Livres. Wagner et sa réception en France (I) : le musicien de l’avenir

wagner-et-sa-reception-en-france-premiere-partie-le-musicien-de-lavenir-1813-1883Livres. Wagner et sa réception en France (I) : le musicien de l’avenir. La démarche est scientifiquement pertinente et les résultats des plus éloquents : Wagner et la France marquent un mariage consommé et passionnant voire passionnel, comme les deux éléments d’une équation primordiale. Ce premier volume devrait être suivi d’un prochain : il évoque dans un premier temps, l’ensemble des articles et témoignages écrits rendant compte de la création en France des oeuvres de Wagner, et donc de leur réception (voire plus rarement de leur compréhension) du vivant de Wagner.

CLIC D'OR macaron 200Les événements se précipitent d’autant plus facilement, comme les chapitres d’un roman imprévu, car l’homme, prêt à se passionner comme à détester, n’a jamais été facile ni étranger à une forme récurrente chez lui, d’ambivalence contradictoire. De quoi alimenter les critiques et violentes échappées à son encontre, outre les sentiments partagés que sa musique suscite dans les rangs des salles de théâtre et de concerts. L’auteur suit la chronologie de la vie de Wagner, en 8 chapitres qui chacun suivent les étapes importantes de la séquence. Parmi les épisodes les plus savoureux se détachent les séjours de Wagner à Paris (1839-1842), puis à l’époque de la création de Tannhäuser (1860-1862) puis de 1862 à 1870)…

De chapitres en épisodes, le lecteur comprend combien malgré Baudelaire le premier à amorcer une riche littérature wagnériste dès la création de Tannhaüser en 1860, les opéras de Wagner sont peu à peu découverts et compris que très progressivement, selon leur caractère stylistique propre : Lohengrin et Tannhaüser seront les plus largement diffusés, comme Rienzi (représenté en 1869) avant les autres. Le Wagner plus moderne, celui de Tristan et du Ring que dans les années 1870 et surtout 1880 (avec la création à Bayreuth de Parsifal en 1882 dont beaucoup de Français reviennent transfigurés comme des apôtres au retour du pèlerinage saint…).
Evidemment les événements historiques et l’antagonisme France Allemagne, suractive en 1870, d’autant plus catastrophique pour Wagner auteur d’Une Capitulation, pèsent de tous leur poids. Mais la série des concerts parisiens, les derniers, à partir des années 1880, – les fameux Concerts Populaires de Jules Pasdeloup (ardent wagnériste) dévoilent la dernière manière du maître de Bayreuth, quand est créé son dernier ouvrage, Parsifal en 1882 : extraits de plus en plus diversifiés du Ring (La Walkyrie chez Pasdeloup comme chez Edouard Colonne en 1881-1882), mais aussi des fragments du 3ème acte des Maîtres Chanteurs de Nuremberg, de Rienzi (chez Pasdeloup et Charles Lamoureux à partir de 1881)…

De tous les textes et articles témoignant des opéras ou concerts Wagner à Paris, se dégagent une haine viscérale et quasiment culturelle de Wagner : Richard incarne l’étranger bruyant et énigmatique doué surtout pour la cacophonie (ce que l’on disait aussi du très français et très romantique Berlioz, autre conspué par ses messieurs de la critique musicale): la prose se confond à une galerie d’idées schématiques sur le fracas délirant germanique, définitivement antimusical. Seul évidemment Baudelaire, mais aussi le moins connu Gasperini (dès 1866), Reyer à l’endroit de Tannhäuser, et surtout Saint-Saëns, Bayreuthien de 1876, inspiré, plus objectif… incarnent une approche plus saine et argumentée du théâtre wagnérien.

Retour heureux de l’Histoire, après la mort de Wagner, sa musique, pourtant orpheline de son géniteur voit le contexte de ses représentations enfin dépassionnée. Amer, plutôt chahuté voire blessé par le milieu parisien, Wagner n’a jamais connu la juste reconnaissance ou le respect qu’il souhaitait à Paris. Il n’a cessé après sa première visite parisienne où il tentait vainement de faire jouer Le Vaisseau Fantôme et Rienzi, de critiquer l’esprit des parisiens comme le goût français en général. Sans Wagner, un rien revanchard vis à vis du public parisien et des critiques souvent incisifs et dépréciateurs, ses opéras ont pu vivre un cours tout aussi normal que d’autres ouvrages étrangers. C’est le sujet du second volume de la vaste étude entreprise par Michal Piotr Mrozowicki : la réception des œuvres de Wagner après sa mort. Comment la critique systématiquement négative de Wagner a-t-elle perduré jusqu’à nos jours, en particulier durant le dernier Ring à l’Opéra Bastille sous la direction de Philippe Jordan et dans la mise en scène de Günter Krämer ? Le constat devrait là encore être mitigé : si la guerre n’est plus de mise, la filiation hitlérienne visible dans cette production, dévoilant tout ce qu’ont de pangermaniste l’oeuvre et l’écriture wagnérienne, a suscité des dérapages désolants là encore de la part d’une partie du public et de la critique parisienne. Wagner est loin d’avoir apaisé les débats qu’il produit depuis ses débuts à l’opéra. Nous sommes l’un des rares médias spécialisés à avoir défendu cette production parisienne pour le centenaire Wagner 2013.

L’entreprise éditoriale réalisée ici par l’Université de Gdansk (avec donc un résumé conclusif en polonais, rigueur scientifique oblige) relève les défis de son sujet : la consultation est claire, les extraits des nombreux textes critiques d’époque bien choisis et parfaitement distincts du texte de présentation ajoutent à la valeur des sources ainsi étudiées. Lecture incontournable pour les wagnériens comme les amateurs en quête de repères. On attend déjà le second ouvrage plus proche de notre sensibilité contemporaine avec impatience et excitation.

Michał Piotr Mrozowicki : Wagner et sa réception en France. Première partie. Le musicien de l’avenir 1813-1883. ISBN: 978-83-7865-049-2. Parution : décembre 2013. 448 pages.

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