mercredi, décembre 7, 2022

Natalia Valentin, pianofortiste joue Beethoven Entretien avec une claviériste enchantée

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Comment définiriez vous la sonorité spécifique de l’instrument choisi?

C’est un instrument qui possède un caractère sonore bien spécifique, non seulement parce que c’est un pianoforte original construit au XVIIIème siècle suivant le modèle de la « prell-mécanique » d’Allemagne du sud, mais aussi parce que, parmi d’autres instruments semblables, celui-ci se distingue par sa personnalité sur chaque note, comme si chaque micro-mécanique (touche, marteau, fourchette, corde, échappement et étouffoir) avait été créé comme un petit bijou pour faire partie d’une grande oeuvre d’art. Chaque note a son propre caractère, mais aussi chaque registre a sa propre voix. On dirait qu’on peut jouer différents instruments en un seul.
La sortie du son dans cet instrument est très proche du point d’attaque, ceci oblige l’interprète à contrôler son jeu et en même temps, le récompense avec une réponse très précise et très perceptible.

Qu’apporte-t-elle précisément aux oeuvres de Beethoven?

Suivant cet approche le pianoforte utilisé sur cet enregistrement apporte un éventail de types de jeux très riche qui permet de varier énormément le touché ou changer le caractère des phrases et des passages pour leur donner un relief qui parfois semble devenir une texture palpable et visible.
Aussi, dans l’attaque, la grande vitesse de réponse permet une diversité de dynamiques qui peut aller d’une phrase à une autre, d’un motif à un autre et même d’une note à une autre.

Les oeuvres de Beethoven prennent une dimension beaucoup plus approfondie avec la palette des possibilités sonores de cet instrument. Sur ce pianoforte, la construction du projet d’interprétation trouve son extase dans la difficulté de contrôler une mécanique qui semble simple et par conséquent, doit être « complétée » avec la mécanique digitale de l’instrumentiste. De même l’effort de surmonter cette difficulté ouvre le chemin à la création inépuisable des plans sonores, des textures, des couleurs.

En quoi les oeuvres retenues sont-elles représentatives de l’écriture de Beethoven? Y reconnaît-on une influence (celle de Haydn par exemple)?

On reconnaît un Beethoven défricheur, qui explore les possibilités techniques de l’instrument, qui se promène jusqu’aux limites de la tessiture, qui ose des dynamiques extrêmes. Aussi on y voit un compositeur qui se sert de la forme Rondo pour réaliser des expériences étonnantes: des modulations qui révèlent des voyages aux tonalités surprenantes, des refrains marqués dans leur retour par des micro-variations au niveau des motifs, du rythme ou des ornements.

On y trouve aussi des couplets construits avec un matériel musical qui permettrait facilement de les développer en grandes oeuvres. Il y a aussi des passages, qui servent de ponts pour y revenir aux refrains, qu’on dirait sortis directement d’une improvisation comme celles que Beethoven avait l’habitude de faire dans les salons viennois.
Ce renouvellement continuel apporte une fraîcheur et une légèreté apparente qui pourrait nous faire voir en effet, l’influence du maître Haydn sur le jeune compositeur que Beethoven était, au moment où il compose les oeuvres de ce recueil.

Avez vous dans le recueil une oeuvre préférée? Et pourquoi?

Sans doute mon titre préféré est l’opus 33 Sieben Bagatellen. Un condensé plein de grâce et d’élégance qui comporte exactement ce qu’il faut de virtuosité et de lyrisme: la recette musicale parfaite. Chaque Bagatelle est une oeuvre d’art en elle-même et en même temps, elle fait partie d’une autre plus vaste (on revient à la spécificité sonore du pianoforte utilisé pour cet enregistrement ). Cette idée de mosaïque musical me plaît beaucoup, l’harmonie parfaite entre le détail et le tout.

Quelle sont les difficultés qui se posent à l’interprète d’aujourd’hui qui choisi de jouer sur le pianoforte?

Les difficultés qui se posent à l’interprète d’aujourd’hui qui choisit de jouer sur un pianoforte peuvent former une liste trop longue pour les développer ici. Je pourrais transmettre le message que m’a donné mon producteur au label Paraty: si le projet artistique est bien construit et si pour le réaliser il faut aller de l’autre coté du monde, parce que c’est là-bas que l’art trouvera son expression, donc nous irons. Heureusement que l’instrument que je voulais utiliser se trouvait tout près en Italie!
Les difficultés au niveau de la logistique et au niveau financier, s’affrontent et se surmontent comme pour n’importe quel autre métier, pour ceci il faut seulement avoir un projet bien solide et l’énergie pour y travailler dans sa réalisation.

Sur le plan de l’interprétation, je pourrais dire que la difficulté principale qui résume toutes les autres, est le pouvoir d’adaptation: gérer sa technique, doser la vitesse des attaques et le poids à libérer sur des instruments qui ont des mécaniques, des claviers, des caisses et des cordes parfois tout à fait différents. Au pianoforte, l’interprète doit s’approcher humblement et chercher avec l’instrument un son commun, sans vouloir imposer le sien. À chaque concert et notamment lors des enregistrements, une nouvelle aventure commence entre l’interprète et l’instrument, chacun avec ces inquiétudes: pour le premier, l’état d’âme, la disposition, l’écoute et pour le second, le taux d’humidité relative et même la météo !

Propos recueillis par Alexandre Pham

CD événement
Natalia Valentin, au pianoforte, joue les Rondos & Bagatelles de Beethoven
(1 cd Paraty)

Et de 7! Depuis sa création en 2006, le jeune label Paraty, porté par le claveciniste Bruno Procopio, enchaîne les réussites discographiques. Après plusieurs récitals signés Ivan Illic, Nicolas Stavy, et récemment un superbe enregistrement Mendelssohn de Cyril Huvé (sur un piano Broadwood 1840), voici le dernier disque de la fortepianiste Natalia Valentin,
dans un cycle de partitions du jeune Beethoven. Le choix de
l’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne
du sud, de la fin du XVIIIè,me siècle, restauré par Christopher Clarke), grâce à
sa « prell-mécanique », apporte un regard neuf et une sonorité à la fois
perlée et vivifiante sur les oeuvres choisies: Rondos et Bagatelles (7 de l’opus 33, datées de 1802) d’un feu époustouflant entre nervosité, grâce et élégance. En plus de sa virtuosité habitée, le jeu de Natalia Valentin époustoufle
par son tempérament recréateur, par un feu crépitant qui décoche des
prodiges expressifs, des sonorités de braise: magicienne de l’instant,
articulant et caressant chaque nuance sans rien sacrifier à la clarté
d’un jeu subtil et juvénile.

Ludwig van Beethoven: Rondos & Bagatelles. Natalia Valentin, fortepiano (Allemange du Sud, fin XVIIIème siècle), 1 cd Paraty. Critique développée
à venir dans le mag cd de classiquenews.com (les cd incontournables de la rentrée 2009). Parution annoncée chez Paraty le 29 septembre 2009.

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