Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, ténor / Tristan Raës, piano (1 cd APARTE, oct 2018)

dubois cyrille tristan raes LISZT melodies lieder O LIEB cd review cd critique classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS septembre 2019Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, tĂ©nor / Tristan RaĂ«s, piano (1 cd APARTE, oct 2018). Focus lĂ©gitime et opportun que celui qui ici dĂ©voile les lieder de Liszt, – si peu connus, composĂ©s dans le prolongement des transcriptions de ceux de Schubert ; mais Ă  la sensucht schubertienne, langueur nostalgique ineffable, Liszt reste, proche de sa propre sensibilitĂ© Ă©motionnelle, passionnĂ© voire captivĂ© par l’extase amoureuse ; un Ă©tat d’hyperconscience, de solitude, d’ivresse, de voluptĂ© absolues, oĂč l’on retrouve pour les lieder allemands, la fusion de la nature (communion magique avec le Rhin entre autres), de l’abandon, du rĂȘve. Les connaisseurs du piano de Liszt y retrouvent ce goĂ»t des harmonies rares et aventureuses, toutes infĂ©odĂ©es Ă©troitement Ă  l’itinĂ©raire des textes poĂ©tiques. La part du piano revendique d’ailleurs, un chant double, Ă©gal, qui n’accompagne pas, mais dialogue avec la voix et commente ce qu’elle dit : au piano (Steinway D 225, au chant complice, fusionnel), le jeu de Tristan RaĂ«s se montre irrĂ©sistible. Mais le sommet du lied lisztĂ©en demeure indiscutablement le lyrisme mesurĂ© et nuancĂ© de Die Loreley, qui comme l’Erlkönig de Schubert, que Liszt connaissait Ă©videmment, condense le pouvoir de l’hallucination jusqu’à la mort, l’attraction de la nymphe voluptueuse capable d’envoĂ»ter le batelier trop contemplatif et naĂŻf jusqu’au fond des eaux mouvantes.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’affinitĂ© du timbre et du style de Cyrille Dubois, que l’on n’attendait guĂšre dans la langue de Heine ou de Schiller (entre autres), s’affirme dans l’imaginaire des lied romantiques du plus spirituel et passionnĂ© des compositeurs romantiques. Son articulation, son intelligence prosodique dĂ©pouillĂ©e de tout artifice, creusent l’arĂȘte des mots.

Souveraine, la noblesse schumanienne du premier lied « Hohe liebe »), qui convoque la rĂȘverie et la plĂ©nitude extatique. Intonation et projection hallucinĂ©e, enivrĂ©e aux aigus parfois durs, mĂ©talliques, mais clairs, brillants se dĂ©ploient sans entrave, au service de la finesse poĂ©tique des textes. MĂȘme naturel et Ă©vidence, dans le second lied (« JugendglĂŒck de 1860), plus dĂ©clamatoire, expressif, pointu, qui convient au timbre trĂšs droit du tĂ©nor français dont on se dĂ©lecte aussi de l’infinie tendresse de phrasĂ©s enivrĂ©s : cf. « Schwebe“, 1Ăšre version posthume (14).

Les 4 mĂ©lodies françaises (d’aprĂšs Victor Hugo) ajoutent Ă©videmment l’impact poĂ©tique du verbe français, aux Ă©vocations naturelles et vĂ©gĂ©tales, teintĂ© d’un Ă©rotisme filigranĂ© (Ă©pisode printanier de « S’il est un charmant gazon », 1844)

La sĂ»retĂ© des hauteurs, l’élĂ©gance du style se dĂ©ploient plus encore dans les 3 mĂ©lodies suivantes de 1859 (dans leur seconde version respective). « Enfant si j’étais roi », altier, conquĂ©rant et fier ; « Oh quand je dors » se fait pure priĂšre, appel Ă  l’onirisme le plus Ă©vocateur, telle une berceuse au balancement exquis, hypnotique, d’essence surtout amoureuse car Hugo y dĂ©pose les miracles d’une Ăąme traversĂ©e par le saisissement Ă©perdu : le timbre angĂ©lique et tendre, brillant et sans fard, d’une sincĂ©ritĂ© juvĂ©nile de Cyrille Dubois convainc totalement. D’autant que le piano de Trsitan RaĂ«s Ă©blouit lui aussi par son sens des nuances.

CLIC D'OR macaron 200L’accomplissement se rĂ©alise dans le dernier « Comment, disaient-ils », mĂ©lodie en forme de rĂ©bus ; au dramatisme Ă  la fois inquiet (des hommes) et mystĂ©rieux, rĂȘveur (des femmes Ă©nigmatiques qui leur rĂ©pondent). Les passages en voix de tĂȘte sont idĂ©alement rĂ©alisĂ©s, indiquant comme il le fait chez les Baroques, (Rameau dont un Pygmalion rĂ©cent), un vrai tempĂ©rament taillĂ© pour le verbe ciselĂ©, Ă©vocateur. Un diseur douĂ© d’une intelligence qui Ă©coute les secrets du texte comme de la musique.
Dans les ultimes mĂ©lodies d’aprĂšs PĂ©trarque, le « Benedetto sia’l giorno » (22), indique dans la tenue impeccable de la ligne, l’extension souple et tendue de la phrase, la puretĂ© de l’articulation, la prĂ©cision des mĂ©lismes, la franchise solaire des aigus, des vertus
 belcantistes – c’est Ă  dire orthodoxes ici, rossiniennes et belliniennes, que le diseur aurait bĂ©nĂ©fice Ă  cultiver dans le futur. Le tĂ©nor est capable d’exprimer le ravissement et l’extase amoureuse fantasmĂ©, vĂ©cu par Liszt Ă  l’épreuve de PĂ©trarque. Quel autre tĂ©nor dans cette candeur naturelle, et cette franchise est capable d’un tel accomplissement aujourd’hui ? Formidable interprĂšte. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, ténor / Tristan Raës, piano (1 cd APARTE, oct 2018).

CD coffret, événement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon)

Brigit fesbaender mezzo edition lieder operas coffret box cd set review critique cd opera concert festivals classiquenews 4836913CD coffret, Ă©vĂ©nement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon). Elle vient d’avoir 80 ans ce 3 juillet 2019 (nĂ©e berlinoise en 1939) : la mezzo Brigitte Fassbaender aura marquĂ© les planches surtout Ă  partir de 1970 , – premiĂšre dĂ©cennie oĂč elle se saisit de premiers rĂŽles lyriques, grĂące Ă  un tempĂ©rament dramatique qui sait articuler et aussi projeter le texte : la chanteuse lyrique est aussi une formidable diseuse, habile et convaincante dans les lieder de Schubert, Wolf, Strauss, surtout Brahms et Liszt
 ce que rappelle avec justesse le coffret de 11 cd, Ă©ditĂ© en ce mois de juillet anniversaire par DG Deutsche Grammophon. Son timbre souple et sombre mais heureusement cuivrĂ©, Ă©blouit dans les rĂŽles travestis dont tĂ©moigne la rĂ©ussite de ses prises des rĂŽles tel surtout l’amant de La MarĂ©chale, Ă  son lever au I : « Quinquin » / Octavian (Le Chevalier Ă  la rose de R Strauss), mais aussi Sextus dans La ClĂ©mence de Titus de Mozart
 La Fassbaender est de la trempe des Christa Ludwig (nĂ©e aussi Berlinoise mais en 1924) : une voix, un jeu dramatique, et une personnalitĂ© admirable, une partenaire qui savait se fondre et participer dans chaque maison d’opĂ©ra avec un rĂ©el esprit de troupe. Les 11 cd ainsi regroupĂ©s forment un portrait Ă©quilibrĂ©, emblĂ©matique des choix artistiques de la cantatrice qui fut capable de chanter l’opĂ©ra italien, Mozart, Wagner et Verdi, surtout le lied. Les 7 premiers cd sont dĂ©diĂ©s Ă  l’articulation des textes germaniques mis en musique par Schubert (Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang; lieder
) ; Loewe (Lieder, Frauenliebe), Schumann (Frauenliebe und leben, lieder
) ; Wolf (Mörike lieder) ; surtout l’excellent programme rĂ©unissant les lieder de Strauss et Liszt. En bonus, les duos de Dvorak et Brahms.
CLIC D'OR macaron 200Puis, DG souligne le mĂ©tal colorĂ© de ce timbre qui s’est entendu avec l’orchestre, chez Mahler (lieder avec orchestre, extraits du Chant de la terre), Brahms (Alt-Rhapsodie), Moussorsgki (Chants et danses de la mort). Enfin les deux derniers cd (10 et 11) sont dĂ©diĂ©s aux personnages lyriques : de VERDI (Azucena / Il Trovatore) Ă  WAGNER (BrangĂ€ne dans Tristan und Isolde), sans omettre SCHOENBERG (ses fabuleux Gurre-lieder). A noter aussi ses rĂŽles mozartiens : Sextus (Titus), Dorabella (Cosi)
 Portrait discographique incontournable. Bon anniversaire Brigitte !

 

 

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CD coffret, événement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon)

Works by
Schubert · Loewe · Schumann
Wolf · Lizst · R. Strauss
Dvoråk · Brahms · Mahler
Mussorgsky · R. Wagner · A. Scarlatti
Mozart · Humperdinck · Pfitzner
Puccini · J. Strauss II · Verdi
Schoenberg
Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano

Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
Karl Böhm

Mozarteum Orchester Salzburg
Leopold Hager

Berliner Philharmoniker
Carlo Maria Giulini

Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
Riccardo Chailly

Symphonieorchester
des Bayerischen Rundfunks
Rafael Kubelik
Parution international le 7 Juin 2019

CD coffret, Ă©vĂ©nement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon – 0289 483 6913 3

Compte rendu, concert. Dijon, le 6 déc 2018. R. Strauss, Mahler, Zemlinsky. M Winckler / G Madaras

Gergely Madaras chef maestro concert critique classiquenews_1921 © Balazs Borocz _ PilvaxCompte rendu, concert. DIJON, OpĂ©ra, auditorium, le 6 dĂ©cembre 2018. R. Strauss, Mahler, Zemlinsky. Matthias Winckler / Gergely Madaras / Orchestre Dijon Bourgogne. IntitulĂ© « Vienne 1900 », le programme associe Zemlinsky, Mahler et Strauss. Il s’ouvre sur l’Ɠuvre la plus tardive : le prĂ©lude d’Ariane Ă  Naxos, oĂč sont prĂ©sentĂ©s tous les personnages, suivi de la scĂšne de danse. La grande douceur chambriste, sensuelle, animĂ©e par des bois goguenards, le Strauss de la fiĂšvre et de l’émotion tendre est remarquablement traduit par l’Orchestre Dijon Bourgogne, en pleine forme. SuccĂšdent les Kindertotellieder, chantĂ©s par le magnifique baryton qu’est Matthias Winckhler. Ecrits « avec un sang jailli du cƓur »  (Theodore Helm, Ă  la crĂ©ation du cycle),  les cinq poĂšmes de RĂŒckert, sur lesquels travailla Mahler de l’étĂ© 1901 (1, 3 & 4) Ă  1904 (2 & 5),  ont en commun, outre leur Ă©criture musicale, une atmosphĂšre dominĂ©e par le souvenir de  la mort de l’enfant, ou des enfants. Leur cohĂ©rence tonale (de rĂ© Ă  rĂ©), l’instrumentation Ă©conome, dĂ©pouillĂ©e,  concourent  à l’unitĂ© du cycle. Du reste, quelques applaudissements intempestifs, aprĂšs le premier lied auraient pu ĂȘtre Ă©vitĂ©s, en rappelant dans le programme la continuitĂ© voulue par le compositeur. Ajoutons que les textes et leur traductions n’y figurent pas, essentiels Ă  la comprĂ©hension fine de chaque lied. Nun will die Sonn’ so hell aufgehn  (tirĂ© de Trost und Erhebung, consolation et Ă©lĂ©vation), du volume de RĂŒckert). La douleur lancinante, ambigĂŒe, le dĂ©sespoir, le dĂ©pouillement absolu de la ligne, Ă©puisĂ©e, dans le registre mĂ©dian, piano ou pianissimo, que rompt seulement le forte du dernier interlude, c’est la mĂȘme Ă©motion qui nous submerge. Nun seh’ich wohl, fervent mais tendre [« innig aber zart »], tirĂ© de Krankheit und Tod (maladie et mort] se signale par son Ă©conomie de moyens, par l’importance des silences. La musique illustre de façon littĂ©rale le texte de RĂŒckert (parce que le brouillard m’engloutit, tissĂ© par un destin aveuglant, par exemple) L’InquiĂ©tude,  l’incertitude tonale sont remarquablement traduitrs. L’incise du prĂ©lude au cor anglais, que reprendra le chant de Wenn dein MĂŒtterlein (extrait Ă©galement de Krankheit und Tod), d’une profonde tristesse, renforcĂ©e par l’absence des violons, par l’ostinato en croches (pizz), comme la fin, Ă©vanescente, sont poignants. Dans Oft, denk’ich, sie sind nur ausgegangen (Trost und Erhebung), le poĂšte se berce d’illusions : en substance, je pense que vous ĂȘtes seulement sortis et ne tarderez pas Ă  ĂȘtre de retour. La  ligne de chant, le plus souvent conjointe, avec quelques sauts de quinte, de sixte et de septiĂšme en fin de phrase, comme un sanglot, calme, est traduite avec justesse. In diesem Wetter, in diesem Braus (mit ruhelos schmerzvollen Ausdruck = avec une impression inquiĂšte et trĂšs douloureuse), nous emporte, agitĂ©, angoissĂ©, le dĂ©sespoir est violent, liĂ© au dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments. L’orage (sans ff) est tout sauf conventionnel, malgrĂ© les moyens utilisĂ©s. La tendresse, l’apaisement, l’espoir, que traduit la magistrale coda, lumineuse, annoncent la fin du Chant de la terre.

Matthias Winckler critique concert zemlinsky compte rendu classiquenewsLe baryton, en pleine possession de moyens rares malgrĂ© son Ăąge (28 ans), Matthias Winckhler,  voix sonore, y compris dans les nuances les plus retenues, dĂ©pourvue de toute affectation, y rayonne magistralement. La rondeur de l’émission, ample, Ă©gale, avec de solides graves et des aigus radieux, est un constant bonheur.  Si le legato est parfois contrariĂ©, c’est par le souci  de l’articulation, exemplaire : chaque syllabe est accentuĂ©e, colorĂ©e et projetĂ©e, avec le poids juste. Sa rĂ©serve, extrĂȘme, son naturel, avec des bouffĂ©es de fiĂšvre, de rage, de violence traduisent idĂ©alement le texte de RĂŒckert comme la musique de Mahler.
Les seules rĂ©serves, minimes,  concernent le parti-pris de la direction de Gergely Madaras. La plĂ©nitude est remarquable, on s’étonne seulement que les nuances, constamment notĂ©es avec prĂ©cision par Mahler soient imparfaitement suivies. L’image d’un certain pathos expressionniste conduit Ă  l’oubli. Un seul mezzo-forte en 68 pages de partition (au 4 du dernier lied), avouez que c’est peu. La subtilitĂ© des nuances de Mahler,  oĂč le niveau d’émission reste le plus souvent contenu entre pp et p, les f et ff rĂ©servĂ©s aux moments exaltĂ©s, demeure l’un des dĂ©fis de son Ă©criture. Si les crescendi sont respectĂ©s, les diminuendi sont imparfaitement maĂźtrisĂ©s, trop subito. Or,  les violoncelles du deuxiĂšme lied, l’incise du cor anglais du troisiĂšme sont trop peu pianissimo. De façon gĂ©nĂ©rale, les nuances les plus tĂ©nues sont indistinctement jouĂ©es trop fort, amoindrissant la dĂ©mesure attendue des forte et fortissimi. Notre bonheur n’en est pas profondĂ©ment altĂ©rĂ©, tant chacun est investi dans cette Ɠuvre magnifique.
Les symphonies de jeunesse de Zemlinsky sont encore le plus souvent inconnues, Ă  la diffĂ©rence de sa Symphonie lyrique, Ă©crite trente ans aprĂšs la premiĂšre, que nous Ă©couterons ce soir. De structure conventionnelle,  elle n’est pas toujours un exercice d’école. Ainsi le premier mouvement s’inscrit-il dans la descendance de Brahms. Toutes les formules de ce dernier sont rĂ©capitulĂ©es en quelques dizaines de mesures de l’exposition et du dĂ©veloppement. Les musiciens ont manifestement plaisir Ă  jouer cette musique, dont le style leur est familier. Le scherzo suivant est nerveux, animĂ© Ă  souhait, avec son trio aux vents. La pĂąte orchestrale du troisiĂšme mouvement  (trĂšs intime et large) est pleine et claire, avec lyrisme, avant la partie centrale, dramatique. Quant au finale, notĂ© moderato, il est animĂ©, jovial, enjouĂ©, le compositeur jouant sur une mĂ©trique simple et dĂ©composĂ©e, ce qui lui permet d’animer le mouvement. La direction de Gergely Madaras imprime une vie constante Ă  cette musique, souvent sĂ©duisante. Remercions-le d’avoir programmĂ© cette Ɠuvre rare que la plupart des auditeurs auront dĂ©couverte Ă  cette occasion.Il faut souligner, avant son dĂ©part pour la direction de l’Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge, combien Dijon lui est redevable d’avoir hissĂ© son orchestre Ă  un niveau que nombre de formations en rĂ©gion pourraient lui envier.

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, auditorium, le 6 décembre 2018. R. Strauss, Mahler, Zemlinsky. Matthias Winckler / Gergely Madaras / Orchestre Dijon Bourgogne. Crédit photographique © DR

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert, le 25 nov 2018, 15h30. Le baryton Alain Buet chante le cycle de lieder Le Voyage d’hiver de Franz Schubert. Immersion superlative dans l’imaginaire tendre, intime, mĂ©lancolique aussi du compositeur viennois disparu en 1828.

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Franz Schubert est l’un des plus grands compositeurs romantiques. Son Ɠuvre Ă©norme englobe tous les domaines, le concerto exceptĂ©. Avec « Marguerite au rouet » d’aprĂšs Goethe, qu’il Ă©crit Ă  l’ñge de 17 ans, il est le crĂ©ateur du lied romantique : la voix et un accompagnement expressif au piano reproduisent en une miniature pleine de vie l’état d’ñme du poĂšte au moment oĂč il composa. Il utilise les formes symphoniques du clacissisme, mais les amplifie Ă  la fois par le dĂ©veloppement et l’expression romantique. Une richesse mĂ©lodique inĂ©puisable qui fait souvent penser Ă  Mozart, une technique de composition favorable aux grands dĂ©veloppements, une harmonie riche en modulations : telles sont les caractĂ©ristiques de son Ɠuvre. Schubert offre l’exemple parfait d’une sensibilitĂ© romantique qui s’exprime sans dĂ©tour.

 

 

Un certain regard — Alain Buet (baryton) / LE POINT DE VUE DE L’INTERPRETE

schubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews« Le « Winterreise » ou « Voyage d’hiver » de Franz Schubert pour voix et piano sur les poĂšmes de Wilhelm MĂŒller composĂ© en 1827 est un pur chef-d’Ɠuvre musical romantique qui a largement contribuĂ© Ă  me donner l’envie de m’engager sur la voie du chant. Il m’a fallu une bonne quinzaine d’annĂ©es de rĂ©flexion avant de m’attaquer Ă  ces 24 lieder comme un alpiniste fascinĂ©, paralysĂ© et attirĂ© par la magie d’une montagne.

Le choix du pianiste est d’une grande importance, selon le compagnon, le voyage sera toujours diffĂ©rent ; il est en quelque sorte un premier de cordĂ©e puisque Schubert a fait commencer tous les chants (lieder) du cycle par un prĂ©lude pianistique, les mots du chanteur devant suivre la voie ouverte et fusionner avec la musique pure. David Violi est un magnifique pianiste/poĂšte avec lequel j’ai hĂąte de partager cette aventure pour Jean-Claude Malgoire et le public de Tourcoing.

Les textes de Wilhelm MĂŒller expriment les souffrances causĂ©es par la perte de l’ĂȘtre aimĂ© au travers des 24 poĂšmes qui sont 24 Ă©tats de l’ñme d’un homme en perdition dans le froid de l’hiver. Comment ne pas penser aux sans-abris, aux migrants, aux rĂ©fugiĂ©s, aux exilĂ©s de notre temps auxquels nous dĂ©dierons ce concert. » Alain Buet (baryton).

 

 

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Le Voyage d’hiver de Schubert
Dim 25 nov 2018, 15h30
TOURCOING, Conservatoire

Alain Buet, baryton
David Violi, piano
Winterreise, 24 lieder pour piano et voix (1827)

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise / 24 lieder pour piano et voix, composĂ© en 1827 sur des poĂšmes de Wilhelm MĂŒller

RESERVEZ VOTRE PLACE

sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca. Le sens du verbe, l’Ă©locution ardente et prĂ©cise de Dorothea Röschmann rĂ©tablit les climats proches malgrĂ© leur disparitĂ© esthĂ©tique, des lieder de Schumann et de Berg. Schumann vit de l’intĂ©rieur le drame sentimental ; Berg en exprime avec distanciation tous les questionnements. En apparence Ă©trangers l’un Ă  l’autre, les deux Ă©critures pourtant s’abandonnent Ă  une intensitĂ© lyrique, des Ă©panchements irrĂ©pressibles, clairement inspirĂ©s par l’univers profond voire mystĂ©rieux de la nuit, que le timbre mĂ»r de la soprano allemande sert avec un tact remarquable. L’exquise interprĂšte Ă©coute tous les vertiges intĂ©rieurs des mots. C’est une diseuse soucieuse de l’intelligibilitĂ© vivante de chaque poĂšme. L’engagement vocal exprime chez Schumann comme Berg, le haut degrĂ© d’une conscience marquĂ©e, Ă©prouvĂ©e qui nĂ©anmoins est en quĂȘte de reconstruction permanente.

CLIC_macaron_2014schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSComposĂ©s en 1840, pour cĂ©lĂ©brer son union enfin rĂ©alisĂ©e avec la jeune pianiste Clara Wieck, les Frauenliebe und leben lieder affirme l’exaltation du jeune Ă©poux Schumann qui Ă©crit dans un jaillissement presque exclusif (aprĂšs n’avoir Ă©crit que des piĂšce pour piano seul), une sĂ©rie de lieder inspirĂ©s par son amour pour Clara. Les poĂšmes d’Adelbert von Chamisso, d’origine française, dĂ©peint la vie d’une femme mariĂ©e. “J’ai aimĂ© et vĂ©cu”, chante-t-elle dans le dernier des huit lieder, et le cycle retrace son voyage de son premier amour, en passant par les fiançailles, le mariage, la maternitĂ©, jusqu’au deuil. L’hommage d’un amant admiratif au delĂ  de tout mot se lit ici dans une joie indicible que l’articulation sans prĂ©tention ni affectation de la soprano, Ă©claire d’une intensitĂ©, naturelle, flexible. D’une rare cohĂ©rence, puisque certain passage du dernier rappelle l’Ă©noncĂ© du premier, le cycle suit pas Ă  pas chaque sentiment fĂ©minin avec un tact subtil, mettant en avant l’impact du verbe. De ce point de vue, Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben, trĂšs proche du parlĂ©, fusionne admirablement les vertiges musicaux et le sens du poĂšme. D’une infinie finesse de projection, gĂ©rant un souffle qui se fait oublier tellement la prononciation est exemplaire, Dorothea Röschmann Ă©claire chaque sĂ©quence d’une sensibilitĂ© naturelle qui porte entre autres, l’exultation Ă  peine mesurĂ©e mais d’un abattage linguistique parfait des 5Ăš et 6Ăš mĂ©lodies (Helft mir, ihr Schwestern… et SĂŒĂŸer Freund, du blackest…). Sans dĂ©cors ni prolongement visuel, ce live restitue l’impact dramatique de chaque Ă©pisode, la force de la situation ; l’essence du thĂ©Ăątre ans le chant. Le cycle s’achĂšve sur l’abĂźme de douleur de la veuve Ă©plorĂ©e au chant tragique et lugubre (Nun hast du mir den ersten Schmerz getan…) : l’attention de la soprano Ă  chaque couleur du poĂšme rĂ©alise un sommet de justesse sincĂšre par sa diversitĂ© nuancĂ©e, son Ă©locution lĂ  aussi millimĂ©trĂ©e en pianissimi tĂ©nus d’une indicible langueur doloriste. D’autant que Schumann y cite les premiers Ă©lans des premiers lieder : une rĂ©itĂ©ration d’une pudeur allusive bouleversante sous les doigts Ă  l’Ă©coute, divins de l’autre magicienne de ce rĂ©cital exceptionnel: Mitsuko Uchida. Cette derniĂšre phrase essentiellement pianistique est la meilleure fin offerte au chant irradiĂ©, embrasĂ© de l’immense soprano qui a tout donnĂ© auparavant. La complicitĂ© est rayonnante; la comprĂ©hension et l’entente indiscutable. Le rĂ©sultat : un rĂ©cital d’une force suggestive et musicale mĂ©morable.

MĂ©lodies de Schumann et de Berg Ă  Londres

Röschmann et Uchida : l’Ă©coute et le partage

 

DatĂ©s de mai 1840 mais publiĂ©s en 1842, les Liederkreis, opus 39 sont eux-aussi portĂ©s par un jaillissement radical des forces du dĂ©sir, et du bonheur conjugal enfin vĂ©cu. Die Stille (5) est un chant embrasĂ© par une nuit d’extase infinie oĂč la tendresse et l’innocence Ă©tendent leur ombre carressante. Le piano file un intimisme qui se fait repli d’une pudeur prĂ©servĂ©e : toute la dĂ©licatesse et l’implicite dont est capable la magicienne de la suggestion Mitsuko Uchida, sont lĂ , synthĂ©tisĂ©s dans un Schumann serviteur d’une effusion premiĂšre, idĂ©ale, comme virginale.
En fin de cycle , trois mĂ©lodies retiennent plus prĂ©cisĂ©ment notre attention : Wehmut, (9), plus apaisĂ©, est appel au pardon, tissĂ© dans un sentiment de rĂ©conciliation tendre ; puis Zwielicht (10) souligne les ressources de la diseuse embrasĂ©e, diseuse perfectionniste surtout, et d’une prĂ©cision archanĂ©enne, quant Ă  la coloration et l’intention de chaque mot, n’hĂ©sitant pas Ă  dĂ©clamer une imprĂ©cation habitĂ©e qui convoque les rĂ©fĂ©rences fantastiques du texte (de fait la poĂ©sie d’Eichendorff est constellĂ© de dĂ©tails parfois terrifiants comme ces arbres frissonnants sous l’effet d’une puissance occulte et inconnue). Enfin, l’ultime : FrĂŒhlingsnacht (retour Ă  la nuit, 12) s’affirme en son Ă©lan printanier, palpitant, celui d’une ardeur souveraine et conquĂ©rante, porteur d’un irrĂ©pressible sentiment d’extase, avec cette coloration rĂ©guliĂšre crĂ©pusculaire, rĂ©fĂ©rence Ă  la nuit du rĂȘve et de l’onirisme.

 

 

Dorothea-Roeschmann--Mitsuko-Uchida

 

 

Au centre du cycle se trouvent deux lieder liĂ©s : “Auf einer Burg” et “In der Fremde”. Le premier, avec sa subtile tapisserie contrapuntique, est Ă©crit dans un style ancien, et son atmosphĂšre austĂšre prĂ©figure le cĂ©lĂšbre mouvement Ă©voquant la “CathĂ©drale de Cologne” dans la Symphonie “RhĂ©nane” de Schumann. La tonalitĂ© rĂ©elle du lied n’est pas le mi mineur dans lequel il commence, mais un la mineur suggestif. La musique aboutit Ă  une demi-cadence sur l’accord de mi majeur, formant une transition avec le lied suivant, dont la ligne mĂ©lodique est clairement issue de la mĂȘme graine.
Les autres lieder du Liederkreis op. 39 sont parmi les plus cĂ©lĂšbres de Schumann : “Intermezzo”, (“Dein Bildnis wunderselig”), avec son accompagnement de piano syncopĂ© d’une excitation Ă  peine contenue ; l’évocation magique d’une nuit au clair de lune dans “Mondnacht”, avec la ligne vocale rĂ©pĂ©tĂ©e hypnotiquement est lui aussi paysage nocturne, du moins jusqu’au retour chez lui du poĂšte mais enivrĂ© et exaltĂ© dans le “FrĂŒhlingsnacht” final, oĂč il voit son amour comblĂ© au retour du printemps.
Les paysages nocturnes des Sept Lieder de jeunesse d’Alban Berg, remontent Ă  ses Ă©tudes quand il Ă©tait Ă©lĂšve de composition en 1904 dans la classe de Schoenberg, et furent regroupĂ©s et minutieusement Ă©ditĂ©s avec accompagnement orchestral en 1928. Dorothea Röschmann chante leur transcription pour piano. Le plus Ă©perdu (plage 15) demeure Die Nachtigall (le Rossignol) lequel marquĂ© par le romantisme d’un Strauss semble rĂ©capituler par son souffle et son intensitĂ©, toute la littĂ©rature romantique tardive, synthĂ©tisant et Schumann et Brahms. Pianiste et chanteuse abordent avec un soin quasi clinique chaque changement de climat et de caractĂšre, offrant une ciselure du mot d’une intensitĂ© sidĂ©rante : impressionnisme de Nacht, traumgekrönt plus wagnĂ©rien, ou Sommertage (jours d’Ă©tĂ©) clairement influencĂ© par son maĂźtre d’alors Schoenberg : fondĂ© sur une dĂ©construction et un style Ă  rebours caractĂ©ristique Ă©lĂ©ments dont le piano Ă  la fois mesurĂ©, incandescent de Uchida souligne l’embrasement harmonique, jusqu’Ă  l’ultime rĂ©sonance de la derniĂšre note du dernier lied. D’aprĂšs Nikolaus Lenau, Theodor Storm et Rainer Maria Rilke —, Berg cultive ses goĂ»ts littĂ©raires avec une exigence digne des grands maĂźtres qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Dorothea Röschmann semble en connaĂźtre les moindres recoins sĂ©mantiques, les plus infimes allusions poĂ©tiques qui fait de son chant un geste vocal qui retrouve l’essence thĂ©Ăątrale et l’enivrement lyrique les plus justes.

schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSCd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca 00289 478 8439. Enregistrement live réalisé au Wigmore Hall, London, 2 & 5 Mai 2015.

ROBERT SCHUMANN (1810–1856)
Liederkreis, op.39

1 I In der Fremde 1.45
2 II Intermezzo 1.53
3 III WaldesgesprÀch 2.38
4 IV Die Stille 1.49
5 V Mondnacht 3.52
6 VI Schöne Fremde 1.22
7 VII Auf einer Burg 3.19
8 VIII In der Fremde 1.25
9 IX Wehmut 2.40
10 X Zwielicht 3.29
11 XI Im Walde 1.35
12 XII FrĂŒhlingsnacht 1.28

ALBAN BERG (1885–1935)
Sieben frĂŒhe Lieder
Seven Early Songs · Sept Lieder de jeunesse

13 I Nacht 4.14
14 II Schilflied 2.18
15 III Die Nachtigall 2.14
16 IV Traumgekrönt 2.41
17 V Im Zimmer 1.21
18 VI Liebesode 1.57
19 VII Sommertage 2.00

ROBERT SCHUMANN
Frauenliebe und -leben, op.42

20 I Seit ich ihn gesehen 2.39
21 II Er, der Herrlichste von allen 3.41
22 III Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben 1.58
23 IV Du Ring an meinem Finger 3.01
24 V Helft mir, ihr Schwestern 2.15
25 VI SĂŒĂŸer Freund, du blickest 4.43
26 VII An meinem Herzen, an meiner Brust 1.33
27 VIII Nun hast du mir den ersten Schmerz getan 4.39

DOROTHEA RÖSCHMANN soprano
MITSUKO UCHIDA piano

CD/Download 00289 478 8439
Recording Location: Wigmore Hall, London, 2 & 5 mai 2015 (enregistrement live ).

 

 

 

Paris, Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fĂȘter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprĂ©tation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd rĂ©unissant les cycles Wintereise, Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang est Ă©ditĂ© en dĂ©cembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un rĂ©cital Schubert dĂ©diĂ© aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle Ă©laborĂ©e par Anton Webern et dont les dĂ©fis instrumentaux sont relevĂ©s ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associĂ©e de l’Orchestre : une chance pour elle car Ă©tant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaĂźt de l’intĂ©rieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poĂ©tique comme des images portĂ© par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expĂ©rience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. MĂȘme comme ce soir invitĂ©e en tant que chanteuse, le tempĂ©rament charismatique de l’interprĂšte, ses affinitĂ©s naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur
 l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considĂ©rablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la rĂ©alisation de ce programme Ă  ne manquer sous aucun prĂ©texte. VOIR notre entretien vidĂ©o avec Nathalie Stutzmann Ă  propos du rĂ©cital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, ThĂ©Ăątre des Champs EIlysĂ©es.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

boutonreservation

 

 

 

Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle MeuniĂšre, orchestrĂ©s par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Vidéo, entretien. Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

orchestre de chambre de Paris OCP logo 2013Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Le 13 janvier 2015, 20h.  Au moment de fĂȘter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprĂ©tation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd rĂ©unissant les cycles Wintereise, Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang est Ă©ditĂ© en dĂ©cembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un rĂ©cital Schubert dĂ©diĂ© aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle Ă©laborĂ©e par Anton Webern et dont les dĂ©fis instrumentaux sont relevĂ©s ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. En LIRE+

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fĂȘter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprĂ©tation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd rĂ©unissant les cycles Wintereise, Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang est Ă©ditĂ© en dĂ©cembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un rĂ©cital Schubert dĂ©diĂ© aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle Ă©laborĂ©e par Anton Webern et dont les dĂ©fis instrumentaux sont relevĂ©s ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associĂ©e de l’Orchestre : une chance pour elle car Ă©tant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaĂźt de l’intĂ©rieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poĂ©tique comme des images portĂ© par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expĂ©rience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. MĂȘme comme ce soir invitĂ©e en tant que chanteuse, le tempĂ©rament charismatique de l’interprĂšte, ses affinitĂ©s naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur
 l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considĂ©rablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la rĂ©alisation de ce programme Ă  ne manquer sous aucun prĂ©texte. VOIR notre entretien vidĂ©o avec Nathalie Stutzmann Ă  propos du rĂ©cital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, ThĂ©Ăątre des Champs EIlysĂ©es.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle MeuniĂšre, orchestrĂ©s par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss

hampson strauss cd notturno richard strauss cd deutsche grammophonCLIC D'OR macaron 200CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss… Un diseur nĂ© se dĂ©voile ici avec une maĂźtrise Ă©clatante. L’offrande d’un immense chanteur dont l’humilitĂ© sert essentiellement la musique et les intentions du compositeur : une telle probitĂ© esthĂ©tique est dĂ©jĂ  exceptionnel
 DĂšs les premiers lieder de ce rĂ©cital idĂ©alement rĂ©alisĂ©, l’auditeur peut apprĂ©cier le sens du texte, le souci du verbe Ă©vocatoire, une prosodie taillĂ©e pour l’indicible et l’expression des mondes Ă©motionnels tĂ©nus. Dans Die Nacht de 1885 (la couleur nocturne est Ă©videmment favorisĂ©e, titre oblige), le caractĂšre enchantĂ© s’affirme nettement aux cĂŽtĂ©s du travail sur les couleurs et la perfection palpitante du phrasĂ©. Articulation prĂ©cise, timbrĂ©e, souple mettent en lumiĂšre l’expertise du diseur autant soucieux des fins figuralismes poĂ©tiques des textes que de leur tension architecturĂ©e et leurs contrastes dramatiques.

Thomas Hampson, maĂźtre diseur

Travail ciselé sur le poÚme musical. A partir du 3Úme lied (Winternacht de 1886), le style dévoile un autre aspect non moins essentiel du travail de Hampson sur le style straussien : plus dramatique, aussi expressif et communicant que subtilement suggestif.

Proche en cela de style parlĂ©/chantĂ© que Strauss recherchait dans ses opĂ©ras conçus comme des comĂ©dies lĂ©gĂšres y compris ses fresques fĂ©eriques orientales comme La femme sans ombre ou mythologiques, telle HĂ©lĂšne l’Égyptienne. Le modĂšle absolu restant Ariadne auf Naxos (Ariane Ă  Naxos), dans sa version dĂ©finitive qui emprunte autant au thĂ©Ăątre quĂ  l’opĂ©ra puis surtout Le Chevalier Ă  la rose de 1911 : la qualitĂ© de ses rĂ©citatifs de ce style durchkomponist subjugue, rappelant/actualisant la souplesse du rĂ©citatif montĂ©verdien, ou mozartien. CachĂ© l’art par l’art mĂȘme, faire comme s’il Ă©tait naturel de chantĂ© en parlant
 Tel n’est pas le moindre dĂ©fi rĂ©alisĂ© par l’excellent Thomas Hampson.

Ici le divin straussien qui a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂŽle de Mandryka dans Arabella,  que l’on aimerait mieux encore dĂ©couvrir dans le rĂŽle du cousin de la MarĂ©chal du Chevalier Ă  la rose, le Baron Ochs von Larchenau pour lequel il s’engagerait idĂ©alement par sa finesse conçue dĂšs l’origine par Strauss et Hoffmansthal et systĂ©matiquement outrĂ©e dans nombre de productions irrespectueuses,  embrase et cisĂšle chaque lied par une rayonnante vitalitĂ©.

Dossier Richard Strauss 2014De plus 13mn le lied Notturno donne son titre Ă  l’album et sur les vers de Richard Dehmel peint, – comme son autre poĂšme qui fait la substance poĂ©tique dĂ©chirante et suspendue de La nuit transfigurĂ©e de Schoenberg-,  un paysage psychique trĂšs proche des intentions lyriques de l’auteur d’Elektra ou de SalomĂ©. Le lied envoĂ»te par ses climats de saisissante et mordante Ă©trangetĂ©. C’est une valse solitaire enivrĂ©e aux audaces en pertes d’Ă©quilibre oĂč le chant est l’indice d’une hypnose,  d’un envoĂ»tement Ă  la fois tendre et vĂ©nĂ©neux. .. Hampson par sa subtilitĂ© naturelle en fait le sommet central du rĂ©cital 
 avec le languissant concours  ou l’écho fraternel du violon solo, lui aussi enchantĂ© dont la vibration Ăąpre, dĂ©primĂ©e d’une Ăąme consciente de la perte, celle des amis dĂ©funts, se confesse insidieusement.

Raffinement,  subtilitĂ©,  ivresse, extase,  le timbre de Thomas Hampson en rappelle un autre celui de l’inĂ©galable Dietrich Fischer Dieskau. Dans le royaume du lied enchanteur,  le baryton amĂ©ricain affirme son excellence superlative.  En pleine annĂ©e Strauss 2014, l’on ne pouvait espĂ©rer plus bel hommage ; c’est qu’aux cĂŽtĂ©s du symphoniste et compositeur lyrique,  voici Strauss, maĂźtre du lied dĂ©voilant en complĂ©ment Ă  ses Quatre derniers Lieder pour orchestre, cĂ©lĂ©brimissimes, des perles introspectives mĂ©connues qui semblent Ă©pouser les sentiments et aspirations de l’homme mĂ»r et vieillissant comme le suggĂšrent les trois derniers lieder les plus tardifs …. bavardage autobiographiques diront les jaloux. .. facettes subtiles d’un tempĂ©rament infiniment musicien, un Ă©gal de Schubert, Zemlimsky,  Hugo Wolf dans les champs infinis du lied suggestif.

Richard Strauss: Notturno.  Lieder par Richard Strauss. Wolfram Rieger, piano Steinway D. 1 cd Deutsche Grammophon, enregistrement réalisé à Berlin en décembre 2013 et et janvier 2014.