Mozart: enjeux de Titus

Contraintes et défis du seria

titusIl Ă©tait tout Ă  fait naturel que dans cette voie rĂ©formatrice, il traite avec rĂ©gularitĂ© la « grande machine », le genre noble et officiel, parfaitement structurĂ©, trop peut-ĂȘtre. Et quand lui Ă©choit la commande impĂ©riale de surcroĂźt sur le registre seria, la tentation est trop forte. L’esprit de la revanche aussi car la Cour et l’Empereur, c’est-Ă -dire le goĂ»t viennois d’alors, n’a guĂšre applaudi son talent depuis l’EnlĂšvement au SĂ©rail (1782). Et c’est essentiellement Prague qui a cĂ©lĂ©brĂ© Ă  juste titre la rĂ©ussite de ses derniers opĂ©ras, Les Noces et Don Giovanni
  En ne se maintenant qu’à peine quinze soirĂ©es, Cosi, crĂ©Ă©e au Burgteater de Vienne, est un Ă©chec amer.
Tout indique contre ce que l’on pense et ce que l’on ne cesse d’écrire, que le genre seria l’intĂ©ressait depuis toujours et ce au plus haut point. Avec Titus, Mozart tout en abordant une forme « difficile », retrouve un thĂšme qui lui est cher : celui de la clĂ©mence, de la gĂ©nĂ©rositĂ©, du pardon et du renoncement. Certes il y redĂ©finit la structure, adapte sa propre dramaturgie tissĂ©e dans l’étoffe de la vĂ©ritĂ© humaine. Il offre Ă  nouveau une rĂ©forme du seria, dĂ©jĂ  abordĂ©e dans IdomĂ©nĂ©e ; une reconsidĂ©ration personnelle qui romperait avec conventions et contraintes pour rĂ©tablir le naturel.
D’ailleurs, le public d’opĂ©ra depuis le XVII Ăšme siĂšcle, applaudit sans faiblir les drames vivants mĂȘlant comique et hĂ©roĂŻque, passion amoureuse et tragĂ©die selon la formule dĂ©jĂ  rĂ©volutionnaire en son temps qu’a Ă©laborĂ© le pĂšre de l’opĂ©ra, Claudio Monteverdi dans ses ouvrages vĂ©nitiens (Ulisse et Poppea).  C’est l’une des raisons qui a fait le succĂšs du buffa dont les chefs-d’Ɠuvre ne sont pas exempts de leçon philosophique, parfois trĂšs cynique sur le genre humain. Doublant l’hĂ©roĂŻsme souvent tragique des protagonistes, les seconds plans commentent l’action principale avec une ironie voire un cynisme dĂ©capant.
Un siĂšcle plus tard, sur la voie tracĂ©e par Monteverdi, Mozart incarne une exigence semblable. Il partage le mĂȘme idĂ©al, alliant bouffon et sĂ©rieux, qui permet une alliance harmonique entre le texte et la musique, entre la vraisemblance et l’expression Ă©difiante, et toujours merveilleuse des caractĂšres. Or dans Titus, il doit aborder un genre oĂč toute situation comique est bannie. Seul l’hĂ©roĂŻsme Ă©difiant des caractĂšres et des situations sont de mise. Paradoxe du propos, la fin doit ĂȘtre selon la tradition du lieto finale, heureuse, morale, rassurante. Le seria est dont un dĂ©fi pour le compositeur.

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