CRITIQUE, opĂ©ra. BEAUNE, le 24 juil 2021. MONTEVERDI, Il ritorno di Ulisse in patria. Les ÉpopĂ©es, StĂ©phane Fuget.

CRITIQUE, opĂ©ra. BEAUNE, le 24 juil 2021. MONTEVERDI, Il ritorno di Ulisse in patria. Les ÉpopĂ©es, StĂ©phane Fuget. Pour sa premiĂšre participation au Festival de Beaune, StĂ©phane Fuget frappe fort, trĂšs fort et renouvelle avec bonheur l’approche du dramma per musica vĂ©nitien. Une distribution Ă©tincelante et une direction au plus prĂšs des intentions du compositeur Monteverdi, comme vous ne l’avez jamais entendu.

 

 

Pleine réussite de Stéphane Fuget à Beaune : le Retour à Venise

«  un thĂ©Ăątre en musique plus qu’une musique thĂ©ĂątralisĂ©e  »

 

 

Monteverdi 2017 claudio monteverdi dossier biographie 2017 510_claudio-monteverdi-peint-par-bernardo-strozzi-vers-1640.jpg.pagespeed.ce.FhMczcVnmyMonteverdi disait volontiers qu’il fallait « vestire in musica », « habiller en musique » le texte poĂ©tique, principal vecteur des affects. Cela signifie que jamais la musique ne doit prendre le dessus ni Ă©craser le texte par un ensemble instrumental plĂ©thorique qui relĂšguerait le drame au plan secondaire. D’autant que celui-ci, comme beaucoup d’autres Ă  Venise, s’inspire de l’épopĂ©e homĂ©rique que de nombreux Ă©crivains vĂ©nitiens avaient traduite et adaptĂ©e, parfois parodiĂ©e, durant le Seicento : la haute qualitĂ© littĂ©raire du livret de Badoaro n’est plus Ă  dĂ©montrer. L’avant-dernier opĂ©ra de Monteverdi pose nĂ©anmoins quelques problĂšmes. Jamais publiĂ©, le livret de Badoaro existe en deux versions : une en cinq actes, correspondant probablement Ă  la version originale, et une en trois actes, moins Ă©quilibrĂ©e, correspondant Ă  l’unique source musicale prĂ©servĂ©e. Le propos est celui-ci : la musique doit magnifier le texte poĂ©tique, confĂ©rer Ă  chaque parole chargĂ©e du point de vue pathĂ©tique une Ă©nergie particuliĂšre sans nuire pour autant Ă  l’unitĂ© syntaxique de la phrase. De ce point de vue, la rĂ©ussite est totale. Car StĂ©phane Fuget n’oublie pas que durant les premiĂšres dĂ©cennies de l’opĂ©ra – et cela restera vrai au moins jusqu’au mitan du XVIIe siĂšcle – le recitar cantando est l’outil poĂ©tico-musical fondamental de l’opĂ©ra qui est avant tout un thĂ©Ăątre en musique plus qu’une musique thĂ©ĂątralisĂ©e.

À une exception prĂšs, la distribution rĂ©unie pour ce premier volet de la trilogie montĂ©verdienne remplit magnifiquement sa mission. Vingt personnages pour douze chanteurs, dont quatre pour le prologue allĂ©gorique caractĂ©ristique des premiers opĂ©ras vĂ©nitiens. Dans le rĂŽle de la FragilitĂ© humaine Filippo Mineccia allie, comme toujours, la grĂące diaphane et la mĂąle puissance, la suavitĂ© alliciante et la virile projection, qualitĂ©s qui synthĂ©tisent l’humaine condition. Il est Ă©galement impeccable de sĂ©duction vocale dans le rĂŽle de l’un des trois PrĂ©tendants. Dans le triple rĂŽle du Temps, de Neptune et du PrĂ©tendant Antinoo, la basse Luigi De Donato, un habituĂ© du Festival, est impĂ©rial de justesse : on est captivĂ© par ses talents d’acteur qui rend Ă  chaque mot, dans le registre mĂ©dian comme dans les graves caverneux, sa pleine et entiĂšre signification. Tout le prologue, rhĂ©toriquement bien conduit, est un pur moment de grĂące qui annonce parfaitement le drame qui va se jouer. Les quelques notes instrumentales, Ă  l’effet thĂ©Ăątral saisissant, introduisent Ă  leur tour le cĂ©lĂšbre monologue de PĂ©nĂ©lope (« Di misera regina »), un chef-d’Ɠuvre du recitar cantando, dans lequel une gamme variĂ©e des affetti rĂ©vĂšle toute la richesse pathĂ©tique du personnage. Dans ce rĂŽle dramatique magnifique, Anthea Pichanick est bouleversante de bout en bout, jusqu’au duo final oĂč, enfin, elle abandonne le rĂ©cit expressif et toujours tendu, pour un chant mĂ©lodique enfin libĂ©rĂ©, exprimant toute la joie des retrouvailles tant espĂ©rĂ©es. Mais le monologue initial dĂ©finit dĂ©jĂ  le personnage. Rarement on a entendu une telle appropriation du texte, une telle parfaite coĂŻncidence et cohĂ©rence entre le texte et la musique, celle-ci Ă©tant au service de celle-lĂ  : et dans cet Ă©quilibre paradoxalement hiĂ©rarchisĂ©, la magie opĂšre et les poils se hĂ©rissent : on est Ă©mu, au sens Ă©tymologique (« ex movere » = mettre littĂ©ralement en mouvement les passions). Du trĂšs, trĂšs grand art. Le rĂŽle-titre est superbement dĂ©fendu par Valerio Contaldo, un tĂ©nor racĂ©, qui ne sacrifie jamais l’intelligibilitĂ© du texte Ă  la puissance de sa projection remarquablement maĂźtrisĂ©e. Son rĂ©veil (« Dormo ancora »), sorte de pendant au monologue de PĂ©nĂ©lope, dit d’emblĂ©e toute l’intensitĂ© avec laquelle il accompagne toujours chacune de ses interventions. Et il rend Ă©galement crĂ©dibles, vocalement, celles oĂč il apparaĂźt travesti en mendiant vieillissant. PrĂ©sente dĂšs le Prologue, dans le rĂŽle de la Fortune, avant de chanter celui de Minerve, Claire LefilliĂątre – qui remplace au pied levĂ© la mezzo Ayako Yukawa initialement prĂ©vue – conjugue avec bonheur une certaine duretĂ© conforme aux prĂ©tentions hautaine de l’allĂ©gorie et une technique vocale hors pair sur laquelle le temps ne semble pas avoir prise. Elle incarne, comme peu, le chant du Seicento quand la rhĂ©torique du geste et de la parole finit, immanquablement, par susciter chez le spectateur l’éveil des affects.

Un rĂ©el dĂ©fi a Ă©tĂ© de rĂ©unir autant de tĂ©nors en parvenant Ă  les diffĂ©rencier vocalement. L’Eumete de Cyril Auvity Ă©meut par la suavitas de son chant, une diction impeccable, sans aucune forzatura, au service d’une parole qui trouve dans le « dolce speme » du second acte une incarnation bouleversante. Ce n’est hĂ©las pas le cas de Matthias Vidal, TĂ©lĂ©maque et Jupiter nerveux et trop souvent criards : le chant est quasi uniformĂ©ment vĂ©hĂ©ment, oubliant que mĂȘme le stile concitato doit se plier aux paroles qui le suscitent et jamais ne doit sacrifier Ă  l’intelligibilitĂ© du texte. Des moments plus Ă©lĂ©giaques, lorsque la voix rĂ©alise de subtils messe di voce, montrent tout le potentiel d’un timbre riche qu’il faudrait davantage canaliser.
Éloges en revanche pour les trois autres tĂ©nors. Dans le rĂŽle badin d’Eurimaco amoureux de Melanto, Pierre-Antoine Chaumien montre Ă  la fois ses grands talents d’acteur et une diversitĂ© des registres que rĂ©clame le texte, tour Ă  tour espiĂšgle, dĂ©licat et enflammĂ© dans ses deux duos qui apportent une respiration salutaire Ă  la tension du drame qui se joue. L’Irus de Jörg Schneider est impressionnant de justesse et de drĂŽlerie : de son physique imposant parfaitement idoine sourd une voix cristalline, aux milles variations : le bouffon n’est jamais vulgaire, il fait preuve au contraire d’une classe exigĂ©e pour un dramma per musica qui tentait de rivaliser, par son inspiration Ă©pique, avec les premiers opĂ©ras de cour. MalgrĂ© la modestie et la briĂšvetĂ© de ses interventions, l’Anfinomo de Fabien Hyon possĂšde une voix solide, superbement projetĂ©e et dont l’italien ne fait jamais dĂ©faut. DĂ©jĂ  habituĂ©e du rĂ©pertoire baroque et classique (bien que plutĂŽt français), la mezzo Ambroisine BrĂ© convainc avec bonheur dans ses deux rĂŽles de Melanto et de nourrice de PĂ©nĂ©lope. Son avant-derniĂšre intervention (« Ericlea, che vuoi far ? »), aux prises avec un dilemme qui la conduira Ă  rĂ©vĂ©ler l’identitĂ© d’Ulysse, est un grand moment de thĂ©Ăątre en musique. Enfin Marie Perbost, unique soprano de la distribution, campe une Junon et un Amour efficaces (la premiĂšre parvient Ă  convaincre Jupiter d’abandonner sa vengeance), en alliant une virtuositĂ© jamais gratuite (dans la prologue allĂ©gorique) et un art consommĂ© du rĂ©cit dramatique qui toujours fait mouche.

Une mention spĂ©ciale doit ĂȘtre accordĂ©e Ă  l’ensemble Les ÉpopĂ©es, qui tout en variant les accents et les couleurs, soignent constamment les articulations au service de la situation dramatique du moment. La varietas et plus globalement l’esthĂ©tique du contraste, pierre angulaire du baroque musical, rendent justice Ă  une partition trĂšs riche – malgrĂ© de minimes lacunes dans le manuscrit –, avant-dernier opĂ©ra vĂ©nitien de Monteverdi, admirablement restituĂ© selon l’idĂ©al du maĂźtre. Cette version exceptionnelle mĂ©rite une gravure qui en immortalise les innombrables beautĂ©s. Ce sera chose faite prochainement lors de la reprise versaillaise : « Del piacer, / del goder, / venuto Ăš ’l dĂŹ ».

CRITIQUE, opĂ©ra. Beaune, Festival d’OpĂ©ra Baroque et Romantique, 24 juillet 2021. MONTEVERDI : Il ritorno di Ulisse in patria. Valerio Contaldo (Ulisse), Anthea Pichanick (Penelope), Matthias Vidal (Telemaco, Giove), Claire LefilliĂątre (Minerva, Fortuna), Jörg Schneider (Iro), Marie Perbost (Giunone, Amore), Luigi De Donato (Antinoo, Nettuno, Tempo), Ambroisine BrĂ© (Melanto, Ericlea), Cyril Auvity (Eumete), Pierre-Antoine Chaumien (Eurimaco), Fabien Hyon (Anfinomo), Filippo Mineccia (L’Umana FragilitĂ , Pisandro), Orchestre Les ÉpopĂ©es, StĂ©phane Fuget (direction).

COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 28 juil 2019. PURCELL : King Arthur. Cale, Pierce, 
 / McCreesh.

Purcell-portraitCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. BEAUNE, le 28 juillet 2019. PURCELL, King Arthur. Cale, Pierce, Shaw, Budd, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Pour clĂŽturer sa 37Ăšme Ă©dition, le Festival international d’opĂ©ra baroque de Beaune a choisi de confier Ă  Paul McCreesh et son Gabrieli Consort la production de King Arthur de Purcell. Les interprĂštes en sont les mĂȘmes que ceux de la veille (The Fairy Queen), Ă  ceci prĂšs qu’une jeune soprano, Rowan Pierce, s’est ajoutĂ©e Ă  la distribution. C’est elle qui chantera, entre autres, Cupid, dans la scĂšne du froid, particuliĂšrement attendue, avec une sĂ»retĂ© de moyens et une aisance remarquables.

 

 

King Arthur, Z628
Ne cherchez pas Arthur !

 

PURCELL-KING-ARTHUR-mc-creesh-critique-concert-critique-opera-classiquenews-beaune-juillet-2019

 

 

L’histoire est connue de ce Roi Arthur, que nous n’entendrons jamais, puisque ses interventions se limitent Ă  un rĂŽle parlĂ© dans la piĂšce de Dryden. Le masque Ă©crit par Purcell Ă  cet effet est l’un des plus complexes et variĂ©s parmi ses ouvrages. Populaire dĂšs sa crĂ©ation, en 1691, nombre d’airs, de chƓurs et de piĂšces instrumentales lui ont survĂ©cu jusqu’à sa renaissance, Ă  la faveur de ce qu’on peut appeler la rĂ©volution baroque, tant ses consĂ©quences auront Ă©tĂ© aussi importantes qu’imprĂ©visibles. SecondĂ© par Merlin et Philidel, le roi dĂ©fend son pays contre les Saxons, conduits par son rival en amour, Osmond, qui compte sur la magie de Grimbald pour l’emporter. C’est l’occasion de batailles, de scĂšnes oĂč la magie seconde les protagonistes (ainsi la scĂšne du froid, celle des sirĂšnes tentatrices, celle oĂč Arthur abat l’arbre enchanté ), de l’enlĂšvement de la bien-aimĂ©e d’Arthur, que Merlin guĂ©rira de sa cĂ©citĂ©, et, happy end oblige, d’un divertissement introduit par VĂ©nus, Ă  la gloire de la nation rĂ©unie et de l’amour.

mc-creesh-paul-direction-maestro-purcell-opera-critique-concert-critique-classiquenewsComme il l’avait fait la veille, Paul McCreesh dirige de tout son corps, avec souplesse et fermetĂ©, et insuffle une Ă©nergie, un Ă©lan extraordinaires Ă  la partition. Ses chanteurs incarnent tel ou tel comme s’ils jouaient, costumĂ©s, dans un dĂ©cor de thĂ©Ăątre. Leur gestuelle, leur expression est toujours juste, appropriĂ©e aux scĂšnes variĂ©es qui nous sont offertes. The Frost scene, oĂč Cupidon va affronter Osmond pour sortir de son engourdissement le peuple du froid, est exemplaire, scĂ©niquement comme musicalement. L’orchestre, trĂšs retenu, est un vĂ©ritable Ă©crin pour le chant des solistes et du chƓur. Au dernier acte, Comus et les paysans, dans une langue imagĂ©e Ă  souhait, nous valent un moment comique avant que la conclusion, ouverte par son air de trompette, salue la naissance du Royaume-Uni et le triomphe de l’Amour. « Old England, old England », « Fairest Isle » et « Saint George, the patron of our Isle » ont traversĂ© les siĂšcles et sont encore dans la mĂ©moire de tous nos amis britanniques. Cette tirade nationaliste, quelque peu chauvine et datĂ©e, se mue ce soir en une vibrante et dĂ©bridĂ©e manifestation pro-europĂ©enne, introduite par quelques mots oĂč Paul McCresh redit son attachement au continent. Le public rit de bon cƓur et ses longues acclamations seront rĂ©compensĂ©es par la cĂ©lĂšbre chaconne conclusive.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. BEAUNE, le 28 juillet 2019. PURCELL, King Arthur. Cale, Pierce, Shaw, Budd, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. CrĂ©dit photographique © Jean-Claude Cottier – Festival de Beaune

LIRE aussi COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juillet 2019. PURCELL, The fairy Queen, Z629. Keith, Cale, Shaw, Budd, Daniels, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juil 2019. PURCELL : The fairy Queen. Keith, Cale, Shaw, / McCreesh

Purcell-portraitCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. BEAUNE, le 27 juillet 2019. PURCELL, The fairy Queen, Z629. Keith, Cale, Shaw, Budd, Daniels, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Est-il direction et interprĂštes plus familiers de l’Ɠuvre de Purcell que ceux qui nous sont offerts ce soir ? La musique, mais aussi le texte shakespearien, mĂȘme revu par Dryden, sont dans leurs gĂȘnes. De la piĂšce n’ont Ă©tĂ© retenues que les parties musicales, comme c’est presque toujours le cas. Il en rĂ©sulte, naturellement, une difficultĂ© de comprĂ©hension pour qui n’est pas familier du Songe d’une nuit d’étĂ©, d’autant que l’action se situe Ă  plusieurs niveaux. Mais ces petits Ă©cueils sont vite dĂ©passĂ©s lorsque l’auditeur-spectateur se laisse porter par l’Ɠuvre, magnifiquement traduite par les interprĂštes. L’extrĂȘme diversitĂ© des moyens, des couleurs, des situations dramatiques, des climats, des formes ne laisse aucun rĂ©pit : jamais l’attention ne flĂ©chit.

 

 

PURCELL-FAIRY-QUEEN-MC-CREESH-critique-opera-concert-critique-classiquenews-beaune

 

 

La mĂ©tĂ©o, dĂ©favorable, comme la veille, a repliĂ© la production de la Cour des Hospices Ă  la Basilique. L’espace dĂ©volu aux interprĂštes y est plus rĂ©duit, mais sera suffisant pour que les comĂ©diens-chanteurs Ă©voluent avec aisance pour chacune des scĂšnes. Le travail collectif est ici fondĂ© sur la joie manifeste de chanter et de jouer ensemble, et la rĂ©ussite est absolue. Les metteurs en scĂšne les plus renommĂ©s ne dirigent pas leurs acteurs avec davantage de soin et de naturel. Tout est juste et parfait. Qu’il s’agisse des scĂšnes oĂč l’émotion nous Ă©treint, comme celles les plus dĂ©bridĂ©es, la rĂ©alisation n’appelle que des Ă©loges. Ainsi, lorsque le PoĂšte, ivre, truculent, titube en chantant « Fi-fi-fi-fill the bowl ! » avant d’ĂȘtre raillĂ© par les FĂ©es qui le pincent jusqu’à ce qu’il reconnaisse son ivresse et sa mĂ©diocritĂ©. Ainsi, au 3Ăšme acte, lorsque Corydon, le faneur, poursuit Mopsa de ses assiduitĂ©s, cette derniĂšre chantĂ©e par un tĂ©nor coiffĂ© d’une perruque sortie tout droit de l’Oktoberfest bavaroise. Nous sommes bien chez Shakespeare, et la comĂ©die n’est jamais outrĂ©e, restant dans le registre de la drĂŽlerie, qui fait bon mĂ©nage avec l’émotion.

Le chef et les chanteurs font l’économie de la partition. Leur aisance est d’autant plus grande. Les instrumentistes, en dehors des cordes pincĂ©es, jouent debout, le geste libre, Ă©panoui. Tout cela retentit manifestement dans la dynamique insufflĂ©e par Paul McCreesh. Sa direction souriante, toute en finesse, tonique, lĂ©gĂšre et Ă©loquente donne Ă  cette musique une vitalitĂ©, une Ă©nergie, une fraĂźcheur, une sensibilitĂ© que l’on rencontre rarement.

mc-creesh-paul-direction-maestro-purcell-opera-critique-concert-critique-classiquenewsD’une invention inĂ©puisable, la partition distille de nombreuses merveilles, qu’il serait long d’énumĂ©rer. Au risque de se montrer injuste, citons le trio avec Ă©cho – repris instrumentalement – chantĂ© par deux tĂ©nors et une basse, et jouĂ©, mieux que jamais (« May the God of wit inspire »). AprĂšs rĂ©Ă©coute des enregistrements de rĂ©fĂ©rence, on peut mĂȘme affirmer que jamais cette piĂšce n’a Ă©tĂ© illustrĂ©e avec un tel naturel, une Ă©lĂ©gance aussi manifeste. « One charming night », avec ses deux flĂ»tes et la basse continue, « Next winter comes » (L’Hiver), sur basse obstinĂ©e, la plainte en rĂ© mineur « O let me weep », elle aussi sur une basse obstinĂ©e chromatique descendante, qui rappelle celle de Didon et EnĂ©e, « Hark ! the echoing air a trimph sings », chantĂ© par la Chinoise 
 21 instrumentistes et 10 chanteurs suffisent Ă  rĂ©aliser le miracle : tout est lĂ , les couleurs des vents (flĂ»tes Ă  bec, hautbois, basson, trompettes), la moire des cordes frottĂ©es, le scintillement des guitares baroques et des thĂ©orbes, sans oublier le clavecin.

Les voix s’accordent Ă  merveille, ayant en commun la projection, une articulation exemplaire et une dynamique extrĂȘme. Gillian Keith, qui remplace Rebecca Bottone, indisponible, ne fait pas preuve de moins d’aisance que ses amies, Jessica Cale et Charotte Show. A signaler que toutes trois sopranos, leurs registres mĂ©dians et graves permettent de corser leur chant et de le colorer Ă  souhait. Les hommes ne sont pas en reste : Jeremy Budd, Charles Daniels, James Way forment le plus beau trio de tĂ©nors anglais que l’on puisse imaginer, tous aussi sonores qu’agiles, expressifs et Ă©gaux dans tous les registres. Enfin Marcus Farnworth et Ashley Riches, qui illustrent les plus larges rĂ©pertoires, ne sont pas moins excellents. Tous les solistes, renforcĂ©s par Christopher Fitzgerald Lombard et Tom Castle, forment le chƓur, puissant, Ă©quilibrĂ©, homogĂšne.
Le public conquis réserve de longues acclamations, méritées, aux musiciens et à leur chef.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juillet 2019. PURCELL, The fairy Queen, Z629. Keith, Cale, Shaw, Budd, Daniels, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Illustrations : © Jean-Claude Cottier

 

 

 

 

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Les Talens lyriques, ChƓur de Chambre de Namur, C Rousset.

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Orchestre Les Talens lyriques et chƓur de Chambre de Namur, Christophe Rousset. Christophe Rousset poursuit, Ă  Beaune, son cycle Lully, avec l’une des partitions les moins jouĂ©es et les plus riches musicalement du compositeur. Une distribution qui frise l’idĂ©al et un orchestre Ă  son meilleur. On se frotte les mains, l’opĂ©ra est dĂ©jĂ  en boĂźte.

Isis brillamment ressuscité

lully_portrait_mignard_lebrunOn pouvait entendre le cĂ©lĂšbre chƓur des trembleurs dans la belle anthologie qu’Hugo Reyne avait consacrĂ© Ă  La Fontaine, avant que le chef ne l’enregistre pour son propre cycle dĂ©diĂ© Ă  Jean-Baptiste Lully. Nul doute que la lecture de Christophe Rousset, Ă  en juger par le magnifique concert bourguignon, se hissera au sommet de la bien maigre discographie de ce chef-d’Ɠuvre. La cinquiĂšme tragĂ©die lyrique du Florentin passa Ă  la postĂ©ritĂ© sous le nom d’« opĂ©ra des musiciens », prĂ©cisĂ©ment en raison de l’opulence et du raffinement de la partition. Outre le chƓur des Peuples des climats glacĂ©s, dont on connaĂźt la fortune, l’Ɠuvre compte moult merveilles, de la plainte de Pan, dans le mĂ©tathĂ©Ăątre du 3e acte, la superbe descente d’Apollon au Prologue, la scĂšne onomatopĂ©ique des forges des Chalybes, ou encore le trio des Parques dans la scĂšne conclusive de l’opĂ©ra. On rĂȘve toujours Ă  une version scĂ©nique de cette Ɠuvre moins riche en pĂ©ripĂ©ties que les autres tragĂ©dies lyriques : le merveilleux baroque se nourrit aussi des effets visuels des machines et des costumes qui participent Ă  la stupeur quasi constante du spectateur.
La distribution rĂ©unie dans la chaleur moite de la CollĂ©giale Notre-Dame est proche de l’idĂ©al. On pourrait regretter qu’étant donnĂ© le nombre Ă©levĂ© de personnages, les interprĂštes, qui endossent plusieurs rĂŽles, ne parviennent pas toujours Ă  les bien diffĂ©rencier, mais la plupart sont relativement secondaires. Le rĂŽle-titre est magnifiquement incarnĂ© par Ève-Maud Hubeaux qui, par la prĂ©sence, l’engagement dramatique et la couleur de la voix, a la grĂące touchante d’une VĂ©ronique Gens : Ă©locution idoine et projection solidement charpentĂ©e sont des qualitĂ©s Ă©galement distribuĂ©es ; on les retrouve chez Cyril Auvity, merveilleux Apollon Ă  la voix cristalline, d’une fluiditĂ© et d’une puretĂ© qui forcent le respect, capable de pousser la voix dans les moments de dĂ©pit, sans perdre une once de son Ă©loquence maĂźtrisĂ©e. En Jupiter et Pan, Edwin Crossley-Mercier dispense toujours la mĂȘme Ă©lĂ©gance vocale ; si la voix semble parfois un peu Ă©touffĂ©e, la diction est en revanche impeccable ; il est un Jupiter trĂšs crĂ©dible dans sa duplicitĂ© avec Junon, et la dĂ©ploration de Pan au 3e acte est l’un des moments bouleversants de la soirĂ©e. Philippe EstĂšphe, entre autres en Neptune et Argus, est une trĂšs magnifique rĂ©vĂ©lation : un timbre superbement ciselĂ©, un art de la dĂ©clamation trop rare : dans l’acoustique par trop rĂ©verbĂ©rĂ©e de la Basilique, pas une syllabe ne s’est perdue dans les volutes romanes du bĂątiment. MĂȘmes qualitĂ©s chez le tĂ©nor Fabien Hyon, Mercure espiĂšgle et dĂ©cidĂ© : les quelques duos avec Cyril Auvity ont provoquĂ© une rare jouissance vocale qu’on aurait souhaitĂ© voir se prolonger. Chez les hommes, le seul point noir est le HiĂ©rax d’Aimery LefĂšvre : la voix est lĂ , le timbre n’est pas dĂ©sagrĂ©able, loin s’en faut, mais ces belles compĂ©tences sont gĂąchĂ©es par une diction engorgĂ©e : on a peinĂ© Ă  suivre sa dĂ©clamation, si essentielle dans le thĂ©Ăątre du XVIIe siĂšcle. Aucun faux-pas chez les autres interprĂštes fĂ©minines : la Junon de BĂ©nĂ©dicte Tauran, d’une faconde elle aussi impeccable et qui ne tombe pas dans le piĂšge de la colĂšre excessive : la tragĂ©die lyrique doit, Ă  tout instant, rester une Ă©cole de rhĂ©torique, et les interprĂštes l’ont bien compris : la mezzo moirĂ©e d’Ambroisine BrĂ© s’y soumet avec Ă©lĂ©gance, dans ses deux rĂŽles (principaux) d’Iris et de Syrinx, tandis que les deux nymphes de Julie Calbete et Julie Vercauteren (superbe duo), complĂštement avec rĂ©ussite cette trĂšs belle distribution.
On saluera une nouvelle fois les nombreuses et excellentes interventions du ChƓur de Chambre de Namur ; Ă  la direction, Christophe Rousset anime les forces alliciantes et roboratives des Talens lyriques, avec une passion raisonnĂ©e : la prĂ©cision des tempi est toujours au service de l’éloquence du geste et de la parole, et dans ce rĂ©pertoire, il est dĂ©sormais passĂ© maĂźtre.

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Compte-rendu. Beaune, Festival d’OpĂ©ra Baroque et Romantique, Lully, Isis, 12 juillet 2019. Ève-Maud Hubeaux (Thalie, Io, Isis), Cyril Auvity (Apollon, 1er Triton, Pirante, Erinnis, 2e Parque, 1er Berger, La Famine, L’Inondation), Edwin Crossley-Mercier (Jupiter, Pan), Philippe EstĂšphe (Neptune, Argus, 3e Parque, La Guerre, L’Incendie, Les Maladies violentes), Aimery LefĂšvre (Hierax, 2e Conducteur de Chalybes), Ambroisine BrĂ© (Iris, Syrinx, HĂ©bĂ©, Calliope, 1Ăšre Parque), BĂ©nĂ©dicte Tauran (Junon, La RenommĂ©e, MycĂšne, MelpomĂšne), Fabien Hyon (2e Triton, Mercure, 2e Berger, 1er Conducteur de Chalybes, Les Maladies languissantes), Julie Calbete et Julie Vercauteren (Deux Nymphes), Orchestre Les Talens lyriques, ChƓur de chambre de Namur, Christophe Rousset (direction).

COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE, Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : SaĂŒl. Zasso, Watson
LG Alarcon

Les oratorios de HaendelCOMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : SaĂŒl. Leonardo Garcia Alarcon
 Beaune poursuit avec bonheur son cycle Haendel, ce qui nous vaut, pour cette 37Ăšme Ă©dition, SaĂŒl, le Dixit Dominus, et Serse. 48h aprĂšs Namur, le Festival nous offre ce chef d’oeuvre sous la direction de Leonardo Garcia AlarcĂČn. Ecrit juste aprĂšs Serse, que le festival produira le 19 juillet, c’est un oratorio, certes, par la volontĂ© du compositeur de poursuivre ses succĂšs en passant par l’église, mais certainement plus proche de la scĂšne qu’on ne feint gĂ©nĂ©ralement de reconnaĂźtre. Tel n’est pas le cas de Leonardo Garcia Alarcon, car ne manquent que les dĂ©cors et un metteur en scĂšne, tant tous sont habitĂ©s par leur personnage, pour en faire un vĂ©ritable opĂ©ra.

 

 

A BEAUNE, UN SAUL INCANDESCENT

Chacun connaĂźt l’histoire de David, de sa victoire sur Goliath, de l’amour de Jonathan, de la haine de SaĂŒl, auquel il succĂ©dera. Habilement, le librettiste a ajoutĂ© une figure fĂ©minine au texte biblique, Merab, dont il fait la sƓur aĂźnĂ©e de Michal, fille de SaĂŒl, que le roi veut unir Ă  David. A la jalousie fĂ©roce du souverain Ă  son endroit s’ajoutent donc la relation de David Ă  Jonathan, mais aussi les sentiments amoureux des jeunes femmes.
L’ouvrage est l’un des plus ambitieux, des plus aboutis, du compositeur. Renonçant Ă  l’opĂ©ra italien pour l’oratorio dramatique, il fait de ce dernier un opĂ©ra biblique d’une force expressive singuliĂšre. Si l’ouverture en donne le ton, les riches et majestueux anthems qui ouvrent et ferment l’ouvrage encadrent l’action. Celle-ci culmine Ă  la troisiĂšme scĂšne du premier acte, lorsque SaĂŒl laisse libre cours Ă  sa haine Ă  l’endroit de David, rentrĂ© vainqueur. L’autre sommet se situe, symĂ©triquement, lorsqu’il consulte la sorciĂšre d’Endor, qui va faire apparaĂźtre Samuel, lequel rĂ©vĂ©lera au roi sa destinĂ©e funeste. Le chef a choisi de ne conserver qu’un entracte, qu’il a placĂ© judicieusement entre les deux duos que partagent David et Mikal, la seconde partie Ă©tant ouverte par une ample symphonie avec l’orgue concertant. Quelques menues coupures n’altĂšrent pas l’Ɠuvre.
Dominant tout l’ouvrage, Christian Immler est SaĂŒl, qu’il vit avec une intensitĂ© singuliĂšre. Tout est lĂ  pour ce rĂŽle pĂ©rilleux, oĂč le roi, imbu de son pouvoir, jaloux, rageur, calculateur, sombre dans une folie meurtriĂšre : voix sonore dans tous les registres, bien timbrĂ©e, projetĂ©e Ă  souhait. Son engagement dramatique est exemplaire. Qu’attend un producteur pour le mettre en scĂšne ? En pleine possession de ses moyens, Lawrence Zasso incarne magistralement David. La voix est puissante, chargĂ© de sĂ©duction, souple et expressive, y compris jusqu’à son accĂšs de violence oĂč il fait exĂ©cuter le messager funeste. DĂšs son O godlike youth, Ruby Hughes impose cette figure attachante de Michal, fraĂźche, aimante mais aussi rĂ©solue. Merab, son aĂźnĂ©e est ici complexe, impressionnante d’autoritĂ©, passant de l’orgueil Ă  la compassion, Katherine Watson, dans son rĂ©pertoire d’élection comme dans sa langue, donne chair Ă  son personnage. Samuel Boden incarne avec justesse, ardeur et conviction la figure attachante de Jonathan. Ses accompagnati, ses nombreux rĂ©cits, puis son air Sin not, o King, suivi de From cities storm’d sont autant de bonheurs. Les autres rĂŽles sont dĂ©volus aux artistes du chƓur, en tous points remarquables, de la soprano solo Ă  laquelle est confiĂ© le premier air (An infant rais’d) au Grand-prĂȘtre. Une mention spĂ©ciale pour la sorciĂšre d’Endor dont le timbre si surprenant, au service d’un rĂ©cit et d’une invocation stupĂ©fiante, ne laisse aucune ambigĂŒitĂ© Ă  son caractĂšre malĂ©fique, surnaturel. Le ChƓur de chambre de Namur, dont on connaĂźt l’excellence, se joue de toutes les difficultĂ©s de la partition pour une expression qui participe de la force de ce chef d’Ɠuvre.
L’orchestre, seul (pour six interventions dont la cĂ©lĂšbre marche funĂšbre) ou partenaire des solistes et du chƓur, est Ă©galement remarquable par ses qualitĂ©s collectives, comme celles de chacun de ses musiciens. Le Millenium Orchestra nous offre ainsi des passages concertants oĂč les solistes (orgue, flĂ»te, harpe, violoncelle, bassons) se situent au meilleur niveau.
Leonardo Garcia Alarcon ne fait qu’un avec ses interprĂštes, et l’on perçoit de façon constante cette communion qui nous vaut cette rĂ©ussite incontestable. La direction est claire, expressive, prĂ©cise, attentive Ă  chacun et Ă  tous : un modĂšle. Le public, enthousiaste, leur rĂ©serve un triomphe

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : SaĂŒl. Leonardo Garcia Alarcon – Christian Immler, Lawrence Zasso, Samuel Boden, Katherine Watson, Ruby Hugues. Illustrations : © Jean-Claude Cottier

 

 

Compte rendu, festival. Beaune, le 24 juillet 2016. Mozart : VĂȘpres solennelles et Messe du couronnement, Insula Orchestra, Laurence Equilbey.

Equilbey laurence JOA SaintesCompte rendu, festival. Beaune, le 24 juillet 2016. Mozart : VĂȘpres solennelles et Messe du couronnement, Insula Orchestra, Laurence Equilbey. Ce programme, qui a dĂ©jĂ  tournĂ© (les VĂȘpres avaient Ă©tĂ© donnĂ©s Ă  la Philharmonie de Paris en septembre dernier), est constituĂ© de deux Ɠuvres de circonstance, composĂ©es par Mozart pour Salzbourg respectivement en 1780 et 1779. Elles distillent une certaine pompe grandiloquente, une tonalitĂ© austĂšre qui se traduit par la verticalitĂ© d’un chant assurĂ© essentiellement par les chƓurs, laissant finalement assez peu l’occasion aux quatre solistes de briller, Ă  l’exception de la soprano Ă  laquelle Ă©choit un trĂšs beau solo pathĂ©tique dans le Laudate dominum. Les deux piĂšces sont relativement brĂšves (un peu plus d’une demi-heure chacune). Les VĂȘpres, composĂ©es pour le prince archevĂȘque de Salzbourg, comportent six sections qui alternent des tonalitĂ©s vĂ©hĂ©mentes (dans l’initial Dixit dominus) et plus lĂ©gĂšres (Confitebor), austĂšres (Laudate pueri, dont la fugue initiale annonce singuliĂšrement le Kyrie du Requiem) et Ă©lĂ©giaques (Laudate dominum), mĂȘme si une certaine uniformitĂ© les caractĂ©risent.

 

Laurence Equilbey Ă  Beaune

Mozart, le Salzbourgeois sous le prisme de la précision technique

On ne peut que louer la prĂ©cision technique avec laquelle Laurence Equilbey dirige sans aucune gestuelle emphatique le chƓur et l’orchestre. Celui-lĂ  montre un trĂšs bel Ă©quilibre des pupitres, celui-ci Ă©merveille par la rigueur et l’homogĂ©nĂ©itĂ© du discours. En outre, le dialogue avec les solistes fonctionne parfaitement, et il n’y a aucun rĂ©el reproche Ă  faire Ă  la rĂ©alisation musicale d’une exactitude mĂ©tronomique. Mais c’est peut-ĂȘtre cette rigueur excessive qui donne l’étrange sentiment d’une lecture parfois sĂšche, paradoxalement trop lisse, oĂč ferveur et Ă©motion semblent ĂȘtre soumises Ă  cette prĂ©cision technique implacable.

La Messe Ă©vite beaucoup mieux ce lĂ©ger travers et les contrastes sont davantage marquĂ©s. Les couleurs de l’orchestre sont admirablement mises en valeur, comme dans la section du Gloria, trĂšs vĂ©hĂ©mente, oĂč l’orchestre rĂ©pond au chƓur par des graves presque terrifiants. L’Ɠuvre est plus variĂ©e dans sa composition, les sections Ă©tant plus contrastĂ©es, comme en tĂ©moigne le pĂ©tillant quatuor du Benedictus qui rĂ©sonne comme un ensemble presque incongru de dramma giocoso, agrĂ©mentĂ©e de la douceur typiquement mozartienne du hautbois.
Les quatre chanteurs y excellent et leur voix est magnifiquement caractĂ©risĂ©e. On apprĂ©cie le timbre rond et juvĂ©nile de la soprano Maria Stavano, la vaillance de la basse Konstantin Wolff, la voix lumineuse du tĂ©nor Martin Mitterrutzner (superbe dialogue avec la soprano dans le Kyrie initial), tandis que la mezzo Renata Pokupic, techniquement impeccable, semble plus effacĂ©e et ne brille guĂšre par sa prĂ©sence, certes diluĂ©e dans la masse chorale dominante. En bis, les deux phalanges nous ont gratifiĂ© d’un magnifique Alleluia de Buxtehude, partie conclusive de la trĂšs belle cantate « Der Herr ist mit mir », qui apportait une ferveur et une joie bienvenues.

Compte rendu, festival. Beaune, le 24 juillet 2016. Mozart : VĂȘpres solennelles et Messe du couronnement / Insula Orchestra. Laurence Equilbey, direction.

Festival de Beaune 2016 : premiÚre soirée ce 8 juillet 2016


christie420BEAUNE, festival 2016. Temps forts… Ce vendredi 8 juillet 2016, comme tous les ans depuis prĂšs de 4 dĂ©cennies (34Ăšme Ă©dition), la magnifique cour des Hospices de Beaune accueille l’opĂ©ra baroque dans toute sa splendeur. HĂ©ritiĂšre des puissants ducs de Bourgogne, la volontĂ© musicale de Anne Blanchard, directrice du Festival, sublime la beautĂ© de cette ville de patrimoine et de vigne. Pour cette nouvelle Ă©dition, le Festival de Beaune nous offre une sĂ©rie d’opĂ©ras et d’oratorios baroques interprĂ©tĂ©s par les princes du sang de l’univers baroque. De William Christie (Cantates de Bach, le 22 juillet) Ă  Laurence Equilbey, tous y sont cette annĂ©e. Mais, ce qui est d’autant plus encourageant, parce qu’ils excitent  la curiositĂ© sont deux propositions d’un intĂ©rĂȘt superlatif: la recrĂ©ation du Tamerlano de Vivaldi (le 23 juillet) et la Descente d’OrphĂ©e aux Enfers de Charpentier (le 29 juillet). Le premier sera interprĂ©tĂ© par Thibault Noally et son ensemble Les Accents, en rĂ©sidence Ă  Beaune depuis 2014 et dont l’enthousiasme ne tarit pas depuis la recrĂ©ation en premiĂšre mondiale de l’oratorio Il Trionfo della Divina Misericordia de Porpora. MĂȘme sentiment enthousiaste pour la fraĂźcheur incroyable de SĂ©bastien DaucĂ© qui nous prĂ©pare un Charpentier au dramatisme profond, Ă  la fragilitĂ© palpable et touchante. Ce juillet parcourrons les routes ensoleillĂ©es de la Bourgogne, si, au loin, les clochers appellent vers les Ă©tapes d’un voyage au grĂ© des champs, le voyageur s’arrĂȘtera Ă  Beaune, lĂ  oĂč le vin est pourprĂ© de velours et la musique Ă©tincelante comme un ostensoir


Festival de Beaune 2016, du 8 au 31 juillet 2016. Infos et réservations sur le site du Festival de Beaune 2016

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