Operavision : PONCHIELLI, La Gioconda (Bruxelles, La Monnaie, 2019)

gioconda-joconde-vinci-ponchielli-opera-annonce-critique-opera-classiquenewsINTERNET. OPERAVISION : Jusqu’au 11 aoĂ»t 2019. PONCHIELLI, La Gioconda. Intrigues en sous main, complots et rivalitĂ©s, La Gioconda (qui aurait pu donner son nom au portrait de Leonardo da Vinci) souligne le sens de l’honneur et du sacrifice d’une jeune femme harcelĂ©e et torturĂ©e qui Ɠuvre pour sauver et l’homme qu’elle aime (Enzo Grimaldo), et la femme que ce dernier affectionne (Laura Adorno. Dans la Venise baroque (du XVIIĂš), son sacrifice est double, et son humilitĂ© gĂ©nĂ©reuse, admirable. Le rĂŽle titre est Ă©crit pour un grand soprano lyrique et dramatique, angĂ©lique et aussi d’une couleur tragique, souvent hallucinĂ©e. Pilier et guide pour sa mĂšre aveugle (La Cieca, contralto), Gioconda est convoitĂ©e par l’infect Barnaba (espion de l’Inquisition, baryton). Ce dernier ne cesse de manipuler, sĂ©duire, tromper pour possĂ©der le corps de sa proie
 Mais aprĂšs bien des pĂ©ripĂ©ties, La Gioconda parviendra Ă  lui Ă©chapper (en se suicidant) tout en apprenant alors qu’elle expire, que le dit Barbnaba a fait noyer sa mĂšre aveugle
 A la grandeur morale de l’hĂ©roĂŻne, rĂ©pond la terreur et le diabolisme imaginĂ© par Ponchielli et Boito.

D’aprĂšs « Angelo, tyran de Padoue » Victor Hugo, Ponchielli (et son librettiste d’alors : Boito) suit en 1876, les traces de Verdi, lui-mĂȘme inspirĂ© d’ »Ernani » ou du « Roi S’amuse » (pour Rigoletto) ; les compositeurs italiens ont su transposer sans l’attĂ©nuer, la fibre dramatique, parfois cynique et glaçante du thĂ©Ăątre hugolien. Ainsi La Gioconda de Pochielli assure Ă  son auteur, un succĂšs planĂ©taire, jamais dĂ©menti depuis, Ă  l’époque oĂč Verdi Ă©blouit lui aussi la scĂšne romantique italienne, auteur de Aida (1871) et Otello (1887, livret du mĂȘme Boito). La version finale est crĂ©Ă©e en 1880 Ă  La Scala de Milan ; reprise dĂšs dĂ©cembre 1883 au Metropolitan Opera qui lui offre ainsi sa crĂ©ation amĂ©ricaine.

Concevant son drame lyrique pour 6 protagonistes qui sont autant de chanteurs solistes aguerris, Ponchielli renforce l’intensitĂ© du drame tragique (ici l’hĂ©roĂŻne sacrificielle paie de sa mort son sens, forcĂ©ment fatal, d’une indĂ©fectible loyautĂ©). Olivier Py met en scĂšne Ă  Bruxelles, le sommet de l’opĂ©ra dit « vĂ©riste », fort par sa dĂ©clamation proche du thĂ©Ăątre, que renforce la conception de l’action trĂšs intimiste ; mais oĂč les tableaux collectifs citent constamment l’admiration de Ponchielli pour le grand opĂ©ra français (ballet des heures de l’acte III dit « La Ca d’oro »). Histoire de mieux Ă©touffer et martyriser le profil de l’hĂ©roĂŻne confrontĂ©e Ă  un destin collectif qui la dĂ©passe totalement. Le drame se dĂ©roule Ă  Venise, fait rire les masques en grimaces quasi sataniques (selon les actes sadiques du barbares Barnaba) en un palais souterrain quasi innondé  six protagonistes sont dirigĂ©s par maestro Paolo Carignani : BĂ©atrice Uria-Monzon (La Gioconda), Ning Liang (La Cieca), Silvia Tro SantafĂš (Laura), Stefano La Colla (Enzo), Franco Vassallo (Barnaba), Jean Teitgen (Alvise).
INTERNET / Operavision : En direct, Mardi 12 février, 19h PONCHIELLI, La Gioconda. Bruxelles, La Monnaie.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

OPERAVISION
https://operavision.eu/fr
Visionnable jusqu’au 11 aoĂ»t 2019
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/la-gioconda

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, spectacle. MARSEILLE, La Criée, 2 janv 2019. Sur le fil du couteau, Olivier Py chante


COMPTE RENDU, spectacle. MARSEILLE, La CriĂ©e, 2 janv 2019. Sur le fil du couteau, Olivier Py chante
 LE GENRE DE L’ART
 L’Art n’a pas de sexe. En a-t-on subi des colloques exclusivistes Ă  la mode d’une Ă©poque pourtant gĂ©nĂ©reuse luttant pour l’égalitĂ© des sexes, mais en tentant paradoxalement de nous en refuser l’accĂšs pour motif invalidant d’identitĂ© virile, oĂč l’on se plaisait Ă  traquer, Ă  tracer les signes de ce qui serait une Ă©criture « fĂ©minine »,avec des flux, des reflux deleuziens, Ă©rigeant mĂȘme Violette Leduc, l’assignant, la consignant, la confinant en modĂšle du genre pour cause de lesbianisme, comme si le goĂ»t, le penchant, la prĂ©fĂ©rence sexuelle Ă©taient dĂ©finitifs et dĂ©finitoires de la complexitĂ© d’un ĂȘtre, d’une personne sociale, d’une personnalitĂ© artistique. OĂč classer les Rimbaud, Verlaine, Montherlant, Aragon, et autres pour leur bisexualitĂ© ou d’autres encore, comme Proust pour leur homosexualitĂ©, pour en rester Ă  l’écriture, sans parler des Michel-Ange et autres ?

Femmes sur scĂšne
Les arts de la scĂšne ont toujours cultivĂ© le masque et le travesti mais les femmes y ont subi les interdits d’une Église politique, moins libĂ©rale que ses propres canons conciliaires si on les examine sĂ©rieusement, interdites de scĂšne dans le thĂ©Ăątre europĂ©en. Pour Ă©viter l’immoralitĂ© des femmes, les rĂŽles fĂ©minins y furent jouĂ©s trĂšs longtemps par de jeunes garçons, et l’on sait le massacre moral de jeunes mĂąles pour en faire des castrats chanteurs durant des siĂšcles. Fait figure d’exception l’Espagne oĂč un dĂ©cret de 1587 autorise les femmes sur les planches, annulant une interdiction de 1586 qui montre donc qu’elles n’en Ă©taient pas forcĂ©ment absentes au prĂ©alable.

 

 

 

 

Miss Knife

 

 

py-olivier-folle-lyrique-assumee-la-criee-marseille-critique-opera-comedie-on-woman-show-critique-opera-par-classiquenews-critique-concert-rectial-par-classiquenews-DENISET

 

 

C’est pourquoi, au-delĂ  de l’humour, le retour d’hommes comme derniĂšrement Fau et Py Ă  des rĂŽles de femmes sur scĂšne est Ă  la fois un retour Ă  une pratique ancienne et une revendication contemporaine et Ă©ternelle de l’Art au-dessus des sexes et des prĂ©jugĂ©s. D’ailleurs la Miss Knife de Py, dans une sorte de mise en abyme, qui chante les chansons de Py qui la chante, est pure crĂ©ation thĂ©Ăątrale, pure reprĂ©sentation, personnage fĂ©minin au-delĂ  du masculin du crĂ©ateur et acteur, au-delĂ  de l’homosexualitĂ© avouĂ©e de la personne : en consĂ©quence, elle ne se peut juger qu’ici et maintenant, incarnation d’une personnalitĂ© dont la seule transcendance est la scĂšne. La fusion du crĂ©ateur Ă  sa crĂ©ature, de l’interprĂšte Ă  son rĂŽle empĂȘche toute confusion entre la personne et le personnage mĂȘme si, parfois, se glisse un petit dĂ©calage, un dĂ©calque qui fait douter de l’identitĂ©, rĂ©elle ou jouĂ©e, du locuteur : « Je m’adresse Ă  une espĂšce en voie de disparition : les hĂ©tĂ©rosexuels de base, les passifs et les menteurs », ou un jeu sur « Intermittentes » et « tantes ». Mais rien de gras, rien de grave, rien de graveleux, dans la bonne humeur et la belle vitalitĂ© de Miss Knife, aucune caricature de la femme ou de l’homosexuel : elle est Elle, lĂ , pleinement, tout en condensant, en Une, singuliĂšre, les expĂ©riences plurielles de nombreuses femmes. Elle nous fera rire sans jamais ĂȘtre ridicule ni ridiculiser personne, telle qu’en elle-mĂȘme : Miss Knife. Qui doit peut-ĂȘtre son nom tranchant Ă  Mackie the Knife, de Brecht et Weill, version anglaise ou amĂ©ricaine Ă  la mode, tel Johny Hallyday.
DiadĂšme sur perruque platine sur robe lamĂ©e or bien ouverte sur des bas-rĂ©silles sur talons hauts : sur, sur, sur, sur, surcharge, surdĂ©termination des attributs de la star au fĂ©minin ; longs pendants d’oreilles encadrant des cils charbonnĂ©s de rimmel et bouche sanglante de rouge, pectoral de strass Ă  dĂ©faut de diamants coulant du cou Ă  la taille, rutilante, Miss Knife, Ă  elle seule, saluĂ©e en musique par ses musiciens, envahit la scĂšne.
Tout sourire, toute chaleur, tout le corps, bras, gestes, en mouvements dansants, en rythme sur le tempo et accents de la musique, des airs souvent « latinos », elle Ă©tincelle, Ă©blouit, mais, tout en semblant l’exaltation, l’extatique jamais statique incarnation de la star triomphante, son texte, d’entrĂ©e, sous l’aurĂ©ole de la gloire, sous les fleurs de l’apparente rĂ©ussite, en Ă©nonce, dĂ©nonce les Ă©pines, le mythe mitĂ©, leMartyre sous les roses, la rançon du succĂšs, si succĂšs il y eut.
Et, en clĂŽture, en fin, ce sera, malgrĂ© la lune de Pampelune et son poĂ©tique jardin, comme tombe le rideau sĂ©pulcral de la scĂšne de la vie baroque, l’inĂ©luctable constat : « la nuit s’achĂšve, tout s’efface », « la vie passe, tout s’efface », bref : « la vie brĂšve ».
Mais quelle vie ? À coup sĂ»r, sur le fil de cette lame de son nom, le fil du rasoir : la mort, qui hante tous ses propos depuis cette proposition annoncĂ©e d’entrĂ©e, son credo, son « carpe diem » :
« S’il faut mourir un jour, / Il faut apprendre Ă  vivre ».
Mais encore, comment apprendre Ă  vivre ? Dure leçon de la vie : sous les feux de la rampe qui font exister ce brillant insecte, cette Ă©blouissante femme qui s’exhibe dans ses trois divers costumes fastueux en tapageuse et aveuglante image de la rĂ©ussite, offerte Ă  la consommation du public, il y a la consumation de l’artiste, l’ombre des coulisses, le mĂ©pris insultant des critiques, les tournĂ©es minables dans des hĂŽtels une Ă©toile, la solitude, la vraie vie, sans sĂ©curitĂ©, la difficultĂ©s « des fins de mois qui durent trente jours », desIntermittentes, scandĂ©e par une marche funĂšbre.
Tout semble vu au passĂ©, un bilan affectif dĂ©sespĂ©rant, « les amours sans promesses », catalogue Ă  la Villon desNeiges d’antan, « Que sont mes amants devenus ? ». Aussi affligeant du point de vue artistique :rĂ©trospective d’une carriĂšre, dĂ©risoire sous le clinquant de ses faux ors, perception du temps qui fuit, des rides qui arrivent et la peur du verdict final d’un public absent, le couperet : « Ringard ». Les trĂ©passĂ©s, les suicidaires, la corde pour se pendre, la nuit noire, les oubliĂ©s de l’Histoire, c’est tout un champ sĂ©mantique de la dĂ©sespĂ©rance qu’avec sarcasme, un rire amer, mordant les mots, chante et distille Miss Knife. MĂȘme son bis « Padam, padam, padam », aura un cri de dĂ©sespoir testamentaire : « Comme si tout mon passĂ© dĂ©filait.»
Voix naturelle d’homme pour cette femme, timbre chaud d’un grave corsĂ© Ă  un aigu non corsetĂ©, Ă  part quelques faussets plaisants, puissante, sonore, dĂ©bordant la scĂšne et abordant la salle, sans besoin de micro, Miss Knife si elle sait se faire remarquer, sait aussi se faire entendre, avec le luxe de la « Romance Ă  l’étoile » du Wolfram du TannhĂ€userde Wagner en français. PrĂ©ludĂ© pour la deuxiĂšme partie en standard de jazz dĂ©licatement inventif par les musiciens, remarquablement interprĂ©tĂ© en chanson entre confidence et grande vocalitĂ©, on ne peut s’empĂȘcher d’y sentir un aveu sentimental d’une douloureuse douceur : le germanique « sterne », ‘star’ en anglais, devient â€˜Ă©toile’ donc, comme une parenthĂšse de rĂȘve mĂ©lancolique de cette deuxiĂšme partie, dans le texte de Wagner, un salut et envoi Ă  quelqu’un, qui n’est plus de ce monde, devenu un ange dont on espĂšre la protection. Subtil renvoi mĂ©moriel Ă  ce nostalgique « Paradis perdu », dont semble ne pouvoir guĂ©rir Miss Knife, ou Ă  l’ĂȘtre cher disparu qui la hante, et qu’elle chante de dĂ©chirante façon : « J’entends ta voix ! »
Apparemment sans se prendre au sĂ©rieux, Miss Knife qui, Ă  l’en croire « aime dĂ©sespĂ©rer la jeunesse », mais les autres aussi, chante des choses graves. D’un air triomphant, femme parlant des femmes, par-dessus les sexes, elle s’adresse en fait Ă  tous ; elle chante, au-delĂ  de drames fĂ©minins du quotidien, « les dĂ©faites », les Ă©checs de la vie Ă  aimer malgrĂ© tout, oĂč le « rĂŽle est toujours trop court. » Sous la dĂ©rision, les rires, les paillettes, les aigrettes, les robes multiples, ce n’est pas un homme en femme, c’est le tragique de la vie qui est travesti.
Adieux ? Ce n’est qu’un au revoir, on l’espùre.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, spectacle. MARSEILLE, La Criée, 2 janv 2019. Sur le fil du couteau, Olivier Py chante

Les Premiers adieux de Miss Knife
En partenariat avec Marseille-Concerts,

Avec Olivier Py chant ; Julien Jolly, batterie, Olivier Bernard, saxophone et flûte ; Stéphane Leach, piano ; Sébastien Maire, contrebasse.
Textes Olivier Py. Musiques StĂ©phane Leach sauf Martyre sous les roses, J’ai bien roulĂ© ma bosse et Les jardins de pampelune,musique Jean-Yves Rivaud.Romance de l’Étoile textes et musique : Richard Wagner.

________________________________________________________________________________________________

ON POURRA RETROUVER OLIVIER PY ET MISS KNIFE‹ DANS ‹Mam’zelle Nitouche, comĂ©die vaudeville d’HervĂ©

COMPTE RENDU, spectacle. MARSEILLE, La Criée, 2 janv 2019. Sur le fil du couteau, Olivier Py chante


 

Cette production du Palazzetto Bru Zane avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă  Toulon et j’en avais fait un compte-rendu enthousiaste sur classiquenews. LIRE ici notre critique de Mam’zelle Nitouche, comĂ©die vaudeville d’HervĂ©

Photos : © Éric Deniset

MAM’ZELLE NITOUCHE : l’opĂ©rette selon HervĂ© (1883)

herve par lui meme actes sud livres critique classiquenews operette offenbach herve ISBN 978 2 330 05650 6TOURS, OpĂ©ra. 27 – 31 dĂ©cembre 2018. Mam’zelle Nitouche. Le vaudeville d’HervĂ© marque l’essor voire l’ñge d’or de l’opĂ©rette française florissante sur les grands boulevards parisiens dans les annĂ©es 1880, annĂ©es marquĂ©es aussi par la wagnĂ©risme en Europe. Offenbach a triomphĂ© dans les annĂ©es 1860. De sa vĂ©ritable identitĂ©, Florimond Ronger, HervĂ© (1825 – 1892) cumule tous les talents (organiste, chanteurs, acteurs, directeur de troupes, metteur en scĂšne, compositeur, Ă©crivain
) : ce rival d’Offenbach prend une place croissante aujourd’hui ; il livre les titres les plus dĂ©jantĂ©s dans la veine comique burlesque.
Autodidacte, l’orphelin apprend la composition aux cĂŽtĂ© d’Auber Ă  Paris; sa premiĂšre opĂ©rette, Don Quichotte est une pochade parodique et comique, assez dĂ©jantĂ©e, crĂ©Ă© en 
 1847. Il n’a que 22 ans. Puis, dans les annĂ©es 1850, il prĂ©sente ses propres opĂ©rettes et celles d’Offenbach. Aux « DĂ©lassements-Comiques », nouvelle salle dont il est directeur musical, HervĂ© propose Le Hussard persĂ©cutĂ© qui frappe les esprits
 il devient alors un auteur rĂ©putĂ©. Suivent Les Chevaliers de la table ronde (Bouffes-Parisiens), puis Le petit Faust (1869, aux Folies-Dramatiques), applaudis surtout en Angleterre. Vite dĂ©modĂ© Ă  Paris, HervĂ© joue et chante dans OrphĂ©e aux enfers d’Offenbach en 1878 : il est Jupiter.
Mais il n’a pas dit son dernier mot. Aux VariĂ©tĂ©s, HervĂ© refait carriĂšre grĂące Ă  ses vaudevilles-opĂ©rettes Ă©crites pour sa muse Anna JUDIC : ainsi Lili (1882) et Mam’zelle Nitouche de 1883. Le sujet s’inspire de ses dĂ©buts Ă  Paris quand il Ă©tait organiste (Ă  Saint-Eustache) et compositeur la nuit
. CrĂ©Ă©e aux VariĂ©tĂ©s le 26 janvier 1883, sur un livret de Meilhac et Millaud, elle remporte un grand succĂšs (212 reprĂ©sentations).

 

 

mam-zelle-nitouche-denise-herve-operette-critique-annonce-opera-par-classiquenewsSYNOPSIS
 CĂ©lestin, organiste au couvent des Hirondelles le jour, est Floridor, auteur d’opĂ©rettes le soir. Denise de Flavigny, fiertĂ© du couvent, travaille sous sa direction ses cantiques. Mais Denise aime plutĂŽt chanter les airs de Floridor
 trouvĂ©es dans les affaires de CĂ©lestin. A Paris, la nonne devenue Mam’zelle Nitouche assure la relĂšve dans la derniĂšre piĂšce de CĂ©lestin, puis les deux se dĂ©guisent en recrues de l’armĂ©e, avant que le fiancĂ© de Denise ne tombe amoureux (aussi) de Nitouche
 le vaudeville est riche en pĂ©ripĂ©ties, dĂ©lirant Ă  souhaits, rien que divertissant grĂące Ă  la facilitĂ© qu’a HervĂ© Ă  mĂȘler tous les genres : sacrĂ©, grivois, militaire
 HervĂ© est bien, avec Offenbach, l‘inventeur de l’opĂ©rette française. VoilĂ  une partition qui « dĂ©voile les plus grands mystĂšres,   » car « nous vous parlerons d’amour, de femmes Ă  barbes, et de vocations ; cette vocation qui fait brĂ»ler les planches, valser les couvents et vibrer les garnisons
 venez dĂ©guster nos religieuses !  ». Le ton est dit. Place au dĂ©lire thĂ©Ăątral et musical.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

HervĂ© : Mam’zelle Nitoucheboutonreservation
Opéra de Tours

Jeudi 27 dĂ©cembre – 20h
Vendredi 28 dĂ©cembre – 20h
Dimanche 30 dĂ©cembre – 15h
Lundi 31 dĂ©cembre 2018 – 19h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/mam-zelle-nitouche

 

 

________________________________________________________________________________________________

mam-zelle-nitouche-denise-herve-operette-critique-annonce-opera-par-classiquenewsMam’zelle Nitouche de HervĂ© – Vaudeville – OpĂ©rette en 3 actes et 4 tableaux
Créé le 26 janvier 1883 au Théùtre des Variétés
Livret d’Henri Meilhac et Arthur Millaud

Denise de Flavigny / Mam’zelle Nitouche : Lara Neumann
CĂ©lestin / Floridor : Damien Bigourdan / Matthieu LĂ©croart
La Supérieure / Corinne : Miss Knife (Olivier Py)
Loriot : Olivier Py
Le Vicomte Ferdinand de Champlùtreux : Flannan Obé
Le Major, comte de ChĂąteau-Gibus : Eddie Chignara
La TouriĂšre / Sylvia : Sandrine Sutter
Le Directeur de théùtre : Antoine Philippot
Lydie : Clémentine Bourgoin
Gimblette : Ivanka Moizan
Gustave, officier : Pierre Lebon
Robert, officier : David Ghilardi
Le Régisseur de scÚne : Piero (alias Pierre-André Weitz)

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scÚne, décors et costumes : Pierre-André Weitz

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu, opéra. Lyon, Opéra, le 16 mars 2016. Halévy : La Juive. Olivier Py

ju3Compte rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 16 mars 2016. HalĂ©vy : La Juive. Olivier Py. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Ă  Lyon, Jean-François Lattarico… Retour trĂšs attendu de la Juive Ă  l’opĂ©ra de Lyon aprĂšs 180 ans d’absence. Production phare de la saison lyonnaise, la Juive rĂ©unissait l’Ɠil avisĂ© d’Olivier Py et la direction nerveuse de Daniele Rustioni, futur directeur musical de l’opĂ©ra des Gaules. Le genre typiquement français du Grand OpĂ©ra revient en odeur de saintetĂ©, malgrĂ© les contraintes du genre (durĂ©e quasi wagnĂ©rienne, nombreux et coĂ»teux effets de masse, rĂŽles Ă©crasants, scĂ©nographie spectaculaire intĂ©grĂ©e Ă  la dramaturgie, etc.). Py l’avait abordĂ© Ă  Strasbourg (Les Huguenots de Meyerbeer), et la double conscience politique et religieuse qui anime sa conception du thĂ©Ăątre, y compris musical, ne pouvait qu’ĂȘtre inspirĂ©e par le chef-d’Ɠuvre de HalĂ©vy. Certes la poĂ©sie de la Juive n’est pas du meilleur Scribe, mĂȘme si le livret, dramatique Ă  souhait, est terriblement efficace (mais on rappellera que l’air le plus cĂ©lĂšbre de la partition, « Rachel quand du seigneur », fut Ă©crit par Adolphe Nourrit, crĂ©ateur du rĂŽle). Sur scĂšne Pierre-AndrĂ© Weitz a mis en place un ingĂ©nieux dispositif unique, noir, comme Ă  l’accoutumĂ©e, avec des reflets Ă  la Soulage, en mouvement constant, des arbres calcinĂ©s en fond de scĂšne, encadrĂ©s par de grands panneaux latĂ©raux en forme de bibliothĂšques qui serviront de mur de priĂšre Ă  ÉlĂ©azar au cours de l’opĂ©ra et constituent en mĂȘme temps un clin d’Ɠil au mĂ©morial berlinois de la Shoah. On pourrait trouver que ce dispositif minimaliste ne rende guĂšre justice au faste intrinsĂšque du genre, amputĂ© de plus d’une heure de musique, dĂ©pouillĂ© de son inĂ©vitable ballet (et chose plus regrettable, de la cĂ©lĂšbre cabalette de Rachel « Dieu m’Ă©claire »), mais il y a dans l’Ɠuvre une importante dimension intimiste (et intimistes sont la plupart des numĂ©ros de l’opĂ©ra) qui justifie ce parti-pris tout en prĂ©servant en mĂȘme temps l’Ă©merveillement que doit susciter le genre du Grand OpĂ©ra en multipliant constamment les points de vue, les angles visuels, comme si ces dĂ©cors en mouvement dessinaient le dĂ©roulĂ© architectural de l’action.

Il en rĂ©sulte une grande lisibilitĂ© de l’action, moins spectaculaire cependant que dans les grandes fresques historiques d’un Meyerbeer. Car c’est bien le sujet qui constitue la force et l’originalitĂ© de l’Ɠuvre, centrĂ©e sur une sombre histoire de famille sur fond de conflit

religieux. La transposition ne trahit pas l’Ɠuvre mĂȘme si Eudoxie, grimĂ©e en Marilyn nymphomane, semble tout droit sortir d’un film amĂ©ricain des annĂ©es Cinquante. La transposition est d’ailleurs justifiĂ©e par l’Ă©loge des plaisirs qu’elle tresse au dĂ©but du troisiĂšme acte (« Que le plaisir y rĂšgne dĂ©sormais »). Si la volontĂ© de rendre un opĂ©ra extrĂȘmement codifiĂ© audible Ă  nos oreilles en lui trouvant une rĂ©sonance contemporaine justifie la rĂ©fĂ©rence Ă  la xĂ©nophobie rĂ©surgente de nos sociĂ©tĂ©s, on peut regretter que celle-ci soit aussi nettement appuyĂ©e (voir les panneaux «La France aux Français », « Les Ă©trangers dehors », etc. brandis par les habitants de la ville), substituant Ă  la polysĂ©mie propre Ă  toute Ɠuvre d’art les clĂ©s pour livrer au public une interprĂ©tation univoque.

La distribution est dans l’ensemble homogĂšne et sur bien des points exemplaire. Au Neil Shicoff de la production parisienne de Pierre Audi que nous avions vue en 2007, succĂšde Nikolai Schucoff, au timbre Ă©poustouflant de clartĂ©, de diction, capable en mĂȘme temps des plus bouleversants pianissimi (comme dans le dĂ©but de son grand air) et faisant montre d’une ampleur vocale assez impressionnante. L’autre grand tĂ©nor de la distribution, Enea Scala dans le rĂŽle de LĂ©opold, lui vole presque la vedette tant sa facilitĂ© dans l’aigu et le suraigu est confondante. Le Brogni de Roberto Scandiuzzi sait allier la noblesse et le pathos que son rĂŽle exige Ă  travers un ambitus aux abĂźmes caverneux, tout comme le prĂ©vĂŽt Ruggiero que campe superbement Vincent Le Texier, malgrĂ© un lĂ©ger tremblement dans la voix. MĂȘme le rĂŽle Ă©pisodique d’Albert est fort bien tenu par le britannique Charles Rice.

Si la soprano espagnole Sabina PuĂ©rtolas offre une palette fort riche au rĂŽle d’Eudoxie, la dĂ©ception vient de celui de Rachel, tenu par Rachel Harnisch. Certes, la voix est bien posĂ©e, les graves alternent avec un art consommĂ© du chant pianissimo, le style est impeccable, mais la voix manque de souffle, au point qu’elle est souvent couverte dans les ensembles ou simplement par l’orchestre quand elle chante seule, et le dĂ©sĂ©quilibre avec les autres interprĂštes est presque constant.

Mention spĂ©ciale pour les chƓurs d’une puissance et d’une prĂ©cision proprement extraordinaires. Si la direction de Daniele Rustioni rĂ©vĂšle la fougue nĂ©cessaire qu’exige ce rĂ©pertoire, on regrettera pour le coup une nervositĂ© trop uniforme qui escamote les nuances prĂ©sentes dans une partition paradoxalement riche en formes closes intimistes. GrĂące Ă  Serge Dorny, ce chef-d’Ɠuvre entre durablement au rĂ©pertoire. La reprise est dĂ©jĂ  annoncĂ©e à Strasbourg la saison prochaine. Une raison suffisante pour retourner voir ce drame qui s’achĂšve en tragĂ©die. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Ă  Lyon, Jean-François Lattarico

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Garnier, le 16 juin 2015. Gluck : Alceste. Véronique Gens, Stéphane Degout, Stanislas de Barbeyrac
 Choeur et Orchestre des Musiciens du Louvre. Marc Minkowski, direction. Olivier Py, mise en scÚne.

Alceste de Christoph Willibald Gluck ,  Mise en scĂšne Olivier Py ,  MARC MINKOWSKI Direction musicale OLIVIER PY Mise en scĂšneReprise de l’Alceste de Gluck Ă  l’OpĂ©ra de Paris ! La production de 2013 d’Olivier Py revient Ă  son lieu de crĂ©ation en cette fin de printemps 2015. Un des opĂ©ras rĂ©formistes de Gluck, dont la dĂ©dicace Ă  LĂ©opold II, grand-duc de Toscane, rĂ©affirme les principes de son inspiration : retour Ă  une « puretĂ© » musicale primitive, prĂ©sentĂ©e comme noble simplicitĂ©, soumission de la musique au texte par souci de « vraisemblance », absence de toute virtuositĂ© vocale, etc. Une des nos tragĂ©diennes prĂ©fĂ©rĂ©es, VĂ©ronique Gens, dans le rĂŽle-titre est accompagnĂ© par une distribution de talent et les fabuleux Musiciens du Louvre dirigĂ©s par Marc Minkowski.

 

 

 

Gluck ou la rĂ©forme des cƓurs / des moeurs

 

Il paraĂźt qu’on a tendance Ă  bien aimer les artistes qui savent faire de la pauvretĂ©, vertu. Avec Gluck (et Calzabigi son librettiste originel), nous sommes devant une rupture avec le passĂ©, avec l’opĂ©ra seria italien que le compositeur franconien dĂ©crie. Les nuances psychologiques s’affinent, le discours acquiert une nouvelle forme d’unitĂ©, les contrastes et les enchaĂźnements ont comme but unique d’amĂ©liorer l’expĂ©rience dramatique, sans recourir aux procĂ©dĂ©s virtuoses jugĂ©s non nĂ©cessaires, ou superficiels et potentiellement nuisibles Ă  l’expĂ©rience lyrique, qui est avant tout,  pour Gluck, une expĂ©rience thĂ©Ăątrale. Beaucoup d’encre a coulĂ© et coule encore au sujet de la rĂ©forme Gluckiste, qui a surtout marquĂ© l’esprit de la musique française au XVIIIe siĂšcle et voit dans Berlioz un continuateur.

Le phĂ©nomĂšne historique explique et illustre le rĂŽle de Gluck dans l’histoire de la musique, et nous cĂ©lĂ©brons lĂ©gitimement ses pages d’une beautĂ© intense, mais non sans rĂ©flexion ni rĂ©serve. Pour faire le contrepoids Ă  l’idolĂątrie dont nombreux tombent devant Gluck le rĂ©formateur, nous prĂ©sentons une citation de Jean-Jacques Rousseau, philosophe et musicien, extraite des « Fragments d’observation sur l’Alceste de Gluck » :

 « Je ne connois point d’OpĂ©ra, oĂč les passions soient moins variĂ©es que dans l’Alceste; tout y roule presque sur deux seuls sentimens, l’affliction et l’effroi ; et ces deux sentimens toujours prolongĂ©s, ont dĂ» coĂ»ter des peines incroyables au Musicien, pour ne pas tomber dans la plus lamentable monotonie. En gĂ©nĂ©ral, plus il y a de chaleur dans les situations, et dans les expressions, plus leur passage doit ĂȘtre prompt et rapide, sans quoi la force de l’émotion se ralentit dans les Auditeurs, et quand la mesure est passĂ©e, l’Auteur a beau continuer de se dĂ©mener, le spectateur s’attiĂ©dit, se glace, et finit par s’impatienter » (l’orthographe est d’origine).

 

 

 

Sincérités et profondeurs

 

 

alceste-gluck-palais-garnier-barbeyrac-gens-olivier-pyDevant la trĂšs bonne prestation des musiciens de l’orchestre dirigĂ©s par Marc Minkowski, il est difficile de s’impatienter, au contraire : nous sommes constamment stimulĂ©s par les talents combinĂ©s d’excellents musiciens qui maĂźtrisent parfaitement le style Gluckiste. A une musicalitĂ© d’une simple beautĂ© se joigne un brio instrumental illustratif et puissant pour le plus grand bonheur des auditeurs. L’immense musicalitĂ© est sans doute partout chez les chanteurs-acteurs Ă©galement. L’histoire inspirĂ©e de l’Alceste d’Euripide, oĂč la reine dĂ©cide de mourir pour sauver le roi AdmĂšte, est ce soir reprĂ©sentĂ©e par une distribution riche en talents et personnalitĂ©s. VĂ©ronique Gens est une Alceste Ă  la fois noble et dĂ©rangĂ©e. Une interprĂ©tation d’une grande humanitĂ© dont nous nous rĂ©jouissons en vĂ©ritĂ©. HabituĂ©e du rĂŽle, elle y est tout Ă  fait impressionnante que ce soit dans l’air « DivinitĂ©s du Styx » Ă  la fin du Ier acte, de grand impact, ou encore dans les duos du II et le trio du III. Son AdmĂšte est interprĂ©tĂ© par Stanislas de Barbeyrac, dont nous louons le timbre d’une ravissante beautĂ©, tout comme sa plastique Ă  la fois fraĂźche et distinguĂ©e. Son instrument est sans doute d’une Ă©lĂ©gance rare, son chant est bien projetĂ©, sa prĂ©sence est Ă  la fois douce et affirmĂ©e, sa candeur et son investissement touchent l’ouĂŻe et les cƓurs… Mais, il a un souci avec les consonnes fricatives (ses S sonnent souvent comme des F voire des « th »anglais  non voisĂ©s ) et ceci reprĂ©sente une vĂ©ritable distraction. Il est vrai qu’une Prima Donna assoluta comme Dame Joan Sutherland a fait une carriĂšre Ă  grand succĂšs commercial et artistique avec une articulation trĂšs modeste dans toutes les langues sauf l’anglais (elle s’est amĂ©liorĂ©e plutĂŽt vers la fin de sa carriĂšre), ceci n’est pas le cas du jeune tĂ©nor, qui peut parfaitement bien dĂ©clamer ce qu’on lui propose. Si personne ne lui fait jamais la remarque, et nous constatons l’absence totale de commentaires Ă  ce sujet dans les mĂ©dias, il ne pourra peut-ĂȘtre pas s’amĂ©liorer dans ce sens. Il a une carriĂšre prometteuse devant lui et nous lui souhaitons tout le meilleur.

StĂ©phane Degout dans le rĂŽle du Grand PrĂȘtre d’Apollon / Hercule est tout panache. En vĂ©ritable chanteur-acteur, il a une aisance scĂ©nique tout Ă  fait magnĂ©tique Ă  laquelle se joigne un art de la langue française impressionnant et une voix toujours aussi solide. Ensuite, François Lis Ă  la voix large et profonde campe un Oracle / Une divinitĂ© infernale sans dĂ©faut. Les coryphĂ©es Manuel Nunez Camelino, Chiara Skerath, Tomislab Lavoie et KĂ©vin Amiel, sont inĂ©gaux mais nous fĂ©licitons leurs efforts de s’accorder Ă  cet arĂ©opage de l’excellence. Les choeurs sont quant Ă  eux, … excellents dans leur expression. FĂ©licitons leur chef Christophe Grapperon.

barbeyrac De-Barbeyrac-haute-photo-Y.-Priou-682x1024Saluons enfin l’Ɠuvre d’Olivier Py, dont les tĂ©moignages publiques dĂ©crivent un « vƓu » de pauvretĂ© pour la mise en scĂšne d’Alceste, tout Ă  fait en concordance, il nous semble, avec les spĂ©cificitĂ©s de l’opus. Ici ce vƓu voit sa justification la plus frappante par les dĂ©cors, des parois noires oĂč cinq artistes dessinent et effacent en permanence au cours du spectacle, illustrant parfois de façon abstraite parfois de façon Ă©vocatrice certaines couches de signification du livret. Nous voyons ainsi par exemple un cƓur gĂ©ant, reprĂ©sentant la raison d’ĂȘtre de l’Ɠuvre, illustrant la motif pour lequel Alceste dĂ©cide de se sacrifier, par amour. Une mort d’amour qui sauvera le Roi AdmĂšte et dont elle prend la dĂ©cision non sans hĂ©sitation. Une mort d’amour qui n’aura pas lieu puisque nous sommes bien en 1776 (annĂ©e de crĂ©ation) et que M. Gluck, aussi rĂ©formateur soit-il, a une volontĂ© de rupture avec les conventions… ma non tanto.
En dĂ©pit de ce vƓu, Olivier Py nous fait quand mĂȘme part de sa grande culture artistique avec une mise en scĂšne, certes dĂ©pouillĂ©e, mais quelque peu pimentĂ©e de rĂ©fĂ©rences dĂ©licieuses et parfois hasardeuses (nous pensons au danseur qui clĂŽt le show, avec des mouvements trĂšs fortement inspirĂ©s du Nijinsky de l’AprĂšs-Midi d’un Faune, par exemple). Comme d’habitude les dĂ©cors sont assurĂ©s par le collaborateur fĂ©tiche du metteur en scĂšne, Pierre-AndrĂ© Weitz. Si les escaliers omniprĂ©sents, malgrĂ© leur modernitĂ© matĂ©rielle, renvoient directement au rĂȘve scĂ©nique d’Adolphe Appia (1860 – 1928), metteur en scĂšne et dĂ©corateur Suisse, et l’architecture mobile Ă  Edward Norton Craig (1872 – 1966), acteur, metteur en scĂšne et dĂ©corateur anglais, le tout paraĂźt d’une grande actualitĂ©. Il existe surtout cette cohĂ©sion, cette unitĂ© que Gluck voulait, mais qui est Ă  la fois commentĂ©e, illustrĂ©e, mĂȘme parodiĂ©e par le biais des procĂ©dĂ©s scĂ©niques et artistiques qui, comme d’habitude chez Olivier Py, poussent Ă  la rĂ©flexion. Un vĂ©ritable artiste qui se sert des artifices pour narrer les vĂ©ritĂ©s. L’essence du thĂ©Ăątre en somme.

Cette Alceste de Gluck rĂ©alisĂ© par Olivier Py, doit ĂȘtre vue, Ă©coutĂ©e, comprise. Une reprise que nous recommandons vivement Ă  nos lecteurs, encore Ă  l’affiche au Palais Garnier les 18, 20, 23, 25, et 28 juin ainsi que le 1er, 5, 7, 9, 12 et 15 juillet 2015.

 

Illustrations : DiffĂ©rents tableaux de la production d’Alceste par Olivier Py, Stanislas de Barbeyrac, tĂ©nor (DR)

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 26 avril 2015. Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue. Jeanne-MichĂšle Charbonnet, Sylvie Brunet-Grupposo, GaĂ«lle Alix, Marc Barrard. Choeurs de l’OpĂ©ra du Rhin. Sandrine Abello, direction. Orchestre symphonique de Mulhouse. Daniele Callegari, direction. Olivier Py, mise en scĂšne.

idukasp001p1Nouvelle production choc Ă  l’OpĂ©ra National du Rhin. Olivier Py revient dans la maison alsacienne pour le seul opĂ©ra du compositeur français Paul Dukas, Ariane et Barbe-Bleue, d’aprĂšs la piĂšce Ă©ponyme du symboliste belge Maurice Maeterlinck. La distribution et l’Orchestre symphonique de Mulhouse sont dirigĂ©s par le chef Daniele Callegari, et les fabuleux choeurs de l’OpĂ©ra par Sandrine Abello. Un spectacle d’une grande richesse habitĂ© des fantasmes et des mystĂšres, un commentaire sur l’Ăąme et ses faiblesses atemporelles comme il est tout autant allĂ©gorie de la conjoncture mondiale actuelle.  Jamais le thĂ©Ăątre lyrique n’a paru mieux reflĂ©ter comme un miroir les pulsations troubles de notre temps. C’est bien ce qui fait la justesse de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Strasbourg.

Pari rĂ©ussi pour cette nouvelle production de l’Ariane de Dukas

Richesse et liberté qui dérangent

Paul Dukas est connu surtout par sa musique instrumentale, et presque exclusivement grĂące Ă  son poĂšme symphonique archicĂ©lĂšbre l’Apprenti Sorcier d’aprĂšs Goethe, en dĂ©pit de la grande valeur et de l’originalitĂ© des piĂšces telles que sa Sonate en mi mineur d’une difficultĂ© redoutable, sa Symphonie en do et son fabuleux ballet La PĂ©ri, vĂ©ritable chef-d’oeuvre d’orchestration française. Son seul opĂ©ra, dont la premiĂšre Ă  eu lieu en 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique, a divisĂ© la critique Ă  sa crĂ©ation mais est progressivement devenu cĂ©lĂšbre dans l’Hexagone et mĂȘme Ă  l’étranger. Or, il s’agĂźt toujours d’un opĂ©ra rarement jouĂ© et mis en scĂšne, qui faisait uniquement parti du rĂ©pertoire de quelques maisons d’opĂ©ra, notamment Paris. Dans sa dĂ©marche passionnante, audacieuse et sincĂšre, Marc ClĂ©meur, directeur de l’OpĂ©ra National du Rhin, change la donne en le programmant et invitant nul autre qu’Olivier Py.

 

 

DUKAS opera du rhin ariane et barbe bleue critique compte rendu classiquenews mai 2015 ARIANE ET BB_photoAlainKaiser_7548L’histoire de Maeterlinck est un mĂ©lange du mythe grec antique d’Ariane (emprisonnĂ©e dans le labyrinthe du Minotaure) et du conte de Perrault Barbe-Bleue, oĂč une femme sans nom se marie au monstre, qui sera tuĂ© par ses frĂšres, et dont elle hĂ©ritera la fortune. Une Ɠuvre symboliste oĂč l’on trouve MĂ©lisande parmi d’autres princesses Maeterlinckiennes (SĂ©lysette, Alladine, BellangĂšre et Ygraine) ; ces femmes sont prisonniĂšres au chĂąteau de Barbe-Bleue oĂč Ariane est venue vivre, avec la mission de les dĂ©livrer du monstre. Avec l’aide de sa nourrice, et aprĂšs s’ĂȘtre promenĂ©e partout dans le chĂąteau, ouvrant des portes interdites, elle rĂ©ussit sa tĂąche. Mais ces princesses prisonniĂšres ne veulent pas la libertĂ©. OĂč comment la plupart des hommes s’attachent Ă  leurs tĂ©nĂšbres confortables et refusent la libertĂ© de la raison, de la lumiĂšre. Une Ɠuvre qui date de plus d’un siĂšcle et qui parle subtilement, brumeusement, comme tout le thĂ©Ăątre symboliste d’ailleurs, d’une triste et complexe rĂ©alitĂ© toujours d’actualitĂ©. Si rien n’est jamais trop explicite dans cette Ɠuvre, le commentaire sur l’Ă©chec des « rĂ©volutions » rĂ©centes, la remontĂ©e des nationalismes, le retour et l’acceptation de l’obscurantisme religieux y sont implicites, Ă©vidents et surtout trĂšs justement exprimĂ©s. Il s’agirait en vĂ©ritĂ© d’un opĂ©ra rĂ©volutionnaire par son livret, mais sans l’intention de l’ĂȘtre.

Dans les mains fortes et chaudes, tenaces et habiles d’Olivier Py, nous avons le plaisir de dĂ©couvrir des couches de signification, habillĂ©es et habitĂ©es par le mysticisme et la sensualitĂ©. Mais ces plaisirs quelque peu superficiels cachent un cƓur hautement inspirĂ©, une pensĂ©e profonde et complexe. Ainsi l’opĂ©ra se dĂ©roule en deux plans, fantastique travail de son scĂ©nographe fĂ©tiche Pierre-AndrĂ© Weitz ; en bas, nous sommes dans le monde rĂ©el, une prison en pierre dans un chĂąteau, peut-ĂȘtre. En haut, l’imaginaire. Le royaume des bijoux, des mirages, des forĂȘts et des prisons, des fantasmes et des fantĂŽmes.

DUKAS scene double ARIANE ET BB_photo AlainKaiser_7474Ariane est omniprĂ©sente au cours des trois actes. Dans ce rĂŽle, Jeanne-MichĂšle Charbonnet, qu’on l’accepte ou pas les quelques aigus tremblants (mais jamais cassĂ©s!) d’un des rĂŽles les plus redoutables du rĂ©pertoire, est tout Ă  fait imposante (NDLR: la soprano avait dĂ©jĂ  chantĂ© chez Py pour sa fabuleuse Isolde, prĂ©sentĂ© en Suisse puis surtout par Angers Nantes OpĂ©ra, seule place française qui osa programmer en 2009 une production lyrique qui demeure la meilleure du metteur en scĂšne Ă  ce jour). Son Ariane pourrait s’appeler Marianne tellement sa prĂ©sence est parfaitement adaptĂ©e au personnage qu’elle interprĂšte, une femme rĂ©volutionnaire, en quelque sorte. Elle sortira triomphante mais sa rĂ©volution est un Ă©chec. La Nourrice de Sylvie Brunet-Grupposo, quant Ă  elle, agite les cƓurs avec une prĂ©sence aussi magnĂ©tique, un art de la dĂ©clamation ravissant, un chant tout autant incarnĂ© que son jeu d’actrice. Remarquons aussi les prestations des princesses enfermĂ©es, Aline Martin en SĂ©lysette, Rocio PĂ©rez en Ygraine, GaĂ«lle Alix en MĂ©lisande ainsi que Lamia Beuque en BellangĂšre (Alladine, jouĂ©e par DĂ©lia Sepulcre Nativi, est un rĂŽle muet). Un travail d’acteur formidable, un chant sincĂšre et Ă©quilibrĂ© les habite en permanence ou presque.

dukas-paul-ariane-et-barbe-bleue-opera-opera-du-rhin-avril-2015Et l’Orchestre symphonique de Mulhouse sous la direction de Daniele Callegari ? Une vĂ©ritable surprise, par les couleurs et l’intensitĂ©, certes, mais surtout par la justesse, par le souci des nuances fines, par l’attention aux voix sur le plateau et Ă  l’Ă©quilibre par rapport Ă  la fosse. Une approche qui paraĂźtrait millimĂ©trique et intellectuelle mais qui se rĂ©vĂšle en vĂ©ritĂ© d’ĂȘtre respectueuse de la partition (les citations de Debussy sont interprĂ©tĂ©es avec grande clartĂ©, par exemple) mais surtout incarnĂ©e, sincĂšre, appassionata et passionnante, en accord total avec tous les autres composants. Si l’impressionnisme musical de Dukas touche parfois l’expressionnisme (!), la cohĂ©sion auditive, sans la perte des contrastes, est plus que rĂ©ussie par le chef italien et l’orchestre alsacien. Une rĂ©ussite tout Ă  fait 
 mythique ! A voir absolument encore les 28 et 30 avril, et 4 et 6 mai Ă  Strasbourg ou encore le 15 et le 16 mai 2015 Ă  Mulhouse.

Illustrations : A.Kaiser © Opéra national du Rhin 2015

DVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato

poulenc dialogues des carmelites dvd erato py rhorer piau petibon gensDVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013). Le transfert de cette production admirable vocalement et scĂ©niquement est comme sublimĂ© encore par le choix des plans serrĂ©s sur les visages, insistant sur le travail d’acteurs de chaque chanteuse : un approfondissement rare qui se rĂ©vĂšle d’une crĂ©dibilitĂ© cinĂ©matographique rendant cette rĂ©alisation proche d’un long mĂ©trage : la progression de plus en plus tragique jusqu’aux exĂ©cutions finales n’en est que plus haletante. Il est vrai que le plateau vocal rĂ©unit la crĂšme des chanteuses francophones actuelles : Piau (qui n’a certes pas l’Ăąge de Constance mais n’en exprime pas moins sa juvĂ©nilitĂ© fragile et dĂ©sespĂ©rĂ©e), Petibon (d’une criante vĂ©ritĂ© dans le rĂŽle protagoniste de Blanche de la Force, l’aristocrate convertie marchant vers son martyre), enfin Gens (digne et bouleversante Lidoine). Hors sujet, Lehtipuu – outrĂ©, caricatural- et la Prieur de Plowright, vocalement hors style et dĂ©passĂ©. Dommage, car l’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’ensemble s’en trouvent dĂ©sĂ©quilibrĂ©es.  Au service d’un drame scĂ©niquement millimĂ©trĂ©, le chef Rhorer qui a dĂ©posĂ© sa baguette historiquement informĂ©e pour conduire l’opulent Philharmonia Orchestra, trouve la fluiditĂ© et le mordant nĂ©cessaires, une vision elle aussi qui dans la fosse affirme une excellente intelligence expressive.  Sans les erreurs du casting, ce dvd mĂ©ritait Ă©videmment un CLIC de classiquenews. Le duo Piau / Petibon fonctionne Ă  merveille : touchant et bouleversant mĂȘme par leur fragilitĂ© et leur humanitĂ©.

Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato. Sophie Koch (MĂšre Marie de l’Incarnation), Patricia Petibon (Blanche de La Force), VĂ©ronique Gens (Madame Lidoine), Sandrine Piau (Soeur Constance de Saint Denis), Rosalind Plowright (Madame de Croissy), Topi Lehtipuu (Le Chevalier de La Force), Philippe Rouillon (Le Marquis de La Force), Annie Vavrille (MĂšre Jeanne de l’Enfant JĂ©sus), Sophie Pondjiclis (Soeur Mathilde), François Piolino (Le PĂšre confesseur du couvent), JĂ©rĂ©my Duffau (Le premier commissaire), Yuri Kissin (Le second commissaire, un officier) & Matthieu LĂ©croart (Le geĂŽlier). Philharmonia Orchestra & ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. Olivier Py, mise en scĂšne. EnregistrĂ© sur le vif en 2013, Paris, TCE.

Aida de Verdi, version Py

En direct de Bastille, dans les salles UGC : Aida de Verdi …

Les salles de cinĂ©ma du rĂ©seau UGC diffusent en direct le 14 novembre 2013 Ă  partir de 19h30, la production spectaculaire et toute en or d’Aida de version dans la mise en scĂšne d’Olivier Py …

verdi_aida_py_bastilleNotre avis. AprĂšs Alceste de Gluck Ă  Garnier, le mois dernier, voici Aida de Verdi (1871), version Olivier Py : l’ouvrage servi par le metteur en scĂšne de retour sur les planches parisiennes en moins d’un mois, n’Ă©tait pas programmĂ© depuis 45 ans Ă  l’OpĂ©ra de Paris … un comble pour un sommet de l’opĂ©ra romantique italien. Le scĂ©nographe joue surtout sur les dĂ©cors aussi somptueux que spectaculaires, tout d’or Ă©tincelant (l’or n’est-il pas dans l’Egypte antique la chair des dieux ? mais c’est la seule rĂ©fĂ©rence Ă  l’AntiquitĂ© nilotique)… Exit les effets hollydiens et le kitsch nĂ©oĂ©gyptien : la vision est celle de l’Ă©poque de Verdi mais n’empĂȘche pas pour autant une esthĂ©tique du clinquant et du colossal. Au final, la proposition n’est guĂšre subtile et l’on cherche l’intimisme psychologique du huit clos que Verdi a su ciseler derriĂšre la pompe archĂ©ologique. Les plus de cette nouvelle production vertement critiquĂ©e au moment de sa premiĂšre : le RadamĂšs claironnant mais fin de Marcelo Alvarez et la direction toute en nuances, elle, de l’excellent Philippe Jordan… Jusqu’au 16 novembre 2013 Ă  l’OpĂ©ra Bastille.

Verdi : Aida
au cinéma, réseau salles UGC
le 14 novembre 2013, en direct Ă  19h30

Mis en scÚne par Olivier Py et dirigé par Philippe Jordan,
en direct le jeudi 14 novembre Ă  19h30
dans 27 salles du réseau UGC en France et en Belgique
(dans le cadre de la saison Viva l’OpĂ©ra ! – www.vivalopera.fr et www.vivalopera.be), en direct et en diffĂ©rĂ© dans 55 salles du rĂ©seau indĂ©pendant en France et 300 salles en Europe et dans le reste du monde.
Diffusion sur Mezzo, samedi 23 novembre Ă  20h30

Aida au cinéma
Opéra en quatre actes (1871)
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret d’Antonio Ghislanzoni
d’aprùs Auguste Mariette
En langue italienne

PHILIPPE JORDAN, Direction musicale
OLIVIER PY, Mise en scĂšne

CARLO CIGNI, Il Re
LUCIANA D’INTINO, Amneris
OKSANA DYKA, Aida
MARCELO ALVAREZ, RadamĂšs
ROBERTO SCANDIUZZI, Ramfis
SERGEY MURZAEV, Amonasro
OLEKSIY PALCHYKOV, Un Messagero
ÉLODIE HACHE, Una Sacerdotessa

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra national de Paris

rappel :
L’OpĂ©ra national de Paris au cinĂ©ma, saison 2013-2014

- Aida, le 14 novembre 2013
- Les Puritains, le 9 décembre 2013
- La Belle au bois dormant, le 16 décembre 2013
- La Fanciulla del west, le 10 février 2014
- Tristan et Isolde, le 29 avril 2014
- Soirée Balanchine / Millepied, le 3 juin 2014
- La Traviata, le 17 juin 2014