Si le Festival international porté, conçu par la pianiste Klara Min, « CLASSICAL BRIDGE » développe une aura internationale entre les continents, passerelle désormais délectable et féconde, de New York à Bordeaux et Séoul, son escale parisienne inaugurée ainsi en juin 2025, revêt un intérêt spécifique, idéalement installé dans les salons luxueux du Musée Jacquemart-André. On y retrouve le charme légendaire des salons de musique fin de siècle et Belle Époque.
Un parfum suranné pourtant bien vivace, en réalité irrésistible, celui d’instants exceptionnels où la proximité des objets précieux, celle des toiles de maîtres [Largillière et Frago, Hubert Robert, Nattier ou Boucher…] suscitent de nouvelles correspondances, excite les sens… Soit un cadre idéal qui prépare à l’écoute musicale. L’offrande est désormais bien rodée : on a pu l’expérimenter aussi au Château de Chantilly où la fameuse galerie de peintures du Duc d’Aumale, comptant plusieurs Nicolas Poussin [!] entre autres, accueille aussi des concerts de musique de chambre.
Mais Jacquemart André offre un écrin plus enchanteur encore et de meilleures conditions acoustiques [l’entièreté des murs tapissés d’un damas rouge y contribuant probablement], comme de visibilité [les musiciens jouant sur une estrade haute, sont bien visibles de tous].
Après le récital virtuose et puissant du pianiste Américain [originaire de Minneapolis] Reed Tetzloff, la veille [le 23 juin], associant Satie, Ravel, et plusieurs standards de Gershwin, abordés avec un charme swingué irrésistible, ce soir marque un temps forts du Festival 2025, en réunissant des tempéraments avérés, de vrais solistes aguerris, qui, mérite de la programmation, s’avèrent particulièrement complémentaires.
La réussite du concert de ce soir est d’autant plus totale que l’ordre et le choix des partitions ont été modifiés, nécessitant de concevoir une nouvelle succession.
chambrisme raffiné
Échauffement d’abord et avec quelle classe, avec Robert Schumann dont le duo piano / violon, Jean-Frédéric Neuburger et Augustin Dumay, expriment les moindres altérations, tous les élans de la psyché complexe, ambivalente, exaltée, si fascinante du génie romantique. Le caractère improvisé de la Fantaisie semble inspirer, porter, galvaniser les interprètes. Puis dans le premier mouvement de la Sonate n°2, plus fluide et disert encore, en totale communion avec le pianiste d’une volubilité saisissante car aucune de ses nuances n’est gratuite, le violoniste fait chanter et parler son instrument par une clarté dynamique éblouissante, faisant tour à tour, pleurer et rugir les cordes comme chauffées à blanc.
Après le Trio de Mendelssohn avec le concours de la violoniste Alissa Margulis, et le violoncelliste Edgar Moreau, réalisé dans une vivacité lumineuse, et souvent espiègle [l’esprit de Puck du Songe d’une nuit d’été règne sur le Finale], l’apothéose de la soirée est indiscutablement la lecture du Quatuor avec piano n°1 de Fauré composé en 1876 et achevé véritablement [Finale] en 1880.
L’élève de Saint-Saëns brille par cet éclat et sa grande séduction mélodique qu’il croise avec une densité harmonique personnelle, manifestement marquée par la découverte de Wagner [lors de séjours à Cologne et Munich]. Le flux naturel et remarquablement nuancé du pianiste, la fusion continue entre violon et alto [Augustin Dumay et Miguel Da Silva], le concours du violoncelliste Edgar Moreau [profond, précis, à l’écoute….] réalisent une performance captivante n’écartant aucun accent ni effet contrasté, de la fureur vivace au diminuendo final murmuré, idéalement évanescent et mystérieux. Du Scherzo léger et dansant, les quatre interprètes expriment l’esprit d’une sérénade dans le style des pièces pour clavecin du XVIIIème [pizz des cordes, enjoués, continument bondissants et facétieux] dont l’énergie primitive préfigure dans sa riche texture accomplie, l’audace des Scherzos de la génération suivante, celles des génies modernes : Ravel et Debussy.
L’Adagio est d’une réussite égale : profond, dense, transparent dans ses couleurs tragiques dont l’amertume qui affleure laisse perceptible la morsure d’une blessure intime, secrète. Agile et clair, le violon exprime une sincérité implorante, le ressentiment d’un cœur atteint. La cohésion collective apporte un souffle, une ampleur superlative ;
Le Finale est d’une rare densité expressive que les interprètes savent toujours inscrire dans l’impétuosité et la transparence même dans ce Final noté appassionato. Les silences, les cadences, les syncopes sont magnifiquement ciselés, chacune exprimant une houle psychiquement complexe, dont l’activité ambivalente, laisse enfin jaillir l’espoir à la fin du cheminement.
Passionnante trajectoire, explicitée avec quelle hauteur par quatre solistes totalement en phase. Rendez vous est déjà pris pour l‘année prochaine… à Seoul.
entretien
LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Klara Min:
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-la-pianiste-klara-min-a-propos-de-la-57-edition-du-festival-classical-bridge-paris-musee-jacquemat-andre-les-23-24-et-25-juin-2025/
La pianiste Klara MIN a le génie des passerelles et des ponts créatifs. En invitant ses partenaires et amis de longue date, la pianiste cultive les affinités électives, suscite le partage et la communion auxquels sont conviés les spectateurs parisiens. Dans l’écrin somptueux et intimiste du Musée Jacquemart-André, le festival qu’elle a créé : « CLASSICAL BRIDGE », propose 3 concerts exceptionnels, les 23, 24 et 25 juin prochains. Au programme, vertiges pianistiques et chambrisme ciselé, en parfaite harmonie avec les salons patrimoniaux de l’un des plus séduisants musées de la Capitale. Explications et présentation de la déjà 5ème édition…





