CRITIQUE, 26è Festival de Pâques de DEAUVILLE, les 29, 30 avril 2022. David Kadouch, Edgarl Moreau, Justin Taylor…

CRITIQUE, 26è Festival de Pâques de DEAUVILLE, les 29, 30 avril 2022. David Kadouch, Edgarl Moreau, Justin Taylor… A l’orĂ©e d’une belle journĂ©e de printemps Ă  Deauville, la plus belle des Ă©motions nait toujours de la contemplation des choses simples. La musique de chambre, dans le cadre de la Salle Elie de Brignac convoque le substrat le plus pur des sens et invite Ă  un voyage en immersion au coeur de la musique. La sonate pour violoncelle en la mineur de Grieg a Ă©tĂ© composĂ©e Ă  une pĂ©riode assez trouble pour le compositeur norvĂ©gien. Oeuvre unique dans sa production chambriste, dès le premier mouvement l’Ă©criture agitĂ©e et mĂ©lancolique reflète le contexte difficile de sa crĂ©ation. En effet Grieg sortait en 1882 d’une pĂ©riode de maladie et de grande activitĂ© en tant que chef d’orchestre. Or son esprit romantique s’imprime sur les trois mouvements, Ă  la fois dans la citation Ă  des extraits de ses propres oeuvres (Trauermarsch zum Andenken an Richard Nordraak and Sigurd Jorsalfar). DĂ©tail curieux, Ă  partir de la mesure 119 du troisième mouvement, les oreilles latino-amĂ©ricaines pourront reconnaĂ®tre l’influence directe de Grieg sur le deuxième couplet de la chanson “Fiesta de los zapatos” (“La fĂŞte des chaussures”) du compositeur pour enfants des annĂ©es 1950, Francisco Gabilondo Soler, dit “Cri-Cri”. La musique voyage sans s’arrĂŞter aux frontières, rien n’arrĂŞte son influence.

 

 

 

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ACTE DE FOI
En deuxième partie du concert, le Quatuor pour la fin du Temps d’Olivier Messiaen est une belle contrepartie au romantisme contemplatif de la sonate de Grieg. ComposĂ© dans un camp de prisonniers en pleine guerre, ce monument du genre porte un regard très complĂ©mentaire sur la contemplation. Grieg nous convie Ă  entrer dans l’âme humaine, souvent ballotĂ©e dans les houles de l’Ă©motion, en revanche Messiaen dĂ©finit l’homme par rapport au divin. MĂŞme si l’esprit jacobin de notre temps ne voit cette oeuvre que sous des philtres purement musicaux, la foi catholique profonde d’Olivier Messiaen arrive Ă  transparaĂ®tre avec un message d’espoir malgrĂ© les circonstances les plus terribles. Cette oeuvre est un acte de foi et, oserai-t-on le dire, quasiment une parabole doublĂ©e de prĂŞche. La fin du Temps des hommes, donc l’Apocalypse ne serait que l’inauguration du règne de Dieu, selon la narrative de Messiaen. Dans le contexte actuel du retour de la barbarie militariste aux confins de l’Europe, ce message d’espoir et de croyance intime peut conforter les uns et Ă©merveiller les autres. La force de cette partition est dans son universalitĂ©.

Pour un tel concert, le Festival de Deauville a rĂ©uni quatre de ses plus beaux talents. Le pianiste David Kadouch ne cesse de nous impressionner par la richesse de son jeu et la force de ses interprĂ©tations. Outre la maĂ®trise technique totale, notamment dans ces partitions redoutables, il nous convie Ă  la contemplation avec Ă©lĂ©gance et une palette brillante de couleurs qui accrochent l’auditoire. Edgar Moreau, fabuleux dans le Grieg, est capable de faire chanter son instrument, dans les complaintes de la sonate et les affres du Messiaen, oĂą il Ă©quilibre son jeu de mille nuances. Dans le Quatuor, sa soeur RaphaĂ«lle Moreau, violoniste brillante, nous ravit par sa technique très solide et une rĂ©vĂ©lation de contrastes inattendus dans cette partition. Le clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vère s’attaque au solo de l’AbĂ®me des oiseaux avec une facilitĂ© qui provoque l’admiration. En plus de maĂ®triser absolument une des pages les plus difficiles de la musique pour clarinette, il y apporte une interprĂ©tation saisissante de vie, comme toutes les voix des oiseaux chantaient en choeur Ă  travers le souffle de son instrument.

Après cette belle soirée, la nature humaine se dévoile. A travers incarnation musicale de si beaux talents et un programme qui semble nous rappeler que sous la voûte céleste nous ne sommes que des coeurs à la dérive entre le divin et la nature. Photo : CL. Doaré / Festival de Pâques de Deauville 2022

26e FESTIVAL DE PĂ‚QUES DE DEAUVILLE
Vendredi 29 avril 2022 – 20h – Salle Elie de Brignac

Edvard Grieg
Sonate pour violoncelle et piano en la mineur, op. 36

Olivier Messiaen
Quatuor pour la fin du Temps

David Kadouch – piano
RaphaĂ«lle Moreau – violon
Edgar Moreau – violoncelle
RaphaĂ«l SĂ©vère – clarinette

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FILIATIONS
Johann Christian Bach (1735 – 1782) est un compositeur qui demeure très peu connu. Dernier fils de Johann Sebastian Bach, il est connu en France avec le patronyme “ChrĂ©tien” qui semble incorrect vu ses origines. Johann Christian Bach a Ă©tĂ© un des compositeurs les plus connus de la deuxième moitiĂ© du XVIIIème siècle. Elève de son père et de son demi-frère Carl-Philipp-Emmanuel Bach. C’est l’unique reprĂ©sentant de la dynastie Bach Ă  avoir composĂ© des opĂ©ras et s’ĂŞtre Ă©tabli en Italie d’abord et Ă  Londres ensuite. Le très jeune Mozart le rencontre Ă  Milan et noue avec lui une relation d’admiration et de complicitĂ©. Le style du jeune compositeur salzbourgeois sera influencĂ© par celui du jeune Bach notamment dans ses opĂ©ras pour Milan, Mitridate et Lucio Silla. On reconnait la richesse de l’orchestration que Johann Christian Bach emploiera tout le long de sa carrière de compositeur dramatique. En suivant la tradition familiale, il produira aussi des sonates pour clavier et des concerti mais avec les nouveaux codes que ses demi-frères Wilhelm Friedemann et Carl-Philipp-Emmanuel dĂ©velopperont. Mozart, directement influencĂ© par les Bach de ces gĂ©nĂ©rations, adaptera dans des concertii des sonates de son aĂ®nĂ©.

Les concertii pour clavier de Mozart sont rĂ©gulièrement interprĂ©tĂ©s sur des instruments modernes. Quoi qu’il en soit des interprètes, il semble Ă  chaque Ă©coute qu’il manque quelque chose, comme une patine qui ne permet qu’une Ă©coute relative de ces oeuvres, bien trop souvent relĂ©guĂ©es aux complĂ©ments de concerts symphoniques dans les programmes des salles ou des orchestres. Or, Mozart a dĂ©ployĂ© une palette riche et sonore dans ces concertii. Outre la virtuositĂ©, on remarque une fantaisie sans limites. Ecouter ces oeuvres avec des instruments d’Ă©poque et une interprĂ©tation historiquement informĂ©e, nous a permis de redĂ©couvrir ces partitions dans toutes les nuances que Mozart a souhaitĂ© transmettre. On ne s’attarde pas sur la virtuositĂ© redoutable, mais l’on remarque avec plaisir les ciselures de ces petits trĂ©sors dans toute la maĂ®trise de l’orfèvre.

Ce concert a Ă©tĂ© exceptionnel dans beaucoup d’aspects. C’est une plongĂ©e auditive dans l’univers de l’Ă©criture pour clavier concertant. De plus, Le Consort nous emmène explorer les sonoritĂ©s du clavecin, de l’orgue positif et du pianoforte. On remarque ainsi l’inventivitĂ© gĂ©niale de Mozart et l’on prend plaisir Ă  goĂ»ter chaque page avec gourmandise dans les diverses expressions instrumentales.

Le Consort est un ensemble Ă  l’enthousiasme communicatif. IntĂ©grĂ© par des instrumentistes Ă  l’Ă©nergie vivifiante, on adore les voir jouer avec une grande complicitĂ© qui s’imbibe dans des interprĂ©tations qui mĂ©tamorphosent l’Ă©coute et le ressenti sensoriel. On les connait bien dans Händel, mais on aime les entendre dans Mozart. Le seul regret c’est que nous les rĂŞvons dans des programmes de l’Ecole de Mannheim qu’ils dĂ©fendront avec la subtilitĂ© et la brillance qu’on leur connaĂ®t.

On a dĂ©jĂ  louĂ© par le passĂ© le talent de Justin Taylor. Qu’il interprète du rĂ©pertoire français pour clavier seul, ou des formes concertantes, le claveciniste dĂ©montre ici sa maitrise et l’Ă©lĂ©gance de son jeu sur trois types de clavier. D’emblĂ©e au clavecin le jeu est vif sans dĂ©bordements, il sait ciseler les harmonies avec rondeur et prĂ©cision. A l’orgue positif son jeu est virtuose et Ă©quilibrĂ©. La plus belle interprĂ©tation Ă  notre avis fut au pianoforte, instrument difficile Ă  maĂ®triser. Justin Taylor nous a proposĂ© une fabuleuse interprĂ©tation de la Fantaisie en rĂ© mineur. L’oeuvre renvoie aux pages du romantisme qui allait s’installer en Europe dès la fin des annĂ©es 1790. Justin Taylor touche son pianoforte avec introspection et construit une narration lunaire et dĂ©sespĂ©rĂ©e digne des dessins de FĂĽssli. On part dans cette pièce aux contrastes quasiment beethovĂ©niens, un clair-obscur parfait. Les premières mesures du troisième mouvement du concerto en mi bĂ©mol majeur nous rappellent des pages de Händel, dont Mozart apprĂ©ciait le talent de mĂ©lodiste. Justin Taylor s’attaque Ă  ces pages avec l’Ă©nergie des grands interprètes et assure ainsi une fin apothĂ©otique Ă  ce concert qui clĂ´t le week-end avec les mille feux du Consort.

Samedi 30 avril 2022 – 20h – Salle Elie de Brignac
Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto en ré majeur pour clavecin, deux violons et violoncelle K.107 (I)
Sonate en ut majeur pour deux violons, orgue, violoncelle et basse n°13 K. 328
Concerto en sol majeur pour clavecin, deux violons et violoncelle K. 107 (II)
Fantaisie en ré mineur pour pianoforte K. 397
Concerto en mi bémol majeur pour pianoforte et quatuor à cordes K. 449

LE CONSORT
ThĂ©otime Langlois de Swarte – violon
Sophie de Bardonnèche – violon
Mathurin Bouny – alto
Hanna Salzenstein – violoncelle
Hugo Abraham – contrebasse
Justin Taylor – clavecin, orgue positif & pianoforte

 

 

 

 

 

 

Concert, critique. LILLE, Nouveau Siècle, le 24 septembre 2020. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Edgar Moreau, Alexandre Bloch. HAYDN, BARTOK

edgarmoreauConcert, critique. LILLE, Nouveau Siècle, le 24 septembre 2020. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Edgar Moreau, Alexandre Bloch. HAYDN, BARTOK… IdĂ©alement adaptĂ© Ă  la configuration instrumentale requise, mesure sanitaire oblige (l’Orchestre National de Lille est « rĂ©duit » en formation de chambre), le Concerto pour violoncelle n°1 de HAYDN sied particulièrement bien Ă  la direction nerveuse, dynamique, flexible d’Alexandre Bloch et au tempĂ©rament incandescent du jeune soliste Edgar Moreau (26 ans – photo ci contre) : le violoncelliste français est parmi les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration. Il n’a pas seulement pour lui une technique et une sonoritĂ© des plus raffinĂ©es ; il exprime avec un art des nuances et une profondeur exceptionnelle, la subtile Ă©lĂ©gance de Haydn.

 

 

Concert d’ouverture de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille

Somptueuse ouverture au Nouveau Siècle à Lille

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L’allant et la vitalitĂ© en superbe Ă©quilibre d’une partition Ă  la fois classique, d’une volubilitĂ© mĂŞme baroque, triomphent ici. Et la conception Ă©conome des expositions, rĂ©expositions et variations offre au soliste, une arène dĂ©jĂ … romantique. L’intelligence des accents, la gestion des nuances, l’éloquence des phrasĂ©s superbement maĂ®trisĂ©s… ce style toujours mesurĂ© mais articulĂ©, jamais artificiel ni dĂ©monstratif, indiquent clairement un interprète de premier plan dont la vĂ©ritĂ© dialogue somptueusement avec l’heureuse vivacitĂ© de l’orchestre. La virtuositĂ© chantante et lumineuse du violoncelle jouĂ©e ainsi après l’ample portique du Copland (Fanfare for the common man) forme la plus sĂ©duisante des partitions pour le concert d’ouverture de la saison 2020 – 2021. Notons que le violoncelliste remplace le violoniste Nemanju Radulovic, artiste en rĂ©sidence pour cette nouvelle saison 2020 – 2021. HĂ©las, le virtuose franco-serbe n’a pas venir en France jusqu’Ă  Lille, confinĂ© parce qu’il a Ă©tĂ© testĂ© positif Ă  la covid 19. Ainsi se dĂ©roule la saison musicale, avec ses imprĂ©vus de dernière minute. L’Orchestre National de Lille s’est d’ailleurs adaptĂ© au contexte sanitaire actuel, en proposant une billetterie ouverte plus souple, rĂ©actualisĂ©e tous les deux mois, afin d’affiner au mieux les offres musicales selon les “empĂŞchements” prĂ©visibles, malheureusement inĂ©luctables dans la situation que nous vivons tous depuis mars dernier.

EnchaĂ®nĂ© et jouĂ© debout (violons I et II), le Divertimento de Bartok permet lĂ  encore au cordes seules de l’Orchestre lillois de captiver en crĂ©pitements et intensitĂ© ; la partition composĂ©e Ă  Saanen (Suisse) Ă  l’étĂ© 1939, lĂ  mĂŞme oĂą devait naĂ®tre le futur Menuhin Gstaad Festival, allie souffle et âpretĂ©, cultivant mĂŞme une tension presque Ă©touffante, en relation avec les heures noires d’une Europe soumise Ă  la barbarie nazie. Du Haydn prĂ©cĂ©dent Ă  la partition moderne circule et s’affirme la mĂŞme homogĂ©nĂ©itĂ© des cordes. QualitĂ© des unissons, dialogues entre les deux solistes (violons I et II) et l’ensemble des cordes (Ă  la façon d’un concerto grosso), articulation et densitĂ© pourtant claire du son de l’orchestre… le travail d’Alexandre Bloch et des musiciens de l’ON LILLE dĂ©voilent de superbes qualitĂ©s ; on les avait quittĂ© la saison dernière, dans l’achèvement du cycle Mahler. On retrouve ici la mĂŞme Ă©coute partagĂ©e, l’engagement, le souci des accents qu’il s’agisse du dynamisme dansant de l’Allegro initial ou des Ă©clairs contrastĂ©s de l’Allegro final oĂą pointe aussi la superbe tenue du violon I dont les solos ont de courtes et fulgurantes irisations tziganes. La franchise du geste collectif parfois assumĂ©e « rude » rend justice Ă  la partition de Bartok qui y revendiquait clairement son caractère de fantaisie « paysanne ». Au centre, s’affirme l’Adagio si intense, et si subtil dans ses Ă©clairs funèbres Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de Lilledont le chef sait aussi exprimer la couleur du mystère le plus inquiĂ©tant. Tant de profondeur suggestive et d’aisance articulĂ©e confirment Ă  prĂ©sent l’excellence des instrumentistes de l’Orchestre lillois. On attend avec impatience les prochains programmes de l’Orchestre National de Lille. Et pour nous faire patienter, le cd de la 7è Symphonie de Mahler – jalon important de l’épopĂ©e Mahler de la saison prĂ©cĂ©dente vient de sortir chez Alpha (critique du cd Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews).

 

 

 

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Prochains concerts de l’Orchestre National de Lille :
30 sept / 1er octobre 2020 : Divertimenti (Alevtina Ioffe, direction)
7, 8, 9 octobre 2020 : MĂ©tamorphoses (Alexandre Bloch, direction)
PLUS D’INFOS sur le site de l’Orchestre National de Lille / saison 2020 – 2021
https://www.onlille.com/saison_20-21/

CONCERTS D’OUVERTURE de L’Orchestre National de LILLE

edgarmoreauLILLE, ONL, concerts d’ouverture : 24 et 25 sept 2020. A partir des 24 et 25 sept prochains, l’Orchestre National de Lille fait sa rentrée sous la baguette de son directeur musical Alexandre Bloch… Au programme : HAYDN, concerto pour violoncelle n°1 avec Edgar Moreau, violoncelle, BARTOK : Divertimento pour cordes. LIRE notre présentation générale de la saison 2020 2021 de l’ON LILLE Orchestre National de Lille :
http://www.classiquenews.com/on-lille-orchestre-national-de-lille-concerts-douverture-saison-2020-2021/

La nouvelle saison de L’ONL LILLE Orchestre National de Lille commence en fanfare ! Écrite en 1942, Fanfare for the common man de Copland est l’une des œuvres les plus emblématiques du répertoire américain. Le Concerto n°1 pour violoncelle de Haydn couvre un large spectre d’émotions : joie, fantaisie, gravité, humour… Écrit à l’été 1939, le Divertimento de Bartok s’offre enfin comme un beau rayon de soleil musical. À l’abri du monde, le compositeur hongrois imagine une œuvre pleine de rythmes et de lumière. Un chef-d’œuvre émouvant, comme l’ultime adieu d’un musicien avant l’exil, qu’Alexandre Bloch dirige ainsi en ouverture de sa quatrième saison à la tête de l’Orchestre National de Lille.

 
 
 

Jeudi 24, Ven 25 sept 2020 – concert d’ouverture
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle, 20h
1h sans entracte – RÉSERVEZ VOTRE PLACE

 
 
 

Copland : Fanfare for the common man
HAYDN : Concerto pour violoncelle n°1 / Edgar Moreau, violoncelle
Bartok : Divertimento pour cordes

Orchestre National de Lille
Alexandre Bloch, direction

Concert repris sam 26 sept 2020, 18h (Valenciennes, le Phénix)

 
 
 

TOUTES LES INFOS, réservations ici
https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/concert-ouverture/

 
 
 

CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017)

edgar moreau violoncelle concerto OFFENBACH cd erato offenabch 2019 clic de classiquenews critique cd concerto actualite musique classique classiquenews j63fladcb5xyc_600CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017). il joue de la soie de son foulard Ă©charpe en couverture comme son chant au violoncelle est souple, fin, d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance. Le jeune violoncelliste Edgar Moreau Ă©blouit littĂ©ralement par son naturel et sa musicalitĂ©. Quelle belle rĂ©vĂ©lation que ce Concerto “militaire” pour violoncelle en sol majeur (composĂ© en 1847 par un Offenbach, âgĂ© de 28 ans), auquel le jeune concertiste soliste sait prĂ©server l’éloquence en diable et la sensibilitĂ© raffinĂ©e viennoise. Le premier mouvement est portĂ© par une Ă©nergie conquĂ©rante, celle d’une troupe en armes, fière et gavĂ©e d’un sain panache (n’est il pas militaire, comme son titre l’indique ?). La verve et le brio font toute la valeur de cette Ă©criture dĂ©monstrative et fine ; deux qualitĂ©s qui s’exaltent sous l’archet et sous les doigts magiciens d’Edgar Moreau dont l’agilitĂ© souple et très articulĂ©e fait merveille, sachant … et souligner le lyrisme tendre et l’appel au dĂ©lire le plus dĂ©boutonnĂ© ; ses phrasĂ©s sont prĂ©cis et nuancĂ©s, d’une flexibilitĂ© unique, douĂ©e de grande finesse dans le jeu des caractĂ©risations incessantes et contrastĂ©es. L’instrument est proche du chant le plus facile, Ă©perdu, Ă©chevelĂ© (premier Allegro maestoso). La carrure des phrases, leur sens dĂ©lurĂ© de la parodie, l’ivresse des vocalises annoncent cette joie irrĂ©pressible du gĂ©nie de la pantalonnade.
Le violoncelle n’est pas seulement hyperbavard qui semble jouer toutes les parties et toutes les voix : il exprime la frénésie de cet Offenbach hyper sensible, racé, élégantissime. Le jeu crépitant et nuancé du soliste suit mesure à mesure, l’écriture opératique, où se succède une série de cadences, variations, fantaisies les plus fantasques (« bouffes ») d’un esprit hanté par la grâce du délire. Quel premier mouvement!

 

 

 

Génie foudroyant, survolté mais nuancé
d’Offenbach et du jeune Edgar Moreau

 

 

 

Bicentenaire OFFENBACH 2019Dévoilant toute la maestrià d’un dramaturge né, capable de cette partition délurée, délirante, 10 ans avant Orphée aux enfers. S’y ressuscite et s’incarne idéalement par son insolence magnifique, l’esprit d’Offenbach : cet oiseau moqueur si délectable dans ses délires et sa fantaisie souveraine. L’amuseur du Second Empire ose déjà en 1847, une cascade d’idées déjantées, de verve en diable qui se joue de tous les registres : l’art est libre, et avec Offenbach, composant pour son propre instrument, non pas la voix mais le violoncelle, totalement explosif ; car, juvénile, sincère, quasi instinctif, c’est d’abord un bain bouillonnant d’énergie. Le feu intact du jeune violoncelliste Moreau permet cet acte d’appropriation, naturel et foudroyant.
Dommage que l’orchestre, style grosse caisse, en fasse trop contradictoirement dans ce passage qui est une formidable entrée, un lever de rideau maestoso et pétaradant. Le violoncelle solo est à peu près aussi volubile et ciselé que l’orchestre, épais, démonstratif, et sans guère de nuances. On veut bien comprendre qu’il regroupe des individualités (collectif de chambristes), certes, mais où sont les nuances ?

Le second mouvement (Andante de presque 10 mn) sonne l’aria d’une diva de bel canto : andante chantant lui aussi mais en demi, ultra teintes, où le dosage et la nuance suppléent la volonté de bravade brute et de pure virtuosité. Car Edgar Moreau sait aussi colorer et ciseler une sonorité qui « paraît » certes, et gonfle les muscles, mais sait surtout « être » : intérieure et introspective. Ce jeu des arrières plans est délectable voire superlatif. On trouvera là encore la tenue de l’orchestre bien terre à terre en comparaison.

Voilà qui rétablit le génie facétieux d’un Offenbach très cultivé qui pense par son violoncelle tout l’opéra de son époque : Rossini, Bellini et Verdi ; les Italiens évidemment dont il aime parodier toutes les facettes. Mais Offenbach aime moquer surtout l’orgueil et la vanité du militaire, comme en témoignent les nombreux éclats comiques du final qui annonce La Grande Duchesse de Gerolstein (écrite 20 ans après son Concerto).  Une belle offrande discographique pour le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, de surcroît dans la version complète reconstituée par Jean-Christophe Keck en 2004.

D’une Ă©gale facĂ©tie parodiant les styles les plus divers (jazz et rock dans le premier mouvement), le Concerto du pianiste viennois Friedrich Gulda (dĂ©cĂ©dĂ© en 2000) surprend dans son Concerto pour violoncelle (crĂ©Ă© en 1980) lui aussi par sa facilitĂ© parodique ; si le premier mouvement sonne rock (le violoncelle empruntant rĂ©solument la voie de la guitare Ă©lectrique), les second (Idylle) et dernier mouvement, sont d’un lyrisme Ă©clectique impeccable, d’une finesse de ton qui retrouve la grâce d’inspiration du Concerto d’ Offenbach. La Cadence contraste par sa quĂŞte Ă©perdue, froide, interrogative ; elle semble rentrer dans le mystère en un dĂ©lire que certains trouveront… bavard, autocentrĂ© (avec pastiche alla Chostakovitch : aciditĂ© et vertiges d’un questionnement sans rĂ©ponse). Qu’importe, le soliste captive par la disparitĂ© de sa palette expressive, ; l’Ă©tonnante prĂ©cision de ses nuances les plus tĂ©nues.
Gulda fut ce « poil à gratter de la société bourgeoise conservatrice, le prince du cross over » est-il indiqué dans la notice du livret. Son sens de la provoc demeure bien polissé, jouant sur le choc aimable des styles différents, un éclectisme qui se moquant des frontières et de la bienséance « catégorisante », avait alors (en 1980) valeur de sédition musicale : il est vrai que Vienne concentre une pensée bien conformiste et un ordre hiérarchisé qui ignore tous ceux qui n’ont pas le titre ronflant de « doktor ». Le mentor de Marta Argerich cultivait la liberté lui aussi, résolument provocatrice pour remettre les cerveaux dans le bon sens.
CLIC_macaron_2014Talentueux dans l’infini nuancé, comme dans la bravade empanachée la plus débridée, Edgar Moreau cisèle un jeu idéal : à la fois introspectif et sincère, comme éloquent, articulé, subtil, virtuose. Magistrale approche. Gulda est revivifié ; le jeune (violoncelliste) Offenbach illumine par une telle intelligence. Malgré la faiblesse peu inspirée de l’orchestre, le cd est « CLIC de CLASSIQUENEWS » de février 2019.

 

 

 
 

 

 

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CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire – couplĂ© avec le Concerto pour violoncelle de Gulda(1980). EDGAR MOREAU, violoncelle. Les Forces Majeures / RaphaĂ«l Merlin, direction – 1 cd ERATO / Warner classics – durĂ©e 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© en aoĂ»t 2017, Limousin).

 

 

 
 

 

 

Compte-rendu, concert. Paris. Philharmonie, le 5 nov 2018. Chen. Chostakovitch. Moreau / Sokhiev.

Compte-rendu, concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen. Dimitri Chostakovitch. Edgar Moreau, violoncelle. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. Salle pleine à la Philharmonie ce soir pour la création d’une œuvre de Qigang Chen, compositeur sino-français que le public adore. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev avaient déjà donné ce même concert deux jours auparavant dans leur ville de Toulouse. Le sublime solo de trompette qui ouvre « avenir d’une illusion » a été joué avec beaucoup de délicatesse par Hugo Blacher. La direction précise et souple du chef a fait merveille dans ce moment de magie qui a progressivement ouvert les oreilles des auditeurs vers des sonorités de plus en plus corsées.

  
 
 

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Toulouse et Paris main dans la main : que de félicité !

  
 

La poĂ©sie qui se dĂ©gage de cette ouverture est celle d’un matin, Ă  la sortie des songes qui voit se lever le soleil et toute la nature se rĂ©veiller. Mais Ă©galement qui met en mouvement toute l’intelligence et la sensibilitĂ© humaine. Après de sublimes aplats, une formule mĂ©lodico rythmique très courte, comme un appel,  est passĂ©e d’un instrumentiste Ă  l’autre.  Tout l’orchestre s’est ainsi vu stimulĂ© pour petit Ă  petit se superposer et grandir. L’ostinato du piano d’une prĂ©cision horlogère dĂ©bute la construction du final qui voit s’empiler petit Ă  petit tous les instruments de l’orchestre pour terminer dans une puissance rarement atteinte par un orchestre symphonique. Les qualitĂ©s de la composition de Qigang Chen sont multiples et mĂ©ritent vraiment une Ă©coute attentive pour ĂŞtre toutes mises en valeur. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© est très rare. Le temps va permettre d’en comprendre toute la beautĂ© et la subtilitĂ© mais dĂ©jĂ  le charme opère en une Ă©coute unique.  L’association de l’Orchestre du Capitole et de la Philharmonie de Paris, commanditaires de cette magnifique composition, ne peut qu’être louĂ©e.  Cette belle crĂ©ation a Ă©tĂ© faite d’abord Ă  Toulouse puis Paris, avec le mĂŞme succès. Il y a une magnifique transparence dans l’orchestration de Cheng que la direction très inspirĂ©e de Tugan Sokhiev rend merveilleusement bien, grâce aux qualitĂ©s de dĂ©licatesse de l’orchestre de Toulouse. Hugo Blacher avec son solo de trompette sublime ouvre avec Ă©motion cette belle partition. Et bien des solistes lui emboĂ®tent le pas avec les mĂŞmes qualitĂ©s, il faudrait tous les citer… Qigang Chen est le compositeur sino-français que le monde entier admire, et cela se comprend aisĂ©ment. Le public parisien a semblĂ© adorer cet « ItinĂ©raire d’une illusion ». Il faut dire qu’une crĂ©ation avec des musiciens si virtuoses et un chef si prĂ©cis et musical Ă  la fois ne peut qu’apporter toute satisfaction. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© tord le cou aux idĂ©es reçus sur l’inĂ©coutable trop souvent mis en exergue par d’autres compositions contemporaines.  Il est possible d’écrire une partition facile d’écoute et de grande complexitĂ©, la preuve en est donnĂ©e ce soir avec Ă©clat.

  
 
 

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Tout en modestie, le jeune Edgar Moreau rentre ensuite en scène avec son violoncelle ; il s’installe sur son estrade. La complicité avec Tugan Sokhiev est palpable. Dès son délicat  premier coup d’archet, nous savons que ce prodigieux interprète va rendre hommage au génie de Chostakovitch. Ce deuxième concerto si complexe et difficile a été commandé par Rostropovitch, c’est dire ! Il est impossible de décrire l’admirable osmose qui existe entre le soliste et l’orchestre. Tugan Sokhiev a les yeux partout et ne laisse jamais rien au hasard. La précision de sa direction est implacable tout en laissant de grandes plages de legato pour le soliste. Il est partout,  à la fois suspendu aux gestes du violoncelliste et encourageant chaque musicien de l’orchestre. Et les moments solistes dans l’orchestre sont nombreux ! Les nuances sont creusées de façon sublime ; les couleurs du violoncelle s’harmonisent avec celles de l’orchestre. Voilà une très belle interprétation de ce concerto. Le succès est grandiose, partagé entre l’orchestre, le chef et ce soliste si attachant. Edgar Moreau a une maîtrise technique impeccable, totalement mise au service de la musicalité la plus délicate.

Nous avions déjà entendu à deux reprises la magnifique interprétation toulousaine de la Cinquième symphonie de  Chostakovitch et nous nous faisions une fête de la déguster dans la magnifique acoustique de la Philharmonie de Paris. Il est certain que le public toulousain peut admirer son orchestre sous la direction de son chef dans la  Halle-aux-Grains mais vraiment ce n’est pas le même orchestre que nous pouvons entendre à Paris. J’ai déjà souvent écrit combien cette acoustique est merveilleuse mais vraiment c’est lorsque l’Orchestre du Capitole de Toulouse joue dans de belles acoustiques comme à Paris, qu’il sonne magnifiquement bien. Les  nuances infimes  peuvent être développées et les forte ici sont généreux sans risque de saturation et sans jamais la moindre violence. Car c’est une caractéristique de la direction de Tugan Sokhiev de toujours développer très progressivement les nuances et de garder une petite marge pour le dernier forte. Toute la puissance contenue dans la symphonie, la provocation, la moquerie, voir la méchanceté ont trouvé dans cette interprétation toute leur place. Le final avec cette construction implacable a amené le public à véritablement exulter.
Un magnifique concert dont la dimension historique est relayée sur le net, sur le site de la Philharmonie de Paris Live. La partition de Qigang Chen mérite d’être connue et Chostakovitch n’est jamais assez joué ; d’autant que là, il est interprété d’une admirable façon.

  
 
 

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Compte rendu concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen (Né en 1951) : l’avenir d’une illusion ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n° 2 et Symphonie  n°5 ; Edgar Moreau, violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.