Sondheim : Sunday in the park with George

sondheim Sunday in the park with georgefrance2-logo_2013TĂ©lĂ©, France 2. Jeudi 10 avril 2014, 00h10. Sondheim : Sunday in the park with George. Le ChĂątelet Ă  Paris poursuivait en avril 2013 son cycle Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© aux opĂ©ras de l’amĂ©ricain Stephen Sondheim. InspirĂ© du tableau de Georges Seurat ” Un dimanche aprĂšs midi Ă  l’Ăźle de la Grande Jatte”, qui revisite et les classiques acadĂ©miques et prolonge l’expĂ©rience chromatique des fauves et des pointillistes, l’ouvrage est une comĂ©die musicale en trois actes qui dĂ©voile les tourments et les doutes de son crĂ©ateur.

Voici le commentaire critique de notre rédacteur Nicolas Grienenberger, témoin des représentations au Chùtelet en avril 2013 :

Une Ɠuvre musicale qui apporte une rĂ©flexion sur l’art pictural, voilĂ  qui est peu courant, si on met de cĂŽtĂ© Mathis der Maler de Hindemith. Stephen Sondheim, heureusement fĂȘtĂ© depuis quelques annĂ©es Ă  Paris, grĂące au ChĂątelet et Ă  son directeur Jean-Luc Choplin, a pris comme source d’inspiration le tableau de Georges Seurat « Un dimanche aprĂšs-midi Ă  l’üle de la Grande Jatte » pour crĂ©er en 1984 Sunday in the Park with George. Une piĂšce moins spectaculaire que son prĂ©cĂ©dent opus, le sanglant Sweeney Todd, mais d’un grand raffinement, faisant irrĂ©sistiblement penser Ă  Britten et Ravel pour la recherche sur les timbres et l’esprit chambriste, sinon pointilliste, centrĂ© sur des formules de quelques notes, qui convient parfaitement Ă  son sujet. Regrettons alors que la nouvelle orchestration commandĂ©e Ă  Michael Starobin pour l’occasion fasse gagner en luxuriance – notamment le final du premier acte, grandiose – ce qu’on perd inĂ©vitablement en subtilitĂ© musicale.

Quand la musique donne à réfléchir sur la peinture


Et la sonorisation, trop peu spatialisĂ©e, n’arrange rien, perdant le spectateur durant les grandes scĂšnes de groupe, les paroles se rĂ©vĂ©lant alors bien difficiles Ă  attribuer Ă  leurs propriĂ©taires.
Néanmoins, on reste admiratif devant la mise en scÚne époustouflante imaginée par Lee Blakeley,dans un esprit si différent de Sweeney Todd. Cette scÚne tournante aux décors mouvants, ce travail sur la vidéo, tout concourt à représenter sous nos yeux une réalisation grandeur nature du tableau de Seurat.
Avouons un coup de cƓur pour l’intermĂšde qui sĂ©pare les deux actes, oĂč, comprimĂ©s dans leur cadre, les personnages de la toile se plaignent entre eux de leur condition Ă©ternellement figĂ©e.
Les deux parties du spectacle abordent deux facettes de la peinture : la premiĂšre se concentre sur la figure du peintre et met Ă  nu ses doutes, ses angoisses, jusqu’à son Ă©loignement du reste du monde pour achever son Ɠuvre, dans une atmosphĂšre automnale et mĂ©lancolique. La seconde, en totale rupture, critique avec une ironie grinçante, la creuse vanitĂ© dont peut se servir l’art contemporain, en utilisant un arriĂšre petit-fils imaginaire de Seurat ; ou comment reprĂ©senter tout haut ce qui se murmure souvent tout bas.
Une fois encore, la distribution réunie sur le plateau se révÚle de haute volée.
Tous les rĂŽles sont admirablement distribuĂ©s et caractĂ©risĂ©s, chaque personnage – et donc figure du tableau – ayant sa personnalitĂ© propre et son caractĂšre.
Mention spéciale aux deux Celeste, notamment la toujours piquante Rebecca Bottone, et au couple allemand formé par Damian Thantrey et Christine Buffle, par ailleurs impayable en impitoyable critique dans la seconde partie.

sondheim stephen 2En vieille femme, mÚre de Georges, Rebecca de Pont Davies marque une nouvelle fois les esprits par son beau timbre charnu et sa grande présence scénique.
Dot dĂ©licieusement Ă©cervelĂ©e, Sophie-Louise Dann emporte l’adhĂ©sion dĂšs son premier air, avec sa diction parfaite et sa couleur vocale si particuliĂšre. Et elle surprend d’autant plus en incarnant ensuite la vieille Marie plongĂ©e dans ses souvenirs, trĂšs Ă©mouvante.
Dans le double rÎle de Georges et George, Julian Ovenden réussit une admirable performance, tant scénique que vocale, aussi crédible dans la solitude névrotique de Seurat que dans le clinquant forcené du jeune George.

Excellente prestation Ă©galement que celle du ChƓur du ChĂątelet, qui confirme son niveau d’excellence. Et l’Orchestre Philharmonique de Radio-France dĂ©ploie de superbes couleurs sous la baguette de David Charles Abell – mais cet ouvrage dĂ©licat avait-il besoin d’un tel symphonisme ? LĂ  demeure la question –. Une belle soirĂ©e, qui invite Ă  rĂ©flĂ©chir, oĂč on rit nĂ©anmoins souvent franchement, et c’est conquis qu’on sort de la salle, avec l’envie de se replonger dans les toiles de Seurat.

france2-logo_2013Paris. ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, 15 avril 2013. Stephen Sondheim : Sunday in the Park with George. Livret de James Lapine. Avec Georges / George : Julian Ovenden ; Dot / Marie : Sophie-Louise Dann ; Jules / Bob Greenberg : Nickolas Grace ; An Old Lady / Elaine : Rebecca de Pont Davies ; Her Nurse / Harriet Pawling : Jessica Walker ; A Soldier / Charles Redmond : David Curry ; Celeste 1 / Betty : Rebecca Bottone ; Celeste 2 / Billy Webster : Francesca Jackson ; Yvonne / Blair Daniels : Beverly Klein ; A Boatman / Dennis : Nicholas Garrett ; Franz / Lee Randolph : Damian Thantrey ; Frieda / Naomi Eisen : Christine Buffle ; Louis / Man / Alex : Jonathan Gunthorpe ; Louise : Laura Gravier-Britten ; Mr : Scott Emerson ; Mrs : Elisa Doughty. ChƓur du ChĂątelet. Orchestre Philharmonique de Radio-France. Direction musicale : David Charles Abell. Mise en scĂšne : Lee Blakeley ; DĂ©cors et vidĂ©os : William Dudley ; Costumes : Adrian Linford ; LumiĂšres : Olivier Fenwick ; Animation des images : Matthew O’Neill ; ChorĂ©graphie : Lorena Randi ; Orchestration : Michael Starobin ; Chef de chƓur et assistant du chef d’orchestre : Stephen Betteridge ; Chef de chant : Stephen Higgins.

France 2, Jeudi 10 avril 2014, 00h10. 2h22mn, RĂ©alisation : Denis CaĂŻozzi.

Illustrations : Stephen Sondheim DR

 

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