VALENCE, Palau de les Arts : Madama Butterfly (Marina Rebeka)

GEISHA TRAGIQUE : Madama Butterfly de Puccini Ă  OrangePUCCINI : Madama Butterly, le 19 dĂ©c 2021, 19h (Valence). Une jeune Japonaise – la geisha Cio Cio San (17 ans) laisse tout derriĂšre elle pour Ă©pouser un lieutenant de la marine amĂ©ricaine. Alors qu’il quitte subitement le pays, elle est bien dĂ©terminĂ©e Ă  attendre patiemment le retour de son navire.

En direct du Palau de les Arts Ă  Valence, Madama Butterfly de Puccini, avec la soprano Marina Rebeka (Cio Cio San) et le tĂ©nor Piero Pretti (Pinkerton) dans les rĂŽles principaux. La mise en scĂšne d’Emilio LĂłpez dĂ©voile le paysage lugubre de Nagasaki, dĂ©truit par la bombe atomique, pour donner corps au cri de Puccini contre l’esprit dĂ©vastateur du colonialisme cynique et mensonger dont est victime la frĂȘle et loyale Cio Cio San, « madame Papillon ».

Plus d’infos, VOIR Madama Butterly de Puccini :
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/madama-butterfly-palau-de-les-arts

CD événement, annonce. BELLINI : Il Pirata (Rebeka, Camarena
 3 cd Prima classic)

IL_PIRATA_MAIN_iTunesCD Ă©vĂ©nement, annonce. BELLINI : Il Pirata (Rebeka, Camarena
 3 cd Prima classic) – Le label PRIMA CLASSIC annonce la parution ce mois ci (24 sept 2021) de son nouvel opĂ©ra Ă©vĂ©nement, le rare Il Pirata de Bellini : drame tragique et Ă©blouissant d’un Bellini encore jeune (26 ans) qui travaillant alors pour la premiĂšre fois avec le poĂšte librettiste Felice Romani, allait ainsi connaĂźtre son premier grand triomphe Ă  la Scala de Milan (1827). Aux cĂŽtĂ©s des troupes du Teatro Massimo de Catania / Catane (Sicile), lieu natal de Bellini, l’affiche de Prima Classic s’annonce prometteuse avec sous la baguette du chef F M Carminati, deux interprĂštes solides Ă  fort tempĂ©rament : Marina Rebeka et Javier Camarena. La soprano chante le rĂŽle d’ImogĂšne, duchesse sacrifiĂ©e qui n’a jamais renoncĂ© Ă  son premier amour pour Gualtiero ; ce dernier est incarnĂ© par le tĂ©nor mexicain Javier Camarena, torche vivante et maĂźtre de la vaillance belcantiste, qui d’ailleurs apparaĂźt en cover, Ă  l’image de son personnage, en roi des pirates 


BELLINI : Il Pirata, 3 cd PRIMA classic – enregistrĂ© Ă  Catane en aoĂ»t et sept 2020 – parution physique : 24 sept 2021 – parution digitale : 19 nov 2021.
Livret bilingue : anglais, italien. Notice : essai du spécialiste de Bellini : Domenico Di Meo. Prochaine critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

CD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017)

MILLER-luisa-marina-rebeka-opera-review-critique-classiquenews-luisa-millerCD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017) – Luisa Miller, opĂ©ra noir, opĂ©ra nocturne emporte les Ăąmes les plus pures dans la soie de la mort dont le tragique les sublime, tels RomĂ©o et Juliette. Pourtant l’ouvrage crĂ©Ă© Ă  Naples en dĂ©c 1849, n’a pas Ă©tĂ© inspirĂ© par Shakespeare mais par le tĂ©nĂ©breux Schiller (et son drame Ă  l’encre noir « Kabale und Liebe », de 1784) : Salvatore Cammarano dĂ©jĂ  employĂ© pour Alzira et La Bataille de Legnano, adapte pour Verdi, la tragĂ©die de Schiller. Rodolfo et Luisa incarnent deux ĂȘtres de lumiĂšre dans la fosse noire des manipulations et calculs les plus ineptes, ceux des 3 voix viriles : Miller, Walter, Wurm). DĂ©jĂ  dans le caractĂšre pur, angĂ©lique mais ardent presque incandescent de Luisa, brillent ce que seront aprĂšs elle les Leonora du TrouvĂšre, Gilda de Rigoletto et surtout Violetta de La Traviata : le superbe duo pĂšre / fille, Miller / Luisa de l’acte III (« Pallida, mesta sei! ») annonce ce que seront bientĂŽt les sublimes confrontations / effusions du pĂšre pour sa fille


MalgrĂ© des tempi par toujours trĂšs heureux, souvent trop ralentis, le chef caractĂ©rise la partition orchestrale des couleurs, bois et vents, d’une ivresse suave rĂ©jouissante (le MĂŒnchner Rundfunkorchester est un bon orchestre en fosse). Dans le cast, brille le tempĂ©rament Ă©perdu, lumineux de la Luisa de Marina Rebeka, gemme rayonnant, Ă  la fois intense et d’une finesse d’intonation trĂšs touchante : son medium corsĂ© donne une chair vĂ©ritablement tragique au personnage que ses consoeurs fragilisent sans nuances : on comprend bien que cette apparente « dureté » de la voix agaceront les plus pointilleux ; mais cette Luisa ne manque ni de fiĂšvre ni de passion. Ses partenaires n’ont guĂšre de dĂ©fauts, Ă  commencer par le pĂšre George Petean (baryton verdien proche de l’idĂ©al : tendre, sobre, phrasĂ©), et dans une moindre mesure l’amant fidĂšle Ivan MagrĂ­ (Rodolfo, Ă  la ligne souvent instable et parfois forcĂ©e), tandis que Ante Jerkunica trouve la couleur diabolique de l’infect Wurm. Voici qui confirme la justesse dramatique de la diva Marina Rebeka, voix puissante et ciselĂ©e, vrai tempĂ©rament expressif et tragique, d’une idĂ©ale vibration dans les opĂ©ras verdiens.

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CD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017)   –   Marina Rebeka (Luisa), Georg Petean (Miller), Corinna Scheurle (Laura), Judit Kutasi (Federica), Ivan Magri (Rodolfo), Bernhardt Schneider (Un paysan), Marko Mimica (Walter), Ante Jerkunica (Wurm), MĂŒnchner Rundfunkorchester, ChƓur de la Radio bavaroise / Ivan Repusic, direction (live, 2017).CD BR Klassic 900323.

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CD, critique. ELLE : MARINA REBEKA, soprano (french opera arias, 1 cd PRIMA classic, 2019).

ELLE cd critique review cd classiquenews - rebeka-marina-riga-cd-opera-critique-cd-classiquenewsCD, critique. ELLE : MARINA REBEKA, soprano (french opera arias, 1 cd PRIMA classic, 2019). On l’avait quittĂ©e au disque depuis un prĂ©cĂ©dent rĂ©cital intitulĂ© « Spirito » (dĂ©jĂ  CLIC de CLASSIQUENEWS)
 « Elle », diva cĂ©lĂ©brĂ©e de la Baltique, chante les grands airs de l’opĂ©ra romantique français. Un dĂ©fi linguistique pour la chanteurse lettone : Marina Rebeka (“Artist of the Year” ICMA award) dont on salue ici la prise de risque assumĂ©e : chanter le français alors qu’elle est au sommet de ses possibilitĂ©s. Sa Louise est extatique mais charnelle ; son HĂ©rodiade, plus articulĂ©e encore, digne et pleine de langueur amĂšre vis Ă  vis du ProphĂšte Iokaanan (« ProphĂšte bien aimĂ©, puis-je vivre sans toi ? »), un personnage idĂ©al pour la voix de Marina Rebeka, soprano ample, dramatique, qui ne manque pas de puissance. Tout se joue ici selon sa facultĂ© Ă  nuancer, Ă  phraser et Ă  colorer chaque intonation du texte, riche en connotations liĂ©es Ă  la situation dramatique et psychologique de chaque sĂ©quence. Reconnaissons l’autoritĂ© franche avec laquelle la diva sait incarner, sachant aussi canaliser son formidable instrument.

Marina Rebeka : le tempérament romantique et français

Plus douce et tendre encore, l’admirable ChimĂšne de Massenet (Le Cid), « prĂ©parĂ©e » par le solo de clarinette, impose une hĂ©roĂŻne tout aussi meurtrie, Ă  l’ñme brisĂ©e dont le chant exprime le dĂ©sespoir lacrymal. Les couleurs de la diva sonnent justes et trĂšs affinĂ©es (  » et souffrir sans tĂ©moins. »). De toute Ă©vidence, la soprano nĂ©e Ă  Riga, cultive ici une couleur fauve et fĂ©line, sombre et caverneuse qui rappelle la tragĂ©dienne Callas (dĂ©jĂ  observĂ©e dans son dernier cd « Spirito »), offrant une vision Ă  la fois sincĂšre et exacerbĂ©e de ChimĂšne ; Massenet atteint un sommet d’extase tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e qui fait de son hĂ©roĂŻne cornĂ©lienne, la sƓur de Werther : une Ăąme ardente et maudite, condamnĂ©e Ă  souffrir. VoilĂ  donc un nouveau disque qui couronne la cantatrice rĂ©vĂ©lĂ©e en 2009, il y a plus de dix ans, au festival de Salzbourg sous la direction de Muti.

AprĂšs les 3 premiers airs, denses et tragiques, l’air de Marguerite de Faust offre une insouciance qui fait contraste oĂč la diva plus lĂ©gĂšre, rĂ©ussit ce tour de force entre coquetterie et insouciance. A la diffĂ©rence de nombre de ses consƓurs, « La Rebeka » concilie agilitĂ©, clartĂ© et
 puissance. Sa Carmen, plus fantasque et capricieuse encore, confirme une nette proximitĂ© avec Callas : de la chair, du texte, une puissance sans appui, et un style direct qui font ici mouche. La sirĂšne dragone, dĂ©esse de l’Amour lascif et libĂ©rĂ©e, captive.

Autre sirĂšne, mais celle conçue avant par Bizet, enivrĂ©e par la douceur de la nuit, la berceuse de Leila des PĂȘcheurs de perles, – avec cor obligĂ© : voici Carmen, assagie, en extase. La diva de Riga excelle grĂące Ă  son attention aux nasales françaises, Ă  sa ligne, au soutien (aigus souverains et derniĂšre note). Le chant berce et captive lĂ  encore par la justesse de son approche.

Parmi les autres hĂ©roĂŻnes abordĂ©es : Manon, Juliette, avouons que la chair embrasĂ©e qui indique le poids de l’expĂ©rience passĂ©e et les Ă©preuves endurĂ©es, gagne un surcroĂźt d’évidence dans le rĂŽle charnel et mystique de ThaĂŻs de Massenet dont Marina Rebeka chante deux airs centraux : « Ah je suis seule », la courtisane seule dans une vie factice et vide ; puis « O messager de Dieu », rĂ©vĂ©lation divine pour la grande pĂȘcheresse d’Alexandrie qui reçoit et accepte l’opĂ©ration spirituelle qui la terrasse (« ma chair saigne. », symptĂŽme de la fameuse MĂ©ditation, prĂ©cĂ©demment jouĂ© au violon solo)
 La tension sous-jacente et le travail de la mĂ©tamorphose qui sont Ă  l’Ɠuvre dans l’esprit Ă©prouvĂ© de la jeune femme, sont idĂ©alement incarnĂ©s par le beau chant, expressif et sobre de la soprano. Dommage cependant que sa ThaĂŻs perde l’intelligibilitĂ© du français. Ne subsiste que la justesse des couleurs.
CLIC D'OR macaron 200TrĂšs pertinente inclusion dans ce condensĂ© d’opĂ©ra romantique français oĂč rĂšgnent surtout Gounod et l’incontournable Massenet : la cantate pour le Prix de Rome, L’Enfant Prodigue du jeune Debussy: « l’annĂ©e, en vain chasse l’annĂ©e » : le tragique harmoniquement rare du jeune Debussy s’inscrit dans la droite ligne du Massenet le plus mordant et Ăąpre, Ă  laquelle la double invocation : « AzaĂ«l, AzaĂ«l
 pourquoi m’as tu quittĂ©e? », apporte sa blessure mordorĂ©e maternelle que la diva incarne idĂ©alement. Mais lĂ  encore, malgrĂ© des moyens captivants en couleurs et intonations, malgrĂ© l’intelligence de la caractĂ©risation, on regrette en cette fin de rĂ©cital globalement excellent, la perte de la prĂ©cision linguistique. Vite un coach en français pour la diva au talent phĂ©nomĂ©nal : le dernier air de Juliette de Gounod (« Verse toi-mĂȘme ce breuvage, O Romeo, je bois Ă  toi ! ») saisit par son relief expressif, une couleur elle aussi mordante et mĂȘme vĂ©riste, d’une belle conviction chez Gounod dont l’hĂ©roĂŻne tragique, Ă©perdue, revĂȘt ici une incarnation trĂšs impliquĂ©e et charnelle
 Quel chien, quel tempĂ©rament : sa Juliette n’a rien de frĂȘle ; tout respire ici la fureur d’une hĂ©roĂŻne romantique que l’amour embrase jusqu’à la mort. Ses Carmen, Marguerite, ThaĂŻs promettent ici de prochaines prises de rĂŽles, sans compter ce que l’on propose Ă  la chanteuse manifestement passionnĂ©e par le français, un prochain rĂ©cital de mĂ©lodies françaises. A suivre
 de trĂšs prĂšs. Evidemment, comme son prĂ©cĂ©dent « Spirito », le CLIC de CLASSIQUENEWS pour « ELLE ». bravissima Rebeka !

 

 

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ELLE cd critique review cd classiquenews - rebeka-marina-riga-cd-opera-critique-cd-classiquenewsCD, critique. ELLE : MARINA REBEKA, soprano (french opera arias, 1 cd PRIMA classic, 2019) – Sinfonieorchester St.Gallen – Michael Balke, direction/ EnregistrĂ© en Suisse en mai 2019 – 1 cd PRIMA classic - CLIC de CLASSIQUENEWS de mars et avril 2020.

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https://marinarebeka.com/

 

 

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano (1 cd Prima classic, juillet 2018)
 Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, les 29 sept * et 8 oct 2019. BELLINI : NORMA. REBEKA, KOLONITS, DEHAYES, BISANTI.

7 - Norma - Airam Hernandez (Pollione), Klara Kolonits (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco MaglioccaCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 29 septembre * et le 8 octobre. V. BELLINI. NORMA. A. DELBE. M. REBEKA. K. KOLONITS. K. DEHAYES. A. HERNADEZ. G. BISANTI. Ouvrir la saison nouvelle 2019 2020 du Capitole avec Norma relĂšve du gĂ©nie. Salles combles, public subjuguĂ©, succĂšs total. Une sainte trilogie que tout directeur de salle rĂȘve un jour de vivre. Christophe Gristi a rĂ©ussi son pari. Car il en faut du courage pour monter Norma et trouver deux cantatrices capables de faire honneur au rĂŽle. Nous avons eu la chance d‘avoir pu admirer les deux distributions. En dĂ©butant par Klara Kolonits, nous avons pu dĂ©guster la douceur du timbre, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la longueur de souffle de sa Norma. Sa blondeur donne beaucoup de lumiĂšre dans le duo final lorsque la bontĂ© et le sacrifice de Norma trouvent des accents sublimes. Norma, la dĂ©esse cĂ©leste, trouve dans l’incarnation de Kolonits, une beautĂ© douce et lumineuse d’une grande Ă©motion. Mais c’est sa consƓur, Marina Rebeka qui est une vĂ©ritable incarnation de Norma, dans toutes ses dimensions de cruautĂ©, de violence, de grande noblesse et de puretĂ© recherchĂ©e dans le sacrifice. (Photo ci dessus : Klara Kolonits et Airam Hernandez).

Au Capitole deux sensationnelles Norma et une sublime Adalgise :
c’est Bellini qui ressuscite.

9.1 - Norma - Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

La voix est d’une puissance colossale. La noirceur dont elle sait colorer un timbre trĂšs particulier rappelle d’une certaine maniĂšre La Callas dans son rĂŽle mythique. La voix large et sonore sur toute la tessiture sait trouver des couleurs de camĂ©lĂ©ons, ose des nuances affolantes ; les phrasĂ©s sont absolument divins. L’art scĂ©nique est tout Ă  fait convainquant et sa Norma sait inspirer la terreur, l’amour ou la pitiĂ©. Marina Rebeka est une Norma historique semblant rĂ©vĂ©ler absolument toutes les facettes vocales et scĂ©niques de ce personnage inoubliable.

En face de ces deux Norma, la blonde et la brune, la douceur et l’engagement amical de l’Adalgise de Karine Deshayes, sa constance sont un vĂ©ritable miracle. La voix est d’une beautĂ© Ă  couper le souffle sur toute la tessiture. Les phrasĂ©s belcantistes sont d’une infinie dĂ©licatesse. Les nuances, les couleurs sont en constante Ă©volution. Le chant de Karine Deshayes est d’une perfection totale. Le jeu d’une vĂ©ritĂ© trĂšs Ă©mouvante. Les duos avec Norma ont Ă©tĂ© les vĂ©ritables moments de grĂące attendus. Le « mira o Norma » arracherait des larmes Ă  des rocs.

 

 

9 - Norma - Karine Deshayes (Adalgisa), Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

En Pollione , Airam HernĂĄndez s’affiche avec superbe. La voix puissante est celle du hĂ©ros attendu et le jeu de l’acteur assez habile dans le final donne de l’épaisseur au Consul ; ce qui le rend Ă©mouvant. Le timbre est splendide. MĂȘme si le chant parait plus robuste que subtil, l’effet est rĂ©ussi. En Oroveso, BĂĄlint SzabĂł remporte la palme du charisme, vĂ©ritable druide autoritaire dont le retournement final fait grand effet. L’autre titulaire du rĂŽle, Julien VĂ©ronĂšse ne dĂ©mĂ©rite pas mais est plus modeste de voix comme de prĂ©sence, plus jĂ©suite que druide. La Clotilde d’Andrea Soare a un jeu remarquable et une voix claire et sonore qui tient face aux deux Norma si puissantes vocalement. L’orchestre du Capitole mĂ©rite des Ă©loges tant pour la beautĂ© des solos que pour son engagement total tout au long du drame.

Il faut dire que la direction de Giampaolo Bisanti est absolument remarquable. Il vit cette partition totalement et la dirige avec amour. Il en rĂ©vĂšle le drame poignant dans des gestes d’une beautĂ© rare. Il a une prĂ©cision d’orfĂšvre et une finesse dans le rubato tout Ă  fait fĂ©line. Il ose des forte terribles et des pianissimi lunaires.

Dans les duos des dames, il atteint au gĂ©nie sachant magnifier le chant sublime des deux divas. Le rĂȘve romantique a repris vie ce soir et Bellini a Ă©tĂ© magnifiĂ© par l’harmonie entre les musiciens, le chef et les solistes. Les chƓurs ont Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sents dans un chant gĂ©nĂ©reux et engagĂ©.

TRISTE MISE EN SCENE… La tristesse de la mise en scĂšne n’est pas arrivĂ©e Ă  cacher le plaisir des spectateurs. Pourtant quelle pauvretĂ©, quelle ineptie de faire dire un texte oiseux en français sur la musique avec la voix du pĂšre Fouras
 Pas la moindre poĂ©sie dans les dĂ©cors, du mĂ©tal froid, des pendrillons fragiles, des costumes d’une banalitĂ© regrettable. Qu’importe la ratage de l’entrĂ©e de Norma trop prĂ©coce, le final sans grandeur, ces chƓurs et ces personnages visibles sans raisons, la musique a tout rattrapĂ©.  Cela aurait pu me donner envie de prendre un permis de chasse pour certaine bĂȘte cornue ridicule et peut ĂȘtre pour le possesseur du tĂ©lĂ©phone coupable de sonner et pourquoi pas pour celles qui ne savent pas laisser Ă  la maison, semainiers et autres bracelets. Ce n’est jamais trĂšs agrĂ©able ces sons mĂ©talliques mais dans cette Norma musicalement si subtile, ce fĂ»t un vĂ©ritable crime.
Qu’importe ces vilains vĂ©niels, le succĂšs de cette ouverture de saison capitoline va rester dans les mĂ©moires !

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 29 septembre* et le 8 octobre 2019. Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Norma ;  OpĂ©ra  en deux actes ; Livret  de Felice Romani ; CrĂ©ation  le 26 dĂ©cembre 1831 au Teatro alla Scala de Milan ; Nouvelle production ; Anne DelbĂ©e,  mise en scĂšne ; Émilie DelbĂ©e,  collaboratrice artistique ; Abel Orain  dĂ©cors ; Mine Vergez,  costumes ; Vinicio Cheli, lumiĂšres ; Avec : Marina Rebeka / KlĂĄra Kolonits*,  Norma ; Karine Deshayes,  Adalgisa ; Airam HernĂĄndez,  Pollione ; BĂĄlint SzabĂł / Julien VĂ©ronĂšse*,  Oroveso ; Andreea Soare,  Clotilde ; François Almuzara,  Flavio ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani  direction ; Orchestre national du Capitole ; Giampaolo Bisanti, direction musicale / Photos : © Cosimo Mirco Magliocca / ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse 2019

GRAND ENTRETIEN AVEC… MARINA REBEKA, soprano

ENTRETIEN AVEC
 MARINA REBEKA, soprano. Entretien avec une diva complĂšte, actrice autant que chanteuse, douĂ©e d’une tessiture large, d’une coloratoure ciselĂ©e, d’un ambigus dynamique au medium charnel et aux aigus percutants… A propos de Bel CANTO, de DONIZETTI, de son propre label discographique, au moment oĂč la diva chante en novembre 2018, et pour la premiĂšre fois, le rĂŽle d’ANNA BOLENA Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux


 
 
 
 

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Quel Bel Canto ? Comment chanter Donizetti ? Pourquoi avoir fait le choix de lancer son propre label dĂ©diĂ© aux voix et Ă  l’opĂ©ra ?… Toutes les rĂ©ponses d’une diva cheffe d’entreprise sur CLASSIQUENEWS

 
 
 
 

 
 
 
 

ENTRETIEN AVEC
 MARINA REBEKA, soprano : Chanter Donizetti, Bellini, Spontini

ENTRETIEN AVEC
 MARINA REBEKA, soprano. Entretien avec une diva complĂšte, actrice autant que chanteuse, douĂ©e d’une tessiture large, d’une coloratoure ciselĂ©e, d’un ambigus dynamique au medium charnel et aux aigus percutants… A propos de Bel CANTO, de DONIZETTI, de son propre label discographique, au moment oĂč la diva chante le rĂŽle d’ANNA BOLENA Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux


 
 

 
 

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POURQUOI AVOIR PRIS LA DECISION DE LANCER VOTRE PROPRE LABEL ?

REBEKA marinaPour la volontĂ© de rĂ©aliser moi-mĂȘme un enregistrement le meilleur possible, pour la libertĂ© de choisir le rĂ©pertoire qui me va le mieux Ă  chaque Ă©tape de ma carriĂšre, le dĂ©sir de partager mon enthousiasme pour d’autres grands interprĂštes. J’ai l’intention de dĂ©fendre une approche crĂ©ative pour chaque projet, ce Ă  chaque phase de l’enregistrement ; depuis le choix de l’orchestre, du chef, du oeuvres choisies, jusqu’au son produit, au montage, Ă  la couverture du programme et au texte du livret.
J’ai dĂ©jĂ  enregistrĂ© avec plusieurs labels, et je me suis rendu compte que les firmes avaient peu d’intĂ©rĂȘt Ă  ajouter un nom de chanteur Ă  leur listing. Dans le marchĂ© actuel, les efforts de promotion se concentrent sur un ou deux chanteurs, quitte Ă  ignorer les autres. Je connais de par le monde, de trĂšs nombreux collĂšgues qui sont d’excellents chanteurs. Or dĂ©jĂ  connus Ă  l’échelle locale, ils n’ont enregistrĂ© aucun disque. Ce n’est pas bon pour leur dĂ©veloppement de carriĂšre.

La qualitĂ© du son d’un enregistrement est l’autre grande raison qui a motivĂ© ma dĂ©cision. On dĂ©crĂšte que certaines voix sont bonnes pour ĂȘtre enregistrĂ©es, et d’autres non. Cela est le cas des grandes voix, avec des larges en dynamiques et en amplitude (du pianissimo au fortissimo), celles lĂ  mĂȘme qui au studio, sonnent dures, lointaines ; alors qu’au moment de la performance en salle, elles passent outre l’orchestre et remplissent l’espace des concerts halls sans effort. A l’inverse, Ă  l’extrĂ©mitĂ© de cette palette vocale, il existe de petites voix que l’on entend Ă  peine dans un spectacle rĂ©el, mais qui sonne trĂšs prĂ©sentes Ă  l’enregistrement.

Quand j’ai rencontrĂ© mon mari qui est ingĂ©nieur du son, il m’a beaucoup appris quant aux aspects techniques et physiques d’un enregistrement. Le process n’est pas le mĂȘme pour toutes les voix. L’idĂ©al est d’adapter la technique selon les besoins et les capacitĂ©s de chaque voix.
En crĂ©ant notre propre label, nous avons voulu ĂȘtre le plus proche de la rĂ©alitĂ© du concert et du spectacle vivant : il est essentiel qu’un enregistrement reflĂšte ce qui se passe dans les conditions rĂ©elles d’un rĂ©cital ou d’un opĂ©ra;

J’ai souhaitĂ© aussi que mon label ne soit pas uniquement rĂ©servĂ© Ă  mes projets et Ă  ma voix. Nous avons dĂ©jĂ  Ă©tabli un planning comprenant de nombreux projets avec de grands chanteurs, des orchestres, des chefs. PRIMA CLASSICS est donc un nouveau label indĂ©pendant, ayant sa propre philosophie, toujours Ă  l’affĂ»t des grands interprĂštes, et soucieux de les aider dans leur carriĂšre.

 

 

 

COMMENT AVEZ VOUS CONCU LE PROGRAMME « SPIRITO » ?

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsL’idĂ©e de ce programme dĂ©coule de ma passion pour le bel canto, de l’expĂ©rience que j’ai pu en recueillir sur scĂšne, des dĂ©fis que j’ai dĂ» relever en prĂ©parant mes rĂŽles puis en les chantant sur les planches. Je travaille d’abord les sources oroginales – manuscrits, exemplaires autographes afin d’ĂȘtre au plus proches des intentions de l’auteur, afin de dĂ©celer ses idĂ©es, de comprendre son Ă©criture. J’ai dĂ©jĂ  incarnĂ© Norma, Maria Stuarda, ce plusieurs fois sur scĂšne, et je chante actuellement Ă  Bordeaux, Anna Bolena. Tout cela m’amĂšne peu Ă  peu vers Il Pirata, vers le rĂŽle d’ImogĂšne. Dans Spirito, j’ai associĂ© les scĂšnes cĂ©lĂšbres et les plus difficiles de ces opĂ©ras, Ă  deux sĂ©quences extraites de La Vestale de Spontini, deux Ă©pisodes moins connus mais d’une grande beautĂ©. A propos de La Vestale, j’ai trouvĂ© le manuscrit de ce chef d’oeuvre lyrique, – dĂ©jĂ  admirĂ© et commentĂ© par nombre de compositeurs et de critiques, Ă  la BibliothĂšque Nationale de France. Spontini a Ă©crit La Vestale en français, alors que la version italienne est plus connue, entre autres grĂące Ă  Maria Callas. J’ai trouvĂ© que la version française est celle qui exige le plus et se rĂ©vĂšle plus convaincante.

Sur le plan vocal, et si nous nous questionnons Ă  propos de la voix et du style vocal les mieux adaptĂ©s pour chanter le bel canto, il convient de souligner qu’aprĂšs Verdi, le vĂ©risme a brouillĂ© les cartes. Le Bel canto exige une personnalitĂ© dramatique, une couleur vocale affirmĂ©e, sans pour autant rĂ©clamer une grande voix (Ă  la Turandot par exemple). Pour des salles plus petites, l’orchestration y est diffĂ©rente (comparĂ©e Ă  celle des opĂ©ras de Puccini) ; le diapason des orchestres a Ă©tĂ© modifiĂ© depuis, et les cordes des violons Ă©taient alors en boyau, (et non pas mĂ©talliques). Tout cela explique combien le bel canto est une esthĂ©tique qui a essentiellement favorisĂ© la ligne et la voix, la mĂ©lodie et l’harmonie. La technique vocale est surtout diffĂ©rente : le bal canto expose comme nul autre style, le chant. Vous devez autant jouer comme actrice que chanter : il y est impossible de dissimuler d’aucune maniĂšre. Tout se voit et s’entend.

Personnellement, j’ai dĂ©butĂ© ma carriĂšre de chanteuse en chantant le bel canto. Quand j’avais 13 ans, mon grand-pĂšre m’a conduit Ă  l’opĂ©ra, c’était Norma de Bellini. J’ai Ă©tĂ© tellement saisie et enchantĂ©e par la musique, le drame, la totalitĂ© du spectacle que aprĂšs le premier acte, Ă  l’entracte, j’ai dit Ă  mon grand-pĂšre que je serai plus tard une chanteuse d’opĂ©ra. Evidemment, Ă  l’époque, personne ne m’a pris au sĂ©rieux. Et puis Ă  force de volontĂ© et aprĂšs avoir traversĂ© tant d’obstacles, 23 ans aprĂšs, je chantait ma premiĂšre Norma Ă  Trieste, sur la scĂšne mĂȘme oĂč Callas en 1951, dĂ©butait
 Comme vous le voyez, le Bel Canto est une histoire d’amour depuis le dĂ©but.

  

 

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QUELLE EST VOTRE PROPRE CONCEPTION DU ROLE D’ANNA BOLENA ?
Quand je prĂ©pare un rĂŽle, je compare toutes les sources, historiques, littĂ©raires, musicales. La reine que portraiture Donizetti dans son opĂ©ra, est diffĂ©rente de l’Anne Boleyn historique. Celle ci a Ă©tĂ© manipulatrice, sage, intelligente, douĂ©e d’un grand sens politique et pleine de bon sens. Elle n’a pas seulement rĂ©ussi Ă  devenir la maĂźtresse du Roi, mais elle est restĂ©e libre, tout en s’assurant la passion du souverain : son parcours est incroyable ! Elle aura convaincu Henry VIII, de dĂ©sobĂ©ir au Vatican, de divorcer d’avec Catherine d’Aragon, de l’épouser et d’en faire la nouvelle reine. Elle devait possĂ©der un immense sens de persuasion. C’est la premiĂšre fois q’un souverain ose dĂ©fier l’autoritĂ© du Pape. Et la cause en est l’amour pour Anne.

Rien de tel dans la vision trĂšs romanesque dĂ©veloppĂ©e par Donizetti. Certes, le compositeur dĂ©peint une femme forte, qui est amoureuse d’Henry, mais qui est trahie par ce dernier. Donizetti a souhaitĂ© que les spectateurs compatissent au sort d’Anna dont il fait une victime. Le fait que l’opĂ©ra dĂ©bute en rĂ©vĂ©lant dĂ©jĂ  la trahison du Roi, renforce la sympathie que l’on peut Ă©prouver pour cette reine fragile.

Sur le plan vocal, le rĂŽle est l’un des plus difficiles pour les sopranos. Il faut avoir le cƓur embrasĂ© mais la pensĂ©e dĂ©tendue pour ne pas ĂȘtre submergĂ© par la puissance Ă©motionnel du personnage, pour surtout cultiver l’endurance pendant toute la performance sur scĂšne. Il faut garder Ă  l’esprit qu’à la fin de l’ouvrage, le rĂŽle comporte une immense scĂšne de folie comprenant des difficultĂ©s techniques et des sommets Ă©motionnels, littĂ©ralement Ă©crasants.

 

 

QUELLES SERAIENT LES PRINCIPAUX DEFIS POUR REUSSIR LE BEL CANTO DE DONIZETTI ET EN PARTICULIER LE ROLE D’ANNA BOLENA?

Les plus importants sont : la beautĂ© vocale et l’endurance physique (d’autant que le rĂŽle est important en durĂ©e sur scĂšne comme en intensitĂ©) ; maĂźtriser une tessiture d’au moins 2 octaves et demi (en particulier si l’on chante toutes les notes aiguĂ«s dans la scĂšne de folie finale) ; maĂźtriser aussi la technique de la coloratoure, ĂȘtre capable d’écrire vous-mĂȘme les variations oĂč il le faut et quand le style le demande ; enfin trouver la cohĂ©rence qui inclut tout cela pour en dĂ©duire un portrait vocal et dramatique convaincant.

Propos recueillis en novembre 2018, peu de temps avant que Marina Rebeka ne rĂ©alise la premiĂšre d’ANNA BOLENA Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Bordeaux, jusqu’au 18 nov 2018

 

  

 

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REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsACTUALITES CD. En novembre 2018, MARINA REBEKA sort un nouvel album : SPIRITO, dédié au bel canto, sous son propre label PRIMA CLASSICS. LIRE ici notre crtiique complÚte de SPIRITO, élu « CLIC » de CLASSIQUENEWS de novembre 2018
http://www.classiquenews.com/cd-critique-spirito-marina-rebeka-soprano-anna-bolena-1-cd-prima-classic-juillet-2018/

 

 

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Nouvelle ANNA BOLENA par Marina Rebeka

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsBORDEAUX, OpĂ©ra. DONIZETTI : ANNA BOLENA, 5>18 nov 18. Anne Boleyn (1500-1536), seconde Ă©pouse d’Henri VIII d’Angleterre, finit sa courte ascension politique et amoureuse, dĂ©capitĂ©e pour des actes qu’elle n’avait pas commis : ainsi se rĂ©alise la cruautĂ© et le bon vouloir du prince le plus volage de son Ă©poque, collectionneurs de jupons, trop obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e, l’urgence d’une descendance mĂąle. Cynisme de l’histoire, c’est la fille de Boleyn, Elisabeth qui rĂšgnera Ă  la succession de son pĂšre. Devenant Ă  l’époque de Shakespeare, la souveraine la plus impressionnante de la fin du XVIĂš.
Gaetano Donizetti demande au librettiste Felice Romani (partenaire de Bellini avant lui), un nouveau texte lyrique, capable de suggĂ©rer (bel canto) et d’incarner la passion tragique et funĂšbre de la reine assassinĂ©e. C’est avant Marie-Antoinette au XVIIIĂš, la figure royale digne et sacrifiĂ©e, la plus troublante dans l’histoire des Reines massacrĂ©es
 martyrs de l’Histoire europĂ©enne.

La crĂ©ation d’Anna Bolena, en 1830 Ă  Milan, remporte un succĂšs important ; pourtant il faut attendre le XXĂš pour que l’ouvrage qui nĂ©cessite une soprano coloratoure dramatique, actrice autant que cantatrice, ne s’impose sur les planches, grĂące Ă  l’incarnation qu’en donne Maria Callas, en 1957 : immense tragĂ©dienne et grande belcantiste.

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsAprĂšs avoir chantĂ© Norma au Met et Traviata Ă  Paris, la soprano lettone Marina Rebeka effectue Ă  Bordeaux ses dĂ©buts dans le rĂŽle-titre. Un Ă©vĂ©nement en soi attendu par le monde lyrique, et qui est dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ© dans son rĂ©cent album discographique, Ă©ditĂ© par la cantatrice elle-mĂȘme (elle a crĂ©Ă© son propre label PRIMA classics) : le programme enregistrĂ© intitulĂ© SPIRITO rend hommage Ă  la passion des hĂ©roĂźnes tragiques du bel canto italien, dont justement une scĂšne d’Anna Bolena, vivante, habitĂ©e, voire hallucinĂ©e et bien sĂ»r, hautement tragique. LIRE le compte rendu du cd SPIRITO par classiquenews.com («  CLIC » de CLASSIQUENEWS de novembre 2018)

La metteure en scÚne Marie-Louise Bischofberger, épouse et collaboratrice du regretté Luc Bondy réalise la nouvelle production présentée à Bordeaux.

 

 

 

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DONIZETTI : ANNA BOLENA
Nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra de BORDEAUX
Du 5 au 18 novembre 2018
Avec Marina REBEKA dans le rĂŽle-titre
RESERVEZ ICI VOTRE PLACE
https://www.opera-bordeaux.com/opera-anna-bolena-10887

Production Opéra National de Bordeaux
Musique de Gaetano Donizetti
Livret de Felice Romani, d’aprĂšs Anna Bolena d’Ippolito Pindemonte (1816), traduction de l’Henry VIII de Marie-Joseph ChĂ©nier (1791)
Opéra en 2 actes créé au Teatro Carcano à Milan le 20 décembre 1830

 

 

 

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REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200LIRE aussi notre compte rendu complet du cd SPIRITO de MARINA REBEKA (1 cd PRIMA classics, novembre 2018)
  Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

 

 

 

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CD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano.  ANNA BOLENA ( 1 cd Prima classic, juillet 2018)

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano (1 cd Prima classic, juillet 2018)… Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

3Ăš album de la diva Marina Rebeka : “Spirito”


BEL CANTO INCARNÉ

D’emblĂ©e, outre, la facilitĂ© Ă  incarner un personnage et lui offrir une somptueuse Ă©toffe Ă©motionnelle, sans appui ni excĂšs (belle vertus dans la mesure), s’affirme la tension hĂ©roĂŻque du recitativo ; la maĂźtrise des intervalles ; le relief et la puissance saine des aigus mĂ©talliques, francs. Ils expriment le tempĂ©rament tragique, exacerbĂ© du personnage d’Anna Bolena par exemple, dans chaque situation. Avec le choeur et un orchestre d’une rare intelligence climatique, la cantatrice incarne idĂ©alement cette Ăąme sacrificielle, blessĂ©e de l’ex Ă©pouse d’Henri VIII, destinĂ©e Ă  mourir : elle meurt certes mais elle reste digne (sa fille Elisabeth rĂšgnera ensuite).
TrĂšs belle nature, puissante et expressive, racĂ©e, de la soprano capable d’un medium riche, ample, charnel, de type callasien, « Al Dolce guidami » est d’essence bellinienne, suspendue, aĂ©rienne, d’une langueur Ă©perdue qui est Ă©noncĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de caractĂšre. Sans duretĂ© ni dĂ©monstration. Mais pudeur, Ă©lĂ©gance, tension.
DĂ©termination, d’une hĂ©roĂŻne tragique qui se rebiffe et affronte crĂąnement son destin, avec un spinto plus large qui doit couvrir le choeur et l’orchestre : « Coppia iniqua » impose clairement son medium ample et presque caverneux (« cessate »). La fin de la reine dĂ©capitĂ©e surgit en sa derniĂšre vocalitĂ  Ă©corchĂ©e, hallucinĂ©e, blessĂ©e, impuissante mais dĂ©terminĂ©e (avec des sauts et intervales en effet, dont le dernier aigu, signe du sacrifice ultime, est bien nĂ©gociĂ©).

En français La Vestale de Spontini, impose une ligne souple et large elle aussi mais toujours claire. PriĂšre funĂšbre (« Ô des infortunĂ©s ») ; puis « Toi que j’implore », sur le mĂȘme registre imploratif fait valoir son medium de plus en plus Ă©largi aux couleurs trĂšs riches ;
La diction n’est pas parfaite (les consommes et diphtongues sont lissĂ©es et les consommes souvent sont absentes), mais la ligne vocale est claire et trĂšs intense. Et l’abattage, les couleurs et les accents se ressaisissent dans les deux derniers airs (« Sur cet autel / Impitoyables dieux » ) oĂč la chanteuse en actrice consommĂ©e, sait construire l’épaisseur de son personnage qui a l’étoffe des protagonistes de Berlioz et de Beethoven. VoilĂ  qui laisse envisager une passionnante Didon dans Les Troyens du Français par exemple. De toute Ă©vidence ce miel expressif, ardent, solide, architecturĂ© impose plus qu’un chant
 un tempĂ©rament dramatique Ă©vident et des moyens trĂšs convaincants.

CLIC D'OR macaron 200Saluons au diapason de ce bel canto, racĂ© et Ă©lĂ©gant, ardent et trĂšs incarnĂ©, mais sans effets dĂ©bordants, la tenue de l’orchestre, Ă  la fois vif, dĂ©taillĂ©, remarquablement articulĂ©, qui sait soigner la caractĂ©risation de chaque sĂ©quence dramatique. Offrant ainsi un tapis Ă©quilibrĂ© et confortable au chant souverain de la diva si expressive.

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CD, critique. MARINA REBEKA : « SPIRITO » : airs d’opĂ©ras de Bellini, Donizetti, Spontini. Orchestra and Chorus of Teatro Massimo di Palermo, Jader Bignamini, direction (1 cd Prima classics) – parution annoncĂ©e : le 9 novembre 2018. CD Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS, novembre 2018.

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VOIR la VIDEO Marina Rebeka Spirito
https://musique.orange.fr/videos/all/marina-rebeka-spirito-the-making-of-the-album-VID0000002GNso.html

Suivez l’actu de la soprano MARINA REBEKA sur twitter : https://twitter.com/marinarebeka

En LIRE plus sur le site de la soprano MARINA REBEKA :
https://marinarebeka.com/2018/10/05/marina-rebeka-releases-new-solo-album-spirito/

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation d’ANNA BOLENA Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Bordeaux en novembre 2018 : Ă  venir

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DVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca)

Tell guillaume rossini Juan diego florez decca dvdDVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca). Pesaro retrouve un ambassadeur de rĂȘve en la personnage du tĂ©nor pĂ©ruvien Juan Diego Florez, trĂ©sor national vivant dans son pays, et ici, nouveau hĂ©ros toutes catĂ©gories en matiĂšre de beau chant rossinien. Les dĂ©tracteurs ont boudĂ© leur plaisir en lui reprochant une absence de medium charnu et une vrai assise virile dans un style rien que… idĂ©alisĂ© non incarnĂ© : or la vaillance et l’intonation sont continument Ă©poustouflants et le grand genre, celui du grand opĂ©ra Ă  la française que Rossini inaugure ainsi sur la scĂšne parisienne en 1829 marque Ă©videmment l’histoire lyrique, grĂące Ă  l’Ă©clat de cette voix unique Ă  ce jour. Juan Diego Florez reste difficilement attaquable et les puristes dĂ©clarĂ©s qui brandissent les mannes d’Adolphe Nourrit (crĂ©ateur du rĂŽle) auront bien du mal Ă  dĂ©montrer la lĂ©gitimitĂ© de leur rĂ©serve.

 

 

A l’Ă©tĂ© 2013, le festival de Pesaro offre l’un de ses meilleurs spectacles…

Le superbe Tell de Pesaro 2013

 

CLIC_macaron_20dec13juan diego florez arnold guillaume tell pesaro 2013Florez apporte la preuve que le rĂŽle d’Arnold peut ĂȘtre incarnĂ© par un tĂ©nor di grazia non hĂ©roĂŻque, tant l’intelligence de son jeu et de son chant donnent chair et Ăąme au personnage de Rossini : d’autant que Pesaro n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens ni surtout la qualitĂ© artistique pour rĂ©ussir manifestement l’une de ses plus belles rĂ©alisations. Aux cĂŽtĂ©s du solaire Florez, Arnold noble et lumineux, aux aigus ardents, la Mathilde de Marina Rebeka n’est que tendresse et miel vocal ; le baryton Nicola Alaimo affirme lui aussi une noblesse humaine totalement convaincante, d’autant plus mĂ©ritoire que la mise en scĂšne de Graham Vick est comme Ă  son habitude claire et politique mais clinique et trĂšs glaciale. Vick transpose le drame suisse gothique dans l’Italie du Risorgimento oĂč la soldatesque autrichienne humilie continument les paysans suisses, offrant de facto Ă  la figure ignoble et abjecte du conquĂ©rant Gessler (le meurtrier du pĂšre d’Arnold), une rare perversitĂ© souvent insupportable. Le ballet du III (qui prĂ©cĂšde la fameuse Ă©preuve de la pomme) est totalement restituĂ© en une scĂšne collective de soumission / oppression du petit peuple par les occupants arrogants. Alberghini fait un pĂšre d’Arnold trĂšs solide. Dommage que les rĂ©pĂ©titeurs du français pour les comprimari (seconds rĂŽles) et les choeurs n’aient pas rĂ©ussi totalement leur objectif : beaucoup de scĂšnes Ă©chappent Ă  la comprĂ©hension, le texte français Ă©tant inintelligible. De lĂ  Ă  penser que le spectacle reste dĂ©sĂ©quilibrĂ© : rien de tel. Ce Tell comble les attentes, car le duo miraculeux (Arnold / Mathilde) et portĂ© comme tous par la baguette fine et nerveuse du chef Michele Mariotti. Ce pourrait ĂȘtre mĂȘme de mĂ©moire de festivalier depuis l’aprĂšs guerre, l’un des meilleurs spectacles rossiniens de Pesaro, festival italien qui semble avoir renouĂ© avec les grands moments de son histoire.

rossini guillaume tell juan diego florez nicola alaimo pesaro aout 2013 2 dvd Decca clic de classiquenews avril 2015

 

Juan Diego FLorez et Nicola Alaimo (Arnold et Guillaume Tell)

Rossini : Guillaume Tell, 1829. Juan Diego Florez (Arnold Melcthall), Nicola alaimo (Guillaume Tell), Marina Rebeka (Mathilde)… Michele Mariotti, direction. Graham Vick, mise en scĂšne. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2013 au Festival Rossini de Pesaro (Italie). 2 dvd Decca.