ARTEconcert. HANDEL : ALCINA, Fasolis / Poda (mars 2022)

handel-haendel-portrait-582-grand-portrait-handel-haendelOPERA, streaming ARTEconcert. HANDEL : ALCINA, Fasiolis / Poda. Jusqu’au 15 oct 2022   -   Tout l’opĂ©ra de Haendel bĂ©nĂ©ficie d’un regard sur la psychĂ© humaine et le pouvoir de l’amour d’une Ă©tonnante et juste noirceur. D’aprĂšs L’Arioste (Orlando Furioso, 1516), le compositeur construit son drame musical (1735) comme un Ă©chiquier amoureux, Ă©touffant, Ă©prouvant oĂč l’enchanteresse Alcina piĂšge les chevaliers qui se hasardent sur son Ăźle ; elle les envoĂ»te et les tient prisonniers Ă  sa guise, selon son bon vouloir. Roger / Ruggiero incarne cependant malgrĂ© les sortilĂšges de la SorciĂšre, l’inconstance et la fĂ©brilitĂ© d’Eros et Alcina doit bien reconnaĂźtre sa dĂ©faite cinglante Ă  s’attacher la fidĂ©litĂ© et l’amour du seul chevalier qu’elle aime
 Le sommet de la partition est le grand air d’Alcina, celui de la destruction psychique d’une sorciĂšre amoureuse mais dĂ©munie, impuissante, dĂ©vorĂ©e par le feu de l’amour insatisfait « A mio cor » / (1h38mn38). La production de l’OpĂ©ra de Lausanne est trĂšs convaincante.

 

 

 

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Le Ruggiero de Franco Fagioli dĂ©borde de vĂ©risme Ă©motionnel ; certes le style est parfois maniĂ©rĂ©, mais le dessin de la ligne vocale, l’intention jusqu’auboutiste, expriment le dĂ©sarroi du chevalier qui est manipulĂ© sans le comprendre ; perdu, au bord de la folie sur l’üle de l’Enchanteresse. Son dernier grand air fait valoir la souplesse des passages de tĂȘte et de poitrine, l’exceptionnelle Ă©tendue de la tessiture et sur tout le spectre, une intensitĂ© Ă©gale des notes qui fusent dont des aigus perçants magnifiques (2h29mn49 : « Dans sa taniĂšre, la tigresse hĂ©site
 »), le voici ce Ruggiero en fin d’épreuves, encore guerrier, prĂȘt Ă  en dĂ©coudre pour combattre et vaincre celle qui impose sa loi trompeuse et illusoire.

RĂŽle Ă©crasant que celui d’Alcina : recitatifs impĂ©tueux soutenus par un orchestre fiĂ©vreux, nerveux, sanguin, musclĂ© (2h00mn27) : l’enchanteresse haineuse, pleine de revanche car elle a Ă©tĂ© trahie par Ruggiero, s’obstine dans la magie pourtant vaine, elle doute, prĂȘte Ă  s’effondrer, vaincue, trompĂ©e, « que me reste-t-il »? (2’01’44 : « Ombre palide ») – intervalles assumĂ©s, intensitĂ© hallucinĂ©e, soprano incandescent, clair, mĂ©tallique parfois, toujours agile et percutant, douĂ© d’une excellente articulation, l’Alcina de Lenneken Ruiten est le pilier de cette production suisse. C’est un grand moment de dĂ©lire lacrymal exploitant des moyens indiscutables (aigus sidĂ©rants et pleins Ă  l’avenant).

Dans ce labyrinthe des cƓurs Ă©prouvĂ©s, solitaires, souvent dĂ©munis, la Morgane de Sophie Lys apporte elle aussi une sincĂ©ritĂ© touchante (air dĂ©sespĂ©rĂ© et d’imploration  « Crede
 », 2’10’41 avec viole obligĂ©e), Ă©cho Ă  la dĂ©faite d’Alcina.

L’Oronte de Juan Sancho est de la mĂȘme veine ; d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante, celle d’une Ăąme ravie, conquise, accompagnĂ©e par un orchestre Ă©toilĂ©, aux cordes hyperĂ©lĂ©gantes (air d’extase amoureuse oĂč le jeune homme confesse son amour tant attendu, espĂ©rĂ© (par Morgana prĂ©cĂ©demment) : « Un momento di contento
 » ; c’est alors le seul vrai moment de comprĂ©hension amoureuse, une pause Ă©motionnelle bienvenue dans un tunnel de souffrance sentimentale : 2h21mn04)
Dans la fosse, habitĂ©, Ă  la baguette crĂ©pitante, Ă  l’écoute des Ă©garements de la folie amoureuse, Diego Fasolis affirme un beau tempĂ©rament dramatique. Sa direction franche, nerveuse porte et cultive le drame fantastique et tragique, avec toute la finesse requise.
Cependant que, cÎté mise en scÚne, ces figures comme des ombres, ce jeu de sphÚres, et de structures armilliaires soulignent le statut des chevaliers prisonniers, pris dans les rets de la séductrice enchanteresse, au pouvoir finalement limités
 Splendide.

 

 

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REVOIR sur ARTEconcert, en replay jusqu’au 15 oct 2022
FilmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Lausanne, le 6 mars 2022.
https://www.arte.tv/fr/videos/108001-000-A/haendel-alcina/

Alcina / Lenneke Ruiten
Ruggiero / Franco Fagioli
Oronte / Juan Sancho
Melisso / Guilhem Worms
Bradamante / Marina Viotti
Morgana / Marie Lys
Oberto / Ludmila Schwartzwalder
Stefano Poda, mise en scĂšne
Choeur et Orchestre de chambre de Lausanne

Diego Fasolis, direction

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, opéra. CAEN, le 5 mai 2022. HAENDEL : Alcina. Gauvin
 Herman / Luks

handel-haendel-portrait-vignette-carre-handel-380CRITIQUE, opĂ©ra. CAEN, le 5 mai 2022. HAENDEL : Alcina. Gauvin
 Herman / Luks   –   Les histoires d’enchanteresses sont un leitmotiv qui constitue la colonne vertĂ©brale de l’imaginaire de toutes les cultures. Il y a quelque chose de fascinant dans ces ĂȘtres sensuels et terribles. Alcina est issue de l’imagination de Ludovico Ariosto dans son Orlando Furioso. Episode hautement moral sur la chĂ»te du hĂ©ros Roger dans les griffes sexuelles de la belle Alcine. HĂ€ndel avait dĂ©jĂ  mis en musique une multitude d’enchanteresses et ĂȘtres de magie dans ses prĂ©cĂ©dents opĂ©ras. De l’Armida guerriĂšre de Rinaldo Ă  la redoutable Melissa de l’Amadigi, HĂ€ndel prĂȘte Ă  ces figures toutes les nuances de sa plume et fait des rĂŽles incarnĂ©s avec des sentiments contrastĂ©s et d’une humanitĂ© dĂ©routante.

Alcina, crĂ©Ă© le 16 avril 1735 au Convent Garden de Londres est un des dernier chefs d’oeuvre d’opĂ©ra du maĂźtre saxon. Dans sa partition HĂ€ndel y dĂ©ploie sa maĂźtrise totale des codes de l’opera seria et semble avoir un attachement particulier pour le rĂŽle titre, une enchanteresse en mal d’amour et qui dĂ©cline petit Ă  petit en se prenant Ă  son propre piĂšge. Sa grande amie, Mary Granville (Mrs Delany) Ă©crit Ă  sa mĂšre aprĂšs avoir assistĂ© aux rĂ©pĂ©titions d’Alcina:

Yesterday morning my sister and I went with Mrs. Donellen to Mr. Handel’s house to hear the first rehearsal of the new opera Alcina. I think it is the best he ever made, but I have thought so of so many, that I will not say positively ’tis the finest, but ’tis so fine I have not words to describe it. Strada has a whole scene of charming recitative — there are a thousand beauties. Whilst Mr. Handel was playing his part, I could not help thinking him a necromancer in the midst of his own enchantments.”

Les illusions perdues

Cette rĂ©action montre l’efficacitĂ© dramatique de la partition d’Alcina, mĂȘme Ă  une Ă©poque oĂč les histoires d’enchanteresses Ă©taient un lieu commun des scĂšnes europĂ©ennes. Alors qu’en 1735, HĂ€ndel voyait son influence dĂ©cliner, pourrait-on voir dans Alcina une sorte de miroir du compositeur? En effet, la perte des pouvoirs pour l’enchanteresse est traitĂ©e non pas comme une juste punition d’une vile sorciĂšre, mais comme une perfidie infligĂ©e par Ruggiero et une trahison. En outre, il est intĂ©ressant de constater que les deux livrets directement inspirĂ©s de l’Arioste que HĂ€ndel a mis en musique : Orlando (1733) et Alcina (1735) ont Ă©tĂ© adaptĂ©s par une main anonyme, serait-il possible que ce soit celle du compositeur? Dans les deux livrets les rĂŽles titres sont confrontĂ©s Ă  des Ă©preuves cruelles infligĂ©es par l’objet de leur passion, Angelica et Ruggiero respectivement. Chez Orlando, la dĂ©couverte de la “trahison” d’Angelica le mĂšne au dĂ©lire, chez Alcina c’est plutĂŽt la “folie triste” proche d’une dĂ©pression. Quelques mois aprĂšs la crĂ©ation d’Orlando, en juin 1733, la crĂ©ation de l’Opera of the Nobility dĂ©fiait le monopole de HĂ€ndel sur la scĂšne londonienne et lui enlĂšverait son thĂ©Ăątre, son public et ses chanteurs vedettes, lors de la crĂ©ation d’Alcina en 1735, la guerre entre les deux compagnies rivales battait son plein, cette annĂ©e-lĂ  cependant, HĂ€ndel a failli perdre la lice. Alcina semble se dĂ©battre contre la fin de son monde, peut-ĂȘtre que HĂ€ndel lui-mĂȘme nous fait part de son sentiment de lassitude Ă  travers l’enchanteresse qui se dĂ©bat face Ă  la perte imminente et irrĂ©mĂ©diable de ses pouvoirs.

Alcina, semble ĂȘtre une magicienne toute puissante dans son Ăźle enchantĂ©e, cependant, tout le long de ses airs on remarque une distance, sensuelle certes, mais dĂ©finitivement dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ©. Toute sa sincĂ©ritĂ© explose littĂ©rallement dans “Ah! Mio cor” dont les accords des cordes illustrent les battements d’un coeur en souffrance (avec le mĂȘme effet que les derniĂšres mesures du IVe mouvement de la 6 symphonie de Tchaikovsky). Dans “Ombre pallide”, Alcina est totalement dĂ©sabusĂ©e, elle sait qu’elle finira bientĂŽt par perdre ses pouvoirs et tout le monde merveilleux qu’elle a construit va s’effondrer Ă  cause de ses amours funestes pour Ruggiero. Pendant contraire Ă  cette reine-magicienne, la reine-guerriĂšre Partenope ne laisse pas l’amour la contraindre et se ressaisit Ă  temps pour garder sa dignitĂ©. En revanche, alors que dans d’autres opĂ©ras la punition de la lascive magicienne est un avertissement moral, ici nous compatissons avec Alcina, ses tourments ne sont pas sans rapeller, Ă  l’Ăšre du numĂ©rique, les dĂ©ceptions amoureuses dans le monde factice des rĂ©seaux sociaux et leurs funestes consĂ©quences.

Il y a des spectacles qu’on attend sans vraiment ĂȘtre impatients d’ĂȘtre saisis au coeur et dans l’Ăąme, il y en a d’autres que l’on sait porteurs d’une grande maĂźtrise. Ce soir au ThĂ©Ăątre de Caen, cette production d’Alcina a Ă©tĂ© une rĂ©vĂ©lation pour notre coeur profondĂ©ment HĂ€ndelien. Sans hĂ©siter, cette production est une des meilleures que nous ayons vu de toute notre existence. La maĂźtrise du genre, l’audace de la dramaturgie et les partis pris surprenants ont rĂ©vĂ©lĂ© Alcina sous des attraits nouveaux. Je suis heureux d’avoir eu le privilĂšge d’assister et de faire part d’une telle merveille.

La mise en scĂšne de Jiƙí Heƙman est remarquable en tous points. Non seulement sa conception de l’oeuvre Ă©pouse l’argument mais en plus il rend visible les deux mondes d’Alcina. La sensualitĂ© du monde magique est Ă©voquĂ© sans la vulgaritĂ© de Katie Mitchell (Aix-en-Provence, 2015) ou la lecture bĂąclĂ©e de Christof Loy (ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 2018). Jiƙí Heƙman rĂ©ussit avec un tour de force l’ambivalence du monde d’Alcina. Le dĂ©cor de Dragan Stojčevski figure une maison trĂšs sobre en bord de mer, qui pourrait faire penser Ă  celles du roman Les fous de bassan d’Anne HĂ©bert. Or, c’est en son sein que les sortilĂšges d’Alcina ouvrent le ventre de cet Ă©difice pour faire paraĂźtre son monde fantastique et sublime. PeuplĂ© des guerriers qu’elle a transformĂ© en ruisseaux, animaux et vĂ©gĂ©taux en tous genres, elle semble graviter dans une galerie oĂč les lumiĂšres crĂ©Ă©es par Daniel Tesaƙ dessinent parfaitement Ă  la fois les Ă©motions et les situations des personnages, une narration incandescente. Seule ombre au tableau, certaines situations qui se veulent loufoques mais qui n’apportent rien ni Ă  la mise en scĂšne, ni Ă  l’histoire. La prĂ©sence d’une horde de sycophantes (un manchot empereur notamment), abusent du comique de rĂ©pĂ©tition, surtout dans les moments hĂ©roĂŻques. La danse a toute sa place dans cette oeuvre dont les intermĂšdes Ă  la française ont Ă©tĂ© conçus par HĂ€ndel pour la danseuse star de l’Ă©poque Marie SallĂ©. Dans notre Ăšre  la mise en scĂšne l’emporte souvent sur les autres aspects du spectacle, dĂ» Ă  notre manie contemporaine du tout visuel. Jiƙí Heƙman nous propose ici une relecture trĂšs intelligente et Ă©quilibrĂ©e d’Alcina, sans artifices surannĂ©s en gĂ©nĂ©ral. Cette mise en scĂšne demeurera dans notre esprit et nos Ă©motions comme une des plus belles et des plus rĂ©ussies qui soient.

A l’Ă©gal de l’intelligence et le goĂ»t trĂšs sur de la conception thĂ©Ăątral, l’incarnation de Karina Gauvin de cette enchanteresse en mal de magie est parfaite. La soprano canadienne rĂ©unit une technique Ă  toute Ă©preuve et un raffinement splendide dans l’ornementation, elle est une Alcina de lĂ©gende. Sa connaissance du “bel canto” baroque et du style hĂ€ndelien est manifeste dans ce rĂŽle fait sur mesure pour une cantatrice accomplie que fut Anna Maria Strada del Po. Mais outre les considĂ©rations purement musicales, Karina Gauvin joue sans limites cette femme de magie qui voit petit Ă  petit son coeur se briser. Elle attrape le spectateur dĂšs sa premiĂšre apparition et continue Ă  nous faire vivre le drame d’Alcina comme l’aurait fait une grande comĂ©dienne au cinĂ©ma. A la fin de l’opĂ©ra, quand Alcina a tout perdu, on la voit seule dans sa maison, regarder la salle, Ă©perdue, comme un corollaire amer d’une Ăąme brisĂ©e. L’Alcina de Karina Gauvin est inoubliable!

Malheureusement, on ne peut pas dire la mĂȘme chose de Ray Chenez dans le rĂŽle Ă©prouvant vocalement de Ruggiero. ComposĂ© pour Carestini, ce rĂŽle comporte des difficultĂ©s dans l’Ă©lĂ©giaque (“Verdi prati”, “Mio bel tesoro”) et dans l’hĂ©roĂŻque (“Sta nell’Ircana”). Mais, quoi qu’avec une belle prĂ©sence et, sans doute beaucoup de bonne volontĂ©, M. Chenez n’a pas les moyens vocaux pour atteindre l’excellence de sa partenaire enchanteresse. L’Ă©mission est trop nasale et les aigus semblent bloquĂ©s dans le masque, le grave n’a pas de rondeur non plus. C’est bien dommage.

Dans les autres rĂŽles, Krystian Adam nous offre un Oronte vaillant et avec une belle prĂ©sence vocale d’une grande sensibilitĂ©. Le Melisso de TomĂĄĆĄ KrĂĄl est ravissant et nous chante sa belle sicilienne “Pensa chi geme” dans l’Acte II avec des belles couleurs veloutĂ©es, c’est un pur plaisir de l’entendre dans un rĂŽle de HĂ€ndel. La Morgana interprĂ©tĂ©e par Mirella Hagen est correcte avec un joli timbre mais sans avoir une prĂ©sence renversante, son “Credete al mio dolore” est touchant mais dĂ©clinĂ© sans beaucoup d’imagination dans le da capo. La Bradamante de VĂĄclava Krejčí HouskovĂĄ et l’Oberto de Andrea Ć irokĂĄ n’ont pas Ă©tĂ© convaincants ni dans l’emploi dramatique ni dans la musicalitĂ©.

Dans la fosse, le Collegium 1704 projette des enchantements souvent subtilement dosĂ©s. Les obbligati sont d’ailleurs magnifiquement maĂźtrisĂ©s et on goĂ»te avec gourmandise le talent des solistes de ce bel orchestre. Or, il manque parfois un peu d’Ă©nergie dans les tempi, on sent une certaine lourdeur dans quelques morceaux et parfois les rĂ©citatifs manquent de dynamisme. VĂĄclav Luks est gĂ©nĂ©reux dans les couleurs qu’il apporte Ă  la partition et maĂźtrise le style, cependant, il n’en demeure pas moins qu’il semble rester un peu en retrait des enchantements de cette musique. On eut souhaitĂ©, peut-ĂȘtre, un engagement plus manifeste pour certaines scĂšnes. Or, l’orchestre est excellent lors des grands moments de thĂ©Ăątre, notamment dans les scĂšnes d’Alcina, le drame est dĂ©ployĂ© sans Ă©tats d’Ăąme pour nous cueillir au coeur.

Outre les fantasmagories des enchantements, grĂące Ă  la lecture de Jiƙí Heƙman, Alcina ne pose plus simplement la question des sentiments contrariĂ©s, mais elle ouvre un champ philosophie trĂšs diffĂ©rent. Pouvons nous ĂȘtre certains que l’abandon des illusions est la voie du bonheur ? Peut-ĂȘtre que ce que toute la culture a veillĂ© Ă  condamner depuis l’AntiquitĂ© jusqu’Ă  Black Mirror, n’est pas le terrible puits oĂč l’esprit se noie pour toujours. L’illusion ou le rĂȘve, n’est pas la vile prison de Segismundo dans La vida es sueno de Calderon, mais c’est la sĂšve qui nous prĂ©serve de la brutalitĂ© de la vie, de notre animalitĂ© profonde et nous ouvre les yeux Ă  l’Ă©merveillement. La morale de cette fable est ambigĂŒe. Alcina a mĂ©tamorphosĂ©e le dĂ©sir et la concupiscence des hommes et son propre dĂ©sir pour mieux le maĂźtriser. Quand tout vole en Ă©clats, ce qui lui reste est le goĂ»t de cendres de la solitude, de la haine de soi et de l’abandon. Le bonheur n’est plus moral s’il fait souffrir. En dĂ©finitive, c’est pas l’illusion, le rĂȘve, la contemplation absolue que l’art peut exister. Alcina n’est finalement pas une affreuse servante des pouvoirs occultes, c’est une artiste mais qui finit par se livrer Ă  un homme sans foi et sans morale. Alcina serait HĂ€ndel ou serait-elle l’enchanteresse qu’il faut absolument dĂ©fendre face aux chevaliers de la vertu dont les armures d’acier ne renferment que le vide?

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CRITIQUE, opĂ©ra. ThĂ©Ăątre de Caen – Jeudi 5 mai 2022 – 20h
Georg Friedrich HĂ€ndel : Alcina (1735)

Alcina – Karina Gauvin
Morgana – Mirella Hagen
Ruggiero – Ray Chenez
Bradamante – VĂĄclava Krejčí HouskovĂĄ
Oronte – Krystian Adam
Oberto – Andrea Ć irokĂĄ
Melisso – TomĂĄĆĄ KrĂĄl

Collegium 1704
Collegium Vocale 1704
VĂĄclav Luks – direction

Jiƙí Heƙman – mise en scĂšne
Dragan Stojčevski – dĂ©cors
Alexandra GruskovĂĄ – costumes
Daniel Tesaƙ – lumiĂšres
Jan Kodet – chorĂ©graphie
TomĂĄĆĄ HrĆŻza – vidĂ©o

CRITIQUE, opéra. Paris, Opéra Garnier, le 30 nov 2021. Haendel : Alcina. Thomas Henglebrock / Robert Carsen

CRITIQUE, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Garnier, le 30 nov 2021. Haendel : Alcina. Thomas Henglebrock / Robert Carsen. Vous avez envie de dĂ©couvrir une Alcina Ă  nulle autre pareil ? PrĂ©cipitez-vous pour (re)voir cette production de Robert Carsen, crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra Garnier en 1999 et plusieurs fois reprise ensuite (notamment en 2007 : https://www.classiquenews.com/georg-friedrich-haendel-alcina-1735-spinosiparis-aix-du-22-novembre-au-26-decembre-2007/). On comprend pourquoi ce spectacle s’est imposĂ© sur la durĂ©e, tant le metteur en scĂšne canadien donne une cohĂ©rence au livret avec un impact dramatique des plus stimulants. Pour cela, il supprime le rĂŽle d’Oberto (l’enfant Ă  la recherche de son pĂšre) et Ă©vacue la place donnĂ©e au merveilleux : Alcina l’enchanteresse devient avant tout une femme aimante, prisonniĂšre de son incapacitĂ© Ă  affronter la dĂ©crĂ©pitude physique du temps et l’incertitude du jeu amoureux. Tandis que l’illusion de pouvoir acheter le dĂ©sir avec des esclaves sexuels s’évanouit peu Ă  peu, sa garçonniĂšre classieuse aux portes dĂ©mesurĂ©es se rĂ©vĂšle comme le tombeau de son humanitĂ© perdue.
En forme de huis-clos Ă©touffant, le dĂ©cor unique pendant toute la reprĂ©sentation joue admirablement sur l’exploration des volumes, la finesse des Ă©clairages, trĂšs variĂ©s : la scĂšne oĂč Alcina accepte de perdre Ruggiero est des plus rĂ©ussies, tant le rĂŽle-titre gagne en Ă©motion Ă  force de raser les murs, Ă  la recherche de la pĂ©nombre et de l’oubli de ses peines. L’autre grande force du spectacle est d’animer la succession d’airs d’une vitalitĂ© presque chorĂ©graphique dans les interactions entre les personnages, dont la caractĂ©risation est ainsi plus poussĂ©e. On aime aussi l’idĂ©e de transformer Oronte et Morgana en personnel de maison, ce qui permet de les identifier d’emblĂ©e dans le camp d’Alcina, rendant plus aisĂ©e la comprĂ©hension des enjeux.

 
 
 
 

L’ALCINA POÉTIQUE ET GRAVE DE CARSEN Ă  l’OpĂ©ra Garnier

 
 

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La distribution rĂ©unie, parmi les meilleures possibles du moment, remporte un grand succĂšs auprĂšs du public. Pour autant, l’Alcina de Jeanine de Bique (originaire de Trinidad-et-Tobago) suscite des rĂ©serves : certes dotĂ©e d’un timbre splendide dans les graves et d’une dĂ©clamation techniquement solide, la soprano donne l’impression d’un manque de noirceur pour ce rĂŽle, tout autant qu’une voix trop lĂ©gĂšre et Ă©touffĂ©e dans le mĂ©dium. Peut-ĂȘtre que ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris, un soir de premiĂšre, auront contribuĂ© Ă  nouer l’émission, trop Ă©troite en premiĂšre partie de soirĂ©e. On est aussi quelque peu déçu par le Melisso de Nicolas Courjal, au vibrato envahissant dans les rĂ©citatifs, plus convaincant ensuite dans son air de bravoure, bien projetĂ©. Tout le reste du plateau vocal apporte heureusement un niveau de satisfaction superlatif. Ainsi de GaĂ«lle Arquez, grande triomphatrice de la soirĂ©e dans le lourd rĂŽle de Ruggiero, qu’elle affronte crĂąnement Ă  force d’aisance sur toute la tessiture, mais Ă©galement d’un impact dramatique saisissant d’engagement. A ses cĂŽtĂ©s, Roxana Constantinescu (Bradamante) donne une leçon de noblesse autour de phrasĂ©s aĂ©riens, Ă  l’émission d’une belle rondeur, tandis que Sabine Devieilhe (Morgana) reçoit une ovation mĂ©ritĂ©e, pour son agilitĂ© dans les vocalises, son brio dans l’aigu, son expressivitĂ© raffinĂ©e, tout du long. Rupert Charlesworth impose un puissant Oronte, avec un naturel d’intention et une clartĂ© d’émission, bienvenus.

Le plaisir vient aussi de la fosse : Thomas Henglebrock fait office de maĂźtre des sortilĂšges, Ă  force de sensibilitĂ© et de nuances ; il faut l’entendre faire rugir le Balthasar Neumann Ensemble (fondĂ© en 1995 pour interprĂ©ter le rĂ©pertoire baroque sur instruments d’époque) comme un seul homme dans les tuttis, tout en faisant ressortir des dĂ©tails savoureux, aux vents notamment. Les attaques sĂšches des diffĂ©rents pupitres donnent un relief percutant aux phrasĂ©s, toujours au service de la conduite thĂ©Ăątrale. AssurĂ©ment un travail qui renforce la rĂ©ussite de la soirĂ©e, grandement applaudie Ă  Garnier : un des grands spectacles de cet automne, Ă  ne pas rater !

 
 
 
 

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CRITIQUE, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Garnier, le 30 novembre 2021. Haendel : Alcina. Jeanine de Bique (Alcina), GaĂ«lle Arquez (Ruggiero), Sabine Devieilhe, Elsa Benoit (Morgana), Roxana Constantinescu (Bradamante), Rupert Charlesworth (Oronte), Nicolas Courjal (Melisso), Choeur de l’OpĂ©ra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef de chƓur), Balthasar Neumann Ensemble, Thomas Henglebrock, Iñaki Encina OyĂłn (direction musicale) / Robert Carsen (mise en scĂšne). A l’affiche de l’OpĂ©ra national de Paris jusqu’au 30 dĂ©cembre 2021. Photo : © S MathĂ© / OpĂ©ra de Paris.

 
 
 
 

RADIO. SĂ©lection de la rentrĂ©e 2020 – sĂ©lection jusqu’au 10 janvier 2021

CONFINEMENT : quels spectacles et concerts ne pas manquer ?RADIO. Sélection de la rentrée 2020
 Classiquenews sélectionne ici les programmes à ne pas manquer sur les ondes. Opéras, concerts symphoniques, plateaux éclectiques, retrouvez ci dessous les programmes incontournables à écouter dÚs la rentrée 2020 et bien aprÚs
 Y figurent plusieurs concerts enregistrés en huis clos, dans un dispositif adapté au nouveau confinement imposé depuis le 29 octobre 2020.

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décembre 2020

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Dimanche 6 décembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Orchestre national en rĂ©gion Hauts-de-France – Arie van Beek, direction.
Melody Louledjian, soprano
MAHLER, Symphonie n°4 en sol majeur

 

 

Samedi 5 décembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Orchestre National Montpellier Occitanie
Karen Kamenseh, dir
Elza van den Heever, soprano
PEPIN Camille, Laniakea
WAGNER R, Wesendonck Lieder
STRAUSS R, Intermezzo-4 interludes symphoniques
WAGNER R, Tristan et Isolde -Prélude et Liebestod pour orchestre

 

 

 

novembre 2020

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Dimanche 29 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Concert OphĂ©lie Gaillard, violoncelle / Un violoncelle Ă  l’opĂ©ra

 

p style=”text-align: right;”> Samedi 28 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Concert de l’Orchestre de Paris
Enregistrement en huis clos. STRAUSS : Quatre derniers lieder / Vier Lietzer lieder
BRAHMS : Symphonie n°4
Orchestre de Paris / Simone Young, direction

 

p style=”text-align: right;”> Dimanche 22 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : BRUCKNER, Symphonie n°4 “Romantique” – Philharmonique de Munich, Valery Gergiev, direction.
Arhives de l’Orchestre Philharmonique de Munich,dir. Z.Mehta, S.Celibidache (Concerto piano n° 2 de Brahms avec D.Barenboim), J.Levine, E.Jochum (Lied de Reger, avec C.Ludwig)

 

p style=”text-align: right;”> Samedi 21 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : W.A. Mozart, Sonate K 304 – R. Strauss Sonate op. 18
WE Korngold : garden scene de la suite “much do about nothing”

 

 

 

 

septembre 2020

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 Dim 27 sept 2020, 16h – FRANCE MUSIQUE
Tribune des critiques de disques : STABAT MATER de POULENC
Quelle est la meilleure version enregistrĂ©e ? Ecoute comparative…

 

Ven 11 sept 2020, 21h.
Musiques en FĂȘte ! en direct d’Orange sur France Musique et France 3

MalgrĂ© le contexte sanitaire, voici une soirĂ©e musicale inĂ©dite avec des artistes en live destinĂ©e au plus grand nombre. PrĂ©sentĂ©e par Cyril FĂ©raud (entre autres), cette 10e Ă©dition de « Musiques en fĂȘte » rĂ©unit un plateau de chanteurs pour un mixte de genres mĂȘlĂ©s : airs d’opĂ©ra, d’opĂ©rette, de comĂ©dies musicales, ainsi que des musiques traditionnelles et des chansons françaises

Les mĂ©lodies de Verdi, Donizetti, Bellini s’associent aux airs cultes : “Oh happy day !”, “Calling you”, “La MĂ©lodie du bonheur”, interprĂ©tĂ©s en direct sur France 3 et sur France Musique, depuis la scĂšne du thĂ©Ăątre antique d’Orange.
Se succĂ©dent ainsi sur scĂšne Florian Sempey, Thomas Bettinger, Claudio Capeo, Sara Blanch Freixes, JĂ©rĂŽme Boutillier, Alexandre Duhamel, Julien Dran, Julie Fuchs, Thomas Bettinger, MĂ©lodie Louledjian, Patrizia Ciofi, Fabienne Conrad, Marina Viotti, Florian Laconi, AmĂ©lie Robins, BĂ©atrice Uria-Monzon, Marc Laho, Jeanne GĂ©rard, Anandha Seethaneen, Jean Teitgen. Avec l’Orchestre national de Montpellier Occitanie. Le ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte Carlo, Chef de chƓur : Stefano Visconti. La MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Les Ă©lĂšves des classes CHAM du collĂšge de Vaison la Romaine. ChorĂ©graphies de StĂ©phane Jarny.
Puis les jeunes talents de Pop the Opera, rĂ©unissant une centaine de collĂ©giens et de lycĂ©ens issus d’établissements scolaires de la rĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte d’Azur, interprĂštent plusieurs chansons cultes.

 

 

PROGRAMME

Georges Bizet : Carmen
Giacomo Puccini : Nessun dorma, ext. de Turandot (Act.III)

Charles Trenet
Paul Misraki
Je chante

Charles Gounod
Je veux vivre – Ariette, ext. de RomĂ©o et Juliette

Giuseppe Verdi
Di geloso amor sprezzato, ext. de Le TrouvĂšre (Act.I, Sc.15)

Michel Polnareff
On ira tous au paradis
Hommage Ă  Jean-Loup Dabadie, auteur

Gaetano Donizetti
Io son ricco e tu sei bella (Barcaruola), ext. de L’ Elisir d’amore (Act.II, Sc.3)
Una furtiva lagrima, ext. de L’ Elisir d’amore (Act.II, Sc.12)

Jules Massenet
Profitons bien de la jeunesse, ext. de Manon (Act.III, Sc.10)

Abba : Björn Ulvaeus, Benny Andersson, Stig Anderson Dancing Queen

Bella ciao (Hymne des Partisans italiens)

Anonyme
Paul Misraki

Qu’est-ce qu’on attend pour ĂȘtre heureux ?
ext. de la BO du film Feux de joie de Jacques Houssin

Pop the Opera : collĂ©giens et lycĂ©ens de la rĂ©gion acadĂ©mique Provence-Alpes-CĂŽte-d’azur

Giacomo Puccini
E lucevan le stelle, romance – ext. de Tosca (Act.III, Sc.3)

Giuseppe Verdi
Carlo vive ? , ext. de I masnadieri (“Les Brigands”)
MĂ©lody Louledjian, soprano, Amalia

Di provenza il mar il suol, ext. de La Traviata (Act.II, Sc.13)
JĂ©rĂŽme Boutillier, baryton

Lucio Battisti
E penso a te
Claudio Capeo, chant

Giuseppe Verdi
O Carlo ascolta, ext. de Don Carlo (Act.III, Sc.9)
Pace pace mio Dio, ext. de La forza del destino (“La force du Destin”) – Act.IV Sc.5

Richard Rodgers
Do-Re-Mi (Do le do), ext. de La MĂ©lodie du bonheur
ElĂšves des classes CHAM du collĂšge de Vaison la Romaine

Traditionnel Tsigane de Russie
Medley “Les trois tĂ©nors” : Les Yeux noirs (“Otchi tchornye”), Cielito lindo, O sole mio (“mon soleil »)

Gaetano Donizetti
Deh! tu di un umile preghiera, ext. de Maria Stuarda (Act.III, Sc.14)
Cruda funesta smania, ext. de Lucia di Lammermoor (Act.I, Sc.4)

John Kander
Cabaret
Isabelle Georges, chant

Gioacchino Rossini
La calunnia e un venticello, ext de Le barbier de SĂ©ville (” Il Barbiere di Siviglia”) – Act.I Sc.16 Non piu mesta, ext. de La Cenerentola
Marina Viotti, mezzo-soprano, Angelina dite La Cenerentola

The Edwin Hawkins Singers
Oh Happy Day
Choeur de Gospel

Pablo SorozĂĄbal
No puede se, ext. de la zarzuela “La tabernera del puerto »

Vincenzo Bellini
La tremenda ultrice spada, ext. de
Les Capulets et les Montaigus (“I Capuleti e i Montecchi”) – Act.I
HĂ©loĂŻse Mas, mezzo-soprano

Gaetano Donizetti
O luce di quest’anima, ext. de Linda di Chamounix (Act.I, Sc.10)

Louis Ganne
C’est l’amour, ext. de Les Saltimbanques
Julie Fuchs, soprano, Suzanne
Florian Sempey, baryton, Grand-Pingouin

Bob Telson
Calling You
Ext. de la BO du film américano-allemand réalisé par Percy Adlon
Anandha Seethaneen, chant, membre du gospel “Oh happy day »

Vincenzo Bellini
Ah! non giunge uman pensiero, ext. de La Sonnambula (Act.II, Sc.14)
Amélie Robins, soprano, Amina

Deh! non volerli vittime, ext. de Norma (Act.II, Sc.18)
Fabienne Conrad, soprano, Norma
Marc Laho, ténor, Pollione

Franz Schubert
Ave Maria (Ellens Gesang III, Hymne an die Jungfrau D 839 op. 52 n°6)
Sara Blanch Freixes, soprano

MaĂźtrise des Bouches-du-Rhone
Ivan Petrovitch Larionov
Kalinka (“Petite baie”)
Florian Laconi, ténor
Direction : Didier Benetti

Giuseppe Verdi
Schiudi inferno inghiotti, ext. de Macbeth (Act.I, Sc.11)
Alexandre Duhamel, baryton
BĂ©atrice Uria-Monzon, mezzo-soprano
Jean Teitgen, baryton
Thomas Bettinger, ténor
Jeanne GĂ©rard, soprano

Libiamo nĂš lieti calici, ext. de La Traviata (Act.I, Sc.3)
Patrizia Ciofi, soprano, Violetta
Julien Dran, ténor, Alfredo Germont

Choeur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo dirigĂ© par Stefano Visconti
Orchestre National de Montpellier Occitanie
Direction : Luciano Acocella

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Mardi 8 sept 2020, 20h. HAENDEL : Le Messie.
Concert donnĂ© le 10 juin 2019 en l’Abbaye de Melk dans le cadre du Festival International de JournĂ©es de musique baroque de Melk
Georg Friedrich Haendel
Le Messie HWV 56
Oratorio pour solistes, choeur et orchestre en trois parties sur un livret de Charles Jennens d’aprĂšs des textes bibliques
Charles Jennens, librettiste
Giulia Semenzato, soprano
Terry Wey, contre-ténor
Michael Schade, ténor
Christopher Maltman, basse
Wiener Singakademie
Concentus Musicus de Vienne
Direction : Daniel Harding

 

 

 

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Dim 6 sept 2020, 16h. PUCCINI : TURANDOT.
Tribune des critiques de disques.Quelle meilleure version au disque de l’ultime opĂ©ra de Giacomo Puccini ? Quelle chanteuse a le mieux incarnĂ© la princesse frigide aux 3 Ă©nigmes ?…

 

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Sam 5 sept 2020, 20h. HAENDEL : Agrippina
20h – 23h Samedi Ă  l’opĂ©ra / opĂ©ra donnĂ© le 11 octobre 2019 au Royal Opera House de Londres.

Georg Friedrich Haendel
Agrippina HWV 6
Opera seria en trois actes sur un livret de Vincenzo Grimani, crée le 26 décembre 1709 au Teatro San Giovanni Grisostomo de Venise.
Vincenzo Grimani, librettiste
Joyce Di Donato, mezzo-soprano, Agrippina
Franco Fagioli, contre-tĂ©nor, NĂ©ron, fils d’Agrippina
Lucy Crowe,soprano, Poppea
Iestyn Davies, contre-ténor, Ottone
Gianluca Buratto, basse, Claudio, Empereur romain
Andrea Mastroni, basse, Pallante
Eric Jurenas, contre-ténor, Narciso
José Coca Loza, basse, Lesbo
Orchestre du SiĂšcle des LumiĂšres
Direction : Maxim Emelyanychev
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opera-garnier-apollon-lyreLe 14 juillet 2020, 19h30 en direct : gala spĂ©cial. DUKAS, FAURE, SAINT-SAENS, R STRAUSS, MOZART. En hommage au dĂ©vouement et au courage du personnel soignant et de tous ceux qui ont ƓuvrĂ© en faveur de la collectivitĂ© au cours des derniers mois, l’OpĂ©ra national de Paris organise deux concerts exceptionnels au Palais Garnier, les 13 et 14 juillet 2020. France Musique diffuse en direct le programme du 14 juillet, fĂȘte nationale. Fanfares prĂ©liminaires, sĂ©quence chorale, enfin scĂšne d’opĂ©ra (Mozart), puis conclusion symphonique (la Jupiter et sa rayonnante vitalitĂ©)
 En direct les 13 et 14 juillet sur la page facebook et Youtube de l’OpĂ©ra national de Paris. 1h30 sans entracte

Paul Dukas : Fanfare
pour prĂ©cĂ©der “La PĂ©ri »

Richard Strauss : Feierlicher Einzug
(Einzug der Ritter des Jo-hanniterordens), TrV 224

Gabriel Fauré : Madrigal op. 35
Camille Saint-Saëns: Calme des nuits op. 68 n° 1

MOZART : Le Nozze di Figaro
Ouverture
Hai già vinta la causa »
“”Deh vieni non tardar »
Crudel ! Perché finora farmi languir cosÏ ?
Symphonie n° 41, “Jupiter” en ut majeur (K 551)

Avec Julie Fuchs, StĂ©phane Degout, aux cĂŽtĂ©s de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris sous la direction de Philippe Jordan et des ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris sous la direction de JosĂ© Luis Basso. Le 14 juillet en direct du Palais Garnier Ă  PARIS.

CHAINE YOUTUBE de l’OpĂ©ra national de Paris
https://www.youtube.com/user/operanationaldeparis
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OPERA FUOCO : la Compagnie lyrique de David Stern, de Paris Ă  ShanghaĂŻ (2016)

opera-fuoco-logo-2015OPERA FUOCO, grand reportage vidĂ©o. Orchestre, troupe de chanteurs et aussi laboratoire lyrique oĂč les jeunes talents apprennent le mĂ©tier… OPERA FUOCO, crĂ©Ă© par le chef d’orchestre DAVID STERN, est un collectif conçu pour le chanteur et l’opĂ©ra, toutes les formes d’opĂ©ra. Comment fonctionne l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco ? Quels sont les objectifs et les enjeux, dĂ©fendus depuis la crĂ©ation de l’ensemble par son fondateur, le chef David Stern ?… Opera Fuoco, de Paris Ă  ShanghaĂŻ. GRAND REPORTAGE VIDEO par le studio CLASSIQUENEWS.COM (RĂ©alisateur : Philippe Alexandre PHAM)

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Haendel, handel MessiePeut-ĂȘtre que la raison du succĂšs est plus simple qu’il n’y paraĂźt. MĂȘme si les affiches mettaient en avant les deux principaux chanteurs davantage que l’ouvrage, force est de constater que le succĂšs rencontrĂ© par ce concert avec une Halle-aux-Grains pleine Ă  craquer est plein d’enseignements. Non, le public n’a pas besoin d’ĂȘtre distrait par une mise en scĂšne pour Ă©couter trois heures et demi de musique. Quand on sait la laideur ou la bĂȘtise de certaines mises en scĂšne, il convient de dire combien cette Alcina en version de concert a Ă©tĂ© thĂ©Ăątrale. Une Ă©quipe de chanteurs cooptĂ©s et au service d’une des plus belles partitions d’un gĂ©nie baroque arrive avec des regards, des dĂ©placements sobres, des gestes esquissĂ©s Ă  faire comprendre des sentiments ou des situations complexes. Les laisser s‘exprimer est bien prĂ©fĂ©rable Ă  certaines directions d’acteurs alambiquĂ©es. Nous tenons peut-ĂȘtre lĂ , la recette de l’émotion lyrique du moins tant que le rĂŽle des metteurs en scĂšnes sera si disproportionnĂ©.

 

 

 

Immense Alcina, de passion et d’Ă©motions….

 

 

Parfaitement Ă  l’aise sur scĂšne chaque chanteur a su insuffler tant dans les rĂ©citatifs que dans les airs toute la force des personnages, s’appuyant souvent par un regard vers les instrumentistes les accompagnant. L’orchestre plutĂŽt chambriste a fait preuve d’une virtuositĂ© parfaite et d’un engagement rĂ©confortant. La direction d’Ottavio Dantone est prĂ©cise et souple, laissant une large part aux respirations si essentielles et mĂȘme au silence. Le dosage entre orchestre complet, quatuor Ă  cordes, ou basse continue durant les airs da capo a permis une belle aĂ©ration pleine de vie. Proche des musiciens comme des chanteurs, Ottavio Dantone passe de la direction au clavecin avec une aisance confondante et une naturel total. Il obtient de son orchestre de belles nuances, des couleurs variĂ©es permettant au chant de se dĂ©velopper dans un Ă©crin magnifique.

Nous parlerons du chant tant cette Ă©quipe est soudĂ©e dans un art du bel canto au sommet. Chacun,  et mĂȘme dans les plus petits rĂŽles, a Ă©tĂ© magistral. Ainsi la voix ronde et homogĂšne de Hasnaa Bennani a donnĂ© au jeune Roberto toute la flamme de sa fraĂźche jeunesse, puis aborde un «  Barbara » Ă  l’acte 3 plein d’énergie. Christian Senn en Melisso a su camper avec vitalitĂ© le mentor qui cherche a remettre chacun Ă  sa place. La beautĂ© du timbre, la conviction de l’expression sont celles qui conviennent Ă  ce personnage positif. Le tĂ©nor Anicio Zorza Giustiniani arrive dans un rĂŽle un peu ingrat, Ă  en dessiner plusieurs facettes. Le timbre est dĂ©licieusement chaud et sa capacitĂ© Ă  vocaliser Ă  pleine voix, avec des fioritures incroyables dans les reprises, est du grand art. Les longues phrases, les lignes parfaitement galbĂ©es forment un art du chant assez inhabituel pour un tĂ©nor. La prĂ©cision des rĂ©citatifs donne de la force au personnage habituellement moins prĂ©sent. Sa coquette amoureuse est incarnĂ©e par la pulpeuse Emöke Barath qui allie des qualitĂ©s vocales rares en terme de beautĂ© et chaleur du timbre de soprano aigu et des capacitĂ©s d’alanguissement de haute sĂ©duction. La finesse du jeux, le charme des regards,  associĂ©s a une grande musicalitĂ© , tout permet de prĂ©dire Ă  cette jeune chanteuse une trĂšs belle carriĂšre.

Le rĂŽle de Bradamante mĂȘme au thĂ©Ăątre est souvent sacrifiĂ© en raison de son ton moralisateur. Ce soir la belle mezzo soprano Delphine Gailloux avec des geste Ă©lĂ©gants et fluides, mais surtout l’humour qu’elle sait y mettre, prend une dimension bien plus sympathique qu’au thĂ©Ăątre. Quel timbre de bronze, quelle ligne de chant ; quelle assurance dans les vocalises de colĂšres comme de passion !

Pour finir, nous devons  mettre en vedette deux chanteurs d‘exception. Philippe Jaroussky est le chouchou de toute une partie du public. Il est un musicien hors pairs qui a un chic dans ce qu’il fait tout Ă  fait inimitable. Vocalement nous n’avons pas toujours Ă©tĂ© adepte d’un son trop systĂ©matiquement angĂ©lique. Le travail sur l’incarnation de la voix est trĂšs intĂ©ressant et donne aujourd’hui au personnage de Ruggierro la dimension charnelle qui lui revient. Le timbre est plus chaud et plus prenant mais la voix reste aĂ©rienne. La ligne de chant est prodigieuse d’apesanteur. Les longues notes tenues en voix filĂ©e et  prolongĂ©e par une reprise sans respiration sont un prodige vocal rare et d’une belle puissance expressive. Une telle longueur de souffle est prodigieuse. L’air « Verdi prati » est un moment de pur dĂ©lice. Mais c’est peut ĂȘtre l’air « Sta nell’Ircana » avec les deux cors qui montre le mieux l’extraordinaire musicalitĂ© du contre tĂ©nor. Sans avoir la vaillance requise, il arrive avec une dose d’humour Ă  faire de cette aventure de couleurs, car les cors font ici leur unique apparition, un moment intense.

Mais Alcina ne serait pas un moment magique sans une grande Alcina. Si Inga Kalyna sauve cette production (Sonya Yoncheva Ă©tait originellement attendue) nous ne pouvions rĂȘver Alcina plus convaincante abolissant par la perfection de sont art, la temporalitĂ© et la notion de beautĂ© par une sĂ©duction du chant irrĂ©sistible. La voix est riche, pleines d’ harmoniques sombres mais dans une lumiĂšre de timbre irradiante. Les phrasĂ©s sont admirables d’élĂ©gance et de subtilitĂ©. Les moments d â€˜Ă©motions sont musicalement accomplis ; tant de colĂšre, de douleur avec cette maĂźtrise vocale sur toute la tessiture est rare. La souffrance de la sorciĂšre amoureuse est un moment absolument fascinant. Le grand air « Ah mio cor » est chantĂ© avec toute son Ăąme. Sons filĂ©s, nuances creusĂ©es entre pianissimi blafards et forte flamboyants prouvent une maĂźtrise vocale absolue. La magie de son art du chant personnifie le rĂŽle. Du point de vue technique, cette maestriĂ  vocale lui permet outre une parfaite maitrise du vibrato, un usage des sons filĂ©s : piano, forte, piano et Ă  nouveau forte que je n’avais jamais entendue avec cette puissance vocale. Et il est peu de dire qu’aucune vocalise ne semble n’ĂȘtre autre chose qu’une Ă©vidence pour cette voix Ă  l’agilitĂ© diabolique.

Grande habituĂ©e du rĂŽle, elle le chante sans partition et le joue de tout son corps avec sobriĂ©tĂ©. Une soirĂ©e d’opĂ©ra exceptionnelle que nous devons aux Grands InterprĂštes. Merci Ă  ces artistes si soudĂ©s et si engagĂ©s Ă  rendre justice Ă  une superbe partition.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Nouvel Alcina Ă  GenĂšve

Haendel handel oratorio opera baroqueGenĂšve, Gd ThĂ©Ăątre.Haendel : Alcina. 15-29 fĂ©vrier 2016. Le Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve (en rĂ©alitĂ© le cadre intimiste du thĂ©Ăątre de bois de l’OpĂ©ra des Nations) accueille une nouvelle production d’Alcina de Haendel, chef d’oeuvre absolu inspirĂ© de la poĂ©sie noire et tragique de L’Arioste, oĂč la passion amoureuse conduit chevaliers et magiciennes aux bords de la folie solitaire, destructrice. Chacun ici fait l’expĂ©rience de l’impuissance, mĂȘme l’enchanteresse Alcina qui malgrĂ© ses pouvoirs, n’est pas la souveraine manipulatrice que l’on pourrait croire : son empire est celui de l’artifice et de l’illusion et gare au moment oĂč en un Ă©clair de pleine conscience, les masques tombent et la magicienne mesure la rĂ©alitĂ© dĂ©risoire de son pouvoir. Avant les Armide et les MĂ©dĂ©e de la pĂ©riode des LumiĂšres et des Romantiques, Haendel s’intĂ©resse au personnage central d’Alcina dont il fait une figure de femme surtout humaine, troublante, attachante, et formidablement dĂ©chirante. Peu Ă  peu, la magicienne humanisĂ©, sombre dans le noir de l’amertume, la rancoeur sourde d’une Ăąme blessĂ©e, dĂ©truite, dĂ©vastĂ©e. Car Renaud qu’elle aime et qu’elle a ensorcelĂ© pour qu’il l’aime en retour, en reprenant ses esprits (grĂące Ă  ses amis chevaliers et Ă  sa premiĂšre compagne venue le recherche : Bradamante), comprend qu’il a Ă©tĂ© trompĂ© ; il n’aime pas Alcina et le lui fait savoir sans mĂ©nagement. Terrible et effrayant, l’abĂźme qui se prĂ©sente alors Ă  la souveraine impuissante. Qui n’a pas su se faire aimer pour elle mĂȘme. Qui se fait aimer par magie. Mais pour si peu de temps. Les airs d’Alcina sont d’une effrayante et captivante vĂ©ritĂ© : ils mettent peu Ă  peu Ă  nu, l’Ăąme dĂ©chirĂ©e et soumise de la magicienne. Remarquable de subtile effusion, d’une vĂ©ritĂ© inouĂŻe Ă  son Ă©poque, l’Ă©criture de Haendel, en vĂ©ritable mĂ©decin des Ăąmes, grand connaisseur du sentiment humain, Ă©blouit par l’Ă©lĂ©gance d’une action fantastique qui se montre cruellement humaine.

 

 

 

boutonreservationGenÚve, Opéra des Nations
Haendel : Alcina 8 représentations
Les 15,17,19,21, 23, 25,27 et 29 février 2016
Nouvelle production
Leonardo Garcia Alarcon, direction
David Bösch, mise en scÚne
Avec Nicole Cabell, Monica Bacelli, Siobhan Stagg, Kristina Hammarström, Michael Adams… L’OpĂ©ra des Nations
La Cappella Mediterranea (continuo)

Dramma per musica en 3 actes de Georg Friedrich Haendel.‹Livret anonyme d’aprĂšs celui d’Antonio Fanzaglia pour l’opĂ©ra L’Isola d’Alcina de Riccardo Broschi, lui-mĂȘme inspirĂ© de l’Orlando furioso de L’Arioste.‹CrĂ©Ă© le 16 avril 1735 Ă  Londres, au Covent Garden Theatre.

ChantĂ© en italien avec surtitres en anglais et français ‹Billets de Fr. 44.- Ă  Fr. 199.- / Location dĂšs le 31 aoĂ»t 2015 Ă  10h

 

 

ConfĂ©rence de prĂ©sentation de l’opĂ©ra Alcina
Mercredi 10 fĂ©vrier 2016, 18h15 au ThĂ©Ăątre de l’EspĂ©rance
Diffusion sur Espace 2, samedi 2 avril 2016, 20h.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Shanghai, Shanghai Symphony Hall, le 18 dĂ©cembre 2015. Haendel : Alcina. Opera Fuoco. David Stern, direction. Raffaella Milanesi (Alcina), Jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco.

STERN-david-maestro-chef-orchestre-gallery_03HD_DAVID_STERN-582-594-UNE-HOMEDavid Stern Ă  Shanghai. En dĂ©cembre 2015, la prĂ©sence du fils d’Isaac Stern, le chef David Stern dans la mĂ©gapole chinoise (23 millions de citadins, la concentration urbaine la plus importante au monde) relĂšve d’une aventure romanesque qui prend l’ampleur d’une lĂ©gende telle qu’on les aime. Les amateurs, mĂ©lomanes avisĂ©s ou connaisseurs voire historiens de la musique savent combien la tournĂ©e du pĂšre, Isaac Stern, en Chine, en 1979, passant ainsi significativement Ă  Shanghai, -immortalisĂ©e par un cĂ©lĂšbre documentaire intitulĂ© “De Mao Ă  Mozart” (Ă©ditĂ© en 1980), a profondĂ©ment marquĂ© l’histoire de la musique occidentale dans l’Empire du milieu : c’est mĂȘme Ă  partir de cet Ă©vĂ©nement choc, – rare et exceptionnelle rencontre culturelle entre deux mondes distincts, qu’est nĂ©e l’aventure de la musique occidentale en Chine. A la lueur de ce prĂ©cĂ©dent, on estimera aisĂ©ment la mesure de la dĂ©jĂ  2Ăšme Ă©dition du Festival Baroque Ă  Shanghai, en dĂ©cembre 2015, Ă©vĂ©nement portĂ© et pilotĂ© par David Stern (qui en est le directeur artistique) en collaboration Ă©troite avec l’Orchestre Symphonique de Shanghai (SSO). Il estv vrai que la programmation 2015 comprenait outre les rvs avec Opera Fuoco, un programme oĂč les musiciens de l’orchestre shanghaiais jouaient avec leurs confrĂšres europĂ©ens dans un programme redoutable (Telemann, Haendel) sous la direction de maestro Stern.

 

 

 

Opera Fuoco et David Stern Ă  Shanghai

 

 

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Comme hier, Isaac ouvrait une nouvelle perspective en faisant jouer Mozart et Brahms aux jeunes violonistes chinois, Ă©lĂšves du Conservatoire de musique de Shanghai (l’institution participe aussi Ă  la rĂ©ussite du festival baroque en 2015), David en continuateur inspirĂ© et dĂ©fricheur, plus de 35 ans aprĂšs, poursuit l’aventure paternelle en terre asiatique, mais la renouvelle et sait stimuler la curiositĂ© des chinois pour Haendel et Telemann, sans omettre Bach et ses fils (pour ne citer que les compositeurs mis Ă  l’honneur en 2015). Pour Alcina, se sont les Ă©lĂšves de ce mĂȘme Conservatoire qui ont assurĂ© la tenue des parties chorales le 18 dĂ©cembre dernier, lors du concert officiel de l’opĂ©ra de Haendel ainsi donnĂ© dans l’impressionnant Concert Hall du SSO (Shanghai Symphony Orchestra : un Ă©crin acoustiquement fabuleux). L’Ă©popĂ©e gagne donc une cohĂ©rence inĂ©dite et surprenante, du pĂšre au fils, chacun apportant dans ce rapprochement des peuples et des cultures, tout un continent musical non pas dans l’esprit d’une redite mais dans celui d’un complĂ©ment, dans la quĂȘte d’un accomplissement. Un nouveau jalon sera atteint cet Ă©tĂ© (aoĂ»t 2016) avec le lancement du Concours international de violon Ă  Shanghai qui portera le nom du pionnier dĂ©sormais cĂ©lĂ©brĂ© : Isaac Stern.

Au demeurant, l’activitĂ© de David Stern Ă  Shanghai, prend aussi une dimension spĂ©cifique car en liaison avec la crĂ©ation de sa propre compagnie d’opĂ©ra, Opera Fuoco, il s’agit d’accomplir tout un cheminement artistique et donc pĂ©dagogique vĂ©cu avec le noyau de jeunes chanteurs qui constitue les tempĂ©raments les plus prometteurs de l’Atelier Lyrique de la Compagnie : des jeunes interprĂštes auxquels le maestro, gĂ©nĂ©reux et toujours disponible, veut apporter les clĂ©s de leur futur mĂ©tier : travailler le texte, l’articuler, l’incarner ; comprendre les enjeux dramatiques, Ă©couter les autres, trouver sa place dans une Ă©quipe et Ă  l’autre bout du monde, gĂ©rer stress, fatigue (dĂ©calage horaire), tension, concentration… Avec les annĂ©es, parce qu’aussi l’accompagnement et l’aide aux jeunes se rĂ©alisent sur plusieurs annĂ©es, des liens se sont tissĂ©s ; un esprit de troupe et de famille s’est renforcĂ© ; tout cela concourt Ă  la rĂ©ussite d’une aventure lyrique unique au monde. Le dĂ©passement de soi, le partage, et le plaisir dans la discipline font le miracle de ce qui s’est produit Ă  Shanghai en dĂ©cembre dernier. Opera Fuoco rĂ©invente l’idĂ©e d’une Ă©quipe d’opĂ©ra : Ă  la fois laboratoire, pĂ©piniĂšre, fabrique vocale…. C’est un collectif qui depuis quelques annĂ©es a acquis une identitĂ© renforcĂ©e grĂące Ă  la conjonction des talents complĂ©mentaires et distincts (la compagnie, aujourd’hui productrice de spectacles ; l’orchestre sur instruments anciens ; la troupe de jeune chanteurs d’un niveau plus que prometteur…) que le chef a su marier, et qui assurent la rĂ©ussite de chaque production.

 
 

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alcina-stern-shanghai-raffaella-milanesiALCINA A SHANGHAI. EmblĂ©matique Ă  tous Ă©gards, la production de cette Alcina de rĂȘve, prĂ©sentĂ©e sur le plateau du Shanghai Symphony Hall, ce 18 dĂ©cembre 2015 indique le chemin parcouru et le niveau d’exigence de la troupe ; un niveau exemplaire car ici a contrario d’autres expĂ©riences de transmission et de savoir partagĂ©, il s’agit de nouer un mode de travail sur le long terme ; la notion de talent soudain n’existe pas ; c’est une vue (dangereuse) du marketing outrancier. Rien ne remplace l’Ɠuvre du temps ; les acquis façonnĂ©s pas Ă  pas ; la lente mais sĂ»re maturation d’un jeune tempĂ©rament… David Stern l’a bien compris ; lui qui avec un instinct exceptionnel et toujours sĂ»r, sait choisir chaque voix pour son rĂŽle idĂ©al et au bon moment : cette acuitĂ© et ce discernement artistique fondent aussi les vertus de sa dĂ©marche. Autour du chef se retrouvent de jeunes tempĂ©raments qui ont pris l’habitude de jouer et de chanter ensemble. L’esprit de complicitĂ© prĂ©vaut chez Opera Fuoco ; une Ă©mulation fraternelle cultivĂ©e par la bienveillance et la confiance, qui profite aussi de la proximitĂ© de professionnels aguerris, …. des pointures vocales Ă  la prĂ©sence charismatique : c’est Ă©videmment le cas de la soprano italienne Raffaella Milanesi : ardente et subtile Alcina dont elle exprime les moindres tiraillements intĂ©rieurs, surtout le parcours psychologique, de la magicienne triomphante Ă  l’amoureuse dĂ©truite, abandonnĂ©e (par Roger/Ruggiero), basculant finalement dans l’amertume haineuse et destructrice. C’est peu dire que Raffaella Milanesi marque le rĂŽle ; funambule, fĂ©line, habitĂ©e voire possĂ©dĂ©e par le rĂŽle, la jeune diva s’empare du caractĂšre, le dĂ©cortique au millimĂštre, l’analyse, rĂ©vĂ©lant le gĂ©nie psychologique de Haendel ; continument en contrĂŽle et d’une concentration optimale (il en faut pour enchaĂźner ses deux airs monstrueux au II), elle se taille une voie royale par une prise de rĂŽle Ă©blouissante, de justesse comme d’intensitĂ©. On a guĂšre vĂ©cu une telle dĂ©charge directe et juste, sauf prĂ©cĂ©demment avec la regrettĂ©e Lorraine Hunt (autre

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haendĂ©lienne de premier plan). C’est une performance ponctuĂ©e de moments de grĂące absolue, en Ă©troite symbiose avec le geste du chef et la finesse de l’orchestre : un modĂšle de concentration et de chant projetĂ©, nuancĂ© et souple pour les jeunes qui l’entourent ; le duo amoureux (style je t’aime moi non plus) qu’elle compose alors avec le Ruggiero juvĂ©nil de la jeune et suave Lea Desandre (photo ci dessus avec Alexandre Artemenko) atteint un sommet de sensualitĂ© envoĂ»tante (Ă  quand son Ariodante, prolongement naturel et complĂ©mentaire de sa formidable prise de rĂŽle Ă  Shanghai ?) ; de toute Ă©vidence, les deux forment un couple oĂč la grĂące le dispute Ă  la vĂ©ritĂ©. Timbre de miel, voix Ă  la fois fine et puissante, la jeune mezzo subjugue car comme ses partenaires, l’interprĂšte apporte sur scĂšne, une personnalitĂ© dotĂ©e de profondeur (la marque de la troupe Opera Fuoco ?) ; c’est pour chacun une histoire, un vĂ©cu, une sensibilitĂ© dont la sobriĂ©tĂ© du geste, l’efficacitĂ© du jeu dĂ©voilent les tensions, la prĂ©cision des intentions, la justesse du style ; tout ce qui enrichit ici la palette expressive de vrais chanteurs-acteurs. On aura rarement dĂ©celĂ© chez de jeunes artistes, l’Ă©mergence d’une telle comprĂ©hension profonde, plurielle, intime des oeuvres. PilotĂ©s par David Stern et son Ă©quipe, chaque interprĂšte sait trouver son pĂ©rimĂštre expressif qui convient Ă  sa tessiture, sa personnalitĂ©, ses possibilitĂ©s rĂ©elles.

Face Ă  cette tigresse magicienne, Ă  la fois souveraine et mendiante, que ce Roger a de panache et aussi de candeur, accent d’une noble et sincĂšre adolescence. Aucune faute Ă  la distribution : en soeur complice, souvent Ă©merveillĂ©e (par l’amour que lui inspire Bradamante, la premiĂšre compagne de Roger, dĂ©guisĂ©e en … homme), la Morgane de DaphnĂ© Touchais (partenaire fidĂšle d’Opera Fuoco depuis des annĂ©es), affirme le rayonnement de son personnage, une Ăąme solaire contrastant Ă©videmment avec la tĂ©nĂ©breuse Alcina. MĂȘme solide assurance pour AngĂ©lique Noldus, familiĂšre du rĂŽle travesti de Bradamante.

 
 


 
 

alcina-oronte-sahy-ratia-tenor-classiquenews-shanghai-classiquenews-copyright-philippe-alexandre-pham-shanghai-david-stern-582JEUNES TEMPERAMENTS DRAMATIQUES. Saluons parmi les plus jeunes solistes de l’Atelier Lyrique, trois autres tempĂ©raments qui sont aussi de superbes voix, pas seulement caractĂ©risĂ©es mais dĂ©jĂ  polies et assurĂ©es, des sensibilitĂ©s vives au relief dramatique captivant : le tĂ©nor Sahy Ratianarinaivo (Oronte, photo ci contre), juvĂ©nilitĂ©, flexibilitĂ© au bel canto irrĂ©sistible (son “momento di contento” est projetĂ© / formulĂ© avec une fraĂźcheur et une innocence dĂ©lectable ; c’est un belcantiste nĂ© qui devrait demain chanter Bellini…) ; l’Oberto trĂšs abouti de la jeune Natalie Perez dont le dernier air, exprime toute l’horreur que lui inspire la magicienne qui a tombĂ© le masque : superbe progression vocale dans l’horreur et la blessure intime ; enfin le baryton Alexandre Artemenko (photo ci dessous) qui assure une sincĂ©ritĂ© bouleversante dans son seul air de Melisso : mĂȘme si l’articulation de l’italien est encore perfectible, la sincĂ©ritĂ© et la sobriĂ©tĂ© de l’intention, la noble virilitĂ© du timbre montrent combien le jeune acteur a saisi l’enjeu du personnage au moment oĂč il chante… encore un accomplissement Ă  mettre au bĂ©nĂ©fice du geste Opera Fuoco. Outre la volontĂ© de les aider Ă  prendre conscience de toutes les composantes du mĂ©tier, l’Ă©quipe offre surtout aux jeunes chanteurs une ambiance idĂ©ale pour accomplir leur tempĂ©rament, approfondir alcina-melisso-alexandre-ARTEMENKO-review-critique-alcina-shanghai-classiquenews-decembre-2015-copyright-classiquenewsleur caractĂšre ; d’autant que sans mise en scĂšne (est ce vraiment utile ici ?), chacun doit nĂ©cessairement se dĂ©passer pour exprimer par un jeu dramatique mesurĂ© et un chant d’autant mieux exposĂ©, la vĂ©ritĂ© de leur personnage. Il n’est pas de formation aussi dĂ©cisive pour le jeune chanteur que celle offerte par Opera Fuoco. PrĂ©alable Ă  cette Alcina chinoise, les jeunes ont peu suivre au cours des mois prĂ©cĂ©dents, plusieurs masterclasses oĂč Ă  chaque fois, c’est un style et une langue spĂ©cifique qu’il a fallu comprendre, pratiquer, exprimer, ciseler. Au cƓur du projet d’Opera Fuoco et selon l’objectif de David Stern, c’est surtout le sens et le texte qui impriment la vision globale : “il ne s’agit pas seulement d’avoir une belle voix ; il faut encore savoir ce que l’on dit, ce qui est en jeu, ce que l’on peut exprimer dans chaque situation“, ne cesse de prĂ©ciser le maestro pĂ©dagogue.

 
 
 

La Compagnie lyrique Opera Fuoco réinvente la notion de troupe et de transmission

David Stern et Opera Fuoco : l’Ă©cole de la vĂ©ritĂ©

 
 

PARCOURS PRÉALABLE : Cole Porter, Gluck, Berlioz… Ainsi avant Haendel Ă  Shanghai, chaque jeune chanteur a pu (re)dĂ©couvrir les dĂ©fis du chant amĂ©ricain (Kiss me Kate de Cole Porter) ; le raffinement de la dĂ©clamation française chez Gluck et Berlioz ; Ă  chaque session, un invitĂ© spĂ©cialiste de ce rĂ©pertoire complĂšte les indications et les conseils de David Stern et de Jay Bernfeld, conseiller pĂ©dagogique : Jeff Cohen pour Porter, VĂ©ronique Gens pour la mĂ©lodie et l’opĂ©ra français classique et romantique. Jamais en reste d’une idĂ©e nouvelle, pourvu qu’elle soit formatrice et engage plus encore les jeunes apprentis chanteurs, David Stern a mĂȘme inventĂ© une nouvelle forme de spectacle : le concert-rencontre oĂč il prend la parole, explique tous les enjeux du rĂ©pertoire et des Ɠuvres afin que le public mesure l’ampleur du travail effectuĂ© par les Ă©lĂšves de l’Atelier Lyrique.

 

opera-fuoco-logo-2015DĂ©fenseur du texte au mot prĂšs, soucieux de l’histoire, de son explicitation par le geste et le chant, le chef a mĂȘme conçu un nouveau spectacle avec l’Ă©crivain Eric-Emmanuel Schmitt : Ă  partir de la traduction du livret de Da Ponte des Noces de Figaro de Mozart, les deux passeurs ont Ă©laborĂ© un programme oĂč la mise en regard du français inspirĂ© de Beaumarchais et de l’italien mis en musique par Mozart, rĂ©vĂšle les spĂ©cificitĂ©s de chaque langue : encore une affaire de texte, encore et toujours la question du sens et de sa juste et naturelle formulation. Evidemment les jeunes voix sont mises Ă  contribution : chanter en français et en italien, le dĂ©sir ou l’allusion, sonne diffĂ©remment. Quelle connotation pour quelle intention ? Ici, le chanteur apprend toutes les nuances du jeu de l’acteur. C’est une nouvelle expĂ©rience capitale et enrichissante pour l’interprĂšte. Et la rĂ©alisation d’un idĂ©al pour David Stern : la vĂ©ritĂ©. C’est peut-ĂȘtre cela, au fond, le but ultime du maestro et ce qu’il a construit Ă  travers l’aventure d’Opera Fuoco : l’Ă©cole de la vĂ©ritĂ©. Ce concert du 18 dĂ©cembre Ă  Shanghai restera comme un jalon important de l’histoire d’Opera Fuoco. En plus d’offrir un somptueux tremplin Ă  ses jeunes apprentis, le chef a aussi permis au public chinois, de dĂ©couvrir sur instruments d’Ă©poque, et dĂ©fendu par une distribution idĂ©ale, l’un des sommets de l’opĂ©ra baroque. La nouvelle saison d’Opera Fuoco, portĂ©e par un tel esprit de complicitĂ© et d’accomplissement promet encore bien d’autres surprises et dĂ©couvertes. Fin janvier, voici l’offrande d’une nouvelle session de travail autour de Candide de Bernstein (le 29 janvier 2016, 20h – Fondation Mona Bismark American Center). Puis, avant l’heure (les cĂ©lĂ©brations Telemann 2017), Damon opĂ©ra oubliĂ© de Telemann Ă  Magdebourg en Allemagne (les 12, 13, 18 et 19 mars 2016), – Ă©videmment une nouvelle production (mise en scĂšne) promettant de nouveaux apports tout autant captivant que ceux que nous avons vĂ©cu Ă  Shanghai, en dĂ©cembre 2015, lors du IIĂš festival de musique Baroque. A suivre.

  

ALCINA-HANDEL-HAENDEL-RAFFAELLA-MILANESI-DAVID-STERN-CLASSIQUENEWS

 
 

Compte rendu, opĂ©ra. Shanghai, Shanghai Symphony Hall, le 18 dĂ©cembre 2015. Haendel : Alcina. Opera Fuoco. David Stern, direction. Raffaella Milanesi (Alcina), Jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco. LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du 2Ăšme festival de musique Baroque Ă  Shanghai : David Stern dirige Alcina de Haendel avec l’orchestre et l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco

Approfondir : tous les programmes et productions d’OPERA FUOCO de la saison 2015-2016, sur le site d’OPERA FUOCO.FR

 
Toutes les photos de la production ALCINA par David Stern / Opera Fuoco Shanghai 2015 © CLASSIQUENEWS.COM / Philippe Alexandre PHAM

 
 

2Ăšme Festival Baroque de Shanghai 2015

stern david chef opera fuoco atelier lyrique et compagnie review compte rendu classiquenewsShanghai (Chine), 2Ăšme Festival Baroque. Les 18 , 19, 20 dĂ©cembre 2015. David Stern dirige Alcina de Haendel (temps fort, le 18). Festival baroque de Shangai, an II. La musique europĂ©enne baroque s’exporte en Chine : qui pourrait douter aujourd’hui que l’Empire du milieu ne soit pas l’avenir du baroque, son prochain Eldorado ? Comme le Japon fut et demeure la terre des romantiques (combien de mĂ©lomanes y sont aficionados des rĂ©citals de piano comme des concerts symphoniques ?), augurons que la chine demain Ă  travers ses grandes mĂ©tropoles et leurs auditoriums et salles de concert souvent pharaoniques, grĂące aux millions de potentiels amoureux du Baroque, ne devienne la terre d’élection de la musique baroque. Des artisans y travaillent et au coeur de ce mouvement nouveau, de grands projets culturels alliant diffusion et transmission. Le chef David Stern s’engage totalement pour la rĂ©ussite de ce partage entre les continents : la 2Ăšme Ă©dition du Festival Baroque de Shangai a lieu en dĂ©cembre 2015 : les 18, 19 et 20 dĂ©cembre 2015 prĂ©cisĂ©ment. Avec comme temps fort, Alcina le 18 janvier 2015.

opera-fuoco-logo-2015Les jeunes chanteurs de sa troupe lyrique OPERA FUOCO, confrontĂ©s aux dĂ©fis de l’articulation et de l’interprĂ©tation vocale ont travaillĂ© pour l’occasion le chef d’oeuvre de Haendel, celui londonien, ardent dĂ©fenseur de l’opĂ©ra italien, Alcina. En mĂȘlant fĂ©erie et hĂ©roĂŻsme, Haendel revisite la lyre passionnelle et fantastique de L’Arioste (Roland furieux, Orlando Furioso) oĂč l’enchanteresse amoureuse Ă©prise de son cher chevalier Ruggiero, dĂ©sespĂšre, succombe, renonce : rien ne peut vaincre l’amour. Les enchantements et la magie n’ont aucune prise sur la force des sentiments sincĂšres. En forçant Renaud Ă  l’aimer, Alcina se trompe sur elle-mĂȘme : rien ne dure sur des mensonges. Car Roger/Ruggiero s’il demeure aux cĂŽtĂ©s de la magicienne, ne l’aime pas : il est envoĂ»tĂ©. Comme toutes les crĂ©atures rĂ©unies sur l’üle d’Alcina


 

 

 

Directeur artistique du Festival baroque de Shanghai, David Stern joue Alcina de Haendel

OPERA FUOCO Ă  Shanghai

 

 

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozDavid Stern, fin interprĂšte, trĂšs soucieux de l’intelligibilitĂ© des situations comme de la caractĂ©risation des profils psychologiques, affirme un tempĂ©rament lyrique passionnant. En plus des couleurs dramatiques de l’orchestre, le chef, fondateur d’OPERA FUOCO et directeur artistique du Festival Baroque de Shanghai souligne la force et aussi le dĂ©sespoir qui s’inscrivent au cƓur de chaque protagoniste : la solitude et les vertiges amers serrent le coeur et l’ñme des deux hĂ©ros : Alcina et Roger. Au moment oĂč la France reçoit le choc du premier opĂ©ra de Rameau (Hippolyte et Aricie de 1733), Handel crĂ©e devant l’audience londonienne son seria Alcina en 1735.

Milanesi raffaellaA l’origine le rĂŽle de Ruggiero Ă©tait tenu par un castrat (Carestini), il est aujourd’hui chantĂ© par une mezzo (rĂŽle travesti). Le drame assimile le goĂ»t vĂ©nitien pour les travestissements, les identitĂ©s troubles, le croisement des sexes, une scĂšne qui mĂȘle l’illusion et le songe, la folie et des gouffres plus sombres. Car c’est tout le monde idĂ©al mais artificiel d’Alicia sur son Ăźle qui y est menacĂ© puis dĂ©truit ; inspirĂ© de L’Arioste, Handel dĂ©peint un monde dĂ©senchantĂ©, forcĂ© Ă  la rĂ©alitĂ©. Une magicienne (Alcina) bien qu’amoureuse, y Ă©prouve peu Ă  peu les limites de son pouvoir dĂ©risoire ; un homme pourtant chevalier (Ruggiero) apprend le goĂ»t amer et aigre de la solitude et du dĂ©senchantement ; les forces initiales sont mises Ă  mal lorsque Bradamante (la fiancĂ©e de Ruggiero) dĂ©barque sur l’üle, sous l’identitĂ© fausse de Ricciardo, un aventurier dont s’éprend la propre sƓur d’Alcina, Morgana. AU couple de dĂ©part rĂ©pondent deux autres : Ruggiero/Bradamante, Ricciardo/Morgana


En vĂ©ritĂ© l’amour sincĂšre a dĂ©sarmĂ© Alcina : Ă©prise au delĂ  de sa magie du beau chevalier, la magicienne a perdu tout pouvoir et doit accepter d’ĂȘtre vaincue.

Parmi les grands moments de la partition, offrant pour chacun des protagonistes, une séquence particuliÚrement expressives :

  • La lamentation d’Alcina
  • Le grand air de Ruggiero faisant ses adieux Ă  l’illusion magique
  • L’utlime trio rĂ©unissant Alcina, Bradamante, Ruggiero

Le rĂŽle d’Alicia offre une incarnation passionnante pour toute les grandes sopranos lyriques et coloratoure. Toutes dont la palus rĂ©cente RenĂ©e Fleming s’y sont confrontĂ©es aux dĂ©fis de la langue haendĂ©liennes.

Desandre mezzo opera fuoco Lea-DesandreA Shanghai aux cĂŽtĂ©s de la soprano ardente et sensuelle, Rafaella Milanesi (portrait ci dessus) les jeunes chanteurs trĂšs prometteurs de l’Atelier Lyrique d’OPERA FUOCO dĂ©fendent chacun leur personnage : Lea Desandre (mezzo, portrait ci-contre), Sahy Ratianarinaivo (tĂ©nor) et Alexandre Artemenko (baryton)
 trois voix intenses et dĂ©jĂ  trĂšs fortement caractĂ©risĂ©es que les familiers d’Opera Fuoco ont pu suivre lors des derniĂšres sessions de travail et des derniers concerts qui en ont dĂ©coulĂ© (Kiss me Kate de Cole Porter, programme romantique français de Gluck Ă  Berlioz
)

De sorte que c’est l’interprĂ©tation affĂ»tĂ©e et subtile de la passion baroque, dĂ©fendue par de jeunes interprĂštes trĂšs impliquĂ©s qui s’affirme ainsi Ă  Shangai, grĂące Ă  la volontĂ© d’un chef audacieux et charismatique, David Stern.

 

 

 

 

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozAlcina de Haendel Ă  Shanghai
Le 18 décembre 2015, 20h
Shanghai Symphony Hall
1380 Fuxing Zhong Lu, near Baoqing Lu

distribution
Alcina – Raffaella Milanesi
Ruggiero – Lea Desandre
Bradamente – AngĂ©lique Noldus
Morgana – DaphnĂ© Touchais
Oberto – Natalie Perez
Oronte – Sahy Ratianarinaivo
Melisso – Alexandre Artemenko

Direction – David Stern
Orchestre – Opera Fuoco

shanghai-symphony-hall-david-stern-opera-fuoco-presentation-review-critique-classiquenews

 

Les 2 autres concerts au programme du 2Ăšme Festival Baroque de Shanghai (direction artistique : David Stern)

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozSamedi 19 décembre 2015, 19h45
Chamber Hall
Shanghai Symphony Hall
JS Bach, Telemann, CPE Bach (Symphonie Hambourgeoise)
Mozart : Exsultate Jubilate

Gu Wenmeng, soprano
Orchestre Symphonique de Shangai, SSO
Opera Fuoco
David Stern, direction

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozDimanche 20 décembre 2015, 19h45
Chamber Hall
Shanghai Symphony Hall
Haendel : extraits d’Hercules, Ariodante. Water Music

Alice Coote, mezzo
Opera Fuoco
David Stern, direction

 

 

Visitez le site d’OPERA FUOCO

VOIR la page dédiée à Alcina de Haendel au Festival de Shanghai

 

Shanghai (Chine). David Stern dirige Alcina de Haendel

stern david chef opera fuoco atelier lyrique et compagnie review compte rendu classiquenewsShanghai (Chine), 2Ăšme Festival Baroque. Le 18 dĂ©cembre 2015. David Stern dirige Alcina de Haendel. Festival baroque de Shangai, an II. La musique europĂ©enne baroque s’exporte en Chine : qui pourrait douter aujourd’hui que l’Empire du milieu ne soit pas l’avenir du baroque, son prochain Eldorado ? Comme le Japon fut et demeure la terre des romantiques (combien de mĂ©lomanes y sont aficionados des rĂ©citals de piano comme des concerts symphoniques ?), augurons que la chine demain Ă  travers ses grandes mĂ©tropoles et leurs auditoriums et salles de concert souvent pharaoniques, grĂące aux millions de potentiels amoureux du Baroque, ne devienne la terre d’élection de la musique baroque. Des artisans y travaillent et au coeur de ce mouvement nouveau, de grands projets culturels alliant diffusion et transmission. Le chef David Stern s’engage totalement pour la rĂ©ussite de ce partage entre les continents : la 2Ăšme Ă©dition du Festival Baroque de Shangai a lieu en dĂ©cembre 2015 : les 18, 19 et 20 dĂ©cembre 2015 prĂ©cisĂ©ment. Avec comme temps fort, Alcina le 18 janvier 2015.

opera-fuoco-logo-2015Les jeunes chanteurs de sa troupe lyrique OPERA FUOCO, confrontĂ©s aux dĂ©fis de l’articulation et de l’interprĂ©tation vocale ont travaillĂ© pour l’occasion le chef d’oeuvre de Haendel, celui londonien, ardent dĂ©fenseur de l’opĂ©ra italien, Alcina. En mĂȘlant fĂ©erie et hĂ©roĂŻsme, Haendel revisite la lyre passionnelle et fantastique de L’Arioste (Roland furieux, Orlando Furioso) oĂč l’enchanteresse amoureuse Ă©prise de son cher chevalier Ruggiero, dĂ©sespĂšre, succombe, renonce : rien ne peut vaincre l’amour. Les enchantements et la magie n’ont aucune prise sur la force des sentiments sincĂšres. En forçant Renaud Ă  l’aimer, Alcina se trompe sur elle-mĂȘme : rien ne dure sur des mensonges. Car Roger/Ruggiero s’il demeure aux cĂŽtĂ©s de la magicienne, ne l’aime pas : il est envoĂ»tĂ©. Comme toutes les crĂ©atures rĂ©unies sur l’üle d’Alcina


 

 

 

Directeur artistique du Festival baroque de Shanghai, David Stern joue Alcina de Haendel

OPERA FUOCO Ă  Shanghai

 

 

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozDavid Stern, fin interprĂšte, trĂšs soucieux de l’intelligibilitĂ© des situations comme de la caractĂ©risation des profils psychologiques, affirme un tempĂ©rament lyrique passionnant.  En plus des couleurs dramatiques de l’orchestre, le chef, fondateur d’OPERA FUOCO et directeur artistique du Festival Baroque de Shanghai souligne la force et aussi le dĂ©sespoir qui s’inscrivent au cƓur de chaque protagoniste : la solitude et les vertiges amers serrent le coeur et l’ñme des deux hĂ©ros : Alcina et Roger. Au moment oĂč la France reçoit le choc du premier opĂ©ra de Rameau (Hippolyte et Aricie de 1733), Handel crĂ©e devant l’audience londonienne son seria Alcina en 1735.

Milanesi raffaellaA l’origine le rĂŽle de Ruggiero Ă©tait tenu par un castrat (Carestini), il est aujourd’hui chantĂ© par une mezzo (rĂŽle travesti). Le drame assimile le goĂ»t vĂ©nitien pour les travestissements, les identitĂ©s troubles, le croisement des sexes, une scĂšne qui mĂȘle l’illusion et le songe, la folie et des gouffres plus sombres. Car c’est tout le monde idĂ©al mais artificiel d’Alicia sur son Ăźle qui y est menacĂ© puis dĂ©truit ; inspirĂ© de L’Arioste, Handel dĂ©peint un monde dĂ©senchantĂ©, forcĂ© Ă  la rĂ©alitĂ©. Une magicienne (Alcina) bien qu’amoureuse, y Ă©prouve peu Ă  peu les limites de son pouvoir dĂ©risoire ; un homme pourtant chevalier (Ruggiero) apprend le goĂ»t amer et aigre de la solitude et du dĂ©senchantement ; les forces initiales sont mises Ă  mal lorsque Bradamante (la fiancĂ©e de Ruggiero) dĂ©barque sur l’üle, sous l’identitĂ© fausse de Ricciardo, un aventurier dont s’éprend la propre sƓur d’Alcina, Morgana. AU couple de dĂ©part rĂ©pondent deux autres : Ruggiero/Bradamante, Ricciardo/Morgana


En vĂ©ritĂ© l’amour sincĂšre a dĂ©sarmĂ© Alcina : Ă©prise au delĂ  de sa magie du beau chevalier, la magicienne a perdu tout pouvoir et doit accepter d’ĂȘtre vaincue.

Parmi les grands moments de la partition, offrant pour chacun des protagonistes, une séquence particuliÚrement expressive :

  • La lamentation d’Alcina
  • Le grand air de Ruggiero faisant ses adieux Ă  l’illusion magique
  • L’utlime trio rĂ©unissant Alcina, Bradamante, Ruggiero

Le rĂŽle d’Alicia offre une incarnation passionnante pour toute les grandes sopranos lyriques et coloratoure. Toutes dont la plus rĂ©cente RenĂ©e Fleming s’y sont confrontĂ©es aux dĂ©fis de la langue haendĂ©liennes.

A Shanghai aux cĂŽtĂ©s de la soprano ardente et sensuelle, Rafaella Milanesi (portrait ci dessus) les jeunes chanteurs trĂšs prometteurs de l’Atelier Lyrique d’OPERA FUOCO dĂ©fendent chacun leur personnage : Lea Desandre (mezzo, portrait ci-contre), Sahy Ratianarinaivo (tĂ©nor) et Alexandre Artemenko (baryton)
 trois voix intenses et dĂ©jĂ  trĂšs fortement caractĂ©risĂ©es que les familiers d’Opera Fuoco ont pu suivre lors des derniĂšres sessions de travail et des derniers concerts qui en ont dĂ©coulĂ© (Kiss me Kate de Cole Porter, programme romantique français de Gluck Ă  Berlioz
). De sorte que c’est l’interprĂ©tation affĂ»tĂ©e et subtile de la passion baroque, dĂ©fendue par de jeunes interprĂštes trĂšs impliquĂ©s qui s’affirme ainsi Ă  Shangai, grĂące Ă  la volontĂ© d’un chef audacieux et charismatique, David Stern.

 

 

 

 

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozAlcina de Haendel Ă  Shanghai
Le 18 décembre 2015, 20h
Shanghai Symphony Hall
1380 Fuxing Zhong Lu, near Baoqing Lu

distribution
Alcina – Raffaella Milanesi
Ruggiero – Lea Desandre
Bradamente – AngĂ©lique Noldus
Morgana – DaphnĂ© Touchais
Oberto – Natalie Perez
Oronte – Sahy Ratianarinaivo
Melisso – Alexandre Artemenko

Direction – David Stern
Orchestre – Opera Fuoco

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Les 2 autres concerts au programme du 2Ăšme Festival Baroque de Shanghai (direction artistique : David Stern)

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozSamedi 19 décembre 2015, 19h45
Chamber Hall
Shanghai Symphony Hall
JS Bach, Telemann, CPE Bach (Symphonie Hambourgeoise)
Mozart : Exsultate Jubilate

Gu Wenmeng, soprano
Orchestre Symphonique de Shangai, SSO
Opera Fuoco
David Stern, direction

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozDimanche 20 décembre 2015, 19h45
Chamber Hall
Shanghai Symphony Hall
Haendel : extraits d’Hercules, Ariodante. Water Music

Alice Coote, mezzo
Opera Fuoco
David Stern, direction

 

 

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Alcina de Haendel depuis Aix 2015

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence, voici le grand opĂ©ra sedia façon Haendel : Alcina crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden de Londres, soit en pleine esthĂ©tique rococo. Un soin raffinĂ© dans les airs, un sens dramatique puissant soulignant la force envoĂ»tante du drame Ă  la fois fantastique, onirique et tragique, toujours intensĂ©ment psychologique qui Ă©treint les pauvres cƓurs des amants Ă©prouvĂ©s. InspirĂ© par L’Arioste et son labyrinthe des sentiments contrariĂ©s, dĂ©munis, impuissants et donc en souffrance, Alcina renoue avec les magiciennes amoureuses dĂ©jĂ  abordĂ©es dans les opĂ©ras antĂ©rieurs : Rinaldo, Teseo, Amadigi. Ici, bien avant l’Armide dans Reanud de Sacchini (1783 : chef d’oeuvre post gauchiste sous le rĂšgne de Louis XVI Ă  l’époque des LumiĂšres oĂč Armide dĂ©sespĂšre, se dĂ©chire entre haine et amour Ă  l’endroit du beau Renaud), ici, Alcina sous les doigts de l’orfĂšvre enchanteur Haendel, atteint plusieurs sommets de l’alanguissement impuissant voire suicidaire ; ses airs sont les plus poignants (Ah mio cor, au II ; puis Mi restano le lagrime au III) : plaintes dĂ©chirantes d’une amoureuse mise Ă  nu que l’écriture prĂ©cise et souple, profonde et juste de Haendel rend prĂ©figuratrice des grandes hĂ©roĂŻnes mozartiennes et mĂȘme romantiques. En cela, Alcina annonce dans l’oeuvre haendĂ©lien, Rodelinda, et mĂȘme les gouffres amĂšres de Cleopatra prisonniĂšre. Dans le rĂŽle de Roger, le fier castrat Carestini, divino vedette de l’écurie Haendel Ă  Londres, assure les virtuositĂ©s aimables mais non moins profondes d’un guerrier dĂ©licat. Quand Bradamante (pour voix d’alto car la fiancĂ©e de Ruggiero/Roger est travestie en homme) est le troisiĂšme pilier du trio vedette : dĂ©termination, virilitĂ© mĂȘme, autant de qualitĂ©s qui percent si peu chez Roger (c’est d’ailleurs pour cela que le tendre lascif, un rien soumis, se laisse sĂ©duire par la magicienne).

Jamais Haendel ne fut mieux inspirĂ© qu’en s’inspirant de L’Arioste

Alcina : jeu de dupes, puissante illusion

Superbe allĂ©gorie de la confusion et des vertiges de l’amour, Alcina demeure le meilleur seria de Haendel, surclassant mĂȘme Orlando de 1733 (Lire notre critique du cd Orlando de Haendel par RenĂ© Jacobs), et son Ariodante, Ă©galement crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden, mais avant Alcina. La gĂ©ographie Ă©motionnelle qu’y peint Haendel montre sa fine connaissance du coeur humain, de la folie et des passions dĂ©risoires. C’est Ă©videmment un Ă©cho fraternel Ă  l’Orlando furioso de Vivaldi (1714 : Lire notre critique du cd Orlando Furioso de Vivaldi; Lire aussi notre critique du dvd Orlando Furioso de Vivaldi par Jean-Christophe Spinosi, 2011 : et aussi notre compte rendu critique de la production d’Orlando Furioso de Vivaldi par Spinosi Ă  l’OpĂ©ra de Nice).

Haendel, handel MessieAprĂšs Vivaldi – dont il faudra bien un jour rĂ©habiliter dĂ©finitivement le gĂ©nie dramatique et lyrique sur les scĂšnes d’opĂ©ra, peu de compositeurs ont Ă©tĂ© aussi bien inspirĂ©s que Haendel d’aprĂšs le manĂšge enchantĂ© et amer dessinĂ© par L’Arioste. Alcina qui puise son sujet te ses dĂ©veloppements magiques dans l’Orlando Furioso justement (chants VI,VII et VIII) plonge en pleine exacerbation onirique et cynique du dĂ©sir et de l’amour. Roger se perd dans une rĂ©alitĂ© qui vacille, face Ă  Alcina, face Ă  Bradamnte – qu’il prend pour Alcina dĂ©guisĂ©e
 Mais la plus grande victime dans ce jeu d’envoĂ»tements factices et d’enchantements cruels demeure la magicienne elle-mĂȘme qui amoureuse, perd tous ses pouvoirs quand elle est dĂ©masquĂ©e : rien ne peut s’opposer au dĂ©part de Roger/Ruggiero quand il dĂ©cide de quitter l’üle magique. Ainsi la fĂ©e manipulatrice Alcina, et sa soue Morgana, vraie double hypnotique et mystĂ©rieux, doivent fuir honteusement en fin d’action, et le palais d’Alicia comme celui d’Armide (voir les opĂ©ras de Lully ou de Jommelli, s’écroule comme la fin d’une puissante illusion). L’Arioste aime Ă  tromper ses hĂ©ros car le propre de l’amour sont les illusions dans lesquelles le coeur amoureux se complaĂźt Ă  se perdre
 Si le plateau des solistes se rĂ©vĂšle Ă  la hauteur des enjeux et des situations conçus par Haendel, le spectacle peut ĂȘtre total. De fait la prĂ©sence dans le cast aixois de Patricia Petibon en Alcina et de Anna Prohaska en Morgana promet bien des moments 
 magiques ? On reste plus rĂ©servĂ© sur le Ruggiero de P. Jaroussky dont l’usure de la voix rĂ©cente et le maniĂ©risme croissant devraient dĂ©cevoir ou tout au moins rĂ©duire la profondeur trouble et contradictoire du personnage de Roger. Quoiqu’il en soit, Ă  ne pas manquer.

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arte_logo_2013ARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence.
DIRECTION MUSICALE : ANDREA MARCON
MISE EN SCÈNE : KATIE MITCHELL

ALCINA : PATRICIA PETIBON,
RUGGIERO: PHILIPPE JAROUSSKY,
MORGANA : ANNA PROHASKA,
BRADAMANTE : KATARINA BRADÍC
ORCHESTRE : FREIBURGER BAROCKORCHESTER

Festival Haendel Ă  Bruxelles : Tamerlano et Alcina

handel-haendel-portrait-classiquenews-582-507-homepage-coup-de-coeur-de-classiquenews-Alcina-Tamerlano-janvier-et-fevrier-2015Bruxelles, La Monnaie : Handel : Tamerlano, Alcina. 27janvier > 8 fĂ©vrier 2015. Festival Handel Ă  La monnaie de Bruxelles en ce dĂ©but d’annĂ©e 2015 : La Monnaie ouvre l’annĂ©e nouvelle en programmant deux ouvrages majeurs du sĂ©jour de Haendel Ă  Londres, sĂ©jour marquĂ© par sa propre conception du seria italien adaptĂ© pour l’audience londonienne…  Avec Tamerlano opĂ©ra en 3 actes crĂ©Ă© au King’s Teater de Londres en octobre 1724, Haendel offre une leçon de grandeur tragique, portant le seria italien vers un accomplissement dramatique et mĂ©lodique jaamis entendu auparavant ; le raffinement de l’orchestre, la beautĂ© des airs qui rendent hommage aux profils Ă©prouvĂ©s font les dĂ©lices d’une partition trĂšs intense qui comporte de nombreux instants irrĂ©sistibles : au cƓur du drame, la figure noble de Bajazet, tenu prisonnier par Tamerlano : ce dernier souhaite Ă©pouser la fille de Bajazet, Asteria qui aime Andronico. Tamerlano souhaite Ă©changer la libertĂ© du pĂšre contre le cƓur de la fille. Mais c’est compter sans la grandeur d’Ăąme du prince emprisonnĂ© qui se suicide en un tableau sombre mĂ©morable. Face Ă  cet acte de courage et d’abnĂ©gation (rester inflexible contre l’odieux chantage), Tamerlano renonce Ă  Asteria (qui peut Ă©pouser son aimĂ©) et se rapproche d’IrĂšne, qu’il avait un temps Ă©carter…

 

 

 

festival Haendel Ă  Bruxelles

La lyre tragique et amoureuse de Haendel
De Tamerlano et Alcina

 

 

 

Haendel, handel MessieAprĂšs la grandeur tragique du sublime Tamerlano, Haendel aborde le pathĂ©tique et la folie amoureuse inspirĂ©e par Roland furieux de L’Arioste : ainsi Alcina, crĂ©Ă© Ă  Covent Garden en Avril 1735, soit plus de 10 ans aprĂšs Tamerlano, s’intĂ©resse Ă  la magie impuissante de l’enchanteresse Alcina, qui sur son Ăźle et malgrĂ© ses sortilĂšges, ne peut s’assurer l’amour du chevalier Ruggiero (Ă  la crĂ©ation chantĂ© par le castrat Carestini). HĂ©ritage des opĂ©ras vĂ©nitiens du siĂšcle prĂ©cĂ©dent (Cavalli), Haendel met en scĂšne aussi les intrigues secondaires oĂč paraissent des rĂŽles travestis, comme celui de Bradamante, qui en dĂ©barquant sur l’Ăźle d’Alcina, se dĂ©guise en homme et devenant Ricciardo, suscite l’amour de la sƓur d’Alcina, Morgana. FidĂšle au thĂ©Ăątres des passions Ă©prouvĂ©es de L’Arioste, l’amour est un poison qui rĂ©alise un labyrinthe vertigineux oĂč se perdent les cƓurs sensibles.
Les proches de Ruggiero le rappellent Ă  son devoir et son premier amour (pour Bradamante) tandis que la magicienne Alcina, terrassĂ© par un amour sincĂšre, en a perdu tous ses pouvoirs : elle est dĂ©munie et vaincue. L’amour vainc tout, selon l’adage baroque. Ce n’est pas ce nouvel opĂ©ra foisonnant de Haendel qui le contestera.

Bruxelles, Festival Haendel Ă  La Monnaie

Tamerlano
Les 27,29,31 janvier, 4,6,8 février 2015
avec Dumaux, Ovenden, KarthaĂŒser, Galou, Hallenberg, N. Berg

Alcina
Les 28,30 janvier, puis 1er,3,5,7 février 2015
avec Piau, Beaumont, Noldus, Puertolas, briot, Behle, Furlanetto

Les Talens lyriques
Christophe Rousset, direction
Pierre Audi, mise en scĂšne

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 25 janvier 2014. Haendel : Alcina. Myrto Papatanasiu, Sandrine Piau, Cyrille Dubois… Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne.

Paris, Palais Garnier. Haendel: Alcina jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014. La production immaculĂ©e de l’Alcina de Haendel par Robert Carsen, revient Ă  l’OpĂ©ra National de Paris pour l’ hiver 2014. EntrĂ©e au rĂ©pertoire de la Grande Boutique dans cette mĂȘme mise en scĂšne en 1999, ce soir le chef baroqueux Christophe Rousset dirige son orchestre Les Talens Lyriques et une distribution des chanteurs/acteurs prometteuse et diversifiĂ©e, avec la soprano grecque Myrto Papatanasiu dans le rĂŽle-titre.

 

 

ALCINA ROBERT CARSEN ONP 2014

 

 

Alcina ou le concert des passions

 

Alcina, comme tous les opĂ©ras serias de Haendel, est tombĂ©e dans l’obscuritĂ© aprĂšs la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle. La forme seria, avec ses enchaĂźnements d’arie da capo et de rĂ©citatifs, devenue dĂ©suĂšte, a Ă©tĂ© ignorĂ©e, voire mĂ©prisĂ©e, pendant tout le XIXe siĂšcle et la premiĂšre moitiĂ© du XXe. Pourtant, lors de sa crĂ©ation en 1735 Alcina fait fureur avec un livret et une partition haute en couleurs, riche d’effets magiques. À la diffĂ©rence de l’Ariodante ou de l’Orlando antĂ©rieurs (Ă©galement d’aprĂšs l’Orlando Furioso de L’Arioste), le cadre surnaturel n’est qu’un moyen de mettre en valeur le concert de sentiments qui s’impose dans une oeuvre magnifique. En effet, les passions humaines sont le vĂ©ritable protagoniste. Dans ce sens, la mise en scĂšne de Robert Carsen ne fait que rehausser la valeur totale de l’opĂ©ra, dĂ©sormais reconnu comme l’un des meilleurs du compositeur.

L’histoire de la magicienne capricieuse et amoureuse Alcina se dĂ©roule sur une Ăźle enchantĂ©e, oĂč elle attire des amants qu’elle transforme en objets aprĂšs s’ĂȘtre lassĂ©e d’eux. Elle tombe pourtant amoureuse de Ruggiero qu’elle ensorcelle et dont la fiancĂ©e Bradamante dĂ©guisĂ©e en « Ricciardo » paraĂźt aussi Ă  la recherche de son aimĂ©. L’action est transposĂ©e avec intelligence par Robert Carsen. Nous ne sommes plus dans une Ăźle enchantĂ©e mais dans une maison d’un classicisme raffinĂ©, entourĂ©e des jardins somptueux (dĂ©cors et costumes trĂšs Ă©lĂ©gants de Tobias Hoheisel), le tout Ă©clairĂ© avec autant d’intelligence que de beautĂ© (lumiĂšres de Jean Kalman). Les chanteurs/acteurs doivent souvent chanter des long airs oĂč ils sont davantage exposĂ©s, grĂące Ă  la limpiditĂ© et la finesse de la mise en scĂšne. Les reprises ou da capos sont travaillĂ©s avec une efficacitĂ© thĂ©Ăątrale indĂ©niable. Un tel travail de direction scĂ©nique requiert des interprĂštes de qualitĂ© et surtout psychologiquement engagĂ©s.

La distribution, quoique un peu inĂ©gale, compte cependant avec des belles personnalitĂ©s. L’Alcina de la soprano Myrto Papatanasiu est une sorciĂšre riche en charisme et suavitĂ©, comme on l’attendait, mais en plus avec une expression de grande noblesse. Le travail de composition est lĂ , mĂȘme si les tempi du chef ne conviennent ou ne convainquent pas tout le temps. L’Ă©volution dramatique du personnage, d’une sorciĂšre puissante et vaniteuse mais blasĂ©e Ă  une amoureuse impuissante et blessĂ©e, est incarnĂ©e avec une certaine rĂ©serve au dĂ©but, mais se lĂąchant progressivement, la cantatrice en titre campe un « Ah, moi cor ! Schernito sei » au deuxiĂšme acte tout Ă  fait sublime. Le mĂ©lange de douleur et de fureur est ici superbement nuancĂ©, un rĂ©el dĂ©lice audio-visuel d’une quinzaine de minutes !

Nous sommes heureux de voir Sandrine Piau dans le rĂŽle de Morgana, ici transposĂ© en servante d’Alcina (une note humoristique brillante de la part de Carsen). Heureux, avant tout, parce qu’elle est bien prĂ©sente et en bonne santĂ©, aprĂšs une sĂ©rie d’annulations rĂ©centes. Heureux Ă©galement parce qu’elle est trĂšs investie et convaincante, finement pĂ©tillante comme le meilleur champagne.
Son cĂ©lĂšbre air au premier acte « Tornami a vagheggiar » est l’une des nombreuses occasions oĂč elle ravit l’auditoire par son chant piquant et jubilatoire. MĂȘme dans la douleur de son dernier air « Credete al mio dolore » elle est toute beautĂ©. Les mezzos de la reprĂ©sentation sont aussi investies, mais aux tempĂ©raments et styles trĂšs distincts. Anna Goryachova  incarne Ruggiero de façon impressionnante. Convaincante, le timbre un peu juvĂ©nile s’accorde brillamment aux actions du personnage. Ainsi, elle chante avec l’abandon de quelqu’un qui serait aveuglĂ© par l’amour. Si elle arrive quand mĂȘme Ă  inspirer la sympathie dans sa dĂ©tresse, nous la prĂ©fĂ©rons surtout dans les morceaux joyeux et Ă©clatants, tel son premier air « Di te mi rido » dĂ©licieux ou encore son dernier « Sta nell’ircana » avec cors obbligati, un tour de force en vĂ©ritĂ©, ou elle fait preuve d’un hĂ©roĂŻsme jouissif, d’un brio rĂ©jouissant avec une colorature solide et implacable. La Bradamante de Patricia Bardon est moins prĂ©sente vocalement Ă  cause d’une trachĂ©ite, mais ce qui manque en projection dans l’Ă©mission elle le compense avec une prestance sur scĂšne et un engagement dramatique tout Ă  fait persuasifs. Remarquons l’illustre Oronte du tĂ©nor Cyrille Dubois que nous suivons depuis quelque temps. Depuis son premier air « Semplicetto ! A donna credi » nous apprĂ©cions sa voix plus mature et plus brillante que jamais. S’il ne chante que trois airs au cours des trois heures, chaque fois qu’il intervient sa colorature impeccable, sa belle prĂ©sence sur scĂšne et sa charmante complicitĂ© avec les autres chanteurs Ă©blouissent. Le baryton Michal Partyka en Melisso, peu prĂ©sent Ă©galement, fait preuve pourtant d’un chant stylisĂ©, d’une prĂ©sence quelque peu sĂ©vĂšre qui lui va bien.

Finalement quoi dire des Talens Lyriques sous la direction de Christophe Rousset ? D’abord, l’orchestre est en trĂšs belle forme, ses musiciens sont rĂ©actifs et leur performance tonique. Le continuo et les vents particuliĂšrement impressionnants. Le style du chef, quoi que peu orthodoxe, assure une lecture intĂ©ressante et originelle de l’immense partition. Si nous n’adhĂ©rons pas forcĂ©ment Ă  quelques choix de tempi (parfois timides, parfois nerveux), l’impression globale reste positive.  L’orchestre offre une prestation tout Ă  fait spectaculaire Ă  la hauteur de l’ouvrage et du lieu. Bravo ! A ne pas rater au Palais Garnier encore Ă  l’affiche, les 2, 5, 7, 9 et 12 fĂ©vrier 2014.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 25 janvier 2014. Haendel : Alcina. Myrto Papatanasiu, Sandrine Piau, Cyrille Dubois… Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne.