William Christie dirige Rameau et Mondonville

William Christie au ChĂąteau de Vaux le VicomteArte. Dimanche 28 juin 2015, 18h30. Le Baroque de Christie. Mondonville, Rameau : du grand motet Ă  l’opĂ©ra ballet. Le XVIIIĂš en majestĂ©. SoirĂ©e baroque Ă  la Philharmonie de Paris. Direction musicale : William Christie L’ñge d’or de la musique baroque française, entre sacrĂ© et profane est projetĂ© et dĂ©fendu par un collectif  les Arts Florissants et leur chef fondateur William Christie qui interprĂštent ainsi leur rĂ©pertoire de prĂ©dilection. Les Arts Florissants, qui viennent de fĂȘter leurs 35 ans d’existence, donnent accompagnĂ©s de leur directeur musical principal un programme qui illustre leur dĂ©vouement Ă  la musique baroque et, tout particuliĂšrement, aux compositeurs français du XVIII Ăšme siĂšcle. L’ensemble sur instruments anciens y fait dialoguer la musique religieuse et les accents dramatiques mais si poĂ©tiques des Indes Galantes, opĂ©ra ballet gĂ©nial conçu avec le librettiste Fuzelier dont on connaĂźt par ailleurs le talent dans le genre comique : habituĂ©s des trĂ©teaux  de la foire avant de subjuguer Ă  l’opĂ©ra, Rameau Ă  certainement rencontrĂ© l’Ă©crivain librettiste aux  foires parisiennes Saint-Germain ou Saint-Laurent.

Pour la musique profane, William Christie  a sĂ©lectionnĂ© plusieurs extraits des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau parmi lesquelles la cĂ©lĂšbre entrĂ©e Les Sauvages, sĂ»rement la partie la plus connue de cet opĂ©ra en quatre actes, qui sous couvert de fables amoureuses rococo (l’oeuvre a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e et complĂ©tĂ©e dans les annĂ©es 1730), Fuzelier et Rameau dĂ©fendent une vision humaniste dĂ©jĂ  propre Ă  l’esprit des lumiĂšres. Les Incas du PĂ©rou n’y sont pas dĂ©peints avec l’arrogance supĂ©rieure des colons occidentaux mais avec le regard fraternel de vrais humanistes pĂ©nĂ©trĂ© par les valeurs  de Rousseau  (son idĂ©al du bon sauvage non perverti par la soif de l’or et la duplicitĂ© des urbanisĂ©s venus de l’ancien monde).

Cette histoire d’amour qui enchante par son extravagance et son parfum d’exotisme est aussi un sujet engagĂ© et fraternel  qui porte les valeurs humanistes  et universelles  des LumiĂšres. Pour la musique sacrĂ©e, In exitu Israel de Mondonville, originellement destinĂ© aux messes royales cĂ©lĂ©brĂ©es en prĂ©sence de Louis XV et qui est caractĂ©ristique du grand motet français compte parmi les neuf « motets Ă  grands choeurs et orchestre » qui ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s Ă  ce jour. La distribution vocale de la soirĂ©e comprend des partenaires de longue date des Arts Florissants, le baryton Marc Mauillon (laurĂ©at de l’acadĂ©mie qu’il a fondĂ©e Le jardin des Voix) un artiste que l’on a entendu derniĂšrement dans les Grands Motets de Rameau en Europe et dans Les FĂȘtes VĂ©nitiennes de Campra Ă  l’OpĂ©ra comique Ă  Paris et la soprano Danielle de Niese qui participait Ă  la production emblĂ©matique d’Andrei Serban des Indes Galantes en 2003 Ă  l’OpĂ©ra national de Paris Ă©galement dirigĂ©e par William Christie ou la fantaisie baroque The Enchanted Island donnĂ©e au Met de New York fin 2011.

Sens du verbe incarnĂ©, caractĂ©risĂ©, dramatisĂ©,  vision architecturĂ©e et puissante, goĂ»t habitĂ© des intentions du drame inscrit dans chaque texte font de la direction de William Christie l’une des profondes  et des plus investies dans le rĂ©pertoire baroque français.

arte_logo_2013ARTE, dimanche 28 juin 2015, 18h30. Mondonville et Rameau : la musique au XVIIIÚ. William Christie, direction. Avec Les Arts Florissants. Coproduction : ARTE France, CLC Productions (43min). Enregistrée le 16 janvier 2015 à la Philharmonie de Paris

Au programme :

J.J. CassanĂ©a de Mondonville – In exitu Israel (Grands Motets, extraits)

J.P. Rameau – Les Indes Galantes (extraits)

Les Indes Galantes de Rameau pour et par les jeunes

Trappes, La Merise. Rameau : L’Inde Galante, les Sauvages. Le 10 fĂ©vrier 2015, 19h30.  LycĂ©ens, Pages de la MaĂźtrise du CMBV. L’Inde dansante :quand le baroque suscite un projet de jumelage pour les jeunes
 Le CMBV rĂ©alise une nouvelle production comprenant la 4Ăšme entrĂ©e des Indes Galantes de Rameau, Les Sauvages en associant les Pages de la MaĂźtrise du Centre de musique baroque de Versailles et plusieurs classes des lycĂ©es de Trappes.  Une expĂ©rience collective qui transmet l’écoute, le partage, la rencontre comme valeurs premiĂšres.

cmbv-rameau-2015-les-indes-galantes,-l'inde-dansante-Trappe-Versailles-opera-olivier-schneebeli-582Dans un bosquet d’une forĂȘt de l’AmĂ©rique, une belle Sauvage, Zima (soprano), fille d’un chef puissant et redoutĂ© est courisĂ©e par les officiers europĂ©ens, le français Damon (haute-contre) et l’espagnol Don Alvar (baryton). Un temps dĂ©paysĂ©e par tant de courtoisies exotiques, la Sauvagesse prĂ©fĂšre l’un de ses semblables le guerrier Adario (baryton). Rameau dĂ©peint l’amour imprĂ©vu et aussi la guerre qui se conclue par la pacification des nations affrontĂ©es (fameuse danse du calumet de la paix). A l’époque, Les Indiens d’AmĂ©rique Ă©taient rĂ©putĂ©s dansant nus et fumant de longs calumets, d’aprĂšs les chroniques des voyageurs ou les gravures de Bernard (CĂ©rĂ©monies et coutumes religieuses, 1723), ou de Lafitau (MƓurs des Sauvages AmĂ©ricains (1724). Le compositeur rĂ©utilise la piĂšce fameuse de son recueil de piĂšces pour le clavecin, Les Sauvages publiĂ©e en 1728 d’aprĂšs la danse de vrais indiens de Louisiane danseurs, qu’il avait pu voir au ThĂ©Ăątre Italien en 1725.

Les Sauvages est la quatriĂšme EntrĂ©e de son opĂ©ra ballet les Indes Galantes, entrĂ©e ajoutĂ©e pour la reprise de l’ouvrage en 1736 (un an aprĂšs sa crĂ©ation en 1735). C’est l’occasion d’utiliser de brillantes trompettes, des airs d’agilitĂ© d’esprit italien : ainsi l’air de Zima « RĂ©gnez plaisirs et jeux » oĂč s’associent trompettes, timbales et flĂ»tes. Comme plus tard (1745) dans Le Temple de la gloire et l’acte de Bacchus (bacchanale sensuelle), Rameau alterne en particulier dans la Chaconne finale des Sauvages, accents guerriers et pastoraux, nerf et suavitĂ©, caractĂšre et douceur. L’air des Sauvages publiĂ© en 1728 innerve toute la danse collective Ă  l’ouverture et dans le rondeau final. La mĂ©lodie gĂ©niale comme l’est FrĂšre Jacques (attribuĂ© depuis 2014 Ă  Rameau donc), sera repris immĂ©diatement par nombre de compositeurs de Suites orchestrales ou d’opĂ©ras (Corette, Tapray, Guignon, Dalayrac
), la piĂšce traverse mĂȘme l’Atlantique pour rejoindre les cĂŽtes des Antilles Françaises, sur l’üle de Dominique : un tĂ©moin d’époque rend compte du jeu d’un claveciniste trĂšs versĂ© dans l’art de Rameau.

AprĂšs la Ritournelle d’entrĂ©e, Rameau imagine d’abord la confrontation entre Alvar et Damon, colons aux AmĂ©riques, rivaux en amour.

Puis paraĂźt les Indiens : Adario amoureux qui fusionne bientĂŽt avec la belle et convoitĂ©e par tous, Zima. Les deux indigĂšnes inspirĂ©s par l’amour se jurent fidĂ©litĂ©.

Ensuite, la Danse du grand calumet de la Paix est portĂ©e par les Indiens et le couple d’amoureux Zima et Adario ; puis c’est la danse qui conclue l’ouvrage indien : menuet des Françaises en Amazones, air de ZIma victorieuse : « RĂ©gnez plaisirs et jeux », enfin Chaconne finale.

Partition dĂ©bordante de sensualitĂ© et d’italianisme, Les Sauvages sont l’objet d’un travail spĂ©cifique entre les Pages de la MaĂźtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles et plusieurs lycĂ©ens de Trappes. Chant, dĂ©clamation, danse et jeu scĂ©nique sont les Ă©tapes d’un jeu collectif oĂč les jeunes professionnels rencontrent les jeunes publics autour du gĂ©nie musical de Rameau. La vivacitĂ© dansante de l’opĂ©ra ballet fascine toujours autant depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. Une Ă©quipe chevronnĂ©e de professionnels (Olivier Schneebeli, direction musicale ; Françoise Deniau, chorĂ©graphie ; Michel Verschaeve, mise en scĂšne) encadrent les jeunes apprentis. Sous leurs auspices, certains pourraient mĂȘme se dĂ©passer portĂ© par la magie du thĂ©Ăątre baroque.

 

 

 

 

boutonreservationSoirée les Indes Galantes au Théùtre La Merise de Trappesmardi 10 février 2015, 19h30

Direction Musicale : Olivier Schneebeli
Direction des ChƓurs: Sarah Boissou (collùge Youri Gagarine), Marjolaine Martel (collùge Le Village) et Marie-Pascale Perillon (collùge Gustave Courbet),
Mise en scĂšne : Michel Verschaeve
Chorégraphie : Françoise Deniau
RĂ©gie : Thierry Carreau

Solistes et choristes : Pages du CMBV
Choristes : ElĂšves des collĂšges Youri Gagarine, Le Village et Gustave Courbet de Trappes.
Instrumentistes : ElÚves du CRR de Versailles et du CRD de la Vallée de Chevreuse.
Danseurs et comédiens : ElÚves de Lycée Plaine de Neauphle (à confirmer)
RĂ©gisseurs : stagiaires Ecole de la deuxiĂšme chance (ZA-Trappes-Elancourt).

Infos et réservations

Théùtre La Merise à Trappes

01 30 13 98 51  tarif unique : 5 euros.

Spectacle repris le 12 fĂ©vrier 2015 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

Rameau 2014, Les Indes Galantes. Entretien avec JérÎme Corréas

CORREAS jerome_correas.jpgAu cours d’une tournĂ©e qui passe ce 25 novembre 2014 Ă  La Piscine de ChĂątenay Malabry (92), JĂ©rĂŽme CorrĂ©as cĂ©lĂšbre aussi le gĂ©nie rĂ©volutionnaire de Rameau en proposant comme Hugo Reyne rĂ©cemment une nouvelle lecture de l’opĂ©ra ballet Les Indes Galantes. Flamboyante partition portĂ©e par le rythme des danses et des divertissements, l’Ɠuvre illustre l’invention inĂ©galĂ©e dont Rameau fut capable de son vivant. Explications. Entretien avec JĂ©rĂŽme CorrĂ©as, directeur musical de l’ensemble qu’il a crĂ©Ă©, Les Paladins. 

 

 

 

 

Quel regard jetez vous sur Les Indes Galantes ? De quelle maniÚre la musique unifie toutes les entrées ?

Les Indes Galantes sont souvent considĂ©rĂ©es comme une revue, de par le caractĂšre divertissant et ludique des diffĂ©rentes entrĂ©es. C’est un opĂ©ra-ballet, avec une certaine libertĂ© de ton par rapport Ă  une tragĂ©die lyrique. Un opĂ©ra ballet est constituĂ© d’un prologue et de plusieurs histoires indĂ©pendantes se terminant par des divertissements dansĂ©s. C’est une forme assez libre, plus libre en tous cas que celle du grand opĂ©ra qu’on appelle tragĂ©die lyrique.  Cette souplesse favorise l’humour, le second degrĂ©, un niveau de langage un peu plus familier. Pour autant, on trouve dans cette Ɠuvre des thĂšmes sĂ©rieux comme l’esclavage, la parole donnĂ©e (dans Le turc gĂ©nĂ©reux), la libertĂ© d’aimer, la colonisation, la paix ou la fraternitĂ© entre les peuples (Les Sauvages) .

Sans verser dans un discours fĂ©ministe ou anticolonialiste militant qui n’a rien Ă  voir avec l’Ɠuvre, on peut dire que ces thĂšmes permettent de relier les diffĂ©rentes histoires Ă  notre monde actuel tout en nous rapprochant de l’imaginaire de ce XVIIIeme siĂšcle trĂšs attirĂ© par l’exotisme, mais aussi trĂšs prĂ©occupĂ© de gĂ©nĂ©rositĂ© envers les peuples et les individus, et de lutte contre les inĂ©galitĂ©s.

Dans ce contexte, la musique agit comme un cataliseur des énergies, elle apporte rythme et couleur en caractérisant chaque personnage, chaque univers différent. Chaque histoire est un voyage.

Que peut nous apporter en 2014 le spectacle version Rameau tel qu’il se dĂ©ploie dans Les Indes Galantes ?

Les Indes galantes parlent du triangle amoureux habituel : amant-amante-rival. Cette relation triangulaire nous a incités avec Constance Larrieu, la metteure en scÚne,  à imaginer un travail entre chanteurs, marionnettes et marionnettistes, pour mettre en valeur ces histoires simples, ces intrigues vite résolues qui sont des numéros, voire des sketches se terminant invariablement par des numéros dansés.

Rameau est un homme de spectacle, c’est un maĂźtre de l’harmonie, un amoureux des belles mĂ©lodies; on trouve dans sa musique une joie de vivre, un enthousiasme et un sens du rythme qui plongent l’auditeur dans un Ă©tat de jubilation; la « Danse du grand calumet de la paix », qu’on appelle aussi «  Les Sauvages », en est un bon exemple.  Cette annĂ©e Rameau a Ă©tĂ© pour moi l’opportunitĂ© d’interprĂ©ter beaucoup de ses musiques. Plus je joue Rameau, plus j’ai cette impression qu’on peut aussi aller le chercher hors de la conception grandiose dans laquelle on l’enferme parfois.

Cette forme lĂ©gĂšre des Indes galantes est pour moi l’occasion de prĂ©senter un Rameau plus proche, plus direct, plus accessible Ă  tous publics et Ă  tous Ăąges. Il est important de montrer que la musique baroque n’est ni Ă©litiste, ni compassĂ©e, et que l’on peut se divertir avec Rameau. C’est le cas avec PlatĂ©e, c’est aussi le cas dans certaines scĂšnes des Indes galantes.

De quelle maniÚre cette nouvelle production met-elle en avant les qualités propres des Paladins ?

Tous les projets des Paladins sont de expĂ©riences, des dĂ©fis ou des recherches. Je ne peux faire autrement et j’ai besoin d’avancer et progresser Ă  chaque Ă©tape de mon travail.

Les Indes galantes, c’est pour moi une exploration de la thĂ©ĂątralitĂ© dans la musique française, c’est l’opportunitĂ© de chercher plus de naturel dans les rĂ©citatifs, plus de souplesse dans la texture orchestrale, et d’expĂ©rimenter sans cesse en matiĂšre de nuances et d’expressivitĂ©, tant avec les chanteurs qu’avec l’orchestre.

Cette musique est tellement bien Ă©crite pour les instruments que les musiciens se sentent tout de suite Ă  l’aise et peuvent prendre des risques.

Avec les chanteurs, nous explorons les possibilitĂ©s du parlĂ©-chantĂ© tel que nous l’avons dĂ©jĂ  travaillĂ© dans l’opĂ©ra italien, mais en s’adaptant aux exigences de la langue française, faisant en sorte qu’elle soit toujours claire, naturelle et rĂ©sonnante.

Je souhaite surtout que ces Indes galantes prĂ©sentent une version dĂ©complexĂ©e et jubilatoire du rĂ©pertoire baroque français, c’est l’objectif que nous nous sommes fixĂ© avec les musiciens des Paladins et les chanteurs. J’espĂšre que le public aura envie de danser avec sur l’air du Grand calumet de la paix !

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

 

 
 
 

AGENDA. Les Paladins en concert avec JĂ©rĂŽme CorrĂ©as. Rameau : les Indes Galantes, le 25 novembre 2014 – ThĂ©Ăątre La Piscine, ChĂątenay Malabry (92)

 

Les Indes Galantes de Rameau par JérÎme Corréas

correas jerome les paladins jcorreas2ChĂątenay-Malabry. Rameau: Les Indes Galantes, 25 novembre 2014. En rĂ©sidence dans le 92, JĂ©rĂŽme CorrĂ©as et ses Paladins revisitent le grand ballet baroque façon Rameau, semĂ© d’orientalisme surtout baignĂ© de sensualitĂ© souveraine irrĂ©sistible…  ComposĂ©es en 1735 par un Rameau en pleine gloire aprĂšs le choc de son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie, Les Indes Galantes constituent le chef-d’Ɠuvre du compositeur français, Ă  l’honneur en 2014 Ă  l’occasion du 250e anniversaire de sa disparition. Avec ce modĂšle d’opĂ©ra-ballet, Rameau offrit Ă  la cour du roi Louis XV un divertissement grandiose et raffinĂ© : simple dans son intrigue, l’Ɠuvre se consacre Ă  Ă©tudier les mƓurs amoureuses des habitants d’ailleurs. Dans un grand tourbillon de duos, d’airs, de rĂ©citatifs et de danses, on dĂ©couvre avec dĂ©lice les disputes de Bellone (dĂ©esse de la guerre), d’HĂ©bĂ© (la Jeunesse) et de Cupidon, avant d’embarquer pour la Turquie et les AmĂ©riques !‹‹Pour leur troisiĂšme annĂ©e de rĂ©sidence au ThĂ©Ăątre Firmin GĂ©mier / La Piscine, JĂ©rĂŽme Correas et son ensemble de musique baroque Les Paladins interprĂštent cette Ɠuvre Ă  quatre chanteurs, neuf musiciens et trois marionnettistes : car le projet de ces Indes Galantes est de mĂȘler interprĂštes de chair et marionnettes de bois Ă  taille humaine, Ă  l’image de Cupidon tirant les ficelles des histoires d’amour reprĂ©sentĂ©es. Un mariage des arts et des disciplines mĂȘlĂ©es qui pose un regard original voire inĂ©dit sur un classique de l’opĂ©ra baroque. On aurait tort d’y chercher une quelconque vraisemblance d’acte en acte ou plus prĂ©cisĂ©ment s’agissant d’un ballet, d’entrĂ©e en entrĂ©e : la musqiue souveraine orchestre ici ballets et divertissements. Tout oeuvre au plaisir, Ă  la sensualitĂ© rayonnante dans l’esprit et le style des amusements que La Pompadour savait rĂ©server au monarque Louis XV souvent dĂ©pressif et mĂ©lancolique. La grĂące le dispute Ă  l’onirisme exotique avec ce raffinement et cette audace mĂ©lodique et harmonique dont Rameau a le secret.

 

 

JĂ©rĂŽme Correas et Les Paladins sont en rĂ©sidence au ThĂ©Ăątre Firmin GĂ©mier / La Piscine depuis 2012. Ils ont rĂ©cemment prĂ©sentĂ© Dans les rues de Naples, d’aprĂšs le rĂ©pertoire classique et populaire napolitain, plusieurs concerts, et les deux opĂ©ras de Monteverdi, Le Couronnement de PoppĂ©e et Le retour d’Ulysse dans sa patrie.

 

 

 

Jean-Philippe Rameau  : Les Indes Galantes, opéra ballet
Les Paladins – JĂ©rĂŽme Correas, Constance Larrieu
Mardi 25 novembre 2014, 20h30
ChĂątenay Mamabry (92) – ThĂ©Ăątre La Piscine
Voyage en terres inconnues pour les grandes noces de l’opĂ©ra et des marionnettes
Durée : 1h45 entracte compris

 

Lire notre critique du cd Les Indes Galantes de Rameau récemment édité par La Simphonie du Marais

 

 

 

CD. Rameau : Les Indes Galantes (Hugo Reyne, 2013)

rameau-les-indes-galantes-hugo-reyne-simphonie-marais-cd-CD. Rameau : Les Indes Galantes (Hugo Reyne, 2013)… Parlons de l’Ɠuvre d’abord. S’il y a bien un “cas” Hippolyte et Aricie, scandale retentissant et coup de gĂ©nie sur la scĂšne lyrique et tragique en 1733, il y eut bien un nouvel accomplissement tout autant capital dans l’art français avec Les Indes Galantes de 1735/1736…. Au dĂ©but des annĂ©es 1730, le quinqua Rameau y renouvelle considĂ©rablement le genre de l’opĂ©ra ballet lĂ©guĂ© par Lully et Campra (L’Europe Galante de 1697), mais le Dijonais va plus loin et ose plus fort : la galanterie ici unit les parties disparates (les quatre entrĂ©es), et la danse unifie le propos avec l’essor du ballet hĂ©roĂŻque et d’action.

 

 

 

Hugo Reyne souligne l’Ă©clat poĂ©tique des Indes Galantes de Rameau

Live viennois enthousiasmant

 

Mais, exigence du sens oblige, et soucieux d’une dramaturgie pas que dĂ©corative, Rameau et son librettiste Fuzelier, dĂ©veloppent aussi une satire de la sociĂ©tĂ© française (comme l’a fait Montesquieu dans ses Lettres persanes de 1721) : sous couvert de badinerie exotique (Les Indes sont orientales donc persanes, mais aussi occidentales, donc des AmĂ©riques), les deux satiristes pourfendeurs tendent le miroir (comme dans PlatĂ©e) Ă  leurs contemporains, et Rameau si peu courtisan et frappĂ© de luciditĂ© quant Ă  la comĂ©die humaine, y Ă©pingle les travers les plus ignobles du genre humain. L’homme en sociĂ©tĂ© est un monstre que la candeur et l’innocence du bon sauvage sait dĂ©noncer par contraste. La sociabilitĂ© corrompt le coeur humain que la musique de l’enchanteur Rameau sait retrouver Ă  sa source : le prĂ©texte exotique et le registre amoureux et tendre permettent de rĂ©aliser cette miraculeuse redĂ©couverte. Un retour aux sources d’une certaine maniĂšre que la magie d’une musique enchanteresse rĂ©active.

Au dĂ©sir et Ă  la magie de l’effusion partagĂ©e, Rameau imagine un dĂ©lire naturaliste pur avec l’entrĂ©e des Fleurs oĂč l’orientalisme persan du propos (la rose Ă©prouvĂ©e par BorĂ©e est guĂ©rie par ZĂ©phire) offre un canevas poĂ©tique absolu. De mĂȘme, dans Le Turc gĂ©nĂ©reux, le compositeur sait glisser une tempĂȘte naturelle : aboutissement des recherches de Rameau sur l’Ă©vocation des phĂ©nomĂšnes qu’il a observĂ©s (vent, Ă©clairs, orage…). Expression des miracles de la nature et dĂ©nonciation de la perversitĂ© vĂ©nale des colons europĂ©ens se conjuguent idĂ©alement dans l’entrĂ©e des Incas oĂč Rameau caractĂ©rise le personnage clĂ© de Huascar qui pour Ă©carter vainement son aimĂ©e Phani (qui aime l’envahisseur espagnol Carlos), suscite en sorcier dĂ©miurge, l’irruption d’un volcan, preuve que les dieux Incas sont en colĂšre contre l’union d’un indigĂšne et de l’Ă©tranger… Ici, Fuzelier par son livret se place aux cĂŽtĂ©s de Las Casas, dĂ©fenseur de la cause indienne lors de la controverse de Valladolid : l’harmonie des bons sauvages est dĂ©truite par l’appĂ©tit des europĂ©ens qui sous couvert d’une Ă©vangĂ©lisation abusive, ciblent tout l’or de l’Inca.
On comprend dĂšs lors que Les Indes Galantes sont l’aboutissement du Rameau le plus exigeant comme le plus raffinĂ© ; sa haute conscience morale Ă©gale l’exigence de l’esthĂšte artiste. C’est dire la valeur des Indes Galantes.

Que pensez de cette nouvelle rĂ©alisation qui s’appuie sur un Ă©dition originale conçue par Hugo Reyne, le chef fondateur de la Simphonie du Marais (la partition nouvelle demeure accessible gratuitement sur la toile) ?

Difficile pour les connaisseurs de passer aprĂšs l’indiscutable William Christie et l’excellence de ses Arts Florissants qui les premiers ont su dĂ©fendre l’Ăąme et l’esprit de la musique ramĂ©lienne, qu’il s’agisse d’opĂ©ras et de ballets. Leur production au Palais Garnier reste mĂ©morable comme Atys de Lully Ă  l’OpĂ©ra Comique. Et que dire encore parmi les nouveaux interprĂštes, du geste millimĂ©trĂ©, architecturĂ© comme peu, du claveciniste et chef Bruno Procopio, qui rĂ©cemment a dĂ©montrĂ© sa science intuitive, particuliĂšrement irrĂ©sistible dans le mĂȘme rĂ©pertoire (Chaconne des Sauvages entre autres), mais de surcroĂźt avec instruments modernes (avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra, l’orchestre de Gustavo Dudamel)?

reyne-hugo-S’agissant de la lecture d’Hugo Reyne, l’impression globale est favorable malgrĂ© d’Ă©vidents dĂ©sĂ©quilibres. D’abord, nos rĂ©serves. Maillon faible de la production, le chƓur qui manque de sĂ»retĂ© comme de subtilitĂ© dans l’Ă©locution d’un français le plus tendre ou le plus expressionniste : pas assez de prĂ©cision ni d’intonation pleinement maĂźtrisĂ©e. Le plateau des solistes se hisse honnĂȘtement face Ă  un massif de perfections multiples dont il ne restitue que quelques fragments.

Entre autres, emblĂ©matique de toute l’approche et des moyens mis en Ɠuvre, la soprano StĂ©phanie RĂ©vidat, excellente vocaliste au demeurant, aux aigus pas toujours clairement et fermement tenus, semble manquer encore d’aise comme de naturel. Manque de temps de rĂ©pĂ©tition ? Probablement. La Zima de ValĂ©rie Gabail déçoit dans Les Sauvages (ratant toute sa partie finale par une justesse alĂ©atoire et une maniĂ©risme linguistique qui gomme des dĂ©cennies de pratique baroqueuse antĂ©rieure), et mĂȘme Aimery LefĂšvre que l’on a connu plus Ă©lĂ©gant et fluide, Ă©crase son timbre avec un vibrato qui devient systĂ©matique… (son Huascar reste monolithique quand Fuzelier et Rameau ont conçu un personnage complexe, fier et tendre, attachant Ă  force de souffrance amoureuse et d’impuissance malgrĂ© le volcan qu’il maĂźtrise). Le haute-contre François-Nicolas Geslot doit impĂ©rativement mieux contrĂŽler ses lignes et sa justesse (Tacmas) : avec plus de maĂźtrise, son sens du phrasĂ© pourrait rĂ©server de belles surprises dans les prochaines annĂ©es. En revanche, le français impeccable de Reinoud Van Mechelen est le pilier de la production, mais le tĂ©nor n’est-il pas passer par le Jardin des Voix de William Christie justement ? Son style, son Ă©lĂ©gance naturelle restent un modĂšle pour chacun des solistes rĂ©unis Ă  Vienne. Que n’a-t-il ici chantĂ© justement le rĂŽle de Tacmas ?
Mais en dĂ©pit des dĂ©faillances ici et lĂ  relevĂ©es, l’engagement global des solistes relĂšve la tenue gĂ©nĂ©rale d’une prise live qui se rĂ©vĂšle Ă  l’Ă©coute rĂ©ellement entraĂźnante, touchante mĂȘme par sa tension nerveuse, son allant dansant : autant de qualitĂ©s que souligne l’Ă©coute et qui doit sa rĂ©ussite au seul tempĂ©rament du chef fĂ©dĂ©rateur.

Le vrai personnage revendiquant ici l’Ă©clat du genre symphonique en germe, c’est Ă©videmment l’orchestre. Symphoniste dans l’Ăąme, et dramaturge pour les instruments, Rameau redouble d’invention comme souvent, d’Ă©clairs gĂ©niaux. La tendresse suave et exquise du ballet des Fleurs (premier vĂ©ritable ballet d’action oĂč brilla -outre la flĂ»te enchanteresse souvent en solo-, l’Ă©toile de la danse Marie SallĂ©) ou la sublime chaconne des Sauvages, pleine d’une majestĂ© nostalgique…. d’un feu Ă  la fois guerrier et tendre (trompettes et hautbois/bassons), montrent assez le soin et la passion que cultive Hugo Reyne dans un rĂ©pertoire qu’il aime sincĂšrement et dont il aime Ă  transmettre l’Ă©clat comme la vitalitĂ©. Le chef de La Simphonie du Marais a publiĂ© nombre de disques dĂ©diĂ©s Ă  l’Ă©mergence et l’Ă©volution du ballet de cour et des premiers opĂ©ras baroques français. Sa connaissance affĂ»tĂ©e et analytique du genre s’en ressent ici.

DĂ©fenseur depuis des annĂ©es du patrimoine baroque français, en cela parfait hĂ©ritier de William Christie, le chef flĂ»tiste dĂ©taille, caractĂ©rise, swingue aussi avec une Ă©nergie de bout en bout enthousiasmante. La vitalitĂ© (rehaussĂ©e par la prise live de l’enregistrement) est ici la marque de fabrique de cette rĂ©alisation dont le charme envoĂ»tĂ© sait communiquer son amour de l’Ɠuvre, l’une des plus fascinantes du grand Rameau. Le disparate des quatre entrĂ©es chorĂ©graphique est effacĂ© sous le flux, le souffle coĂ»te que coĂ»te que sait instiller Hugo Reyne. Live attachant et trĂšs impliquĂ©, d’autant plus opportun en cette annĂ©e Rameau oĂč, pour le moment les nouveautĂ©s discographiques sont Ă©trangement plutĂŽt rares.

Rameau : Les Indes Galantes, nouvelle Ă©dition complĂšte. Solistes, chƓur et orchestre de La Simphonie du Marais. Hugo Reyne, direction. Version intĂ©grale enregistrĂ©e au Konzerthaus de Vienne en 2013. Coffret 3 cd, Editions “Musiques Ă  la Chabotterie”. Parution annoncĂ©e le 22 mai 2014