor qui laisse ici les rĂŽles du rĂ©pertoire classique pour dĂ©fendre la romance Ă  l’italienne. Parmi les airs de ce programme extra lyrique, distinguons entre autres la passion Ă©perdue de « Caruso » (mĂ©lodie moderne Ă©crite par son auteur et premier interprĂšte Lucio Dalla en 1986, que chanta lui aussi en son temps l’inatteignabe Pavarotti et plus rĂ©cemment Andrea Bocelli) ; Kaufmann en exprime l’ardeur ultime, celle d’un homme condamnĂ©, – peut-ĂȘtre Caruso lui-mĂȘme auquel l’hymne rend un vibrant hommage


Ailleurs, c’est la vibration de la mandoline enivrĂ©e pour la suave et tendre chanson : “Parla piĂč piano” (The Godfather theme de Nino Rota) ; sans omettre l’éblouissant et flamboyant “Core’ngrato” que Salvatore Cardillo met en musique en 1911 (connu aussi sous le titre “Catari” dont dĂ©noncĂ© revient rĂ©guliĂšrement) pour
 le mĂȘme Caruso : lĂ , Kaufmann s’inscrit dans la tradition des tĂ©nors chansonniers les plus cĂ©lĂšbres tels Carreras, Domingo, Bergonzi, di Stefano, Corelli
 c’est dire. Tous lĂ©gendes Ă  leur Ă©poque successeurs inspirĂ©s du premier entre tous, Caruso. Autant de tubes passionnĂ©ment mĂ©diterranĂ©ens qui font briller l’intensitĂ© ardente du timbre furieusement amoureux
 Grande critique du cd DOLCE VITA par Jonas Kaufmann Ă  venir sur classiquenews.com, le jour de la parution de l’album soit le 7 octobre 2016. EN LIRE +

 

 

 

Prochains engagements et prise de rĂŽles pour Jonas Kaufmann

 

La planĂšte lyrique vibre Ă  chaque nouvelle incarnation du tĂ©nor les plus sexy de l’heure. Jonas Kaufmann n’a pas qu’une voix irrĂ©sistible, il a aussi un physique de star du cinĂ©ma, qui d’ailleurs ne laisse pas indiffĂ©rent ses fans les plus passionnĂ©es
 En poussant la chansonnette, le tĂ©nor en latin lover emprunte la voie avant lui marquĂ©e par Caruso, Pavarotti, Domingo ou simultanĂ©ment Alagna. Histoire de reposer un chant qui comptera dans les semaines et mois prochains de nombreux temps forts, essentiellement Ă  Munich : Les MaĂźtres Chanteurs dĂšs le 30 septembre, puis Andrea ChĂ©nier (l’un des rĂŽles tragico dramatiques les plus convaincants de son rĂ©pertoire, Ă  l’affiche en mars 2017), mais c’est Ă  Londres qu’il marquera les esprits par des nouveautĂ©s sur le papier passionnantes : Quatre derniers lieder de Strauss dans une version pour tĂ©nor donc (le 13 fĂ©vrier 2017), et surtout Otello de Verdi, le rĂŽle le plus important (l’équivalent des Leonor, Lady Macbeth et Manon pour Anna Netrebko aujourd’hui) : Jonas Kaufmann chante la passion jalouse et destructrice d’Otello au Royal Opera House Ă  Londres, du 21 juin-10 juillet 2017 : un rĂŽle qu’il prĂ©pare depuis des lustres, et ce fameux rĂ©cital VERDI, cd superlatif enregistrĂ© chez Sony classical,, couronnĂ© par un CLIC de classiquenews en octobre 2013.

Jonas Kaufmann au sommet !VoilĂ  ce qu’écrivait notre rĂ©dacteur Carter Chris-Humphray, Ă  la sortie du VERDI Album : « Le sommet attendu Ă©tant Otello (qu’il prĂ©pare pour une prochaine prise de rĂŽle) : il connaĂźt comme il le dit lui-mĂȘme dans la notice et le livret de l’album, idĂ©alement documentĂ©s, la partition ayant chantĂ© depuis longtemps le rĂŽle de Cassio ; pour le rĂŽle-titre, la densitĂ©, l’épaisseur terrassĂ©e du personnage, entre folie et tendresse, sensualitĂ© impuissante et sauvagerie du sentiment de soupçon surgissent en un feu vocal digne d’un immense acteur. Voici “Le Kaufmann” qui mĂ»rissait depuis quelques annĂ©es : justesse de l’intonation, style impeccable, souffle et contrĂŽle dynamique, surtout intensitĂ© et couleur font ce chant habitĂ©, dĂ©sormais Ă  nul autre comparable. Avec une telle prĂ©sence, un tel naturel dramatique, cet Otello exceptionnel, bigarrĂ©, multiforme, d’une imagination et crĂ©ativitĂ© de premiĂšre classe, confirme Ă  quel niveau d’intelligence artistique et vocale est parvenu le tĂ©nor munichois  » Autant dire que cette prise de rĂŽles est dĂ©jĂ  l’évĂ©nement lyrique le plus couru de l’étĂ© 2017. DĂ©pĂȘchez vous d’organiser votre sĂ©jour dans la capitale britannique pour ne pas manquer la performance.

Prochains engagements et rĂŽles de JONAS KAUFMANN

2016
30 septembre – 8 octobre 2016 : Les MaĂźtres Chanteurs de Wagner
MUNICH, Opéra de BaviÚre

3 au 18 novembre 2016 : Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach
PARIS, Opéra Bastille

2017

18 au 30 janvier 2017 : Lohengrin de Wagner
PARIS, Opéra Bastille

Résidence spéciale à LONDRES
Les 4, 8, 10, 13 février 2017
Barbican Center de Londres
RĂ©cital, Wagner, “In conversation”
Strauss : les Quatre derniers lieder
Nouvelle version pour ténor (!), le 13 février 2016

12-30 mars, 28 et 31 juillet 2017 : Andrea Chénier de Giordano
MUNICH, Opéra de BaviÚre
Repris
Le 26 mars, Ă  PARIS, TCE
version de concert

5-11 mai 2017 : Tosca de Puccini (Mario)
VIENNE, Staatsoper

surtout

21 juin-10 juillet 2017 : Otello de Verdi
LONDRES, Royal Opera
Nouvelle prise de rÎle, déjà abordé, préparé au disque

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CD événement, annonce. DOLCE VITA, le nouvel album de JONAS KAUFMANN (1 cd SONY classical)

kaufmann-jonas-tenor-CLIC-de-classiquenews-DOLCE-VITA-cd-review-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-cd-jonas-kaufmann-582-582CD Ă©vĂ©nement, annonce. DOLCE VITA, le nouvel album de JONAS KAUFMANN. Le plus grand tĂ©nor actuel, – hĂ©ritier de Domingo et Vikers, rend hommage aux chansons italiennes, celles qu’il affectionne ; celles qui ont Ă©tĂ© chantĂ©es par les plus grands avant lui dont Caruso
 Le nouvel album de Jonas Kaufmann Ă  paraĂźtre chez SONY classical en octobre 2016, comprend ainsi plusieurs chansons populaires italiennes traditionnelles et plus rĂ©centes – du XIXe siĂšcle Ă  nos jours. EnregistrĂ© en Italie, avec l’Orchestre du Teatro Massimo di Parlermo, le rĂ©cital discographique Ă  paraĂźtre chez Sony, offre une collection d’airs d’une irrĂ©sistible force expressive auxquels l’interprĂšte apporte intensitĂ©, expressivitĂ©, finesse grĂące au charme dĂ©sormais singulier de son timbre Ă  la fois rond et cuivrĂ©. 

L’album comprend de nombreux titres cĂ©lĂšbres, dont   Torna a Surriento, Volare, Con te partiro, Core ‘ngrato, Non ti scordar di me, Parlarmi d’amore MariĂč, Caruso, Musica Proibita et Un’amore cosĂŹ grande
 Prochaine critique complĂšte sur classiquenews.com, au moment de la sortie de l’album, DOLCE VITA par Jonas Kaufmann, dĂ©but octobre 2016. 

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Programme :

  1. Caruso - Lucio Dalla
  2. Mattinata - Ruggero Leoncavallo
  3. Parla piĂč piano (The Godfather theme) – Nino Rota
  4. Passione - Libero Bovio
  5. Un’amore cosĂŹ grande - Ruggero Leoncavallo
  6. Il canto - Romano Musumarra
  7. Voglio vivere così - Giovanni d’Anzi
  8. Core ‘ngrato - Salvatore Cardillo
  9. Ti voglio tanto bene - Ernesto de Curtis 
  10. Non ti scordar - Ernesto de Curtis
  11. Fenesta ca lucive - Anonymous
  12. Musica proibita - Stanislao Gastaldon
  13. Parlami d’amore MariĂč - Cesare Andrea Bixio
  14. Torna a Surriento - Ernesto de Curtis 
  15. Volare - Domenico Modugno
  16. Rondine - Vincenzo de Crescenzo
  17. Con te partirĂČ (Time to say Goodbye)  - Lucio Quarantotto / Francesco Sartori
  18. Il Libro dell’Amore (Book of love)  - Zucchero

DOLCE VITA, par Jonas Kaufmann, tĂ©nor (1 cd SONY classical) — Parution annoncĂ©e le 7 octobre 2016.

CD Ă©vĂ©nement, annonce : « A journey » : PRETTY YENDE, soprano. Airs d’opĂ©ras : Rossini, Bellini, Donizetti, Delibes, Gounod (1 cd SONY classical, Turin, aoĂ»t-septembre 2015)

YENDE-pretty-cd-a-journey-582-582-cd-review-cd-compte-rendu-classiquenews-clic-de-classiquenews-Pretty-Yende-CoverCD Ă©vĂ©nement, annonce : «  A journey » : PRETTY YENDE, soprano. Airs d’opĂ©ras : Rossini, Bellini, Donizetti, Delibes, Gounod (1 cd SONY classical, Turin, aoĂ»t-septembre 2015). RĂ©vĂ©lĂ©e par le Premier Prix obtenu en 2010 au premier Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini, la jeune diva sud africaine Pretty Yende Ă©blouit dans un nouveau rĂ©cital lyrique Ă  paraĂźtre en septembre 2016 chez SONY CLASSICAL. Le seul concours français dĂ©diĂ© au chant bellinien – compĂ©tition unique au monde et française (co fondĂ©e par le chef Marco Guidarini et Youra Simonetti / MusicArte) avait eu avant tout le monde, l’intuition qu’une nouvelle grande voix Ă©tait nĂ©e. “A star is born” selon la formule : de fait, 6 ans aprĂšs avoir Ă©tĂ© ainsi distinguĂ©e en France, la soprano convainc totalement dans un rĂ©cital lyrique qui n’est pas une carte de visite artistique – le fleuron de toute jeune diva en dĂ©but de carriĂšre : c’est plutĂŽt la confirmation de son immense tallent bellinien, l’éclatante dĂ©monstration de sa stupĂ©fiante maĂźtrise belcantiste, la rĂ©vĂ©lation confirmĂ©e qu’une nouvelle Edita Gruberova est prĂȘte dĂ©sormais Ă  prendre la relĂšve dans la registre des coloratoures aux facilitĂ©s stratosphĂ©riques, alliant, autoritĂ© expressive, agilitĂ© technique, surtout finesse d’un style qui cisĂšle articulation, phrasĂ©s, legato. C’est peu dire que dans ce nouvel album irrĂ©sistible, Pretty Yende Ă©blouit par l’intelligence de son chant et la subtilitĂ© de son style. Ses Elvira et Lucia (chez Bellini et Donizetti), ses Rossini (Rosina du Barbier de SĂ©ville et Comtesse du Comte Ory) y affirment l’éclat actuel d’un bel canto exceptionnellement raffinĂ© et techniquement sĂ»r; Pretty Yende confirme qu’une immense diva bellinienne est enfin prĂ©sente, prĂȘte Ă  Ă©blouir les scĂšnes lyriques; mais l’album affirme aussi ses affinitĂ©s avec le romantisme français (Gounod et Delibes). Prochain compte rendu de l’album « A journey » / un voyage, par la soprano sud Africaine Pretty Yende, Ă  venir sur Classiquenews.com

 

 

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CD événement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical)

harnoncourt beethoven missa solemnis ete 2015 2 cd sony classical review presentation annonce CLASSIQUENEWS critique cdCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical). La Missa Solemnis de Beethoven : L’adieu Ă  la vie d’Harnoncourt. On connaĂźt Ă©videmment la rĂ©fĂ©rence de l’Ɠuvre, monument discographique indĂ©passable par sa fiĂšvre, sa poĂ©sie, son souffle collectif comme ses incises individuelles: la Missa Solemnis de Karajan enregistrĂ©e en 1985 (lĂ  aussi vĂ©ritable testament artistique du maĂźtre autrichien) qui reste le sommet de l’esthĂ©tique Karajan de l’enregistrement. Un autre immense chef qui nous a donc quittĂ© aprĂšs l’avoir livrĂ©e, Nikolaus Harnoncourt l’intrĂ©pide (nĂ© berlinois en 1929, dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2016), nous offre sa propre vision de la Solemnis (dans cet album qui serait donc son dernier enregistrement chez Sony). Pour celui qui utilise les instruments d’Ă©poque pour non plus ressusciter les partitions du passĂ© mais bien les Ă©lectriser, le dĂ©fi de la Solemnis, arche morale et spirituelle est un but toujours ciblĂ©, un Graal. Or dĂšs 1954, la fondation de son propre ensemble Concentus Musicus Ă  Vienne indique dĂ©sormais la voie de la rĂ©surrection musicale. Jouer dans la joie. RecrĂ©er par la rhĂ©torique et l’Ă©loquence servie, le mouvement de l’Ă©change, l’expressivitĂ© mordante, titillante du dialogue… Non plus divertir, mais dĂ©ranger le public et les interprĂštes, et les secouer mĂȘme s’il le faut. La direction toute d’attĂ©nuation sidĂ©rante dans la rĂ©solution finale de cette Solemnis, au rebondissement conclusif digne d’un opĂ©ra, atteint un degrĂ© de cohĂ©rence et d’extrĂȘme fragilitĂ© Ă  couper le souffle. Harnoncourt y invite le silence et le mystĂšre, inscrivant la fine ciselure instrumentale et collective dans l’ombre. Le dernier accord en ce sens est inscrit dans le silence, comme une rĂ©vĂ©rence depuis le dĂ©but prĂ©sente, enfin exprimĂ©e. L’effet relĂšve du miracle.

 

 

 

 

EnregistrĂ©e live en juillet 2015, la Missa Solemnis comporte le dernier Harnoncourt Ă  son sommet…

Testament spirituel de Nikolaus Harnoncourt

 

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsC’est ce que nous enseigne et diffuse ce dernier enregistrement dĂ©diĂ© Ă  Beethoven. Ainsi conclut Harnoncourt le dĂ©fricheur visionnaire. Son irrespect tous azimut, sa dĂ©testation des postures, ont aiguisĂ© un esprit expĂ©rimentateur, fonciĂšrement, viscĂ©ralement libre dont CLASSIQUENEWS a mesurĂ© par un CLIC de mai 2016, l’excellence poĂ©tique, dans les Symphonies de Beethoven (n°4 et n°5, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016 : lire notre critique complĂšte des Symphonies de Beethoven par Nikolaus Harnoncourt) ; Ă  croire qu’aprĂšs Mozart, Harnoncourt au final n’a respirĂ© que par le gĂ©nie de Bonn aprĂšs avoir approfondi comme peu, la gravitĂ© innocente de Wolfgang. On sait que Beethoven fut une source d’immense admiration et peut-ĂȘtre l’origine de sa vocation musicale, dĂ©couvrant ce qu’en tirait FurtwĂ€ngler : le feu de la vie, la source primordial du dĂ©sir fraternel, la volontĂ© humaniste. Le dernier Harnoncourt a rebours de bien des lectures molles et consensuelles nous apporte la preuve des bienfaits de l’audace, de la critique ; l’illumination qui naĂźt de la rĂ©vĂ©lation : le maestro sait le monde ; son dĂ©faitisme et son pessimisme en ont tĂ©moignĂ©. Ils ont exprimĂ© une expĂ©rience de la vie humaine : tout n’est qu’un vide criant, nourri par la bĂȘtise et la barbarie ordinaire ; il n’y a que l’art qui puisse nous sortir de la pensĂ©e rĂ©aliste, hideuse, incontournable. On y retrouve le regard parfois exorbitĂ© du maĂźtre (nyctalope ?), d’une sincĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. Une clairvoyance dĂ©cuplĂ©e, dĂ©posĂ©e dans chacun de ses gestes, de ses phrases pour un orchestre miroir (rĂ©vĂ©lateur de ses propres visions, terreurs, espoirs). On s’y dĂ©lecte surtout de sa lecture fĂ©line et suave, Ă©ruptive, prĂȘte Ă  toutes les (re)dĂ©couvertes sur une partition dont le MaĂźtre ne cesse de rĂ©vĂ©ler l’ĂąpretĂ© expressive, la justesse poĂ©tique, la profonde humanitĂ©.

Harnoncourt au sommet !Voici donc le testament artistique (et sacrĂ©) du MaĂźtre Harnoncourt, enregistrĂ© sur le vif lors du dernier festival Styriarte fondĂ© par le chef Ă  Graz (Autriche), en juillet 2015. On y retrouve le mĂȘme pouvoir sidĂ©rant dĂ©tectĂ© dans ses derniĂšres Symphonies de Beethoven (4 et 5), complĂ©ment de la Solemnis, composant un dernier tĂ©moignage avant sa mort. Le souffle, la grandeur, une Ă©loquence ciselĂ©e qui ralentit volontiers les tempi, laisse s’Ă©panouir le sentiment collectif d’une pleine conscience, comme le relief des instruments anciens (flĂ»te, cors, hautbois) attestent Ă©videmment d’une rĂ©flexion sur la partition menĂ©e depuis des dĂ©cennies. AbordĂ©e dĂšs 1988, au moment de son premier Fidelio Ă  Hambourg, la Solemnis est une cathĂ©drale impressionnante dont le maestro restitue et soigne constamment l’esprit de clartĂ©, et aussi la sĂ©rĂ©nitĂ© “impĂ©nĂ©trable” (ce choeur fraternel semble nous renvoyer le miracle d’une humanitĂ© enfin rĂ©conciliĂ©e, plus irrĂ©elle que possible). Les sĂ©quences solistes et choeurs sont bouleversantes : cf l’”Amen” du finale de l’Et resurrexit ; traitĂ©es avec une tendresse intĂ©rieure nouvelle.

Eblouissant HarnoncourtL’oeuvre Ă©crite pour l’Ă©lĂ©vation d’un ascendant du chef lui-mĂȘme, l’archiduc Rodolphe d’Autriche (un ancien Ă©lĂšve de Beethoven) au titre d’ArchevĂȘque d’Olomouc, est conçue sur un long terme de 1817 Ă  1823. Sa grandeur n’Ă©carte pas son profond et grave questionnement : la concentration recueillie des solistes (dĂ©but du Sanctus); l’approfondissement spectaculaire et d’une majestĂ© qui reste secrĂšte dans le mystĂšre d’une rĂ©vĂ©lation silencieuse du Praeludium et du bouleversant Benedictus qui lui succĂšde, traduisent cette humanisme d’un Beethoven qui parle au cƓur, — instant de suspension ultime, oĂč comme si Ă  l’orchestre murmurant, caressant, il s’agissait des eaux qui se retirent pour dĂ©couvrir / envisager un monde nouveau ; le compositeur / le chef exprime(nt) sa/leur plus touchante priĂšre dans l’Ă©noncĂ© du violon solo (dialoguant avec les bois veloutĂ©s et suaves – basson, clarinette…, puis les solistes et le choeur) : priĂšre pour une humanitĂ© libĂ©rĂ©e de ses entraves. Le quatuor vocal rĂ©unit par Harnoncourt est irrĂ©sistible (la basse et ses phrasĂ©s : Ruben Drole saisit) : voilĂ  qui nous parle d’humanitĂ©, que d’humanitĂ©, en une effusion d’une sensibilitĂ© adoucie, rassĂ©rĂ©nĂ©e… Ă  pleurer.
Ce testament de Nikolaus Harnoncourt est un Ă©vĂ©nement, incontournable Ă  Ă©couter, mesurer, comprendre ; d’une vĂ©ritĂ© sincĂšre qui est souvent le propre des ultimes tĂ©moignages des maestros en leur fin sublime et dĂ©clinante (LIRE ici l’enregistrement sur le vif de la Symphonie n°9 de Bruckner par Claudio abbado avec l’Orchestre du festival de Lucerne, captĂ©e en aoĂ»t 2013 quelques mois avant sa disparition, publiĂ© par DG en 2015, elle aussi gravure superlative couronnĂ©e par le CLIC de CLASSIQUENEWS). La profonde acuitĂ© des accents, l’Ă©quilibre, la transparence et la clartĂ©, l’Ă©loquence chambriste de cette lecture saisissent. Harnoncourt est un architecte qui construit une dramaturgie d’une cohĂ©rence absolue : la derniĂšre sĂ©quence Dona nobis, imprĂ©cation Ă©noncĂ©e par la basse et le choeur d’une attĂ©nuation grave, inspirĂ©e par le renoncement en une couleur wagnĂ©rienne- Ă©tend dans sa premiĂšre phase, une langueur de sĂ©pulcre. Sans omettre l’unitĂ© recueillie, tendre et sereine du choeur et des solistes d’un bout Ă  l’autre, le crĂ©pitement permanent du geste, la quĂȘte de vĂ©ritĂ© dans la sincĂ©ritĂ© (quel style et quelle intonation chez les solistes ainsi “accordĂ©s”), la concentration continue frappent et singularisent une lecture qui deviendra lĂ©gendaire Ă  n’en pas douter (finale portĂ© par une espĂ©rance d’une sincĂ©ritĂ© retenue, pudique, franche). La vĂ©ritĂ© est beautĂ© : elle naĂźt du risque assumĂ©e, portĂ©e avec une grĂące inouĂŻe, sous la direction d’un chef qui donne tout.. puis s’enfonce dans le mystĂšre. Bouleversant. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

CLIC_macaron_2014CD événement, compte rendu critique : Beethoven, Missa Solemnis opus 123 (1823). Laura Aikin, Bernarda Fink, Johannes Chum, Ruben Noble. Arnold Schoenberg Chor, Concentus Musicus Wien. Nikolaus Harnoncourt, direction. 1 cd Sony classical. Enregistré à Graz (Autriche) en juillet 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

 

LIRE aussi les derniĂšres Symphonies de Mozart, n°39,41 et 41, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (Sony classical, 2014)

CD, compte rendu critique. Georg Anton Benda : Sinfonias (Benda, 2015 / 1 cd Sony classical)

BENDA georg anton - christian benda symphonies review compte rendu critique 1 cd Sony classical sony88875186192CD, compte rendu critique. Georg Anton Benda : Sinfonias (Benda, 2015 / 1 cd Sony classical). Georg Anton Benda est comme ses deux frĂšres – Franz et Johann, compositeur pour FrĂ©dĂ©ric le Grand en son chĂąteau de Sans Souci Ă  Postdam. Le site fut au XVIIIĂš un haut lieu de crĂ©ation musicale, malheureusement miroir du goĂ»t trĂšs conventionnel du souverain prussien (il fut incapable de distinguer le gĂ©nie d’un CPE Bach, pourtant Ă  son service, mais cantonner dans un emploi subalterne de claveciniste et parfois compositeur…). Triste intuition royale qui n’offrit pas Ă  sans-Souci malgrĂ© son ambition, le lustre artistique nĂ©cessaire. Protestant et franc-maçon, Georg Anton n’eut pas la faveur du Roi (portĂ© vers les jeunes garçons) : le musicien bien que compositeur talentueux comme ce disque le montre aisĂ©ment, ne fut Ă  Sans Souci que violoniste de second rang dans l’orchestre de la Cour.

Heureusement Benda put enfin trouver un cadre capable de reconnaĂźtre et mesurer sa sensibilitĂ© artistique comme crĂ©ateur Ă  la Cour de saxe-Gotha, plus portĂ©e pour la modernitĂ© et le raffinement, dĂšs 1750. Le compositeur retrouvait en la personne de son mĂ©cĂšne principal, le Duc de Saxe-Gotha, un frĂšre maçon. Soucieux de parfaire encore son mĂ©tier, Georg Anton Benda rĂ©alisa son tour d’Italie Ă  l’Ăąge de 43 ans, dĂ©couvrant les styles ultramontains, Ă  Venise, Bologne, Florence et Rome : il rentra ainsi Ă  la Cour de Saxe-Gotha comme… directeur de la chapelle. Son premier opĂ©ra italien, Xindo Riconosciuto fut crĂ©Ă© en 1765, emblĂšme d’une maturitĂ© scrupuleusement recherchĂ©e, enrichie. L’expĂ©rience de Benda Ă  la Cour de SAxe-Gotha se manifeste pleinement dans l’approfondissement de son Ă©criture lyrique : le Duc lui commande nombre d’oeuvres et mĂ©lodrammes inspirĂ©s du style dĂ©fendu par Rousseau : plus de vĂ©ritĂ© et de sĂ©duction mĂ©lodique. Ainsi en 1778, sa MĂ©dĂ©e Ă©crite pour Mannheim Ă©blouit le jeune Wolfgang Mozart qui Ă©crit son admiration Ă  son pĂšre. MĂȘme totale adhĂ©sion enthousiaste pour l’autre partition lyrique de benda, Ariadne auf Naxos qui combla le jeune salzbourgeois. La gravitĂ© et l’Ă©lĂ©gance de Benda inspiĂšrent Ă  Mozart nombre de sĂ©quence dans ses oeuvres : Zaide (1780), le prĂ©lude du Requiem (1791). La personnalitĂ© de Benda est attachante car il sut se passionner pour les idĂ©es de la RĂ©volution et la Philosophie, faisant mĂȘme un sĂ©jour (obligĂ©) pour Paris en 1781 oĂč il fit jouer Ariadne.

Belle idĂ©e de jouer ses Symphonies… par l’un de ses descendants actuels, lui qui mourut Ă  73 ans, et laissa 5 enfants tous musiciens ou acteurs. Un clan d’esprits crĂ©atifs… Le pĂšre de tous demeure l’esprit le plus audacieux et d’une rare conception synthĂ©tique : car entre Baroque et classicisme, Benda prĂ©pare la maturitĂ© et la conscience d’un Mozart, sachant dĂ©finitivement rompre avec la pensĂ©e contrapuntique d’un JS Bach, pour concevoir un langage nouveau, plus simplement horizontal, oĂč pensĂ©e et sentiment fusionnent au lieu de dialoguer au risque de converser sans ĂȘtre compris : Benda opĂšre l’Ă©quation qui rĂ©tablit l’exposition / explicitation des deux objectifs ; son Ă©poque est celle du Sturm und Drang, – tempĂȘte et passion, esthĂ©tique exaltant les forces psychiques vers la lumiĂšre. Dans ses Symphonies, patrimoine central de la musique ancienne de la BohĂšme Baroque, – et finalement rĂ©cemment dĂ©couvertes : en 1950-, Benda offre un premier terreau Ă  l’expressivitĂ© du sentiment classique prĂ©romantique, oĂč le cycle orchestral en 3 mouvements, soigne surtout (sauf la symphonie VII oĂč il est trĂšs court, de passage) le mouvement central, uniquement pour les cordes introspectives. Ici ni trompettes, timbales, clarinettes : mais la vitalitĂ© d’une Ă©criture ciselant le contraste vents et cordes, Ă  laquelle les cordes pincĂ©es, fines, incisives du clavecin toujours prĂ©sent (comme chez Mozart) accentuent le relief rythmique selon l’Ă©lĂ©gance viennoise en cours Ă  l’Ă©poque. Benda participe avant Haydn et Mozart Ă  la formation du langage orchestral tel que Beethoven saura le dĂ©velopper aprĂšs eux Ă  Vienne et Ă  Bonn.

MĂȘme sur instruments modernes, orchestre et chef savent souligner sans Ă©paisseur la palette expressive d’un Benda hypersensible. L’allant, la motricitĂ© Ă©gale, – malgrĂ© une prise de son trop lointaine et rĂ©verbĂ©rĂ©e, la finesse de la direction, l’excellent sens des contrastes, la vitalitĂ© epressive, qui regarde Ă©videmment vers Gluck et semble dĂ©jĂ  prĂ©figurer Joseph Haydn, rendent ici justice Ă  un premier corpus symphonique qui affirme l’Ă©loquence et la maturitĂ© d’un compositeur actif dans les annĂ©es 1760 et 1770, figure pionniĂšre du langage europĂ©en des LumiĂšres.

CD, compte rendu critique. Georg Anton Benda : Sinfonias. Prague Sinfonia Orchestra. Christian Benda, direction. 1 cd Sony classical, enregistrement réalisé à Prague en novembre 2014.

CD, coffret : Un siÚcle de musique française (25 cd Sony classical)

un siecle de musique francaise berlioz saint saens sony classical 25 cd coffret review preview account of critique cd CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique : Un siĂšcle de musique française (25 cd Sony classical). Sony classical rĂ©Ă©dite sous une thĂ©matique dĂ©jĂ  passionnante plusieurs de ses bandes magiques… Attention bain de symphonisme français romantique et moderne : soit un condensĂ© d’histoire musicale française en 10 cd, chacun dĂ©diĂ© Ă  un compositeur majeur, plus un recueil triple thĂ©matisĂ© “escales symphoniques” : Berlioz, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Debussy, Ravel, Poulenc (maĂźtre de la musique par Eric Lesage et partenaires), Satie (le seul ici Ă  offrir son legs non orchestral mais pianistique sous les doigts de Philippe Entremont, Daniel Varsano, Gaby et Robert Casadesus…), Dutilleux, Boulez, Messiaen (Turangalila Symphonie par Y. Loriod et Seiji Ozawa). L’attrait du coffret de 25 cd rĂ©tablit de puissantes personnalitĂ©s servies par des chefs de premiĂšre qualitĂ© par leur engagement et leur somptueuse sensibilitĂ©, chacun dans le rĂ©pertoire qu’il aima dĂ©fendre : Munch, Ozawa, Boulez, Hans Graf (chez Dutilleux)… les baguettes sont prestigieuses et leur Ă©coute confirme de saisissantes comprĂ©hensions de la musique française.

Munch-Charles-8Ici rĂšgne la nervositĂ© orfĂšvre de Charles Munch, directeur musical du Boston Symphony (1949-192), ici d’une vivacitĂ© fauve et d’une motricitĂ© analytique irrĂ©sistible, capable de fiĂšvre et d’incandescente folie : remarquable interprĂšte de la musique française romantique (ses Berlioz – premier cd de la collection, sa Fantastique, si chĂšre Ă  son cƓur, devient transe Ă©poustouflante de tension incisive), mais aussi du premier XXĂš : Milhaud, Honegger, surtout l’ivresse Ă©chevelĂ©e, organique et sensuelle de son Roussel (Suite 2 de Bacchus et Ariane, un coup d’essai captivant hĂ©las trop court : que n’a t il enregistrĂ© l’intĂ©grale du ballet!), sans omettre des incontournables, au chapitre romantisme français dont la trop rare Symphonie sur un chant montagnar de D’Indy, Escales d’Ibert, la Symphonie n°3 avec orgue de Saint-SaĂ«ns, et L’Apprenti sorcier de Dukas…

Pierre_BoulezDEBUSSY et RAVEL boulĂ©ziens, de rĂ©fĂ©rence. C’est aussi un fabuleux legs Pierre Boulez comme chef, interprĂšte gĂ©nial autant analytique que prĂ©cis et dramatique, avec Ă©galement des orchestres amĂ©ricains : New York Philharmonic et surtout Cleveland orchestra pour deux recueils, joyaux incontournables :  Ravel, Debussy (3 cd pour chacun) dont les Ɠuvres essentielles sont ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es sous un filtre d’une exigence sonore irrĂ©sistible (Attention le coffret ne comprend pas, hĂ©las, l’intĂ©grale du ballet Daphnis et ChloĂ© de Ravel mais heureusement ShĂ©hĂ©razade, Rapsodie Espagnole, Valses nobles et sentimentales, Ma mĂšre l’Oye, Alborada del Gracioso, les Concertos pour la main gauche et en sol majeur par Philippe Entremont, piano,… sans omettre l’excellent Quatuor par les Juilliard). Vous l’aurez compris, nous tenons lĂ  la quasi intĂ©grale du Ravel symphonique par Boulez. C’est dire.

MĂȘme ivresse “intellectuelle”, la maĂźtrise est de mise sous la baguette boulĂ©zienne-, mais quelle transparence millimĂ©trĂ©e chez Debussy : Dans PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune, l’enchantement s’invite ; Jeux est une extase façonnĂ©e telle un scintillement permanent, un miroitement Ă  la fois introspectif et aĂ©rien ; Images pour orchestre affirme la prĂ©cision analytique d’un chef qui conçoit tout en une succession organiquement enchaĂźnĂ©e d’admirables sĂ©quences instrumentales d’un fini Ă©poustouflant (ivresse lascive d’IbĂ©ria).Chaque Ă©pisode comme chez Ravel cultivant son propre univers. Les Danses sont des rituels d’une exquise nostalgie. Ces 2 coffrets Debussy et Ravel sont incontournables.

Ailleurs, l’amateur de raretĂ©s comme de plĂ©nitude orchestrale, Ă  la française trouvera son compte dans les volumes : celui sur Saint-SaĂ«ns comporte ainsi les trois Concertos pour piano 2,4 et 5 (l’Egyptien), avec Philippe Entremont sous la direction de Michel Plasson. Tout autant intĂ©ressant le triple volume dĂ©diĂ© Ă  FaurĂ©, comprenant en particulier le Requiem par Ozawa (Boston Symphony, Barbara Bonney, Hakan Hagegard, et le choeur du Festival de Tanglewood)…

La prĂ©sence du violoncelliste Jean-Guilhen Queyras pour Tout un monde lointain fait la haute valeur du volume simple dĂ©diĂ© Ă  Dutilleux ; et coupe Ă©tant apprĂ©ciĂ©e quand elle est dosĂ©e, le recueil dĂ©volu au compositeur Pierre Boulez, – 1 seul cd, regroupe Le Marteau sans maĂźtre avec Yvonne Minton (au français bien peu intelligible sous la direction de Diego Masson), et plus intĂ©ressant, Livre pour cordes par Boulez le chef.

Notons l’habile programmation du triple volume intitulĂ© “Escales symphoniques françaises” qui rĂ©vĂšle sous le feu vif argent et d’une fantaisie jubilatoire de Charles Munch, l’Ă©clectisme de la Symphonie sur un chant montagnard de D’Indy (25mn d’Ă©criture concertante oĂč le piano discute avec l’orchestre en une forme libre entre Concerto et Symphonie), sans omettre le Rouet d’Omphale de Saint-SaĂ«ns, superbe poĂšme symphonique d’une pensĂ©e libre et fluide (prĂ©cĂ©dĂ© par le poĂšme symphonique pour chƓur et soprano La nuit, oĂč le diamant un rien prĂ©cieux de la jeune Natalie Dessay dialogue avec la flĂ»te… Orchestre nat. d’Île de France, Jacques Mercier).

CLIC_macaron_2014Le coffret forme un cycle incontournable pour amoureux de musique symphonique et concertante française, de Berlioz Ă  Boulez et Messiaen. Par sa diversitĂ©, l’intelligence et la cohĂ©rence des volumes rĂ©unis par compositeur ou thĂšme, la figure d’excellents chefs – de Munch Ă  Boulez, Ozawa et Ormandy (Danse macabre de Saint-SaĂ«ns), sans omettre les pianistes Philippe Entremont (Ravel, Saint-SaĂ«ns), Michel Dalberto (Debussy), JM Luisada (FaurĂ©)… , l’Ă©dition Sony classical constitue une excellente entrĂ©e en matiĂšre ou l’enrichissement d’un fonds dĂ©jĂ  existant. 25 cd Ă  possĂ©der en urgence pour Ă©tayer sa discographie de base, au registre musique française. Le volume Poulenc vient astucieusement complĂ©ter la collection en regroupant les fondamentaux de sa musique de chambre (Sonates, Concertos oĂč s’affirme le tempĂ©rament en affinitĂ© du pianiste Eric Lesage et ses nombreux partenaires)…  Seule rĂ©serve : l’Ă©diteur omet de mentionner pour chaque bande la date d’enregistrement, nous privant une juste apprĂ©ciation de l’Ă©poque concernĂ©e et de l’esthĂ©tique atteinte (malgrĂ© l’absence pour le rĂ©pertoire romantique, des instruments d’Ă©poque : or ni Boulez, ni Munch, malgrĂ© l’apport des orchestres et des chefs “historiquement informĂ©s”, ne se montrent dĂ©faillants, bien au contraire. Leur baguette enchanteresse montre aussi que la rĂ©ussite d’une lecture ne dĂ©pend pas exclusivement du choix des instruments…

CD, coffret : Un siÚcle de musique française (25 cd Sony classical)

CLIC de classiquenews d’avril 2016.

CD, compte rendu critique. Valer Sabadus : Caldara (1 cd Sony classical, 2015)

valer sabadus cladara cd review compte rendu critique classiquenews cdCD, compte rendu critique. Valer Sabadus : Caldara (1 cd Sony classical, 2015). Et de deux : aprĂšs son prĂ©cĂ©dent album Ă©ditĂ© par Sony classical Ă©galement (dĂ©diĂ© Ă  Gluck), Valer Sabadus surprend et convainc en soulignant le gĂ©nie d’un compositeur oubliĂ© : Antonio Caldara, nĂ© vĂ©nitien (circa 1670), chanteur Ă  Saint-Marc oĂč il est Ă©lĂšve de Legrenzi, devient compositeur d’oratorios et d’opĂ©ras, en particulier Ă  la fin de sa vie, Ă  la Cour de Vienne comme vice-kapellmeister, fonction trĂšs honorifique et particuliĂšrement convoitĂ©e (obtenue finalement en 1717 quand Fux succĂšde Ă  Ziani au poste de Kapellmeister) ; jusqu’en 1736 (quand il meurt le 28 dĂ©cembre prĂ©cisĂ©ment), Caldara incarne le style impĂ©rial viennois, son raffinement et sa sĂ©duction virtuose trĂšs italienne. Lyre caldarienne… Le rĂ©cital met en lumiĂšre l’art lyrique, celui trĂšs raffinĂ© du quinquagĂ©naire, qui avant sa nomination Ă  la Cour impĂ©riale de Vienne, a travaillĂ© pour les Cours prestigieuses d’Europe : duc de Mantoue (Charles Ferdinand de Gonzague, 1699-1707), patriciens de Rome (Ottoboni, Ruspoli… c’est Ă  Rome en 1711 qu’il Ă©pouse la contralto Caterina Petrolli)), sans omettre l’archiduc Charles de Habsbourg, frĂšre de l’Empereur Joseph Ier…

Instruments solistes. Trait marquant, le rĂ©cital offre une place privilĂ©giĂ©e aux instruments solistes, en liaison avec la maniĂšre de Caldara, trĂšs sensible aux instruments au format proche de la voix (luths, seul ou Ă  deux), et surtout, instrument vedette ici, le psaltĂ©rion trĂšs prĂ©sent dans les deux airs les plus longs extraits de Sedecia et de Isaia, sans omettre le dernier air de David Umiliato, 1731 (“Ti daro laude, o Dio”, derniĂšre plage 16) oĂč s’exprime et croĂźt une sagesse politique nouvelle qui annonce les opĂ©ras des LumiĂšres. Le psaltĂ©rion y Ă©voque Ă©videmment la harpe de David, chantre royal, ici en plaine action de grĂące. L’orchestre de la Cour impĂ©riale intĂšgre alors des solistes renommĂ©s pour le luth, le psaltĂ©rion (cithare sur table)-, mais aussi le violoncelle, comme en tĂ©moigne l’Ă©nergique et subtile Concerto da camera… Caldara Ă  Vienne assure aussi l’Ă©ducation musicale des membres de la famille impĂ©riale. L’ensemble sus instruments ancien Nuovo Aspetto fait preuve d’une Ă©gale subtilitĂ© dans l’expressivitĂ© et l’intonation des sĂ©quences instrumentales, assurant de fait une bonne part de la rĂ©ussite de l’album.

Concernant la tenue vocale du contre tĂ©nor Valer Sabadus, l’audace assumĂ©e dans le choix dĂ©licat des airs sĂ©lectionnĂ©s, finement mis en parallĂšle avec la personnalitĂ© des instruments solistes confirme le tempĂ©rament du chanteur :

Se distingue en particulier, l’Ă©tonnante plasticitĂ© de la voix appelĂ©e Ă  exprimer et Ă  transfigurer les longs airs de dĂ©ploration des Ăąmes blessĂ©es (cf. aria: “Ahi! Come quella un tempo cittĂ ”, extrait de Sedecia, 1732) de plus de 8 m, oĂč les arabesques vocales introspectives en dialogue avec le psaltĂ©rion, exacerbent et transcendent la lamentation de JĂ©rĂ©mie Ă  propos de la destruction de JĂ©rusalem.

Avec deux luths,rĂ©tablissant une balance d’Ă©poque proche de l’intime, l’air “Ah se toccasse a me”, (plage 7, extrait d’Il Giuoco del quadriglio, 1734) :impose  l’ĂąpretĂ© du timbre, aux rĂ©sonances dans l’aigu qui expriment l’hypersensibilitĂ© d’une Ăąme saisie elle aussi ; en l’occurrence, celle d’une joueuse de carte, qui espĂšre voir le roi. Une Ɠuvre purement circonstancielle qui cependant gagne une sensibilitĂ© d’Ă©criture remarquablement poĂ©tique malgrĂ© son sujet imposĂ©.

Le programme rappelle ainsi la trĂšs grande finesse instrumentale d’un Caldara qui annonce par son sens de la caractĂ©risation intĂ©rieure de chaque situation et la sobriĂ©tĂ© dramatique du chant, le grand Haendel (pour lequel la source italienne, romaine et vĂ©nitienne dĂ©termine dĂ©finitivement la vocation opĂ©ratique) : ainsi le prĂ©lude et air extraits de Tirsi e Nigella de 1726 (avec flĂ»te et chalumeau) : l’air port la plainte digne et pudique, d’un caractĂšre pastoral, de la nymphe Nigella enivrĂ©e, langoureuse oĂč le doux gazouillis des bois se mĂȘle Ă  la voix de la jeune femme vivant au bord de l’onde et qui exprime dans un style purement galant, la tristesse d’ĂȘtre Ă©cartĂ©e (plages 8 et 9).

Le second air ambitieux (ici sur un livret de Zeno, le rĂ©formateur de l’opĂ©ra au dĂ©but du XVIIIĂš), est une vraie scĂšne dramatique oĂč rĂšgne Ă©galement le psaltĂ©rion (miroir lumineux voire solaire mais purement instrumental du cƓur humain) : “Reggimi, o tu, che sola” ; c’est une autre premiĂšre mondiale, extrait de l’oratorio Le Profezie evangeliche di Isaia, 1723) : chant proche du texte, mordante articulation, aigus chaleureux, voire savoureux impose toujours la justesse d’un interprĂšte trĂšs sĂ©duisant par l’unicitĂ© de son timbre, par l’originalitĂ© de son rĂ©pertoire, par la combinaison voix, instruments obligĂ©s finement dĂ©veloppĂ©e dans un rĂ©cital qui dĂ©diĂ© au compositeur vĂ©nitien Caldara, gĂ©nie entre les deux siĂšcles, XVIIĂš et XVIIIĂš, est trĂšs rĂ©ussi.

CD, compte rendu critique. Valer Sabadus : Caldara (1 cd Sony classical, 2015).

Enregistrement réalisé en juillet 2015 à Cologne.

Nouvelle Ă©dition Glenn Gould 2015. Entretien avec Michael Stegemann

glenn gould piano sony classical the sound of glenn gould prensentation critique classiquenews juin 2015RĂ©Ă©dition Glenn Gould 2015 : grand entretien avec Michael Stegemann, spĂ©cialiste de Gould Ă  l’occasion de la nouvelle Ă©dition Ă©ditĂ©e par Sony classical, ce  11 septembre 2015, soit un somptueux coffret de 81 galettes (78 cd audio + 3 cd d’entretiens du pianiste canadien sur son travail, la place de l’enregistrement et du disque, sa conception du geste musical). Michael Stegemann a participĂ© Ă  la nouvelle Ă©dition GOULD 2015 Ă©ditĂ©e chez Sony (la derniĂšre Ă©dition il y a 5 ans s’est totalement Ă©coulĂ©e : plus aucun titre n’est disponible, preuve que le phĂ©nomĂšne Gould est bien vivace… Qu’en sera-t-il en 2015 ? Le “cas” Glenn Gould frappe immĂ©diatement l’esprit par la radicalitĂ© de sa posture artistique (il faut lire prĂ©cisĂ©ment sur ce qu’il pensait des artistes et des journalistes en gĂ©nĂ©ral) et aussi l’apparente contradiction de ses choix d’interprĂ©tation (s’adresser au plus grand nombre en refusant le concert public et s’enfermant Ă  partir de 32 ans, dans les studios d’enregistrement). On pense ordinairement que toutes les bandes enregistrĂ©es par le pianiste canadien sont connues ou ont Ă©tĂ© toutes Ă©ditĂ©es. C’est en rĂ©alitĂ© bien peu connaĂźtre le fonds qui reste encore Ă  explorer, dĂ©fricher, classer et identifier, une tĂąche titanesque Ă  laquelle Michael Stegemann se dĂ©die corps et Ăąme et qui pour cette nouvelle Ă©dition Gould 2015, porte ses fruits en dĂ©voilant de nouveaux inĂ©dits de surcroĂźt dans un son remastĂ©risĂ©. C’est une odyssĂ©e discographique qui commence donc en 1955 avec le premier enregistrement de Glenn Gould pour la Columbia… un jeu microphonique passionnant qui s’est jouĂ© souvent dans le studio mythique de 30Ăšme Avenue Ă  New York, oĂč le pianiste jamais satisfait, toujours explorateur, enregistrait des prises et des prises de la mĂȘme sĂ©quence de la mĂȘme partition, puis analysait, comparait, choisissait au terme de discussions riches avec les ingĂ©nieurs qui l’accompagnaient dans sa quĂȘte de l’inatteignable… Le travail de Gould en studio rĂ©capitule aussi l’histoire de l’enregistrement audio et des techniques successives pour produire un son riche et naturel (en 1955, la prise fut mono – bien que certaines photos indiquent clairement la prĂ©sence d’un 2Ăšme micro, jusqu’en 1957, date de la stĂ©rĂ©ophonie, Ă©lĂ©ment capitale pour l’essor des enregistrements discographiques… Rencontre entretien rĂ©alisĂ© Ă  Paris en juillet 2015.

 
 

Michael STEGEMANN

 
 

Depuis longtemps, Michael Stegemann fait partie des partisans et admirateurs de Glenn Gould pour sa personnalitĂ© artistique et l’hĂ©ritage que nous continuons de dĂ©couvrir aujourd’hui : une biographie (Ă©ditĂ©e en Allemagne), un vaste cycle d’Ă©missions radiophoniques dĂ©diĂ©es Ă  l’Ɠuvre complet de Gould (1987-1988) ont tĂ©moignĂ© de sa passion pour le pianiste canadien ; pas une passion indĂ©fectible et aveugle mais au contraire raisonnĂ©e et critique. L’Ă©dition 2015 est le fruit de recherches mĂ©ticuleuses menĂ©es pendant 3 ans… C’est cette exigence sur le corpus Gould aujourd’hui accessible, qui a pilotĂ© la nouvelle Ă©dition Gould 2015 : pour Sony classical, le musicologue prolonge donc la derniĂšre Ă©dition de 2012 (rĂ©alisĂ©e alors pour les 30 ans de la disparition du pianiste en 1982). Ce qui sĂ©duit le chercheur et producteur c’est la technique phĂ©nomĂ©nale de Gould, sa sonoritĂ© rĂ©flĂ©chie, aboutissement d’heures et d’heures d’un labeur acharnĂ© de la part de l’instrumentiste et des ingĂ©nieurs de la Columbia d’alors ; son goĂ»t pour la technologie et bien sĂ»r les possibilitĂ©s de l’enregistrement dont il aura envisagĂ© tous les enjeux, les limites, les perspectives multiples pour l’approfondissement et la clarification de l’interprĂ©tation. Quand il meurt Ă  50 ans seulement, Gould laisse un corpus de bandes dont on mesure actuellement l’ampleur par le nombre, la cohĂ©rence sous la profonde originalitĂ© artistique.

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Lire les partitions laissĂ©es par Gould, dĂ©couvrir ses annotations trĂšs prĂ©cises sur l’effet recherchĂ©, sur l’emplacement des microphones envisage la vision du pianiste, son sens de la dramaturgie microphonique : en scĂ©nographe, Gould enregistre en ayant conscience de la spatialitĂ© de la prise : quand il joue et interprĂšte, il pense aussi technique et enregistrement, c’est Ă  dire auditeurs et microphones. La nouvelle Ă©dition Gould qui paraĂźt en septembre 2015 prend en compte chaque indication prĂ©cisĂ©e par le pianiste,de surcroĂźt dans un son remastĂ©risĂ© qui dĂ©voile plus loin encore la conception du Gould ingĂ©nieur acoustique, comme le fut aussi Karajan pour ses propres enregistrements et lui aussi passionnĂ© de technologie nouvelle. On imagine aisĂ©ment Gould jouant, enregistrant, puis Ă©coutant et rĂ©Ă©coutant ses prises, les refaisant encore et toujours : pensĂ©e en quĂȘte d’un son idĂ©al, mais aussi travail sur le son et l’architecture de la sonoritĂ©. (dans une clartĂ© et un relief naturel inouĂŻ – vrai dĂ©fi pour les ingĂ©nieurs aujourd’hui-, qu’a permis alors la prĂ©paration de son piano Steinway dont les marteaux frappaient plus prĂšs les cordes … Cruelle rĂ©alitĂ©, la chaise basse taillĂ©e pour lui et dont il ne pouvait se passait, grince ; l’artiste lui-mĂȘme comme pris par sa propre approche et ses cheminements intĂ©rieurs, chantonne pendant les prises ; tout cela s’entend mais intelligemment aujourd’hui dans une dĂ©finition sonore rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et critique que permet le traitement remastĂ©risĂ©. Sa conception des piĂšces pour piano de Sibelius rĂ©vĂšle une vĂ©ritable “orchestration microphonique” de l’enregistrement incluant pendant les sĂ©ances, des micros placĂ©s Ă  diffĂ©rents endroits, Ă  des distances prĂ©cises du piano. C’est d’ailleurs en interprĂ©tant prĂ©cisĂ©ment outre Bach, Sibelius donc, Scriabine et Krenek que se prĂ©cise le goĂ»t de Gould pour l’expĂ©rimentation. MĂȘme les 6 premiĂšres Sonates de Haydn enregistrĂ©es en 1957 sont portĂ©es par ce sens du dĂ©passement et de la libertĂ©, qui rĂ©invente l’interprĂ©tation et la maniĂšre d’aborder les partitions.

glen-gould-piano-sony-classical-33-ans-apres-sa-mort-edition-Glenn-GOULD-the-sound-of-glenn-gould-by-sony-classical-annonce-presentation-classiquenews-juin-2015En se posant la question de la rĂ©ception de ses enregistrements, en se mettant Ă  la place de l’auditeur, Gould a anticipĂ© les nouvelles qualitĂ©s de la musique enregistrĂ©e Ă  l’Ăšre digitale : en s’adressant Ă  un nouveau public (plus vaste) qui n’a plus besoin d’aller au concert, Glenn Gould avait dĂ©jĂ  conçu le principe de la musique dĂ©matĂ©rialisĂ©e, que l’on peut Ă©couter, quand on veut, oĂč on veut et dans le dispositif acoustique que l’on a choisi chez soi. Une rĂ©volution dans la pratique et la façon concrĂšte de vivre la musique que le pianiste canadien a envisagĂ© 30 ans avant l’Ăšre numĂ©rique.

Cette conception trĂšs personnelle de la musique qui n’empĂȘche pas de communiquer au plus grand nombre, grĂące au vecteur de la technologie a correspondu Ă  sa personnalitĂ© complexe et certainement handicapĂ©e par une forme d’autisme qui l’a conduit Ă  devenir agoraphobe, Ă  ne pas supporter le contact physique, Ă  avoir une phobie des voyages. Cette hypersensibilitĂ© l’a Ă©videmment beaucoup limitĂ© dans sa vie quotidienne, mais elle est le ferment d’une conception originale et visionnaire, d’une exceptionnelle invention sur le plan artistique.

Michael Stegemann connaĂźt quasiment tout de l’oeuvre enregistrĂ©e de Gould. Parce qu’il s’agit d’un musicien perfectionniste, qui prĂ©parait mĂ©ticuleusement chaque prise et chaque sĂ©ance d’enregistrement, toutes ses bandes restent prĂ©cieuses pour qui veut percer le secret de la fabrique Gould et aussi pour qui veut approfondir sa propre comprĂ©hension des partitions. Aujourd’hui, il subsiste un nombre incalculable de prises conservĂ©es, non utilisĂ©es Ă  l’Ă©poque des enregistrements. En artiste libre mais exigent, Gould pouvait concevoir plusieurs interprĂ©tations toutes divergentes, mais toutes cohĂ©rentes… Si l’on connaĂźt ses Variations Goldberg Ă©videmment de 1957, il existe aussi une version de 1954 pour la Radio canadienne, et aussi deux autres enregistrements rĂ©alisĂ©s Ă  Salzbourg et Ă  Vancouver qui mĂ©riteraient d’ĂȘtre publiĂ©es de façon critique lĂ  aussi. Les connaĂźtre Ă©claireraient davantage sa fabuleuse libertĂ© comme son respect absolu de Bach. Parmi les autres perles connues non publiĂ©es, le spĂ©cialiste cite aussi les mĂ©lodies de Mendelssohn enregistrĂ©es avec Leopold Simoneau : une raretĂ© Ă  Ă©diter d’urgence. Sans omettre un cĂ©lĂšbre enregistrement de l’opus 22 de Beethoven : mais lĂ , on ignore oĂč sont les bandes.

 

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Quintessence du geste et du son Gould. En passant en revue  tous les enregistrements connus de Gould, parmi ceux dĂ©jĂ  Ă©ditĂ©s et surtout ceux Ă  paraĂźtre dans la nouvelle Ă©dition 2015, dans quelles Ɠuvres Gould se rĂ©vĂšle-t-il le plus ? Difficile question qui exigeant forcĂ©ment une vision rĂ©ductrice, ne dĂ©route pas Michael Stegemann lequel prĂ©cise les joyaux enfin Ă©ditĂ©s remastĂ©risĂ©s Ă  connaĂźtre d’urgence :

 

 

1) Les Variations Goldberg de JS Bach de 1955, certes ultra connues mais qui sont un pilier central pour comprendre la dĂ©marche folle du painiste, le premier Ă  oser jouer Ă  deux mains, un cycle conçu pour le clavecin. L’enregsitrement demeure un record de vente absolu, devançant Louis Amstrong dans les annĂ©es 1950.

2) La transcription de Liszt de la 6Ăšme Symphonie de Beethoven : tout le gĂ©nie expĂ©rimental et libre de Gould, sa facultĂ© d’inventer tout en respectant le texte musical se dĂ©voilent ici.

3) La marche turque de Mozart, jouĂ©e en respectant les indications mĂ©tronomiques en particulier pour l’Allegretto que la plupart des pianistes adaptent selon leur goĂ»t et leur disposition technique au risque de dĂ©naturer le caractĂšre originel de l’oeuvre.

4) L’intermezzo de Brahms pour sa carrure magnĂ©tique et la beautĂ© de la sonoritĂ© produite.

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L’Edition Glenn Gould 2015 ” GLENN GOULD REMASTERED, The complete Columbia Album collection ” se prĂ©sente sous la forme d’une boĂźte miraculeuse, soit un grand coffret de 78 cd + 3 cd d’entretiens de Gould sur son travail et la sur la musique. Le coffret cĂ©lĂšbre les 60 ans de la signature du pianiste canadien chez Columbia masterworks. Le livret d’accompagnement et de prĂ©sentation des 78 cd est un ouvrage imposant de 416 pages comprenant de superbes photographies de Glenn Gould. Attention : textes et articles prĂ©sentant chaque programme des 81 cd sont uniquement en anglais. Seule l’introduction et un texte contextualisĂ© (“Donner une vie nouvelle Ă  l’art de Glenn Gould” par Andreas K. Meyer, producteur chargĂ© de la remastĂ©risation du fonds audio Glenn Gould) sont traduits… De toute Ă©vidence, par l’ampleur des rĂ©pertoires choisis et donc prĂ©sentĂ©s remastĂ©risĂ©s, dans l’apport critique et commentĂ© de ce legs gouldien, le coffret Sony comprenant l’intĂ©grale Glenn Gould pour Columbia est dĂ©jĂ  historique. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

CD, compte rendu critique. Jonas Kaufmann. Nessun dorma : The Puccini album (1 cd Sony classical, 2014)

kaufmann jonas puccini cd classical sony review presentation account of CLASSIQUENEWS clic septembre 2015 cdCD, compte rendu critique. Jonas Kaufmann. Nessun dorma : The Puccini album (1 cd Sony classical, 2014). Outre la promesse et l’Ă©lan irrĂ©sistibles portĂ©s par une voix unique au monde aujourd’hui, Jonas Kaufmann nous montre quel puccinnien il est (aprĂšs ses Verdi, Wagner, Schubert, et son rĂ©cent programme de chansons berlinoises des annĂ©es 1920 : “Du bist die Welt fĂŒr mich…”) : dans ce nouveau rĂ©cital romain de septembre 2014, sa force expressive et sa subtilitĂ© Ă©motionnelle fusionnent ici et font le miracle de son Nessun dorma et aussi, surtout, de son Dick Johnson, rĂŽle souvent caricatural Ă  la scĂšne (comme l’est le baron Ochs, cousin pourtant profond de la MarĂ©chale, dans le Chevalier Ă  la rose de Strauss, sublime contemporain de Puccinien). La richesse du jeu d’acteur fait de chaque prise de rĂŽle un profil vocal et dramatique abouti souvent captivant. Heureuse sĂ©lection d’un couplage qui met en avant la capacitĂ© exceptionnelle du tĂ©nor pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle : puccinnien il l’est, et il le montre avec quelle finesse, et dans la puissance et dans la subtilitĂ© linguistique.

Le rĂ©cital dĂ©bute dans les affres et les vertiges extatiques de Des Grieux (sa sublime priĂšre amoureuse vraie confession irrĂ©sistible) et de Manon Lescaut (en duo) premier vrai succĂšs lyrique qui rĂ©vĂ©la le jeune Puccini sur la scĂšne europĂ©enne.. on peut ĂȘtre gĂȘner par le timbre Ă©pais charnel de la soprano qui lui donne la rĂ©plique pour leur Ă©treinte sensuelle qui conclut l’air conquĂ©rant, Ă©perdu, Ă©chevelĂ© (oh saro  la piĂč  bella…).
Plus convaincant sait ĂȘtre le tĂ©nor aux aigus dĂ©chirants et mordants (dĂ©sespĂ©rĂ©s) dans les deux derniĂšres  scĂšnes sombres et tragiques (pour Manon) : ah Manon, mi tradisce puis quand expire la jeune femme et la dĂ©ploration du pauvre chevalier impuissant et dĂ©muni  (Presto in fila)…
Les deux airs  qui suivent sont davantage captivants car ils ne cĂšdent pas Ă  la dĂ©clamation lyrique parfois aux Ă©panchements thĂ©atralisĂ©s de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Airs des opĂ©ras de jeunesse, si peu connus et Ă  torts. Tous deux d’aprĂšs un livret de Ferdinand Fontana, ils montrent certes encore le compositeur dĂ©butant sous l’emprise du Verdi Symphonique (celui d’Aida) mais dĂ©jĂ  dans l’air de Roberto au II de Villi, perce une intensitĂ© brĂ»lĂ©e qui dans le rĂŽle du protagoniste fait l’Ă©paisseur d’un hĂ©ros terrassĂ©, Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ© et embrasĂ© par un sentiment tragique entre terreur et tristesse en lien avec l’atmosphĂšre fantastique du sujet (l’air dĂ©bute avec les sanglots des femmes mortes dĂ©laissĂ©es ou trahies par leur amant ; une alerte pour Roberto qui a quittĂ© sa fiancĂ©e pour une courtisane et qui apprend alors qu’il a provoquĂ© la mort de son premier amour… ): ce que le diseur rĂ©alise sur les derniers vers “que tristezza”, -vertige de la raucitĂ© d’une voix capable tout autant d’aigus filĂ©s-, renforce au-delĂ  de la justesse stylistique de l’intonation, la sincĂ©ritĂ© et la puissance du texte. RemarquĂ© par l’Ă©diteur Riccordi, grĂące Ă  Le Villi, Puccini se voit commander un nouvel opĂ©ra : Edgar. Les deux ouvrages mĂšnent au triomphe de Manon Lescaut et sa couleur printaniĂšre, d’une ardeur juvĂ©nile qui semble couler tout au long de la partition tel un romantisme juvĂ©nile revivifiĂ©. Ce Roberto annonce l’Ă©toffe du Pinkerton, l’officier amĂ©ricain qui se rend compte mais trop tard lui aussi du mal qu’il a causĂ©…

L’ivresse et l’extase paraissent dans le seul souffle du tĂ©nor qui comme nul autre soigne et la beautĂ© de ses phrasĂ©s et la tenue colorĂ©e de ses aigus, offrant toujours une parfaite lisibilitĂ© et de ses propres sentiments et des enjeux de la situation : son Rodolfo laisse pantois par sa fluiditĂ© caressante, sa facilitĂ© Ă  la langueur, une dĂ©termination pour la suavitĂ© hallucinĂ©e, capable d’exprimer dans le murmure et les pianissimi lĂ  aussi embrasĂ©s, les Ă©motions les plus intimes (superbe duo Rodolfo et Mimi terminĂ© en coulisses, plage 8).

 

 

 

Jonas Kaufmann en puccinien fauve

Calaf, Rodolfo, Mario, Jonas Kaufmann sublime surtout le rĂŽle de Dick…

 

CLIC D'OR macaron 200GravitĂ© et juvĂ©nilitĂ©, ardeur (fĂ©line) et intensitĂ© radicale (comme s’il donnait tout car demain Ă©tant un autre jour, sa vie pouvait en dĂ©couler), le tĂ©nor fait de Mario Cavaradossi, peintre libertaire bonapartiste, rebelle dans l’Italie monarchiste et rĂ©pressive, une autre Ăąme terrassĂ©e d’une force romantique irrĂ©sistible. Le travail sur Dick Johnson, voyou aventurier, prend une autre dimension en concertation / dialogue avec le tissu foisonnant et subtil de l’orchestre (l’un des plus riches selon le tĂ©nor visiblement inspirĂ© par l’ouvrage) : Kaufmann en fait un hĂ©ros tragique bouleversant exactement comme le voit l’hĂ©roĂŻne, la Fanciulla del West, Minnie ; le second air Risparmiate lo scherno… (celui d’un rouĂ© condamnĂ©, vilipendĂ© par la foule menaçante et sussurrant comme un serpent justicier) devient le dernier chant d’un condamnĂ© pour lequel orchestre et tĂ©nor trouvent et cisĂšlent des couleurs inĂ©dites, d’une force inouĂŻes… tragique, salvateur, voici le grand air d’exhortation Ă  l’Ă©lan cathartique, le plus beau de l’album : un Dick sublimĂ©, dĂ©voilĂ©, rĂ©vĂ©lĂ©… qu’on aimerait Ă©couter sur la scĂšne tant cette incarnation discographique est saisissante.

TaillĂ© Ă  prĂ©sent pour les hĂ©ros militant nourri d’une revanche et d’une haine mais aussi capable d’une tendresse Ă  fleur de peau, Kaufmann fait un somptueux Rinuccio dans Il Tabarro, puis dans Gianni Schichi, capable d’un hymne fraternel qui semble exprimer toute la douleur des opprimĂ©s puis l’Ă©lan le plus facĂ©tieux : l’abattage linguistique et la pĂ©tillence du chanteur Ă©poustouflent dans les deux registres.

Tout oeuvre et tend vers son Nessun dorma : un hymne pour une aube nouvelle (“que personne ne dorme”… audelĂ  de la situation de terreur dans la continuitĂ© de l’opĂ©ra, c’est dans la voix du chanteur fraternel, la priĂšre Ă©noncĂ©e Ă  l’humanitĂ© entiĂšre pour renouveler l’espoir d’une existence nouvelle). L’air le plus cĂ©lĂšbre qui a fait la gloire de son prĂ©dĂ©cesseur Pavarotti, est incarnĂ© avec une noblesse fauve par un tĂ©nor diseur au chant voluptueux et rugueux : oĂč a-t-on Ă©coutĂ© ailleurs une telle suavitĂ© Ă©perdue, une telle richesse harmonique du timbre, Ă  la fois cuivrĂ© et caressant ? D’autant que l’orchestre de Pappano rĂ©alise un travail d’orfĂšvre, rĂ©vĂ©lant des facettes instrumentales et des couleurs d’une finesse elle aussi envoĂ»tante (malgrĂ© quelques tutti assez ronflants que le chef aurait pu Ă©viter). Sublime puccinien : dommage que ses duos avec l’impossible soprano Kristine Opolais (timbre Ă©pais, imprĂ©cis, terreux) dont on ne saisit toujours pas l’utilitĂ© de sa prĂ©sence dans le prĂ©sent rĂ©cital.

kaufmann jonas puccini cd classical sony review presentation account of CLASSIQUENEWS clic septembre 2015 cdCd Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Jonas Kaufmann, tĂ©nor. Nessun Dorma, The Puccini Album : Manon Lescaut (DesGrieux), Le Villi (Roberto), Edgar, La BohĂšme (Rodolfo), Tosca (Mario) Madama Butterfly (Pinkerton), La Fanciulla del West (Dick Johnson), La Rondine (Roggero), Il Tabarro (Luigi), Gianni Schichi (Rinuccio). (1 cd Sony classical, enregistrement rĂ©lisĂ© en septembre 2014). Orchestre et chƓur de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia. Antonio Pappano, direction.

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LIRE aussi notre annonce du cd Du bist die Welt fĂŒr mich… 

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Actualités de Jonas Kaufmann
AprĂšs avoir chantĂ© Don JosĂ© aux ChorĂ©gies d’Orange en juillet 2015, le tĂ©nor est Ă  Paris :
Le 12 octobre 2015, Paris, TCE : Ariadne auf Naxos (Bacchus), version de concert
Le 29 octobre 2015, Paris, TCE : RĂ©cital Puccini (programme de son album Sony)

Le 19 novembre au cinéma : Récital Puccini filmé à la Scala de Milan en juin 2015

Du 8 au au 20 décembre 2015 : Paris, Opéra Bastille : La Damnation de Faust (Faust, 6 représentations)

Cd, annonce. Fantaisies Lyriques (transcriptions). Pascal Contet, Pascal Meyer (1 cd Sony classical).

Meyer-Contet, Fantaisies Lyriques, coverCd, annonce. Fantaisies Lyriques (transcriptions). Pascal Contet, Pascal Meyer (1 cd Sony classical). Transcrire signifie mieux diffuser ses oeuvres et aussi rĂ©gĂ©nĂ©rer l’approche d’une partition d’un air grĂące aux timbres spĂ©cifiques des nouveaux instruments de la transcription. JouĂ©s Ă  l’opĂ©ra par un orchestre, les airs lyriques ainsi transcrits pĂ©nĂštrent l’intĂ©rieur des salons bourgeois, mais aussi les lieux de sociabilisation,  c’est un nouveau public pour les compositeurs. MĂȘme les symphonies de Beethoven connurent un succĂšs phĂ©nomĂ©nal transcrites pour piano  (merci Liszt). Rien de plus naturel donc que de redecouvrir airs et mĂ©lodies (prĂ©cisĂ©ment : Bellini, Verdi, Wagner, mais aussi Gardel, Escaich, Schubert
) grĂące au chant accordĂ© de l’accordĂ©on et de la clarinette au timbre si proche de la voix : une combinaison qui est aussi un condensĂ© expressif d’une rare qualitĂ© fusionnelle voire poĂ©tique. C’est la promesse du nouveau cd Ă  deux voix de l’accordĂ©oniste Pascal Contet et du clarinettiste Paul  Meyer. Un cycle lyrico-instrumental en 13 Ă©pisodes oĂč Bach, Wagner, Schubert sont revisitĂ©s, oĂč Escaich dialogue avec Verdi
 FANTAISIES LYRIQUES par Pascal Contet et Paul Meyer 1 cd Ă  paraĂźtre le 4 septembre 2015 chez Sony classical. Compte rendu critique complet Ă  venir dans le magasin cd des livres de classique news.com

 

 

 

Tracklisting : Fantaisies lyriques, transcriptions

1 - Fantaisie sur Norma de Vincenzo Bellini (14’33)

2 - Jean-SĂ©bastien Bach – Sicilienne de la Sonate pour flĂ»te et clavecin en mi bĂ©mol majeur, BWV 1031 (3’35)

3 - Fantaisie sur Rigoletto de Giuseppe Verdi (10’53)

4 - Thierry Escaich – Capriccio sur Rigoletto – crĂ©ation (2’13)

5 - Franz Schubert – Litanei (2’44)

6 - Richard Wagner – Adagio (3’45)

7 - Thierry Escaich – Capriccio sur La Traviata – crĂ©ation (5’27)

8 - Fantaisie sur La Traviata de Giuseppe Verdi (9’15)

9 - Fantaisie sur Don Carlos de Giuseppe Verdi (9’25)

10 – Carlos Gardel – Volver tango chanson (arrangement Tomas Bordalejo : 5’24)

11 - Improvisation – Travel 1 (Paul Meyer, Pascal Contet : 1’16)

12 - Carlos Gardel – Por una cabeza(arrangement Tomas Bordalejo : 2’54)

13 - Improvisation – Travel 2 (Paul Meyer, Pascal Contet : 2’18)

Paul Meyer, clarinette
Pascal Contet, accordéon

 

Arrangements accordéon & clarinette
Pascal Contet & Paul Meyer, sauf T. Escaich (4, 7) et C. Gardel (10, 12)
Enregistré à Montreuil (93) en mai 2015

 

 

 

CD. Coffret événement, compte rendu critique. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical.

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CD. Coffret Ă©vĂ©nement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef Ă  s’intĂ©resser spĂ©cifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici rĂ©Ă©ditĂ© en version remastĂ©risĂ©e, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, premiĂšre intĂ©grale enregistrĂ©e au disque par le maestro quadragĂ©naire (Bernstein est nĂ© en 1918). Depuis Anthony Collins dans les annĂ©es 1950, et surtout Serge Koussevitsky pionnier et crĂ©ateur pour Sibelius, il n’existait pas de cycles symphoniques dĂ©diĂ©s aux Symphonies de Sibelius, en particulier de corpus spĂ©cifiquement enregistrĂ©. L’épopĂ©e visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intĂ©grale des Symphonies de Sibelius, en complicitĂ© avec le Philharmonic de New York, remonte Ă  mars 1960 (7Ăšme) et jusqu’à mai 1967 (6Ăšme). C’est la premiĂšre intĂ©grale de l’histoire du disque.

Leonard-bernstein-1960En vĂ©ritĂ©, la connaissance de Bernstein et son amour pour le Finnois remontent Ă  beaucoup plus loin. Assistant Ă  Tanglewood du mĂȘme Koussevitzky, le jeune Bernstein des annĂ©es 1940 apprend auprĂšs de son maĂźtre, une maĂźtrise orchestrale inĂ©dite et aussi un goĂ»t spĂ©cifique pour les symphonistes du XXĂš. Ecartant Richard Strauss, il s’engage logiquement pour Gustav Mahler (prolongeant l’oeuvre de Bruno Walter) et surtout se passionne avec un zĂšle d’une juvĂ©nile ardeur pour le catalogue sibĂ©lien. Les 7 Symphonies de ce coffret en tĂ©moignent, de surcroĂźt dans une prise de son remastĂ©risĂ©e qui dĂ©voile tout ce travail sur l’équilibrage des pupitres et le choix des tempo, d’un mouvement Ă  l’autre, d’une symphonie Ă  l’autre. DĂšs 1960, dans la 7Ăšme, Bernstein opte pour une vision Ă©lastique et versatile des tempo selon les mouvements : ralentissant volontiers pour mieux accuser la profondeur poĂ©tique des atmosphĂšres (comme dans l’Adagio Ă©tirĂ© de la 2Ăšme ; introspection Ă©tale – trop?-, dans le Finale de la 4Ăšme de 1909), tout en assurant la continuitĂ© et le jeu des correspondances organiques d’une sĂ©quence Ă  l’autre. Bernstein assure la vision de l’architecte tout en ciselant des dĂ©tails d’ornementation ou d’orchestration saisissant de finesse.
Cette 7Úme, synthÚse de toute la pensée symphonique et musicale de Sibelius, reste le testament le mieux affiné de Bernstein, plus proche des tempo -lents- de son mentor Koussevitzky-, rompant avec la rapidité voulue par Sibelius et que respecte Beecham par exemple.

Bernstein : le legs Sibelius remastĂ©risĂ©Plus instinctive et sentimentale, moins intellectuelle et analytique (comme cela peut ĂȘtre le cas d’un Rattle), la passion de Bernstein pour Sibelius rĂ©vĂšle des trĂ©sors d’invention instrumentale, d’autant plus passionnants que le traitement remastĂ©risĂ© des bandes de 1960 Ă  1967 nettoyĂ©es (restituĂ©es dans leur prise originelle soit 24 bit / 96 khz), souligne ce travail particulier sur les combinaisons de timbres, couleurs, caractĂšres et climats enchaĂźnĂ©s (les bois clarinettes, bassons et hautbois, le tapis des cordes, les cuivres aussi
 gagnent en particulier un relief particulier) qui nous placent au cƓur du fourneau orchestral, comme si nous Ă©tions au cƓur du cyclone, dans la matrice Ă  la fois euphorique et palpitante de la matiĂšre sonore (expression du fatum dans l’ample Andante de la IIĂš, ou questionnement perpĂ©tuel du Finale de la 6Ăšme, Ă  la fois accomplissement et ouverture baignĂ©es de mystĂšre : la clĂ© des symphonies de Sibelius ne serait-elle pas dans leurs derniĂšres mesures, toutes Ă©noncĂ©s comme des Ă©nigmes?).

CLIC_macaron_2014Aujourd’hui le geste de Bernstein Ă  la tĂȘte du Philharmonic de New York outre qu’il montre la souplesse transparente dont est capable la phalange amĂ©ricaine, insiste sur la problĂ©matique clĂ© de l’oeuvre sibĂ©lien : le rapport du dĂ©veloppement de la forme rapportĂ© Ă  son expressivitĂ©. Adepte de la synthĂšse voire de la litote, Sibelius n’a cessĂ© d’interroger le sens mĂȘme du dĂ©veloppement symphonique : que dire et dans quel discours, dans quel « programme », de quelle façon, selon quel « plan » ? A la fois musique pure et aussi climats musicaux que l’on ne saurait dĂ©tacher d’un Ă©vident panthĂ©isme, chaque Symphonie de Sibelius recueille et prolonge l’enseignement des grands maĂźtres qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Tchaikovski, Mahler, Brahms
 C’est un laboratoire qui renouvelle totalement les choix du vocabulaire instrumental et l’architecture structurelle de chacune des piĂšces symphoniques. Des classiques premiĂšres Ă  la suprĂȘme synthĂšse : cette 7Ăšme aux mouvements fondus, enchaĂźnĂ©s, en un flux permanent de moins de 
23 mn prĂ©cisĂ©ment (sous sa baguette).
L’ivresse dionysiaque que Bernstein est le seul Ă  Ă©panouir chez Sibelius, avec cette acuitĂ© et cette sensualitĂ© dĂ©bridĂ©e, Ă©tonne toujours aujourd’hui. C’est le fruit manifeste d’une complicitĂ© Ă©vidente entre un chef et son orchestre, entre un interprĂšte et un monde sonore, en totale affinitĂ©. Une identification du chef au compositeur que l’on retrouve par exemple chez Karajan, s’agissant des Symphonies de Beethoven ou de Tchaikovski. Le legs discographique de Bernstein chez Sibelius est d’autant plus prĂ©cieux que Karajan n’eut jamais le dĂ©sir ni l’inspiration d’enregistrer les Symphonies de Sibelius (Ă  l’exception de Finlandia, le cygne de Tuonela, la Valse triste et Tapiola, en fĂ©vrier 1984 avec le Berliner Phil. : LIRE notre critique du coffret Karajan, les annĂ©es 1980 chez Deutsche Grammophon).

bernstein-350-539-home-mag-cd-symphonies-de-sibelius-Le coffret Sony classical 2015 comprend outre les 7 Symphonies, le Concert pour violon avec le violoniste français Zino Francescati (New York, 1963), ou d’autres morceaux indĂ©modables nĂ©s du gĂ©nie de Sibelius : La Valse triste, Le Cygne de Tuonela, Finlandia, La Fille de Pohjola, Luonnotar (soprano soliste : Phyllis Curtin), et proche du monde sibĂ©lien, l’univers onirique / Ă©pique de son confrĂšre norvĂ©gien, Grieg (Suites de Peer Gynt).
Il faut absolument Ă©couter lcomme un choix prioritaire le cd 5, rĂ©unissant comme en un Ă©cart rĂ©capitulatif les 6Ăšme de 1967, et 7Ăšme de 1960. La clartĂ© scintillante qui Ă©blouit le flux continu de la 6Ăšme, la rĂ© mineur (la plus autobiographique probablement, comme l’est aussi celle de Mahler) dĂšs son amorce allegro, d’un Ă©panouissement sonore rarement exprimĂ© avec autant de plĂ©nitude, semĂ© d’éclairs dramatiques, captive : le final du premier mouvement s’achĂšve comme une question sans rĂ©ponse. L’hĂ©donisme sensuel, la vitalitĂ© et l’hypersensibilitĂ© de la direction font merveille dans une symphonie qui est l’expression mĂȘme de l’ñme et de la sensibilitĂ©. EnchaĂźnĂ©e avec le 7Ăšme et pourtant distante de 7 annĂ©es, la 7Ăšme touche par son Ă©conomie, l’incandescence de sa matiĂšre sonore portĂ©e Ă  la fusion : Bernstein nous offre un mĂ©tal d’une puretĂ© absolue, faisant couler la riche texture sibĂ©lienne gorgĂ©e de ce soleil Ă©blouissant dont il a le secret dans cette gravure mythique de 1960 : l’amorce de son cycle discographique oĂč prĂ©servant la fine cohĂ©rence structurelle de la Symphonie en un seul mouvement, la versatilitĂ© rythmique, le raffinement agogique, saisissent du dĂ©but Ă  la fin. Un must absolu.

Plurielle et gĂ©nĂ©reuse, d’un fini instrumental exceptionnel admirablement servi par la nouvelle prise de son nettoyĂ©e dans cette rĂ©Ă©dition 2015, la vision de Bernstein sort rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, bouillonnante et dansante, d’une ivresse atmosphĂ©rique, souvent irrĂ©sistible. Chez Sibelius, Bernstein fait chanter les plus profondes aspirations de l’ñme.

CD, coffret, compte rendu critique. Bernstein : Sibelius. Remastered edition, The Symphonies. 7 cd Sony classical. CLIC de classiquenews.
LIRE aussi notre grand dossier Sibelius 2015.

Track listing / programme du coffret Sibelius par Bernstein 2015 :

Bruch: Violin Concerto No. 1 in G minor, Op. 26
Grieg: Peer Gynt Suite No. 1, Op. 46, Peer Gynt Suite No. 2, Op. 55
Sibelius: intégrale des Symphonies n°1 à 7.
Violin Concerto in D minor, Op. 47
Zino Francescatti (violin)
Valse Triste, Op. 44 No. 1
LemminkÀinen Suite, Op. 22: The Swan of Tuonela (No. 2)
Finlandia, Op. 26. Luonnotar, Op. 70 (Text: Kalevala)
Phyllis Curtin (soprano)

CD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969)

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon amĂ©ricain alors au sommet de sa vibrante sensibilitĂ© orchestrale, comprenant la fin de son engagement Ă  la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, Ă©ditĂ©s dans leurs pochettes et prĂ©sentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 Ă  1973) se dĂ©dier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son hĂ©ritage symphonique. A ceux qui pensent que son activitĂ© Ă  Chicago ne fut qu’un passage, l’Ă©coute des bandes tĂ©moignent d’une finesse d’approche irrĂ©sistible, Martinon opĂ©rant par clartĂ©, mesure, Ă©quilibre, transparence, rĂ©ussissant dĂšs le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son rĂ©pertoire) une plĂ©nitude de son et une profondeur dans l’approche, idĂ©ales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur Ă©lĂ©gantissime, aux rĂ©sonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poĂ©sie qui fouille jusqu’Ă  la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimĂ©e enivrĂ©e….

 

 

 

Eteint en 1976, le Français Jean Martinon réalise une carriÚre mirifique qui passe par la direction du Chicago Symphony Orchestra

Miroitant symphonisme de Martinon

 

Martinon Jean 4CLIC_macaron_2014Trop courte approche qui prolonge ses excellentes gravures pour Philips de 1954 : fragilitĂ© palpitante, agogique murmurĂ©e, le chef semble Ă©tirer le temps et recrĂ©er l’oeuvre en creusant chaque mesure, lui apportant une rĂ©sonance Ă©nigmatique et spirituelle d’une incroyable puissance suggestive. Que ce chef a Ă  nous dire, laissant contradictoirement, la partition respirer par elle-mĂȘme, dĂ©voilant d’insondables richesses sonores, d’imprĂ©visibles failles mystĂ©rieuses qui alternent avec des frĂ©missements Ă©chevelĂ©s d’insectes conquĂ©rants… De l’ombre Ă  la transe, la traversĂ©e bouleverse par son intelligence, sa sensualitĂ©, sa prĂ©cision et sa dĂ©licatesse rythmique.Ce Roussel est l’enregistrement le plus ancien du legs Sony (il s’agit des archives RCA), remontant Ă  novembre 1964 (mais Martinon connaĂźt son Roussel depuis au moins 10 ans dĂ©jĂ !). Le Ravel (Daphnis et ChloĂ©) dĂ©ploie une opulence flamboyante, exploitant toutes les ressources de l’orchestre en combinaisons sonores et instrumentales, en nuances millimĂ©trĂ©es. Du grand art.

 

CT  CTH ARTS CSOSymphoniste scintillant et dramatique, Martinon domine trĂšs largement aussi l’interprĂ©tation de VarĂšse (Arcana) et Frank Martin (Concerto pour 7 instruments Ă  vent, Chicago mars 1966) ; de mĂȘme Nielsen (et sa Symphonie n°4 “inextinguible”, octobre 1966), L’ArlĂ©sienne, Suites 1 et 2 (avril 1967) ; l’Ă©blouissant Mandarin merveilleux (Suite de concert, avril 1967) ; trĂšs intĂ©ressant, le programme du cd 6 qui regroupe la Symphonie n°4 de Martinon (Le jardin vertical : Adagio misterioso : un Ă©cho du christianisme sincĂšre et hautement spirituel de l’auteur qui fut aussi un alpiniste assidu – la partition lui a Ă©tĂ© commandĂ©e pour les 75 ans de l’Orchestre de Chicago), et la n°7 en un mouvement (mais 8 sĂ©quences caractĂ©risĂ©es) de Peter Mennin (1923-1983), l’un des plus europĂ©ens des compositeurs amĂ©ricains (ses 9 symphonies sont composĂ©es avant 30 ans). Le cd 8 est un enchantement ravĂ©lien (Rapsodie espagnole et surtout, manifeste d’intelligence et de raffinement Ă©quilibrĂ©, Ma MĂšre l’Oye, Chicago, avril 1968). L’Ă©nergique et lumineuse Symphonie n°1 de Bizet (douĂ©e d’un tension ciselĂ©e aux cordes ce dĂšs le premier mouvement) comme le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Mendelssohn respectivement enregistrĂ©s en avril 1968 et mai 1967, attestent de la maturitĂ© artistique de l’orchestre nĂ©e de sa complicitĂ© avec le chef Français. Ce legs de l’intĂ©grale enregistrĂ© Ă  Chicago montre le degrĂ© d’accomplissement et d’approfondissement artistique auquel un maestro hexagonal a su mener l’un des meilleurs orchestres amĂ©ricains : l’Ă©largissement du rĂ©pertoire, la culture de la musique de son temps, le retour rĂ©gulier tel un ressourcement salutaire, aux impressionnistes français dĂ©notent une claire conscience musicale qui savait jouer et penser la musique : ici se situe sa proximitĂ© avec FurtwĂ€ngler qu’il apprĂ©cia etpu observer, plus que tout autre… AprĂšs Martinon, parfait continuateur de son prĂ©dĂ©cesseur Fritz Reiner, c’est Solti qui recueillera les fruits du Français menant la phalange jusqu’Ă  l’incandescence, au dĂ©but des annĂ©es 1970.

 

 

Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Parution annoncée le 16 mars 2015.

 

 

CD. Valer Sabadus, haute-contre. Gluck, Sacchini (De Marchi, 2014)

sabadus valer le belle imagineCD. Valer Sabadus, contre-tĂ©nor. Gluck, Sacchini: Le Belle imagine (1 cd Sony classical). Parmi les Ă©toiles du chant de tĂȘte, incarnation actuelle des castrats mythiques style Farinelli ou Cafarelli, plusieurs jeunes chanteurs de la nouvelle gĂ©nĂ©ration se sont rĂ©cemment affirmĂ©s sur la scĂšne : Ă©videmment Franco Fagioli, David Hansen et aussi, en troisiĂšme position mais trĂšs prometteur, Valer Sabadus : les trois contre tĂ©nors ont fait la rĂ©ussite de l’excellente production recrĂ©atrice initiĂ©e par leur aĂźnĂ© et confrĂšre, Max Emanuel Cencic : Artaserse de Leonardo Vinci (1730). Magistrale production oĂč s’impose pour l’Ă©clat de la vocalitĂ© virtuose du seria napolitain, le chant maĂźtrisĂ© des voix de fausset enfin accordĂ© Ă  un jeu scĂ©nique cohĂ©rent… et des tempĂ©raments dramatiques d’une nouvelle profondeur.
Et puis, il y eut ensuite, au festival d’Aix 2014, Ă©galement publiĂ© en dvd, l’Ă©blouissante et trouble Elena de Cavalli (1659), opĂ©ra des travestissements et de la sensualitĂ© masquĂ©e enivrante oĂč s’est confirmĂ© un talent immense pour la fasinante fusion des sexes : le Menelas de… Valer Sabadus, un rĂŽle d’une force Ă©rotique majeure, rĂ©vĂ©lant la puissante lyre suave et volptueuse du compositeur vĂ©nitien… comme l’intensitĂ© diamantine d’une voix singuliĂšre.

CLIC D'OR macaron 200Aujourd’hui, pour Sony classical, le contre tĂ©nor qui est devenu simplement Valer Sabadus (aprĂšs s’ĂȘtre appelĂ© Valer Barna-Sabadus) affirme une mĂȘme autoritĂ© vocale, agile et caractĂ©risĂ©e chez Gluck et Sacchini, deux auteurs du plein XVIIIĂš, Ă©lĂ©gantisismes mais pas moins humains et profonds pour autant.. Le chanteur opĂšre une glissement chronologique, ouvertement tournĂ© vers la seconde moitiĂ© du XVIIIĂš, ce moment viennois d’importance oĂč le chevalier Gluck confirme sa rĂ©forme au dĂ©but des annĂ©es 1770, passant du baroque au nĂ©oclassicisme, … oĂč se prĂ©cise un style expressif, essentiellement dramatique (c’est Ă  dire centrĂ© sur l’intelligence des situations moins sur la seule performance vocale), tout autant servi par l’EuropĂ©en Antonio Sacchini, qui d’ailleurs retrouvera en France le mĂȘme Gluck. Valer Sabadus chante de Gluck,  entre autres le Cid (crĂ©Ă© Ă  Londres en 1773) comme le Paris de Paris et HĂ©lĂšne crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1770, Ă©criture lyrique prolongeant sa Semiramide riconosciuta (Vienne, 1748).

 

 

 

PortĂ© par la direction fine et subtile d’Alessandro De Marchi…

Valer Sabadus chante Gluck : Ă©blouissant !

 

Saluons au dĂ©but de ce rĂ©cital lyrique, l’Ă©lĂ©gie tendre de l’aria de Paride (oh, del mio dolce ardor) en dialogue avec le hautbois, instrument d’une Ăąme dĂ©voilĂ©e, saisi par Cupidon, dĂ©sirante : legato et passage aisĂ©s qui laisse se dĂ©ployer une voix aux aigus charnus, taillĂ©s pour les personnages blessĂ©es, en souffrance mais dignes (le fonds de commerce futur de notre excellent soliste).

Gluck s’affirme dans sa franche coupe orchestrale d’un dramatisme direct, d’un souffle irrĂ©sistible qui semble annoncer et Mozart et Beethoven : l’ouverture des fĂȘtes d’Apollon (acte d’OrphĂ©e, Vienne 1769) confirme le tempĂ©rament du Chevalier pour une fureur nouvelle mais Ă©lĂ©gante, trĂšs viennoise – prĂ©haydnienne. D’un maintien et d’une tenue mesurĂ©e dĂ©fendue par la nervositĂ© scintillante du chef, l’orchestre sait ĂȘtre prĂ©cis et mordant Ă  souhait. Une Ă©criture intesĂ©ment dramatique Ă  mettre en parallĂšle Ă©videmment avec le Mozart de Don Giovanni.

En Orfeo, La voix se fait Ă©cho de sa propre errance, avec la flĂ»te en rĂ©sonance (Chiamo il mio ben cosi)… Timbre corsĂ© et clair mais d’une brillance blessĂ©e qui exprime idĂ©alement le tourment des hĂ©ros sacrifiĂ©s dĂ©munis tel OrphĂ©e : ainsi le poĂšte face au choeur infernal.
On retrouve ici ce que sera les futurs mouvements les plus rĂ©ussis de l’OrphĂ©e et Euridice de Gluck Ă  Paris au dĂ©but des annĂ©es 1770 : mais ici, l’Ă©poque est aux annĂ©es 1760 : et le futur ballet des furies, s’intitule Danza des spectres et des furies, intĂ©grĂ© dans Don Juan ou le festin de Pierre (Vienne 1761) : une page vivaldienne par sa fureur Ă©lectrisante, son souffle orchestral oĂč perce le chant alternĂ© et combinĂ© des cordes et des cuivres. PrĂ©cis, Ă©quilibrĂ©, chatoyant aussi par des couleurs finement tissĂ©es, l’orchestre sait tempĂ©rer et calibrer idĂ©alement ses effets dramatiques avec un souci constant de la clartĂ© : un maĂźtre mot que n’aurait pas reniĂ© Gluck soi-mĂȘme.

Dans le second air extrait du mĂȘme Paris inaugural, Valer Sabadus accroche chaque verbe du rĂ©citatif comme une brĂ»lure ardente, sachant conduire l’air proprement dit avec une gravitĂ© souterraine, l’expression d’une psychĂ© qui grĂące Ă  l’exigence de Gluck se colore et se nourrit diffĂ©remment, hors des cascades de notes et de vocalises essentiellement extĂ©rieures. En 1770, l’air “le belle immagini…” qui donne son titre au rĂ©cital est d’une noblesse tendre, irrĂ©sistible, d’autant que chanteur et instrumentistes y rĂ©alisent une belle complicitĂ© expressive : au chef revient ce souci des Ă©quilibres et du format tĂ©nu, vĂ©hicule du sentiment, non plus de la passion dĂ©monstrative. Le climat est proche de Mozart. Si son Paride est hallucinĂ©, crĂ©pusculaire, voire lugubre, son Rodrigo (Cid, Londres 1773) est amoureusement tendre, d’autant plus lumineux avec le concours de la flĂ»te affectueuse. Saber Sabadus, pour cette premiĂšre mondiale, dĂ©voile un Sacchini au style europĂ©en, vraie cĂ©lĂ©britĂ© Ă  son Ă©poque, et vedette Ă  Londres et Ă  Paris (oĂč il est justement exposĂ© en challenger de Piccinni, les deux napolitains Ă©tant comparĂ©s systĂ©matiquement Ă  Gluck dans les annĂ©es 1780 soit sous le rĂšgne de Marie-Antoinette) : l’Ă©criture de ce Cid est trĂšs sentimentale, ciselĂ©e, pudique, langoureuse mais humaine, touchĂ©e constamment par la grĂące et l’Ă©lĂ©gance du genre seria (agilitĂ© virtuose du “Placa lo sdegno o cara” oĂč l’abattage de Sabadus fait mouche, comme l’air qui suit d’une sensibilitĂ© Ă©lĂ©giaque attendrie lĂ  encore). De plus le timbre juvĂ©nile de Valer Sabadus, intense, incarne idĂ©alement l’ardent dĂ©sir volcanique du jeune amant audacieux (ample air : Ecco,o cara… se pietĂ  tu senti al core…”) qui en maĂźtre de ses sentiments, est prĂȘt au pardon, Ă  la tendresse obligĂ©e : cet air est une priĂšre irrĂ©sistible.

Dommage de terminĂ©e sur une note plus artificielle, – quoique subtilement ornementĂ©e au violon / violoncelle-, celle de l’air de Scitalce de Semiramide reconosciuta : un air proche du pathos napolitain, plus convenu, et aprĂšs la franchise introspective de Paride ou de Rodrigo, semble empĂȘtrĂ© dans une cascade obligĂ©e de vocalises de bon ton. MĂȘme si l’on reconnaĂźt comme on a dit l’imbrication trĂšs dĂ©licate des deux instruments obligĂ©s dans le chant du soliste.

Le travail du chef et des instrumentistes doit ĂȘtre particuliĂšrement saluĂ© par sa finesse et son Ă©tonnante richesse agogique (un raffinement qui devrait inspirer certains chefs conquĂ©rants du mĂȘme rĂ©pertoire tels Christophe Rousset, infiniment moins profond). Une telle balance entre instrumentistes et voix relĂšve d’un chef qui depuis des annĂ©es a rĂ©vĂ©lĂ© une Ă©tonnante voire saisissante maĂźtrise dans le rĂ©pertoire du baroque tardif et romantisme naissant, Ă  l’Ă©poque du XVIIIĂš, servieur particuliĂšrement zĂ©lĂ© par exemple de Jommelli (un compositeur nĂ© en 1714 dont le tricentenaire est passĂ© totalement sous silence).

Outre les considĂ©rations musicologiques sur la valeur intrinsĂšque de chaque air, ce rĂ©cital du contre-tĂ©nor Valer Sabadus est une totale rĂ©ussite. Le chanteur est bien de la gĂ©nĂ©ration des interprĂštes fins et originaux, d’une musicalitĂ© sĂ»re, d’autant plus convaincant qu’il est accompagnĂ© par un superbe chef et un orchestre aux couleurs d’une subtilitĂ© saisissante. C’est avec ses confrĂšres et contemporains Franco Fagioli et David Hansen, le champion actuel du chant de contre-tĂ©nor, alliant, finesse, puissance, originalitĂ©, personnalitĂ©. Notre Ă©poque est merveilleuse : que les directeurs et producteurs d’opĂ©ras sachant employer chacun avec intelligence et discernement, sans omettre le chef que l’on entend si rarement en France.

 

Valer Sabadus, contre-tĂ©nor. Hofkapelle MĂŒnchen. Alessandro de Marchi, direction. Gluck, Sacchini: Le Belle imagine (1 cd Sony classical). enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en fĂ©vrier 2014.

CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013)

CLIC D'OR macaron 200CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013). DĂ©capant, enivrĂ© : le Cosi du chef Teodor Currentzis nĂ© grec mais citoyen russe (42 ans). LivrĂ© tout chaud des presse Sony en ce 17 novembre 2014, le Currentzis nouveau vient de sortir : la suite aprĂšs des Noces dĂ©capantes, de la trilogie Mozart Da Ponte. Avant Don Giovanni (Ă  paraĂźtre automne 2015), voici un Cosi supĂ©rieur encore aux Noces de l’an dernier : en Ă©nergie mais ciselĂ©e, en voix mieux homogĂšnes, en finesse et subtilitĂ© (le duo Despina Alfonso fonctionne Ă  merveille), en juvĂ©nilitĂ© ardente, naĂŻve, celle des fiancĂ©s parieurs (Ferrando et Guglielmo) d’un bout Ă  l’autre totalement engagĂ©s, et mĂȘme palpitants. Ces officiers y apprennent l’inconstance et la philosophie d’en accepter le jeu.

mozart cosi fan tutte teodor currentzis cd sony classical kasyan kassian despinaA Perm, capitale culturelle isolĂ©e, Ă  l’extrĂ©mitĂ© orientale de l’Oural, sĂ©vit une baguette embrasĂ©e, celle du directeur artistique de l’OpĂ©ra local, Teodor Currentzis (depuis 2011). Non content d’ĂȘtre reconnus modialement pour leur interprĂ©tation de Casse-noisette de Tchaikvoski grĂące aux Ballet maison qui rivalise avec le Kirov et le Mariinsky, Perm gagne mĂȘme une crĂ©dibilitĂ© mozartienne avec cette odyssĂ©e discographique menĂ©e Ă  vive allure et qui s’avĂšre totalement passionnante malgrĂ© ses options parfois radicales; ni tiĂšde ni complaisante, la direction du chef entend rĂ©gĂ©nĂ©rer fondamentalement notre Ă©coute et notre mĂ©morie sonore de la trilogie mozartienne : le travail sur les tempi, les phrasĂ©s, la dynamique et toutes les nuances hagogiques servant l’explicitation des climats et des situations comme l’articulation du texte d’une comĂ©die dĂ©jantĂ©e restent lĂ  encore saisissants. La farce, l’ivresse d’un temps de folie collective, tous les possibles d’une situation nĂ©e d’un quiproquo Ă©poustouflant, le plus impressionnant de l’histoire de l’opĂ©ra, sont revivifiĂ©s ici avec un tempĂ©rament de feu.

currentzis teodor cosi fan tutte mozart dirige baltasar neumannLa verve dont est capable le frĂ©nĂ©tique Currentzis qui a quittĂ© son AthĂšnes native pour Ă©tudier auprĂšs d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg, dĂšs ses 22 ans, gagne en Ă©loquence et en pĂ©tulance : jamais la scĂšne napolitaine ne fut aussi Ă©lectrisante et Ă©lectrique tant le chef semble radicaliser son geste, mais Ă  juste titre, celui des instrumentistes et des chanteurs pour chaque mesure. L’art des transitions entre rĂ©citatifs accompagnĂ©s au pianoforte et airs orchestraux y est particuliĂšrement soignĂ©, offrant une nouvelle continuitĂ© souple mais trĂšs caractĂ©risĂ©e pour chaque sĂ©quence. Toute la derniĂšre partie, Ă  partir de la dĂ©faite de Fiordiligi dans son duo avec Ferrando dĂ©guisĂ© en faux albanais, le faux mariage en prĂ©sence du faux notaire (Despina hilarante), le finale oĂč tous se dĂ©masquent, relĂšve d’une vitalitĂ© hallucinĂ©e Ă  la morale trĂšs juste, … une prĂ©figuration des comĂ©dies les plus pĂ©tillantes Ă  venir (La Chauve Souris, La vie parisienne…) : Currentzis a un geste percussif et tranchant,  essentiellement et naturellement thĂ©Ăątral, d’une justesse dramatique peu commune : peut-ĂȘtre le fruit de son ancienne collaboration avec l’autre champion du drame incarnĂ©, le metteur en scĂšne tout aussi exacerbĂ© par sa maniĂšre jusqu’auboutiste, Dmitri Cherniakov, Ă  l’opĂ©ra de Novosibirsk dĂšs 2004 ? Currentzis sait capter l’insouciance d’un temps de folie collective, la pulsation qui fait imploser l’ordre apparent de la vie, mĂȘme si tout redevient Ă  un Ă©quilibre final, – comme dans Les Noces de Figaro- la musique ayant superbement dĂ©voilĂ© la psychĂ© trouble et contradictoire de chaque protagoniste et avec quelle finesse, on sent bien que le lendemain tout peut recommencer : Mozart a cette capacitĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler la fragilitĂ© inhĂ©rente des situations oĂč tout nouvel ordre peut Ă  nouveau basculer. Currentzis se fonde sur cette motricitĂ© du dĂ©sordre pour Ă©tablir une approche rĂ©solument vertigineuse.

 

 

 

 

Ivresse, palpitations, délires de Cosi

 

Teodor Currentzis : maestro furioso !Au terme de rĂ©pĂ©titions sans limitation de durĂ©e (clause de son contrat Ă  Perm), en cela accompagnĂ© par de vrais instrumentistes complices qui partagent son mĂȘme perfectionnisme radical (les musiciens de l’ensemble qu’il a fondĂ© Ă  Novossibirsk : MusicAeterna), le chef peut ĂȘtre fier d’avoir atteint un nouveau standard de perfection, dans les attaques, dans l’unisson motorique des cordes ; la prĂ©cision fait loi, toujours au service d’une expressivitĂ© justifiĂ©e. Jamais Cosi n’a semblĂ© si proche de l’Ă©ros et du dĂ©sir troublant ; la violence des fiancĂ©es d’abord rĂ©ticentes Ă  toute approche infidĂšle face aux jeunes orientaux venus les Ă©prouver en l’absence supposĂ©e de leurs fiancĂ©s, paraĂźt suspecte : sous la braise agressive, deux volcans sont prĂȘts Ă  se laisser enflammer… Et le duo Despina qui a tant de froideur enjouĂ©e vis Ă  vis de la gens masculine, avec Alfonco, vieux cynique glaçant achĂšve de boucler un tableau passionnant, rĂ©solument ironique et mordant, d’autant que les jeunes officiers se font prendre Ă  leur propre jeu : l’infidĂ©litĂ© des femmes, la facilitĂ© avec laquelle, dĂ©guisĂ©s, ils les ont retournĂ©es, offrent une leçon de rĂ©alisme sentimental qui n’a rien Ă  envier ni Ă  Marivaux ni Musset ni au Flaubert de l’Education sentimentale ou de Madame Bovary. Mais ce geste Ă©lectrique, embrasĂ© rompt dĂ©finitivement le joug des lectures si nombreuses et si conformes, ternes, tiĂšdes, lisses (celui du Mozart poli et dĂ©coratif). En rĂ©formant l’approche musicale par le souffle et la vie, Currentzis redĂ©finit aussi notre propre place d’auditeur, notre expĂ©rience musicale et aussi le jeu mĂȘme des interprĂštes : certains y souscrivent naturellement, comme aimantĂ©s par tant de vivacitĂ© communicante, d’autres restent de marbre, souvent hors sujet Ă  notre avis, parfois d’une consternante tiĂ©deur : c’est le cas des deux voix fĂ©minines exprimant bien platement l’inconstance des deux soeurs… quant leur servante Despina Ă©blouit par son jeu Ă©tourdissant d’intelligence et de finesse. Autre rĂ©serve, pĂ©chĂ© d’orgueil d’un chef qui pense d’abord par son orchestre : le volume sonore de l’orchestre, beaucoup trop Ă©levĂ© par rapport aux voix ; l’orchestre dĂ©jĂ  stylistiquement survoltĂ© couvre le chant si dĂ©taillĂ© par exemple, de la sublime Despinetta  de la jeune soprano Anna Kassian: or le travail naturel, flexible, ciselĂ© de la jeune cantatrice confirme bien son talent, rĂ©cemment couronnĂ© par le Concours Bellini 2013 -, une voix exceptionnelle Ă  suivre dĂ©sormais.

Globalement, l’enregistrement satisfait notre attente : affirmant une intelligence ivre rĂ©ellement dĂ©lectable qui souligne la folie et les dĂ©lires de cette mascarade nĂ©e d’un dangereux pari : la nature comique, lĂ©gĂšre, dĂ©lirante du sujet y gagne un surcroĂźt de vitalitĂ©. ComparĂ©e Ă  leur anthologie Rameau publiĂ© aussi en novembre 2014 mais rĂ©alisĂ© il y a dĂ©jĂ  deux ans (Rameau : the sound of light, 2012), le style des musiciens nous paraĂźt plus homogĂšne et moins disparate.  C’est donc un CLIC de classiquenews, confirmant le choix de cette version de Cosi tel un excellent cadeau de NoĂ«l.
mozart cosi fan tutte currentzis 3 cd anna kasyanMozart : Cosi fan tutte. Simone Kermes (Fiordiligi), Malena Ernman (Dorabella), Christopher Maltman (Gugielmo), Kenneth Tarver (Ferrando), Anna Kasyan / Kassian (Despina), Kostantin Wolff (Don Alfonso).  MusicAeterna (orchestre et choeur). Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical 88765466162. Enregistrement réalisé en janvier 2013 à Perm, Opéra Tchaikovski.

 

 

 

 

 

approfondir


rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012)
. Voici un Rameau qui fait rĂ©agir : lisez d’abord le titre de cette anthologie, The sound of light, le son de la lumiĂšre
 Lumineux et mĂȘme solarisĂ© (serait-ce une rĂ©fĂ©rence indirecte Ă  son appartenance Ă  une loge comme Ă  ses nombreux ouvrages pĂ©nĂ©trĂ©s de symboles et rituels maçonniques : de ZaĂŻs Ă  Zoroastre
?). FrĂ©nĂ©tique, motorique, surexpressive
 la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athĂ©nien formĂ© dans la classe d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Ă  22 ans) qui est passĂ© par l’OpĂ©ra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – oĂč il est directeur artistique, ne laisse pas indiffĂ©rent : sa baguette suractive exaspĂšre comme elle transporte.
Pour le 250Ăšme anniversaire de sa mort, le compositeur vit une annĂ©e 2014 finalement florissante : aux concerts (Le Temple de la gloire, ZaĂŻs
 resteront de grands moments de redĂ©couverte
 Ă  l’OpĂ©ra de Versailles), ou Ă  l’opĂ©ra (Castor et Pollux, Les Indes Galantes, PlatĂ©e…), s’ajoutent plusieurs rĂ©alisations discographiques dont ce programme pourtant enregistrĂ©e dĂ©jĂ  en juin 2012 Ă  Perm (Maison Diaghilev, Oural).  LIRE notre critique complĂšte du cd RAMEAU : The sound of light (1 cd Sony classical, enregistrĂ© en 2012, Ă©ditĂ© en dĂ©cembre 2014)

DVD. Strauss : Ariadne auf Naxos, 1912 (Kaufmann, Harding, 2012)

strauss ariadne 1912 salzbourg sazlburg 2012, jonas kaufmann emily magee dvd Sony classicalDVD. Strauss : Ariadne auf Naxos, 1912 (Kaufmann, Harding, 2012). Salzbourg 2012. Sous la direction articulĂ©e trĂšs fluide et rĂ©solument chambriste de Daniel Harding, la rĂ©alisation du metteur en scĂšne, Sven-Eric Bechtolf, dĂ©ploie d’indiscutables arguments, au service de la version originale d’Ariadne (1912) qui diffĂšre de celle plus tardive et plus familiĂšrement choisie de 1916 : perceptible entre autres pour les connaisseurs, dans les interventions insolentes et brutales du commanditaire perruquĂ© pendant le lamento d’Ariadne (qu’il juge ennuyeux et lisse), mais aussi dans les Ă©poustouflantes variations dĂ©volues Ă  l’air de Zerbinette, vocalises impressionnantes et interminables qui se terminent en orgasme vocal dĂ©lirant, des plus Ă©lĂ©gants, et enchanteurs.

 

 

 

 

Ariadne, somptueuse version de 1912

 

CLIC_macaron_2014Toute la verve des deux auteurs (Strauss et son librettiste Hofmannstahl, rappelons le, fondateurs du festival autrichien en 1922) est lĂ  : entre comique bouffon (premiĂšre partie savoureuse entre thĂ©Ăątre et scĂšne chantĂ©e) et dĂ©clamation tragique (l‘opĂ©ra proprement dit dans la seconde partie), deux mondes qui cependant, malgrĂ© leur antinomie, faisaient contraste, rĂ©alisent un thĂ©Ăątre jubilatoire, et mĂȘme ici d’une irrĂ©sistible cohĂ©rence. Hofmannsthal est d’ailleurs prĂ©sent sur scĂšne accompagnant les chanteurs acteurs comme s’il s’agissait en prĂ©sence du commanditaire, d’une rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale.
ariadne auf naxos kaufmann magee salzbourg sazlburg 2012Saluons la tenue excellente des comĂ©diens italiens, quatre chanteurs impeccables ; de mĂȘme,  la Zerbinette parfois vocifĂ©rante et imprĂ©cise dans sa coloratoure infinie, mais prĂ©sente et puissante d’Elena Mosuc dont l’habit entre la fraise tagada et le pouf Second Empire restera mĂ©morable ; l’Ariane d’Emily Magge, dont les basses absentes, et la ligne lisse, empĂȘchent une pleine incarnation troublante et rĂ©ellement dĂ©chirante de l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e, sur son rocher de Naxos. L’attente se fait sentir quand paraĂźt finalement l’époustouflant Bacchus de Jonas Kaufmann : le libĂ©rateur, le salvateur, prototype du hĂ©ros providentiel, celui dont le chant dionysiaque et exaltĂ©, fĂ©lin, animal, assure la rĂ©surrection d’Ariadne tragique qui s’était vouĂ©e Ă  la mort. Leur rencontre est un instant magique, inscrit au coeur de la mythique hofmannsthalienne. Les spectateurs s’accordent Ă  la langueur pĂąmĂ©e de la princesse : ils se laissent totalement hypnotiser par le chant ardent et voluptueux, tendu, viril, osons le dire… Ă©rotique, du tĂ©nor germanique. L’impact est total. Et la rĂ©ussite de son apparition, suprĂȘme. C’est en dĂ©finitive par un subtil jeu de mise en abĂźme tout au long du spectacle, une rĂ©fĂ©rence allusive Ă  la relation trouble d’Hoffmannsthal et de la jeune veuve Ottonie von Degenfeld, liaison ou attraction que rĂ©vĂšle la correspondance de l’intĂ©ressĂ©.

 

 

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Ariadne auf NaxosL’engagement de tous les interprĂštes (les 3 nymphes accompagnant  et contrepointant Adriadne sont d’une rare Ă©clat vocal comme scĂ©nique), la version retenue ici (donc celle des origines soit 1912), les couleurs somptueuses du Wiener Philharmoniker, le plateau vocal globalement passionnant, rĂ©vĂšlent dans la scĂ©nographie trĂšs efficace de Sven-Eric Bechtolf, le raffinement de cette comĂ©die douce amĂšre qui renoue avec le Cosi fan gutte de Mozart, entre verve dĂ©lirante, dĂ©licieuse ivresse, profondeur poĂ©tique.  Une remarquable production salzbourgeoise heureusement transfĂ©rĂ©e en DVD.

DVD. Strauss / Hofmannsthal : Ariadne auf Naxos, 1912. Emily Magge, Elena Mosuc, Jonas Kaufmann
 Wiener Philharmoniker. Daniel Harding, direction. 2 dvd Sony classical.  EnregistrĂ© au festival de Salzbourg Ă  l’étĂ© 2012.

CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIĂš, les deux divas vedette de l’Ă©curie Sony classical s’offrent comme Ă  l’Ă©poque du Haendel Londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchĂ©rissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulĂ©es au XVIIIĂš Ă  Londres entre autres ce 6 juin 1727 dans l’opĂ©ra de Bononcini : Astianatte. Francesca  Cuzzoni et Faustina  Bordoni la VĂ©nitienne, de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration (nĂ©es en 1696 et 1697) s’y rĂ©vĂšlent redoutables, dĂ©terminĂ©es et mĂȘme agressives, n’hĂ©sitant pas Ă  s’injurier et s’empoigner.
Sur le plan strictement musical et artistique, l’enjeu de la joute demeure expressif et technique : l’agilitĂ©, mais aussi l’Ă©tendue de la tessiture (aigus trĂšs haut perchĂ©s), l’habilitĂ© Ă  colorer et nuancer sa propre expressivitĂ© sont de rigueur. Pourtant outre la suprĂȘme virtuositĂ©, il faut surtout une justesse de ton, une expressivitĂ© et une style qui privilĂ©gie la finesse intĂ©rieure sur la seule carrure tapageuse et dĂ©monstrative. L’idĂ©al aurait assurĂ©ment Ă©tĂ© de les Ă©couter dans les mĂȘmes airs, ce qui aurait supposĂ© deux tessitures Ă©gales : en rĂ©alitĂ© la chose aurait pu ĂȘtre rĂ©alisĂ©e car les deux chanteuses citĂ©es (Francesca et Faustina) ont incarnĂ© Ă  deux temps diffĂ©rents, le mĂȘme air dans l’Artaserse de Hasse Ă  Venise en 1730 (l’air :  “Va tra le selve ircane “, crĂ©Ă© d’abord par la Cuzzoni, est ensuite repris dans une version diffĂ©rente par la Bordoni Ă  Dresde en 1740). Mais respectant la couleur et le grain du timbre de chacune, le choix des airs prend en compte l’agilitĂ© claire de Vivica, le flou dramatique de Simone : osons dire d’emblĂ©e que cette joute tourne Ă  l’avantage de Vivica Genaux dont la prĂ©cision des vocalises, le brillant claire du timbre, la musicalitĂ© souple, surtout son souci du verbe et de l’intelligibilitĂ© Ă©crasent les capacitĂ©s (rĂ©elles) de sa rivale : comparĂ©e souvent Ă  Bartoli, Simone Kermes paraĂźt souvent terne, manquant de fluiditĂ© sobre, toujours tournĂ©e vers un intensitĂ© et une nervositĂ© violente et spectaculaire, qui certes veut en dĂ©coudre mais manque singuliĂšrement de profondeur comme de poĂ©sie, de finesse comme nuances. Naples, Londres, Rome et surtout Venise, les opĂ©ras ici ressuscitĂ©s dont la majoritĂ© en “premiĂšres mondiales” illustrent l’essor du genre seria acrobatique et rien que virtuose, propre aux annĂ©es 1720 et 1730 : traitant l’autre de garce et de catin, poussĂ©es chacune par leurs partisans particuliĂšrement remontĂ©s en ce soir du 6 juin 1727 au Haymarket de Londres, deux divas cĂ©lĂšbres, la parmesane Faustina Bordoni (nĂ©e en 1696) et la VĂ©nitienne Francesca Cuzzoni (nĂ©e en 1697) que la dignitĂ© et l’Ă©lĂ©gance habituelle tenaient dans la biensĂ©ance la plus respectable, se crĂȘpent le chignon sur scĂšne devant un parterre mĂ©dusĂ© … dont la princesse de Galles.La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni
2 divas sur le ring …
L’Astianatte de Bononcini n’espĂ©rait pas une telle publicitĂ© : un pugilat mĂ©morable dans l’histoire de l’opĂ©ra baroque. Leur collaboration pour un mĂȘme opĂ©ra remonte Ă  1718 Ă  Venise : elles se retrouvent ensuite sur la mĂȘme affiche en 1719 Ă  Venise et Milan puis 1721 Ă  Venise, Ă©galement; de 1726 Ă  1728, la Royal Academy of music de Londres engage les deux divas au risque d’enflammer leur rivalitĂ© de plus en plus explicite… de fait, l’Ă©vĂ©nement inconcevable se produit donc en 1727, chacune Ă  peine trentenaire revendiquant le statut de “prima donna”. Si les tĂ©moignages (surtout celui de Tosi) fixent dans l’imaginaire, le beau chant d’expression de la Cuzzoni – OrphĂ©e (son cantabile amoureux en particulier) et celui de bravoura de la Bordoni – SirĂšne (agilitĂ© coloratoura), ils nous restent pour imaginer concrĂštement leurs formidables capacitĂ©s, des airs taillĂ©s pour ces machines Ă  vocalises acrobatiques. En rĂ©alitĂ© les commentaires sur les deux divas sont assez proches, rĂ©vĂ©lant des tempĂ©raments en miroir : les deux Ă©tant aussi douĂ©es l’une que l’autre pour l’introspection de caractĂšre ou la performance acrobatique : profondeur et virtuositĂ©. De quoi faire rĂȘver les divas modernes.

De fait, le programme de ce disque laisse envisager des qualitĂ©s spĂ©cifiques qui pourraient bien aujourd’hui, selon l’Ă©criture des airs, singulariser l’une par rapport Ă  l’autre. A Ă©couter les airs de Pollarolo, Lucio Papirio (air de Papiria, 1720), de Lucio Vero d’Ariosti (1727), Numa (1741) et Didone abbandonnata (1742)  de Hasse : La Bordoni (ici Vivica Genaux) devait Ă©tonner par son souffle illimitĂ©. Face Ă  elle : les airs virtuosissimes de Cuzzoni Ă©clatent dans Da tempesta il legno infranto du Cesare de Haendel (en 1724), ou l’air, ici chantĂ© par Kermes, ” BenchĂ© l’augel s’asconda ” (Mandane du Ciro riconosciuto de Leonoardo Leo (Turin, 1739) qui renvoie Ă  une esthĂ©tique plus intĂ©rieure.

L’intĂ©rĂȘt du disque est Ă©videmment de distinguer des particularitĂ©s distinctives voires discriminatoires qui dĂ©partagent inĂ©vitablement les talents. C’est aussi un rĂ©pertoire passionnant qui rĂ©vĂšlent toutes les nuances de la virtuositĂ© : de 1720 Ă  1739, entre les vĂ©nĂ©to Ă©miliens tels Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo) et les compositeurs passĂ©s et trĂšs fortement marquĂ©s par le moule napolitain : Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…

Eclat et intériorité de La Genaux / Bordoni

Cuzzoni eut-elle rĂ©ellement ce cantabile amoureux, douĂ©e d’une expressivitĂ© poĂ©tique Ă  tomber telle que l’incarne ici Ă  sa façon La Kermes ? Malheureusement, l’expressivitĂ© courte et sans guĂšre de nuances de son Andromaque dans l’opĂ©ra fameux de Bononcini (Astianatte, cadre des affrontements historiques), air ” Svenalto, traditor ” oĂč l’hĂ©roĂŻne est prĂȘte Ă  mourir, comme hallucinĂ©e et au bord de l’Ă©vanouissement… laisse un goĂ»t d’inachevĂ©. L’air d’agilitĂ© du Ciro riconosciuto de Leo (” BenchĂ© l’augel s’asconda ” de Mandane, Turin, 1739) manque de pĂȘche, de brio, de clartĂ©, d’incisivitĂ© et la voix fait valoir des usures problĂ©matiques… le souffle est court et le style manque singuliĂšrement de finesse comme de rĂ©elle et souple implication (mĂȘme constat pour sa rĂ©cente Comtesse des Noces de Figaro de Mozart emportĂ© par ailleurs Ă  l’orchestre par Teodor Currentzis : Kermes y paraissait comme le maillon faible).

rivals-queens-genaux-kermes-sony-classical-cd-PrĂ©fĂšre-t-on pour autant l’agilitĂ© de bravoure de La Genaux, Ă©patante mitraillette mais aussi (et mieux que sa consƓur, tant pis pour elle), troublante, enivrante grĂące aux couleurs intĂ©rieures d’un chant pas que dĂ©monstratif ou strictement virtuose ?.. Mais rĂ©ellement enivrĂ© et mĂȘme enchantĂ© capable de couleurs intĂ©rieures convaincantes : la chaleur du timbre outre son agilitĂ©, sa claire vibration font la rĂ©ussite de l’air de Papiria ” Padre amoroso ” (Venise, 1720) : priĂšre sincĂšre d’une fille Ă  son pĂšre indĂ©cis… MĂȘme Ă©panchement pudique et d’une dignitĂ© blessĂ©e dans Lucio vero d’Ariosti (crĂ©Ă© Ă  Londres en 1727 comme l’opĂ©ra fameux de Bononcini) : La Genaux / Bordoni exprime au plus juste la douleur mesurĂ©e d’un cƓur qui s’interdit tout Ă©panchement…  Dans un air nettement plus virtuose enchaĂźnant les cascades de notes et de vocalises comme justement l’opĂ©ra de la confrontation malheureuse (Astianatte de Bononcini, Londres 1727 dont elle chante l’air d’Ermione), la musicalitĂ© coloratoure de la mezzo canadienne fait… mouche : une assurance dĂ©terminĂ©e qui exprime la volontĂ© d’un cƓur capable de volontĂ© cruelle.

L’affrontement a rĂ©vĂ©lĂ© ses apports et ses enseignements. Insouciante ou bonne joueuse, pariant sur la seule Ă©nergie du dĂ©fi, Simone Kermes savait-elle que son Ă©toile aurait Ă  en pĂątir ? Heureuse Vivica Genaux (dĂ©jĂ  habituĂ©e Ă  l’agilitĂ© napolitaine dans un recueil ancien dĂ©diĂ© Ă  Farinelli et aux castrats) : la diva de Fairbanks captive de bout en bout par son agilitĂ© et son intelligence, sa finesse expressive comme sa prĂ©cision technique. Reconnaissons que sa rivales Kermes ne partage pas Ă  la mĂȘme hauteur, la chaleur et la richesse harmonique du timbre, la vitalitĂ© prĂ©cise et construite de la coloratoure… Outre le tonus et l’Ă©clat de La Genaux / Bordoni, saluons l’intĂ©rĂȘt du rĂ©pertoire ici abordĂ©. Les instrumentistes de La Cappella Gabetta manquent parfois cependant de vraie subtilitĂ©, faisant basculer l’ensemble vers une stricte nervositĂ© dĂ©monstrative… Pas facile dĂ©cidĂ©ment d’Ă©viter les effets au dĂ©triment de la profondeur. En l’occurrence, la joute ici dĂ©partage clairement les talents en prĂ©sence…

 
CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD. Mozart : 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particuliĂšrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

 

CLIC_macaron_2014La souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien
 qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40 en sol mineur, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes
 Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂč propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une trĂšs courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siĂšcle suivant


 

Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle
A ce degrĂ© d’approfondissement, il partage une acuitĂ© artistique avec son pair en France, William Christie. En soulignant que la 40Ăšme ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39Ăšme dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique puis harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂźne aprĂšs lui, semble en dĂ©couler naturellement
 RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart.

 

 

harnoncourt nikolaus

 

 

 

Au centre du triptyque, la Symphonie centrale, la fameuse et irrĂ©sistible K550 en sol mineur (enregistrĂ©e en dĂ©cembre 2012), est l’axe le plus prenant et le plus saisissant du cyle mozartien. Le sol mineur est la tonalitĂ© de la mort et de la tristesse… Dans le premier mouvement, Harnoncourt soigne la morsure des cors, l’ivresse de la construction façonnĂ©e comme une course Ă  l’abĂźme… Du second mouvement (andante), il Ă©claire l’ombre caressante et plus mystĂ©rieuse d’une rĂȘverie … (superbe horizon des cordes Ă©vanescentes et concrĂštes Ă  la fois). Le travail sur le murmure colorĂ© des bois (chant ciselĂ© de la clarinette) est exceptionnel. Sa claire diction et les multiples Ă©clairs de lumiĂšre telle la succession d’aubes d’une sereine espĂ©rance sont d’un ton dĂ©jĂ … beethovĂ©nien.  Dans le IIIĂš mouvement, l’Ă©loquence de l’harmonie instrumentale se montre poussĂ©e Ă  l’extrĂȘme : rondeur et fruitĂ© des bois, Ă©clat nuancĂ© des vents : c’est un idĂ©al pastoral (cors profonds et caressants) qui annonce lĂ  encore tellement le grand Ludwig. Plus incisif encore, au bord de l’implosion, l’Allegro assai du IV se montre mordant et comme aspirĂ© par une irrĂ©pressible force d’engloutissement. Et pourtant dans cette machine Ă  coupe, l’Ă©criture exacerbĂ©e semble Ă©manciper la forme jusqu’Ă  sa dĂ©sintĂ©gration, Harnoncourt sait encore cultiver l’incomparabale nostalgie et la suave tendresse dont il a le secret. Le rĂ©sultat final est un Ă©tourdissement qui rĂ©clame Ă©videmment la rĂ©solution apportĂ© par l’ut  majeur de la 41Ăš, jupitĂ©rienne… vaste architecture de reconstruction progressive, particuliĂšrement bienvenue aprĂšs l’activitĂ© inouĂŻe de la K550; quand il parle de cette opus axial et dĂ©cisif dans l’Ă©claircissement de la passion mozartienne, Harnoncourt indique ouvertement le gĂ©nie divin de Wolfgang… ce qui justifie donc l’usage du terme d’oratorio pour l’ensemble du cycle.
On savait que les trois derniĂšres Symphonies Ă©taient liĂ©es par une secrĂšte cohĂ©rence : Harnoncourt nous en  dĂ©voile toute la magie interne, le flux organique, le jeu des rĂ©ponses de l’une Ă  l’autre. Mais Ă  travers sa sensibilitĂ© et sa justesse poĂ©tique, c’est essentiellement la sincĂ©ritĂ© de Mozart et sa modernitĂ© qui se dĂ©voilent sans fards en une prodigieuse rĂ©alisation.La Seul K 550 en donne une irrĂ©sistible illustration.

Ainsi, la seule Symphonie en sol et l’Ă©coute des morceaux les plus introspectifs (Andante et son questionnement fondamental et profond) puis du Finale (en forme de tourbillon irrĂ©solu) confirme, entre classicisme et romantisme, l’Ă©tonnante modernitĂ© de Wolfgang : un explorateur visionnaire, un gĂ©nie dĂ©finitivement inclassable qui en 1788 ose l’inouĂŻe, permet Ă  tous les autres grands compositeurs aprĂšs lui de poursuivre la grande histoire symphonique. Il ne s’agit pas seulement d’un jeu formel mais bien de traits singuliers aux rĂ©sonances de l’ombre oĂč Mozart pose continument la question du sens de la musique et des moyens propres au discours musical. Le dernier mouvement fait apparaĂźtre l’extĂ©nuation de la mĂ©lodie puis l’implosion du cadre harmonique. Jamais aucun symphoniste n’a Ă©tĂ© si loin dans le dĂ©veloppement de la forme … une sorte de mise Ă  plat du mĂ©tier Ă  laquelle Harnoncourt apporte un souci des timbres,  de chaque intention instrumentale veillant autant au relief qu’Ă  l’Ă©quilibre des combinaisons entre pupitres.

La fuite en avant ou la course Ă  l’abĂźme qui impose son rythme et son oeuvre de dĂ©mantĂšlement laisse en fin de parcours l’auditeur littĂ©ralement dĂ©boussolĂ© : Mozart ouvre des perspectives jamais explorĂ©es avant lui… l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e des instruments montre Ă  quel degrĂ© de maturitĂ© linguistique le chef autrichien a conduit ses instrumentistes, proposant des sonoritĂ©s jubilatoires inoubliables oĂč cuivres, vents et bois caressants et remarquablement loquaces prĂ©parent Ă  tous les langages et toutes les syntaxes des symphonistes aprĂšs Mozart dont Ă  Vienne, Ă©videmment Beethoven et Schubert.

Autant la sol mineur dĂ©route par sa palpitation envoĂ»tante fondamentalement irrĂ©solue,  autant dĂšs son entrĂ©e magistrale par son allegro vivace,  la Jupiter affirme sa souveraine quiĂ©tude balisĂ©e Ă  laquelle Harnoncourt apporte de superbe respirations sur un tempo plutĂŽt (lui aussi) serein. Le Cantabile qui suit affirme mais sur le ton d’une tendresse franche, le sentiment de plĂ©nitude avec des pupitres (bois et vents) d’une fusion magique. Mozart n’Ă©vite pas quelques lueurs plus inquiĂ©tantes,  tentation de l’abĂźme bientĂŽt effacĂ©e/attĂ©nuĂ©e par la somptuositĂ© discursive de l’orchestre aux teintes et nuances d’une diversitĂ© Ă©tonnante. Mais on sent bien que la dynamique jaillissante et millimĂ©trĂ©e, les mille nuances expressives et les mille couleurs qu’apporte Harnoncourt profite de sa connaissance trĂšs poussĂ©e de la vie et de l’écriture mozartiennes : Harnoncourt a en mĂ©moire, l’expĂ©rience de Mozart dans l’oratorio haendelien et dans celui des grands compositeurs contemporains, en particulier CPE Bah dont il dirige l’oratorio La RĂ©surrection et l’Ascension de JĂ©sus, au printemps 1788 soit juste avant de composer le triptyque qui nous occupe : scintillement instrumental,  raffinement orchestral,  combinaisons jubilaire des solistes de chaque pupitre. … l’idĂ©e d’un rapprochement entre l’Ă©criture hautement inspirĂ©e du fils Bach est Ă©videmment tentante. Qu’il soit ou nom fondamentalement inspirĂ© par un sujet sacrĂ© fondant sa religiositĂ© expliquant sous la plume de Harnoncourt l’usage du terme « oratorio » 
, l’Ă©loquence trĂšs individualisĂ©e de chaque instrument ou de chaque pupitre rappelle Ă©videmment par leur jeu concertant en dialogue permanent,  l’arĂšne continue d’un vrai drame instrumental – nous ne dirions pas oratorio mais plutĂŽt en premiĂšre choix, opĂ©ra instrumental-, dont la souffle et comme le discours nous parlent constamment. La pulsation rayonnante du finale de la 41 (Jupiter) en marque la victoire finale, le point d’accomplissement,  et dans le cycle tripartite,  la rĂ©solution spectaculaire tournĂ©e vers la lumiĂšre… comme le final de La FlĂ»te enchantĂ©e ou encore par son entrain d’une irrĂ©pressible activitĂ©,  le tourbillon conclusif des Noces. On y retrouve le mĂȘme sentiment : mĂȘme si cette fin rĂ©tablit l’Ă©quilibre qui a vacillĂ©,  on sent nettement que la machine peut repartir affirmant toujours et encore l’oeuvre refondatrice d’un Mozart lumineux et bĂątisseur. La vision est supĂ©rieurement approfondie,  superbement rĂ©alisĂ©e. On savait Harnoncourt immense Mozartien comme l’ont Ă©tĂ© hier Erich Kleiber ou Karl Böhm, ou Karajan, Giulini, Abbado
 La trilogie symphonique pourrait bien ĂȘtre le point central de son testament artistique et musical.  Double cd magistral. Un accomplissement de tout l’Ă©difice dĂ©jĂ  abondamment documentĂ© du Harnoncourt mozartien chez Sony classical.

 

 

CD. Mozart : 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical).

CD, annonce. Mozart : les 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD, annonce. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 1 cd Sony classical). Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, le plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres, suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews) ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

harnoncourt nikolausLa souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien
 qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes
 Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂč propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une trĂšs courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siĂšcle suivant
 Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle
 qui partage une acuitĂ© artistique avec pair en France, William Christie, comme si dans leurs deux cas, les annĂ©es et l’expĂ©rience stimulaient davantage l’activitĂ© de deux cerveaux dĂ©fricheurs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)En soulignant que la 40Ăšme ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39Ăšme dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique et harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Triptyque orchestral d’une invention inĂ©dite Ă  son Ă©poque, les 3 Symphonies rĂ©vĂšlent ainsi un plan d’une rare cohĂ©rence : la 39Ăšme emporte par son ardeur juvĂ©nile, printaniĂšre ; la 40Ăšme frappe par sa conscience aiguisĂ©e, ses interrogations parfois paniques auxquelles la 41Ăšme rĂ©pond dans la lumiĂšre. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂźne aprĂšs lui, semble en dĂ©couler naturellement
 RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart. Prochaine critique complĂšte des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt et le Concentus Musicus de Vienne dans le mag cd de classiquenews. Elu « CLIC » de classiquenews de septembre 2014.

CD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Curentzis, 2013)

Mozart_currentzis_nozzeCD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Currentzis, 2013). On s’attendait Ă  une rĂ©vĂ©lation, de celle qui ont fait les grandes avancĂ©es musicologiques et philologiques s’agissant de Mozart sur instruments d’Ă©poque (Harnoncourt pour Idomeneo, plus rĂ©cemment Jacobs pour La ClĂ©mence), … avec l’option dĂ©licate complĂ©mentaire des (petites) voix au format “originel”, soitdisant agiles, non vibrĂ©es, d’une prĂ©cision exemplaire (plus adaptĂ©e Ă  la balance d’Ă©poque : voix/instruments)… Mais Mozart reste un mystĂšre et ce nouvel enregistrement malgrĂ© son investissement instrumental Ă©choue Ă  cause du choix hasardeux et finalement dĂ©favorable de certains solistes. C’est aussi une question de style concernant une direction survitaminĂ©e qui oublie de s’alanguir et de creuser les vertiges et ambivalences liĂ©s au trouble sensuel d’une partition oĂč pointe la crĂȘte du dĂ©sir. Le chef d’origine grec Teodor Currentzis multiplie les dĂ©clarations fracassantes, exacerbe souvent ses propos quant Ă  ses nouvelles lectures (dĂ©viations du marketing?)… souvent comme ici, l’effervescence annoncĂ©e pour les Nozze tourne court de la part du musicien qui extrĂ©miste, entend souvent jouer jusqu’Ă  l’orgasme.
Certes ici les instruments sont en verve : flĂ»tes, bassons et cors dĂšs l’ouverture avec des cordes et des percussions qui tempĂȘtent sec. Mais cette expressivitĂ© mordante, rĂȘche, -Ăąpre souvent-, fait-elle une version convaincante? La fosse rugit (parfois trop), et la plateau vocal reste dĂ©sĂ©quilibrĂ©. Dommage.

Nozze inégales

Si la fosse nous semble au diapason de la vivacitĂ© souvent furieuse du chef, les voix sont souvent… contradictoires Ă  cet esthĂ©tique de l’exacerbation expressive et de la palpitation souvent frĂ©nĂ©tique. L’Ă©ros qui soustend bien des scĂšnes reste …. saccades et syncopes, et mĂȘme Cherubino dans son fameux air de panique Ă©motionnelle manque singuliĂšrement de trouble (Non so piĂč cosa son, I)… Pire, mauvais choix : Figaro et le Comte manquent ici de caractĂ©risation : les deux voix sont interchangeables (avec pour le premier des problĂšmes de justesse) ; notre plus grande dĂ©ception va cependant Ă  la Comtesse de Simone Kermes, d’une asthĂ©nie murmurante, minaudante totalement hors sujet : elle paraĂźt pĂ©trifiĂ©e en un repli serrĂ© et Ă©troit. Son retrait s’oppose de fait Ă  l’engagement proclamĂ© et effectif du chef et de ses musiciens. Il n’ y a que finalement la Susanna de Fanie Antonelou qui se dĂ©tache du lot avec des abbellimenti (variations) vraiment assumĂ©es et investies, une Ă©volution du personnage qui suit avec plus de nuances et surtout de naturel comme d’humanitĂ©, le caractĂšre de la jeune mariĂ©e (trĂšs bel air au IV : Deh vieni non tardar… serenata mĂȘlĂ©e d’inquiĂ©tude et d’excitation comme lĂ  encore d’ivresse sensuelle…) ; idem pour le Basilio au legato souverain de Krystian Adam, vrai tĂ©nor di grazia dont les airs semblent enfin rĂ©tablir cette fluiditĂ© vocale qui manque tant Ă  ses partenaires : soudain chant et instruments se rĂ©concilient avec bĂ©nĂ©fice (trĂšs convaincant In quegl’anni Ă  l’acte IV…) . Le pianoforte envahissant dans rĂ©citatifs et airs finit par agacer par ses multiples ornementations. L’air de Figaro qui raille Cherubino et dont le chef nous vante un retour au rythme juste reste … mĂ©canique, de surcroĂźt avec la voix courte d’un Figaro qui patine et dont la justesse comme la ligne font dĂ©faut. Et souvent, cette prĂ©cision rythmique empĂȘche un rubato simple et naturel tant tout paraĂźt globalement surinvesti. Les claques de l’acte V sont elles aussi Ă©lectriques et mauvais trucs de studio, d’un factice artificiel : plus proches des volets qui claquent que d’une main vengeresse…

antonelou_fanie_soprano_susanna_nozze_mozart_currentzis_sony-classicalNous restons donc mitigĂ©s, et quelque peu rĂ©servĂ©s sur la cohĂ©rence du plateau vocal dont la plupart des solistes ne sont pas au format d’un projet dont on nous avaient vantĂ© la ciselure, l’expressivitĂ© supĂ©rieure. Vif et habile, le chef grec Teodor Currentzis n’a jamais manquĂ© d’Ă©nergique audace mais il sacrifie trop souvent la sincĂ©ritĂ© du sentiment sur l’autel de l’effet pĂ©taradant. Nous lui connaissons des opĂ©ras plus introspectifs (Ă©coutez son Din et EnĂ©e de Purcell par exemple, plus profond, plus pudique…).  Avoir choisi Kermes pour La Comtesse est une erreur regrettable qui ne pourra pas faire oublier les Margaret Price ou Kiri Te Kanawa ni plus rĂ©cemment les Dorothea Röschmann, infiniment plus nuancĂ©es et profondes. Nous attendons nĂ©anmoins avec impatience la suite de cette trilogie mozartienne dont le seul mĂ©rite reste parfois un travail assez Ă©tonnant rĂ©alisĂ© sur la texture orchestrale, rĂ©vĂ©lant des associations de timbres souvent passĂ©es sous silence, une nette ambition de clartĂ© et d’articulation instrumentale mais qui souvent se dĂ©veloppe au mĂ©pris de la justesse de l’intonation comme d’une rĂ©elle profondeur poĂ©tique. A trop vouloir en faire, le chef semble surtout dĂ©montrer plutĂŽt qu’exprimer. Qu’en sera-t-il Ă  l’automne prochain pour son Don Giovanni : on lui souhaite des choix de chanteurs plus judicieux.

Mozart : Le Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro. Avec Simone Kermes, Fanie Antonelou, Mary-Ellen Nesi, Andrei Bondarenko, Christian Van Horn, Krystian Adam… Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 CD Sony Classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra TchaĂŻkovski de Perm (Oural), 2013. A venir Ă  l’automne, Don Giovanni sous la direction de Teodor Currentzis.

Illustration : on dit oui à la Susanna de Fanie Antonelou, et définitivement non à la Comtesse de Simone Kermes.

CD. Mozart : les nouvelles Noces de Figaro par Teodor Currentzis

Mozart_currentzis_nozzeCD Ă  venir. Mozart : Les Noces de Figaro. Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical. Un sang neuf nous viendrait-il de Russie ? Celui qui scrupuleux dans la prĂ©cision des options interprĂ©tatives restitue comme Harnoncourt depuis le dĂ©but de son aventure, chez Monteverdi hier … aujourd’hui chez Mozart, une frĂ©nĂ©sie suractive qui rĂ©tablit l’Ă©nergie sanguine, physique, organique de la musique, devrait se distinguer dans ces nouvelles Nozze de Mozart Ă  paraĂźtre chez Sony classical en fĂ©vrier 2014. Teodor Currentzis (nĂ© en GrĂšce en 1972) s’attĂšle Ă  un projet ambitieux oĂč le chant mozartien a usĂ© maints baroqueux et des plus illustres. Le challenger de Gergiev, nouveau maestro initiĂ© aux approches historiquement informĂ©es,  inaugure son contrat nouvellement signĂ© avec Sony. L’Ă©lĂšve d’Ylia Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (comme Gergiev et Byshkov), dont on a ici mĂȘme louĂ© Didon et EnĂ©e de Purcell (avec dĂ©jĂ  la dĂ©concertante Simone Kermes – laquelle aimerait tant rivaliser avec Cecilia Bartoli…), s’attaque  sur instruments anciens (ceux de son orchestre Musicaeterna), Ă  la trilogie mozartienne avec ce premier volet dĂ©diĂ© aux Nozze. Cosi puis Don Giovanni suivront ensuite chez le mĂȘme Ă©diteur, respectivement Ă  l’automne 2014, puis d’ici la rentrĂ©e 2015.

 

 

 

Teodor Currentzis signera-t-il pour Sony des Nozze décisives ?

RĂ©inventer les Noces

 

L’AthĂ©nien impĂ©tueux dĂ©fend ses conceptions musicales depuis Perm, ancienne citĂ© florissante grĂące Ă  la fabrication des armes dont il fait depuis quelques annĂ©es (Ă  partir de 2011 prĂ©cisĂ©ment quand il fut nommĂ© directeur musical de l’OpĂ©ra local) un nouveau foyer lyrique et musical de premier plan… C’est Ă  Perm que le chef a rĂ©uni instrumentistes et chanteurs pour enregistrer Les Noces de Figaro de Mozart. RĂ©vĂ©lĂ© comme chef principal Ă  l’OpĂ©ra de Novosibirsk (2004-2010), Currentzis a affirmĂ© un tempĂ©rament intensĂ©ment dramatique avec son partenaire et homme de thĂ©Ăątre Dmitri Tcherniakov dont la scĂ©nographie expressionniste et Ăąpre, dĂ©voilant les fissures profondes d’ĂȘtre dĂ©calĂ©s ou inadaptĂ©s a de facto renouvelĂ© la perception des oeuvres abordĂ©es avec le chef grec : Aida (2004), Macbeth (2008), Wozzeck (2009), Don Giovanni (2010, prĂ©sentĂ© Ă  Aix)…

En vĂ©ritĂ© sa premiĂšre approche des Nozze remonte Ă  2008 : dĂ©jĂ  dĂ©poussiĂ©rĂ©es et comme rĂ©vitalisĂ©es par une direction palpitante voire haletante. Fougueux, prĂȘt Ă  toutes les audaces comme Ă  tous les dĂ©fis, le jeune maestro aime relire, dĂ©poussiĂ©rer, rĂ©inventer ce geste audacieux qui a fait la valeur des pionniers de la rĂ©volution baroque depuis les annĂ©es 1960. C’est pourquoi afficher son nom sur une production est souvent l’indice d’une rĂ©appropriation originale et personnelle de la partition concernĂ©e.
Pour autant, sa furie énergique est-elle juste et légitime dans ses choix ? Que vaut son Mozart et sa direction lyrique au regard des options et des choix esthétiques assumés ?

 

 

Currentzis, directeur Ă©lectrique

 

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CĂŽtĂ©s chanteurs, les variations et cadences improvisĂ©es sont rĂ©tablies (abellimenti – embellissements, usage familier Ă  l’Ă©poque) ; les vibrato Ă©videmment exclus sauf s’ils sont justifiĂ©s par la situation ; en chef esthĂšte critique et analytique, Currentzis surprend surtout par l’activitĂ© de la musique, la palette dynamique d’un orchestre pĂ©tillant, pĂ©tulant, sĂ©millant oĂč la participation permanente du pianoforte (rĂ©citatifs et tutti orchestraux, comme si Mozart lui-mĂȘme dirigeait tout en improvisant et jouant de son forte-piano – hammerklavier-), la couleur fondante et liante du luth (plus inhabituel) … font la diffĂ©rence ; les cors redoublent de mordant, les cordes exultent souvent. Or il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de dĂ©tails. La vitalitĂ© fiĂ©vreuse qu’affirme et cisĂšle le chef quadra exprime souvent vertiges, aspirations, langueurs, la sauvagerie comme la spiritualitĂ© d’une partition essentiellement de rupture et rĂ©volutionnaire. Tout s’agence pour une relecture vive et haletante du chef d’oeuvre de Mozart et de Da Ponte. L’architecture et la gestion des contrastes, la pulsation, l’Ă©quilibre des balances, le jeu nerveux et hypersensible du chef pourrait bien signer une nouvelle rĂ©fĂ©rence de l’opĂ©ra mozartien. Contre les effets de la simplification, voilĂ  un geste engagĂ© qui rugit et murmure avec une intensitĂ© Ă©ruptive. Et les milles dĂ©tails s’invitant dans le tourbillon du geste comme du banquet orchestral prĂ©servent surtout la furieuse tension de la partition. De quoi nous mettre en appĂ©tit et annoncer ainsi une trilogie Ă  suivre… Tant de louables intentions et la rĂ©alisation dramatique sauront-ils nous sĂ©duire ?

 

 

RĂ©ponse dans le mag cd de classiquenews.com d’ici dĂ©but fĂ©vrier prochain. Parution des Nozze di Figaro par Teodor Currentzis : le 17 fĂ©vrier 2014 (3 cd Sony classical).

 

CD. Coffret Vivarte: 60 cd collection (Sony classical)

Vivarte : 60 cd collection Sony classical
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Vivarte: 60 cd collection

L’approche historique des annĂ©es 1990

Anner Bylsma, Jeanne Lamon, Bruno Weil, Frieder Bernius, Paul van Nevel…

Sony classical rĂ©Ă©dite quelques uns des meilleurs enregistrements ayant fondĂ© la rĂ©putation du label aux instruments anciens, celui des approches philologiques “historiquement informĂ©es”, aux tempi rĂ©novĂ©s, au diapason d’origine dans un format instrumental Ă©purĂ©: Vivarte. Le catalogue est vaste, les rĂ©pertoires et les tempĂ©raments interprĂ©tatifs, aussi : le coffret 2013 rend idĂ©alement compte des perspectives de recherche lancĂ©es par la collection. Du baroque au romantisme, de la musique symphonique et chambriste Ă  la musique religieuse, voici les grands noms qui ont ” fait ” Vivarte ” du temps de sa splendeur (au tournant des annĂ©es 1980 et 1990 soit en plein essor du compact disc, puis tout au long des annĂ©es 1990) : Gustav Leonhardt (Musique pour orgue de l’Allemagne du nord (1992) et orgues français et nĂ©erlandais ; Anner Bylsma, les chefs Bruno Weil, et Freider Bernius, mais aussi Jeanne Lamon et Tafelmusik (chez Haendel dans les Royal Fireworks et Water Musik, Vivaldi dans les Quatre Saisons, JS Bach dans les Brandebourgeois), le luthiste et thĂ©orbiste Lutz Kirchof, le Huelgas Ensemble et Paul van Nevel, L’Archibudelli (avec le violoncelle virtuose et intĂ©rieur, curieux et acrobate d’Anner Bylsma), …

Avant les Jos van Immerseel (prĂ©sent ici aux cĂŽtĂ©s du mĂȘme Bylsma, mais en tant que claviĂ©riste), Cercle de l’Harmonie, Les SiĂšcles, Doulce MĂ©moire ou les travaux de Bruno Cocset d’aujourd’hui, voici les gravures de rĂ©fĂ©rence dĂ©fendues par les pionniers archĂ©ologues surtout germaniques dont les apports majeurs sont contenus dans ces 60 cd: les Ɠuvres pour luth dans les tonalitĂ©s et accords originaux de Bach (certains jouĂ©s au thĂ©orbe) de Lutz Kirchhof (1987-1988, Stuttgart) et aussi par le mĂȘme interprĂšte les oeuvres de Sylvius Leopold Weiss (sur luth et thĂ©orbe baroque); l’orgue de Bob von Asperen chez Bach et les NĂ©erlandais du plein XVIIĂšme ; les piquantes voire mordantes aspĂ©ritĂ©s si expressives de L’Archibudelli (Anner Bylsma au violoncelle) dans les Divertimenti de Mozart (1990) ou le Sextet de Beethoven (1991) ; sans omettre jalon important de l’interprĂ©tation authentique chez Bach: les Suites pour violoncelle seul par Anner Bylsma qui joue la Stradivarius ” Servais ” (New York, 1992) puis en 1999, les Sonates de Vivaldi (prises rĂ©laisĂ©s Ă  San Giorgio Maggiore Ă  Venise !)…

Au demeurant, le violoncelliste inspirĂ©, Anner Bylsma est la vedette du coffret: le mĂ©lomane curieux le retrouve dans toutes les approches dĂ©poussiĂ©rantes des annĂ©es 1990 principalement, scientifiquement justes, artistiquement irrĂ©prochables: Trios de Haydn (1992), Sonates, Octuor, Concertos, Sinfonia de Luigi Boccherini (un autre must !) rĂ©alisĂ©s en 1992 aux Pays-Bas, Grand duo concertant de Chopin/Franchomme et de ce dernier plusieurs airs, caprices, nocturnes (avec Lambert Orkis au pianoforte), en 1993 (instruments de la collection du Smithsonian Institute), Concertos avec cordes de Vivaldi (avec Jeane Lamon et Tafelmusik, 1996), Trios de Schubert (violon, violoncelle, piano, 1996), Trois derniers Quatuors Ă  cordes de Haydn (L’Archibudelli, 1996), Sonates de Beethoven (avec Jos Van Immerseel, 1998), enfin les Trios pour piano dont l’Archiduc de Beethoven (1999, avec Jos van Immerseel au pianoforte). C’est encore Anner Bylsma qui s’attaque en acrobate des styles et douĂ© d’une large ouverture sensible, Ă  Brahms, en 1992: dans les 2 Sonates pour violoncelle et piano (avec Lambert Orkis au piano), couplĂ©es aux 5 StĂŒcke im Volkston de Schumann, ainsi la parenthĂšse chronologique du coffret est-elle bouclĂ©e.

Bylsma-Anner-01Anner Bylsma (DR)

Retenons Ă©galement les Musiques de la Renaissance italienne “Italia Mia “, mais aussi Messes fastueuses anciennes de Gaston Febus (XIVĂš) et de Nicolas Gombert par Paul van Nevel et Huelgas Ensemble (1991-1992) ; les cantates de Bach et Psaumes de David de JS Bach et Heinrich SchĂŒtz par Frieder Bernius (1990-1991)… CĂŽtĂ© Symphonies, vous reprendrez bien quelques opus de Haydn par Tafelmusik et Bruno Weil (1992), les Symphonies de Schubert (5,6,7,8) par le mĂȘme chef et The Classical Band (1991); cependant que Jeanne Lamon aborde Concerti Grossi de Haendel (1991), Quatre Saisons de Vivaldi (1991) avec Tafelmusik (enregistrements de Toronto, Canada).

L’opĂ©ra n’est certes pas prĂ©sent ici car le chant des instruments est au coeur du coffret, mais les Messes, programmes choraux et le seul oratorio choisi ici rĂ©tablissent la place de la voix avec l’orchestre: ainsi les deux albums thĂ©matiques de Paul Van Nevel et Huelgas Ensemble (Utopia Triumphans: musiques de Haydn, 1994) et A Secret Labyrinth: Ɠuvres de Alessandro Agricola, 1998); La CrĂ©ation, Die Shöpfung de Haydn par Tafelmusik et Bruno Weil avec Ann Monoyios et Harry van der Kamp (1993), le Requiem de Mozart version Robbins Landon (complĂ©ments et ajouts de Eybler et SĂŒssmeyer) par Bruno Weil et Tafelmusik en 1999, sans omettre les Messes D 678 et 872 (Deutsche Messe) de Schubert par le mĂȘme Bruno Weil avec l’Orchestre of the Age of Enlightenment.

Enfin, si nous voulions ĂȘtre exhaustifs, nous ne pourrions passer sous silence les Quatuors parisiens de Telemann (soit un ensemble de 12 partitions sublimes, rĂ©lĂ©vĂ©es en 1996-1997 en 3 cd par les frĂšres Kuijken, Barthold, Sigiswald, Wieland et… Gustav Leonhardt), comme l’intĂ©grale des Sonates pour flĂ»te de CPE Bach avec Bob Asperen en 1993. Voici Ă©videmment au crĂ©dit de cette somme considĂ©rable, plusieurs pĂ©pites rĂ©vĂ©lĂ©es par l’approche historique. Coffret Ă©vĂ©nement.

Vivarte : 60 cd collection (1992-1999) Sony classical 88765448882. Chacun des 60 cd est Ă©ditĂ© avec sa couverture d’origine. Un livret en anglais uniquement de 245 pages complĂšte l’apport de ce coffret de premier intĂ©rĂȘt.

contenu :

1-2. BACH : Ɠuvres pour luth
(Lutz Kirchhof)
3. BACH : 3 sonates pour viole de gambe ; sonate en la majeur
(Anner Bylsma, Bob Van Asperen)
4. Le clavecin aux Pays-Bas
(Bob Van Asperen)
5. BACH : cantates profanes BWV 206 & 207a
(Frieder Bernius)
6. MOZART : Missa Longa
(Philipp Cieslewicz, Carsten Muller, Tolzer Knabenchor)
7. MOZART : Divertimento K.334 & K.247
(L’Archibudelli)
8. MOZART : Divertimento K.563
(L’Archibudelli)
9. SCHUBERT : Quintette Ă  cordes D.956
(Vera Beths, Lisa Rautenberg, Steven Dann, Judy Gatwood, Anner Bylsma)
10. SCHUBERT : Symphonies n° 5 & 6
(Bruno Weil)
11-12. SCHÜTZ : Psalmen Davids SWV 22-47
(Frieder Bernius)
13-14. BACH : 6 Suites pour violoncelle, BWV 1007-1012
(Anner Bylsma)
15. Italia Mia
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
16. The Lute in Dance and Dream
(Lutz Kirchhof)
17. BEETHOVEN : Sextuors, quintette, duo
(L’Archibudelli)
18. SCHUBERT : Symphonies n° 7 & 8
(Bruno Weil)
19. BEETHOVEN : Trios à cordes Op.9 n° 1-3
(L’Archibudelli)
20. Febus Avant!
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
21. GOMBERT : Musique pour la cour de Charles V
(Paul Van Nevel)
22. Airs de cour français du XVIIe siÚcle
(Lutz Kirchhof)
23. VIVALDI : Les quatre saisons ; Sinfonia “Al Santo Sepolcro” ; Concerto Op.3
(Charlotte Nediger, Tafelmusik)
24. HAYDN : Symponies n° 41-43
(Bruno Weil, Tafelmusik)
25. HAYDN : Symponies n° 44, 51 & 52
(Bruno Weil, Tafelmusik)
26-27. WEISS : Ɠuvres pour luth vol. 1 & 2
(Lutz Kirchhof)
28. VIVALDI : Sonates pour violoncelle et basse continue
(Anner Bylsma)
29. BEETHOVEN : Trios « L’Archiduc » et « des Esprits »
(Anner Bylsma, Vera Beths, Jos Van Immerseel)
30. HAENDEL : Concerti Grossi, Op. 3
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
31. Motets du XVIIe siĂšcle
(Niederaltaicher Scholaren)
32. HAYDN : Les trois derniers trios avec piano
(Anner Bylsma, Vera Beths, Robert Levin)
33. BOCCHERINI : Concertos pour violoncelle en ut majeur et ré majeur
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
34. BOCCHERINI : Sonates pour violoncelle
(Anner Bylsma, Kenneth Slowik, Bob Van Asperen)
35. MOZART : Quintette avec clarinet, quatuor avec clarinette, Trio Kegelstatt
(L’Archibudelli)
36. Musique pour orgue d’Allemagne du nord
(Gustav Leonhardt)
37-38. C.P.E BACH : Intégrale des sonates pour flûte
(Barthold Kuijken, Bob Van Asperen)
39. FRANCHOMME & CHOPIN : Grand Duo Concertant
(Anner Bylsma, Lambert Orkis, Kenneth Slowik)
40. SCHUBERT : Messe n° 5 ; Deutsche Messe
(Bruno Weil)
41. Musique pour orgue en France et au sud des Pays-Bas
(Gustav Leonhardt)
42-43. HAYDN : La Création (Intégrale)
(Bruno Weil, Tafelmusik, Toelzer Knabenchor)
44. AGRICOLA : Un labyrinthe secret
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
45-46. BEETHOVEN : Sonates pour violoncelle et piano
(Anner Bylsma, Jos Van Immerseel)
47. MOZART : Requiem
(Bruno Weil, Tafelmusik)
48. SCHUBERT : Trios avec piano n° 1 & 2
(Anner Bylsma, Vera Beths, Jos Van Immerseel)
49. VIVALDI : 11 concertos
(Anner Bylsma, Jeanne Lamon, Tafelmusik)
50. HAYDN : Les trois derniers quatuors Ă  cordes
(L’Archibudelli)
51. HAENDEL : Feuermusik
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
52-54. TELEMANN : Quatuors parisiens n° 1-12
(Gustav Leonhardt)
55. Utopia Triumphans (Musique de la Renaissance)
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
56. BACH : concertos pour violon
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
57-58. BACH : concertos brandebourgeois
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
59. BRAHMS & SCHUMANN : Sonates pour violoncelle Op. 38 & Op. 99
5 PiĂšces dans le style populaire Op. 102
(Anner Bylsma, Lambert Orkis)
60. HAENDEL : Music for the Royal Fireworks
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)