CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ©s par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs rĂ©unie / recomposĂ©e pour chaque projet / ouvrage lyrique : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani : en un album choc intitulĂ© non sans esprit de provoc “Mission”), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant) Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais pu depuis, Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier par le prince barbare prince Hermann Arminius, commandant des 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au-delĂ  du Rhin.
L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo, le romain dĂ©fait, est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui peine Ă  goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.
Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano cĂ©lĂ©brĂ©e alors, Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de se produire comme chanteur pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi dans ses futurs oratorios.

Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero… Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu… Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle.
A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂšrent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant.
Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau genre de l’oratorio anglais (en anglais Ă©videmment et non plus en italien), format inĂ©dit, promis Ă  de nombreux triomphes.

cencic Arminio-Cencic-1024x680LA CRITIQUE DU CD ARMINIO DE HAENDEL PAR MAX EMANUEL CENCIC. InterprĂ©tation d’Arminio. Ecartons d’emblĂ©e le maillon faible du plateau vocal globalement Ă©quilibrĂ© et homogĂšne : le Sigismondo de la haute-contre Vince Yi : timbre clair certes mais le plus souvent aigre et trop mĂ©tallisĂ©, avec une rĂ©guliĂšre et persistante incomprĂ©henion au texte italien, dĂ©duite de ses respirations instables, des ses phrasĂ©s discutables (comprend-t-il rĂ©ellement ce qu’il chante?).
D’autant que le sopraniste faiblit sur la durĂ©e et dans le dĂ©roulement de l’action, sans aucune nuance dans l’Ă©mission ; il claironne rĂ©vĂ©lant de grandes failles dans ses rĂ©citatifs si peu colorĂ©s, comme expĂ©diĂ©s avec toujours la mĂȘme intonation, projetant avec intensitĂ© mais artifice tous ses airs, tel un instrument sans Ăąme. Tout cela contredit le travail des autres chanteurs dans le sens de la caractĂ©risation des passions.

En Arminio, rĂ©flĂ©chi, intĂ©rieur et souvent profond, Ă©videmment Max Emanuel Cencic se taille la part du lion, incarnant idĂ©alement la figure de l’hĂ©roĂŻsme et du stoicisme, prĂȘt Ă  se sacrifier pour la cause morale dont il est serviteur jusqu’au dĂ©nouement du drame. L’alto sĂ©duit toujours par la justesse de son intonation, mĂȘlant idĂ©alement tendresse grave, contredite ensuite par un indĂ©fectible esprit de revanche et de fiĂšre dĂ©termination (“Ritorno alle ritorte” qui ouvre le III).

MĂȘme sur un bon niveau vocal, la voix parfois poussĂ©e de la soprano Layla Claire (Tusnelda, Ă©pouse d’Arminio et fille de SĂ©geste) peine Ă  trouver une teinte affirmĂ©e dans le personnage tout autant loyal que celui de son Ă©poux Arminio. De toute Ă©vidence l’opĂ©ra de Haendel prend parti pour les Barbares… qui n’ont de barbare que leur (fausse) rĂ©putation, tant les Germains ici surclassent en grandeur morale leur rivaux romains.

Plus convaincant le Varo du tĂ©nor hĂ©roĂŻque Juan Sancho : il campe un romain colonisateur et conquĂ©rant par une voix claire et mĂ©tallique, idĂ©ale dans son air avec cor : “Mira il ciel”  (au III) ; la Ramise de l’alto fĂ©minin, cuivrĂ©e, incarnĂ©e de Ruxandra Donose s’affirme nettement (Voglio seguir) mĂȘme si l’on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© articulation plus prĂ©cise et percutante.
De toute Ă©vidence, l’ouvrage fait l’apothĂ©ose des Germains, outrageusement dĂ©nigrĂ©s et finalement consolidĂ©s dans leur indĂ©fectible sens de l’honneur ; tout converge et prĂ©pare au duo final des Ă©poux enfin libĂ©rĂ©s, rĂ©confortĂ©s (aprĂšs la mort expĂ©diĂ©e de Vero) : duetto final d’Arminio et Tusnelda qui rĂ©alise le lieto finale, dĂ©nouement heureux de mise dans tout seria. Le tenue orchestrale d’Armonia Atenea, conduit par George Petrou confirme sa rĂ©putation : alliant nervositĂ© et fluiditĂ©, acuitĂ© et accent d’un continuo, vĂ©ritable acteur plutĂŽt qui suiveur. Belle rĂ©alisation rĂ©vĂ©lant un inĂ©dit de Haendel. La production Ă©tait l’Ă©vĂ©nement du dernier festival Haendel de Karlsruhe (fĂ©vrier 2016) : on souhaite Ă  l’Ă©vĂ©nement allemand bien d’autres rĂ©surrections dĂ©fendues par un engagement aussi partagĂ© (hormis les solistes nettement moins convaincants que leur partenaires). MalgrĂ© ces (petites) rĂ©serves, la prĂ©sente rĂ©surrection mĂ©rite le meilleur accueil.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Haendel : Arminio HWV 36, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic (Arminio), Juan Sancho (Varo), Ruxandra Donose (Ramise), Layla Claire (Tusnelda), Xavier Sabata (Tullio)… Armonia Atenea. George Petrou, direction; EnregistrĂ© en septembre 2015 Ă  AthĂšnes — 2 cd Decca 478 8764. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2016.

CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

CD, opéra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014)

cd vinci metastase catone in utica opera max emanuel cencic franco fagioli cd opera critique CLIC de classiquenews juin 2015CD, opĂ©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Contre la tyrannie impĂ©riale… Siroe (1726), Semiramide riconosciuta (1729), Alessandro nell’India (1729), Artaserse (1730)… Leonardo Vinci a crĂ©Ă©e nombre de livrets de MĂ©tastase sur la scĂšne lyrique, assurant pour beaucoup leur longĂ©vitĂ© sur les planches comme en tĂ©moigne le nombre de leurs reprises et les traitements musicaux par des compositeurs diffĂ©rents (dont Ă©videmment Haendel) : 24 fois pour Catone, 68 fois pour Alessandro, 83 fois pour Artaserse (ouvrage prĂ©cĂ©demment abordĂ© par Cencic et sa brillante Ă©quipe, sujet d’un passionnant DVD chez Warner classics). Leonardo Vinci, homonyme du cĂ©lĂšbre peintre de la Renaissance est donc une figure majeure de l’essor du genre seria napolitain au dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcle.
C’est l’enseignement que dĂ©fend aujourd’hui Max Emanuel Cencic ; c’est aussi le cas naturellement de Catone in Utica, crĂ©Ă© en 1728 Ă  Rome dans lequel Vinci dĂ©ploie une urgence et une hargne sans pareil pour incarner la rĂ©sistance de l’idĂ©al rĂ©publicain romain (incarnĂ©e par Caton et ses partisans) contre la tyrannie impĂ©riale incarnĂ©e par CĂ©sar. A travers l’opposition guerriĂšre en Utique du vieux rĂ©publicain et du jeune Empereur, se joue aussi le destin d’une famille, celle de Caton et de sa fille Marzia… laquelle aime contre l’idĂ©alisme et les combats moraux de son pĂšre,… Cesare. La passion dĂ©sespĂ©rĂ©e du pĂšre qui apprend un tel sentiment se dĂ©verse en un air foudroyant de haine et de dĂ©ploration impuissante Ă  la fois, lequel illumine tout l’acte II (L’ira soffrir saprei / Je saurai toujours endurer.. : coeur du politique endurci pourtant atteint dans sa chair, cd3 plage2).
Du reste l’entĂȘtĂ©e jeune fille ne fait pas seulement le dĂ©pit de son pĂšre, mais aussi celui de son prĂ©tendant Arbace, alliĂ© de Catone et qui doit bien reconnaĂźtre lui aussi la suprĂ©matie de Cesare dans le coeur de son aimĂ©e (superbe air de lamentation langoureuse, cd3, plage7 : Che sia la gelosia / Il est vai que la jalousie…)
Le rĂ©alisme (outrancier pour l’audience romaine… qui y voyait trop ouvertement l’engagement de Vinci et Metastase contre l’impĂ©rialisme des Habsbourg en Italie…) se dĂ©voile surtout dans l’acte III et ses coupes nerveuses, convulsives que l’ensemble Il Pomo d’oro saisit Ă  bras le corps. DĂ©termination de Fulvio partisan de Cesare, certitude de Cesare au triomphalisme aigu, portĂ© par l’amour que lui porte la propre fille de son vieil ennemi, laquelle s’embrase en vertiges et panique inquiĂšte (air confusa, smarrita / confuse, Ă©garĂ©e, cd3 plage12), c’est finalement la dĂ©faite de Cesare sur le plan moral et sentimental qui Ă©clate en fin d’action : car l’Empereur ici perd et la reconnaissance de son plus ardent rival (Caton se suicide, scĂšne XII) et l’amour de celle qui avait Ă©treint son cƓur, Marzia qui finalement le rejette par compassion pour la mort de son pĂšre… Autant de passions affrontĂ©es, exacerbĂ©es surgissent Ă©clatantes dans le trĂšs impressionnant quatuor (pour l’Ă©poque) qui conclue la scĂšne 8 : une sĂ©quence parfaitement rĂ©ussie, dramatiquement aussi ciselĂ©e qu’efficace dans l’exposition des enjeux simultanĂ©s. Un modĂšle du genre seria. Et le meilleur argument pour redĂ©couvrir l’Ă©criture de Vinci.

 

 

 

 

Catone in Utica (1728) confirme les affinitĂ©s du contre-tĂ©nor Cencic avec l’opĂ©ra seria metastasien du dĂ©but XVIIIĂšme

Seria napolitain, idéalement expressif et caractérisé

 

 

CLIC_macaron_2014vinci leonardo portrait compositeur napolitainDans le sillon de ses prĂ©cĂ©dentes rĂ©alisations qui ont rĂ©uni sur la mĂȘme scĂšne, un plateau de contre tĂ©nors caractĂ©risĂ©s (Siroe de Hasse, Artaserse de Vinci), Max Emanuel Cencic, chanteur initiateur de la production, rend hommage Ă  l’Ăąge d’or du seria napolitain. C’est Ă  nouveau une pleine rĂ©ussite qui s’appuie surtout sur l’engagement vocale et expressif des solistes dans les rĂŽles dessinĂ©s avec soin par Vinci et MĂ©tastase : le cĂŽtĂ© des vertueux rĂ©publicains, opposĂ©s Ă  Cesare est trĂšs finement dĂ©fendu. Saluons ainsi le Catone palpitant et subtile du tĂ©nor Juan Sancho, comme le veloutĂ© plus langoureux de Max Emanuel Cencic dans le rĂŽle d’Arbace. Le sopraniste Valer Sabadus trouve souvent l’intonation juste et la couleur fĂ©minine nuancĂ©e dans le rĂŽle de la fille d’abord infidĂšle Ă  son pĂšre puis obĂ©issante (Marzia). Reste que face Ă  eux, les vocalisations et la tension dramatique qu’apporte Franco Faggioli au personnage de Cesare consolident la grande cohĂ©rence artistique de la production. D’autant que les chanteurs peuvent s’appuyer sur le tapis vibrant et mĂȘme parfois trop bondissant des instrumentistes d’Il Pomo d’Oro pilotĂ© par Riccardo Minasi.
De toute Ă©vidence, en ces temps de pĂ©nuries de nouvelles productions lyriques liĂ©es au disque, ce Catone in Utica renouvelle l’accomplissement des prĂ©cĂ©dentes rĂ©surrections promues par le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic dont n’on avait pas mesurĂ© suffisamment l’esprit dĂ©fricheur. Les fruits de ses recherches et son intuition inspirĂ©e apportent leurs indiscutables apports.

Les amateurs de baroque hĂ©roĂŻque, enflammĂ© pourront dĂ©couvrir l’ouvrage de Vinci et MĂ©tastase en version scĂ©nique Ă  l’OpĂ©ra de Versailles, pour 4 dates, les 16,19,21 juin 2015. N’y paraissent que des chanteurs masculins en conformitĂ© avec le dĂ©cret pontifical de Sixtus V (1588) interdisant aux femmes de se produire sur une scĂšne. Le disque rĂ©alisĂ© en mars 2014 et publiĂ© par Decca a particuliĂšrement sĂ©duit la rĂ©daction cd de classiquenews, c’est donc un CLIC de classiquenews.

CD, opĂ©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Avec Max Emanuel Cencic (Arbace) · Franco Fagioli (Cesare) – Juan Sancho (Catone) · Valer Sabadus (Marzia) · Vince Yi (Emilia) – Martin Mitterrutzner (Fulvio) – Il Pomo D’oro · Riccardo Minasi, direction. 3 cd DECCA 0289 478 8194 – PremiĂšre mondiale. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2014.

Illustration : Leonardo Vinci (DR)

Versailles : Catone, le nouvel opéra recréé de Leonardo Vinci

vinci leonardo portrait compositeur napolitainVersailles, OpĂ©ra royal. Vinci : Catone in Utica: 16,19,21 juin 2015. CrĂ©ation. AprĂšs Artaserse, dĂ©jĂ  recrĂ©ation mondiale imposant le cahnt dĂ©sormais souverain des nouveaux contretĂ©nors, voici un nouvel Ă©vĂ©nement lyrique baroque, conçu par le chanteur Max Emanul Cencic : Catone in Utica. On connaĂźt l’opĂ©ra de Vivaldi qui lui est postĂ©rieur.  Le sujet met en avant la valeur moral du politique vertueux : le romain Caton, mort Ă  Utique en Tunisie en 46 avant JC. Ennemi de la corruption et des abus financiers, rĂ©publicain convaincu, Caton ose se dresser contre la tyrannie de Jules CĂ©sar (-59). DĂ©fenseur de PompĂ©e, Caton doit fuir en Afrique avec l’armĂ©e des rĂ©publicains… AustĂšre et stoĂŻque, Caton incarne un idĂ©al politique. Aux portes de la dĂ©faite, il prĂ©fĂšre se tuer Ă  Utique tout en mĂ©ditant le dialogue PhĂ©dron de Platon qui y disserte sur l’immortalitĂ© de l’Ăąme  ; le suicide de Cation est documentĂ© et relatĂ© par Plutarque (Vies parallĂšle des hommes illustres). L’opĂ©ra prend prĂ©texte de l’histoire de Caton pour aborder une figure passionnante de la loyautĂ© et du devoir… prĂ©monition de ce que sera l’opera seria inspirĂ© au XVIIIĂš par l’esprit des LumiĂšres.

catone-utica-lethiere-nu-allongeFlamboyant napolitain, Leonardo Vinci (1690-1730) aborde le sĂ©rieux du sujet avec une verve musicale et lyrique aussi irrĂ©sistible que son opĂ©ra prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă© (et prĂ©sentĂ© aussi Ă  Versailles, Artaserse : l’opĂ©ra qui marque le sommet de carriĂšre comme maĂźtre de chapelle Ă  la Cour royal de Naples et qui est aussi l’oeuvre contemporaine de sa disparition en 173 donc Ă  seulement 40 ans). Le compositeur comme Porpora conçoit son ouvrage pour les castrats, selon l’esthĂ©tique proprement napolitaine : virtuositĂ©, expressivitĂ©, franchise. Habile artisan des contrastes dramatiques, Vinci construit tout son opĂ©ra sur l’opposition entre les deux ennemis politiques : l’ambitieux tyranique Jules Cesare et le rĂ©publicain vertueux, Ă  l’inflexible Ă©thique, Caton.
Arguments forts de la production versaillaise, sa distribution qui promet de nouvelles pyrotechnies vocales grĂące aux 3 contre tĂ©nors rĂ©unis : Max Emanuel Cencic, surtout les deux Ă©toiles de la nouvelle gĂ©nĂ©ration : Franco Fagioli (altiste) et Valer Sabadus (sopraniste) dont l’intensitĂ© du chant, l’engagement rare, l’Ă©clat mitraillette, l’autoritĂ© technique marquent chaque prestation. L’enregistrement au disque est annoncĂ© chez Decca simultanĂ©ment en juin 2015.
Hier dĂ©fendu et pour la majoritĂ© des gravures produites alors, recrĂ©Ă© par les artistes de la Capella de’Turchini (Antonio Florio, direction), Leonardo Vinci connaĂźt un regain de faveur auprĂšs des directeurs et producteurs de thĂ©Ăątre : le public suit naturellement, heureux de redĂ©couvrir les perles du seria napolitain du premier Settecento, d’autant plus convaincant grĂące Ă  une gĂ©nĂ©ration nouvelle de contretĂ©nors experts dans ce rĂ©pertoire.

 
 

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Vinci : Catone in Utica Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
Les 16, 19 et 21 juin 2015

PremiĂšre en France / nouvelle production
Opera seria en trois actes. Livret de Métastase.
Créé au Teatro delle Dame de Rome, le 19 janvier 1728.

Franco Fagioli, Cesare
Juan Sancho, Catone
Max Emanuel Cencic, Arbace
Valer Sabadus, Marzia
Martin Mitterrutzner, Fulvio
Vince Yi, Emilia

Jakob Peters-Messer, mise en scĂšne

Il Pomo d’Oro
Riccardo Minasi, direction

 
 
 
Illustration : Mort de Caton Ă  Utique par Guillon LethiĂšre, 1795. Caton se donne la mort par Laurens (1863)

 
 
 

OpĂ©ra, annonce. Siroe de Hasse Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain, le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD événement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013)

hasse siroe cencic cd deccaCD Ă©vĂ©nement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013). Depuis Faramondo qu’il a portĂ© seul, Cencic a montrĂ© de quelle Ă©nergie il Ă©tait capable dans le registre du dĂ©frichement lyrique. AprĂšs Haendel, voici Hasse : un compositeur emblĂ©matique de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien, auteur de prĂšs de 60 ouvrages lyriques qui lui assurĂšrent une gloire plus grande encore que l’autre Saxon. De Hambourg Ă  Dresde, de Vienne Ă  Venise, Hasse, Ă©poux Ă  la ville de la diva mezzo Faustina Bordoni (adule par Haendel), n’a cessĂ© de faire Ă©voluer l’Ă©criture opĂ©ratique du baroque mĂ»r vers le classicisme naissant, veillant toujours Ă  un juste et subtil Ă©quilibre entre virtuositĂ© du chanteur et cohĂ©rence dramatique. Il partage avec Jommelli, cette facilitĂ© souvent irrĂ©sistible, affirmant toujours une maestriĂ  indiscutable, de style ouvertement napolitain. EnregistrĂ©e en juillet 2014 Ă  AthĂšnes et sur le vif lors de la crĂ©ation de cette production nouvelle qui arrive en France Ă  Versailles en novembre 2014, la lecture s’appuie sur la complicitĂ© superlative d’un orchestre en tout point idĂ©alement articulĂ©, diversement nuancĂ© (dirigĂ© par l’excellent George Petrou) ; la rĂ©alisation rĂ©ussit indiscutablement grĂące aussi au plateau de solistes, marjoritairement remarquables d’engagement et de sensibilitĂ© : Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)…

Hasse, poùte du cƓur

CLIC_macaron_2014Chacune des sopranos exprime les dĂ©sirs, les Ă©preuves de coeurs Ă©prouvĂ©s : Emira travesti en Idapse Ă  la Cour de Cosroe balance entre son amour pour Siroe et sa vengeance contre le roi de Perse qui a fait tuer son propre pĂšre : devoir ou bonheur personnel, tel est l’Ă©ternelle question. La jubilation vocale tout en finesse de son air au II (d’un pastoralisme enchantĂ© et presque badin : Non vi piacque…) s’accorde au raffinement tĂ©nu de la parti orchestrale avec cor, subtilement dirigĂ© par  George Petrou : air d’une rĂȘverie suggestive et en mĂȘme temps d’une justesse remarquable,  profonde et intĂ©rieure comme si le personnage se dĂ©doublait et faisait sa propre autocritique… accordĂ©e Ă  la finesse du chef et des musiciens d’Armonia Atenea, la subtilitĂ© de l’interprĂšte se rĂ©vĂšle irrĂ©sistible.Un accomplissement enivrant. L’Ă©criture de Hasse fait valoir son gĂ©nie de la vocalise dont on comprend parfaitement qu’il ait portĂ© les chanteurs mitraillettes et ports de voix soucieux d’en dĂ©montrer ; mais outre la pure performance, il y a surtout une sensibilitĂ© trĂšs affĂ»tĂ©e Ă  exprimer les caractĂšres et climats Ă©motionnels les plus nuancĂ©s… de quoi rĂ©aliser pour les artistes et interprĂštes les plus fins de vrais portraits supĂ©rieurs et profonds. Une qualitĂ© partagĂ© avec le meilleur Haendel.

Juan Sancho laisse percevoir l’ampleur du rĂŽle du pĂšre Cosroe, Ăąme palpitante elle aussi, marquĂ©e voire dĂ©passĂ©e par le pouvoir et la rivalitĂ© entre ses deux fils (en fin d’action il abdiquera) : le personnage est dĂ©jĂ  mozartien, d’une subtilitĂ© frĂ©missante qui annonce Idomeneo, rien de moins : dans son grand air de 8mn au III, ” Gelido in ogni vena ” : le tĂ©nor Ă  l’aise malgrĂ© les intervalles redoutables de l’air, laisse se prĂ©ciser la vision Ă©mue du pĂšre face Ă  son fils emprisonnĂ© et condamnĂ© Ă  mort (Siroe)… A travers la ligne acrobatique et vertigineuse du chant se glisse le frisson de la terreur et de la compassion : tout Hasse est concentrĂ© dans cet air aux couleurs doubles, aussi virtuose que profond. Et le continuo se montre lui aussi remarquable de relief expressif. L’acmĂ© Ă©motionnel de l’opĂ©ra demeure ce qui suit : l’air funĂšbre (un Florestan avant l’heure) de SiroĂ© dans son cachot abĂźmĂ© dans les pensĂ©es les plus sombres : un air que les interprĂštes empruntent au Tito Vespasiano de Hasse, prĂ©cĂ©dĂ© ici par un recitatif accompagnato du propre Siroe de … Haendel. Cencic, plus grave et sombre que jamais se rĂ©vĂšle d’une intensitĂ© juste, convaincant dans le portrait du fils aĂźnĂ© vertueux, dĂ©criĂ©, solitaire qui finalement triomphe. Contrepoint aussi habitĂ© et furieusement agile, le Medarse de Franco Fagioli, d’une trempe prĂ©cise, tranchante, fulgurante. Dans le rĂŽle du frĂšre cadet jaloux, menteur, ” Mr Bartolo ” enchante littĂ©ralement par la tenue parfaite de ses vocalises Ă  foison, vĂ©ritable mitraillette Ă  cascades vocales toutes nuancĂ©es, caractĂ©risĂ©es, d’une diversitĂ© de ton admirable et projetĂ©es sur un souffle long, idĂ©alement gĂ©rĂ©. Quel acteur et quel chanteur (air final : ” Torrente cresciuto per torbida piena “). Seule rĂ©serve, le soprano pour le coup plus mĂ©canique que les autres, de Julia Lezhneva (Leodice, la maĂźtresse de Cosroe le pĂšre, amoureuse du fils Siroe), certes virtuose mais souvent totalement artificiel (Ă©couter son ultime air, caricature de tunnel de vocalises empruntĂ© au Britannicus de Graun): son absence d’Ă©motivitĂ© et de sensibilitĂ© ardente comme nuancĂ©e paraĂźt un contre sens dans cet arĂ©opage de tempĂ©raments vocaux si finement caractĂ©risĂ©s. En soulignant combien le seria de Hasse est portĂ© par une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle inscrite dans son Ă©criture, les interprĂštes ne pouvaient mieux faire. Une remarquable rĂ©surrection servie par un chef et un plateau vocal globalement superlatifs. Courrez dĂ©couvrir cet oeuvre palpitante, dĂ©fendue avec sensibilitĂ© et intelligence par les mĂȘmes interprĂštes Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (et avec mise en scĂšne de Cencic lui-mĂȘme), les 26,28,30 novembre 2014.

Hasse : Siroe (version Dresde II, 1763). Max Emanuel Cencic (Siroe), Franco Fagioli (Medarse), Juan Sancho (Cosroe), Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)… Armonia Atenea. George Petrou, direction. 2 cd DECCA. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  AthĂšnes en  juillet 2013.

 

 

 

Argument synopsis

Acte I. Le roi des perses Cosroe convoque ses deux fils, le cadet Medarse apparemment gentil et favori du souverain et Siroe plus inflexible face Ă  l’autoritĂ© paternel. Survient Emira qui aime Siroe mais se cache sous le nom d’Idaspe : elle jeure de venger son pĂšre en tuant Cosroe son assassin. De son cĂŽtĂ© la maĂźtresse de Cosroe, Laodice aime Siroe mais jalouse est prĂȘte Ă  l’accuser de parjure. Devant Cosroe, tous accuse Siroe de trahison (alros que Siroe a Ă©crit une lettre Ă  son pĂšre pour le mettre en garde). A la fin de l’acte, Siroe le vertueux est dĂ©criĂ© par tous.

Acte II. Medarse et Emira complotent contre Siroe et Cosroe. Le premier veut faire tuer sonfrĂšre pour prendre le trĂŽne de son pĂšre ; le seconde mĂȘme si elle aime Siroe, veut tuer Cosroe pour venger la mĂ©moire de son pĂšre… Au comble du travestissement, Emira, toujours vĂȘtu en Idaspe, affirme aimer Loadice…  Siroe est de plus en plus seul et son pĂšre l’exhorte Ă  avouer son crime contre le trĂŽne et dĂ©noncer ses complices.

Acte III. Leodice, Emira, Arasse prennent la dĂ©fense de Siroe vis Ă  vis de Cosroe. A Idaspe/Emira, Medarse rĂ©vĂšle sa volontĂ© de nuire Ă  Siroe pour prendre le trĂŽne… EmprisonnĂ©, Siroe se lamente sur son sort (temps fort de l’opĂ©ra oĂč le fils vertueux dĂ©criĂ© exprime sa souffrance intĂ©rieure) mais il est libĂ©rĂ© par Arasse : tous, – Loedice, Emira/Idaspe, Cosroe souhaite son pardon : il est couronnĂ© Ă  la place de son pĂšre qui abdique. Le final cĂ©lĂšbre les vertus du pardon et de la loyautĂ© morale incarnĂ©e par Siroe.

CD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)

Haendel handel _TAMERLANO_Naive Ainsley gauvin cencicCD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)… Plus ciselĂ©s et mordants, plus inventifs et renouvelĂ©s que Curtis par exemple, Riccardo Minasi et les instrumentistes d’Il pomo d’oro convainquent musicalement : leur caractĂ©risation du drame sombre voire hautement tragique de Tamerlano (1724) reste souvent saisissante (attĂ©nuation murmurĂ©e constamment souple, proche en cela du texte, colorant idĂ©alement les caractĂšres de chaque personnages selon la situation. Jamais le continuo des recitatifs ne s’enlise : il suit l’arc tendu du verbe et accuse le relief ou les vertiges des oppositions, confrontations, manipulations entre les personnages : un pĂšre (Bajazet) et sa fille (Asteria), proies impuissantes de la cruautĂ© la plus abjecte incarnĂ© par le repoussant Tamerlano qui en fait n’est pas le hĂ©ros de l’opĂ©ra,… plutĂŽt un faire valoir du rĂŽle immense de Bajazet, prince noir mais noble et digne… qui prĂ©fĂšre la morsure du poison et la dĂ©livrance finale qu’il promet, plutĂŽt que vivre l’Ă©tat d’humiliation et d’asservissement qu’aime cultiver contre lui et sa fille, l’ignoble Tamerlano.

Tamerlano chambriste, essentiellement vocal

CLIC D'OR macaron 200Contrairement au visuel de couverture ce n’est ni Tamerlano et son interprĂšte qui se hissent au sommet de la rĂ©alisation : mais plutĂŽt l’excellent Bajazet de John Mark Ainsley : prince noble et d’une grandeur morale admirable, attendrie encore par ce lien filial et tĂ©nue (ici trĂšs bien exprimĂ©) qui le rattache Ă  sa fille, double de souffrance Ă  ses cĂŽtĂ©s (trĂšs honnĂȘte Karine Gauvin dans un rĂŽle fĂ©minin riche en couleurs crĂ©pusculaires lui aussi). Rien Ă  dire non plus au fiancĂ© d’Asteria, l’Andronico de Cencic : vivant, palpitant, toujours hautement engagĂ© lui aussi. La version est intensĂ©ment vocale donc dramatiquement proche du thĂ©Ăątre cornĂ©lien, oĂč l’Ă©quilibre instruments et chant se rĂ©vĂšle idĂ©al. La comprĂ©hension du chef saisit par son intelligence, et la qualitĂ© globalement engageante des solistes dĂ©fend superbement l’opĂ©ra haendĂ©lien. Excellente surprise.

Georg Friederich Haendel (1685-1759): Tamerlano, HWV 18 (1731 version). Avec Xavier Sabata (Tamerlano), Max Emanuel Cenčić (Andronico), John Mark Ainsley (Bajazet), Karina Gauvin (Asteria), Ruxandra Donose (Irene), Pavel Kudinov (Leone). Il pomo d’oro. Riccardo Minasi, direction. EnregistrĂ© en Italie, en avril 2013.  3cd NaĂŻve V 5373.

Compte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 19 mars 2014. Leonardo Vinci : Artaserse. Vince Yi
 Concerto Köln, Diego Fasolis, direction.

Dans la splendide programmation de l’OpĂ©ra Royal Ă  Versailles, c’est une des plus belles crĂ©ations baroques de la saison 2012/2013 que nous avons retrouvĂ© ce soir : Artaserse de Leonardo Vinci. Cet opĂ©ra, est un vĂ©ritable joyau perdu et aujourd’hui retrouvĂ©, grĂące au travail de recherche de Max – Emmanuel Cencic, toujours en quĂȘte de nouveautĂ©. Il fut composĂ© par un calabrais mĂ©connu du XVIIIe siĂšcle, Leonardo Vinci, sur le livret de Pietro Metastasio. C’est sur l’une des scĂšnes françaises les plus dynamiques, l’OpĂ©ra National de Lorraine Ă  Nancy qu’il a revu le jour l’annĂ©e derniĂšre. Nous y Ă©tions et vous avions relatĂ© toute la splendeur musicale et scĂ©nique qui nous avait Ă©tĂ© donnĂ©e d’entendre et de voir. Plus d’un an aprĂšs, disons le tout de suite, non seulement cet Artaserse n’a pas pris une ride mais il s’est bonifiĂ©. CrĂ©Ă© Ă  Rome en 1730, il ne put ĂȘtre chantĂ© que par des hommes y compris les rĂŽles fĂ©minins. Conservant ce principe, c’est donc un plateau de contre-tĂ©nors qui nous est offert dans cette magnifique production.

Recréation mémorable

vinci- artaserse_-_opera_royal_du_chateau_de_versaillesPietro Metastasio a offert, Ă  Vinci et aux castras, stars de la scĂšne en son temps, un livret Ă  la trame intensĂ©ment dramatique. La constance des sentiments les plus nobles s’y trouve confrontĂ©e Ă  la noirceur si humaine d’un pĂšre Ă©pris de pouvoir et d’un amoureux Ă©conduit, ainsi qu’aux doutes  qui s’emparent des hĂ©ros, face Ă  une vĂ©ritĂ© multiple. Les interprĂštes trouvent ici, en transcendant la virtuositĂ© la plus pure permise par la partition, des affects tragiques susceptibles d’offrir une vĂ©ritable Ă©motion, empreinte de mĂ©lancolie et de passion, au public.
Et si l’amour est Ă©videmment prĂ©sent, l’amitiĂ©, sentiment noble par excellence y tient un rĂŽle majeur. C’est elle qui permet de parvenir Ă  dĂ©nouer les machinations les plus cruelles et Ă  un tout jeune empereur de vaincre les tourments qui lui sont imposĂ©s.
Un seul vers tient ainsi en son cƓur la clĂ© de la tragĂ©die :« Mais je sais pour mon malheur/que l’amitiĂ© Ă©tait pour moi le choix du cƓur/et pour vous une nĂ©cessité ». C’est l’amitiĂ© qui Ă©vite une fin tragique, permettant aux deux couples (Artaserse/SĂ©mire – Arbace/Mandane, rĂ©ciproquement frĂšre et sƓur) de trouver le bonheur et pour Artabane, le pĂšre fĂ©lon, la rĂ©demption.
Musique et texte sont d’une grande beautĂ©, soulignons ici le trĂšs beau travail de traduction de Jean-François Lattarico. La mise en scĂšne de Silviu Purcărete, extrĂȘmement intelligente et percutante, souligne l’urgence et la violence des situations avec une fluiditĂ© qui suit avec brio, le rythme de la musique. Costumes  exubĂ©rants et Ă©clairages viennent participer avec justesse, au choix de la mise en abĂźme de ce thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, oĂč tout n’est qu’illusion, oĂč la scĂšne prend possession de l’acteur et du spectateur, nous emportant dans un monde merveilleux.
Un seul changement, mais non des moindres, intervient dans la distribution. Philippe Jarrousky, qui avait donnĂ© par sa sensibilitĂ© toute sa consistance au personnage d’Artaserse, est ici remplacĂ© par un jeune contre-tĂ©nor d’origine amĂ©ricano-corĂ©enne, Vince Yi. MĂȘme si ce dernier est encore dramatiquement un peu moins mĂąture, son timbre, sa technique, ses aigus qui scintillent comme les plus prĂ©cieux des diamants, sans compter un rĂ©el panache lui permettent de vaincre trĂšs vite nos regrets. Voici un jeune homme promis Ă  un trĂšs bel avenir.
Depuis Nancy, le reste de la distribution a acquis une maturitĂ©, qui fait de cet Artaserse un duel Ă  fleurets mouchetĂ©s totalement incandescent. Les rĂ©serves que certains avaient pu Ă©mettre sur Juan Sancho (Artabano) et Yuriy Mynenko (Megabise) sont totalement soulevĂ©es tant chacun des chanteurs donne corps et Ăąmes Ă  ces deux rĂŽles de mĂ©chants, tourmentĂ© pour le premier, pervers pour le second. Tous deux sont des traĂźtres au dĂ©lire flamboyant et d’une maĂźtrise vocale Ă©poustouflante.
Le timbre de Valer Barna Sabadus (SĂ©mire, la sƓur d’Arbace et l’amante d’Artaserse) a gagnĂ© en suavité  et en profondeur. DĂšs l’acte I et son air « Torna innocente… », il est habitĂ© par son personnage et l’on tombe sous le charme de cet oiseau de paix, vĂȘtu de plumes blanches, aussi pur que ces intentions dans un monde de noirs sentiments.
Franco Fagioli (Arbase) Ă  l’hĂ©roĂŻsme tant vocal que scĂ©nique est Ă©tourdissant de virtuositĂ©. Son morceau de bravoure tant attendu du public « Vo solcando un mar crudele » totalement maĂźtrisĂ©, a dĂ©clenchĂ© un tonnerre d’applaudissements et plusieurs rappels. Avec un Max-Emmanuel Cencic  – dans le rĂŽle de Mandane- au timbre toujours aussi fascinant, Ă  la rondeur veloutĂ©, ils forment un couple qui ne peut que sĂ©duire. DĂšs le Duetto de l’acte I, leurs voix s’unissent en un legato aux envoĂ»tantes volutes, sensuelles et doloristes.
Dans la fosse le Concerto Köln fait preuve d’une Ăąme italienne et d’une splendeur dramatique rares. La direction de Diego Fasolis mĂ©lange de prĂ©cision et de tĂ©mĂ©ritĂ©, est un bonheur constant pour ce rĂ©pertoire. A l’issue du concert c’est un vĂ©ritable triomphe qui a Ă©tĂ© fait Ă  l’ensemble des interprĂštes, acteurs d’une soirĂ©e inoubliable.

Versailles. OpĂ©ra Royal, le 19 mars 2014. Leonardo Vinci (1690 – 1730) : Artaserse; opĂ©ra en trois actes sur un livret de Pietro Metastasio. Artaserse, Vince Yi ; Mandane, Max-Emmanuel Cencic ; Artabano, Juan Sancho ; Arbace, Franco Fagioli ; Semira, Valer Barna Sabadus ; Megabise : Yuriy Mynenko. Concerto Köln, Diego Fasolis, direction. Silviu Purcărete, mise en scĂšne et lumiĂšres. DĂ©cors, costumes, lumiĂšres : Helmut StĂŒrmer. LumiĂšres, Jerry Skelton

 

 

DVD. Artaserse de Vinci par Fagioli et Cencic

erato artaserse vinci fagioli cencic dvdDVD. Leonardo Vinci : Artaserse (Fagioli, Cencic, Fasolis, 2012). Rome, 1730. Leonardo Vinci (1690-1730) fait crĂ©er son dernier opĂ©ra seria Artaserse, livret de MĂ©tastase (plutĂŽt conventionnel et
 prĂ©visible dans ses successions de rĂ©citatifs, aria da capo, sorties traditionnelles
), dans une distribution exclusivement masculine car les femmes Ă©taient interdites de scĂšne lyrique selon les lois papales. Place donc aux scĂšnes hĂ©roĂŻques, aux effusions sensuelles avec un nombre impressionnant d’emplois travestis.
Honneurs aux contres tĂ©nors (5 au total aux cĂŽtĂ©s du seul tĂ©nor Juan Sancho) Ă  dĂ©faut de castrats dans cette rĂ©crĂ©ation moderne (costumes Ă  l’appui, style extravangaza ou Cage aux folles mais avec un accent « baroque » contemporain : la fashion week n’a qu’à se rhabiller!). Sans rĂ©elle direction d’acteurs, cette succession de costumes Ă  paillettes et plumes colorĂ©es aurait fini par singer un mauvais carnaval carioca (c’est de saison), sauf que la tenue des chanteurs force, elle, l’admiration. La caractĂ©risation de chaque personnalitĂ© montre l’essor du chant masculin travesti : jamais les thĂ©Ăątres n’ont pu disposer d’autant de contre tĂ©nors aux timbres et techniques aussi diverses que finement trempĂ©es. Du pain bĂ©ni pour les recrĂ©ations baroques de ce type. Confusion des sexes, vertiges baroques, labyrinthes des identitĂ©s troubles et fascinantes, l’opĂ©ra recrĂ©Ă© est autant un festival de voix sublimes que de personnages dĂ©lirants, dĂ©jantĂ©s, cocasses. MĂȘme s’il paraĂźt peu probable qu’à l’origine, l’ouvrage de Vinci partage cette couleur Drag Queen rĂ©solument moderne, la rĂ©ussite du spectacle ainsi produit s’appuie aussi sur elle : on ne peut en masquer l’impact. L’opĂ©ra devenant alors une implosion en kalĂ©idoscope oĂč dans les dĂ©cors et rĂ©fĂ©rences scĂ©nographiques, l’apparition de perspectives et architectures Ă  l’infini soulignent un spectacle oĂč rĂšgne le dĂ©rĂšglement, le mouvement, la transformation continue ; image vivante d’une machinerie qui se dĂ©voile Ă  vue et exprime l’essence du thĂ©Ăątre baroque : la mĂ©tamorphose. Au centre, tourne la scĂšne de l’action, cependant que les loges dans les cĂŽtĂ©s restent visibles, dĂ©voilant aux spectateurs, les mutations qui s’opĂšrent. Hommes devenues femmes, jeu amoureux oĂč le dĂ©sir est seul moteur, tout est renforcĂ© Ă©videmment par la sĂ©duction des voix rĂ©unies.
Serviteurs d’une partition virtuose qui redouble et surenchĂ©rit les performances vocalisantes, les acteurs du plateau relĂšvent le dĂ©fi.

L’opĂ©ra des 5 contre-tĂ©nors : les « super five »

CLIC D'OR macaron 200En Perse antique, dans un dĂ©ballage de costumes et maquillage qui emprunte au film culte « 300 » (d’ailleurs l’action se passe aussi en Perse mais Ă  l’époque du pĂšre d’Artaserse, XersĂšs, quand le grec Leonidas ose dĂ©fier le souverain oriental
), les intrigues en tout genre vont bon train : trahisons et rĂ©conciliations, rĂ©vĂ©lation et secrets, surtout apothĂ©ose finale de la vertu (dans un monde en dĂ©gĂ©nĂ©rescence
 c’est toujours d’actualitĂ©). Ici les collants et les plumes remplacent les armures et les Ă©pĂ©es… Les « frĂšres » Ă©prouvĂ©s et Ă©loignĂ©s Artaserse/Arbace que l’action Ă  Ă©pisodes fait rivaux pour le pouvoir, se retrouvent enfin, aprĂšs moult avatars : chacun Ă©pouse sa promise : Artaserse, Semira; Arbace, Mandane.
Cencic/Fagioli en vedette
 Max Emanuel Cencic, l’un des contre tĂ©nors vedette du plateau et instigateur de la production incarne justement une femme trouble et coquette, idĂ©alement fĂ©minine et avisĂ©e : Mandane, soeur d’Artaserse, et amante de son ennemi politique, Arbace. Ce dernier, magistralement dĂ©fendu par celui que l’on nomme Ă  prĂ©sent «  il Bartolo », en rĂ©fĂ©rence Ă  la diva romaine vivaldienne, devenue tragĂ©dienne chez Rossini ou Bellini, – Cecilia Bartoli-, s’impose au sommet de l’affiche : trempĂ© certes, acidulĂ© aussi et magnifiquement virtuose lĂ  encore, douĂ© d’une facilitĂ© expressive d’une musicalitĂ© toujours prĂ©servĂ©e : Franco Fagioli est notre modĂšle actuel. Sur les traces des castrats qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© dans le rĂŽle (Carestini et Farinelli), le divino argentin excelle dans une vocalitĂ  flexible et acrobatique, d’une sincĂ©ritĂ© souvent inouĂŻe (magnifique air Ă  la fin du I : Vo solcando un mar cruel).

artaserse vinci cencic jaroussky fagioliAux cĂŽtĂ©s de Cencic et Fagioli, saluons aussi le piquant (bien que plus neutre) de Philippe Jaroussky (Artaserse) qui Ă©trangement paraĂźt nettement moins abouti et surtout moins nuancĂ© que ses partenaires (Ă  part l’élĂ©gie langoureuse en pĂąmoison : que lui reste-t-il?), le tranchant Yuriy Mynenko (MĂ©gabise) s’illustre remarquablement, et surtout Valer Barna Sabadus (Semira) -Ă  la fĂ©minitĂ© avouons-le envoĂ»tante, enrichissent une galerie de hautes personnalitĂ©s vocalement totalement fascinante.
Dans la fosse, Diego Fasolis et les instrumentistes du Concerto Köln redoublent eux aussi d’élĂ©gance nerveuse, de mille sĂ©ductions de timbres et d’accents : un dĂ©filĂ© acrobatiques et chamarrĂ© qui s’inscrit durablement dans notre imaginaire. L’esthĂ©tique vocale et instrumentale de cette production plus que cohĂ©rente parvient Ă  sublimer l’écriture rien que dĂ©monstrative de Leonardo Vinci, champion de l’opĂ©ra napolitain. Superbe production dont le DVD restitue la rĂ©ussite, l’éclat, la tension.

Leonardo Vinci : Artaserse, 1730. Philippe Jaroussky (Artaserse), Max Emanuel Cencic (Mandane), Franco Fagioli (Arbace), Valer Barna-Sabadus (Semira), Yuriy Mynenko (Megabise), Juan Sancho (Artabano). Concerto Köln, Coro della Radiotelevisione Svizzera. Diego Fasolis, direction. Silviu Purcarete, mise en scÚne. Filmé en novembre 2012 à Nancy. 1 dvd Erato. Réf.: 0825646323234. 3h10mn.

agenda

La production d’Artaserse de Leonardo Vinci est Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 19, 21, 23 mars 2014, 20h. La distribution est identique Ă  celle du dvd sauf Philippe Jaroussky absent, remplacĂ© dans le rĂŽle d’Artaserse par Vince Yi.

DĂ©pĂȘche. CD. ROKOKO. Arias de Hasse par Max Emanuel Cencic (Decca)

CLIC_macaron_2014CD  ” clic d’or ” de classiquenews.com. Rokoko : arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-tĂ©nor (1 cd Decca). Avec Rokoko, le contre -Ă©nor croate (nĂ© Ă  Zagreb en 1976) fait une entrĂ©e fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavitĂ© haendĂ©lienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique Ă©blouissante dans ce nouveau programme, cĂ©lĂšbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, vĂ©ritable phare musical europĂ©en au XVIIIĂš : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

cd ” coup de coeur de classiquenews.com “
Rokoko : Hasse ressuscité

Max Emanuel Cencic dévoile le génie lyrique de Hasse

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieBurney tĂ©moin voyageur et mĂ©lomane prĂ©cieux pour la pĂ©riode, n’hĂ©site pas Ă  l’appeler ” Apollon “, tout en soulignant ce en quoi le style hautement raffinĂ©, virtuose pourtant jamais dĂ©coratif de Hasse, fut l’un des plus estimĂ©s de son temps, en particulier par les tĂȘtes couronnĂ©es de Dresde Ă  Vienne… Mais c’est surtout la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© de son Ă©criture qui frappent aujourd’hui.
RĂ©vĂ©lant plusieurs airs extraits des opĂ©ras Arminio, Siroe, Tito Vespasiano (deux airs), Tigrane ou La Spartana generosa) sans omettre le superbe air d’ouverture empruntĂ© Ă  son oratorio “Il Cantico de’ Tre Fanciulli), le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic ne fait pas que ressusciter un compositeur injustement mĂ©connu aujourd’hui : sa voix flexible et suavement timbrĂ©e s’affirme convaincante, d’une fermetĂ© souple et irrĂ©sistible dans ce rĂ©pertoire, dans toute sa plĂ©nitude maĂźtrisĂ©e, avec un medium d’une suavitĂ© dĂ©lectable. RĂ©cital Ă©blouissant, d’autant plus convaincant que chef et instrumentistes (Armonia Atenea. George Petrou, direction) dĂ©veloppent avec le chanteur une superbe complicitĂ© expressive et poĂ©tique. Nouveau cd Ă©lu coup de coeur de classiquenews.com. En lire +