Mozart: nouvelle estimation de Titus

OPERA. Mozart: pour une nouvelle estimation de Titus

Titus se rĂ©vĂšle une opportunitĂ© exceptionnelle pour redorer son blason dans l’arĂȘne Viennoise oĂč rĂšgne l’indiscutable quoique infiniment moins gĂ©nial Salieri.
Mozart aurait reçu commande le 15 aoĂ»t pour une reprĂ©sentation officielle fixĂ©e au 6 septembre 1791, soit un peu moins de trois semaines pour satisfaire les vƓux impĂ©riaux. Il aurait ainsi passĂ© tout l’étĂ© 1791 Ă  composer chacun des airs y compris dans la calĂšche le menant de Vienne Ă  Prague oĂč pour allĂ©ger son labeur, il demande Ă  son Ă©lĂšve SussmaĂżr d’écrire les recitativos non accompagnĂ©s.

Quels indices pour une nouvelle estimation de Titus?

joseph_en_piedsOr, il faudrait peut-ĂȘtre rĂ©viser cette urgence de l’écriture : la correspondance cite dĂšs 1789, l’idĂ©e d’un canevas musical sur le thĂšme de la Clemenza di Tito qui est alors un livret de MĂ©tastase parmi les plus  traitĂ©s par les compositeurs.  DĂ©jĂ  Ă  cette date soit deux annĂ©es avant la crĂ©ation de Titus, Mozart propose au librettiste Caterino Mazzola de rĂ©viser le livret de MĂ©tastase, afin d’en faire un « vrai opĂ©ra » : rĂ©duction du texte, de trois actes en deux. Moins de mots, plus de situations fortes.  Avec la fulgurance que son gĂ©nie a appris sur le canevas du buffa oĂč les ensembles (duos/trios/quatuors et quintettes) sont habituels, Mozart a une idĂ©e prĂ©cise du drame moderne. Il n’a cessĂ© de rĂ©aliser cette ambition. Ne pourrions-nous pas reconnaĂźtre dans Titus, plutĂŽt qu’une Ă©bauche irrĂ©guliĂšre et maladroite, l’accomplissement du gĂ©nie mozartien dans le sens de la synthĂšse, de l’épure, de la mesure suggestive ?

Il savait parfaitement que le seria l’empĂȘchait justement de dĂ©velopper ce en quoi il excelle : l’ambiguĂŻtĂ© des formes, comiques et tragiques, amoureuses et hĂ©roĂŻques. Qu’importe, il relĂšve le dĂ©fi et dans un contexte qui ne peut ĂȘtre que tragique et noble, son gĂ©nie jamais en manque d’un renouvellement de l’invention, invente de nouveaux types. La princesse Vitellia emprunte le chemin tracĂ© par Donna Elvira et Donna Anna (personnages de son Don Giovanni) en les synthĂ©tisant ; et Sesto incarne le plus humain des jeunes amants manipulĂ©s, trahis, humiliĂ©s, pris entre le dĂ©sir de satisfaire son aimĂ©e, et le risque de trahir son bien le plus prĂ©cieux, l’amitiĂ© de l’Empereur Titus. Masques de la scĂšne hĂ©roĂŻque devenus ĂȘtres de chair, palpitant par ses conflits et ses contradictions mĂȘmes. Quant Ă  Titus, Mozart qui Ă©crit le rĂŽle pour un tĂ©nor, se souvient d’IdomĂ©nĂ©e et de Don Ottavio, il conçoit un individu seul, isolĂ©, accablĂ© par la dignitĂ© impĂ©riale et dont le devoir du rang contraint la sensibilitĂ© de l’homme. En utilisant la forme de l’aria da capo, habituel pour les dieux et demi-dieux de l’opĂ©ra seria depuis ses dĂ©buts, et le rĂ©servant pour Titus, Mozart insiste davantage sur le carcan qui Ă©treint l’individu.
Titus se présente en vérité idéalement pour affiner encore sa conception poétique du drame musical.
Une telle conception humaniste des personnages n’était pas sans quelques risques pour le compositeur. Elle contient l’essence mĂȘme de sa dramaturgie la plus aboutie. Ni dĂ©coratif ni superficiel, le Titus de Mozart explore la veine sanguine, passionnelle de la trilogie et met l’accent sur l’évolution sensible des caractĂšres. Aucun personnage grĂące Ă  son Ă©criture ne s’enlise au type, codifiĂ© et statique ; la scĂšne reprĂ©sente au contraire une galerie d’individualitĂ©s soumises Ă  transformation
 nous dirions presque initiation allusive dont la musique indique une autre voie, parallĂšle au texte. Prenons par exemple, les options de l’instrumentation : frĂšre de la FlĂ»te et du Requiem, Titus utilise cette colonne maçonnique, habituellement usitĂ©e dans le service des loges franc-maçonnes, oĂč retentissent les timbres des bois et des cuivres les plus sombres et les plus nobles selon les instruments et les interprĂštes prĂ©sents : cors de basset, bassons, hautbois et trompettes. Ne manque que le trombone. On peut mĂȘme affirmer que rĂ©sonne Ă  l’unisson de cette coloration instrumentale spĂ©cifique, une nouvelle trilogie Ă  redĂ©couvrir : les trois ouvrages de la fin, faisant contrepoint Ă  la trilogie des opĂ©ras dapontiens : Titus, la FlĂ»te enchantĂ©e et le Requiem. On sait que l’idĂ©al franc-maçon met l’accent sur le pardon et la fraternitĂ©. Valeurs idĂ©alement illustrĂ©es dans Titus.

Illustration :
Nous avons choisi pour illustrer notre dossier Titus, plusieurs fragments reprĂ©sentant la campagne romaine, choisis dans quelque tableaux de Nicolas Poussin, et aussi la figure de l’Empereur telle que Mozart pouvait l’approcher de son vivant. Ici, portrait en pieds de l’
Empereur Joseph II.

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