Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, ténor / Tristan Raës, piano (1 cd APARTE, oct 2018)

dubois cyrille tristan raes LISZT melodies lieder O LIEB cd review cd critique classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS septembre 2019Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, tĂ©nor / Tristan RaĂ«s, piano (1 cd APARTE, oct 2018). Focus lĂ©gitime et opportun que celui qui ici dĂ©voile les lieder de Liszt, – si peu connus, composĂ©s dans le prolongement des transcriptions de ceux de Schubert ; mais Ă  la sensucht schubertienne, langueur nostalgique ineffable, Liszt reste, proche de sa propre sensibilitĂ© Ă©motionnelle, passionnĂ© voire captivĂ© par l’extase amoureuse ; un Ă©tat d’hyperconscience, de solitude, d’ivresse, de voluptĂ© absolues, oĂą l’on retrouve pour les lieder allemands, la fusion de la nature (communion magique avec le Rhin entre autres), de l’abandon, du rĂŞve. Les connaisseurs du piano de Liszt y retrouvent ce goĂ»t des harmonies rares et aventureuses, toutes infĂ©odĂ©es Ă©troitement Ă  l’itinĂ©raire des textes poĂ©tiques. La part du piano revendique d’ailleurs, un chant double, Ă©gal, qui n’accompagne pas, mais dialogue avec la voix et commente ce qu’elle dit : au piano (Steinway D 225, au chant complice, fusionnel), le jeu de Tristan RaĂ«s se montre irrĂ©sistible. Mais le sommet du lied lisztĂ©en demeure indiscutablement le lyrisme mesurĂ© et nuancĂ© de Die Loreley, qui comme l’Erlkönig de Schubert, que Liszt connaissait Ă©videmment, condense le pouvoir de l’hallucination jusqu’à la mort, l’attraction de la nymphe voluptueuse capable d’envoĂ»ter le batelier trop contemplatif et naĂŻf jusqu’au fond des eaux mouvantes.

D’une manière générale, l’affinité du timbre et du style de Cyrille Dubois, que l’on n’attendait guère dans la langue de Heine ou de Schiller (entre autres), s’affirme dans l’imaginaire des lied romantiques du plus spirituel et passionné des compositeurs romantiques. Son articulation, son intelligence prosodique dépouillée de tout artifice, creusent l’arête des mots.

Souveraine, la noblesse schumanienne du premier lied « Hohe liebe »), qui convoque la rĂŞverie et la plĂ©nitude extatique. Intonation et projection hallucinĂ©e, enivrĂ©e aux aigus parfois durs, mĂ©talliques, mais clairs, brillants se dĂ©ploient sans entrave, au service de la finesse poĂ©tique des textes. MĂŞme naturel et Ă©vidence, dans le second lied (« JugendglĂĽck de 1860), plus dĂ©clamatoire, expressif, pointu, qui convient au timbre très droit du tĂ©nor français dont on se dĂ©lecte aussi de l’infinie tendresse de phrasĂ©s enivrĂ©s : cf. « Schwebe“, 1ère version posthume (14).

Les 4 mélodies françaises (d’après Victor Hugo) ajoutent évidemment l’impact poétique du verbe français, aux évocations naturelles et végétales, teinté d’un érotisme filigrané (épisode printanier de « S’il est un charmant gazon », 1844)…
La sûreté des hauteurs, l’élégance du style se déploient plus encore dans les 3 mélodies suivantes de 1859 (dans leur seconde version respective). « Enfant si j’étais roi », altier, conquérant et fier ; « Oh quand je dors » se fait pure prière, appel à l’onirisme le plus évocateur, telle une berceuse au balancement exquis, hypnotique, d’essence surtout amoureuse car Hugo y dépose les miracles d’une âme traversée par le saisissement éperdu : le timbre angélique et tendre, brillant et sans fard, d’une sincérité juvénile de Cyrille Dubois convainc totalement. D’autant que le piano de Trsitan Raës éblouit lui aussi par son sens des nuances.

CLIC D'OR macaron 200L’accomplissement se réalise dans le dernier « Comment, disaient-ils », mélodie en forme de rébus ; au dramatisme à la fois inquiet (des hommes) et mystérieux, rêveur (des femmes énigmatiques qui leur répondent). Les passages en voix de tête sont idéalement réalisés, indiquant comme il le fait chez les Baroques, (Rameau dont un Pygmalion récent), un vrai tempérament taillé pour le verbe ciselé, évocateur. Un diseur doué d’une intelligence qui écoute les secrets du texte comme de la musique.
Dans les ultimes mĂ©lodies d’après PĂ©trarque, le « Benedetto sia’l giorno » (22), indique dans la tenue impeccable de la ligne, l’extension souple et tendue de la phrase, la puretĂ© de l’articulation, la prĂ©cision des mĂ©lismes, la franchise solaire des aigus, des vertus… belcantistes – c’est Ă  dire orthodoxes ici, rossiniennes et belliniennes, que le diseur aurait bĂ©nĂ©fice Ă  cultiver dans le futur. Le tĂ©nor est capable d’exprimer le ravissement et l’extase amoureuse fantasmĂ©, vĂ©cu par Liszt Ă  l’épreuve de PĂ©trarque. Quel autre tĂ©nor dans cette candeur naturelle, et cette franchise est capable d’un tel accomplissement aujourd’hui ? Formidable interprète. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, ténor / Tristan Raës, piano (1 cd APARTE, oct 2018).

CD coffret, événement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon)

Brigit fesbaender mezzo edition lieder operas coffret box cd set review critique cd opera concert festivals classiquenews 4836913CD coffret, Ă©vĂ©nement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon). Elle vient d’avoir 80 ans ce 3 juillet 2019 (nĂ©e berlinoise en 1939) : la mezzo Brigitte Fassbaender aura marquĂ© les planches surtout Ă  partir de 1970 , – première dĂ©cennie oĂą elle se saisit de premiers rĂ´les lyriques, grâce Ă  un tempĂ©rament dramatique qui sait articuler et aussi projeter le texte : la chanteuse lyrique est aussi une formidable diseuse, habile et convaincante dans les lieder de Schubert, Wolf, Strauss, surtout Brahms et Liszt… ce que rappelle avec justesse le coffret de 11 cd, Ă©ditĂ© en ce mois de juillet anniversaire par DG Deutsche Grammophon. Son timbre souple et sombre mais heureusement cuivrĂ©, Ă©blouit dans les rĂ´les travestis dont tĂ©moigne la rĂ©ussite de ses prises des rĂ´les tel surtout l’amant de La MarĂ©chale, Ă  son lever au I : « Quinquin » / Octavian (Le Chevalier Ă  la rose de R Strauss), mais aussi Sextus dans La ClĂ©mence de Titus de Mozart… La Fassbaender est de la trempe des Christa Ludwig (nĂ©e aussi Berlinoise mais en 1924) : une voix, un jeu dramatique, et une personnalitĂ© admirable, une partenaire qui savait se fondre et participer dans chaque maison d’opĂ©ra avec un rĂ©el esprit de troupe. Les 11 cd ainsi regroupĂ©s forment un portrait Ă©quilibrĂ©, emblĂ©matique des choix artistiques de la cantatrice qui fut capable de chanter l’opĂ©ra italien, Mozart, Wagner et Verdi, surtout le lied. Les 7 premiers cd sont dĂ©diĂ©s Ă  l’articulation des textes germaniques mis en musique par Schubert (Die Schöne MĂĽllerin, Schwanengesang; lieder…) ; Loewe (Lieder, Frauenliebe), Schumann (Frauenliebe und leben, lieder…) ; Wolf (Mörike lieder) ; surtout l’excellent programme rĂ©unissant les lieder de Strauss et Liszt. En bonus, les duos de Dvorak et Brahms.
CLIC D'OR macaron 200Puis, DG souligne le métal coloré de ce timbre qui s’est entendu avec l’orchestre, chez Mahler (lieder avec orchestre, extraits du Chant de la terre), Brahms (Alt-Rhapsodie), Moussorsgki (Chants et danses de la mort). Enfin les deux derniers cd (10 et 11) sont dédiés aux personnages lyriques : de VERDI (Azucena / Il Trovatore) à WAGNER (Brangäne dans Tristan und Isolde), sans omettre SCHOENBERG (ses fabuleux Gurre-lieder). A noter aussi ses rôles mozartiens : Sextus (Titus), Dorabella (Cosi)… Portrait discographique incontournable. Bon anniversaire Brigitte !

 

 

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CD coffret, événement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon)

Works by
Schubert · Loewe · Schumann
Wolf · Lizst · R. Strauss
Dvorák · Brahms · Mahler
Mussorgsky · R. Wagner · A. Scarlatti
Mozart · Humperdinck · Pfitzner
Puccini · J. Strauss II · Verdi
Schoenberg
Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano

Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
Karl Böhm

Mozarteum Orchester Salzburg
Leopold Hager

Berliner Philharmoniker
Carlo Maria Giulini

Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
Riccardo Chailly

Symphonieorchester
des Bayerischen Rundfunks
Rafael Kubelik
Parution international le 7 Juin 2019

CD coffret, Ă©vĂ©nement. The BRIGITTE FASSBAENDER edition (11 cd DG Deutsche Grammophon – 0289 483 6913 3

Compte rendu, concert. Dijon, le 6 déc 2018. R. Strauss, Mahler, Zemlinsky. M Winckler / G Madaras

Gergely Madaras chef maestro concert critique classiquenews_1921 © Balazs Borocz _ PilvaxCompte rendu, concert. DIJON, Opéra, auditorium, le 6 décembre 2018. R. Strauss, Mahler, Zemlinsky. Matthias Winckler / Gergely Madaras / Orchestre Dijon Bourgogne. Intitulé « Vienne 1900 », le programme associe Zemlinsky, Mahler et Strauss. Il s’ouvre sur l’œuvre la plus tardive : le prélude d’Ariane à Naxos, où sont présentés tous les personnages, suivi de la scène de danse. La grande douceur chambriste, sensuelle, animée par des bois goguenards, le Strauss de la fièvre et de l’émotion tendre est remarquablement traduit par l’Orchestre Dijon Bourgogne, en pleine forme. Succèdent les Kindertotellieder, chantés par le magnifique baryton qu’est Matthias Winckhler. Ecrits « avec un sang jailli du cœur »  (Theodore Helm, à la création du cycle),  les cinq poèmes de Rückert, sur lesquels travailla Mahler de l’été 1901 (1, 3 & 4) à 1904 (2 & 5),  ont en commun, outre leur écriture musicale, une atmosphère dominée par le souvenir de  la mort de l’enfant, ou des enfants. Leur cohérence tonale (de ré à ré), l’instrumentation économe, dépouillée,  concourent  à l’unité du cycle. Du reste, quelques applaudissements intempestifs, après le premier lied auraient pu être évités, en rappelant dans le programme la continuité voulue par le compositeur. Ajoutons que les textes et leur traductions n’y figurent pas, essentiels à la compréhension fine de chaque lied. Nun will die Sonn’ so hell aufgehn  (tiré de Trost und Erhebung, consolation et élévation), du volume de Rückert). La douleur lancinante, ambigüe, le désespoir, le dépouillement absolu de la ligne, épuisée, dans le registre médian, piano ou pianissimo, que rompt seulement le forte du dernier interlude, c’est la même émotion qui nous submerge. Nun seh’ich wohl, fervent mais tendre [« innig aber zart »], tiré de Krankheit und Tod (maladie et mort] se signale par son économie de moyens, par l’importance des silences. La musique illustre de façon littérale le texte de Rückert (parce que le brouillard m’engloutit, tissé par un destin aveuglant, par exemple) L’Inquiétude,  l’incertitude tonale sont remarquablement traduitrs. L’incise du prélude au cor anglais, que reprendra le chant de Wenn dein Mütterlein (extrait également de Krankheit und Tod), d’une profonde tristesse, renforcée par l’absence des violons, par l’ostinato en croches (pizz), comme la fin, évanescente, sont poignants. Dans Oft, denk’ich, sie sind nur ausgegangen (Trost und Erhebung), le poète se berce d’illusions : en substance, je pense que vous êtes seulement sortis et ne tarderez pas à être de retour. La  ligne de chant, le plus souvent conjointe, avec quelques sauts de quinte, de sixte et de septième en fin de phrase, comme un sanglot, calme, est traduite avec justesse. In diesem Wetter, in diesem Braus (mit ruhelos schmerzvollen Ausdruck = avec une impression inquiète et très douloureuse), nous emporte, agité, angoissé, le désespoir est violent, lié au déchaînement des éléments. L’orage (sans ff) est tout sauf conventionnel, malgré les moyens utilisés. La tendresse, l’apaisement, l’espoir, que traduit la magistrale coda, lumineuse, annoncent la fin du Chant de la terre.

Matthias Winckler critique concert zemlinsky compte rendu classiquenewsLe baryton, en pleine possession de moyens rares malgré son âge (28 ans), Matthias Winckhler,  voix sonore, y compris dans les nuances les plus retenues, dépourvue de toute affectation, y rayonne magistralement. La rondeur de l’émission, ample, égale, avec de solides graves et des aigus radieux, est un constant bonheur.  Si le legato est parfois contrarié, c’est par le souci  de l’articulation, exemplaire : chaque syllabe est accentuée, colorée et projetée, avec le poids juste. Sa réserve, extrême, son naturel, avec des bouffées de fièvre, de rage, de violence traduisent idéalement le texte de Rückert comme la musique de Mahler.
Les seules réserves, minimes,  concernent le parti-pris de la direction de Gergely Madaras. La plénitude est remarquable, on s’étonne seulement que les nuances, constamment notées avec précision par Mahler soient imparfaitement suivies. L’image d’un certain pathos expressionniste conduit à l’oubli. Un seul mezzo-forte en 68 pages de partition (au 4 du dernier lied), avouez que c’est peu. La subtilité des nuances de Mahler,  où le niveau d’émission reste le plus souvent contenu entre pp et p, les f et ff réservés aux moments exaltés, demeure l’un des défis de son écriture. Si les crescendi sont respectés, les diminuendi sont imparfaitement maîtrisés, trop subito. Or,  les violoncelles du deuxième lied, l’incise du cor anglais du troisième sont trop peu pianissimo. De façon générale, les nuances les plus ténues sont indistinctement jouées trop fort, amoindrissant la démesure attendue des forte et fortissimi. Notre bonheur n’en est pas profondément altéré, tant chacun est investi dans cette œuvre magnifique.
Les symphonies de jeunesse de Zemlinsky sont encore le plus souvent inconnues, à la différence de sa Symphonie lyrique, écrite trente ans après la première, que nous écouterons ce soir. De structure conventionnelle,  elle n’est pas toujours un exercice d’école. Ainsi le premier mouvement s’inscrit-il dans la descendance de Brahms. Toutes les formules de ce dernier sont récapitulées en quelques dizaines de mesures de l’exposition et du développement. Les musiciens ont manifestement plaisir à jouer cette musique, dont le style leur est familier. Le scherzo suivant est nerveux, animé à souhait, avec son trio aux vents. La pâte orchestrale du troisième mouvement  (très intime et large) est pleine et claire, avec lyrisme, avant la partie centrale, dramatique. Quant au finale, noté moderato, il est animé, jovial, enjoué, le compositeur jouant sur une métrique simple et décomposée, ce qui lui permet d’animer le mouvement. La direction de Gergely Madaras imprime une vie constante à cette musique, souvent séduisante. Remercions-le d’avoir programmé cette œuvre rare que la plupart des auditeurs auront découverte à cette occasion.Il faut souligner, avant son départ pour la direction de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, combien Dijon lui est redevable d’avoir hissé son orchestre à un niveau que nombre de formations en région pourraient lui envier.

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, auditorium, le 6 décembre 2018. R. Strauss, Mahler, Zemlinsky. Matthias Winckler / Gergely Madaras / Orchestre Dijon Bourgogne. Crédit photographique © DR

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert, le 25 nov 2018, 15h30. Le baryton Alain Buet chante le cycle de lieder Le Voyage d’hiver de Franz Schubert. Immersion superlative dans l’imaginaire tendre, intime, mĂ©lancolique aussi du compositeur viennois disparu en 1828.

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Franz Schubert est l’un des plus grands compositeurs romantiques. Son œuvre énorme englobe tous les domaines, le concerto excepté. Avec « Marguerite au rouet » d’après Goethe, qu’il écrit à l’âge de 17 ans, il est le créateur du lied romantique : la voix et un accompagnement expressif au piano reproduisent en une miniature pleine de vie l’état d’âme du poète au moment où il composa. Il utilise les formes symphoniques du clacissisme, mais les amplifie à la fois par le développement et l’expression romantique. Une richesse mélodique inépuisable qui fait souvent penser à Mozart, une technique de composition favorable aux grands développements, une harmonie riche en modulations : telles sont les caractéristiques de son œuvre. Schubert offre l’exemple parfait d’une sensibilité romantique qui s’exprime sans détour.

 

 

Un certain regard — Alain Buet (baryton) / LE POINT DE VUE DE L’INTERPRETE

schubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews« Le « Winterreise » ou « Voyage d’hiver » de Franz Schubert pour voix et piano sur les poèmes de Wilhelm Müller composé en 1827 est un pur chef-d’œuvre musical romantique qui a largement contribué à me donner l’envie de m’engager sur la voie du chant. Il m’a fallu une bonne quinzaine d’années de réflexion avant de m’attaquer à ces 24 lieder comme un alpiniste fasciné, paralysé et attiré par la magie d’une montagne.

Le choix du pianiste est d’une grande importance, selon le compagnon, le voyage sera toujours différent ; il est en quelque sorte un premier de cordée puisque Schubert a fait commencer tous les chants (lieder) du cycle par un prélude pianistique, les mots du chanteur devant suivre la voie ouverte et fusionner avec la musique pure. David Violi est un magnifique pianiste/poète avec lequel j’ai hâte de partager cette aventure pour Jean-Claude Malgoire et le public de Tourcoing.

Les textes de Wilhelm Müller expriment les souffrances causées par la perte de l’être aimé au travers des 24 poèmes qui sont 24 états de l’âme d’un homme en perdition dans le froid de l’hiver. Comment ne pas penser aux sans-abris, aux migrants, aux réfugiés, aux exilés de notre temps auxquels nous dédierons ce concert. » Alain Buet (baryton).

 

 

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Le Voyage d’hiver de Schubert
Dim 25 nov 2018, 15h30
TOURCOING, Conservatoire

Alain Buet, baryton
David Violi, piano
Winterreise, 24 lieder pour piano et voix (1827)

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise / 24 lieder pour piano et voix, composé en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller

RESERVEZ VOTRE PLACE

sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca. Le sens du verbe, l’Ă©locution ardente et prĂ©cise de Dorothea Röschmann rĂ©tablit les climats proches malgrĂ© leur disparitĂ© esthĂ©tique, des lieder de Schumann et de Berg. Schumann vit de l’intĂ©rieur le drame sentimental ; Berg en exprime avec distanciation tous les questionnements. En apparence Ă©trangers l’un Ă  l’autre, les deux Ă©critures pourtant s’abandonnent Ă  une intensitĂ© lyrique, des Ă©panchements irrĂ©pressibles, clairement inspirĂ©s par l’univers profond voire mystĂ©rieux de la nuit, que le timbre mĂ»r de la soprano allemande sert avec un tact remarquable. L’exquise interprète Ă©coute tous les vertiges intĂ©rieurs des mots. C’est une diseuse soucieuse de l’intelligibilitĂ© vivante de chaque poème. L’engagement vocal exprime chez Schumann comme Berg, le haut degrĂ© d’une conscience marquĂ©e, Ă©prouvĂ©e qui nĂ©anmoins est en quĂŞte de reconstruction permanente.

CLIC_macaron_2014schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSComposĂ©s en 1840, pour cĂ©lĂ©brer son union enfin rĂ©alisĂ©e avec la jeune pianiste Clara Wieck, les Frauenliebe und leben lieder affirme l’exaltation du jeune Ă©poux Schumann qui Ă©crit dans un jaillissement presque exclusif (après n’avoir Ă©crit que des pièce pour piano seul), une sĂ©rie de lieder inspirĂ©s par son amour pour Clara. Les poèmes d’Adelbert von Chamisso, d’origine française, dĂ©peint la vie d’une femme mariĂ©e. “J’ai aimĂ© et vĂ©cu”, chante-t-elle dans le dernier des huit lieder, et le cycle retrace son voyage de son premier amour, en passant par les fiançailles, le mariage, la maternitĂ©, jusqu’au deuil. L’hommage d’un amant admiratif au delĂ  de tout mot se lit ici dans une joie indicible que l’articulation sans prĂ©tention ni affectation de la soprano, Ă©claire d’une intensitĂ©, naturelle, flexible. D’une rare cohĂ©rence, puisque certain passage du dernier rappelle l’Ă©noncĂ© du premier, le cycle suit pas Ă  pas chaque sentiment fĂ©minin avec un tact subtil, mettant en avant l’impact du verbe. De ce point de vue, Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben, très proche du parlĂ©, fusionne admirablement les vertiges musicaux et le sens du poème. D’une infinie finesse de projection, gĂ©rant un souffle qui se fait oublier tellement la prononciation est exemplaire, Dorothea Röschmann Ă©claire chaque sĂ©quence d’une sensibilitĂ© naturelle qui porte entre autres, l’exultation Ă  peine mesurĂ©e mais d’un abattage linguistique parfait des 5è et 6è mĂ©lodies (Helft mir, ihr Schwestern… et SĂĽĂźer Freund, du blackest…). Sans dĂ©cors ni prolongement visuel, ce live restitue l’impact dramatique de chaque Ă©pisode, la force de la situation ; l’essence du théâtre ans le chant. Le cycle s’achève sur l’abĂ®me de douleur de la veuve Ă©plorĂ©e au chant tragique et lugubre (Nun hast du mir den ersten Schmerz getan…) : l’attention de la soprano Ă  chaque couleur du poème rĂ©alise un sommet de justesse sincère par sa diversitĂ© nuancĂ©e, son Ă©locution lĂ  aussi millimĂ©trĂ©e en pianissimi tĂ©nus d’une indicible langueur doloriste. D’autant que Schumann y cite les premiers Ă©lans des premiers lieder : une rĂ©itĂ©ration d’une pudeur allusive bouleversante sous les doigts Ă  l’Ă©coute, divins de l’autre magicienne de ce rĂ©cital exceptionnel: Mitsuko Uchida. Cette dernière phrase essentiellement pianistique est la meilleure fin offerte au chant irradiĂ©, embrasĂ© de l’immense soprano qui a tout donnĂ© auparavant. La complicitĂ© est rayonnante; la comprĂ©hension et l’entente indiscutable. Le rĂ©sultat : un rĂ©cital d’une force suggestive et musicale mĂ©morable.

MĂ©lodies de Schumann et de Berg Ă  Londres

Röschmann et Uchida : l’Ă©coute et le partage

 

DatĂ©s de mai 1840 mais publiĂ©s en 1842, les Liederkreis, opus 39 sont eux-aussi portĂ©s par un jaillissement radical des forces du dĂ©sir, et du bonheur conjugal enfin vĂ©cu. Die Stille (5) est un chant embrasĂ© par une nuit d’extase infinie oĂą la tendresse et l’innocence Ă©tendent leur ombre carressante. Le piano file un intimisme qui se fait repli d’une pudeur prĂ©servĂ©e : toute la dĂ©licatesse et l’implicite dont est capable la magicienne de la suggestion Mitsuko Uchida, sont lĂ , synthĂ©tisĂ©s dans un Schumann serviteur d’une effusion première, idĂ©ale, comme virginale.
En fin de cycle , trois mĂ©lodies retiennent plus prĂ©cisĂ©ment notre attention : Wehmut, (9), plus apaisĂ©, est appel au pardon, tissĂ© dans un sentiment de rĂ©conciliation tendre ; puis Zwielicht (10) souligne les ressources de la diseuse embrasĂ©e, diseuse perfectionniste surtout, et d’une prĂ©cision archanĂ©enne, quant Ă  la coloration et l’intention de chaque mot, n’hĂ©sitant pas Ă  dĂ©clamer une imprĂ©cation habitĂ©e qui convoque les rĂ©fĂ©rences fantastiques du texte (de fait la poĂ©sie d’Eichendorff est constellĂ© de dĂ©tails parfois terrifiants comme ces arbres frissonnants sous l’effet d’une puissance occulte et inconnue). Enfin, l’ultime : FrĂĽhlingsnacht (retour Ă  la nuit, 12) s’affirme en son Ă©lan printanier, palpitant, celui d’une ardeur souveraine et conquĂ©rante, porteur d’un irrĂ©pressible sentiment d’extase, avec cette coloration rĂ©gulière crĂ©pusculaire, rĂ©fĂ©rence Ă  la nuit du rĂŞve et de l’onirisme.

 

 

Dorothea-Roeschmann--Mitsuko-Uchida

 

 

Au centre du cycle se trouvent deux lieder liés : “Auf einer Burg” et “In der Fremde”. Le premier, avec sa subtile tapisserie contrapuntique, est écrit dans un style ancien, et son atmosphère austère préfigure le célèbre mouvement évoquant la “Cathédrale de Cologne” dans la Symphonie “Rhénane” de Schumann. La tonalité réelle du lied n’est pas le mi mineur dans lequel il commence, mais un la mineur suggestif. La musique aboutit à une demi-cadence sur l’accord de mi majeur, formant une transition avec le lied suivant, dont la ligne mélodique est clairement issue de la même graine.
Les autres lieder du Liederkreis op. 39 sont parmi les plus cĂ©lèbres de Schumann : “Intermezzo”, (“Dein Bildnis wunderselig”), avec son accompagnement de piano syncopĂ© d’une excitation Ă  peine contenue ; l’évocation magique d’une nuit au clair de lune dans “Mondnacht”, avec la ligne vocale rĂ©pĂ©tĂ©e hypnotiquement est lui aussi paysage nocturne, du moins jusqu’au retour chez lui du poète mais enivrĂ© et exaltĂ© dans le “FrĂĽhlingsnacht” final, oĂą il voit son amour comblĂ© au retour du printemps.
Les paysages nocturnes des Sept Lieder de jeunesse d’Alban Berg, remontent Ă  ses Ă©tudes quand il Ă©tait Ă©lève de composition en 1904 dans la classe de Schoenberg, et furent regroupĂ©s et minutieusement Ă©ditĂ©s avec accompagnement orchestral en 1928. Dorothea Röschmann chante leur transcription pour piano. Le plus Ă©perdu (plage 15) demeure Die Nachtigall (le Rossignol) lequel marquĂ© par le romantisme d’un Strauss semble rĂ©capituler par son souffle et son intensitĂ©, toute la littĂ©rature romantique tardive, synthĂ©tisant et Schumann et Brahms. Pianiste et chanteuse abordent avec un soin quasi clinique chaque changement de climat et de caractère, offrant une ciselure du mot d’une intensitĂ© sidĂ©rante : impressionnisme de Nacht, traumgekrönt plus wagnĂ©rien, ou Sommertage (jours d’Ă©tĂ©) clairement influencĂ© par son maĂ®tre d’alors Schoenberg : fondĂ© sur une dĂ©construction et un style Ă  rebours caractĂ©ristique Ă©lĂ©ments dont le piano Ă  la fois mesurĂ©, incandescent de Uchida souligne l’embrasement harmonique, jusqu’Ă  l’ultime rĂ©sonance de la dernière note du dernier lied. D’après Nikolaus Lenau, Theodor Storm et Rainer Maria Rilke —, Berg cultive ses goĂ»ts littĂ©raires avec une exigence digne des grands maĂ®tres qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Dorothea Röschmann semble en connaĂ®tre les moindres recoins sĂ©mantiques, les plus infimes allusions poĂ©tiques qui fait de son chant un geste vocal qui retrouve l’essence théâtrale et l’enivrement lyrique les plus justes.

schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSCd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca 00289 478 8439. Enregistrement live réalisé au Wigmore Hall, London, 2 & 5 Mai 2015.

ROBERT SCHUMANN (1810–1856)
Liederkreis, op.39

1 I In der Fremde 1.45
2 II Intermezzo 1.53
3 III Waldesgespräch 2.38
4 IV Die Stille 1.49
5 V Mondnacht 3.52
6 VI Schöne Fremde 1.22
7 VII Auf einer Burg 3.19
8 VIII In der Fremde 1.25
9 IX Wehmut 2.40
10 X Zwielicht 3.29
11 XI Im Walde 1.35
12 XII FrĂĽhlingsnacht 1.28

ALBAN BERG (1885–1935)
Sieben frĂĽhe Lieder
Seven Early Songs · Sept Lieder de jeunesse

13 I Nacht 4.14
14 II Schilflied 2.18
15 III Die Nachtigall 2.14
16 IV Traumgekrönt 2.41
17 V Im Zimmer 1.21
18 VI Liebesode 1.57
19 VII Sommertage 2.00

ROBERT SCHUMANN
Frauenliebe und -leben, op.42

20 I Seit ich ihn gesehen 2.39
21 II Er, der Herrlichste von allen 3.41
22 III Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben 1.58
23 IV Du Ring an meinem Finger 3.01
24 V Helft mir, ihr Schwestern 2.15
25 VI SĂĽĂźer Freund, du blickest 4.43
26 VII An meinem Herzen, an meiner Brust 1.33
27 VIII Nun hast du mir den ersten Schmerz getan 4.39

DOROTHEA RĂ–SCHMANN soprano
MITSUKO UCHIDA piano

CD/Download 00289 478 8439
Recording Location: Wigmore Hall, London, 2 & 5 mai 2015 (enregistrement live ).

 

 

 

Paris, Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associée de l’Orchestre : une chance pour elle car étant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaît de l’intérieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poétique comme des images porté par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expérience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. Même comme ce soir invitée en tant que chanteuse, le tempérament charismatique de l’interprète, ses affinités naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur… l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considérablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la réalisation de ce programme à ne manquer sous aucun prétexte. VOIR notre entretien vidéo avec Nathalie Stutzmann à propos du récital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, Théâtre des Champs EIlysées.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle Meunière, orchestrés par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Vidéo, entretien. Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

orchestre de chambre de Paris OCP logo 2013Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Le 13 janvier 2015, 20h.  Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. En LIRE+

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associée de l’Orchestre : une chance pour elle car étant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaît de l’intérieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poétique comme des images porté par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expérience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. Même comme ce soir invitée en tant que chanteuse, le tempérament charismatique de l’interprète, ses affinités naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur… l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considérablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la réalisation de ce programme à ne manquer sous aucun prétexte. VOIR notre entretien vidéo avec Nathalie Stutzmann à propos du récital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, Théâtre des Champs EIlysées.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle Meunière, orchestrés par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss

hampson strauss cd notturno richard strauss cd deutsche grammophonCLIC D'OR macaron 200CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss… Un diseur nĂ© se dĂ©voile ici avec une maĂ®trise Ă©clatante. L’offrande d’un immense chanteur dont l’humilitĂ© sert essentiellement la musique et les intentions du compositeur : une telle probitĂ© esthĂ©tique est dĂ©jĂ  exceptionnel… Dès les premiers lieder de ce rĂ©cital idĂ©alement rĂ©alisĂ©, l’auditeur peut apprĂ©cier le sens du texte, le souci du verbe Ă©vocatoire, une prosodie taillĂ©e pour l’indicible et l’expression des mondes Ă©motionnels tĂ©nus. Dans Die Nacht de 1885 (la couleur nocturne est Ă©videmment favorisĂ©e, titre oblige), le caractère enchantĂ© s’affirme nettement aux cĂ´tĂ©s du travail sur les couleurs et la perfection palpitante du phrasĂ©. Articulation prĂ©cise, timbrĂ©e, souple mettent en lumière l’expertise du diseur autant soucieux des fins figuralismes poĂ©tiques des textes que de leur tension architecturĂ©e et leurs contrastes dramatiques.

Thomas Hampson, maître diseur

Travail ciselé sur le poème musical. A partir du 3ème lied (Winternacht de 1886), le style dévoile un autre aspect non moins essentiel du travail de Hampson sur le style straussien : plus dramatique, aussi expressif et communicant que subtilement suggestif.

Proche en cela de style parlĂ©/chantĂ© que Strauss recherchait dans ses opĂ©ras conçus comme des comĂ©dies lĂ©gères y compris ses fresques fĂ©eriques orientales comme La femme sans ombre ou mythologiques, telle HĂ©lène l’Égyptienne. Le modèle absolu restant Ariadne auf Naxos (Ariane Ă  Naxos), dans sa version dĂ©finitive qui emprunte autant au théâtre quĂ  l’opĂ©ra puis surtout Le Chevalier Ă  la rose de 1911 : la qualitĂ© de ses rĂ©citatifs de ce style durchkomponist subjugue, rappelant/actualisant la souplesse du rĂ©citatif montĂ©verdien, ou mozartien. CachĂ© l’art par l’art mĂŞme, faire comme s’il Ă©tait naturel de chantĂ© en parlant… Tel n’est pas le moindre dĂ©fi rĂ©alisĂ© par l’excellent Thomas Hampson.

Ici le divin straussien qui a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂ´le de Mandryka dans Arabella,  que l’on aimerait mieux encore dĂ©couvrir dans le rĂ´le du cousin de la MarĂ©chal du Chevalier Ă  la rose, le Baron Ochs von Larchenau pour lequel il s’engagerait idĂ©alement par sa finesse conçue dès l’origine par Strauss et Hoffmansthal et systĂ©matiquement outrĂ©e dans nombre de productions irrespectueuses,  embrase et cisèle chaque lied par une rayonnante vitalitĂ©.

Dossier Richard Strauss 2014De plus 13mn le lied Notturno donne son titre Ă  l’album et sur les vers de Richard Dehmel peint, – comme son autre poème qui fait la substance poĂ©tique dĂ©chirante et suspendue de La nuit transfigurĂ©e de Schoenberg-,  un paysage psychique très proche des intentions lyriques de l’auteur d’Elektra ou de SalomĂ©. Le lied envoĂ»te par ses climats de saisissante et mordante Ă©trangetĂ©. C’est une valse solitaire enivrĂ©e aux audaces en pertes d’Ă©quilibre oĂą le chant est l’indice d’une hypnose,  d’un envoĂ»tement Ă  la fois tendre et vĂ©nĂ©neux. .. Hampson par sa subtilitĂ© naturelle en fait le sommet central du rĂ©cital … avec le languissant concours  ou l’écho fraternel du violon solo, lui aussi enchantĂ© dont la vibration âpre, dĂ©primĂ©e d’une âme consciente de la perte, celle des amis dĂ©funts, se confesse insidieusement.

Raffinement,  subtilitĂ©,  ivresse, extase,  le timbre de Thomas Hampson en rappelle un autre celui de l’inĂ©galable Dietrich Fischer Dieskau. Dans le royaume du lied enchanteur,  le baryton amĂ©ricain affirme son excellence superlative.  En pleine annĂ©e Strauss 2014, l’on ne pouvait espĂ©rer plus bel hommage ; c’est qu’aux cĂ´tĂ©s du symphoniste et compositeur lyrique,  voici Strauss, maĂ®tre du lied dĂ©voilant en complĂ©ment Ă  ses Quatre derniers Lieder pour orchestre, cĂ©lĂ©brimissimes, des perles introspectives mĂ©connues qui semblent Ă©pouser les sentiments et aspirations de l’homme mĂ»r et vieillissant comme le suggèrent les trois derniers lieder les plus tardifs …. bavardage autobiographiques diront les jaloux. .. facettes subtiles d’un tempĂ©rament infiniment musicien, un Ă©gal de Schubert, Zemlimsky,  Hugo Wolf dans les champs infinis du lied suggestif.

Richard Strauss: Notturno.  Lieder par Richard Strauss. Wolfram Rieger, piano Steinway D. 1 cd Deutsche Grammophon, enregistrement réalisé à Berlin en décembre 2013 et et janvier 2014.