COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, dir.

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction. Très rĂ©ussi et mĂŞme passionnant premier concert du National de Metz Ă  l’Arsenal : pour l’ouverture de sa nouvelle saison 2019 – 2020, l’Orchestre National de Metz jouait ce vendredi 13 septembre 2019, Mozart puis Berlioz sous la direction de son directeur musical, depuis septembre 2018, David Reiland. La 41è faisait ainsi son entrĂ©e au rĂ©pertoire de la phalange messine ; un point important car il s’agit aussi pour le maestro d’élargir et d’enrichir toujours les champs musicaux des instrumentistes messins. David Reiland a dirigĂ© la 40è ici mĂŞme en 2015, alors qu’il n’était pas encore directeur musical. Le maestro nous offre deux lectures investies, abouties, Ă©tonnamment ciselĂ©es et vivantes.

 

 

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Dans les faits, c’est d’abord un formidable travail sur les cordes qui s’affirme : flexibilitĂ© et articulation constantes, apportant Ă  l’architecture mozartienne sa grande soliditĂ© structurelle et un sens naturel des respirations. Chaque phrase est magistralement Ă©tirĂ©e, explicitĂ©e, avec des nuances savoureuses, sur des tempi roboratifs. Ainsi l’Allegro initial affirme une Ă©nergie pleine d’équilibre et d’élĂ©gance, parfaitement adaptĂ© au dessin nĂ©oclassique et lui-mĂŞme architecturĂ© de la grande salle. L’Andante qui suit saisit par son intensitĂ© et sa profondeur dans l’épure la mieux Ă©noncĂ©e ; c’est une effusion lĂ  encore riche en nuances et passages dynamiques maĂ®trisĂ©s oĂą deux qualitĂ©s nous semblent dĂ©sormais emblĂ©matiques de David Reiland : sa tendresse intĂ©rieure, son Ă©lĂ©gance expressive. Du très peu – un matĂ©riau finalement très rĂ©duit, le chef construit une totalitĂ© qui respire et Ă©meut ; rĂ©vĂ©lant chez Mozart, le magicien du cĹ“ur et de la profondeur ; sa mĂ©lancolie dĂ©jĂ  romantique, son urgence Ă  la dĂ©passer… Enfin le Finale (Molto Allegro) gagne un surcroĂ®t de mordant et d’articulation, rĂ©vĂ©lant la puissance d’un contrepoint dont l’énergie mais aussi le dĂ©tail des timbres, la violence rythmique prĂ©figurent dĂ©jĂ  Beethoven. Et l’on se dit, davantage qu’ailleurs, comme il aurait Ă©tĂ© passionnant sous une telle direction, de dĂ©couvrir ce que Mozart aurait composĂ© après 1791 s’il n’était pas mort si tĂ´t.

 

 

 

Dans la forge berliozienne,
élégance et nuance, passion et contrastes de David Reiland

 

 

 

Reiland davidDans la seconde partie (après l’entracte), un autre bain orchestral, celui tout aussi captivant du Berlioz de 1834. Soit quatre ans après la Fantastique qui est déjà en soi un Everest symphonique. Déjà présenté (mais avec récitant) à La Côté Saint-André cet été dans le cadre du Festival BERLIOZ 2019 (celui des 150 ans de la mort d’Hector), « Harold en Italie » stigmatise les sentiments contradictoires de Berlioz avec l’Italie. David Reiland en délivre une lecture magistrale par son souci du détail, de la tension et de la respiration poétique. Chaque accent semble inscrit dans un vaste mouvement dont la compréhension globale surprend et convainc. Chez Berlioz, le motif du paysage italien suscite un embrasement des sens, de la jubilation extatique à la transe quasi grimaçante (cf le Finale et son « orgie de brigands »), dévoilant chez Hector, l’alchimiste symphonique, dont la fougue et l’inventivité n’empêchent (grâce à la sensibilité hyperactive du chef) ni la clarté ni la transparence.
En jouant de tous les filtres ensorcelants nés du souvenir, Berlioz édifie un monument à plusieurs plans et registres; dont les rugissements surtout après le final de l’Orgie de Brigands laissent l’auditeur, sidéré. La texture orchestral se fait grand cerveau émotionnel dont les strates renvoient aux souvenirs réels ou fantasmés. David Reiland décrypte cette matière en fusion, entre imagination et réalité, aux épanchements imprévisibles. Grand amoureux, Berlioz reste un grand frustré, toujours insatisfait : il ne s’épargne aucun accent ténu, aucune trouvaille de timbres inédite pour exprimer au plus juste, le sentiment d’une immense et permanente insatisfaction. Voilà pourquoi l’énonciation de l’idée fixe, amoureuse, bascule souvent dans la folie. Mais quelle folie, car elle passe par le chant libéré d’un orchestre laboratoire. Sous la direction du jeune maestro, l’auditeur ne perd aucun accent instrumental, aucune phrase musicale, tant la précision du chef est constante. Et sa concentration, généreuse en indications gestuelles.

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David Reiland © Cyrille Guir / CMM cité musicale METZ 2019

Dès le premier tableau « Harold aux montagnes », chef et instrumentistes font surgir le massif naturel de l’ombre, avec une tendresse déjà mélancolique qui tient du mystère : David Reiland exprime cette alliance spécifique à Berlioz qui fusionne rêverie et fantastique. La tendresse intérieure, contemplative de l’alto d’Adrien Boisseau, trouve constamment le ton juste et une sonorité quasi voluptueuse, dans ce vortex d’une rare poésie. On y retrouve, talent rare de la filiation née d’un programme habilement construit, cette même tendresse grave qui se déployait dans l’Andante de la Jupiter mozartienne écoutée dans la première partie.… On ne doute plus de l’extrême sensibilité du chef, sa maestrià élégantissime à passer d’un univers à l’autre.
Ciselant une définition et une articulation là encore très françaises, David Reiland joue avec autant d’intelligence sur les effets sonores et de spatialisation, soulignant aux côtés du Berlioz, orchestrateur fascinant, l’immense paysagiste (comme Turner dilate l’espace et creuse l’infini de la couleur), capable d’élargir de façon cosmique, les perspectives orchestrales, en étagement, en profondeur, en hauteur. Ici s’affirme déjà l’auteur des champs goethéens de la Damnation de Faust (créée en 1846).

La fin du mĂŞme premier mouvement est ensuite caractĂ©risĂ©e avec le nerf et une Ă©nergie de tous les diables, comme si la grande machine symphonique s’emballait, en une distanciation, dĂ©sormais et rĂ©aliste et cynique, de l’idĂ©al amoureux. La forge musicale resplendit alors dans toute sa perfection vivante car il revient au chef un travail exemplaire sur la mise en place, la comprĂ©hension de l’architecture et du drame, – exposition et rĂ©itĂ©rations…, le sens et la direction du flux orchestral, l’audace des timbres et des couleurs qui scintillent tout en se reconstruisant en permanence.

DAVID REILAND, maestrissimo !Quelle belle idĂ©e de prendre le tempo prĂ©cisĂ© par Hector lui-mĂŞme dans la marche des pèlerins (106 Ă  la noire) : le maestro offre une relecture complète sur un tempo revivifiĂ©, celui d’une marche active et sportive qui souligne la structure allante de l’architecture berliozienne. MĂŞmes vertiges mais ceux ci superbement contrastĂ©s dans le vaste Ă©pisode final (Orgie de brigands) oĂą les remous du bain orchestral atteignent houle et tempĂŞte d’un ocĂ©an spectaculaire. C’est un Ă©pisode de rĂ©capitulation oĂą tous les thèmes sont rĂ©exposĂ©s et superposĂ©s en un contrepoint proprement … cosmique. L’imagination de Berlioz n’a pas de limites : ravĂ©lien naturel, David Reiland, orfèvre des nuances et capable d’un souffle irrĂ©sistible, y rĂ©alise une parure instrumentale et une direction saisissantes. Aucun doute, l’Orchestre a trouvĂ© son chef. Cette nouvelle saison (la seconde donc sous son mandat) s’annonce prometteuse. Et le concert s’inscrit parmi les meilleures contributions Ă  l’anniversaire Berlioz 2019. A suivre.

 

 

 

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David Reiland et l’Orchestre National de Metz © Cyrille Guir / CMM citĂ© musicale METZ 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture la saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction.

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LIRE aussi pour les 150 ans en 2019 de la mort de Hector Berlioz, notre grand dossier BERLIOZ 2019 :
http://www.classiquenews.com/berlioz-2019-dossier-pour-les-150-ans-de-la-mort/?fbclid=IwAR2Co0LYiAjWECfKJKZx6d-NzRJjfVIGlsi4SraP4R8MgZmhpWyQ48xTTJg

 

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PROCHAIN CONCERT de l’Orchestre national de METZ, dirigé par David REILAND à l’Arsenal de METZ : Le Boléro de Ravel dans un dispositif décomplexé, accessible

METZ, Arsenal. Ravel : BOLÉRO, dim 22 sept 2019, 18h. APERO-CONCERT. LIRE ici notre présentation du Boléro de Ravel par David Reiland et le National de Metz :
https://www.classiquenews.com/metz-apero-concert-le-bolero-de-maurice-ravel/

LIRE aussi notre présentation de HAROLD en Italie de Berlioz :
https://www.classiquenews.com/metz-concert-douverture-david-reiland-joue-berlioz/ 

 

 

 

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Découvrez aussi la nouvelle saison 2019 2020 de la cité musicale Metz, et nos temps forts à ne pas manquer :

 

 

https://www.classiquenews.com/metz-cite-musical-metz-saison-2019-2020-temps-forts/METZ Cité musicale-METZ, saison 2019 – 2020. La nouvelle saison 2019 2020 de la Cité musicale-Metz affirme davantage l’ampleur de la vie culturelle et musicale destinées au messins et aux visiteurs de METZ. A travers son éloquente diversité des lieux et des offres (aux côtés de l’Orchestre National de Metz, trois salles à METZ : Arsenal, BAM, Trinitaires), la programmation messine affiche un bel éclectisme, pourtant doué d’une cohérence manifeste. L’offre sait exploiter à l’échelle de la ville, les sites et phalanges présentes pour unifier et clarifier davantage l’offre musique et danse à Metz. En plus de son cœur artistique, la Cité musicale-Metz favorise les plaisirs de la musique à travers ses actions d’éducation artistique, de médiations, ses nombreuses rencontres conviviales, familiales… lesquelles tissent désormais un lien constant entre l’art et les citoyens. En somme, un modèle de culture vivante intégrée.

 

 

 

 

 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. MOZART : les 3 dernières Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. MOZART : les 3 dernières Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox). En 1788, Mozart âgĂ© de 32 ans est dĂ©jĂ  Ă  la fin de sa trop courte existence : il meurt 3 ans plus tard. Les 3 dernières Symphonies n°39, 40 et 41 « Jupiter » sont Ă©laborĂ©es en 6 semaines, de juin Ă  aoĂ»t 1788, 3 sommets absolus, en plĂ©nitude orchestrale, justes, profonds, d’une sincĂ©ritĂ© et d’un Ă©lan intĂ©rieur, irrĂ©sistibles. Mi bĂ©mol, sol mineur, do majeur… le parcours des tonalitĂ©s n’en finissent pas de fasciner car il y a bien unitĂ© et cohĂ©rence organique de l’une Ă  l’autre, ce que tend Ă  exprimer et argumenter Jordi Savall qui parle mĂŞme de « Testament symphonique ». La vision est d’autant plus lĂ©gitime que ce portique inouĂŻ, totalement visionnaire sur le plan de l’histoire musicale et du genre symphonique, n’obĂ©it pas Ă  une commande mais prolonge un besoin impĂ©rieux, viscĂ©ral de la part d’un crĂ©ateur mĂ©sestimĂ©, Ă©cartĂ© mĂŞme du milieu officiel et politique, qui de surcroĂ®t est aux abois : la ruine financière et les dettes de Wolfgang l’obligent Ă  quĂ©mander auprès de tous ses proches, dont ses « frères » franc-maçons, une pièce ou un billet (florins ou ducats) pour survivre (cf lettre Ă  Michael Puchberg, comme lui membre de la loge Zur Wahrheit / A la vĂ©ritĂ©). Franc maçon depuis 1784 (comme Haydn), Mozart plonge Ă  Vienne de la pauvretĂ© Ă  la misère fin 1787. La souffrance, la mort, la vanitĂ© de toute chose…. sont des sentiments dĂ©sormais explicites dans l’écriture. D’oĂą l’urgence qui s’en dĂ©gage ; le dĂ©sarroi et l’espĂ©rance aussi qui innervent tout le retable orchestral.
savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesSavall rĂ©tablit la place des Ă©vĂ©nements, le contexte d’une existence humaine dĂ©primĂ©e et affligeante en vĂ©ritĂ©, alors que l’acuitĂ© artistique du compositeur, la vitalitĂ© et les trouvailles de son gĂ©nie musical, atteignent des sommets d’audaces comme d’accomplissements inĂ©dits. Très juste et pertinent, le chef catalan ajoute la fameuse marche funèbre – Maurerische Trauermusik K 477 de 1785, rĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles de deux frères de la loge : le lugubre bouleversant qui s’en dĂ©gage exprime au plus près, la conscience d’un Mozart touchĂ© par le sentiment de sa propre fragilitĂ© comme de sa mort. Puis deux ans après au printemps 1787 surviendra sa sĂ©paration avec la soprano Nancy Storace (sa Suzanne des Nozze), rupture elle aussi très douloureuse. La mort inspire constamment son Ĺ“uvre (d’autant plus avec la mort du père, Leopold survenue en mai 1787), sublimĂ©e prĂ©sente dans son nouvel opĂ©ra Don Giovanni (crĂ©Ă© en oct 1787).
Jordi Savall rappelle le masque et la présence de la mort comme équation permanente dans la résolution des 3 symphonies : endetté, Mozart implore la générosité de moins en moins franche de ses frères dont le même Pucheberg (qui réduit considérablement ses dons à son ami) ; seul Swieten se montrera plus constant et d’un soutien indéfectibe.
Malgré cette indigence injuste, le génie mozartien, foudroyé, produit ses plus grands chefs d’œuvres symphoniques. Et pour mieux souligner encore leur continuité naturelle, la Symphonie en sol mineur (n°40), centrale, est présente sur les 2 cd ; passage continue depuis la mi bémol n°39 sur le cd1 ; volet préalable nécessaire à la Do majeur n°41 « Jupiter », sur le cd2 ; de facto, l’écoute en continu laisse se manifester l’absolue relation et la complémentarité des 3 cimes symphoniques, faisant ainsi sens en leur flux ininterrompu.

Savall se joue des timbres d’époque dans chaque partition, soulignant souvent la résonance et la réverbération pour mieux accentuer l’effet de solennité grave, d’ampleur souterraine liée au sentiment tragique. D’autant que surgissant d’une nécessité et d’un ordre intérieur et personnel impérieux, les 3 Symphonies ne furent probablement jamais créées et jouées du vivant de Wolfgang. En tout cas, pas dans leur continuité organique ainsi rétablie.

 

 

Testament symphonique de Mozart
et déjà romantique…

 

 

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartDès la couleur particulière de la 39 (la clarinette placée au centre de l’échiquier instrumental y joue des contrastes et aussi de la riche texture orchestrale), Savall souligne les accents d’une partition entre ombre et lumière, panique et sérénité. De la même façon, le chef saisit et amplifie les harmonies inquiètes qui occupent le cœur de l’Andante con moto. Et Haydn est bien présent dans le raffinement éblouissant du Finale. Achevée en juillet 1788, la 40 est tout aussi lumineuse et solaire mais aussi emprunte d’un sfumato émotionnel qui est lié à l’utilisation du sol mineur, le mode doloriste (celui de Pamina dans La Flûte). L’allegro initial est de loin la création la plus puissante et exaltante de Mozart, un mouvement dont Savall exprime l’agitation quasi syncopée, l’exaltation des sens et une ivresse éperdue, presque panique et pourtant déjà romantique, totalement magicienne… Même naturel évident dans la Sicilienne qui est le mouvement lent (Andante) ; avant le surgissement d’une angoisse indicible dans le Finale qui affirme la haute conscience de la mort. Mozart s’y livre avec une acuité irrésistible que Savall sculpte dans la masse, en une danse ivre, exaltée, éperdue, comme d’un dernier souffle chorégraphique, l’ultime désir intime contre la tempête adverse : il n’est pas un mouvement orchestral de tout le XVIIIè qui affirme clairement son esprit déjà romantique. Quel saisissant contraste avec la musique funèbre enchaînée où la réverbation noble du lieu d’enregistrement amplifie la grandeur lugubre, portée par les bois. Mozart va très loin dans cette exploration personnelle de la mort.

Mozart_1780Symphonie 41 « Jupiter » : à notre avis elle aurait mérité plutôt le surnom d’Apollon ; certes il y a du militaire dans la remise en ordre du premier mouvement, superbe proclamation des forces de l’esprit sur tout ferment instable ; l’impérieuse nécessité se fait volonté et autodétermination, d’autant plus impériale et « pacificatrice » après le tumulte intranquille de la 40è, océan de sensations jaillissantes, exaltées. Mozart affirme ici le calme tranquille et l’équilibre des forces maîtrisées en une écriture d’un lumineuse finesse. Ce début proclame une rage déterminée prébeethovénienne, dans son élan, et aussi son orchestration : le sommet de l’expérience orchestrale contenue dans le triptyque. Savall grâce à une attention aux détails fait briller les nuances de cet éclat spécifique, saisi dans sa puissance comme dans ses reflets les plus infimes. On reste saisi par la hauteur du regard de l’interprète, comme de la pensée mozartienne : qu’aurait écrit le compositeur s’il n’était pas mort en 1791, dépassant le siècle et s’affirmant même tel un Haydn, encore prodigieusement actif à l’aube romantique ? Tout Mozart, le plus volontaire, le plus humain, le plus déchirant se trouve ici condensé dans ce lever de rideau ouvertement positif.
La caresse du chef, pleine de renoncement et de nostalgie dans l’Andante, n’oublie pas les arêtes vives, la tranche des contrastes aux cordes nettes et nerveuses, presque acérée. La forte réverbération accuse encore l’ampleur lugubre du morceau dont la lumière chatoyante se rapproche des déplorations maçonniques…
MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsLe Menuetto est réglé comme une mécanique pleine de rebond élastique où rutilent les couleurs des bois. Savall y distille un élan rond et énergique, là encore déjà beethovénien.
Mais le morceau de bravoure se déploie à la fin. Rien ne peut résister à l’affirmation olympienne, triomphante et conquérante du Finale, de fait « Jupitérien », dont Savall sait distiller (cordes) une couleur très fine qui ajoute à la trépidation nerveuse de l’architecture. Flûtes, hautbois, bassons dansent tandis que les cordes assènent leur miraculeuse volonté éprise d’ordre et de grandeur, d’élévation et de jubilation. Aux bois aériens, abstraits, Savall fait répondre les cordes engagées, mordantes, presque rageuses, d’une superbe autorité ryhtmique, creusant le sillon d’une volonté désormais invincible. Aucun doute, dans cette proclamation jubilatoire s’inscrit là encore, le premier Beethoven. Transparence, clarté, nervosité, articulation et souffle préromantique : le voici ce Mozart visionnaire, poète et moderne. Magistral.

L’élĂ©vation de l’inspiration, la poĂ©sie qui s’en dĂ©gage et qui confine Ă  l’abstraction (mais il serait erronĂ© d’en Ă©carter tout  ancrage dans l’expĂ©rience humaine) impose aujourd’hui le triptyque comme un sommet de l’écriture symphonique dont l’ampleur de la vision, l’expĂ©rience intime qui y est concentrĂ©e, impressionnent. Mozart est dĂ©jĂ  un romantique car sa musique est fondĂ© sur la vĂ©ritĂ© du cĹ“ur. Et Berlioz se trompait en fustigeant ce dernier sommet mozartien par son « absence de but » liĂ© Ă  « trop de procĂ©dĂ©s techniques ». De toute Ă©vidence, le premier romantique français n’avait pas compris la modernitĂ© singulière de la symphonie mozartienne. Beethoven prendra la relève 11 annĂ©es plus tard en 1799 dans sa Symphonie n°1 (Ă  29 ans et encore très mozartien de facture).
CLIC D'OR macaron 200Aujourd’hui, grâce à Savall, c’est a contrario la vérité et l’étonnante sincérité de Mozart qui nous touche tant, car chez lui, le procédé n’est jamais développé pour lui-même, s’il ne sert pas d’abord une intention émotionnelle. Coffret de 3 cd événement, évidemment CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019. A consommer sur la plage et pendant vos vacances estivales, sans modération.

 

 

 

 

 

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CD critique, coffret événement. MOZART : les 3 dernières Symphonies / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

Approfondir

LIRE aussi notre dossier critique complet sur les 3 dernières symphonies de MOZART, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (dĂ©cembre 2012, Concentus Musicus Wien) / CLIC de CLASSIQUENEWS

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalParues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste

LIRE aussi notre entretien avec MATHIEU HERZOG, directeur musical de l’Orchestre Appassionato, Ă  propos des 3 dernières Symphonies de MOZART:

http://www.classiquenews.com/entretien-avec-mathieu-herzog-fondateur-et-directeur-musical-de-lorchestre-appassionato-les-3-dernieres-symphonies-de-mozart/

CD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018). MOZART MON FRERE. L’équation que reprĂ©sente les 3 ultimes symphonies de Mozart s’apparente Ă  un rĂ©bus musical que les plus grands chefs abordent avec un sĂ©rieux et une humilitĂ©, une profondeur et une « sagesse » quasi philosophique. D’aucun en sont particulièrement Ă©mus et mĂŞme saisis, d’autant plus qu’ils sont eux aussi au sommet de leur carrière comme de leur expĂ©rience humaine. Mozart permet cela : exprimer le caractère le plus noble de l’âme humaine, dans sa dĂ©tresse, sa grandeur, ses souffrances. Une rencontre que les interprètes les mieux inspirĂ©s savent mesurer et ciseler. En dĂ©tails comme en profondeur.

Ainsi le dernier Harnoncourt qui en faisait un « oratorio instrumental » d’une portée bouleversante pour tous ceux épris d’humanité ; le cas récent du jeune maestro Mathieu Herzog, chambriste inspiré, est plus rare, révélant une prodigieuse maturité sur le sujet. Le cas de Jordi Savall ici au travail en 2017 et 2018 s’inscrit dans une lignée plutôt convaincante, elle aussi sur instruments anciens ; aucun doute, la révolution instrumentale actuelle concerne bel et bien les orchestres dont les timbres revivifiés selon le format sonore d’époque et l’intensité expressive proche de l’original révèlent de nouvelles avancées artistiques profitables… qui supplantent dans bien des cas, l’épaisseur tonitruante et spectaculaire des orchestres modernes.

Dans un format intimiste proche de l’humain, l’orchestre les Nations de Savall dĂ©ploie de solides arguments : Ă©quilibre des pupitres, clartĂ© structurelle, surtout dans un scintillement millimĂ©trĂ© des timbres très caractĂ©risĂ©s, Ă©tonnante expressivitĂ© qui balance entre profondeur voire gravitĂ© et ivresse joyeuse… voire jubilation gĂ©nĂ©reuse. Le tact et le style du chef catalan prennent naturellement leur essor sur le sujet conçu par un Mozart qui en 1788 Ă  Vienne connait dĂ©sespoir, dĂ©pression malgrĂ© une clairvoyance humaine exceptionnelle. Sa sincĂ©ritĂ© qui nous parle de fraternitĂ© et d’espoir déçus mais vivaces bouleverse et l’on est convaincu de la prodigieuse intelligence qui unifie les 3 symphonies en un retable symphonique parmi les plus modernes du XVIIIè – l’équivalent de ce qu’a rĂ©alisĂ© Rameau en France au dĂ©but des annĂ©es 1760 : une rĂ©volution du langage musical, un goĂ»t pour les timbres instrumentaux oĂą percent Ă©videmment chez Mozart, les sons maçonniques (le compositeur rĂ©servant Ă  la clarinette un solo anthologique dans le volet central, la Symphonie n°40 en sol mineur (la plus personnelle).

Symphonies 39, 40 et 41 « Jupiter » de Mozart
Jordi Savall éclaire l’humanité fraternelle
d’un Mozart, fils des Lumières

Mozart sur France MusiqueEn effet, on distingue la grande ouverture qui ouvre la 39, élément premier absent des deux suivantes ; l’absence d’un réel mouvement de début dans la 40, ce qui la place d’emblée comme un mouvement central ; enfin la fugue dernière de la 41, dont la dimension, le souffle, l’ambition dans la joie et la noblesse lui donnent avec raison, selon le mot de l’impresario et violoniste Johann Peter Salomon à Londres, son titre postmozartien de « Jupiter ». Les 3 opus s’inscrivent ainsi dans cette unité qui les rend complémentaires.
Jordi Savall dans un texte fondamental à notre avis (livret du présent triple coffret), précise les enjeux humains des 3 partitions : tout ce qui prend racine ici dans la vie misérable et déchirante de Wolfgang alors en galère à Vienne. Ecarté de toute commande officielle d’importance, (- le futur Empereur Habsbourg Leopold II ne l’appréciera guère et c’est un doux euphémisme), victime de l’humeur volatile, glissante des Viennois sur son écriture et son style (à la différence des Praguois qui l’adulent), sans ressources dignes, surtout endetté jusqu’à la moelle, Wolfgang à l’été 1788 (32 ans) atteint les gouffres de l’existence terrestre alors qu’il est au sommet de son expérience artistique.
mozart1790Comme le dit très justement Jordi Savall, Mozart est un artiste créateur libre, indépendant, doué d’une conscience hors normes : il a démontré son idéal de liberté dans L’Enlèvement au sérail ; d’égalité dans Les Noces de Figaro d’après Beaumarchais ; de fraternité bientôt, dans La Flûte enchantée. Ce pur esprit des Lumières, comme le sera Beethoven au début du siècle suivant et lui aussi à Vienne, affirme une profondeur qui est gravité et espoir. La lecture de Jordi Savall éclaire la vérité et la grande sincérité des partitions, réussissant sur le plan formel un modèle de symphonisme classique…. déjà romantique.
CLIC D'OR macaron 200C’est donc une lecture fondamentale et magistrale qui rĂ©volutionne de facto notre connaissance des Symphonies dernières de Mozart. Le « testament symphonique » de Wolfgang est rĂ©vĂ©lĂ©. La vision est aussi Ă©blouissante que celles antĂ©rieures et relativement rĂ©centes de Nikolaus Harnoncourt et de Mathieu Herzog. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / Coffret Ă©lu “CLIC de CLASSIQUENEWS” de l’Ă©tĂ© 2019.

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LIRE notre critique du cd Symphonies n°39, 40 et 41 de MOZART par l’orchestre Appassionato et Mathieu Herzog:
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-mozart-symphonies-n39-40-et-41-jupiter-appassionato-mathieu-herzog-direction-1-cd-naive/

LIRE notre critique des Symphonies 39, 40, 41 de Mozart / «  Instrumental Oratorium «  par Nikolaus Harnoncourt (déc 2012 2 cd Sony classical)
http://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

Symphonie Jupiter de Mozart (Les clefs de l’orchestre / JF ZYGEL)

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartFRANCE 5, 22 juin 2019. MOZART : Symphonie n°41. Les Amateurs de musique classique et en particulier orchestrale seront comblĂ©s par cette reprise des clefs de l’orchestre, animĂ© par Jean-François Zygel : samedi 22 juin 2019 Ă  22h25, place Ă  l’ultime symphonie de Mozart, aboutissement de sa trilogie orchestrale (complĂ©tĂ©e par les symphonies 39 et 40) : la fameuse symphonie n°41 dite « Jupiter ».  Mendelssohn disait de 41e et dernière symphonie de Mozart qu’elle Ă©tait « le modèle immortel de la symphonie ». Ce n’est pas Mozart qui l’a appelĂ© Jupiter, mais un organisateur de concert du dĂ©but du XIXè siècle. Ce nom « Jupiter » symbolise pourtant bien le caractère glorieux, rythmique, plein d’énergie et de lumière de cette symphonie portĂ©e par l’idĂ©al maçonnique et les valeurs des Lumières propre aux annĂ©es 1780. La symphonie n°41 a Ă©tĂ© composĂ©e Ă  Vienne durant l’Ă©tĂ© 1788. Elle clĂ´t un ensemble de 3 grandes symphonies qui seront les dernières de Mozart, sa lĂ©gendaire trilogie qu e les plus grands chefs ont traitĂ©, non sans en dĂ©voiler et l’unitĂ© artistique, et la profondeur spirituelle. De Nikolaus Harnoncourt… Ă  la cheffe excellente Debora Waldman et son orchestre Idomeneo.

SAMEDI 22 JUIN 2019 Ă  22.25 LES CLEFS DE L’ORCHESTRE
Au programme, les Clefs de l’orchestre, Ă©mission proposĂ©e par Jean-François Zygel, qui popularise depuis des annĂ©es la musique classique.

La Symphonie 41 Jupiter de Mozart  – samedi 22 juin Ă  22h25

La Rhapsodie Espagnole de Ravel – samedi 29 juin Ă  22h25.

 

 

 

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VOIR aussi Debora Waldman dirige l’orchestre IDOMENEO : MOZART, opéra et dernière symphonie Jupiter :

https://www.youtube.com/watch?v=X0aEHqx5jnM

LIRE aussi

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical / Avant de mourir, le chef autrichien nous laisse une lecture Ă©blouissante et spirituelle des 3 symphonies ultimes de Mozart, conçues comme les volets d’un ORATORIO instrumental…

http://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

 

 

 

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NE PAS MANQUER ensuite  SAMEDI 29 JUIN  2019 à 22h25

FRANCE 5. La Rapsodie espagnole de Ravel – samedi 29 juin Ă  22.25

Ravel a subi une influence hispanique par sa mère, d’origine basque, qui lui chantait souvent des mĂ©lodies de son pays. De plus, à l’époque, l’Espagne est Ă  la mode chez les compositeurs français : pendant que Ravel compose sa Rapsodie espagnole, Debussy compose les trois volets de son triptyque symphonie Iberia.

Jean-François Zygel dĂ©taille les motifs, les rythmes, les formes de chacun des mouvements : la Rapsodie Espagnole, composĂ©e en 1907 par le musicien alors âgĂ© de 32 ans, est une musique qui se vit de l’intĂ©rieur, une oeuvre typiquement espagnole, colorĂ©e et chatoyante.

A VENIR sur France 5, Ă©tĂ© 2019, captations des ChorĂ©gies d’Orange, du Festival d’Avignon et de nombreux Ă©vĂ©nements musicaux… 

L’Amour de Danae de R. Strauss Ă  Salzbourg

salzburg salzbourg logo 2016 0104_festspiele_023France Musique. Strauss: L’ Amour de Danae, le 16 août 2016, 20h. C’est l’un des temps forts du Festival de Salzbourg 2016 : L’amour de Danae de Richard Strauss (1940) fait partie des partitions les moins jouées du compositeur bavarois, or il s’agit d’une oeuvre clé de ses recherches sur la notion de théâtre musical où la projection continue du chant, telle une conversation en musique, reste cruciale selon son esthétique lyrique. C’est aussi pour Richard, l’occasion de traiter deux thématiques qui lui sont chères : les resources dramatiques et psychologiques qu’offre la mythologie grecque ; et surtout l’occasion de ciseler un nouveau portait de femme : ainsi après les formidables vertiges portées par ses premières héroïnes, Elektra (1909), Salomé (1905) ; puis Ariane aux Naxos (1912-1916), Hélène d’Egypte (1928), Arabella (1933), Intermezzo (1924 qui relate ses déboires conjugaux avec son épouse la cantatrice Pauline de Ahna, surtout Daphné qui composé en 1938, pendant la barbarie nazie, prélude directement aux enjeux et clés de Danae, composé en 1940 et créé en 1944. Le compositeur devait s’éteindre en 1949, non sans exprimer sa vision crépusculaire sur la fin de la civilisation provoqué par le crime impardonnable de la guerre et de la haine.

 Le choix de Danae…
Midas ou Jupiter ?

 

 

Dossier Richard Strauss 2014Capriccio en 1942 (avec le sublime personnage de la Comtesse Madeleine, arbitre des arts, entre poésie et musique) nuance encore un travail concentré sur le raffinement et la profondeur humaniste de l’art musical. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae illustre comme le tableau de Gustav Klimt dont l’opéra de Strauss approche dans le chant magistral et continu de l’orchestre, le scintillement des couleurs, la légende de la fille du roi ruiné Pollux qui amoureuse de Midas, est courtisé (en vain) par Jupiter.

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La lecture du mythe que dĂ©fend Richard Strauss est celle d’un humaniste : Danae est une âme admirable et juste en ce qu’elle prĂ©fère le mortel Midas, – que Jupiter a brutalement amputĂ© de son pouvoir de tout changer en or, au dieu omnipotent qui promet pourtant merveilles et Ă©ternitĂ©. La jeune femme n’a cure des illusions de l’or, mais s’intĂ©resse plutĂ´t Ă  la bontĂ© d’âme de l’homme qu’elle aime, fĂ»t-il misĂ©rable et dĂ©possĂ©dĂ© de son don de richesse. Dans l’écriture, Strauss soigne les contours et connotations psychologiques du chant de son hĂ©roĂŻne, – orchestre gĂ©nĂ©reux mais clartĂ© du parcours Ă©motionnel qui mène la jeune femme, des illusions troubles, Ă  la lumière de la vĂ©ritĂ©, celle de son coeur amoureux.

 

 

 

Autour du trio héroico-pathétique de Danae / Midas / Jupiter, se presse une pléiade deseconds rôles comiques : Pollux le père ruiné désireux de redorer son blason en mariant sa fille au dieu déguisé en … Midas ; les quatre reines parentes de Danae, qui anciennes amantes de Jupiter, tentent tout pour reconquérir le divin étalon.


La comĂ©die et la profondeur fondent l’intĂ©rĂŞt d’un opĂ©ra injustement Ă©cartĂ© des théâtres et programmations habituels. Pourtant, le leçon morale et la parabole humaniste qu’offrent Strauss et son librettiste Josef Gregor (qui reprend une idĂ©e et un canevas du poète Hugo von Hofmannsthal), dĂ©passent la simple illustration de l’AntiquitĂ©. Il importe aux interprètes de comprendre puis d’exprimer sous la conduite d’un chef articulĂ©, chambriste, la subtilitĂ© d’une Ă©criture qui fait la synthèse entre Wagner et Mozart, qui commente en musique le miracle Ă©ternel de l’amour sincère. Si dans DaphnĂ©, Strauss conclut l’opĂ©ra dans l’apothĂ©ose de son hĂ©roĂŻne pĂ©trifiĂ©e qui refuse l’amour (celui d’Apollon, après que celui ci a tuĂ© son fiancĂ©), ici, Danae, dans la suite de La Femme sans ombre (opĂ©ra initiatique Ă©crit par Hofmannsthal, au moment de la première guerre), dĂ©termine son propre destin, affirme son choix, revendique la vĂ©ritĂ© du seul amour qui l’inspire : celui de Midas. La jeune femme peut donc vivre ce destin qui lui Ă©tait refusĂ© au dĂ©but de l’action. C’est un exemple rare Ă  l’opĂ©ra, d’une relation qui peut ĂŞtre vĂ©cue sur terre, a contrario du poison wagnĂ©rien dont les hĂ©ros, -Tristan, Isolde, Lohengrin, Elsa, … sans omettre Tannhäuser et Elisabeth…, affirment au contraire l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©panoui dans le monde des hommes. Richard Strauss, le plus grand gĂ©nie lyrique avec Puccini au dĂ©but du XXème siècle, tĂ©moin des deux guerres mondiales, en tĂ©moigne ainsi, et jusqu’Ă  la fin de sa vie : l’homme peut ĂŞtre sauvĂ© de lui-mĂŞme, s’il Ă©coute la vĂ©ritĂ© de son cĹ“ur et agit par amour, non par calcul. Humaniste, très humaniste, Richard.

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique, Mardi 16 aoĂ»t 2016, 20h. EnregistrĂ© au Festival de Salzbourg le 6 aoĂ»t 2016. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae de Richard Strauss et Josef Gregor (sur une idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal).

Illustration : Danae par Gustav Klimt, 1905. Jupiter amoureux s’exprime Ă  dans sous la forme d’une pluie / semence d’or, sujet pour le peintre Ă  un sublime miroitement chromatique de sa palette (DR)

 

 

 

 

DANAE STRAUSS Salzbourg festival 2016 web-Die_Liebe_der_Danae_2016_Krassimira_Stoyanova_c_SF_ForsterRichard Strauss : L’Amour de Danae
RICHARD STRAUSS • DIE LIEBE DER DANAE
Heitere Mythologie in drei Akten op. 83 von Richard Strauss (1864–1949)
Libretto von Joseph Gregor (1888–1960) unter Benutzung eines Entwurfes von Hugo von Hofmannsthal (1874–1929) / Opéra mythologique en 3 actes de Richard Strauss / Livret de Joseph Gregor d’après Hugo von Hofmannshtal. Nouvelle production.

Franz Welser-Möst, direction
Alvis Hermanis, mise en scène

Distribution
Krassimira Stoyanova, Danae
Tomasz Konieczny, Jupiter
Norbert Ernst, Merkur
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Pollux
Regine Hangler, Xanthe
Gerhard Siegel, Midas alias Chrysopher
Pavel Kolgatin, Andi Früh, Ryan Speedo Green, Jongmin Park, Vier Könige
Maria Celeng, Semele
Olga Bezsmertna, Europa
Michaela Selinger, Alkmene
Jennifer Johnston, Leda

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker

CONSULTER la page Danae sur le site du Festival de Salzbourg 2016 

 

CLIP PUR MOZART. Orchestre IDOMENEO, Debora Waldman, direction

idomeneo-orchestre-logo-noir-CLIP PUR MOZART. Orchestre IDOMENEO, Debora Waldman, direction. En novembre 2015, le nouvel orchestre fondĂ© par Debora Waldman, ” IDOMENEO ” joue Mozart : Symphonie n°41 “Jupiter”. Une Ĺ“uvre dĂ©sormais emblĂ©matique d’un geste artistique qui entend servir le gĂ©nie mozartien avec Ă©lĂ©gance, tendresse, profondeur… sur instruments d’Ă©poque. CLIP by ©studio CLASSIQUENEWS.TV (rĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM)

 

 
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LIRE aussi notre compte rendu critique du concert PUR MOZART : airs d’opĂ©ras et Symphonie n°41 Jupiter de Mozart, novembre 2015 (Maisons-Alfort)

Fondé en 2013 par Debora Waldman (qui fut l’assistante entre autres de Kurt Masur en 2006),  le nouveau collectif rassemble des instrumentistes déjà aguerris jouant dans d’autres formations parmi les plus actives, dont le noyau dur a une parfaite connaissance des instruments d’époque et des traités permettant un jeu historiquement informé. D’ailleurs certains musiciens de l’orchestre Idomeneo jouent également sur instruments anciens;  c’est le cas du premier violon Simone Milone, instrumentiste familier de l’orchestre (sur instruments anciens)  de François-Xavier Roth : Les Siècles.

Il en découle une écoute collective rare, un sens des nuances, le souci de la juste intonation pour chaque timbre parfaitement et intensément caractérisé. Autant de qualités que la jeune chef Debora Waldman sait exploiter avec une finesse engageante, une onctuosité expressive et claire qui confirme ses affinités chez Mozart.

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L’orchestre Idomeneo fondé par Debora Waldman jubile et convainc dans un programme 100% Mozart

Mozart lyrique et symphonique

 

Au mĂ©rite de sa direction revient une subtilitĂ© indiscutable du geste, surtout le souci de la fusion organique entre les parties : ici un collectif idĂ©al de format Mannheim oĂą le chant vif-argent de l’harmonie  (superbe vitalitĂ© et beau relief dialoguĂ© des flĂ»te, hautbois, basson) sait rĂ©pondre en subtilitĂ© et intensitĂ© aux cordes vives, Ă©nergiques, bondissantes. Avant la  Symphonie Jupiter qui Ă©blouit par un feu lumineux et un entrain de plus en plus affirmĂ©, tout le cheminement qui prĂ©pare Ă  la Symphonie est jalonnĂ© d’airs d’opĂ©ras de Wolfgang, une galerie de portraits fĂ©minins parmi les plus captivants : espièglerie du premier qui rappelle la figure vive de Despina; sensualitĂ© amoureuse de Susanna;  ardeur noble et foudroyĂ©e  (en quĂŞte de rĂ©demption) de Donna Anna (ici campĂ©e en vraie et noble victime de l’amour. ..), . … avant l’accomplissement des deux airs de la reine de la nuit dont Julia Knecht offre une fabuleuse prĂ©sence, entre imprĂ©cations colĂ©rique et profonde blessure intime…

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies.The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. (19 cd L’oiseau Lyre)

Mozart recordings the symphonies christopher hogwood cd oiseau lyre compte rendu critique review classiquenewsSinfonien_HogwoodCD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies.The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. (19  cd L’oiseau Lyre). L’Oiseau Lyre renaĂ®t de ses cendres avec cette rĂ©Ă©dition  (avec le recul très inspirĂ©e et valablement documentĂ©e) des intĂ©grales symphoniques de Christopher Hogwood. Le chef fondateur et directeur musical de The Academy of Ancient Music, dĂ©cĂ©dĂ© en septembre 2014, laisse dans ce coffret Mozart (intĂ©grale des Symphonies), la quintessence de son approche historiquement informĂ©e, – pointilliste et synthĂ©tique, d’un Ă©quilibre solaire-, rĂ©vĂ©lĂ©e et enregistrĂ©e dès 1979 : son Mozart fait scintiller en un Ă©quilibre olympien (jupitĂ©rien par rĂ©fĂ©rence Ă  la Symphonie ultime 41), toutes les facettes instrumentales de l’orchestre mozartien.

 

 

 

 Mozart solarisé sur instruments anciens

 

CLIC D'OR macaron 200Étonnante maestria orchestrale que celle de Christopher Hogwood chez Mozart dont il sait grâce Ă  l’Ă©clat ciselĂ© des instruments anciens, restituer le volume sonore,  le raffinement inouĂŻ de l’instrumentation avec cette clartĂ© et ce jeu permanent prĂ©servant l’équilibre, valorisant le caractère de chaque mouvement.

Très convaincant par exemple, l’apport du chef et des instrumentistes dans deux Symphonies d’une subtilitĂ© inĂ©puisable – programme  du cd  16 ;  Ă©videmment la Parisienne Ă©crite malgrĂ© sa complexitĂ© et sa modernitĂ© non pour le meilleur orchestre de la capitale française, l’orchestre de Gossec  (l’Orchestre des Amateurs fondĂ© en 1769 ) mais pour le plus approximatif mais plus connu, Concert Spirituel (oĂą elle est donc crĂ©Ă©e  le 18 juin 1779) : les respirations qu’apporte Hogwood  entre noblesse et gravitĂ©, nerf et nostalgie, se rĂ©vèlent gagnantes;  les dĂ©tracteurs qui ne parlent que de tiĂ©deur feraient bien de revisiter et rĂ©viser leur jugement … expĂ©ditif;  la lumineuse Ă©nergie la souplesse comme la fine caractĂ©risation que rĂ©alise le maestro britannique captive d’un bout Ă  l’autre des trois mouvements de la 31,  prĂ©sentĂ©e dans sa seconde version (andante rĂ©Ă©crit postĂ©rieurement Ă  la crĂ©ation de juin 1779 ), soit très exactement par les 57  musiciens requis Ă  Paris (Hogwood a veillĂ© Ă  reprendre le mĂŞme effectif). Le volume des cordes, les pupitres Ă©toffĂ©s des bassons  et des cors sonnent  galvanisĂ©s. ..

hogwood christopher oiseau lyre coffrets bach mozart haydn vivaldi critique presentation classiquenews mai 2015MĂŞme finesse d’approche pour la solaire et irrĂ©sistible n°41 dite « Jupiter ». … Le souci du dĂ©tail – pointillisme, n’empĂŞche pas une vision d’ensemble (esprit de synthèse) qui architecture avec un allant grave idĂ©alement dosé  (andante cantabile)… ; le menuet par contre en un tempo  ralenti, semble un moment chercher les voies de son dĂ©veloppement,  mais c’est pour mieux mettre en avant la subtilitĂ© des timbres pleinement Ă©panouis;  le finale s’appuie sur une tension progressive libĂ©ratrice scrupuleusement calibrĂ©e  (trop mĂ©canique ou timorĂ©e dirons les moins convaincus) mais nous trouvons ces vertus de la clartĂ© qui font tout entendre, d’une clairvoyance rafraĂ®chissante ; mieux :  Hogwood se montre Ă  contrario de biens des confrères mĂ©ticuleux, savamment Ă©tranger Ă  toute esbroufe… la lumière et une très subtile irisation globale colorant tous les pupitres et leur combinaison orchestrale, valent ici le meilleur accueil Ă  une somme dont la cohĂ©rence  et la probitĂ© sont admirables.

L’ensemble des opus symphoniques proposent le mĂŞme fini instrumental. Hogwood ne malmène jamais;  il laisse s’Ă©panouir son orchestre et l’on se laisse Ă  songer Ă  quelle Ă©coute plus magistrale encore, il en aurait dĂ©couler si la pertinence de l’Ă©diteur avait su rassembler le cycle final  dans sa continuitĂ© en enchaĂ®nant les trois dernières 39,40 et 41 tel que l’imaginent maintenant les mieux informĂ©s depuis l’accomplissement dĂ©fendu par Harnoncourt qui parle Ă  juste titre et en fin connaisseur, d’ « oratorio instrumental » dans un rĂ©cent et Ă©tincelant enregistrement (Sony classical) …

L’auditeur du coffret peut ainsi mesurer la richesse de l’orchestre mozartien Ă  travers l’intĂ©gralitĂ© du catalogue symphonique : symphonies salzbourgeoises jusqu’en 1775;  parisiennes  et viennoises  dont nous aurions pu encore distinguer l’interprĂ©tation spĂ©cifiquement articulĂ©e des autres joyaux: Linz,  Haffner, Prague, entre autres (sans omettre l’ineffable accomplissement de la Symphonie en sol mineur – restituĂ©e dans sa première version, la centrale n°40, pilier de trilogie dont nous avons parlĂ©).

hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnSoulignons l’intĂ©rĂŞt du livret notice qui prĂ©sente les nombreuses  pistes de recherche et toutes les donnĂ©es musicologiques Ă  l’Ă©poque des enregistrements soit Ă  al fin des annĂ©es 1970 et dans le courant des annĂ©es 1980. Plus de 30 ans ont passĂ© : cette intĂ©grale Mozart n’a pas fini de sĂ©duire : on comprend qu’avec ce travail d’ampleur esthĂ©tique et synthĂ©tique Hogwood  ait depuis lors comptĂ© et que le label  L’Oiseau Lyre ait suscitĂ© grâce Ă  lui des records de vente… VoilĂ  bien le testament artistique et musical du chef Hogwood Ă  son meilleur.

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies, intĂ©grale des Symphonies par The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. 19  cd L’oiseau Lyre 452  496-2

 

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e…), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particulièrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂ®nĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ĺ“uvre pour en exprimer le sens ?

 

CLIC_macaron_2014La souple vivacité des instruments d’époque éclaire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prébeethovénien… qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prépare déjà l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et ténue de la symphonie intermédiaire et centrale la 40 en sol mineur, tissée dans une étoffe des plus intimes comme si Mozart s’y révélait personnellement entre les notes… Harnoncourt sait approfondir pour chaque épidode/mouvement, une irrésistible tension où propre à l’été 1788, à l’occasion d’une très courte période de productivité, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trépidante, l’espoir coûte que coûte, même s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule européenne si commune à son époque : le langage qu’y développe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siècle suivant…

 

Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle…A ce degrĂ© d’approfondissement, il partage une acuitĂ© artistique avec son pair en France, William Christie. En soulignant que la 40ème ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39ème dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique puis harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂ®ne après lui, semble en dĂ©couler naturellement… RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart.

 

 

harnoncourt nikolaus

 

 

 

Au centre du triptyque, la Symphonie centrale, la fameuse et irrĂ©sistible K550 en sol mineur (enregistrĂ©e en dĂ©cembre 2012), est l’axe le plus prenant et le plus saisissant du cyle mozartien. Le sol mineur est la tonalitĂ© de la mort et de la tristesse… Dans le premier mouvement, Harnoncourt soigne la morsure des cors, l’ivresse de la construction façonnĂ©e comme une course Ă  l’abĂ®me… Du second mouvement (andante), il Ă©claire l’ombre caressante et plus mystĂ©rieuse d’une rĂŞverie … (superbe horizon des cordes Ă©vanescentes et concrètes Ă  la fois). Le travail sur le murmure colorĂ© des bois (chant ciselĂ© de la clarinette) est exceptionnel. Sa claire diction et les multiples Ă©clairs de lumière telle la succession d’aubes d’une sereine espĂ©rance sont d’un ton dĂ©jĂ … beethovĂ©nien.  Dans le IIIè mouvement, l’Ă©loquence de l’harmonie instrumentale se montre poussĂ©e Ă  l’extrĂŞme : rondeur et fruitĂ© des bois, Ă©clat nuancĂ© des vents : c’est un idĂ©al pastoral (cors profonds et caressants) qui annonce lĂ  encore tellement le grand Ludwig. Plus incisif encore, au bord de l’implosion, l’Allegro assai du IV se montre mordant et comme aspirĂ© par une irrĂ©pressible force d’engloutissement. Et pourtant dans cette machine Ă  coupe, l’Ă©criture exacerbĂ©e semble Ă©manciper la forme jusqu’Ă  sa dĂ©sintĂ©gration, Harnoncourt sait encore cultiver l’incomparabale nostalgie et la suave tendresse dont il a le secret. Le rĂ©sultat final est un Ă©tourdissement qui rĂ©clame Ă©videmment la rĂ©solution apportĂ© par l’ut  majeur de la 41è, jupitĂ©rienne… vaste architecture de reconstruction progressive, particulièrement bienvenue après l’activitĂ© inouĂŻe de la K550; quand il parle de cette opus axial et dĂ©cisif dans l’Ă©claircissement de la passion mozartienne, Harnoncourt indique ouvertement le gĂ©nie divin de Wolfgang… ce qui justifie donc l’usage du terme d’oratorio pour l’ensemble du cycle.
On savait que les trois dernières Symphonies Ă©taient liĂ©es par une secrète cohĂ©rence : Harnoncourt nous en  dĂ©voile toute la magie interne, le flux organique, le jeu des rĂ©ponses de l’une Ă  l’autre. Mais Ă  travers sa sensibilitĂ© et sa justesse poĂ©tique, c’est essentiellement la sincĂ©ritĂ© de Mozart et sa modernitĂ© qui se dĂ©voilent sans fards en une prodigieuse rĂ©alisation.La Seul K 550 en donne une irrĂ©sistible illustration.

Ainsi, la seule Symphonie en sol et l’Ă©coute des morceaux les plus introspectifs (Andante et son questionnement fondamental et profond) puis du Finale (en forme de tourbillon irrĂ©solu) confirme, entre classicisme et romantisme, l’Ă©tonnante modernitĂ© de Wolfgang : un explorateur visionnaire, un gĂ©nie dĂ©finitivement inclassable qui en 1788 ose l’inouĂŻe, permet Ă  tous les autres grands compositeurs après lui de poursuivre la grande histoire symphonique. Il ne s’agit pas seulement d’un jeu formel mais bien de traits singuliers aux rĂ©sonances de l’ombre oĂą Mozart pose continument la question du sens de la musique et des moyens propres au discours musical. Le dernier mouvement fait apparaĂ®tre l’extĂ©nuation de la mĂ©lodie puis l’implosion du cadre harmonique. Jamais aucun symphoniste n’a Ă©tĂ© si loin dans le dĂ©veloppement de la forme … une sorte de mise Ă  plat du mĂ©tier Ă  laquelle Harnoncourt apporte un souci des timbres,  de chaque intention instrumentale veillant autant au relief qu’Ă  l’Ă©quilibre des combinaisons entre pupitres.

La fuite en avant ou la course Ă  l’abĂ®me qui impose son rythme et son oeuvre de dĂ©mantèlement laisse en fin de parcours l’auditeur littĂ©ralement dĂ©boussolĂ© : Mozart ouvre des perspectives jamais explorĂ©es avant lui… l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e des instruments montre Ă  quel degrĂ© de maturitĂ© linguistique le chef autrichien a conduit ses instrumentistes, proposant des sonoritĂ©s jubilatoires inoubliables oĂą cuivres, vents et bois caressants et remarquablement loquaces prĂ©parent Ă  tous les langages et toutes les syntaxes des symphonistes après Mozart dont Ă  Vienne, Ă©videmment Beethoven et Schubert.

Autant la sol mineur dĂ©route par sa palpitation envoĂ»tante fondamentalement irrĂ©solue,  autant dès son entrĂ©e magistrale par son allegro vivace,  la Jupiter affirme sa souveraine quiĂ©tude balisĂ©e Ă  laquelle Harnoncourt apporte de superbe respirations sur un tempo plutĂ´t (lui aussi) serein. Le Cantabile qui suit affirme mais sur le ton d’une tendresse franche, le sentiment de plĂ©nitude avec des pupitres (bois et vents) d’une fusion magique. Mozart n’Ă©vite pas quelques lueurs plus inquiĂ©tantes,  tentation de l’abĂ®me bientĂ´t effacĂ©e/attĂ©nuĂ©e par la somptuositĂ© discursive de l’orchestre aux teintes et nuances d’une diversitĂ© Ă©tonnante. Mais on sent bien que la dynamique jaillissante et millimĂ©trĂ©e, les mille nuances expressives et les mille couleurs qu’apporte Harnoncourt profite de sa connaissance très poussĂ©e de la vie et de l’écriture mozartiennes : Harnoncourt a en mĂ©moire, l’expĂ©rience de Mozart dans l’oratorio haendelien et dans celui des grands compositeurs contemporains, en particulier CPE Bah dont il dirige l’oratorio La RĂ©surrection et l’Ascension de JĂ©sus, au printemps 1788 soit juste avant de composer le triptyque qui nous occupe : scintillement instrumental,  raffinement orchestral,  combinaisons jubilaire des solistes de chaque pupitre. … l’idĂ©e d’un rapprochement entre l’Ă©criture hautement inspirĂ©e du fils Bach est Ă©videmment tentante. Qu’il soit ou nom fondamentalement inspirĂ© par un sujet sacrĂ© fondant sa religiositĂ© expliquant sous la plume de Harnoncourt l’usage du terme « oratorio » …, l’Ă©loquence très individualisĂ©e de chaque instrument ou de chaque pupitre rappelle Ă©videmment par leur jeu concertant en dialogue permanent,  l’arène continue d’un vrai drame instrumental – nous ne dirions pas oratorio mais plutĂ´t en première choix, opĂ©ra instrumental-, dont la souffle et comme le discours nous parlent constamment. La pulsation rayonnante du finale de la 41 (Jupiter) en marque la victoire finale, le point d’accomplissement,  et dans le cycle tripartite,  la rĂ©solution spectaculaire tournĂ©e vers la lumière… comme le final de La FlĂ»te enchantĂ©e ou encore par son entrain d’une irrĂ©pressible activitĂ©,  le tourbillon conclusif des Noces. On y retrouve le mĂŞme sentiment : mĂŞme si cette fin rĂ©tablit l’Ă©quilibre qui a vacillĂ©,  on sent nettement que la machine peut repartir affirmant toujours et encore l’oeuvre refondatrice d’un Mozart lumineux et bâtisseur. La vision est supĂ©rieurement approfondie,  superbement rĂ©alisĂ©e. On savait Harnoncourt immense Mozartien comme l’ont Ă©tĂ© hier Erich Kleiber ou Karl Böhm, ou Karajan, Giulini, Abbado… La trilogie symphonique pourrait bien ĂŞtre le point central de son testament artistique et musical.  Double cd magistral. Un accomplissement de tout l’Ă©difice dĂ©jĂ  abondamment documentĂ© du Harnoncourt mozartien chez Sony classical.

 

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical).

CD, annonce. Mozart : les 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD, annonce. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 1 cd Sony classical). Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, le plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres, suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews) ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂ®nĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ĺ“uvre pour en exprimer le sens ?

harnoncourt nikolausLa souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien… qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes… Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂą propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une très courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂŞme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siècle suivant… Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle… qui partage une acuitĂ© artistique avec pair en France, William Christie, comme si dans leurs deux cas, les annĂ©es et l’expĂ©rience stimulaient davantage l’activitĂ© de deux cerveaux dĂ©fricheurs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)En soulignant que la 40ème ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39ème dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique et harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Triptyque orchestral d’une invention inĂ©dite Ă  son Ă©poque, les 3 Symphonies rĂ©vèlent ainsi un plan d’une rare cohĂ©rence : la 39ème emporte par son ardeur juvĂ©nile, printanière ; la 40ème frappe par sa conscience aiguisĂ©e, ses interrogations parfois paniques auxquelles la 41ème rĂ©pond dans la lumière. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂ®ne après lui, semble en dĂ©couler naturellement… RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart. Prochaine critique complète des 3 dernières Symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt et le Concentus Musicus de Vienne dans le mag cd de classiquenews. Elu « CLIC » de classiquenews de septembre 2014.

L’amour de DanaĂ© de Strauss Ă  Frankfurt

Kimt danaeFrankfurt, OpĂ©ra. L’Amour de DanaĂ© de Strauss: 7,9,10 juin 2014. L’avant dernier opĂ©ra de Strauss, avant DaphnĂ©, L’amour de Danae permet Ă  Strauss de renouer avec la lyre mythologique qu’il a si magistralement illustrĂ©e entre registre poĂ©tique, comique, tragique, hĂ©roĂŻque dans Ariane Ă  Naxos : comme HĂ©lène Ă©gyptienne, le compositeur entend y dĂ©velopper une comĂ©die antique, d’une Ă©criture libre et inventive avec ce sprächgesang (parlĂ© chantĂ© continu, proche de la parole) qui exprime la palpitation de la vie elle-mĂŞme. La lĂ©gèretĂ© est inscrite dans l’écriture de la partition dont Strauss voulait faire une opĂ©rette. Le compositeur et son librettiste (Gregor) reprennent une ancienne idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal (le librettiste disparu du Chevalier Ă  la rose ou de La Femme sans ombre…) : un scĂ©nario mĂŞlant des destins sĂ©parĂ©s, – selon une formule allopathique magnifiquement appliquĂ©e dans La Femme sans ombre-, ici (chaque sort est liĂ© Ă  la rĂ©ussite de l’autre) : DanaĂ©, Midas, Jupiter. Gregor n’ayant pas les mĂŞmes facilitĂ©s que Hofmannsthal (ce que Strauss ne manquera pas de lui reprocher), deux actions se superposent sans vraiment s’accorder : l’action entre DanaĂ© et Midas qui forment un couple fusionnel malgrĂ© les pĂ©ripĂ©ties ; DanaĂ© et Jupiter : le dieu des dieux, sur la fin (portrait de Strauss lui-mĂŞme ?) exprime ses Ă©tats d’âmes dans un monde qui lui Ă©chappe d’autant plus qu’il doit renoncer Ă  la belle DanaĂ©e, que jadis il a visitĂ© Ă  son insu (la fameuse fĂ©condation sous la forme d’une pluie d’or que tous les peintres, de Titien, Tintoret Ă  Klimt ont illustrĂ©). Pourtant, en dĂ©pit de la diversitĂ© irrĂ©solue des intrigues confrontĂ©es, la vivacitĂ© et l’esprit de comĂ©die s’imposent dans cette oeuvre aussi symphonique que celles antĂ©rieures. Strauss fait chanter ses protagonistes comme les personnages d’un drame contemporain. Fidèles Ă  l’esprit d’Hofmannsthal, malgrĂ© les avatars de la composition du livret, le compositeur soigne le principe de la mĂ©tamorphose : DanaĂ© et Jupiter y vivent et Ă©prouvent un changement profond de leur ĂŞtre : par amour pour Midas qui dĂ©possĂ©dĂ© de son don de tout changer en or, est devenu finalement un pauvre muletier, Danae est guĂ©rie de sa soif primaire d’or et de mĂ©tal prĂ©cieux ; Jupiter lui aussi dĂ©couvrant le miracle de l’amour humain reconnaĂ®t ĂŞtre impuissant face au phĂ©nomène dont il est tĂ©moin, et accepte de renoncer Ă  l’objet de son dĂ©sir.

Richard Strauss
L’Amour de Danaé
Die liebe der Danae
Frankfurt, Oper
Les 15 et 19 juin 2014
Sebastian Weigle, direction. Marco Buhrmeister, Marsch, Gibson, Schwanewilms, Vuong, Ryan (version de concert)

http://www.oper-frankfurt.de/

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