ENTRETIEN VIDEO : Roselyne Bachelot présente le coffret 3CD Salut à la France (Erato)

ENTRETIEN VIDEO avec ROSELYNE BACHELOT Ă  propos du coffret de 3 cd “Salut Ă  la France!” (Paru au printemps 2016 chez Erato / Warner Classics). PrĂ©sentation, contenu, enjeux… Roselyne Bachelot a conçu le contenu du triple coffret Ă©ditĂ© par Erato : Salut Ă  la France ! Un florilĂšge de tubes et de perles qui s’adresse Ă  tous les publics, amateurs ou connaisseurs, soucieux comme l’ex Ministre, de redĂ©couvrir l’opĂ©ra français, majoritairement romantique, sur le seul mode du plaisir et du partage. Entretien spĂ©cial avec Roselyne Bachelot Ă  travers l’expĂ©rience qui s’offre ainsi Ă  l’auditeur : Propos recueillis par Philippe Alexandre PHAM © studio CLASSIQUENEWS.TV 2016

 

 

SUJET et SOMMAIRE de l’entretien avec ROSELYNE BACHELOT :

CD1 / On se donne de grands airs (1’52). De Carmen de Bizet Ă  Fisch Ton Kan de Chabrier. La tonalitĂ© de ce premier volet est le romantisme. Et s’il fallait isoler un seul air, cela serait Le Spectre de la Rose des Nuits d’étĂ© de Berlioz (4’04).

CD2 / On s’aime (duos d’amour ou d’amitiĂ©) (6’18). Un duo se distingue ici celui de deux hommes : Carlo et Rodrigo de Don Carlo de Verdi. Leur air donne la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale de ce second volet : l’ambivalence.

CD3 / On fait la fĂȘte! (7’44). La joie est l’élĂ©ment moteur de ce dernier volet, oĂč brille le gĂ©nie du plus parisien des allemands, Jacques Offenbach. Roselyne Bachelot isole un air dans cette nouvelle collection de perles lyriques : l’air de Monsieur Choufleury par Jean-Philippe Lafont (9’32).

En CONCLUSION (10’18) : le triple coffret propose une expĂ©rience de plaisir avec laquelle la conceptrice Roselyne Bachelot a souhaitĂ© selon ses goĂ»ts, rĂ©concilier l’opĂ©ra avec les Français.

 
BACHELOT Roselyne - Salut Ă  la France
 

CD, annonce. Tout Satie !… en 10 cd. Coffret 10 cd Erato

satie tout satie coffret erato 2016 900825646047963CD, annonce. Tout Satie ! … en 10 cd. Coffret 10 cd Erato. Fantasque, Ă©lĂ©gant, dĂ©lirant poĂ©tique, dĂ©jĂ  dada et mĂȘme surrĂ©aliste, Erik Satie (1866-1925) personnalitĂ© discrĂšte mais spirituelle a cultivĂ© sa singularitĂ© : en chapeau melon, binocles, parapluie et col impeccable, le compositeur fut surtout un crĂ©ateur d’une justesse absolue, original et profond. Un gĂ©nie sans tapage d’une douce et tendre rĂȘverie, Ă  l’Ă©criture d’une inclassable fantaisie, et pas que pour le piano : pour la voix et l’orchestre du ballet, la musique de chambre aussi et mĂȘme …l’opĂ©ra. C’est ce que nous rappelle cet excellent coffret de 10 cd, par des interprĂštes surtout français dont se distinguent les mĂ©morables Mady MesplĂ© et Aldo Ciccolini, qui chante et joue leur Satie inspirĂ© par les Ă©toiles, portĂ© par le cƓur. C’est un gĂ©nie de la petite forme, intime, ciselĂ©e comme autant d’enluminures secrĂštes d’une infinie pudeur. MallarmĂ© et Verlaine, surtout Debussy (au Chat noir) et Suzanne Valadon – l’amour empoisonnĂ© dont il ne se relĂšvera jamais, compose une sĂ©rie de rencontres dĂ©cisives, qui nourrissent et inspirent une sensibilitĂ© inclassable. Solitaire de l’ombre, rĂ©sidant Ă  Montmartre puis Arcueil, Satie le socialiste devient pianiste de cabaret par nĂ©cessitĂ©, Ă©lĂšve de d’Indy et Roussel Ă  la Scola Cantorum, enfin au crĂ©puscule d’une vie trĂšs riche, croise la route de Cocteau, aprĂšs la guerre en 1915, qui en fait sa mascotte : le ballet surrĂ©aliste Parade (avec pistolet, sirĂšne et machine Ă  Ă©crire!) dĂ©coulera en 1917, de cette amitiĂ© ardente (dĂ©cors de Picasso) : l’humour provoque le scandale au moment oĂč la guerre suscitait un patriotisme aveugle. Figure atemporelle et fĂ©dĂ©ratrice, Satie est le nouveau barde autour duquel se forme le Groupe de Six. Ses GymnopĂ©dies, Gnossiennes, PiĂšces froides et Peccadilles importunes jalonnent un parcours oĂč l’inouĂŻ voisine avec l’inconnu, le burlesque fantaisiste avec l’absolu poĂ©tique. Et si Satie Ă©tait le dernier des compositeurs poĂštes ? Amoureux et orfĂšvre du verbe autant que de la note… Coffret Ă©vĂ©nement CLIC de CLASSIQUENEWS. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd, dvd livres de classiquenews.com

Coffret Tout Satie! 10 cd Erato 0825646047963

 

 

 

Erik Satie Complete Edition – IntĂ©grale Satie

CD1 – Ɠuvres orchestrales et ballets 79.36
Sonnerie pour rĂ©veiller le bon gros Roi des Singes · GymnopĂ©dies Nos. 1 & 3 · Le Piccadilly · Gnossienne No. 3 · En habit de cheval · Cinq grimaces pour « Un songe d’une nuit d’étĂ© » · La Belle excentrique · Musiques d’ameublement · RelĂąche · Mercure · Les Pantins dansent

CD2 – Ballets 78.11
Parade · Socrate · Le piÚge de Méduse

CD3 – Ɠuvre pour piano
Trois GymnopĂ©dies · L’enfance de Ko-Quo (New Recording) · Gambades · Nocturnes · Sept Gnossiennes · Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois · Descriptions automatiques · Vieux sequins et vieilles cuirasses · Les trois valses distinguĂ©es du prĂ©cieux dĂ©goĂ»tĂ© · Trois Sarabandes

CD4 – Ɠuvre pour piano
Le Piccadilly · Je te veux · Poudre d’or · Petite ouverture Ă  danser · Valse-ballet · Fantaisie-valse · Trois Morceaux en forme de poire · La Belle Excentrique · PrĂ©ludes flasques (pour un chien) · VĂ©ritables prĂ©ludes flasques (pour un chien) · Embryons dessĂ©chĂ©s · Chapitres tournĂ©s en tous sens · Heures sĂ©culaires et instantanĂ©es · Avant-derniĂšres pensĂ©es · Sports et divertissements · Sonatine bureaucratique · Caresse

CD5 – Ɠuvre pour piano
PiÚces froides · Nouvelles piÚces froides · Trois petites piÚces montées pour piano à quatre mains · Trois nouvelles enfantines · Menus propos enfantins · Enfantillages pittoresques · Peccadilles importunes · En habit de cheval · Aperçus désagréables · Passacaille · Prélude en tapisserie · Musiques intimes et secrÚtes · Petite musique de clown triste · The dreamy fish · Danse de travers · Verset laïque et somptueux · Allegro · The Angora Ox · Légende californienne · Fugue-valse · Premier menuet · PriÚre · Vexations

CD6 – Ɠuvre pour piano 79.49
Ogives · PremiĂšre pensĂ©e de la Rose+Croix · Sonneries de la Rose+Croix · Le Fils des Étoiles, WagnĂ©rie kaldĂ©enne du Sar PĂ©ladan · PrĂ©ludes du NazarĂ©en · PrĂ©lude d’Eginhard · FĂȘte donnĂ©e par des chevaliers normands en l’honneur d’une jeune demoiselle (XIe siĂšcle) · Danses gothiques · PrĂ©lude de la porte hĂ©roĂŻque du ciel · Jack in the box · Toutes petites danses pour le PiĂšge de MĂ©duse · Les pantins dansent · Leit-motiv du “PanthĂ©e” · Chanson andalouse · Rag-time Parade

CD7 – Ɠuvre pour piano
Uspud · CinĂ©ma · ModĂ©rĂ© · Stand-Walk · Six PiĂšces de la pĂ©riode 1906-1913 · Deux rĂȘveries nocturnes · Douze petits chorals · Carnet d’esquisses et de croquis · RĂȘverie du pauvre

CD8 – Ɠuvre pour piano & musique de chambre
Cinq grimaces pour « Le Songe d’une nuit d’étĂ© » · Mercure (New Recording) · RelĂąche (New Recording) · Mouvement · Petite sonate · Tendrement · RĂȘverie de l’enfance de Pantagruel · Parade · La statue retrouvĂ©e · Embarquement pour CythĂšre · Choses vues Ă  droite et Ă  gauche (sans lunettes)

CD9 – MĂ©lodies
Ludions · La statue de bronze · Je te veux · Trois poĂšmes d’amour · Tendrement · Quatre petites mĂ©lodies · Chanson · Chanson mĂ©diĂ©vale · Les fleurs · DaphĂ©nĂ©o · La Diva de l’Empire · Hymne pour le Salut au drapeau du Prince de Byzance · Trois mĂ©lodies sans paroles · Je te veux · Trois mĂ©lodies de 1886 · Le Chapelier · L’omnibus automobile · Chez le Docteur · Allons-y, Chochotte · J’avais un ami · Petit recueil des fĂȘtes · Le veuf · Un dĂźner Ă  l’ÉlysĂ©e

CD10 – Ɠuvres chorales
Messe des pauvres · GeneviÚve de Brabant

 

 

 

CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

vertigo jean rondeau cd erato critique review classiquenews fevrier 2016CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opĂ©ratique. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pĂ©rĂ©grination intĂ©rieure et surtout personnelle donne la clĂ© du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est Ă  dire baroques, vers 1746… Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’Ă©garer dans un fond de dĂ©cors d’opĂ©ra dont son clavecin (historique du ChĂąteau d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des mĂ©tamorphoses” (comme le prĂ©cise Paul ValĂ©ry, citĂ© dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rĂȘve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisĂšle une sĂ©rie d’Ă©vocations, au relief dramatique multiple, contrastĂ©, parfois violent, parfois murmurĂ© qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rĂ©tablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sĂ©lectionnĂ©es, le profil des deux gĂ©nies nĂ©s pour l’opĂ©ra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), Ă  la carriĂšre fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son ZaĂŻde en 1739. Deux monstres absolus de la scĂšne dont il concentre et synthĂšse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermĂ©e et le prĂ©texte lĂ©gitimĂ©. Comment se comporte le clavier Ă©prouvĂ© lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathĂ©tique Ă  l’opĂ©ra ? Comme il y aura grĂące Ă  Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opĂ©ra (contrastĂ© et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nĂ©s avant l’OpĂ©ra ballet que l’on connaĂźt, dĂšs les Nouvelles Suites de PiĂšces de Clavecin de 1728. DĂ©jĂ  Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilitĂ©s que le programme exprime avec justesse.

 

 

 

Rameau, Royer, Rondeau…

Récital personnel et hommage aussi aux génies lyriques, Royer et Rameau

Jean Rondeau : “le clavecin opĂ©ra”

 

 

 

CLIC_macaron_2014Au final, la rĂ©vĂ©lation de ce disque demeure la piĂšce Vertigo et en gĂ©nĂ©ral, l’Ă©criture ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e, investie du compositeur Pancrace Royer (gĂ©nie disparu en 1755) superbe par sa verve, son panache, une Ă©lĂ©gance puissamment charpentĂ©e qui convoquant  l’opĂ©ra suscite des torrents de dĂ©lires dramatiques avec des failles dans l’intime murmurĂ© qui sculpte de sublime vertiges dramatiques, dignes des machineries spectaculaires sur la scĂšne.
L’imaginaire de Royer se dĂ©voile : course furieuse, ou tempĂȘte invraisemblable aux vagues et cascades et autres dĂ©ferlantes d’une irrĂ©sistible ampleur … un tempĂ©rament inĂ©dit voire inouĂŻ, comme le Rameau d’Hippolyte en 1733.
D’abord lent puis comme endolori, le jeu de Rondeau s’Ă©vĂ©ille aux Ă©vocations convoquĂ©es ; puis le claviĂ©riste cisĂšle amoureusement son clavier ; et remodĂšle avec un tempĂ©rament expressif, la carrure originellement lyrique des sĂ©ries de piĂšces choisies en un jeu allusif, plutĂŽt rĂ©jouissant.
Massif par sa sĂ»retĂ© d’intonation et tout autant d’une belle finesse et d’une sobre Ă©coute  intĂ©rieure, le talent de Royer subjugue Ă  mesure qu’il s’Ă©coule sous des doigts aussi enivrĂ©s;  l’approche se fait pudique ensuite pour La Zaide ; l’imagination du claveciniste sĂ©duit irrĂ©sistiblement par une sensibilitĂ© qui se fait mĂ©canique de prĂ©cision  (jeu simultanĂ© aux deux mains dans la mĂȘme Zaide, plage 9 qui dĂ©roule ses guirlandes exaltĂ©es, intĂ©rieures… et tendres).

Ainsi, sujet du prĂ©sent programme, comme il y aura grĂące Ă  Liszt Ă  l’Ăąge romantique le piano orchestre qui par le feu synthĂ©tique dramatique de son jeu conteur exprime le gĂ©nie wagnĂ©rien par la transcription mais sans jamais le rĂ©duire, Jean rondeau dans Vertigo entend ouvrir notre conscience Ă  la verve magicienne du “clavecin opĂ©ra” : de Royer Ă  Rameau, c’est tout un univers poĂ©tique et une esthĂ©tique sonore qui se nourrit du seul jeu du clavier des cordes pincĂ©es. De la salle lyrique et des planches, au salon et Ă  l’intimitĂ© des cordes sensibles, malgrĂ© le transfert et le passage d’un media Ă  l’autre, d’une Ă©chelle Ă  l’autre, le feu Ă©vocateur n’a pas Ă©tĂ© sacrifiĂ©.
Formidable conteur, le claveciniste parisien exprime au-delĂ  de la technicitĂ© virtuose du toucher et l’agilitĂ© des mains d’une finesse que bien des pianistes pourraient reprendre pour mieux inspirer leur geste propre, toute l’admirable sensibilitĂ© des consciences musicales capables de dire sans forcer, la destinĂ©e humaine dans l’ambition du seul clavier : l’inoubliable repli tĂ©nu, secret, comme blotti, et le renoncement du dernier Royer (L’Aimable,  1er Livre de 1746) ne cesse de nous l’affirmer avec la grĂące d’une inspiration juste et magicienne. En confrontant (immanquablement) les deux “R” du XVIIIĂš (Rameau / Royer), l’approche sĂ©duit par son originalitĂ© ; convainc par la sĂ»retĂ© du jeu, l’assise de ses convictions artistiques. C’est un trĂšs bon rĂ©cital, l’acte et la dĂ©claration d’amour d’un musicien volontaire Ă  son propre instrument. On ne saurait y demeurer insensible. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS en fĂ©vrier et mars 2016.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

 

 

 

Centenaire Dutilleux : Livres et cd

dutilleux-henri-biographie-pierre-gervasoni-actes-sud-critique-livres-classiquenews-review-bookLivres & cd, annonce. Centenaire Dutilleux. Henri Dutilleux par Pierre Gervasoni. C’est l’évĂ©nement annoncĂ© chez Actes Sud au dĂ©but de l’annĂ©e 2016 (parution : le 22 janvier 2016). De 13 Ă  93 ans, Henri Dutilleux (1916-2013) fut un compositeur engagĂ©, passionnĂ©, actif, un visionnaire voire un prophĂšte, traducteur de l’invisible, inspirĂ© par la poĂ©sie et la littĂ©rature. Ainsi la nuit, Tout un monde lointain, Le temps l’horloge… tĂ©moignent d’une sensibilitĂ© singuliĂšre, aux Ă©quilibres et tonalitĂ©s tĂ©nues. Plus qu’un tĂ©moignage sur la personnalitĂ© qu’il a approchĂ©, l’auteur livre dans un texte biographique Ă  paraĂźtre chez Actes Sud en janvier 2016, l’aboutissement d’un travail de collecte documentaire rĂ©alisĂ© pendant 7 annĂ©es : tĂ©moignages d’époque, coupures de journaux, lettres
 En rĂ©ussissant Ă  recomposer le contexte, les enjeux artistiques et humains de chaque sĂ©quence de la vie et de la carriĂšre du musicien, Pierre Gervasoni restitue le portrait de Dutilleux comme un roman Ă  plusieurs personnages, mais une fiction minutieusement recomposĂ©e oĂč chaque fait et rebondissement dramatique, repose sur un Ă©pisode avĂ©rĂ© et scrupuleusement vĂ©rifiĂ©. Travail d’enquĂȘteur, justesse de la plume, acuitĂ© et exigence du tĂ©moignage… Pour le centenaire Dutilleux en 2016, voici l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence que nous attendions, entre essai et biographie. Prochaine critique dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com.

 

 

 

DUTILLEUX - The Centenary Edition 7CD

 

Erato publie aussi un coffret remarquable offrant l’intĂ©grale des oeuvres de Dutilleux (The Centenary Edition, 7 cd) : ouvres orchestrales, vocales (Sonnets de Jean Cassou, San Francisco Night, Le temps l’horloge
), pour piano ; pour violoncelle et violon (Tout un monde lointain
) ; musique de chambre (Ainsi la nuit, Sarabande, Les Citations
), Le loup (d’aprĂšs Jean Anouilh), MĂ©taboles, MystĂšre de l’instant
 autant de joyaux musicaux, souvent dans des versions plus que convaincantes… PrĂ©sentation et critique complĂšte du coffret The Centenary Edition sur classiquenews en janvier 2016.

 

Biographie, prĂ©sentation de l’oeuvre… Dossier spĂ©cial Centenaire Henri Dutilleux 2016. Disparu en mai 2013, Henri Dutilleux nĂ© Ă  Angers en 1916 affirme la plĂ©nitude de son propre langage Ă  32 ans, grĂące Ă  sa Sonate pour piano de 1948. DĂ©diĂ©e Ă  son Ă©pouse pianiste, GeneviĂšve Joy, sa muse, son pilier (qu’il perd cependant non sans douleur en 2009), la partition souligne l’architecte de la forme tendue et resserrĂ©e, essentielle et suggestive avec pour compenser l’effort de la concentration rationnelle voire conceptuelle, le tissu hĂ©doniste voire sensuel qui cultive un goĂ»t personnel pour le timbre, sa rĂ©sonance, sa couleur spĂ©cifique. Mort Ă  97 ans, Dutilleux fut jusqu’à sa mort vĂ©nĂ©rĂ© tel le plus grand compositeur français immĂ©diatement accessible, dont l’accessibilitĂ© fraternelle et intensĂ©ment humble comme viscĂ©ralement humaniste contrepointait l’abstraction dogmatique un rien trop cĂ©rĂ©brale voire arrogante d’un Boulez. LIRE notre dossier Dutilleux, centenaire 2016

 

 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. Francesco Cavalli : L’Amore innamorato. L’Arpeggiata, Christina Pluhar. 1 cd Erato. Parution : novembre 2015

PLUHAR - Cavalli HDCD Ă©vĂ©nement, annonce. Francesco Cavalli :  L’Amore innamorato. L’Arpeggiata, Christina Pluhar. 1 cd Erato. Parution : novembre 2015. Le gĂ©nie lyrique de Cavalli jaillit enfin hors de l’ombre, et comme un rĂ©cent coffret d’airs multiples agencĂ©s comme autant de perles, par Leonardo Garcia Alarcon et son Ă©pouse cantatrice Mariana Flores chez Ricercar, paru rĂ©cemment en octobre 2015 (LIRE notre compte rendu critique complet du coffret hĂ©roĂŻnes des opĂ©ras de Cavalli, CLIC de classiquenews d’octobre 2015), Christina Pluhar et son ensemble L’Arpeggiata s’engagent aussi pour rĂ©vĂ©ler cette opulence dramatique unique, la sensualitĂ© suractive du VĂ©nitien Cavalli, vĂ©ritable maĂźtre de l’opĂ©ra italien au plein XVIIĂšme siĂšcle.

 

 

Christina Pluhar et son ensemble L’Arpeggiata Ă©clairent la sensualitĂ© souveraine des opĂ©ras de Francesco Cavalli

L’Arpeggiata : l’extase cavallienne

 

Christina Pluhar fĂȘte Ă  Paris les 15 ans de L'ArpeggiataLe rĂ©cital nouveau prend le titre d’un opĂ©ra qui pourrait n’avoir jamais Ă©tĂ© crĂ©Ă© du vivant de Cavalli bien que certains tĂ©moignages attestent de son Ă©criture : L’Amore innamorato (l’Amour amoureux : tout un programme dĂ©jĂ  et ici une promesse, riche en rĂ©vĂ©lations nouvelles qui placent indiscutablement Cavalli au mĂȘme niveau que son maĂźtre et prĂ©decesseur Monteverdi, crĂ©ateur de l’opĂ©ra moderne Ă  Venise dans les annĂ©es 1640 :  Cavalli rĂ©gĂ©nĂšre la ligne souple et expressive du texte qui est Ă  la fois poĂšme, chant et parole, ciselant les formes choisies et enchaĂźnĂ©es avec une intelligence de la continuitĂ© immĂ©diatement reconnaissable : arioso, aria, recitar cantando. Mais c’est assurĂ©ment dans le format si voluptueux du lamento, Ă  la fois extase et mort,  que Cavalli se montre indĂ©passable comme en tĂ©moignent les extraits d’opĂ©ras sĂ©lectionnĂ©s par la magicienne Christina Pluhar : langueur enivrĂ©e de La Calisto (oĂč en dialogue avec le cornet en Ă©cho, le timbre incarnĂ©, clair, cristallin et aussi charnel de Nuria Rial succĂšde Ă  l’incandescente Maria Bayo, rĂ©vĂ©latrice du rĂŽle Ă  l’Ă©poque de RenĂ© Jacobs) ;  renoncement en berceuse de La Rosinda ; dramatisme plus franc d’Il Giasone ; extase doloriste de Cassandra dans La Didone… Pour chaque cantatrice, il s’agit de rĂ©ussir et la ligne sensuelle et l’articulation souple et flexible du texte dĂ©clamĂ©… Car avant la France (et la dĂ©clamation française fixĂ©e en 1673 par Lully), Cavalli dans les annĂ©es 1650 a conduit le chant italien dramatique Ă  son sommet expressif et poĂ©tique.
En plus de la diversitĂ© des airs caractĂ©risĂ©s, L’Arpeggiata ajoute ce qui fait sa signature : une parure instrumentale  , des plus colorĂ©es (surtout d’instruments Ă  cordes pincĂ©es, ceux qui s’harmonisent si bien avec l’effusion calibrĂ©e et nuancĂ©e de la voix).

CD Ă©vĂ©nement. Francesco Cavalli :  L’Amore innamorato. L’Arpeggiata, Christina Pluhar. 1 cd Erato. Parution : novembre 2015. Prochaine grande critique dans le mag cd de CLASSIQUENEWS… Extraits (arias, intermĂšdes…) des opĂ©ras de Cavalli :  La didone, 1641 – L’Ormindo, 1644 – Il Giasone, 1684 – La Calisto, 1651 – La Rosinda, 1651 – L’Artemisia, 1657 – L’Eliogabalo, 1668…  Avec les sopranos : Nuria Rial, Hana Blazikova.

 

 

CONCERTS Ă©vĂ©nements : Christina Pluhar et L’Arpeggiata fĂȘtent Ă  Paris leur 15 ans : festival spĂ©cial les  samedi 14 et dimanche 15 novembre 2015 Ă  Paris, Salle Gaveau

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014)

damrau diana dvd erato demuro tezier benoit jacquot dvd erato review classiquenews compte rendu account of review critique developpe du dvd CLASSIQUENEWSDVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014). La lumineuse Traviata de Diana Damrau
 AprĂšs le minimaliste misĂ©rabiliste de l’ancienne production parisienne signĂ©e Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata extĂ©nuĂ©e au pays des soviets usĂ©s, corrompus, exsangues, voici donc cette nouvelle production rĂ©alisĂ©e par BenoĂźt Jacquot, cinĂ©aste grand public au symbolisme parfois schĂ©matique caricatural. S’il opte pour des accessoires simples et claires souvent monumentaux  (le lit de la  courtisane au I, l’escalier colossal au II
), la vision manque singuliĂšrement de subtilitĂ© : il est vrai que remplir le vaste espace de Bastille reste un dĂ©fi de taille pour les metteurs en scĂšne. Son Werther inaugurĂ© pour la mĂȘme scĂšne en 2012, Ă©tait de la mĂȘme veine.  Mais cette simplification visuelle n’empĂȘche pas les dĂ©tails historiques qui font sens comme le clin d’Ɠil au tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre rĂ©aliste au nu fĂ©minin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Le peintre de la production a mĂȘme poussĂ© la note rĂ©aliste en peignant le portrait de la cantatrice en lieu et place de l’Olympia originelle de Manet ; idem, Jacquot a choisi une servante noire pour Violetta, rattrapĂ©e par sa maladie. Le spectacle Ă©tait le point fort de la saison 13-14 : elle rĂ©unit un trio prometteur : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic TĂ©zier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rĂŽles des Germont, pĂšre et fils.

 

 

 

 

 

Sensible Traviata de Diana

 

La Traviata de Diana. Elle, diva musicienne jusqu’au bout des ongles, sidĂšre par la sincĂ©ritĂ© de son jeu, l’intensitĂ© d’un chant qui soigne surtout la ligne et le galbe dramatique, la vĂ©ritĂ© de l’intonation
 plutĂŽt que l’articulation prĂ©cise de la langue. L’énonciation reste souvent confuse voire brumeuse, mais l’ampleur du souffle, les couleurs, et les intentions sont justes. Au I, la diva incarne la courtisane parisienne usĂ©e mais terrassĂ©e par l’amour qui frappe Ă  sa porte (E Strano). Au II, la femme amoureuse bientĂŽt sacrifiĂ©e resplendit par son sens de la dignitĂ© contenue ; enfin au III, Violetta rattrapĂ©e par la maladie, exprime le dernier souffle de la pĂ©cheresse finalement sanctifiĂ© (son dernier sursaut vĂ©ritable rĂ©surrection de son innocence perdue
), Diana Damrau maĂźtrise l’architecte du rĂŽle sensible tragique qui s’achĂšve par sa mort en grande sacrifiĂ©e terrassĂ©e. Une incarnation qui profite Ă©videmment Ă  Paris, de sa performance prĂ©cĂ©dente Ă  La Scala de Milan pour son ouverture en dĂ©cembre 2013.

Face Ă  elle, le tĂ©nor sarde Francesco Demuro peine souvent dans un chant moins articulĂ©, moins abouti dramatiquement, un style lisse qui n’entend rien Ă  ce qu’il dit : oĂč est le texte ? Dommage. Face aux jeunes, le Germont de Ludovic TĂ©zier s’impose lĂ  encore par la force souple du chant, un modĂšle de jaillissement intense et poĂ©tiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, Ă©tonnant wagnĂ©rien, Philippe Jordan, semblait dĂ©possĂ©dĂ© de ses moyens sans la conduite de son pilote prĂ©fĂ©rĂ©. Le chef Francesco I. Campia a la baguette dure, les fortissimo faciles voire systĂ©matique, une absence de finesse qui nuit terriblement Ă  ce chambrisme articulĂ© qui fait les Verdi rĂ©ussis.

RĂ©serve. La rĂ©alisation vidĂ©o fait grincer des dents : on a bien compris que la camĂ©ra Ă  l’épaule pouvait fixer le plan placĂ© derriĂšre la spectatrice au cou bien galbĂ© pour exprimer le point de vue du spectateur en cours de spectacle. L’idĂ©e sur le papier pouvait ĂȘtre intĂ©ressante mais dans la continuitĂ© du film, devient systĂ©matique et constamment tremblĂ©e, suscite d’inĂ©vitable rĂ©serve. D’ailleurs d’autres sĂ©quences filmĂ©es Ă  l’épaule et focusant sur certains protagonistes dont Diana Damrau prĂ©cisĂ©ment, gĂąchent aussi la lecture par un manque de stabilitĂ© ou des mouvements de camĂ©ra qui ailleurs passeraient pour des fautes de dĂ©butants. Pas facile de filmer l’opĂ©ra sans tomber dans la caricature plan plan ou dĂ©lirante comme ici


Non obstant la faible tenue du tĂ©nor, du chef, la Traviata de Diana conserve toute son irrĂ©sistible sĂ©duction. Lire aussi notre compte rendu de La Traviata par Diana Damrau en juin 2014 Ă  l’OpĂ©ra Bastille. 

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Francesco Ivan Ciampa, direction. EnregistrĂ© en 7 juin 2014, Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris. 1 dvd Erato 0825646166503.

 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

martinon jean the late years 1968-1975 reviex presentation account of comptre rendu critique classiquenews cd coffret 14 cd erato warnerclassics2564615497CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015. Erato Ă©dite les archives lĂ©gendaires contenant le testament artistique du chef Jean Martinon (1910-1976), baguette gĂ©nialement dĂ©taillĂ©e et d’une transparence idĂ©ale qui a fait vibrer et palpiter comme peu avant lui, les joyaux du symphonisme français, ceux signĂ©s Albert Roussel en particulier (le chef qui Ă©tait aussi compositeur a Ă©tudiĂ© la composition avec Roussel justement, d’oĂč sa profonde admiration / connaissance de l’Ă©criture rousselienne). Directeur musical du National de France de 1969 Ă  1973, Martinon enregistre plusieurs sommets orchestraux qui aujourd’hui rĂ©vĂšlent l’acuitĂ© incandescente de son geste… D’ailleurs les 3 premiers cd abordent ballets et Symphonies de Roussel, transfigurĂ©s par une direction exemplaire en tout point. Un accomplissement rare qui demeure une rĂ©alisation mythique (et qui fait donc l’attrait particulier du coffret ERATO 2015).

A la tĂȘte de l’Ortf, le chef français rĂ©alise un cycle d’enregistrements miraculeux

Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz…

Jean Martinon, habité par la grùce

 

CLIC_macaron_2014La direction de Martinon profite de son activitĂ© de compositeur (comme un Boulez aussi) : trĂ©pidation rythmique, puissance Ă©motionnelle, souffle Ă©pique, d’une prĂ©cision analytique et surtout d’un intensitĂ© poĂ©tique qui porte l’ivresse et l’extase d’Ariane dans les bras du Bacchus danseur (6), vĂ©ritable agent de la transe et de la mĂ©tamorphose qui conduit l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e Ă  sublimer son destin, de tragique, bientĂŽt miraculeusement sauvĂ©e. L’Ă©lĂšve de Munch, Ă  qui l’Orchestre de Chicago propose la succession de Reiner, apporte Ă  Paris (il Ă©tait aussi violoniste), sa grande sensibilitĂ© et son expĂ©rience affĂ»tĂ©e des partitions.
Le rĂ©veil d’Ariane est un morceau d’anthologie de toute la littĂ©rature symphonique française, portĂ© par un Roussel au sommet de sa sensibilitĂ©. L’activitĂ© de l’orchestre, le dĂ©tail instrumental, le geste millimĂ©trĂ© et riche de mille nuances du chef français accrĂ©ditent a trĂšs haute valeur de ce coffret dans sa globalitĂ© : jamais la matiĂšre orchestrale ciselĂ©e avec autant de raffinement et de subtilitĂ© dramatique n’aura Ă  ce point exprimer l’incandescente progression de l’action : transformation de l’endormie en nouvelle Ăąme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e grĂące Ă  la magie de l’amour et d’une rencontre imprĂ©vue. Le 10 tire des larmes : baiser des deux amants ressuscitĂ©s oĂč le chant de l’orchestre atteint un sommet d’extase langoureuse oĂč rĂšgne surtout le geste filigranĂ© d’un maĂźtre maestro. Ne serait-ce que pour son legs Roussel, sublimĂ© par une connaissance miraculeuse, le coffret mĂ©rite le meilleur accueil : un corpus Ă  Ă©couter d’urgence par tous les mĂ©lomanes. A la tĂȘte de l’orchestre national de l’ORTF, en 1969 (Bacchus et Ariane, Suites 1 et 2 enchaĂźnĂ©es) puis en 1971 pour Le Festin de l’AraignĂ©e (autre splendeur absolue et de surcroĂźt lecture du ballet intĂ©grale), Jean Martinon se montre d’une prodigieuse activitĂ©, dramatique et poĂ©tique d’une grĂące irrĂ©sistible. L’ivresse et l’analyse opĂšrent une mĂȘme alchimie superlative pour les Symphonies 2 opus 23 et n°3 opus 42 avec le mĂȘme orchestre en 1969 et 1970 (cd2). Quand le cd3, offre le trop rare mais exceptionnel ballet Aeneas opus 54 sur le livret de Joseph Weterings, 13 Ă©pisodes d’une maturitĂ© poĂ©tique identique, (mĂȘme orchestre pilotĂ© en dĂ©cembre 1969 avec choeur) : caresse Ă©perdue des violoncelles, chambrisme scintillant des bois et des cuivres… Martinon produit une leçon de direction habitĂ©e, filigranĂ©e lĂ  encore oĂč le chant naturel des instruments exprime au plus juste le dĂ©voilement des sentiments secrets, l’activitĂ© de la psychĂ© qui tire les ficelles du destin d’EnĂ©e et de Didon.

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencAutre rĂ©vĂ©lation et sommet de l’interprĂ©tation des annĂ©es 1968 : la Symphonie en rĂ© de Franck (avec la national de l’Ortf toujours) dont Martinon dĂšs le dĂ©but (lento) faire resplendir une sonoritĂ© lugubre et cosmique, pleine de mystĂšre et de souffle Ă©pique, oĂč passe le grand frisson wagnĂ©rien : voilĂ  ce fameux wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ© spĂ©cifiquement par Franck et qui le diffuse avec cette Ă©lĂ©gance et cette pudeur tragique Ă  la fin du XIXĂš en France (la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck est crĂ©Ă©e en 1889). A Martinon qui fut aussi un grand MalhĂ©rien (comme Bernstein Ă  la suite de Walter), revient le mĂ©rite de nous faire entendre la gravitĂ© fantastique d’une partition dont il rĂ©tablit les justes proportions, et comme la vibration souterraine de sa gĂ©ographie tectonique, les dimensions chthoniennes, enfouies enfin rĂ©vĂ©lĂ©es, Ă  la fois colossales et intimes, d’une spiritualitĂ© qui se rĂ©vĂšle dans le second mouvement (allegretto, Ă  la fois andante et scherzo : fusion gĂ©niale) : Ă  travers des tempos ralentis, Ă©tirĂ©s mais suspendus et profonds… quelle comprĂ©hension supĂ©rieure, quel chatoiement orchestral. La baguette est acĂ©rĂ©e et vive, et tout autant brumeuse et Ă©nigmatique. Du trĂšs grand art. MĂȘme accomplissement pour la Symphonie en ut de Paul Dukas, autre Ă©blouissement sonore, profond et subtilement Ă©noncĂ© (1972). CrĂ©Ă© en 1897, Dukas prolonge les expĂ©riences dans le domaine de Saint-SaĂ«ns, Lalo, D’Indy, Franck, Chausson… C’est donc la lecture d’un jalon rĂ©capitulatif et comme synthĂ©tique de toute la tradition symphonique romantique française que rĂ©ussit Martinon.  Le maestro parvient malgrĂ© l’ampleur parfois colossal de l’effectif et de la matiĂšre sonore, Ă  prĂ©server toujours clartĂ©, transparence, jouant sur le voile irrĂ©mĂ©diablement dĂ©pressif des cordes. La rĂ©vĂ©lation vient aussi de l’ouverture Polyeucte que sa perfection structurelle et son souffle dramatique oriente vers la forme d’un poĂšme symphonique de prĂšs de 16mn. ElĂ©gantissime et profond, Martinon fait surgir Ă  travers les influences du jeune Dukas (26 ans), celles de Wagner et de Franck, un tempĂ©rament hors du commun pour le dramatise vĂ©nĂ©neux, empoisonnĂ© par les brumes inquiĂ©tantes, plongeant dans une psychĂ© tourmentĂ©e et profondĂ©ment tragique. L’Ă©clat mordorĂ© noir voire solennel de Dukas d’un caractĂšre mĂ©ditatif (l’harmonie des bassons doublĂ©e par le cor anglais) Ă©tend ses formidables vertiges suspendus repris aux cordes et aux cuivres. Le geste fluide, aux rĂ©sonances vĂ©nĂ©neuse affirme l’affinitĂ© manifeste du chef avec les derniers romantiques hexagonaux, prodigieux auteurs Ă  l’Ă©poque de Wagner et de Franck. Polyeucte dĂ©vorĂ© intĂ©rieurement entre son amour pour Pauline et sa foi de chrĂ©tien responsable, a tout du hĂ©ros embrasĂ© cornĂ©lien. Crispations ultimes, dĂ©chirements et dĂ©flagration du destin contraire, laissent enfin dans la derniĂšre partie, le flux impĂ©tueux suspendu, rĂ©dempteur de la harpe, Ă  l’image de la Symphonie en rĂ© de Franck (1889, modĂšle absolu). La partition crĂ©Ă©e en 1892 est un chef d’oeuvre mĂ©connu que Martinon avait dĂ©jĂ  compris comme personne.

 

L’acuitĂ© du symphonisme romantique et postromantique de Martinon trouve ici d’autres jalons incontournables : La PĂ©ri du mĂȘme Dukas (1971), La tragĂ©die de SalomĂ© de Schmitt opus 50 (1972), une saisissante Fantastique de Berlioz suivie de son volet complĂ©mentaire et nĂ©cessaire LĂ©lio ou le retour Ă  la vie (1972 et 1973), la Symphonie espagnole de Lalo opus 21 avec l’excellent Oistrakh (avec le Philharmonia Orchestra, Londres 1954). Autre must absolu. Les bĂ©nĂ©fices du coffret sont inestimables. Mais il y aurait tant d’autres splendeurs Ă  souligner dans ce coffret majeur : le PoĂšme de Chausson avec Perlman (1970), la Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (Marie-Claire Alain, 1970, comme celle de Franck d’un souffle hallucinant), Cydalise de PiernĂ© de 1970, et Pacific 231 d’Honegger (1971), Les Escales d’Ibert (1974), la Symphonie n°4 de Schumann (avec l’orchestre mondial des jeunesses musicales, 1975), le ballet intĂ©gral El sombrero de tres picos de Falla (live de 1972)…

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueVoilĂ  un nouveau coffret qui complĂšte heureusement le coffret prĂ©cĂ©dent Ă©ditĂ© par Sony classical dĂ©diĂ© Ă  l’Ɠuvre de Martinon Ă  la tĂȘte du Chicago Symphony Orchestra (10 cd RCA, entre 1964 et 1969) soit juste avant les accomplissement Roussel avec l’Ortf. C’est peu dire que Martinon rĂ©alise Ă  Chicago une travail Ă©blouissant que son successeur Solti saura cultiver et faire fructifier… De l’un Ă  l’autre, s’affirme une mĂȘme direction ciselĂ©e, d’une profondeur et d’une subtilitĂ© qui laissent sans voix. Jean Martinon est bien un immense chef français Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

CLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. Collection ICON. CLIC de classiquenews de septembre 2015

CD, coffret compte rendu critique. Igor Markevitch : the complete EMi recordings, 18 cd Erato

markevitch igor the complete recordings ERATO ICON cd review presentation compte rendu critique classiquenews septembre 2015CD, coffret compte rendu critique. Igor Markevitch : the complete EMi recordings, 18 cd Erato. Igor Markevitchn nĂ© en 1912, exact contemporain de Celibidache, fut d’abord un compositeur puis un chef d’orchestre.  L’un des apports du coffret reste l’enregistrement par le chef lui-mĂȘme de son ballet L’envol d’Icare, prise mono belge de 1938, d’une coupe affĂ»tĂ©e, mordante, comme son visage aux arĂȘtes vives et pĂ©nĂ©trantes : un clair manifeste d’une froide prĂ©cision quasi chirurgicale. D’origine russe, Markevitch est formĂ© Ă  Paris par Alfred Cortot et Nadia Boulanger. PassionnĂ© par la musique de son temps, il dirigea pour la premiĂšre fois Ă  l’ñge de 18 ans et connut une carriĂšre Ă©blouissante qui conduisit le producteur d’Emi Walter Legge Ă  lui proposer d’enregistrer pour la firme britannique dĂšs 1949. D’un scrupule acĂ©rĂ© voire incisif (prĂ©figurant ainsi un certain Solti), esthĂ©tiquement marquĂ© par la tendance postmodernisme nĂ©oclassique plutĂŽt rĂ©aliste, en rien lyrique et romantique, Markevitch travailleur acharnĂ© et grand connaisseur des partitions, affirme un style prĂ©cis, plus rythmique qu’hĂ©doniste, Ă©cartant tout pathos, d’une rare intensitĂ© expressive cependant. Sa clartĂ© analytique excelle dans Stravinsky dont il fut le fier et irrĂ©prochable dĂ©fenseur du Sacre (d’oĂč pas moins de 2 versions ici, avec le Philharmonia orchestra en 1950 et 1959).

Chef surtout symphonique, Markevitch laisse nĂ©anmoins deux opĂ©ras en version intĂ©gral : une passionnante Vie pour le Tsar, l’opĂ©ra patriotique en quatre actes de Glinka (avec Lamoureux en 1957, rĂ©unissant une distribution quasi idĂ©ale : Boris Christoff, Teresa Stich-Randall, Nicolai Gedda
) et dans un tout autre registre, avec l’Orchestre Lamoureux toujours, La PĂ©richole d’Offenbach, toute en verve en 1958 (avec Suzanne Lafaye dans le rĂŽle titre).

markevitch igor maestro chef orchestre classiquenews presentation review account of compte rendu critique cd dossier igor markevitchLe coffret de 18 cd regroupe les enregistrements rĂ©alisĂ©s pour EMI entre 1949 et 1969 : soit 20 ans d’une carriĂšre pilotĂ© avec une rigueur volcanique, un appĂ©tit musical menĂ© tambour battant (il ne devait jamais rester plus de 2 ou 3 ans, sauf exception au mĂȘme poste : mais sa direction pĂ©dagogique a laissĂ© partout une trace mĂ©morable). Ici, Markevitch conduit dans les annĂ©es 1950, les orchestre français : « National de la Radiodiffusion française » (1954-1956), Lamoureux (1957-1958), Orchestre de Paris (1969), surtout le Philharmonia Orchestra (1950-1959) en contrat exclusif avec Emi et Legge (curieux, audacieux, moderne, c’est Ă  dire favorisant les crĂ©ations et les Ɠuvres du XXĂš siĂšcle, le goĂ»t de Markevitch couvre ici les rĂ©pertoires baroque, classique, romantique et du 20e siĂšcle (dont par exemple Prokofiev ou Britten).  De nombreux inĂ©dits font de ce coffret un corpus de premiĂšre importance, pour amateurs et connaisseurs : les ouvertures de Verdi (Londres, 1949-1951), Carnaval des Animaux de Saint-SaĂ«ns (Londres, 1954 avec GĂ©za Anda et BĂ©la Silki) ; Pierre et le loup de Prokofiev (1950), Young Person’s Guide to the Orchestra (1954) de Britten ; Romeo et Juliette de Tchaikovsky (1954); une Nuit sur le mont chauve de Moussorgski (Paris, 1954) ; les Danses Polovtsiennes de Borodine (Paris, 1954) ; Concerto Grosso de Haendel (Orchestre Sainte CĂ©cile de Rome, 1950); et aussi les Variations sur un thĂšme de Haydn de Brahms (Londres, 1951)


Son ascendance russe explique sa dĂ©fĂ©rence pour les auteurs russes : Tchaikovsky, Moussorgski, Borodine, Glinka, mais aussi Prokofiev et Chostakovitch (Symphonie n°1, Paris 1955), sans omettre le plus vĂ©nĂ©rĂ©, Stravinsky (les deux Sacres, Suite n°2,  Divertimento, surtout Pulcinella, suite d’aprĂšs Pergolesi (Paris, 1954)
 Parfois Ă©lectrique, souvent expressive jusqu’à l’incandescence, la direction de Markevitch foudroie, captive par ses audaces, la prĂ©cision du trait et la dĂ©termination stylistique. Legs inestimable.

CD, coffret compte rendu critique. Igor Markevitch : the complete EMi recordings, 18 cd Erato

CD, compte rendu critique. Joyce & Tony : Joyce DiDonato, mezzo-soprano et Antonio Pappano, piano (1 cd Erato 2014)

joyce-tony-didonato-pappano-recital-live-at-wigmore-hall-septembre-2014-2-cd-ERATO-cd-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWSCD, compte rendu critique. Joyce & Tony : Joyce DiDonato, mezzo-soprano et Antonio Pappano, piano (1 cd Erato 2014). Erato nous lĂšgue un superbe programme nĂ© de l’entente artistique entre une diva et un pianiste prĂȘts Ă  toutes les nuances… D’abord, la diva amĂ©ricaine s’impose en dĂ©but de rĂ©cital dans un long monologue, enrichi de traits pianistiques ciselĂ©s il est vrai (tout l’art du Pappano complice se dĂ©voile dĂšs le dĂ©but), qui redevable de l’esthĂ©tique raffinĂ©e des LumiĂšres, met en avant son style de belcantiste affĂ»tĂ©e… Haydn, admirablement dĂ©fendu ici, se plaĂźt Ă  dĂ©tailler chaque saillie intĂ©rieure de l’hĂ©roĂŻne, son Ariane palpite continĂ»ment : du pardon Ă  la rage, car ici malgrĂ© le dĂ©sir d’oubli, l’abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e, figure de l’amoureuse dĂ©munie et trahie,ne peut Ă©carter la brĂ»lure de l’abandon ni la morsure de la trahison. Un cƓur blessĂ© qui n’arrive pas Ă  maĂźtriser sa haine irrĂ©pressible… La cantate de 1789, que Haydn prit soin encore de jouer lors de sa tournĂ©e Ă  Londres, semble rĂ©sumer toutes les passions du coeur humain.
Louons surtout les accents maitrisĂ©s d’une rĂągeuse expressivitĂ© linguistique : toutes les nuances d’un cƓur trahi s’y succĂšdent : invectivant, languissant, et bientĂŽt murmurant au souvenir des effusions passĂ©es et perdues, enfin l’appel Ă  la paix intĂ©rieure et surtout le poison de l’aigreur outragĂ©e qui en fin de cantate (presque 20mn quand mĂȘme!), emporte la fin de l’Ă©pisode. La longueur du souffle, la justesse contrĂŽlĂ©e de l’Ă©mission, l’Ă©clat des nuances vocales et l’articulation sont splendides.

La facĂ©tie des Rossini fait un heureux contraste: BeltĂ  crudele (1821) en particulier fait surgir en filigrane, cet humour parodique propre au compositeur italien romantique. La riche palette expressive de la mezzo l’aborde avec un feu et une passion, d’autant mieux chauffĂ©s par la cantate de Haydn. La rĂ©vĂ©lation vient des chants du soir (1908) du napolitain Santoliquido dont le style se rapproche par son expressivitĂ© linguistique des vĂ©ristes italiens :  surtout son inspiration mĂ©lodique si ardente et passionnĂ©e se rĂ©vĂšle …. finement puccinnienne. A croire que le compositeur passe en revue en offrant leur profil le plus intense, chaque hĂ©roĂŻne qu’a portraiturĂ©e Puccini : Tosca, Mimi, Cio Cio San semblent paraĂźtre dans l’incarnation palpitante toujours proche du texte qu’en offre la diva du Kansas. La couleur tragique, filigranĂ©e par le ruban embrasĂ© de Joyce, fait merveille dans la derniĂšre mĂ©lodie parfois extatique souvent Ă©chevelĂ©e signĂ©e De Curtis (Non ti scordar di me), priĂšre amoureuse radicale, dont la diva habitĂ©e laisse un tĂ©moignage hallucinĂ©, d’une ivresse enchantĂ©e.

C’est un prĂ©lude dramatique idĂ©al pour la seconde partie du rĂ©cital qui regroupe des songs du Nouveau Monde, si proche  par leur jeu expressif des airs et mĂ©lodies d’opĂ©ras initialement abordĂ©s. La chanteuse y dĂ©ploie une rĂ©elle habiletĂ© sensible, en diseuse autant qu’en actrice, et dans l’amĂ©ricain, fait Ă©tinceler comme dans l’italien, les mille nuances d’un cƓur touchĂ©, ivre, parfois facĂ©tieux (Kern : Life upon the wicked stage) ou parodique : mais Ă  travers les 14 chansons qui empruntent pour beaucoup Ă  la fantaisie dĂ©lirante de Broadway, c’est l’art de la tragĂ©dienne et de l’amoureuse enchantĂ©e, enivrĂ©e qui surgit et s’affirme d’Ă©pisode en sĂ©quence, vrais opĂ©ras en miniature. La DiDonato sait incarner et nuancer un personnage avec une vibration remarquable, y compris dans sa variation brĂ©silienne (Food for Thought de Villa-Lobos ; extrait de sa Magdalena de 1948)… 3 “encore”/bis confirment cette rage expressive subtilement contrĂŽlĂ©e : chacun standard cĂ©lĂ©brissime, My funny Valentine de Rodgers et Hart de 1937, All the things you are d’Hammerstein de 1939 (et qui marqua les adieux de Kern Ă  Broadway), I love a piano d’Irving Berlin (1915 : clin d’Ɠil Ă  peine voilĂ© au pianiste en parfaite entente) sans omettre l’enchanteur Over the rainbow, l’Ă©ternelle priĂšre Ă©crite pour Le Magicien d’Oz de 1939. La sensibilitĂ© palpitante de la cantatrice rĂ©gale son auditoire dans ce live londonien des 6 et 8 septembre 2014, oĂč se dĂ©voile une complicitĂ© rare avec le Pappano pianiste.

CD, compte rendu critique. Joyce & Tony : Live at Wigmore Hall. Joyce DiDonato, mezzo-soprano et Antonio Pappano, piano. Haydn, Rossini, Santoliquido. Foster, Kern, Berlin, Villa-Lobos, Rodgers, Nelson, Dougherty… RĂ©cital live enregistrĂ© au Wigmore Hall de Londres, les 6 et 8 septembre 2014. 2 cd Erato 0825646 107896.

CD, compte rendu. Maurice Ravel. Daphnis et Chloé (Philippe Jordan, 1 cd Erato 2014)

RAVEL daphnis et chloe raveldaphnisjordanCD, compte rendu. Maurice Ravel. Daphnis et ChloĂ© (Philippe Jordan, 1 cd Erato 2014). C’est un superbe accomplissement qui outre sa pleine rĂ©ussite dans les Ă©quilibres si tĂ©nus chez Ravel, confirme les affinitĂ©s indiscutables de Philippe Jordan avec la musique française. Le choix du programme reste trĂšs pertinent car il apporte une lecture enfin nouvelle sur Daphnis et ChloĂ©, ne serait-ce que par la prĂ©sence « rectifiĂ©e » des voix chorales, Ă©lĂ©ments essentiel ici quand il est souvent relĂ©guĂ© (Ă  tort) dans d’autres versions
 Le chƓur (opportunĂ©ment trĂšs prĂ©sent dans la prise de cet enregistrement parisien de 2014) apporte cette couleur vocale imprĂ©cise et flottante (il ne dit rien de prĂ©cis ou ne participe pas linguistiquement Ă  l’action), emblĂšme de ce nĂ©oclassicisme dont rĂȘvait Ravel. Mais que Diaghilev sut Ă©carter lors d’une reprise londonienne en 1914, goĂ»t ou Ă©conomie oblige ?

La subtilitĂ© de la partition ravĂ©lienne grandit dans cette restitution sonore oĂč les instruments pĂšsent autant que les voix. La rĂ©cente production du Roi Arthus de Chausson, rĂ©vĂ©lĂ©e dans sa parure orchestrale l’a dĂ©montrĂ© Ă  l’OpĂ©ra Bastille : Philippe Jordan sait faire chanter et parler l’orchestre parisien avec une finesse de ton rare, qui l’inscrit dans le sillon de son pĂšre, Armin. Ecoute intĂ©rieure, Ă©quilibre des pupitres, lisibilitĂ© et voile gĂ©nĂ©rique, hĂ©donisme et motricitĂ©, le chef actuel directeur musical de la Maison parisienne cisĂšle et sculpte avec autant de tact que de puissance, rĂ©vĂ©lant comme personne avant lui, – de notre propre expĂ©rience rĂ©cente, le Wagner de TannhaĂŒser ou surtout du Ring. Chambrisme et rugositĂ© vĂ©hĂ©mente d’un orchestre qui est devenu son complice. Le travail et l’entente s’écoutent ici, au service d’un Ravel Ă  la fois sensuel et impressionniste, antiquisant et onirique au delĂ  de toute imagination. La baguette Ă©claire l’oeuvre en la rendant non Ă  son raffinement prĂ©cieux mais Ă  sa sobriĂ©tĂ© enchanteresse.

Daphnis et ChloĂ© Ă©tincelle d’intelligence et d’accomplissement imprĂ©vus oubliĂ©s : une sĂ©rie de rĂ©vĂ©lation sonore en cascade grĂące Ă  la baguette enchantĂ©e du chef suisse.  La Valse surenchĂ©rit dans le registre de la sensualitĂ© instrumentale ; elle s’élĂšve encore d’une marche pour atteindre cette lascivitĂ© impudique, osant des oeillades Ă  peine voilĂ©es pour une extase enfiĂ©vrĂ©e proprement irrĂ©sistible. D’un paganisme franc et mouvant, Philippe Jordan, Ă  la fois caressant, suggestif, nerveux, fait Ă©merger les mĂ©lodies les unes aprĂšs les autres avec un sens innĂ© de la sĂ©duction comme de la continuitĂ© organique (pour ne pas dire charnelle). Cette version n’aurait pas dĂ©plu Ă  BĂ©jart pour sa chorĂ©graphie, s’il l’avait connue. Magistral. Paris a la chance de bĂ©nĂ©ficier d’un chef d’une telle maturitĂ© raffinĂ©e. Et si l’Orchestre national de Paris Ă©tait le meilleur orchestre Ă  Paris ?

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu. Maurice Ravel. Daphnis et ChloĂ© (Ballet en un acte, crĂ©Ă© le 29 mai 1913), La Valse (PoĂšme chorĂ©graphique, crĂ©Ă© le 12 dĂ©cembre 1920). Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd Erato 0825646166848, 1h08mn. EnregistrĂ© Ă  Paris en octobre 2014.

DVD, compte rendu critique. Mozart : La Finta Giardiniera (HaĂŻm, 2014)

mozart-finta-giardiniera-dvd-erato-mozart-haim-morley-chapuis-allemano-2-dvd-critique-compte-rendu-classiquenewsDVD, compte rendu critique. Mozart : La Finta Giardiniera (HaĂŻm, 2014). PrĂ©sentĂ©e en mars 2014 Ă  Lille, la production mise en scĂšne par David Lescot rĂ©vĂšle en format dvd son intelligence dramaturgique comme sa fine direction d’acteurs. Chez Mozart, la subtilitĂ© du bouffa joue avec les vertiges amĂšres nĂ©s de la dĂ©ception amoureuse : on peine Ă  mesurer la maturitĂ© poĂ©tique et la profondeur expressive de cette fausse jardiniĂšre Violante rebaptisĂ©e Sandrina qu’un passĂ© chargĂ©, rend trĂšs humaine donc touchante. Le sujet sous ses accents comiques cible prĂ©cisĂ©ment la fragilitĂ© des coeurs et le danger des faux serments quand il engage les sentiments des ĂȘtres au-delĂ  de leur apparente maĂźtrise… Cette Ă©cole du coeur, cynisme et ivresse mĂȘlĂ©s, fera les dĂ©lices de Cosi fan tutte. Mais dans La Finta Giardiniera, Wolfgang mĂȘme jeune, est dĂ©jĂ  Mozart et la grĂące souvent grave de son Ă©criture est bel et bien prĂ©sente ici. Le drame qui sourd dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences, la vĂ©ritĂ© des sentiments plutĂŽt que des types formatĂ©s, fait du thĂ©Ăątre mozartien, une scĂšne dĂ©jĂ  romantique.
Tout cela paraĂźt dans cette production oĂč la cohĂ©rence des chanteurs acteurs, leurs aptitudes Ă  jouer autant qu’Ă  chanter font toute la valeur de la performance. L’opĂ©ra est la fusion du thĂ©Ăątre et de la musique et la vision gĂ©nĂ©ratrice de ce plaisant plateau le dĂ©voile avec naturel et subtilitĂ©. La tempĂȘte qui affleure chaque destinĂ©e personnelle plonge dans l’intimitĂ© des ĂȘtres : le travail des acteurs rend explicite une comprĂ©hension trĂšs nuancĂ©e et juste de l’amour, ce que la musique de Mozart exprime avec le gĂ©nie que l’on sait. Le dĂ©lire certes mais aussi la folie et la dĂ©raison puissante et destructrice qui infĂ©ode les individus : Mozart acclimate aprĂšs Haendel, la tragĂ©die amoureuse d’aprĂšs L’Arioste, mais avec les accents sincĂšres de son style inimitable. Bien sĂ»r en fin de parcours, Sandrina Violante (Erin Morley) retrouve Belfiore (Enea Scala, vrai tĂ©nor agile) mais avant leurs retrouvailles, c’est toute une gĂ©ographie des coeurs (avec le coup de thĂ©Ăątre Ă  la fin du II) oĂč les ĂȘtres se rĂ©vĂšlent et se dĂ©voilent Ă  eux-mĂȘmes et aux autres qui transporte et emporte les couples destinĂ©s Ă  s’unir finalement autour des deux protagonistes : Arminda (Marie-Adeline Henry, maĂźtresse dominatrice) et Ramiro (effervescente Marie-Calude Chappuis), Serpetta (Maria Savastano, un rien elle aussi agitĂ©e) et Nardo / Roberto (Nicolay Borchev, flexible et sombre)… Seul le podestat (pĂ©tillant et subtil Carlo allemano) reste cĂ©libataire mais il jure de se marier trĂšs vite avec une jardiniĂšre aussi avenante…
InspirĂ©e par la tenue scĂ©nique et les trouvailles trĂšs justes du metteur en scĂšne, la direction d’Emmanelle HaĂŻm semble revitalisĂ©e dans la finesse comme l’expressivitĂ©. PoĂ©sie, justesse, humanitĂ© sensible et collectif idĂ©alement canalisĂ© : que demander de mieux ? C’est Mozart qui gagne ici et son opĂ©ra de jeunesse injustement sousestimĂ©, est trĂšs honorablement rĂ©habilitĂ©. CLIC de classiquenews de juin 2015.

CLIC D'OR macaron 200DVD, compte rendu critique. Mozart : La Finta Giardiniera. Erin Morley, Carlo allemano, Enea Scala, marie-Adeline Henry, Maria Savastano. Le Concert d’AstrĂ©e. Emmanuelle HaĂŻm, direction. David Lescot, mise en scĂšne 2 dvd Erato 08256 461664 5 9. EnregitrĂ© Ă  Lille en mars 2014.

DVD. Compte rendu critique. Michel Legrand : Les parapluies de Cherbourg (1 dvd Erato, 2014).

DVD. Compte rendu critique. Michel Legrand : Les parapluies de Cherbourg (1 dvd Erato, 2014). C’est l’un des apports les plus rĂ©ussis de la politique rĂ©cente du ChĂątelet en faveur de la comĂ©die musicale… hexagonale. Il s’agit cette fois non pas d’un Ă©niĂšme spectacle de Sondheim, gĂ©nie contemporain, vĂ©ritable hĂ©ritier de Broadway, mais bien du français Michel Legrand, compositeur lĂ©gendaire pour  le fameux film de Jacques Demy de 1964, Ă  l’esthĂ©tique si fouillĂ©e.

Demy legrand les parapluies de cherboug dvd erato dessay naouri marie oppert dvd erato critique classiquenews 0825646117628AdaptĂ©e par Vincent Vittoz, avec Michel Legrand comme chef dorchestre (Ă  la tĂȘte d’un collectif de 75 musiciens), SempĂ© aux dĂ©cors et le jeune talent si juste de la soprano Marie Oppert, Les parapluies de Cherbourg faisaient l’Ă©vĂ©nement au ChĂątelet Ă  Paris en septembre  2014. A Cherbourg, se dĂ©roule la bouleversante histoire d’un jeune couple sĂ©parĂ© par la guerre d’AlgĂ©rie,  ici recrĂ©Ă©e en version symphonique et « mise en espace » Ă  partir du film lĂ©gendaire de Jacques Demy, palme d’or Ă  Cannes en 1964. Le spectacle donnĂ© du 11 au 14 septembre 2014 au ChĂątelet Ă  Paris, avait marquĂ© les esprits. Il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ© Ă  New York et Paris en 1979, Ă  Londres en 2011. En 2014, l’orchestre placĂ© sur scĂšne faisait l’Ă©vĂ©nement exigeant une prĂ©cision et une organisation thĂ©Ăątrale scrupuleusement rĂ©glĂ©es. Les amateurs de Jacques Demy avaient peu apprĂ©ciĂ© l’adaptation des Demoiselles de Rochefort en 2003 par Rheda. Mais avec cette production, rien de tel. Bien au contraire.

parapluies de cherbourg michel legrand dvd critique dans-les-coulisses-des-parapluies-de-cherbourg-au-chatelet,M167248Les connaisseurs retrouvent ainsi le garage oĂč travaille Guy, jeune homme amoureux de la belle GeneviĂšve. Les lyricophiles retrouvent, eux, l’ex diva Natalie Dessay – qui incarne Madame Emery, la mĂšre de l’hĂ©roĂŻne. La chanteuse y occupe ce type de rĂŽles plus jouĂ©s que chantĂ©s convenant mieux Ă  sa voix actuelle car ils exigent moins que les rĂŽles tragiques Ă  l’opĂ©ra. Sur les planches du ChĂątelet, une jeune star du music hall et de la chanson naĂźt  et s’affirme ainsi portĂ© par le drame qui se joue et la direction swinguante en diable de  Michel Legrand: la soprano Marie Oppert. A 17 ans, la jeune femme a dĂ©jĂ  tout d’une grande ; l’Ă©lĂšve de terminale L – remarquĂ©e  dans The Sound of music ou Alice – attise l’attention et retient l’Ă©coute  : son timbre lumineux comme la sincĂ©ritĂ© de son jeu rendent service Ă  l’univers musical de Legrand. En effet, GeneviĂšve gagne ici aprĂšs le film de Demy, une intensitĂ© nouvelle, une vĂ©ritĂ© angĂ©lique absente dans le personnage cinĂ©matographique crĂ©Ă© au grand Ă©cran par la mythique Catherine Deneuve.
Hélas, le partenaire de Marie Oppert, Vincent Niclo (Guy) paraßt bien peu juvénile pour incarner le jeune homme de 20 ans. Et son timbre formaté, manque terriblement de richesse expressive et de couleurs nuancées.

La corde tendue de la tragĂ©die est cependant prĂ©servĂ©e, et du grand Ă©cran Ă  la scĂšne, c’est finalement avec Roland Cassard, diamantaire, que GeneviĂšve se mariera, une fois enceinte de Guy. Le mari de GeneviĂšve est incarnĂ© par le baryton Laurent Naouri qui vient de l’opĂ©ra : il apporte une facette diffĂ©rente au personnage, comparĂ© au film de Demy. Le chanteur assombrit le caractĂšre du futur Ă©poux de Marie : il en fait un sĂ©ducteur intĂ©ressĂ© et aguerri, un rien manipulateur. C’est mieux souligner les possibilitĂ©s qu’offre le scĂ©nario originel et la formidable musique de Michel Legrand, ainsi superbement mise Ă  l’honneur.

DVD. Michel Legrand : Les parapluies de Cherbourg (1 dvd Erato, 2014)

Steffani : Niobe (Gauvin, O’Dette, Stubbs, 3 cd Erato, 2013)

niobe-steffani-agostino-cd-erato-gauvin-paul-o-dette-3-cd-erato-2013CD, compte rendu critique. Steffani : Niobe (Gauvin, O’Dette, Stubbs, 3 cd Erato, 2013). Les initiateurs de cette rĂ©surrection Ă©tonnante (et lĂ©gitime) n’avait pas attendu le coup marketing certes louable de Cecilia Bartoli et son cd Mission (paru Ă  l’automne 2012, avec grand fracas au regard de la couverture volontiers provocatrice : on y voyait la diva romaine tĂȘte rasĂ©e brandissant une croix comme un exorciste…), pour dĂ©voiler la sensualitĂ© aimable et languissante du compositeur Agostino Steffani (mort en 1728), musicien diplomate, ecclĂ©siastique et spĂ©cialiste entre autres, de duos vocaux parmi les plus suaves de la musique europĂ©enne du XVIIIĂš Ă  une Ă©poque qui prĂ©cĂšde les grands accomplissement de Rameau et de Haendel. NĂ© italien, Steffani fait surtout sa carriĂšre en terre germanique, de Cour en Cour (Ă  Munich, Ă  Hanovre…), oĂč s’impose partout le goĂ»t pour la musique italienne. EnregistrĂ© dĂšs novembre 2013 au festival de musique ancienne de Boston, l’opĂ©ra Niobe souligne effectivement le tempĂ©rament hautement dramatique de Steffani, en une langue trĂšs proche de Haendel. L’opĂ©ra crĂ©Ă© en janvier 1688, a dĂ©jĂ  fait l’affiche de Schwetzingen dĂšs 2008, avant Covent Garden en 2010, et donc Boston (Early music festival… en 2013, en version de concert que prolonge cet enregistrement produit par Erato). Inscrit dans l’esthĂ©tique lyrique du plein XVIIĂš (Seicento), Niobe affirme une assimilation Ă©vidente des opĂ©ras vĂ©nitiens (Monteverdi et Cavalli surtout), d’Alessandro Scarlatti, et des ouvrages français lullystes (l’Ă©lĂ©gance majestueuse colorĂ©e de nostalgie suggestive dans les ballets : ballet des soldats au banquet et chaconne finale).

 

 

 

Opéra en premiÚre mondiale

Entre Lully et Haendel : le cynisme sensuel de Steffani

 

CLIC D'OR macaron 200Ardente, fĂ©minine, humaine, et tendre le soprano de Karina Gauvin va idĂ©alement Ă  la souveraine Niobe dont l’arrogance thĂ©benne est Ă©crasĂ©e et violemment punie par les dieux, Artemis et Apollon, les enfants de Latone que Niobe ose outrager dans son propre temple. AngĂ©lique (parfois doucereux) et d’une constante douceur attĂ©nuĂ©e (trop systĂ©matique), Philippe Jaroussky incarne l’Ă©poux de Niobe, Anfione dont la chaleur et l’humanitĂ© se rĂ©vĂšlent dans plusieurs airs impressionnant par leur profondeur et leur justesse poĂ©tique, totalement bouleversant : air des sphĂšres, lamento ultime, tout exprime chez lui une langueur empoisonnĂ©e et ciselĂ©e et d’un rare raffinement : l’ennemi du magicien Poliferno, a depuis longtemps renoncĂ© au pouvoir car il est frappĂ© par une Ă©tonnante lassitude : le rĂŽle est l’un des plus surprenants de l’opĂ©ra baroque de cette fin du Seicento (dommage que Jaroussky attĂ©nue la portĂ©e expressive du personnage par des aigus de plus en plus tirĂ©s et aigres, une ligne vocale et des phrasĂ©s trop limitĂ©s).

 

Propre Ă  l’opĂ©ra vĂ©nitien, les emplois bouffons et dĂ©lirants (JosĂ© Lemos en Nerea) ne sont pas Ă©cartĂ©s, prĂ©sence d’un sentiment satirique sur la vanitĂ© des passions humaines. Le Manto d’Amanda Forsythe (fille de Tiresias, le prĂȘtre aveugle de Latone) se distingue Ă©galement, comme les deux autres haute contres : Terry Wey (CrĂ©onte, l’amoureux transi de Niobe) et le prĂ©citĂ© JosĂ© Lemos, comme les deux tĂ©nors : Aaron Sheehan (le prince Clearte Ă©galement Ă©pris de Niobe) et Colin Balzer (Tiberino, prince sauveur et bientĂŽt Ă©poux de Manto), sans omettre le trĂšs bon Tiresias de Christian Immler. Les couleurs vives et chatoyantes de l’orchestre emmenĂ© par le luthiste Paul O’Dette et son compars Stephen Stubbs (auquel l’on doit tant de superbes programmes du XVIIĂšme italien), le sens des nuances et cet abandon Ă  la sensualitĂ© d’essence vĂ©nitienne offrent ainsi une rĂ©surection de Niobe particuliĂšrement rĂ©ussie.
Ne pensez pas que l’Ă©lĂ©gance de la forme et du style porte une intrigue de simple convention : le drame Ă©pingle la vanitĂ© et l’arrogance (celle de Niobe), antichambre de sa dĂ©chĂ©ance : l’orgueil tue et le pouvoir mĂšne Ă  la folie : telle est la morale de cet opĂ©ra dont la cynisme tragique doit beaucoup d’une certaine façon Ă  la maturitĂ© du thĂ©Ăątre de Monteverdi Ă  Venise. La magie et la folie, le dĂ©lire tragique et fatal que suscite l’exercice du pouvoir comme la puissance (Niobe et Amphion vont jusqu’Ă  se diviniser!)… brosse un portrait rĂ©aliste de la petitesse humaine, sa vaine prĂ©tention, sa folie inextinguible. On est certes Ă©mu par l’humanitĂ© souffrante, nostalgique et sensuelle de Niobe et d’Amphion (finalement des bourreaux sympathiques… comme les Macbeth plus tard chez Verdi), les souverains de la fiĂšre ThĂšbes, mais l’on se dit aussi qu’ils n’ont rien vu venir et qu’ils rĂ©coltent ce qu’ils ont semĂ©. Si l’Ă©criture se montre proche de Lully (sans les chƓurs cependant)), elle rappelle aussi Biber. Steffani, compositeur lettrĂ© et fin diplomate devait connaĂźtre les secrets ambivalents de la nature humaine. Niobe en tĂ©moigne de façon Ă©loquente et somptueuse. Superbe rĂ©vĂ©lation.

 

 

 

AGOSTINO STEFFANI (1654-1728) : ‹Niobe, Regina di Tebe (1688)
Musique de ballet rajoutĂ©e de Melchior d’Ardespin (1643-1717)
Livret de Luigi Orlandi, d’aprĂšs Les MĂ©tamorphoses d’Ovide

Karina Gauvin: Niobe
Philippe Jaroussky: Anfione, Roi de ThĂšbes
Amanda Forsythe: Manto
Christian Immler: Tiresia
Aaron Sheehan: Clearte
Terry Wey: Creonte
Jesse Blumberg: Poliferno
Colin Balzer: Tiberino
José Lemos: Nerea
Boston Early Music Festival Orchestra‹Paul O’Dette & Stephen Stubbs ‹Coffret 3CD ERATO 0825646343546. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Bremen, en novembre 2013.

 

 

 

CD. Haendel : Messiah, Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato)

haendel handel messiah le messie jennens  cd Erato emmnauelle haim 2 cd erato compte rendu critique classiquenewsCD. Haendel : Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato). Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’Ă©lĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’Ă©panouissement… crĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez draamtique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.

De fait, Emmanuelle HaĂŻm semble prendre littĂ©ralement Ă  la lettre le mode poĂ©tique mais statique des Ă©pisodes : la cohĂ©sion et la sonoritĂ© souveraine du choeur, la plĂ©nitude ronde et bondissante du Concert d’AstrĂ©e montrent indiscutablement combien Haendel a trouvĂ© – depuis les pionniers : Christie et Malgoire-, des interprĂštes inspirĂ©s, convaincants ; les solistes de cette version sont diversement impliquĂ©s : le plus engagĂ© et expressif reste la basse Christopher Purves, et aussi le contre tĂ©nor ou alto : Tim Mead (qui faisait aussi la valeur du rĂ©cent programme des Arts Florissants dĂ©diĂ© aux musique haendĂ©liennes pour la Reine Caroline, 1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions). Plus lisse, la vocalitĂ© sans aspĂ©ritĂ©s donc souvent distante de Lucy Crowe, ou l’impassible tĂ©nor Andrew Staples. Pour autant prenons nous bien en compte la progression dramaturgique du cycle scindĂ© en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’Ăąme chrĂ©tienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer a lors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

Contrairement Ă  William Christie son ancien mentor dont elle assurait le continuo, Emmanuelle HaĂŻm s’en tient Ă  un juste milieu, ni trop expressif ni trop neutre ; une voie mĂ©diane, trĂšs (trop?) british et politically correct. D’ailleurs les artisans de cette production (membres du chƓur, solistes et instrumentistes) sont majoritairement britanniques. William Christie a tranchĂ© depuis longtemps : particuliĂšrement soucieux de l’intelligibilitĂ© textuel – le livret de Jennens y gagne un surcroĂźt d’Ă©loquence dramatique-, le directeur fondateur des Arts Florissants sait aussi caractĂ©riser comme peu, l’essence thĂ©Ăątrale de la musique haendĂ©lienne. Car ici, mĂȘme en terres sacrĂ©es, l’opĂ©ra n’est jamais loin d’une sĂ©quence mĂȘme si elle s’identifie constamment Ă  l’oratorio.
Plus dĂ©concertantes chez HaĂŻm… les tournures de fin de phrases et les variations dans la rĂ©solution des ornements, ou la grille flottante et mobile des tempi (chƓur Hallelujah !, plage 21)… ces effets inĂ©dits tournent parfois au maniĂ©risme hors sujet qui contredit l’Ă©lĂ©gance naturelle comme le goĂ»t si Ă©quilibrĂ©, haendĂ©liens.

En final qu’avons nous ? Une sonoritĂ© sĂ©duisante, des solistes appliquĂ©s mais souvent peu habitĂ©s (sauf Mead et Purves), un lĂ©chĂ© oratorien qui reste de bon aloi : la puissante thĂ©ĂątralitĂ© contenue dans la partition de Haendel en sort-elle vraiment gagnante ?

Haendel (1685-1759) : Messiah HWV 56. Lucy Crowe, Tim Mead, Andrew Staples, Christopher Purves, ChƓur et orchestre du Concert d’AstrĂ©e (David Bates, chef de choeur). Emmanuelle HaĂŻm, direction (2 cd Erato RĂ©f. 0825646240555. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lille, en dĂ©cembre 2013).

CD, annonce. La Lucia de Diana Damrau (début février 2015 chez Erato)

2564621901CD, annonce. Diana Damrau chante Lucia di Lammermoor (2 cd Erato Ă  paraĂźtre dĂ©but fĂ©vrier 2015). Sur un fond dĂ©coratif qui cite l’Ecosse baroque de la fin du XVIIĂš, – chĂąteaux dans la brume et fontaine hantĂ©e (2Ăš tableau du I)-, le drame de Lucia prĂ©pare pour la chanteuse qui s’expose un rĂŽle particuliĂšrement Ă©prouvant, qu’elle soit amoureuse enivrĂ©e mais inquiĂšte (Ă  la fin du II pour l’échange des anneaux du serment avec son aimĂ© Edgardo), ou surtout dĂ©truite et humiliĂ©e (fin du II, par le mĂȘme Edgardo qui assiste impuissant mais haineux aux noces de sa fiancĂ©e avec un autre, Arturo). Le III est l’acte de la sublimation des passions : le sacrifice de cette soeur donnĂ©e pour sauver l’honneur et la fortune des Ashton par un frĂšre bien peu avenant (Enrico, le baryton mĂ©chant), inspire Ă  l’hĂ©roĂŻne une scĂšne entre l’horreur et l’inconscience. Lucia qui a tuĂ© ce mari rĂ©cent qu’elle n’aimait pas (Arturo, imposĂ© par son frĂšre) dĂ©ambule en une scĂšne de folie inoubliable
 (2Ăšme tableau du III), avant qu’Edgardo fou de douleur, apprenant la mort de Lucia, se suicide : les amants romantiques Ă  l’opĂ©ra n’ont jamais eu d’issue positive.

Entre la jeune femme encore fiĂšre et combattive surtout enamourĂ©e du II, puis la sacrifiĂ©e devenue criminelle et folle dans le second tableau du III, le soprano tendre et intense de Diana Damrau assure idĂ©alement les dĂ©fis du rĂŽle, l’un des plus difficiles du bel canto prĂ©verdien. En plus de la ligne bellinienne de sa scĂšne de folie, il faut aussi ajouter une dose de rĂ©alisme plus brutal et direct, propre Ă  Donizetti.

EnregistrĂ© sur le vif Ă  Munich en juillet 2013, cette nouvelle version fera date sous la baguette de Jesus LĂłpez-Cobos : aux cĂŽtĂ©s de la bouleversante Diana Damrau (si Ă©poustouflante l’an dernier dans La Traviata Ă  la Scala de Milan, dans la mise en scĂšne du provocateur rebelle Dmitri Tcherniakov), Ludovic TĂ©zier dans le rĂŽle du frĂšre froid et cynique, et de Joseph Caleja dans celui de l’amant hĂ©roĂŻque confirment la haute tenue vocale de cette nouvelle production annoncĂ©e au disque dĂ©but fĂ©vrier 2015. Critique complĂšte du double cd Lucia di Lammermoor de Donizetti par Diana Damrau dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la sortie du coffret.

Gaetano Donizetti : Lucia di Lammermoor. Diana Damrau (Lucia), Ludovic Tézier (Enrico Ashton), Joseph Calleja (Edgardo Di Ravenswood), David Lee (Lord Arturo Bucklaw), Nicolas Testé (Raimondo Bidebent), Marie Mclaughlin (Alisa) & Andrew Lepri Meyer (Normanno). Munchener Opernorchester. Jesus Lopez-Cobos, direction (enregistrement réalisé en juillet 2013 à Munich). 2cd Erato 2564621901.

DVD. Rameau : Hippolyte et Aricie (HaĂŻm, Alexandre, 2012)

rameau-hippolyte-et-aricie-dvd-erato-rameau-alexandre-haimDVD. Rameau : Hippolyte et Aricie (HaĂŻm, Alexandre, 2012). PrĂ©sence des machineries d’Ă©poque, faste des dĂ©cors peints trĂšs architecturĂ©s, Ă  l’identique selon les relevĂ©s d’Ă©poque, statisme Ă©loquent de la gestuelle, placement des figures chanteurs dans un espace souvent rĂ©duit Ă  l’ordonnancement classique tripartite : premiers et seconds plans, lointains… la production de cet Hippolyte entend offrir un Ă©quivalent visuel et scĂ©nique Ă  la restitution historiquement informĂ©e infĂ©odant chant et orchestre. C’est une construction d’abord de l’esprit que viennent colorer et enrichir la souplesse des danseurs et remettre en mouvement les situations des chanteurs tragiques et pathĂ©tiques inscrits dans l’action. La clartĂ© spatiale qui en rĂ©sulte sert Ă©videmment l’exposition baroque du drame et immĂ©diatement la totalitĂ© de la machine ramĂ©lienne saisit par sa cohĂ©rence, son Ă©quilibre, sa richesse Ă©vocatoire et sa puissance … magique. ThĂ©Ăątre de dĂ©passement et d’enchantement, l’opĂ©ra de Rameau d’autant plus fort et signifiant en son premier opus de 1733 – le plus scandaleux aussi-, surgit dans toute sa force scĂ©nographiĂ©e dans son dĂ©ploiement matĂ©riel (jusqu’Ă  Zoroastre, les opĂ©ras de Rameau touchent autant par leur science musicale que leur impact visuel et dĂ©coratif).  La vertu essentielle de cette production demeure la prĂ©sentation de l’ouvrage dans une approche historicisante proche de ses codes originels : l’esthĂ©tique qui en dĂ©coule favorise le fantastique (acte des enfers), l’enchantement et l’onirisme des divertissements dansĂ©s (les plus fascinants et tendres depuis Lully et Campra). VoilĂ  qui change des mise en scĂšnes modernes, trop dĂ©calĂ©es, trop inopĂ©rantes dans le systĂšme lyrique baroque.

A cela s’ajoutent deux donnĂ©es clĂ©s que seul William Christie sait distiller depuis ses dĂ©buts dĂ©fricheurs au service du Baroque avc la complicitĂ© de ses Arts Florissants : son intelligence linguistique et sa tendresse alanguie. Deux dimensions que le plateau ici ne maĂźtrise que rarement exception faite de l’Aricie si dĂ©lectable et Ă©blouissante de prĂ©cision incarnĂ©e d’Anne-Catherine Gillet (qui ose avec succĂšs une immersion dans le XVIIIĂš) et le ThĂ©sĂ©e, virile et juvĂ©nile de StĂ©phane Degout : ardeur tendue mais articulĂ©e plutĂŽt que hĂ©roĂŻsme noble dĂ©jĂ  chenu. Le reste de la distribution déçoit dont la PhĂšdre expressive mais hystĂ©rique et brouillonne de Connelly, comme le prĂ©cieux maniĂ©rĂ© de l’Hippolyte dĂ©cidĂ©ment trop affectĂ© de Lehtipuu. Dans la fosse, Le Concert d’AstrĂ©e plein d’Ă©nergie ne trouve pas les respirations languissantes ni l’Ă©lĂ©gance dĂ©clamĂ©e et naturelle de Bill : pourtant Emmanuelle HaĂŻm ex continuiste des Arts Flo a su prendre le meilleur auprĂšs de la source Christie : son Rameau est vif mais creux, efficace mais dĂ©sincarnĂ©. Le spectacle est cependant total et riche : quand ThĂ©sĂ©e ou Aricie paraissent la mĂ©canique se change en thĂ©Ăątre des passions palpitantes : un must pour les deux solistes.

DVD. Rameau : Hippolyte et Aricie, 1733. Emmanuelle HaĂŻm, direction. I. Alexandre, mise en scĂšne. Avec Anne-Catherine Gillet, StĂ©phane Degout, François Lis, Marc Mauillon, Sarah Connelly, Topi Lehtipuu… Le Concert d’AstrĂ©e. EnregistrĂ© au Palais Garnier en 2012. 1 dvd Erato.

DVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato

poulenc dialogues des carmelites dvd erato py rhorer piau petibon gensDVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013). Le transfert de cette production admirable vocalement et scĂ©niquement est comme sublimĂ© encore par le choix des plans serrĂ©s sur les visages, insistant sur le travail d’acteurs de chaque chanteuse : un approfondissement rare qui se rĂ©vĂšle d’une crĂ©dibilitĂ© cinĂ©matographique rendant cette rĂ©alisation proche d’un long mĂ©trage : la progression de plus en plus tragique jusqu’aux exĂ©cutions finales n’en est que plus haletante. Il est vrai que le plateau vocal rĂ©unit la crĂšme des chanteuses francophones actuelles : Piau (qui n’a certes pas l’Ăąge de Constance mais n’en exprime pas moins sa juvĂ©nilitĂ© fragile et dĂ©sespĂ©rĂ©e), Petibon (d’une criante vĂ©ritĂ© dans le rĂŽle protagoniste de Blanche de la Force, l’aristocrate convertie marchant vers son martyre), enfin Gens (digne et bouleversante Lidoine). Hors sujet, Lehtipuu – outrĂ©, caricatural- et la Prieur de Plowright, vocalement hors style et dĂ©passĂ©. Dommage, car l’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’ensemble s’en trouvent dĂ©sĂ©quilibrĂ©es.  Au service d’un drame scĂ©niquement millimĂ©trĂ©, le chef Rhorer qui a dĂ©posĂ© sa baguette historiquement informĂ©e pour conduire l’opulent Philharmonia Orchestra, trouve la fluiditĂ© et le mordant nĂ©cessaires, une vision elle aussi qui dans la fosse affirme une excellente intelligence expressive.  Sans les erreurs du casting, ce dvd mĂ©ritait Ă©videmment un CLIC de classiquenews. Le duo Piau / Petibon fonctionne Ă  merveille : touchant et bouleversant mĂȘme par leur fragilitĂ© et leur humanitĂ©.

Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato. Sophie Koch (MĂšre Marie de l’Incarnation), Patricia Petibon (Blanche de La Force), VĂ©ronique Gens (Madame Lidoine), Sandrine Piau (Soeur Constance de Saint Denis), Rosalind Plowright (Madame de Croissy), Topi Lehtipuu (Le Chevalier de La Force), Philippe Rouillon (Le Marquis de La Force), Annie Vavrille (MĂšre Jeanne de l’Enfant JĂ©sus), Sophie Pondjiclis (Soeur Mathilde), François Piolino (Le PĂšre confesseur du couvent), JĂ©rĂ©my Duffau (Le premier commissaire), Yuri Kissin (Le second commissaire, un officier) & Matthieu LĂ©croart (Le geĂŽlier). Philharmonia Orchestra & ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. Olivier Py, mise en scĂšne. EnregistrĂ© sur le vif en 2013, Paris, TCE.

DVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013)

maria stuarda joyce di donato ERATO DVD Metropolitan opera new york 2 dvdDVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013). AprĂšs Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opĂ©ratique singuliĂšre, la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1Ăšre, affirme une rĂ©elle maĂźtrise dramatique prĂ©cisĂ©ment dans le profil psychologique des deux hĂ©roĂŻnes,  dessinĂ©es avec un mĂȘme souci de vraisemblance psychologique. Les deux reines sont finement brossĂ©es : Élisabeth souffre de la rivalitĂ© de Marie car elle a failli perdre Ă  cause de la Stuart son cher Robert Leicester (excellent Matthew Polenzani, jamais exubĂ©rant, sachant toujours s’accorder Ă  chacune des deux femmes dans ses duos d’effusion…) ; c’est sur l’insistance de celui-ci pourtant qu’Elisabeth consent Ă  la faveur d’une chasse Ă  revoir celle qu’elle a fait incarcĂ©rĂ©e : dans la mise en scĂšne new yorkaise de janvier 2013, Marie par une astucieuse ouverture des dĂ©cors,  rĂȘve exaltĂ©e de la campagne de sa chĂšre France cependant qu’elle exprime un orgueil blessĂ© dĂ» Ă  l inflexible Reine blanche. Au centre de cette joute fĂ©minine, Donizetti et son librettiste ont placĂ© Leicester, l’aimĂ© d’Elisabeth qui demeure liĂ© Ă  Marie : trio tendu tout au long de l’opĂ©ra, et auquel la musique et l’Ă©criture de leur profil psychologique apporte plutĂŽt doutes et troubles, l’une vis Ă  vis de l’autre (Elisabeth / Marie), l’une vis Ă  vis de l’un (Elisabeth / Leicester).

maria stuarda joyce didonato et elisabeth pendant chasse dvd ERATO donizetti clic de classiquenews septembre 2014On sent dĂšs le dĂ©but que les deux femmes sont de la mĂȘme veine : fiĂšres, dignes mais blessĂ©es …. leurs profils aiguisĂ©s,  subtilement portraiturĂ©s et dĂ©fendues par deux interprĂštes de bout en bout convaincantes laissent prĂ©sager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dĂ©voile de façon inĂ©dite la double face de la reine Marie,  angĂ©lique et colĂ©rique,  amoureuse passionnĂ©e capable contre toute biensĂ©ance y compris pour le compositeur contre les usages de la scĂšne thĂ©Ăątrale, de la rendre haineuse,  insultant sa cousine Élisabeth : ” Souillure issue d’Anne Boleyn…“, ” bĂątarde impure qui a profanĂ© le sol anglais “, il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partagĂ© avec sa rivale son aimĂ© Leicester, se dĂ©cide enfin Ă  signer la dĂ©capitation de Marie l’inflexible,  l’orgueilleuse, l’ennemie politique et aussi (surtout) la rivale amoureuse. Leur rencontre “improvisĂ©e” Ă  la faveur d’une chasse a tournĂ© Ă  la confrontation de deux lionnes et s’agissant de Marie, haineuse, n’Ă©cartant pas les pires insultes…

2 Reines jumelles, affrontées

CLIC D'OR macaron 200La force du livret exploite la confrontation des deux tempĂ©raments fĂ©minins (qui a aussi suscitĂ© de fameuses rivalitĂ©s rĂ©elles entre divas)… De fait les sources autographes ne prĂ©cisent pas de façon dĂ©finitive, les deux tessitures respectives laissant au choix du chef et du metteur en scĂšne, leur propre conception des personnages
 ce qui autorise aussi souvent, un soprano angĂ©lique pour Marie : La Reine Stuart est ainsi gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ©e comme la victime,  or son ennemie Tudor est loin d’ĂȘtre aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opĂ©ra que d’avoir brosser deux portraits de femmes, deux sensibilitĂ©s exaltĂ©es, Ă©prouvĂ©es, atteintes dans leur dignitĂ© et identitĂ© profondes. Au fond, le dĂ©roulement de l’intrigue et la musique de Donizetti, trĂšs raffinĂ©e en vĂ©ritĂ©, montre Ă  quel point les deux destins sont proches, les deux personnalitĂ©s jumelles : leur carriĂšre est interchangeable et toute l’écriture dramatique dĂ©voile cette cohĂ©rence en miroir. Mais les identitĂ©s se prĂ©cisent aussi : affrontĂ©e Ă  son ennemi Tudor, Marie construit peu Ă  peu sa figure de martyre ; tandis que devant assumer le caractĂšre inviolable et incontestable de son pouvoir, Elisabeth apprend Ă  bĂątir sa propre autoritĂ© : elle devient cette machine politique, renonçant Ă  sa quĂȘte amoureuse de femme bouleversĂ©e… C’est d’ailleurs la composition trĂšs juste de Elza ven den Heever qui Ă©claire l’Ă©paisseur de son personnage. La transformation d’Elisabeth en Souveraine autoritaire maĂźtresse de ses passions s’affirme en cours d’action.

maria stuarda joyce didonato prianteLa production du Met offre de facto deux belles incarnations dramatiques finement chantĂ©es…. la puretĂ© claire et articulĂ©e aux notes millimĂ©trĂ©es et prĂ©cises de la mezzo DiDonato certes n’est pas angĂ©lique mais sa prĂ©sence et son intensitĂ© rayonnent : humaine, inspirĂ©e, jamais strictement dĂ©monstrative vocalement, elle concentre une finesse,  de la sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure, une justesse expressive qui profite Ă  toute la production, surtout Ă  ses duos avec Elisabeth, comme au personnage de Marie. Son aisance Ă  servir un bel canto proche du texte et finement dramatique saisit et captive : comme le montre aussi simultanĂ©ment son dernier disque Stella di Napoli, (Erato, septembre 2014) concentrĂ© de bel canto rare et donc napolitain qui l’impose dĂ©cidĂ©ment comme la belcantiste la plus inspirĂ©e de l’heure.  Face Ă  elle la soprano Elza van den Heever est loin de dĂ©mĂ©riter : finesse, ambivalence, autoritĂ© dramatique, l’interprĂšte s’affirme aussi aux cĂŽtĂ©s de DiDonato comme un interprĂšte et surtout une actrice qui a compris toutes les facettes troubles de son personnage, tiraillĂ© ente devoir et idĂ©al politique, dĂ©sir et amour individuel. Sa prĂ©sence et sa stature accrĂ©ditent la valeur de la production. McVicar signe une mise en scĂšne sobre, chromatiquement forte mais sans excĂšs, au dramatise mesurĂ©. Quant au chef Maurizio Benini, sans ĂȘtre d’une finesse au diapason des deux divas, sa direction reste elle aussi efficace. En conclusion, une production particuliĂšrement convaincante. Un dvd Ă  possĂ©der Ă©videmment tant l’intelligence des chanteuses s’impose Ă  nous.

Donizetti : Maria Stuarda (1834). 

Queen Elizabeth I: Elza van den Heever
Lord Talbot: Matthew Rose
Lord Cecil: Joshua Hopkins
Robert, Earl of Leicester: Matthew Polenzani
Hannah Kennedy: Maria Zifchak
Mary Stuart: Joyce DiDonato

Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Chorus Master: Donald Palumbo
Conductor: Maurizio Benini
Production: David McVicar
Set and Costume Design: John Macfarlane
Lighting: Jennifer Tipton

2 dvd Erato, 2h22 min, enregistré au Metropolitan de New York en janvier 2013.

 

didonato-joyce-stella-di-napoli-ERATO-cd-Pacini-MercadanteL’actualitĂ© de la diva Joyce DiDonato c’est aussi en septembre 2014, un nouvel album discographique intitulĂ© : Stella di Napoli, collection d’airs et de compositeurs mĂ©connus, superbement dĂ©fendus par une interprĂšte au sommet  de ses possibilitĂ©s vocales, dramatiques… LIRE notre critique complĂšte du cd Stella Di Napoli, Joyce DiDonato (1 cd Erato)

agenda
Au moment oĂč parait son disque napolitain, la mezzo Joyce Di Donato est en tournĂ©e en Europe dont une date passe par la France, le 27 septembre prochain, avec au programme, une bonne partie des arias enregistrĂ©s dans le cd Erato, ” Stella di Napoli ”.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990
 jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vĂšle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂȘme l’exceptionnelle fortune aprĂšs les Lully et Lalande qui au XVIIĂšme en avaient portĂ© les fruits Ă  leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le dĂ©but du rĂšgne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment Ă©videmment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennitĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un rĂšgne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumiĂšre la permanence voire l’évolution du genre qui dĂ©passe aprĂšs Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chƓur (si articulĂ©s et puissants) et instrumentistes (Ă©quilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intĂ©rĂȘt croissant du public, il est liturgique certes mais bientĂŽt jouĂ© pour les Ă©vĂ©nements religieux mais pas que (dynastiques et militaires
), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les acadĂ©mies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et mĂȘme symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirĂ©s par son langage et sa syntaxe : de la fin du rĂšgne de Louis XIV aux LumiĂšres, les enregistrements rĂ©alisĂ©s par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIĂšme : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre Ă©criture, spectaculaire, sincĂšre, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme Ă  l’opĂ©ra, une maĂźtrise remarquable des grands effectifs. NĂ©s en 1660, quinquas Ă  la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur trĂšs personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil Ă  Nancy, telle une formidable supplique au Souverain
 geste implorant et subtilement dĂ©monstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses VĂȘpres de la Vierge pour susciter l’intĂ©rĂȘt et la protection du Pape
 Pas de meilleur cadre fertile et Ă  fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacitĂ©s. De fait, Louis XIV les apprĂ©cia et Desmarets put ĂȘtre fier de gagner cette Ă©preuve musicale.

Campra, mort en 1744 succĂšde Ă  Lalande comme sous-maĂźtre de chapelle Ă  Versailles en 
 1723.  Il est dĂ©jĂ  sexagĂ©naire : il recycle alors nombre de grands motets initialement Ă©crits pour les CathĂ©drales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNĂ© en 1683, dĂ©cĂ©dĂ© il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et rĂ©formateur Rameau, en son gĂ©nie expĂ©rimental, « ose » le genre Motet avant l’opĂ©ra : de fait, ses Grands Motets, probablement composĂ©s pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des Ă©vĂ©nements encore imprĂ©cis, attestent de sa maestriĂ  alors mĂȘme qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixĂ© Ă  Paris (1722) : harmonie audacieuse, Ă©criture chorale Ă©poustouflante, airs italianisants d’une virtuositĂ© jamais vue jusque lĂ , les Grands Motets de Rameau Ă©tonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalitĂ©.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville nĂ© en 1711 et mort en 1772, de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagĂ© sur le terrain de l’opĂ©ra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et Ă  l’inĂ©dit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voĂ»te sacrĂ©e-, affirment l’éclat d’un nouveau gĂ©nie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs Ă©crit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont Ă©tĂ© aussi cĂ©lĂ©brĂ©s  par un large public de nouveaux mĂ©lomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouĂŻ, une caractĂ©risation prĂ©cise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempĂȘtes et tremblements de terre dĂ©crits exprimĂ©s par Rameau dans ses opĂ©ras). L’orchestre, Ă  partir de Rameau y gagne comme Ă  l’opĂ©ra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrĂ©sistibles.

Christie William portrait 290Ardent dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire, quasiment oubliĂ© avant qu’il ne s’y soit penchĂ©, William Christie saisit ici par la cohĂ©rence d’une regard qui s’étend sur des dĂ©cennies et que le coffret dans son exhaustivitĂ© recouvrĂ©e met en lumiĂšre : Ă  partir des annĂ©es 1990, le fondateur des Arts Florissant se dĂ©voue de toute son Ăąme Ă  la restitution complĂšte des Motets Ă  grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise thĂ©Ăątral qui sait aussi prĂ©server la profondeur voire l’humaine sincĂ©ritĂ© des partitions. DĂšs 1994, ses Grands Motets de Rameau Ă©tonnent par leur dĂ©mesure flamboyante, leur autoritĂ© harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulĂ©s, cohĂ©rents, dĂ©clamatoires
 saisissants. MĂȘme rĂ©ussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville 
 dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les Ɠuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractĂ©risation qui ne dĂ©pare pas aux cĂŽtĂ©s de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualitĂ© des Ă©critures rĂ©vĂ©lĂ©es, Bill l’enchanteur ressuscite ce thĂ©Ăątre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les piĂšces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’Ɠuvre dĂ©cisive d’un chef de premier plan, sachant rĂ©unir autour de lui, une Ă©quipe inspirĂ©e, habitĂ©e, convaincante de bout en bout. Outre la majestĂ©, les Arts Florissants ici Ă  leur meilleur, ont la grĂące et l’humanitĂ© : une offrande interprĂ©tative qui Ă©blouit encore.  Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournĂ©e en 2014 dans un programme mĂȘlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse lĂ  encore comprenant quelques uns des derniers laurĂ©ats du Jardin de Voix, l’acadĂ©mie vocale fondĂ©e par William Christie et qui en rĂ©sidence tous les deux ans au ThĂ©Ăątre de Caen) : le 2 octobre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris, le 7 octobre Ă  la Chapelle royal de Versailles

 

Erato. Coffret événement pour les 250 ans de la mort de Rameau (annonce)

ERATO coffret Rameau 27 cdCD, annonce. Erato. Coffret Ă©vĂ©nement pour les 250 ans de la mort de Rameau. Pour les 250 ans de la mort du compositeur Jean-Philippe Rameau, ce 12 septembre 2014, Erato rĂ©Ă©dite en un coffret Ă©vĂ©nement de 27 cd, les perles lĂ©gendaires de son catalogue : y paraissent aux cĂŽtĂ©s (oĂč Ă  l’ombre de l’immense William Christie, pionnier et visionnaire dans ce rĂ©pertoire, dĂšs les annĂ©es 1980) : Gardiner, Minko, McGegan, sans omettre l’autre dĂ©fricheur Leppard (qui oeuvra tout autant pour la rĂ©surrection de Cavalli Ă  l’époque oĂč le VĂ©nitien n’intĂ©ressait personne
). Gloire aux grands explorateurs donc, dĂ©voilant la magie opĂ©rante de la planĂšte RamĂ©llienne, avec Ă  la place d’honneur, Bill l’enchanteur, orfĂšvre ici de 5 ouvrages ainsi rĂ©estimĂ©s  : Hippolyte et Aricie, Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, Zoroastre, La Guirlande, ZĂ©phyre
 : William Christie a le gĂ©nie de traiter avec le mĂȘme souci enchanteur, la scĂšne tragique et les ballets
 en plus de chanteurs scrupuleusement choisis, le geste hautement dramatique mais aussi profondĂ©ment humain et nostalgique voire tendre du chef fondateur des Arts Florissants, rĂ©ussit en maints endroits un tour de force, toujours inĂ©galé  une source inspiratrice pour ses suiveurs, admiratifs comme nous de sa science et de sa prĂ©cision linguistique comme de son engagement orchestral (Rameau est le plus grand symphoniste de son Ă©poque)
 Le coffret ajoute des documents inoubliables dont NaĂŻs et Pigmalion par McGegan, surtout Les BorĂ©ades de Gardiner
 Coffret Ă©vĂ©nement. Prochain compte rendu critique complet dans le mag cd de classiquenews.com

Coffret anniversaire : RAMEAU,  les grands opéras, 250 Úme anniversaire de la disparition de Jean-Philippe Rameau. 27 cd ERATO. Parution : le 1er septembre 2014.

Contenu du coffret Rameau chez Erato :


CD 1–3 Hippolyte et Aricie – William Christie

CD 4–6 Les Indes galantes – Jean-François Paillard

CD 7–9 Castor et Pollux – Nikolaus Harnoncourt

CD 10 & 11 Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ© – William Christie

CD 12 & 13 Dardanus – Raymond Leppard

CD 14 & 15 PlatĂ©e – Marc Minkowski

CD 16 Pigmalion – Nicholas McGegan

CD 17 Les Surprises de l’Amour – Marc Minkowski

CD 18 & 19 Naïs – Nicholas McGegan

CD 20–22 Zoroastre – William Christie

CD 23 La Guirlande – William Christie

CD 24 ZĂ©phyre – William Christie

CD 25–27 Les BorĂ©ades – John Eliot Gardiner

DVD. Artaserse de Vinci par Fagioli et Cencic

erato artaserse vinci fagioli cencic dvdDVD. Leonardo Vinci : Artaserse (Fagioli, Cencic, Fasolis, 2012). Rome, 1730. Leonardo Vinci (1690-1730) fait crĂ©er son dernier opĂ©ra seria Artaserse, livret de MĂ©tastase (plutĂŽt conventionnel et
 prĂ©visible dans ses successions de rĂ©citatifs, aria da capo, sorties traditionnelles
), dans une distribution exclusivement masculine car les femmes Ă©taient interdites de scĂšne lyrique selon les lois papales. Place donc aux scĂšnes hĂ©roĂŻques, aux effusions sensuelles avec un nombre impressionnant d’emplois travestis.
Honneurs aux contres tĂ©nors (5 au total aux cĂŽtĂ©s du seul tĂ©nor Juan Sancho) Ă  dĂ©faut de castrats dans cette rĂ©crĂ©ation moderne (costumes Ă  l’appui, style extravangaza ou Cage aux folles mais avec un accent « baroque » contemporain : la fashion week n’a qu’à se rhabiller!). Sans rĂ©elle direction d’acteurs, cette succession de costumes Ă  paillettes et plumes colorĂ©es aurait fini par singer un mauvais carnaval carioca (c’est de saison), sauf que la tenue des chanteurs force, elle, l’admiration. La caractĂ©risation de chaque personnalitĂ© montre l’essor du chant masculin travesti : jamais les thĂ©Ăątres n’ont pu disposer d’autant de contre tĂ©nors aux timbres et techniques aussi diverses que finement trempĂ©es. Du pain bĂ©ni pour les recrĂ©ations baroques de ce type. Confusion des sexes, vertiges baroques, labyrinthes des identitĂ©s troubles et fascinantes, l’opĂ©ra recrĂ©Ă© est autant un festival de voix sublimes que de personnages dĂ©lirants, dĂ©jantĂ©s, cocasses. MĂȘme s’il paraĂźt peu probable qu’à l’origine, l’ouvrage de Vinci partage cette couleur Drag Queen rĂ©solument moderne, la rĂ©ussite du spectacle ainsi produit s’appuie aussi sur elle : on ne peut en masquer l’impact. L’opĂ©ra devenant alors une implosion en kalĂ©idoscope oĂč dans les dĂ©cors et rĂ©fĂ©rences scĂ©nographiques, l’apparition de perspectives et architectures Ă  l’infini soulignent un spectacle oĂč rĂšgne le dĂ©rĂšglement, le mouvement, la transformation continue ; image vivante d’une machinerie qui se dĂ©voile Ă  vue et exprime l’essence du thĂ©Ăątre baroque : la mĂ©tamorphose. Au centre, tourne la scĂšne de l’action, cependant que les loges dans les cĂŽtĂ©s restent visibles, dĂ©voilant aux spectateurs, les mutations qui s’opĂšrent. Hommes devenues femmes, jeu amoureux oĂč le dĂ©sir est seul moteur, tout est renforcĂ© Ă©videmment par la sĂ©duction des voix rĂ©unies.
Serviteurs d’une partition virtuose qui redouble et surenchĂ©rit les performances vocalisantes, les acteurs du plateau relĂšvent le dĂ©fi.

L’opĂ©ra des 5 contre-tĂ©nors : les « super five »

CLIC D'OR macaron 200En Perse antique, dans un dĂ©ballage de costumes et maquillage qui emprunte au film culte « 300 » (d’ailleurs l’action se passe aussi en Perse mais Ă  l’époque du pĂšre d’Artaserse, XersĂšs, quand le grec Leonidas ose dĂ©fier le souverain oriental
), les intrigues en tout genre vont bon train : trahisons et rĂ©conciliations, rĂ©vĂ©lation et secrets, surtout apothĂ©ose finale de la vertu (dans un monde en dĂ©gĂ©nĂ©rescence
 c’est toujours d’actualitĂ©). Ici les collants et les plumes remplacent les armures et les Ă©pĂ©es… Les « frĂšres » Ă©prouvĂ©s et Ă©loignĂ©s Artaserse/Arbace que l’action Ă  Ă©pisodes fait rivaux pour le pouvoir, se retrouvent enfin, aprĂšs moult avatars : chacun Ă©pouse sa promise : Artaserse, Semira; Arbace, Mandane.
Cencic/Fagioli en vedette
 Max Emanuel Cencic, l’un des contre tĂ©nors vedette du plateau et instigateur de la production incarne justement une femme trouble et coquette, idĂ©alement fĂ©minine et avisĂ©e : Mandane, soeur d’Artaserse, et amante de son ennemi politique, Arbace. Ce dernier, magistralement dĂ©fendu par celui que l’on nomme Ă  prĂ©sent «  il Bartolo », en rĂ©fĂ©rence Ă  la diva romaine vivaldienne, devenue tragĂ©dienne chez Rossini ou Bellini, – Cecilia Bartoli-, s’impose au sommet de l’affiche : trempĂ© certes, acidulĂ© aussi et magnifiquement virtuose lĂ  encore, douĂ© d’une facilitĂ© expressive d’une musicalitĂ© toujours prĂ©servĂ©e : Franco Fagioli est notre modĂšle actuel. Sur les traces des castrats qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© dans le rĂŽle (Carestini et Farinelli), le divino argentin excelle dans une vocalitĂ  flexible et acrobatique, d’une sincĂ©ritĂ© souvent inouĂŻe (magnifique air Ă  la fin du I : Vo solcando un mar cruel).

artaserse vinci cencic jaroussky fagioliAux cĂŽtĂ©s de Cencic et Fagioli, saluons aussi le piquant (bien que plus neutre) de Philippe Jaroussky (Artaserse) qui Ă©trangement paraĂźt nettement moins abouti et surtout moins nuancĂ© que ses partenaires (Ă  part l’élĂ©gie langoureuse en pĂąmoison : que lui reste-t-il?), le tranchant Yuriy Mynenko (MĂ©gabise) s’illustre remarquablement, et surtout Valer Barna Sabadus (Semira) -Ă  la fĂ©minitĂ© avouons-le envoĂ»tante, enrichissent une galerie de hautes personnalitĂ©s vocalement totalement fascinante.
Dans la fosse, Diego Fasolis et les instrumentistes du Concerto Köln redoublent eux aussi d’élĂ©gance nerveuse, de mille sĂ©ductions de timbres et d’accents : un dĂ©filĂ© acrobatiques et chamarrĂ© qui s’inscrit durablement dans notre imaginaire. L’esthĂ©tique vocale et instrumentale de cette production plus que cohĂ©rente parvient Ă  sublimer l’écriture rien que dĂ©monstrative de Leonardo Vinci, champion de l’opĂ©ra napolitain. Superbe production dont le DVD restitue la rĂ©ussite, l’éclat, la tension.

Leonardo Vinci : Artaserse, 1730. Philippe Jaroussky (Artaserse), Max Emanuel Cencic (Mandane), Franco Fagioli (Arbace), Valer Barna-Sabadus (Semira), Yuriy Mynenko (Megabise), Juan Sancho (Artabano). Concerto Köln, Coro della Radiotelevisione Svizzera. Diego Fasolis, direction. Silviu Purcarete, mise en scÚne. Filmé en novembre 2012 à Nancy. 1 dvd Erato. Réf.: 0825646323234. 3h10mn.

agenda

La production d’Artaserse de Leonardo Vinci est Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 19, 21, 23 mars 2014, 20h. La distribution est identique Ă  celle du dvd sauf Philippe Jaroussky absent, remplacĂ© dans le rĂŽle d’Artaserse par Vince Yi.

CD. HJ LIM, piano. Sonates et Valses de Scriabine et Ravel (2012)

HJ_LIM_cd erato ravel scriabineCD. HJ LIM, piano. Sonates et Valses de Scriabine et Ravel (2012). Fougue, vitalitĂ©, profondeur : le piano roi de HJ Lim. Paris, aoĂ»t 2010, elle donnait une intĂ©grale des Sonates de Beethoven, d’une verve et d’un panache dĂ©jĂ  ahurissant (lire notre compte rendu du Beethoven par HJ Lim). La revoici pour Erato aprĂšs avoir enregistrĂ© cette intĂ©grale Beethoven rayonnante et Ă©nergique Ă  l’Ă©poque chez Emi et l’avoir redonnĂ© en concert en octobre 2012, la toujours jeune pianiste corĂ©enne (moins de 30 ans en 2014), revient en France ce 10 mars 2014 Ă  Paris pour un rĂ©cital Ă©vĂ©nement et sort simultanĂ©ment un nouveau disque dĂ©diĂ© aux valses et Sonates de Ravel et Scriabine, pertinente Ă©vocation de la fougue poĂ©tique du Paris des annĂ©es 1900-1920. (La Valse de Ravel est jouĂ©e en quatre mains devant Diaghilev au printemps 1920). Le feu digital  de HJ Lim est toujours aussi ardent voire audacieusement percussif (bel allant du “trĂšs franc” des Valses nobles et sentimentales de 1911), puis toucher liquide et perlĂ© quasi Debussyste, c’est Ă  dire d’une immatĂ©rielle suggestivitĂ©, de la derniĂšre valse ravĂ©lienne (Épilogue), vrai Ă©coute aux univers suspendus et Ă©nigmatiques. L’enchaĂźnement avec la Sonate n°4 de Scriabine est parfaite : mĂȘme suggestivitĂ© tendue, mystĂ©rieuse d’un mouvement Ă  l’autre, oĂč le pianiste compositeur enfin libĂ©rĂ© de sa charge de professeur au conservatoire de Moscou peut exprimer ici (1903) une fiĂšvre autobiographique surdimensionnĂ©e : du dĂ©miurgique divin dans une trĂšs vive sensibilitĂ© humaine (envol tourbillonnant, rhapsodique, lisztĂ©en du Prestissimo volando final)…

Piano envoûtant

CLIC D'OR macaron 200La finesse et la subtilitĂ© de la pianiste trĂšs inspirĂ©e se dĂ©voilent ici sans retenue mais avec une pensĂ©e infaillible qui assure au tempĂ©rament en verve, l’unitĂ© organique entre chaque sĂ©quence trĂšs caractĂ©risĂ©e (rubato captivant des deux PoĂšmes de Scriabine). EnchaĂźner la Sonate n°5 de Scriabine (un condensĂ© de jaillissement vaporeux) puis la Valse de Ravel montre d’Ă©tonnantes similitudes compositionnelles, une fraternitĂ© d’univers personnels troublants. MĂȘme leur inventivitĂ© classique ou passionnĂ©ment romantique paraĂźt interchangeable : classicisme de la Sonatine de Ravel, foudroiement des Sonates de Scriabine… mais chiasme rĂ©vĂ©lateur ici, concernant les Valses, les caractĂšres s’inversent : Ravel est bien un visionnaire inclassable et Scriabine, quĂȘteur d’infini, un classique mais si subtil et sensuel facĂ©tieux… La Valse est le point d’orgue d’un rĂ©cital oĂč triomphent le goĂ»t et le tempĂ©rament d’une musicienne de haute voltige : son clavier est vaporeux, vĂ©neneux, d’une transe superlative. C’est peu dire.

Ravel, Scriabine, comme beaucoup ont aimĂ© en peinture affronter dans leur pĂ©riode cubiste, Braque et Picasso : un mĂȘme gĂ©nie Ă  … quatre mains. De tout Ă©vidence ce jeu des confrontations, affinitĂ©s, allusions miroitantes distingue d’abord le toucher funambule, arachnĂ©en de la pianiste corĂ©enne HJ LIM. La syncope fĂ©erique, l’ivresse intĂ©rieure, la cabrure Ă©nigmatique (dĂ©cidĂ©ment le premier des deux PoĂšmes opus 32 de Scriabine reste notre prĂ©fĂ©rĂ©, plage 16)… Il y a une Ă©vidente parentĂ© de ton, de style, de caractĂšre entre les deux compositeurs : c’est toute la valeur de ce programme magnifiquement conçu, subtilement emportĂ© par une pianiste au talent trĂšs original. Dans l’arĂšne des grands du piano, au registre fĂ©minin, les vrais talents sont rares : aux cĂŽtĂ©s des Alice Sara Ott et surtout Yuja Wang chez DG, HJ LIM fait figure de challenger.

Prochain concert de HJ LIM à Paris, le 10 mars 2014 au Théùtre du Palais Royal (Ravel, Chopin, Beethoven). Réservations : 01 42 97 40 00 ou www.theatrepalaisroyal.com

HJ LIM, piano. Sonates et Valses de Scriabine et Ravel. 1 cd Erato. Enregistrement réalisé en avril 2012 à Liverpool.

DVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (DenĂšve, 2013)

DVD_contes_d_hoffmann_offenbach_dessay_Naouri_deneve_liceu_2013_erato_dvdDVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (DenĂšve, 2013). Cauchemard fĂ©Ă©rique. Barcelone, Liceu, fĂ©vrier 2013. Pelly connaĂźt bien les Contes hofmanniens, mais ici, rĂ©tablis selon la rĂ©vision pertinente qu’en propose aujourd’hui le spĂ©cialiste reconnu (lĂ©gitimement) Jean-Christophe Keck. L’opĂ©ra y gagne un surcroĂźt de cohĂ©rence et de vivacitĂ©, de tension et de profondeur, tout au long des 3 tableaux fĂ©minins : Olympia, Antonia, Giuletta; triptyque fantastique qui exprime l’amertume du poĂšte, sa malchance amoureuse qui est plus qu’incidents en sĂ©rie : malĂ©diction vĂ©nĂ©neuse et obsessionnelle (d’oĂč son fort Ă©thylisme exposĂ© dĂšs le prologue et ses glous glous gouleyants) …
La mise en scĂšne reste efficace, forte, parfaitement cynique et glaçante quand paraĂźt la figure diabolique, versatile, volubile, ironique, sardonique, selon ses masques : Lindorf, CoppĂ©lius, Miracle, Dapertutto (expressionnisme et fantomatique idĂ©al de Laurent Naouri : c’est lui le champion de la production). Le jeu d’Ă©chelle des dĂ©cors ajoute au dĂ©lire visuel, celui d’un cauchemar façon cinĂ© berlinois ou piĂšce noire, Ăąpre Ă  la Ibsen… propre Ă  nous plonger dans un vertige hypnotique et nausĂ©eux. Le fini esthĂ©tique est parfait : il laisse explicite ce fantastique suffoquant et glacial du romantisme français Ă  l’opĂ©ra. En Hofmann Michael Spyres n’a pas l’Ă©lĂ©gance cynique articulĂ©e de son partenaire français mais l’engagement est louable.
Parmi les hĂ©roĂŻnes, 3 diffĂ©rentes chanteuses ici quand souvent on prĂ©fĂšre distribuer les 3 rĂŽles Ă  une seule cantatrice (au risque qu’elle y laisse une partie de sa voix), seule Natalie Dessay en Antonia déçoit : le chant n’est plus qu’ombre et dĂ©chirure, un constat parfois douloureux. La diva a bien fait de se consacrer au rĂ©cital de chansons, c’est un autre dĂ©fi plus adaptĂ© Ă  sa voix malheureusement atteinte. Celle qui fut une Olympia lĂ©gendaire (dans la mise en scĂšne de Savary Ă  Orange)  pĂąlit : quel dommage. Dans la fosse, rĂšgne l’Ă©quilibre et la mesure d’une baguette habile dans le rĂ©pertoire français, le rousselien StĂ©phane DenĂšve.
Visuellement, le spectacle est somptueux ; la force du fond dĂ©moniaque captive de bout en bout, grĂące Ă  l’incarnation d’un Naouri au sommet.

Jacques Offenbach (1819-1880) : Les contes d’Hoffmann. Version Keck. Michael Spyres (Hoffmann), Kathleen (Olympia), Natalie Dessay (Antonia), Tatiana Pavlovskaya (Giuletta), Laurent Naouri (Lindorf, Coppelius, Miracle, Dapertutto), MichĂšle Losier (La Muse, Nicklause) … Choeur et orchestre du Grand ThĂ©Ăątre Liceu de Barcelone. StĂ©phane denĂšve, direction. Laurent Pelly, mise en scĂšne. 2 dvd Erato 46369140. Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2013. NTSC 16/9.

CD. Diana Damrau : Forever (1 cd Erato)

diana_damrau_recordingsCD. Diana Damrau : Forever (Erato). Elle vient de triompher dans la nouvelle production de La Traviata inaugurant la nouvelle saison lyrique de la Scala 2013-2014, Diana Damrau n’a jamais semblĂ© plus au sommet de ses possibilitĂ©s : mieux chantante, melliflue (poĂ©tesse et sirĂšne dans un Summertime enivrant entre autres), d’une flexibilitĂ© lumineuse souvent superlative. Eclat, transparence, couleurs, tempĂ©rament dramatique, surtout exceptionnelle intelligence d’une interprĂšte qui s’est peu Ă  peu rĂ©vĂ©lĂ©e et distinguĂ©e, en particulier depuis ces 5 derniĂšres annĂ©es. Voici donc un rĂ©cital biographique composĂ© de rĂŽles et oeuvres choisies avec affection et passion par une diva d’une irrĂ©sistible frĂ©nĂ©sie, d’une rare sincĂ©ritĂ©.

 

 

Diana Damrau : Diva assoluta

 

 

Damrau_cd_forever-200x200A travers divers registres comiques et d’autres plus sombres, et souvent nostalgiques, la soprano exceptionnelle Violetta verdienne donc, montre ici en une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime, ses affinitĂ©s avec toute une palette de demi caractĂšres idĂ©alement choisis.
Le mordant et le piquant chez Strauss (La Chauve Souris, Der Fliedermaus) met en lumiĂšre son abattage et son Ă©lasticitĂ© coloratoure qui ailleurs fait merveille en diseuse soucieuse d’intelligibilitĂ© chez Richard Strauss ou Mozart ; mais c’est sa sincĂ©ritĂ© formidable qui rayonnne dans les airs suivants.

 

De toute Ă©vidence, le rĂ©cital est un nouvel accomplissement d’autant plus Ă©tincelant que la diva assoluta dĂ©grafe le corsage, osant plusieurs incarnations en toute libertĂ©, jouant sur toutes les facettes d’un intense tempĂ©rament lyrique. Entre opĂ©rette, comĂ©die musicale (pĂ©tillante et facĂ©tieuse et d’une lĂ©gĂšretĂ© si dĂ©lectable dans My Fair Lady), cabaret… en allemand et en anglais, la soprano irradie de chien (sifflotant mĂȘme avec une humeur heureuse Ă©panouie), de style, de raffinement et de feu interprĂ©tatif (merveilleuse Maria de West Side Story : I feel pretty, qui sur les traces de Te Kanawa, dans la version lyrique validĂ©e par Bernstein lui-mĂȘme, trouve une libertĂ© et une vĂ©ritĂ© de ton sidĂ©rante, c’est du dĂ©but Ă  la fin une jubilation communicante oĂč elle semble ressusciter son Ăąme d’enfance ! Programme jubilatoire.

 

 

Diana Damrau: Forever. 1 cd Erato.
TRACK LISTING
01 Vocalise: The ninth gate

02 Höre ich Zigeunergeigen: Grafin Mariza

03 Strahlender Mond: Der Vetter aus Dingsda

04 Meine Lippen sie kĂŒssen so heiss: Giuditta

05 Lippen schweigen: Die lustige Witwe

06 Mein Herr Marquis: Die Fledermaus

07 CzĂĄrdas: Die Fledermaus

08 WĂ€re det nich wundaschen: My fair lady

09 I could have danced all night: My fair lady

10 GrĂŒnfink und Nachtigall: Sweeney Todd

11 Summertime: Porgy and Bess

12 I’m in love with a wonderful guy: South Pacific

13 Wishing you were somehow here again: Phantom of the opera

14 I feel pretty: West side story

15 Over the rainbow: The Wizard of Oz

16 All in the golden afternoon: Alice in wonderland

17 Ein Mensch zu sein: Arielle, die Meerjungfrau

18 Someday my prince will come: Snow white

19 Feed the birds: Mary Poppins

20 Walking in the air: The Snowman

21 Vocalise: Wuthering Heights

22 Ich hĂ€tt getanzt heut’ Nacht: My fair lady

23 Lied der Nachtigall: Die schwedische Nachtigall

 

 

Coffret ERATO : 50 cd

Coffret ERATO : 50 cd   … Le coffret Ă©vĂ©nement est sobrement habillĂ© d’un vert prairie et son logo en habit blanc sur fond brillant : un cadeau idĂ©al pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e. La rĂ©surrection du label ERATO crĂ©Ă© en 1953, soit pour ses 60 ans, demeure l’Ă©vĂ©nement le plus imprĂ©vu et le plus spectaculaire de l’industrie du disque, par ailleurs si ruinĂ© par la crise et l’Ă©volution des nouveaux comportements et pratiques culturels. Les 50 cd (l’Ă©diteur et nouveau propriĂ©taire Warner aurait Ă©tĂ© inspirĂ©, anniversaire oblige, de pousser jusqu’à    …  60 galettes) rĂ©unis ici montrent la diversitĂ© d’un catalogue tout azimut : variant les rĂ©pertoires dont Ă©videmment les pionniers de la rĂ©volution baroque tels Gardiner, Koopman et surtout le premier d’entre eux, William Christie et ses somptueux Arts Florissants : le label vert regroupe leurs gravures majeures dans tous les domaines (musique sacrĂ©e, opĂ©ra, madrigaux…).
Au registre des grands solistes, saluons le rĂ©cital de Maurice AndrĂ©, trompette (1969), Marie-Claire Alain, orgue (Bach, 1994, Liszt 1989, et surtout Franck, 1976), Vadim Repin (Concertos pour violon de Sibelius et Tchaikovski, 1994), Scott Ross, clavecin (Sonates de Domenico Scarlatti (1985-1990) …Erato, coffret 50 cdCĂŽtĂ© opĂ©ra et rĂ©cital lyrique, se distinguent entre autres, la Carmen de Maazel avec Julia Migenes Johnson et PlĂĄcido Domingo (extraits, 1982), Les Noces de Figaro de Barenboim enregistrĂ© en 1990 avec Lella Cuberli, Cecilia Bartoli en Cherubino, le rĂ©cital de Sumi Jo (1994) … de Susan Graham (dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©rette française de Hahn Ă  Simons, 2001), …

Les amateurs de musique contemporaine apprĂ©cieront le disque de Boulez par Boulez (1985, 1989) comprenant Le Visage nuptial et Figures, Doubles, Prismes ; Et exspecto resurrectionem mortuorum de Messiaen par Boulez et Yvonne Loriod (1966) ; MĂ©ditation sur le mystĂšre de la Sainte TrinitĂ© par l’auteur lui-mĂȘme Olivier Messiaen (1972)

CĂŽtĂ© musique française, et symphonisme hexagonal, soulignons Ă  l’heure des orchestres sur instruments d’Ă©poque, la place des phalanges modernes qui confirment que tout n’est pas exclusivement une question de sonoritĂ© et d’instruments anciens, mais bien aussi de style et d’intentions : Ă©coutez ainsi les Berlioz d’Alain Lombard (1980), le provincialisme recomposĂ© de Canteloube, Maurice Emmanuel (chansons bourguignonne du Pays de Beaune!) par Kent Nagano et l’orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon (solistes : Dawn Upshaw, 1996), Milhaud (Symphonie n°4, n°8) par l’auteur lui-mĂȘme ; le programme Paul Dukas (l’Apprenti sorcier, la PĂ©ri) par Armin Jordan...  surtout l’excellent programme Albert Roussel par Jean Martinon pilotant l’Orch national de L’ORTF (1970-1971), comprenant Bacchus et Ariane (les 2 suites), Le Festin de l’AraignĂ©e. Un must absolu.

N’omettons pas de relever plusieurs cd d’une vitalitĂ© orchestrale et d’un souffle instrumental certain : programme Stravinsky (Pulcinella, Le Chant du Rossignol par Boulez et le National de France (1980), programme russe (Tchaikovsky : Francesca et Rimini), Moussorgsky, Glinka, Glazunov (suite de Raymonda) par Evgeny Mravinsky conduisant le Leningrad Philharmonic Orchestra (1981).

Le baroque en gloire …
Les perles du coffret concernent surtout les premiers baroques, oeuvres mĂ©connues ou inĂ©dites qui dĂ©voilaient alors tout un continent de passionnantes redĂ©couvertes : Requiem de Campra (Gardiner et ses troupes exclusivement britanniques English Baroque Soloists et Monteverdi Choir, 1979), IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (Ă  la frontiĂšre du nĂ©oclassicisme et du prĂ©romantisme, Gardiner, Lynne Dawson, Van Dam, Von Otter, 1987) ; svĂ©ritable rĂ©surrection mĂ©morable, l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella  (Bot, batty, Lesne, 1992), …

Occasion de relever les progrĂšs ou tout au moins l’Ă©volution parcourue depuis les annĂ©es 1960 et 1970, Erato dĂ©tient aussi les pĂ©pites des premiers ” baroqueux ” sur instruments modernes ou au dĂ©but des investigations de style et d’instruments :   Selva morale e spirituale de Monteverdi par Michel Corboz de 1967, surtout le Te Deum de Lully par Jean-François Paillard (1975)…

Erato ne serait pas ce label universellement connu, Ă  l’activitĂ© musicale si dĂ©fricheuse, aux rĂ©alisations si justes sans l’apport inestimable des Arts Florissants qui sous la conduite de leur fondateur William Christie en 1979, gravent ainsi pour le label leurs oeuvres majeures et fondatrices : MĂ©dĂ©e de Charpentier (Lorraine Hunt, 1994, extraits), Didon et EnĂ©e de Purcell (extraits, avec Gens, degor, FauchĂ©court, 1994), un disque comprenant le Vespro de Monteverdi (1997), quelques madrigaux de D’India (1997), Il Sant’Alessio de Landi (1995), La Descente d’OrphĂ©e aux enfers (1995), La Pierre philosophale de Charpentier (1998)… King Arthur de Purcell (1995).  Citons Ă©videmment le must de l’enchanteur Bill : ses Rameau ; ici, l’intĂ©gralitĂ© de La Guirlande (2000) et quelques extraits de l’exceptionnel Hippolyte et Aricie, sans omettre sur des rives plus rĂ©cents celles du Mozart sacrĂ©, une excellente version du Requiem (intĂ©grale, 1994) avec Anna Maria Panzarella, Nathalie Stutzmann…

Le catalogue Erato compte aussi plusieurs enregistrements de Mitslav Rostropovitch (1 cd Chostakovitch comprenant la Symphonie 15 et Rayok en version anglaise de 1990) et bien d’autres trĂ©sors encore qui font toute la valeur de cette inestimable somme de tĂ©moignages sonores et musicaux.  Coffret Ă©vĂ©nement.

Coffret Erato 2013. 50 cd.