Nouvel Idomeneo de Mozart à Lyon

mozart_portraitLyon, Opéra. Mozart : Idomeneo. 23 janvier>6 février 2015. Que valent les dynasties et les ambitions politiques si les rois sous la contrainte (ou l’épreuve) divine, n’hésitent pas à sacrifier leur propre fils ? Idoménée est sauvé par Neptune qui en échange exige un sacrifice : la première personne que le miraculé croisera lors de son retour en Crête sera donc immolée. Pas de chance, le roi sauvé rencontre son fils Idamante. Horreur d’un dieu cruel, laideur aussi d’un roi trop faible, barbarie d’un destin tragique ; car le courage paie toujours et la jeune princesse troyenne Ilia, amoureuse de surcroît du jeune prince (d’une sincérité désarmante et pure au II), déclare être prête au III pour se sacrifier à la place du fils. Tant d’innocence hardie est récompensée par le dieu des mers : Idomenée est déchu et le nouveau roi, Idamante épousera Ilia. Neptune voulait-il éprouver le roi règnant et déceler sa faiblesse ? Le jeter à terre pour placer sur le trône un sang plus noble? Même s’il profite à terme de la volonté divine, ce n’est pourtant pas Idamante son fils qui exprime le mieux l’intensité du courage mais plutôt sa fiancée, la jeune princesse Ilia au soprano ardent, amoureux, irrésistible. C’est elle qui ose défier les dieux au moment où le père allait sacrifier son fils…

 

 

 

 


Carnaval de 1781 : Mozart à Munich

seria maritime

 

 

Les femmes prennent un relief particulier chez Mozart ; autant la douceur tendre mais déterminée d’Ilia éblouit par sa candeur lumineuse, autant sa contrepartie, Electre (Elettra), – souvenir des magiciennes noires et jalouses de l’opéra baroque terrifie par d’amples imprécations. Après le meurtre de sa mère Clytemnestre par son frère Oreste (qui fait tout le sel de l’opéra de Richard Strauss), Electre se refugie en Crête. Dévorée par la haine de sa mère, la princesse tombe cependant amoureuse – vainement- du prince Idamante… :  d’ailleurs l’opéra s’achève sur le jaillissement impressionnant de la haine d’une manipulatrice défaite (malheureuse rivale d’Ilia) dont le parti a perdu. Sa figure hideuse, submergée par la folie (comme Médée ou Armide sur son char) contraste avec l’humanité crétoise réconciliée à la fin du drame.
Outre la palette flamboyante des caractères, Mozart âgé de 25 ans (!), renouvelle le genre seria (après Mitridate de 1770, Lucio Silla de 1772 et avant Titus écrit à la fin de sa vie en 1791) en intégrant, comme une véritable synthèse, des éléments français  (le chœur est très présent), germaniques dans la conduite d’un orchestre étonnamment expressif, traducteur de la force des éléments marins dans un opéra qui se déroule au cœur de la Méditerranée. A ce titre, l’ouvrage atteint un souffle symphonique captivant en particulier dans l’enchaînement des épisodes du II et du III (marche, chœurs accompagnés, ballet final). L’intelligence de l’écriture psychologique de chaque protagoniste (superbe quatuor du III), la construction dramatique et musicale fait valoir déjà à Munich en 1781, une maturité lyrique époustouflante. D’autant que contraint d’accepter les directives du librettiste l’Abbé Varesco (qui s’inspire du livret de Danchet pour l’ouvrage de Campra en 1712), soumis aux caprices des solistes plutôt exigeants et changeants, le jeune Mozart n’avait pas la main libre pendant la réalisation de l’opéra : sa correspondance avec son père, très riche et documentée, laisse un aperçu fouillé des nombreuses modifications auxquelles dut se soumettre Wolfgang pour plaire aux uns et aux autres…
Mais 5 ans après son premier triomphe munichois (la Finta Giardiniera, offrant déjà une très fine analyse des passions humaines), Mozart surdoué suscite le contentement de son patron, le Prince Electeur Karl-Teodor de Bavière, au moment du Carnaval 1781.

 

 

boutonreservationOpéra de Lyon
Les 23,25,27,29,31 janvier, 2,4,6 février 2015
Gérard Korsten, direction
Martin Kusej, mise en scène
Odinius, Aldrich, Galitskaya, Brimberg, Behr, Jakobsk
Nouvelle production
Pas sûr que la mise en scène de Kusej rétablisse la poésie émotionnelle comme le souffle méditerranéen de l’orchestre. Mais la musique d’une grande finesse mérite le déplacement.

 

 

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