Marta Argerich joue le Concerto en sol de Ravel

argerich_alix_Laveau_emi_pianoARTE, Dimanche 7 avril 2019, 18h15. MILAN, concert devant le Dôme… Concert hors les murs de la Scala, sur la place du Dôme de Milan / Piazza del Duomo. La pianiste argentine, dernière légende vivante du clavier, détentrice d’un toucher et de phrasés irrésistibles, joue Ravel (Concerto pour piano en sol majeur). Le concert exploite la grandeur et la beauté du cadre patrimonial : la cathédrale (il Duomo) de Milan, véritable montagne de dentelle minérale est le plus important édifice gothique d’Italie. La Scala, proche, déplace son orchestre à quelques mètres et offre ce grand concert populaire pour tout un chacun (soit devant cinquante mille spectateurs), offrande marquant le retour de la belle saison. Concert du 12 juin 2016, avec l’Orchestre de la Scala sous la baguette de Riccardo Chailly… Programme symphonique français car aux côtés de Ravel en ses rythmes américains d’une verve ciselée, l’orchestre seul interprète L’apprenti sorcier de Paul Dukas, suivi du Boléro de Maurice Ravel. Relecture d’un rythme de fandango, mais sublimé par le sens de la texture et des couleurs de Ravel, génie et poète orchestrateur.

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ARTE, Dimanche 7 avril 2019, 18h15. MILAN, concert devant le Dôme…juin 2016.
Réalisation : Patrizia Carmine (France / Italie, 2016, 59mn) – Direction musicale : Riccardo Chailly – Avec : Martha Argerich et l’Orchestre de la Scala

Compte rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 18 janvier 2016. Mendelssohn, Beethoven… Martha Argerich, Kamerata Baltica

argerich_alix_Laveau_emi_pianoVoilà un concert qui fera date. Merci aux Grands Interprètes! D’abord la découverte de la sonorité soyeuse d’un orchestre de cordes des plus rares. Fondé par Gidon Kremer il y a 15 ans, cet orchestre de chambre (Kremerata Baltica) fait le tour du monde : 1000 concerts en 15 ans! Félix Mendelssohn juvénile (à peine 16 ans) et brillant est magnifié par l’énergie et la beauté sonore de ces cordes. Un pur bonheur de texture, rondeur et délicatesse. Sans chef et avec une complicité de chaque instant chacun est engagé comme rarement. Après cette perfection instrumentale et cette beauté qui crée l‘émotion la plus pure, la deuxième oeuvre  au programme en a saisi plus d’un. La suite de pièces des Saisons de Tchaikovsky qui sous les doigts récents du pianiste Lang Lang avait semblé sans émotions (NDLR : cf notre compte rendu critique du récital Lang Lang à Versailles), a ce soir, rendu perceptible ce qu’est l’humour le plus brillant en musique. Alexander Raskatov est un compositeur Russe incroyablement doué, aussi  sérieux qu’iconoclaste. Il se permet d’utiliser le composteur Russe le plus connu, Tchaikovski, pour faire de sa suite des Saisons, une peinture humoristique digne de Charlie Hebdo. Avec une grande culture, le sens des phrases musicales est détourné, inversé, voir bafoué…  et les Saisons deviennent un moment de fou rire tant pour les musiciens , qui se saisissent de percussions ou de minuscule trompettes, que pour le public. Moment de jubilation réalisé avec une perfection instrumentale sidérante. Le piano préparé, les appeaux, tout est musique et fait mouche.

Après un court entracte, la transcription des images d‘Orient de Schumann par Friedrich Hermann est très réussie avec une complémentarité réjouissante entre le quatuor à cordes par moments et tout l’orchestre. Notons que la beauté des couleurs, la tenue rythmique impeccable et les nuances très abouties évitent toute monotonie à ce superbe orchestre de cordes.

Beethoven : la fée Martha

Pour la dernière partie du concert, Martha Argerich fait son entrée avec modestie. Très rapidement sa démarche qui a pu paraitre hésitante, se raffermit à la vue des musiciens de l’orchestre et lorsqu’elle prend place au milieu d‘eux, il est aisé de deviner qu’elle est tout à son aise. Sa chevelure est d’argent, son sourire de velours. On dit que ce Deuxième Concerto de Beethoven est son préféré : nous le croyons!  Lorsqu’elle écoute avec gourmandise la longue entrés de l’orchestre, il est clair qu’elle hume un parfum qui l’enchante. Il faut dire que les cuivres et vents qui ont rejoint les cordes font merveille, en couleurs, nuances, présence chaleureuse.

La manière dont Martha Argerich se jette à son tour dans la musique tient de l’émotion impatiente d’une enfant sage qui a longtemps attendu son plus grand plaisir. Il m’est impossible ensuite de décrire sagement cette interprétation tout à fait unique. Car ce qui se dégage de ces minutes pour l’éternité est un partage de joie à faire de la musique au sommet. Martha Argerich a des doigts de fées qui savent se faire oublier. Comme il est cruel pour tous les pianiste qui se croient sérieux quand cette dame faite musique fait oublier totalement son instrument. C’est de la pure musique qui émane de sa personnalité mystérieuse et proche à la fois. La délicatesse du toucher est mozartienne et l’énergie, insatiable. Le délicat rubato donne vie à chaque phrase. La manière de se glisser dans l’orchestre ou de donner l’impression qu’il sort de ses fins de phrases est de la pure magie. Les notes de perles légères sont d’une pureté immaculée. L’Andante est un moment de partage accompli entre Martha et tous les musiciens. Même les abominables tousseurs du public ont su se taire, c’est dire! Le final caracole et vole à tire d‘ailes dans une joie sans limites. Toute notion de virtuosité s’évanouit : la Musique, c’est facile : c’est comme Martha respire.

Le bis permet de retrouver Martha Argerich seule et heureuse de jouer du Scarlatti avec des notes répétées comme une folie douce. Un pur bonheur. Mais la grande générosité des musiciens a été de nous donner en bis tout le dernier mouvement du Concerto. Introduite par Martha Argerich dans un tempo jubilatoire, c’est une véritable explosion de bonheur musical auquel nous assistons. Un feu d’artifice irradiant!

Un très grand concert ce soir avec d’immenses musiciens, et Martha, impératrice magique pour une musicalité absolue.

 

Compte Rendu Concert. Toulouse.Halle-aux-Grains, le 18 janvier 2016; Félix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes en ré mineur n°7 ; Piotr Illitch Tchaikovski ( 1840-1893)/ Alexander Raskastov ( né en 1953) : Les Saisons ; Robert Schumann (1810/1856) / Friedrich Hermann (1827-1907): Images d ‘Orient,Opus 66; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°2, en si bémol majeur,Opus 19 ; Martha Argerich, piano; Kremerata Baltica;

 

 

CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

kovacevich stephen decca complete decca philips recordings Stephen_Kovacevich_Credit_David_Thompson_EMI_Classics_-_CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca). Le pianiste et chef d’orchestre américain (il a été directeur musical de l’Orchestre de chambre d’Europe), Stephen Kovacevich (Stephen Bishop-Kovacevich de son vrai nom) est né le 17 octobre 1940 à San Pedro (Californie) d’un père serbe originaire de Croatie (région de Lika) et d’une mère américaine. A 11 ans, il jouait déjà à San Francisco en 1951 le Concertino pour piano de Jean Françaix. A Londres, le jeune homme de 18 ans parfait sa technique et sa musicalité auprès de Myra Hess. Sa carrière débute officiellement en 1961 lors d’un récital, au Wigmore Hall de Londres (au programme : la Sonate de Berg, trois Préludes et Fugues de Bach et les Variations Diabelli de Beethoven).

 

 

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kovacevich stephen coffret double view review compte rendu critique cd philips decca Le coffret regroupant toutes les archives anciennement Philips, souligne les grands défis interprétatifs qui sont aussi les territoires particulièrement appréciés par le pianiste américain : Beethoven (concertos, Sonates, Bagatelles), Brahms surtout (Concertos, Scherzos, Valses, Intermezzos, Rhapsodies, Klavierstücke…), Bartok (Concertos), Mozart (Concertos). Piliers de cet héritage pianistique, les réalisations avec les orchestres londoniens BBC Symphonic orchestra, London Symphony orchestra LSO (en particulier sous la direction de Colin Davis), sont les arguments majeurs du coffret Kovacevich 2015. Compagnon de la féline et irrésistible Martha Argerich, Stephen Kovacevich rayonne ici par son jeu carré et fin, doué d’une clarté communicante et vive qui s’est affirmée sans réserves chez Beethoven, Mozart, Schumann, Ravel ou Bartok. Le partenaire et compagnon de Martha Argerich, a construit sa carrière sur l’engagement et la réflexion critique des partitions : leur fille Stéphanie a récemment réalisé un film documentaire d’une écriture libre qui laisse la part belle à l’évocation pudique de leur vie de famille : Bloody daughter, 2013 : LIRE notre compte rendu du dock Bloody Daughter par Stéphanie Argerich Kovacevich.

 

Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

 

 

 

CD, annonce. Coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd)

argerich martha imperatrice du clavier coffret evennement major box complete recordings deutsche grammophon presentation review account of CLASSIQUENEWS clic de classiquenewsCD, coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd). Féline, fantasque, noctambule… l’impératrice du piano, 74 ans en 2015, Martha Argerich ex élève de Friedrich Gulda à Vienne est l’objet d’un portrait majeur en 48 cd, soit l’intégrale de ses enregistrements pour Deutsche Grammophon, label avec lequel la pianiste argentine travaille et enregistre depuis le début des années 1960 (1961, premier album dédié à Chopin, Brahms, Liszt, Ravel…) alors que la jeune prodige avait remporté les Premiers Prix de Bolzano et de Genève (1957), pas encore celui du Concours Chopin de Varsovie en 1965. Au total, c’est le répertoire essentiellement romantique qui se dévoile sous ses doigts de velours : de 1960 à 2014 (dont le fameux duo avec Daniel Barenboim à la Philhamronie de Berlin dédié entre autres à la version pour 2 Pianos du Sacre du printemps de Stravinsky, cd 43…, voici l’héritage discographique d’Argerich chez Deutsche Grammophon. Chopin, Ravel, Liszt et Prokofiev on ensuite concentré son travail d’interprète… en témoignent les premiers enregistrements symphoniques qui ont suivi ; pour DG, Argerich conçoit plusieurs récitals en solo, surtout en duo (avec le violoniste Gidon Kremer et le violoncelliste Mischa Maisky entre autres). Figurent donc tous ses grands Concertos romantiques pour piano et orchestre (Beethoven, Liszt, Ravel, Tchaikovski, Schumann, Rachmaninov sous la baguette de Sinopoli, Abbado, Dutoit, Rostropovitch, Kondrashin, Chailly, et aussi les prolongements et accomplissements menés avec ses partenaires familiers aux sin de son festival de Lugano pour le Progetto Martha Argerich, à partir de 2002.

Poétesse impériale du clavier

Martha Argerich : les notes fauves

argerich martha cd review and presentation on CLASSIQUENEWS.COM CLIC de classiquenews complete_recordings_on_dg_48cd-34669713-frntlLe coffret très complet sur les goûts et le jardin secret de la pianiste légendaire comprend en fin de cycle plusieurs enregistrements des débuts chez DG, propres aux années 1960 d’où se distinguent ses lectures hypnotiques de Frédéric Chopin, compositeur de la nuit comme elle. Parmi les pépites remarquables de ce coffret événement, citons son duo avec Nicolas Economou (Rachmaninov et Tchaikovski : transcriptions pour 2 pianos des Danses symphoniques et de Casse-noisette, 1983). Martha Argerich, musicienne affective travaille en famille : elle a toujours aimé s’entourer d’une troupe de partenaires avec lesquels le jeu musical devient partage en affinité, complicité stimulante. En témoignent ainsi des transcriptions rares telles les exceptionnelles Ma Mère l’Oie et la Rhapsodie espagnole pour pianos et percus réalisées avec Nelson Freire, son frère en musique (1993, cd 31), Les Noces de Stravinsky (version pour 4 pianos, solistes, choeur et perdus sous la direction de Diego Fasolis, juin 2004. Parmi les dernières offrandes discographiques, les Concertos 20 et 25 de Mozart fixés en 2013 avec Abbado, un an avant la disparition du maestro italien, restent incontournables. Coffret événement. CLIC de classiquenews d’octobre 2015. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, annonce. Coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd)

CD. Mozart: Concertos pour piano n°20 et 25 (Argerich, Abbado, 2013)

Mozart_concertos_piano_20-25-Argerich-Abbado-cd-Deutsche-grammophon-lucerne-2013CD. Mozart: Concertos pour piano n°20 et 25 (Argerich, Abbado, 2013). La grâce, la tendresse, le sourire de Mozart… Au festival de Lucerne 2013, les auditeurs ont eu la chance d’assister à l’un des concerts mozartiens les plus émouvants grâce à la complicité de deux artistes ici réunis après des duos précédents qui ont compté : Martha Argerich, la funambule émerveillée, et son compatriote le chef décédé en janvier dernier Claudio Abbado. Ils ont étonné par leur sens du jeu partagé et dialogué dès les années 1960 (voir notre photo en 1967). Voilà 10 ans que les deux interprètes n’avaient pas enregistré ensemble.
CLIC_macaron_20dec13Dans ce doublé concertant, le n°25 s’impose par sa tendresse allusive, le fluide digitale de la pianiste qui semble retrouver la lumière et le mystère de l’enfance dans jeu perlé et liquide d’une absolue simplicité (climat d’une rêverie intacte dans l’andante central : l’accord flûtes / piano est à ce titre déchirant). Avec le 25, Mozart après Les Noces de Figaro vit une histoire d’amour avec les Praguois, qui mieux que les Viennois si conformes, lesquels ont boudé les Nozze, comprennent son style bouleversant. Ici sans clarinettes, la maturité laisse respirer une pureté de ton nourrie de candeur sûre parfois comme toujours traversée de gravité. L’orchestre Mozart de Claudio Abbado irradie de saine vitalité, jamais démonstrative mais d’un bout à l’autre comme traversée par les battements d’un seul cÅ“ur, celui d’une tendresse élégante, insigne du raffinement mozartien le plus délicatement abouti.

 

 

Magie mozartienne en complicité

 

abbado_argerich_piano_mozart_cocnertoliszt,-chopin,-prokofiev-ravel-cd-deutsche-grammophonLe 20 en ré mineur a la tonalité des élans plus tragiques, saisis par des mouvements paniques à laquelle Abbado transmet une énergie à la fois fine et incarnée d’une absolue portée humaine. En février 1785, Wolfgang laisse l’une de ses pages les plus personnelles : fondant l’hypothèse que ses Concertos sont bien tel un livre ouvert, le miroir de ses instants vécus les plus essentiels dans sa vie d’homme et de musicien. Ce tragique qui marque aussi l’ouverture de Don Giovanni s’accorde ici avec la finesse pudique propre à Mozart, alors établi à Vienne comme le plus grand compositeur de son temps, adulé comme tel par son père qui assiste à la création et aussi par Haydn, totalement bouleversé par le souffle déjà romantique du morceau. Le couple Abbado/Argerich réalise ici un accomplissement poétique d’une éloquence juste entre tendresse, aspiration, hypersensibilité (n’oublions pas que Carl Philipp Emanuel n’est pas loin : véritable modèle pour Mozart alors). La Romance diffuse son caractère enchanté tel un songe hors du temps.
Le rondo final se distingue tout autant par son feu olympien, soulignant dans la complicité de deux artistes, une joie et une intensité rarement atteinte dans un programme. L’orchestre en totale harmonie avec le piano soliste (oeuvrant comme s’il en était une émanation organique) bouillonne, crépite, s’emballe avec la transe de la première excitation, en une fièvre dansante souvent irrésistible. Programme bouleversant et après le décès du maestro, parmi ses ultimes enregistrements, l’un de ses plus déchirants. Incontournable.

CD. Mozart: Concertos pour piano n°20 et 25. Martha Argerich, piano. Orchestra Mozart. Claudio Abbado, direction. enregistrement réalisé en mars 2013, Festival de Lucerne. 1 cd Deutsche Grammophon 028947 91033 6.

Bloody Daughter. Argerich mère et fille

Arte, le 18 décembre 2013,22h45. Bloody Daughter. Les Argerich, mère et fille. Docu, portrait de famille. Elle a du cran la fille Argerich qui longtemps après avoir été jalouse des fans de sa mère, Martha (née en 1941), immense pianiste, comprit qu’elle était la fille d’une … déesse.  Stéphanie a un sacré tempérament (c’est donc bien la ” bloody daughter ” du titre de ce film hors normes, une sacré fille -)… en mode narratif à la première personne, la jeune femme raconte son enfance, son adolescence, sa relation à la mère, à la soeur, aux frères … car le clan est étendu : Martha Argerich qui ne s’est jamais marié a collectionné les compagnons ; elle a toujours aimé vivre en communauté, accueillant aussi de jeunes pianistes devenus nounous de ses filles chéries.
Stéphanie filme le quotidien d’une famille élargie où rayonne le noyau maternel ; c’est un hommage tendre à la mère à la fois douce et énigmatique, secrète voire autiste ; d’une félinité toujours évanescente, Martha se dévoile ici sous un autre jour ; elle qui n’aime que travailler la nuit ou discuter jusqu’à plus d’heure …

 

 

Chroniques familiales

 

 

argerich_alix_Laveau_emi_pianoA la fois lionne impériale – avec sa longue tignasse grisonnante-, tigresse et chatte caline, la plus grande pianiste actuelle, élève de Michelangeli, Magaloff, …  gagne a contrario de ce qu’elle aurait déclaré dans un docu classique et explicatif, un nouvel éclairage où la femme insatisfaite, toujours en quête (d’idéal) préfère souvent le silence ou de vagues paroles suspendues … tout tient alors dans des gestes et des regards à peine expressifs et indirects qui en disent infiniment plus que de longs discours. Ce qu’elle dit à Jacques son impressario et ami dans le dressing rrom de sa chambre avant le concert polonais en dit long sur cette solitude insatisfaite proche de l’incommunicabilité.
La caméra filme des instants récents pendant les tournées d’Argerich mère. C’est d’abord à Varsovie où Martha décrocha en 1965 le Premier Prix du Concours Chopin (à 24 ans pour ses interprétations des Mazurkas), puis en Allemagne, lors d’une visite au père, Stephen Kovacevich (lui-même a eu plusieurs fils de ses quatre épouses … que des fils, sauf avec Martha donc).
Au coeur d’une narration affectueuse et pudique, le visage et la présence de Martha se précisent par ses contradictions. Ce que l’âme ne sait exprimer, la pianiste unique le dit sans sourciller à son clavier : artiste époustouflante, mère vaporeuse, femme énigmatique…

Bloody Daughter. Film de Stéphanie Argerich. Arte, mercredi 18 décembre 2013, 22h45.