Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, le 25 avril 2019. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato… Orch Phil Strasbourg, J Nelson. On Ă©tait sorti Ă©bloui du Palais de la Musique de Strasbourg – il y a deux ans- après l’exĂ©cution des Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert dans le cadre d’un enregistrement effectuĂ© pour le label Erato. Deux ans plus tard, après l’incroyable succès de l’entreprise (le coffret a obtenu une avalanche de rĂ©compenses discographiques Ă  sa sortie), c’est au tour de La Damnation de Faust d’être gravĂ© en public, dans la mĂŞme salle, avec le mĂŞme chef (John Nelson), le mĂŞme orchestre (le Philharmonique de Strasbourg), et les deux hĂ©ros de la première captation : Michael Spyres en Faust et Joyce Di Donato en Marguerite.

 

 

 

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A peine sorti des reprĂ©sentations du Postillon de Lonjumeau Ă  l’OpĂ©ra-Comique (nous y Ă©tions / 30 mars 2019) oĂą il vient de triompher dans le rĂ´le-titre, l’extraordinaire tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres subjugue Ă  nouveau ce soir, en dĂ©pit d’une fatigue perceptible en fin de soirĂ©e, qui l’empĂŞche de dĂ©livrer le redoutable air « Nature immense » avec le mĂŞme incroyable aplomb que tout le reste. On admire nĂ©anmoins chez lui l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la tessiture, un timbre de toute beautĂ©, la perfection de la diction, la suavitĂ© des accents et sa capacitĂ© Ă  passer de la douceur Ă  l’Ă©clat. Il est et reste – Ă  n’en pas douter – LE tĂ©nor berliozien de sa gĂ©nĂ©ration. Apparaissant sur scène dans une magnifique robe en soie bleue nuit, la grande Joyce Di Donato offre une Marguerite comme on l’attendait : sensuelle, ardente, d’une superbe ampleur, graduant avec soin son abandon dans sa romance du IV. Ses « hĂ©las ! » qui concluent le sublime « D’amour l’ardente flamme » donnent le frisson (et font mĂŞme monter les larmes de certains…), et c’est un triomphe aussi incroyable que mĂ©ritĂ© qu’elle rĂ©colte au moment des saluts. Quant Ă  la formidable basse française Nicolas Courjal, il se hisse au mĂŞme niveau que ses partenaires, en composant un magistral MĂ©phisto. Outre le fait de coller admirablement Ă  la vocalitĂ© grandiose requise par le rĂ´le, l’artiste ravit Ă©galement par sa voix somptueusement et puissamment timbrĂ©e, son phrasĂ© incisif et sa musicalitĂ© impeccable, Ă  la ligne scrupuleusement contrĂ´lĂ©e. Diable extraverti, insinuant, sardonique, inquiĂ©tant, menaçant, Nicolas Courjal possède beaucoup de charisme, comme il vient Ă©galement de le prouver dans sa magnifique incarnation de Bertram dans Robert le Diable de Meyerbeer au Bozar de Bruxelles le mois dernier. Dans la partie de Brander, l’excellent baryton français Alexandre Duhamel n’est pas en reste qui, en vrai chanteur et vrai comĂ©dien qu’il est, renouvelle entièrement ce rĂ´le bref, souvent saccagĂ©es par des voix Ă©puisĂ©es.

 

 

 

SPYRES, DI DONATO, COURJAL
Grand trio berliozien Ă  Strasbourg

 

 

 

BERLIOZ damnation de faust marguerite di donato joyce la diva berliozienne strasbourg nelson critique opera critique concert par classiquenews 362x536Grand chef berliozien devant l’Eternel, l’américain John Nelson dispose avec l’Orchestre Philharmonique se Strasbourg une phalange d’une ductilité parfaite, avec notamment des cordes d’un incroyable raffinement, des cuivres acérés et des harpes éthérées, mais surtout un alto et un cor solo capables d’une infinie tendresse lors des interventions de Marguerite, devenant ainsi de vrais protagonistes du drame. De leur côté, le Chœur Gulbenkian (dirigé par Jorge Matta) ainsi que Les Petits chanteurs de Strasbourg et la Maîtrise de l’Opéra national du Rhin (dirigés par Luciano Bibiloni) méritent eux aussi des éloges sans réserves. On retiendra l’humour dont le premier fait preuve dans la fameuse fugue des étudiants, délivrant l’ « Amen » avec des sons nasillards et moqueurs, tandis que les seconds, spatialisés dans la salle pour les derniers accords, font preuve d’une douceur proprement angélique dans l’envolée finale.

Comme pour Les Troyens, le délire gagne la salle après de longues secondes d’un silence absolu qui est une plus belle récompense encore, et les rappels se multiplieront avant que l’audience ne se décide à enfin quitter les lieux….

Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi :

CRITIQUE, CD : Les Troyens de Berlioz par John Nelson (ERATO) - enregistrement live avril 2017

Compte rendu, opĂ©ra. NANTES, le 23 septembre 2017. BERLIOZ : LA DAMNATION DE FAUST. Spyres, Hunold, Alvaro, Bontoux… RochĂ© – une autre incarnation de Faust par Michale Spyres en sept 2017 Ă  NANTES

 

 

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. Joyce & Tony : Joyce DiDonato, mezzo-soprano et Antonio Pappano, piano (1 cd Erato 2014)

joyce-tony-didonato-pappano-recital-live-at-wigmore-hall-septembre-2014-2-cd-ERATO-cd-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWSCD, compte rendu critique. Joyce & Tony : Joyce DiDonato, mezzo-soprano et Antonio Pappano, piano (1 cd Erato 2014). Erato nous lègue un superbe programme nĂ© de l’entente artistique entre une diva et un pianiste prĂŞts Ă  toutes les nuances… D’abord, la diva amĂ©ricaine s’impose en dĂ©but de rĂ©cital dans un long monologue, enrichi de traits pianistiques ciselĂ©s il est vrai (tout l’art du Pappano complice se dĂ©voile dès le dĂ©but), qui redevable de l’esthĂ©tique raffinĂ©e des Lumières, met en avant son style de belcantiste affĂ»tĂ©e… Haydn, admirablement dĂ©fendu ici, se plaĂ®t Ă  dĂ©tailler chaque saillie intĂ©rieure de l’hĂ©roĂŻne, son Ariane palpite continĂ»ment : du pardon Ă  la rage, car ici malgrĂ© le dĂ©sir d’oubli, l’abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e, figure de l’amoureuse dĂ©munie et trahie,ne peut Ă©carter la brĂ»lure de l’abandon ni la morsure de la trahison. Un cĹ“ur blessĂ© qui n’arrive pas Ă  maĂ®triser sa haine irrĂ©pressible… La cantate de 1789, que Haydn prit soin encore de jouer lors de sa tournĂ©e Ă  Londres, semble rĂ©sumer toutes les passions du coeur humain.
Louons surtout les accents maitrisĂ©s d’une râgeuse expressivitĂ© linguistique : toutes les nuances d’un cĹ“ur trahi s’y succèdent : invectivant, languissant, et bientĂ´t murmurant au souvenir des effusions passĂ©es et perdues, enfin l’appel Ă  la paix intĂ©rieure et surtout le poison de l’aigreur outragĂ©e qui en fin de cantate (presque 20mn quand mĂŞme!), emporte la fin de l’Ă©pisode. La longueur du souffle, la justesse contrĂ´lĂ©e de l’Ă©mission, l’Ă©clat des nuances vocales et l’articulation sont splendides.

La facĂ©tie des Rossini fait un heureux contraste: BeltĂ  crudele (1821) en particulier fait surgir en filigrane, cet humour parodique propre au compositeur italien romantique. La riche palette expressive de la mezzo l’aborde avec un feu et une passion, d’autant mieux chauffĂ©s par la cantate de Haydn. La rĂ©vĂ©lation vient des chants du soir (1908) du napolitain Santoliquido dont le style se rapproche par son expressivitĂ© linguistique des vĂ©ristes italiens :  surtout son inspiration mĂ©lodique si ardente et passionnĂ©e se rĂ©vèle …. finement puccinnienne. A croire que le compositeur passe en revue en offrant leur profil le plus intense, chaque hĂ©roĂŻne qu’a portraiturĂ©e Puccini : Tosca, Mimi, Cio Cio San semblent paraĂ®tre dans l’incarnation palpitante toujours proche du texte qu’en offre la diva du Kansas. La couleur tragique, filigranĂ©e par le ruban embrasĂ© de Joyce, fait merveille dans la dernière mĂ©lodie parfois extatique souvent Ă©chevelĂ©e signĂ©e De Curtis (Non ti scordar di me), prière amoureuse radicale, dont la diva habitĂ©e laisse un tĂ©moignage hallucinĂ©, d’une ivresse enchantĂ©e.

C’est un prĂ©lude dramatique idĂ©al pour la seconde partie du rĂ©cital qui regroupe des songs du Nouveau Monde, si proche  par leur jeu expressif des airs et mĂ©lodies d’opĂ©ras initialement abordĂ©s. La chanteuse y dĂ©ploie une rĂ©elle habiletĂ© sensible, en diseuse autant qu’en actrice, et dans l’amĂ©ricain, fait Ă©tinceler comme dans l’italien, les mille nuances d’un cĹ“ur touchĂ©, ivre, parfois facĂ©tieux (Kern : Life upon the wicked stage) ou parodique : mais Ă  travers les 14 chansons qui empruntent pour beaucoup Ă  la fantaisie dĂ©lirante de Broadway, c’est l’art de la tragĂ©dienne et de l’amoureuse enchantĂ©e, enivrĂ©e qui surgit et s’affirme d’Ă©pisode en sĂ©quence, vrais opĂ©ras en miniature. La DiDonato sait incarner et nuancer un personnage avec une vibration remarquable, y compris dans sa variation brĂ©silienne (Food for Thought de Villa-Lobos ; extrait de sa Magdalena de 1948)… 3 “encore”/bis confirment cette rage expressive subtilement contrĂ´lĂ©e : chacun standard cĂ©lĂ©brissime, My funny Valentine de Rodgers et Hart de 1937, All the things you are d’Hammerstein de 1939 (et qui marqua les adieux de Kern Ă  Broadway), I love a piano d’Irving Berlin (1915 : clin d’Ĺ“il Ă  peine voilĂ© au pianiste en parfaite entente) sans omettre l’enchanteur Over the rainbow, l’Ă©ternelle prière Ă©crite pour Le Magicien d’Oz de 1939. La sensibilitĂ© palpitante de la cantatrice rĂ©gale son auditoire dans ce live londonien des 6 et 8 septembre 2014, oĂą se dĂ©voile une complicitĂ© rare avec le Pappano pianiste.

CD, compte rendu critique. Joyce & Tony : Live at Wigmore Hall. Joyce DiDonato, mezzo-soprano et Antonio Pappano, piano. Haydn, Rossini, Santoliquido. Foster, Kern, Berlin, Villa-Lobos, Rodgers, Nelson, Dougherty… RĂ©cital live enregistrĂ© au Wigmore Hall de Londres, les 6 et 8 septembre 2014. 2 cd Erato 0825646 107896.

DVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013)

maria stuarda joyce di donato ERATO DVD Metropolitan opera new york 2 dvdDVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013). Après Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opĂ©ratique singulière, la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1ère, affirme une rĂ©elle maĂ®trise dramatique prĂ©cisĂ©ment dans le profil psychologique des deux hĂ©roĂŻnes,  dessinĂ©es avec un mĂŞme souci de vraisemblance psychologique. Les deux reines sont finement brossĂ©es : Élisabeth souffre de la rivalitĂ© de Marie car elle a failli perdre Ă  cause de la Stuart son cher Robert Leicester (excellent Matthew Polenzani, jamais exubĂ©rant, sachant toujours s’accorder Ă  chacune des deux femmes dans ses duos d’effusion…) ; c’est sur l’insistance de celui-ci pourtant qu’Elisabeth consent Ă  la faveur d’une chasse Ă  revoir celle qu’elle a fait incarcĂ©rĂ©e : dans la mise en scène new yorkaise de janvier 2013, Marie par une astucieuse ouverture des dĂ©cors,  rĂŞve exaltĂ©e de la campagne de sa chère France cependant qu’elle exprime un orgueil blessĂ© dĂ» Ă  l inflexible Reine blanche. Au centre de cette joute fĂ©minine, Donizetti et son librettiste ont placĂ© Leicester, l’aimĂ© d’Elisabeth qui demeure liĂ© Ă  Marie : trio tendu tout au long de l’opĂ©ra, et auquel la musique et l’Ă©criture de leur profil psychologique apporte plutĂ´t doutes et troubles, l’une vis Ă  vis de l’autre (Elisabeth / Marie), l’une vis Ă  vis de l’un (Elisabeth / Leicester).

maria stuarda joyce didonato et elisabeth pendant chasse dvd ERATO donizetti clic de classiquenews septembre 2014On sent dès le dĂ©but que les deux femmes sont de la mĂŞme veine : fières, dignes mais blessĂ©es …. leurs profils aiguisĂ©s,  subtilement portraiturĂ©s et dĂ©fendues par deux interprètes de bout en bout convaincantes laissent prĂ©sager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dĂ©voile de façon inĂ©dite la double face de la reine Marie,  angĂ©lique et colĂ©rique,  amoureuse passionnĂ©e capable contre toute biensĂ©ance y compris pour le compositeur contre les usages de la scène théâtrale, de la rendre haineuse,  insultant sa cousine Élisabeth : ” Souillure issue d’Anne Boleyn…“, ” bâtarde impure qui a profanĂ© le sol anglais “, il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partagĂ© avec sa rivale son aimĂ© Leicester, se dĂ©cide enfin Ă  signer la dĂ©capitation de Marie l’inflexible,  l’orgueilleuse, l’ennemie politique et aussi (surtout) la rivale amoureuse. Leur rencontre “improvisĂ©e” Ă  la faveur d’une chasse a tournĂ© Ă  la confrontation de deux lionnes et s’agissant de Marie, haineuse, n’Ă©cartant pas les pires insultes…

2 Reines jumelles, affrontées

CLIC D'OR macaron 200La force du livret exploite la confrontation des deux tempĂ©raments fĂ©minins (qui a aussi suscitĂ© de fameuses rivalitĂ©s rĂ©elles entre divas)… De fait les sources autographes ne prĂ©cisent pas de façon dĂ©finitive, les deux tessitures respectives laissant au choix du chef et du metteur en scène, leur propre conception des personnages… ce qui autorise aussi souvent, un soprano angĂ©lique pour Marie : La Reine Stuart est ainsi gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ©e comme la victime,  or son ennemie Tudor est loin d’ĂŞtre aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opĂ©ra que d’avoir brosser deux portraits de femmes, deux sensibilitĂ©s exaltĂ©es, Ă©prouvĂ©es, atteintes dans leur dignitĂ© et identitĂ© profondes. Au fond, le dĂ©roulement de l’intrigue et la musique de Donizetti, très raffinĂ©e en vĂ©ritĂ©, montre Ă  quel point les deux destins sont proches, les deux personnalitĂ©s jumelles : leur carrière est interchangeable et toute l’écriture dramatique dĂ©voile cette cohĂ©rence en miroir. Mais les identitĂ©s se prĂ©cisent aussi : affrontĂ©e Ă  son ennemi Tudor, Marie construit peu Ă  peu sa figure de martyre ; tandis que devant assumer le caractère inviolable et incontestable de son pouvoir, Elisabeth apprend Ă  bâtir sa propre autoritĂ© : elle devient cette machine politique, renonçant Ă  sa quĂŞte amoureuse de femme bouleversĂ©e… C’est d’ailleurs la composition très juste de Elza ven den Heever qui Ă©claire l’Ă©paisseur de son personnage. La transformation d’Elisabeth en Souveraine autoritaire maĂ®tresse de ses passions s’affirme en cours d’action.

maria stuarda joyce didonato prianteLa production du Met offre de facto deux belles incarnations dramatiques finement chantĂ©es…. la puretĂ© claire et articulĂ©e aux notes millimĂ©trĂ©es et prĂ©cises de la mezzo DiDonato certes n’est pas angĂ©lique mais sa prĂ©sence et son intensitĂ© rayonnent : humaine, inspirĂ©e, jamais strictement dĂ©monstrative vocalement, elle concentre une finesse,  de la sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure, une justesse expressive qui profite Ă  toute la production, surtout Ă  ses duos avec Elisabeth, comme au personnage de Marie. Son aisance Ă  servir un bel canto proche du texte et finement dramatique saisit et captive : comme le montre aussi simultanĂ©ment son dernier disque Stella di Napoli, (Erato, septembre 2014) concentrĂ© de bel canto rare et donc napolitain qui l’impose dĂ©cidĂ©ment comme la belcantiste la plus inspirĂ©e de l’heure.  Face Ă  elle la soprano Elza van den Heever est loin de dĂ©mĂ©riter : finesse, ambivalence, autoritĂ© dramatique, l’interprète s’affirme aussi aux cĂ´tĂ©s de DiDonato comme un interprète et surtout une actrice qui a compris toutes les facettes troubles de son personnage, tiraillĂ© ente devoir et idĂ©al politique, dĂ©sir et amour individuel. Sa prĂ©sence et sa stature accrĂ©ditent la valeur de la production. McVicar signe une mise en scène sobre, chromatiquement forte mais sans excès, au dramatise mesurĂ©. Quant au chef Maurizio Benini, sans ĂŞtre d’une finesse au diapason des deux divas, sa direction reste elle aussi efficace. En conclusion, une production particulièrement convaincante. Un dvd Ă  possĂ©der Ă©videmment tant l’intelligence des chanteuses s’impose Ă  nous.

Donizetti : Maria Stuarda (1834). 

Queen Elizabeth I: Elza van den Heever
Lord Talbot: Matthew Rose
Lord Cecil: Joshua Hopkins
Robert, Earl of Leicester: Matthew Polenzani
Hannah Kennedy: Maria Zifchak
Mary Stuart: Joyce DiDonato

Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Chorus Master: Donald Palumbo
Conductor: Maurizio Benini
Production: David McVicar
Set and Costume Design: John Macfarlane
Lighting: Jennifer Tipton

2 dvd Erato, 2h22 min, enregistré au Metropolitan de New York en janvier 2013.

 

didonato-joyce-stella-di-napoli-ERATO-cd-Pacini-MercadanteL’actualitĂ© de la diva Joyce DiDonato c’est aussi en septembre 2014, un nouvel album discographique intitulĂ© : Stella di Napoli, collection d’airs et de compositeurs mĂ©connus, superbement dĂ©fendus par une interprète au sommet  de ses possibilitĂ©s vocales, dramatiques… LIRE notre critique complète du cd Stella Di Napoli, Joyce DiDonato (1 cd Erato)

agenda
Au moment où parait son disque napolitain, la mezzo Joyce Di Donato est en tournée en Europe dont une date passe par la France, le 27 septembre prochain, avec au programme, une bonne partie des arias enregistrés dans le cd Erato, ” Stella di Napoli ”.

Compte-rendu : Poitiers. CinĂ©ma “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : La donna del lago. Juan Diego Florez, Joyce DiDonato … Michele Mariotti, direction.

Joyce Didonato portraitLorsqu’il compose La donna del lago en 1819, Gioachino Rossini (1792-1868) hĂ©rite d’un livret initialement destinĂ© Ă  Gaspare Spontini (1774-1851) qui venait de quitter la France pour la Prusse, laissant tout autre projet en plan. Rossini est le premier compositeur Ă  recevoir un livret tirĂ© d’une oeuvre de Walter Scott; vingt ans plus tard en effet Gaetano Donizetti se basera sur La fiancĂ©e de Lamermoor pour son opĂ©ra Lucia di Lamermoor. La donna del lago est certes moins donnĂ©e ou enregistrĂ©e que d’autres opĂ©ras de Rossini mais l’oeuvre n’en contient pas moins de très belles pages, notamment l’air d’entrĂ©e de Malcom, et le rondo final (Tanti affeti in tal momento) dĂ©volu Ă  Elena (ce rondo sera repris plus tard dans Bianca e Falliero, revenant Ă  Bianca).

Pour cette nouvelle production, le Royal Opera House de Londres rĂ©unit un plateau vocal exceptionnel largement dominĂ© par Juan Diego Florez et Joyce DiDonato en grande forme. Le couple rossinien s’Ă©tait dĂ©jĂ  retrouvĂ© dans la mĂŞme oeuvre donc dans les mĂŞmes rĂ´les il y a 3 ans sur les planches du Palais Garnier Ă  Paris.

Quant Ă  la mise en scène,c’est John Fulljames qui en est chargĂ© et … on ne  peut que le regretter.

Si la volontĂ© de bien faire est Ă©vidente, on peut se demander pourquoi il commet autant d’erreurs. La transposition au XIXe siècle n’a rien de choquant, il y en a dĂ©jĂ  eu : Les Troyens, par exemple, autre production du Covent Garden, ou Lucia di Lamermoor au Metropolitan Opera de New York. En revanche le fil rouge du duo Scott/Rossini tombe Ă  l’eau; en effet si chacun connaissait la rĂ©putation de l’autre, les deux hommes ne se sont jamais rencontrĂ©s.
D’autre part situer l’action dans l’une des innombrables sociĂ©tĂ©s historiques qui existaient au dĂ©but du XIXe siècle, Walter Scott Ă©tait d’ailleurs le prĂ©sident de l’une d’entre elles, est assez incomprĂ©hensible. John Fulljames a-t-il souhaitĂ© par lĂ  se souvenir du temps ou l’Écosse Ă©tait un pays Ă  part entière? Faut il rappeler que l’Écosse n’a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e au Royaume Uni qu’en 1603 sous le règne de Jacques VI. Il faut aussi se remĂ©morer que Jacques V, Uberto pour tous jusqu’aux deux ou trois dernières scènes, Ă©tait l’un des derniers rois de l’Écosse indĂ©pendante. Si le recours au flash-back peut ĂŞtre une bonne idĂ©e, quelle bizarrerie de mettre Elena dans une vitrine en verre : souvenir ou prison?
Enfin l’entrĂ©e de Rodrigo et de ses hommes, accompagnĂ©e d’une sĂ©rie de viols pendant qu’ils chantent les vertus de l’amour est assez peu convaincante et plutĂ´t mal venue. Si les costumes sont seulement corrects et les chorĂ©graphies tout Ă  fait honorables, seules les lumières de Bruno Poet ont un intĂ©rĂŞt particulier car elles soulignent avec justesse les moments les plus dramatiques.

Vocalement, le Royal Opera House a rĂ©uni une distribution prestigieuse et quasi idĂ©ale au vue de la grande difficultĂ© de la partition. A tout seigneur, tout honneur : Joyce DiDonato est une Elena irrĂ©prochable tant scĂ©niquement que vocalement; l’artiste amĂ©ricaine affronte avec une facilitĂ© impressionnante les redoutables vocalises rossiniennes. Quant au rondo final, si on peut regretter qu’il soit pris sur un tempo si lent, DiDonato l’aborde crânement d’autant que la mise en scène ne l’aide vraiment pas. Face Ă  la mezzo amĂ©ricaine, Juan Diego Florez campe un Uberto (Giacomo V) Ă©bouriffant; le tĂ©nor pĂ©ruvien qui connait parfaitement le rĂ©pertoire rossinien plie sa voix Ă  sa volontĂ© et il relève le dĂ©fi avec brio. En revanche, la mezzo soprano italienne Daniela Barcellona est un Malcom inĂ©gal; tendue pendant tout son air d’entrĂ©e la jeune femme a du mal Ă  vocaliser correctement. La voix, est pourtant belle et correspond bien Ă  la tessiture terrible du rĂ´le; elle se reprend cependant avec aisance et chante impeccablement dans le second acte. A sa dĂ©charge, le vilain costume dont elle a Ă©tĂ© affublĂ©e ne l’aide vraiment pas Ă  faire sien un rĂ´le travesti qui, mĂŞme s’il n’est pas forcĂ©ment très long est dense et redoutable pour la voix. Colin Lee est un excellent Rodrigo; la vocalise est aisĂ©e quoique parfois hachĂ©e et les aigus sont faciles mais Ă  la dĂ©charge du tĂ©nor amĂ©ricain, la mise en scène ratĂ©e de l’entrĂ©e de Rodrigo ne l’aide vraiment pas Ă  se mettre en valeur. Notons par ailleurs que la voix de Colin Lee est assez similaire Ă  celle de Juan Diego Florez mais le tĂ©nor pĂ©ruvien est plus aĂ©rien et plus facile que son collègue ce qui lui donne un avantage certain pendant toute la soirĂ©e.

Le choeur du Royal Opera House remarquablement préparé par son chef se montre à la hauteur de la distribution exceptionnelle qui évolue sur le plateau et ce malgré une mise en scène peu convaincante.

Dans la fosse, Michele Mariotti dirige le prestigieux orchestre du Royal Opera House avec efficacitĂ© insufflant Ă  ses musiciens et aux chanteurs une Ă©nergie et un dynamisme bienvenus. Il est cependant dommage que son enthousiasme, pour communicatif qu’il soit, le pousse Ă  couvrir Daniela Barcellona ici et la pendant son air d’entrĂ©e; mais dans l’ensemble le chef italien dirige le chef d’oeuvre de Rossini avec une justesse et une intelligence qui sont pour beaucoup dans le succès globales de la soirĂ©e.

On peut regretter la mise en scène truffĂ©e d’erreurs, peu engageante, handicapante pour les chanteurs avec des dĂ©cors et des costumes au mieux corrects mais sans vĂ©ritables liens avec l’histoire. En revanche, le plateau vocal est de rĂŞve largement dominĂ© par Joyce DiDonato et Juan Diego Florez Ă©blouissants.

Poitiers. CinĂ©ma CGR “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : La donna del lago opĂ©ra en deux actes sur un livret de Andrea Leone Tottola tirĂ© du roman Ă©ponyme de Walter Scott The lady of the lake. Juan Diego Florez, Urbeto (Giacomo V); Joyce DiDonato, Elena; Colin Lee, Rodrigo; Daniela Barcellona, Malcolm; Justine Gringyte, Albina; Robin Leggate, Serano; Simon Orfila, Douglas; Pablo Bemsch, Bertram; Christoph Lackner, un barde. Orchestre et choeur du Royal Opera House, Michele Mariotti, direction. John Fulljames, mise en scène; Dick Bird, dĂ©cors; Yannis Thavis, costumes; Bruno Poet, lumières; Arthur Pita, chorĂ©graphies.

Télé, Arte. Joyce DiDonato: Drama Queens, le 30 décembre 2012,15h50

Télé, Arte: Joyce DiDonato, portrait. Dimanche 30 décembre à 15h50
Portrait de diva

Joyce Di Donato, mezzo

Drama Queens

Arte, dimanche 30 décembre 2012, 15h50

La mezzo Joyce DiDonato est une star mondiale : jour après jour, elle incarne des rĂ´les de « drama queens » (Reines du drame) sur les scènes d’opĂ©ra. Elle tente d’élucider le mystère de ces figures de l’excès. Au fil de sa quĂŞte, la diva rencontre des personnalitĂ©s prestigieuses, dont le travail serait impossible sans ces femmes au bord de la crise de nerf. Parmi ces personnalitĂ©s : Vivienne Westwood, Marilyn Horne, Donna Leon…
DiDonato Joyce, Drama QueensPour Joyce DiDonato, les héroïnes superlatives font partie de sa vie, car bon nombre des rôles qu’elle incarne sur scène sont des rôles de « drama queens » (reines du drame) par excellence. Le répertoire lyrique baroque a une prédilection pour ces héroïnes vengeresses, ivres d’amour ou éprises de justice.
Au MET de New York, Ă  travers un choix d’airs de Monteverdi, Händel, Vivaldi qu’elle a rĂ©cemment enregistrĂ©s et qu’elle interprète en tournĂ©e mondiale, la diva amĂ©ricaine tente d’obtenir la rĂ©ponse Ă  sa quĂŞte. Le disque de ce programme lyrique comprenant plusieurs aris d’opĂ©ras baroques des XVIIè et XVIIIè est Ă©ditĂ© en novembre 2012: il porte nautrellement le titre de Drama Queens... Le film montre la collaboration de la chanteuse avec des artistes confrontĂ©s aux mĂŞmes problĂ©matiques. Parmi eux : la crĂ©atrice de mode Vivienne Westwood, le chanteur et collègue Plácido Domingo ou encore l’auteur de best-sellers Donna Leon. Cette dernière s’est rĂ©cemment entretenue avec la diva Ă  propos des hĂ©roĂŻnes dramatiques.Un documentaire de Ralf Pleger, (Allemagne, 2012, 52min)
Avec Donna Leon, Vivienne Westwood, Plácido Domingo, Marilyn Horne, Il Complesso Barocco. Musique : Händel, Vivaldi, Monteverdi … .