COMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume

fenice-africana vuillaume pratt kunde critique opera review opera concert classiquenewsCOMPTE RENDU, opĂ©ra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume. VENISE, NOVEMBRE 2013. Après Les Huguenots, – tragĂ©die sur l’intolĂ©rance humaine, la barbarie des fanatiques, Scribe et Meyerbeer s’attèlent Ă  leur nouvel opĂ©ra en 1837, sur le thème de l’étrangère, Ă  partir de la figure historique et exotique de Vasco de Gama. Les auteurs ciblent en particulier la dĂ©couverte du Nouveau Monde puis son exploitation mĂ©thodique par les colons europĂ©ens. Le sujet est mordant, la mise en forme, ambitieuse… Le compositeur n’oublie pas l’alibi de la violence dominatrice, son corolaire religieux, puisque Ă  travers l’Inquisiteur, c’est le fanatisme qui est bien Ă©pinglĂ© aussi. Meyerbeer devra patienter cependant, tentĂ© par d’autres ouvrages prĂ©alables qui passent par le genre « comique » et lĂ©ger : L’Etoile du Nord et Dinorah. Puis Scribe meurt en 1861, et lui-mĂŞme dĂ©cède en 1864 quand la partition de L’Africaine est achevĂ©e et mise en rĂ©pĂ©titions. Les coupures et refondations que le compositeur savait orchestrer n’ont pas lieu : il nous lègue une version plus que complète, parfois indigeste, dans laquelle tous les chefs peuvent opĂ©rer des tailles salvatrices. Car la crĂ©ation en 1865 – l’annĂ©e de la crĂ©ation de Tristan de Wagner, c’est FĂ©tis qui a rĂ©agencĂ© l’œuvre de Meyerbeer, sans guère d’unitĂ©, quitte Ă  la rendre justement trop copieuse.
Emmanuel Villaume tout en raccourcissant, a préservé le souffle vital de l’orchestre, acteur du drame : l’ouverture et les préludes des actes III et IV en témoignent. Ailleurs, l’activité permanente du chant symphonique honore la réputation de Meyerbeer et l’on comprend que le symphoniste Wagner, ait tant admiré l’allure des opéras de Giacomo (fût-il juif.…). Quand on sait l’antisémitisme du compositeur, l’adoration n’est pas neutre. Mais Wagner n’en est pas à sa première contradiction, adulant et défendant le chef créateur de Parsifal, lui aussi juif, Hermann Lévi (1882). De fait, il faut un vrai chef capable d’éclairer les couleurs de la partition qui brille par son orchestration raffinée.

Dans cette version édulcorée, repensée par le chef, on peut aisément mesurer le génie de Meyerbeer, puissant créateur dans le genre du grand opéra à la française, où à un quatuor vocal solide, répond la fougue murmurée, rugissante de l’orchestre, la part léonine des chœurs omniprésents (chœur des femmes du III)… Ainsi l’acte III cumule les effets des plus contrastés tel un catalogue de rebondissements éclectiques (prière des marins, tempête, guerre maritime, enfin… massacre).

La Fenice peut s’enorgueillir de présenter telle lecture du dernier sommet lyrique de Meyerbeer quand Paris hésite à le produire malgré des possibilités … solides. Préférant Verdi et Puccini aux joyaux du patrimoine romantique et français.

Le Nelusko de Angelo Veccia est très crédible, vocalement agile, dramatiquement intelligent : le geste est entier et la voix sombre. Inès voit son profil de victime, ciselé par Jessica Pratt, au timbre charnu et aux aigus jamais contraints. Selika, elle aussi éprise de Gama, trouve en Veronica Simeoni, une personnalité de poids, elle aussi, en rien, décontenancée par les milles rudesses et épreuves qu’infligent sa partition : sa nature est loyale et déterminée jusqu’à son sacrifice final. Car il y faut de la souplesse expressive dans l’aigu comme dans le grave… En Vasco de Gama, Gregory Kunde séduit par la franchise et la sincérité d’une voix à présent mûre mais qui a conservé son impact et son intensité, une clarté qui sert l’intonation et l’articulation.

Meyerbeer a conçu un grand spectacle sans sacrifier les voix ni la crĂ©dibilitĂ© des situations (le grand septuor de l’acte II, ;le duo de Vasco et Selika au IV, empruntĂ© Ă  celui de Valentine / Raoul des Huguenots ; berceuse de SĂ©lika ; « Ô Paradis » de Vasco, …). Cette Afrique a tout de l’Inde : dont les rives furent rejointes par l’explorateur Vasco de Gama. Las, sur scène, on regrette une confusion qui gĂŞne l’éclat des profils (superbes, affrontĂ©s comme la confrontation des deux hĂ©roĂŻnes rivales Ă  l’acte V), la pertinence des thĂ©matiques dĂ©noncĂ©es par les auteurs. MalgrĂ© son titre, l’action se dĂ©roule dans une contrĂ©e aux vagues rĂ©fĂ©rences hindouistes (ces « africains » adorent Brahma). Une meilleure attention aux Ă©quilibres entre tableaux collectifs et prières ou impuissances individuelles eĂ»t Ă©tĂ© profitable. NĂ©anmoins, l’expĂ©rience tentĂ©e par La Fenice rend justice Ă  un opĂ©ra parmi les plus saisissants et touchants de Meyerbeer : les interludes avec projection vidĂ©o d’images affligeante du colonialisme esclavagiste tĂ©moigne de la rĂ©alitĂ© barbare Ă  l’époque de Gama, car Meyerbeer, tout pompeux qu’il soit, n’en a pas perdu son sens militant et humaniste. Reste qu’une version rĂ©visĂ©e, Ă©quilibrĂ©e est toujours Ă  prĂ©senter. Cette production vĂ©nitienne offre une belle fondation Ă  ce travail futur. Repris Ă  Paris ? – oĂą l’Africaine n’a pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e depuis 1902. A voir indiscutablement.

 

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume.

Giacomo Meyerbeer : L’Africaine
Opéra en cinq actes, livret d’Eugène Scribe
Création posthume, à Paris, salle Le Pelletier, le 28 avril 1865
Nouvelle production de la Fondation Teatro La Fenice
Pour le 150è anniversaire de la mort de Giacomo Meyerbeer

Emmanuel Villaume, direction
Mise en scène : Leo Muscato

Ines : Jessica Pratt
Vasco de Gama : Gregory Kunde
Nelusko : Angelo Veccia
Selika : Veronica Simeoni
Le Grand PrĂŞtre de Brahma : Ruben Amoretti
Don Pedro : Luca Dall’Amico
Don Diego : Davide Ruberti

Orchestre et chœur du Théâtre de La Fenice
Chef du chœur : Claudio Marino Moretti
Filmé en novembre 2013.

MEYERBEER : Les Huguenots

meyerbeer-portrait-grand-detail-biographie-classiquenews-livre-critique-opera-septembre-2018-CLASSIQUENEWSFRANCE MUSIQUE. FRANCE MUSIQUE. Dim 21 oct 2018. MEYERBEER : Les Huguenots. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, voilĂ  enfin la reprise des Huguenots de Meyerbeer, modèle parfait du grand opĂ©ra Ă  la française, ici conçu en 1836, c’est Ă  dire comprenant duos et solos intĂ©rieurs pour exprimer l’intrigue sentimentale ; de grands ensembles collectifs pour exalter le souffle de l’histoire, sans omettre le ballet de rigueur Ă  Paris, spĂ©cificitĂ© française oĂą brillent les danseuses de l’OpĂ©ra. Meyerbeer dans une conception personnelle (fixĂ©e avec le librettiste Scribe) prĂ©cise dĂ©sormais la règle et inscrit le genre lyrique dans une vision souvent pessimiste, avec une fin spectaculaire toujours terrifiante et particulièrement tragique. Finies les fins heureuses, hĂ©ritĂ©es du siècle des Lumières et de l’opera seria italien : les dieux ont soif et les hĂ©ros malgrĂ© tout leur courage et leur sens sacrificiel, dĂ©montrent in fine, leur dĂ©risoire et vaine volontĂ©.

Qu’en est-il de cette production annoncĂ©e comme un Ă©vĂ©nement ? Las, la mise en scène, terne, sans idĂ©e, et plutĂ´t laide (heureusement qui ne s’entend pas ici dans cette retransmission) et les solistes internationaux » peu habiles Ă  dĂ©clamer un français parfait et fluide, ne rĂ©ussissent pas Ă  relever les dĂ©fis d’une partition qui sans finesse, peut sonner lourde, imposante, dĂ©monstrative et artificielle. Il est vrai qu’Ă  la crĂ©ation, les chanteurs requis par Meyerbeer sont parmi les meilleurs qui aient jamais existĂ© : reprĂ©sentants d’un âge d’or du chant romantique français… Alors en 2018, reprise ratĂ©e ? A vous de juger dans cette diffusion enregistrĂ©e Ă  Bastille le 28 sept 2018.

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LIRE ici notre présentation des Huguenots de Meyerbeer
LIRE ici notre critique compte rendu des Huguenots de Meyerbeer à l’Opéra Bastille

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Giacomo Meyerbeer: Les Huguenots
OpĂ©ra donnĂ© le 28 septembre 2018 Ă  18h Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris – En cinq actes et trois tableaux sur un livret d’Eugène Scribe et Émile Deschamps

Diana Damrau, soprano, Marguerite de Valois
Bryan Hymel, ténor, Raoul de Nangis
Ermonela Jaho, soprano, Valentine
Karine Deshayes, mezzo-soprano, Urbain
Nicolas Testé, baryton-basse, Marcel
Paul Gay, basse, Le Comte de Saint-Bris
Julie Robard-Gendre, soprano, La dame d’honneur, Une bohĂ©mienne
François Rougier, ténor, Cossé, un étudiant catholique
Florian Sempey, baryton, Le Comte de Nevers
Cyrille Dubois, ténor, Tavannes, premier moine
Michal Partyka, baryton, Méru, deuxième moine
Patrick Bolleire, baryton, Thoré, Maurevert
Tomislav Lavoie, basse, Retz, troisième moine
Elodie Hache, soprano, Coryphée, une jeune catholique, une bohémienne
Philippe Do, ténor, Bois-Rosé, valet
Olivier Ayault, baryton, Un archet du guet
John Bernard, ténor, Un seigneur
Cyrille Lovighi, ténor, Un seigneur
Bernard Arrieta, baryton, Un seigneur
Fabio Bellenghi, Un seigneur

Choeur de l’OpĂ©ra de Paris
dirigé par José Luis Basso

Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris
Direction : Michele Mariotti

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Les Huguenots Ă  l’OpĂ©ra de Nice

meyerbeer les-huguenots_17Nice, OpĂ©ra. Meyerbeer : Les Huguenots. Les 23, 25, 27 et 29 mars 2016. OpĂ©ra romantique Ă  Paris : le 29 fĂ©vrier 1836, l’histoire lyrique en France connaĂ®t un grand moment de son histoire avec la crĂ©ation des Huguenots de Meyerbeer qui se souvient du Guillaume Tell de Rossini lequel en 1829 avait fixĂ© les règles et le cadre alors du grand opĂ©ra français, l’Ă©quivalent musical et tréâtral de la peinture d’histoire, spectaculaire, dramatique, intense… souvent sur un sujet historique. De fait, l’ouvrage de Meyerbeer exige des voix impressionnantes, puissantes, agiles, profondes dont le français doit ĂŞtre intelligible… Les 5 actes sur le livret de Scribe et Deschamps Ă©voquent l’affrontement bientĂ´t sanglant entre catholiques et protestants, jusqu’au massacre collectif Ă  l’heure de la Saint-BarthĂ©lĂ©my. Trois interprètes parmi les plus sublimes du XIXè, y sont associĂ©s : CornĂ©lie Falcon (qui y perdra une partie de sa voix), Adolphe Nourrit, Nicolas-Prosper Levasseur… trio devenu mythique pour tout connaisseur d’opĂ©ra romantique français.

La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Nice (en partenariat avec Nuremberg), rĂ©unit des voix internationales (le français au final, sera-t-il audible ?)… mais avec quelques bons chanteurs francophones tels Marc Barrard (Nevers), JĂ©rĂ´me Varnier (Marcel) ou Francis Dudziak (Saint-Bris)… sans omettre le chef Yannis Pouspourikas, qui est français malgrĂ© les apparences. Et la mise en scène pourrait crĂ©er la surprise, signĂ©e de l’allemand Tobias Kratzer dont Le prophète, autre ouvrage de Meyerbeer avait dĂ©voilĂ© l’intelligence de l’approche et du travail scĂ©nographique. A voir.

Nice, Opéra. Les Huguenots de Meyerbeer, du 21 au 29 mars 2016. Yannis Pouspuriokas, direction / Tobias Kratzer, mise en scène.

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)

habeneck francois antoine HABENECKCLIC D'OR macaron 200Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849). Voici enfin une biographie dĂ©diĂ©e Ă  François Antoine Habeneck (1781-1849), figure majeure dans le Paris romantique et musical propre Ă  la Restauration (le très rossinien Charles X) puis sous le règne de Louis-Philippe. Le sujet est d’autant plus important que la France  ignore toujours que Paris fut avant Vienne, une capitale symphonique europĂ©enne, concevant 14 ans avant les concerts philharmoniques viennois (fondĂ©s en 1842 par Otto NicolaĂŻ), la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dès 1828 Ă  l’initiative  du visionnaire Habeneck. L’idĂ©e Ă©tait de constituer un orchestre indĂ©pendant d’une salle, entièrement dĂ©diĂ© aux concerts, en s’appuyant sur la richesse des classes d’instruments du Conservatoire : dĂ©fense d’un rĂ©pertoire, professionnalisation des jeunes instrumentistes. Il est vrai que le rĂ©pertoire qui y est jouĂ©, dĂ©fendu par Habeneck lui-mĂŞme reste majoritairement germanique, centrĂ© surtout autour des Symphonies de Beethoven, modèle pour tous : de 1828 Ă  1840, le chef d’orchestre estimĂ© fait jouer toutes les symphonies de Beethoven, mais aussi les oeuvres de Mozart, sans omettre de donner sa chance aux jeunes compositeurs dont… le fougueux Berlioz : dans le temple de la musique beethovĂ©nienne, Habeneck crĂ©e la Fantastique le 1er novembre 1830, un Ă©vĂ©nement dĂ©cisif de l’histoire de la musique qui montre combien Paris grâce Ă  Habeneck Ă©tait devenu l’annĂ©e de la RĂ©volution bourgeoise, un foyer musical particulièrement actif sur le plan symphonique. Après avoir soutenu de la mĂŞme façon Mendelssohn, les mĂ©connus Farrenc ou Onslow (le Beethoven français), Schneitzhoeffer (compositeur pour La Sylphide) et Elwart, sans omettre ses confrères, Ries ou Spohr, Habeneck aura moins de curiositĂ©, l’institution crĂ©Ă©e basculant dans une certaine routine. Dans le Paris post napolĂ©onien, Habeneck, dĂ©terminĂ©, assidu grava les Ă©chelons obstinĂ©ment au sein de l’orchestre de l’OpĂ©ra : son gĂ©nie de la direction d’orchestre (plus de bâton, plus de violon directeur) le distingue parmi ses pairs. Le chef s’impose irrĂ©sistiblement Ă  Paris, comme chef principal Ă  l’AcadĂ©mie royale (crĂ©ant les opĂ©ras de Rossini dont Guillaume Tell en 1829), puis Ă  l’OpĂ©ra. Travail en profondeur, sens des nuances, respect de la partition : tout indique chez lui l’un des premiers chefs d’orchestre, ambassadeur d’une Ă©thique nouvelle, celle qui fit l’admiration entre autres de Wagner, le seul musicien parmi ses contemporains, sincère et tenace Ă  lui rendre hommage ; mais aussi de Balzac qui le cite expressĂ©ment comme l’emblème de la prĂ©cision et de l’énergie. Cette exactitude lui inspire une autre rĂ©forme, celle de l’abaissement du ton de l’orchestre de l’OpĂ©ra devenu nĂ©cessaire au regard de l’Ă©volution des styles et du rĂ©pertoire jouĂ©. Habeneck est un boulimique, douĂ© d’une grande activitĂ©, passionnĂ© par la question de l’Ă©criture symphonique, beethovĂ©nien convaincu.

 

 

Habeneck, premier chef moderne

 

habeneck_02Pourtant engagĂ© Ă  dĂ©fendre ses Ĺ“uvres, Habeneck fut bientĂ´t critiquĂ© vertement par Berlioz dont la carrière de chef  (lui aussi) rivalisa rapidement avec celle de son contemporain…. triste retournement d’estime pour celui qui crĂ©a la Symphonie Fantastique (1830) puis le Requiem (1837). Après avoir recherchĂ© pour la rĂ©ussite de ses concerts au Conservatoire, la direction foudroyante de son ancien ami, Berlioz n’aura plus bientĂ´t d’adjectifs assez dĂ©prĂ©ciatifs pour enfoncer son premier dĂ©fenseur… Violoniste dans l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (1804), Habeneck devient aussi professeur au Conservatoire (1808) ; nommĂ© premier violon de l’Orchestre de l’OpĂ©ra en 1817 Ă  26 ans, il devient directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique en 1821, puis premier chef d’orchestre Ă  l’OpĂ©ra en 1825. Il assure la crĂ©ation des opĂ©ras majeurs de son temps : Guillaume Tell de Rossini, Robert le diable de Meyebeer, Benvenuto Cellini de Berlioz… A l’AcadĂ©mie, autour d’un recrĂ©ation de l’IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (1822), il tente de soutenir les opĂ©ras français signĂ©s (Reicha, Berton, HĂ©rold, Kreutzer)… sans grands rĂ©sultats car le goĂ»t est italien et rossinien : un autre Ă©chec demeure la crĂ©ation du Freischutz de Weber, finalement accueilli par l’OdĂ©on (certes dĂ©formĂ© et dĂ©naturĂ© en 1824). Son grand Ĺ“uvre demeure la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en 1828, l’ancĂŞtre de notre Orchestre de Paris instituĂ© par Charles Munch en 1967. Outre ses travaux pour la qualitĂ© d’un orchestre permanent Ă  Paris, dĂ©fenseur du rĂ©pertoire symphonique, Habeneck en crĂ©ant la nouvelle SociĂ©tĂ© des concerts, institua le premier, une caisse de retraite en faveur des membres et musiciens sociĂ©taires. Mort en 1849, Habeneck participe indiscutablement au milieu musical parisien, constatant l’engouement pour l’opĂ©ra italien et  la faveur unanime pour Rossini. ElĂ©ment finalement dĂ©risoire de la grande machine officielle française, son pĂ©rimètre d’action est cependant fort Ă©troit, confrontĂ© aux dysfonctionnements multiples et aux intrigues d’une administration paralysĂ©e, sans guère de moyens, mais aux ambitions affichĂ©es, contradictoires, toujours conquĂ©rantes.

L’auteur auquel nous devons chez le mĂŞme Ă©diteur : La Schiassetti, Jacquemont, Rossini, Stendhal… une saison parisienne au Théâtre-Italien, signe lĂ  une nouvelle rĂ©ussite : il ne s’agit pas tant de prĂ©ciser le portrait d’un chef et musicien exceptionnel (l’esquisse historique est en soi rĂ©ussie) que de restituer surtout le bouillonnement d’une pĂ©riode musicale extrĂŞmement riche sur le plan des initiatives nouvelles et de la crĂ©ation des Ĺ“uvres. Le destin et l’oeuvre d’Habeneck malgrĂ© les tensions, oppositions multiples, jalousies qui sèment son parcours, n’en sont que plus admirables. Passionnant.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849).  Collection Hermann Musique. ISBN: 978 2 7056 8760 1. 288 pages (15 x 23 cm). Prix indicatif : 35 €.

Lire aussi notre entretien avec l’auteur, François Bronner