Livres. La musique à Paris sous l’Occupation (Fayard)

Livres. La musique à Paris sous l’Occupation, Ouvrage collectif sous la direction de Myriam Chimènes et Yannick Simon (Fayard) …   En couverture, un duo franco-allemand dans une ambiance de sculptures néoclassiques (signées Arno Breker, le sculpteur  préféré d’Hitler), Wilhelm Kempff et Alfred Cortot jouant sous l’Occupation dans un concert d’allégeance à l’occupant  (Orangerie, août 1942). Voilà à peu près campée la situation historique et culturelle qui est l’objet de ce passionnant opuscule.
Sous le régime de Vichy, la France qui a capitulé et croit en une nouvelle Europe désormais nazifiée, cultive l’essor d’une intense activité musicale dont ce livre éclairant, décisif retrace les volets les plus emblématiques. Ce sont plusieurs personnalités de premier plan qui ont pactisé avec l’occupant, révélant parfois un zèle qui fait froid dans le dos. Le recensement anticipé des artistes ou étudiants juifs y est réalisé sans commande formelle précise des autorités hitlériennes ; des chanteurs  convertis, comme la wagnérienne Germaine Lubin qui chante Isolde en mai 1941, jour anniversaire du compositeur, sous la direction du jeune … Karajan ; ou Alfred Cortot serviteur de la cause hitlérienne comme Jean Français ouvertement pétainiste… Le lecteur apprend infiniment par la lecture des nombreuses contributions,  étonnantes dans leurs apports, complémentaires l’une à l’autre où aussi au sein de la section Collaboration (au moins le titre est clair à ce sujet), les compositeurs tels Max d’Ollone dirigent précisément et concrètement la vie musicale française, parisienne surtout, sous l’occupation. C’est aussi Florent Schmitt (dont nous aimons tant la musique par ailleurs) qui crie (certainement avec un sens de la provocation certes limite mais liée au personnage) son allégeance au Fürher… 

 

 Musiciens collabos…

 

paris_occupation_fayard_musiqueLes articles redonnent vie à l’activité des musiciens ” purs “, ainsi favorisés par des lois barbares : emplois confortables et sécurisés au sein de la Radio française (Radio-Paris pilotée par les allemands) ; vie des sociétés de concerts, place des oeuvres du répertoire et focus sur les créations et  sur les oeuvres contemporaines… et aussi propagande douteuse relayée par les medias et critiques de l’époque, tous majoritairement complaisants et soumis à l’occupant.
On admire d’autant plus Francis Poulenc ; on reste plus soupçonneux vis à vis d’Olivier Messiaen et d’Arthur Honegger ainsi que d’Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff… Dans l’histoire du goût, ce sont aussi des éclairages majeurs sur l’appréciation alors des compositeurs anciens tels Berlioz vénéré, admiré ; Mozart dont 1941 marque avec pompe et honteuse instrumentalisation, le 150ème anniversaire… surtout Wagner, joué à l’Opéra Garnier, véritable Bayreuth français pendant les années 1940.
Au moment où l’Orchestre Philharmonique de Berlin fait lui-même son autocritique sur la même période, révélant une complicité tacite avec le régime hitlérien dont il est l’un des meilleurs ambassadeurs culturels, voici donc un corpus documentaire et scientifique très éloquent sur ce qui s’est passé à Paris entre 1939 et 1945. La trace mémorielle que nourrit ces textes continue son oeuvre actuellement où les symptômes d’un certain malaise intellectuel et culturel continuent de faire leur oeuvre. La question primordiale qui surgit en fin de lecture est : pouvons-nous encore écouter avec la même admiration les oeuvres et l’héritage des compositeurs et interprètes zélés ou complaisants sachant tout ce qu’ils ont commis à cette période ? Superbe contribution en réalité qui rétablit l’équation toujours délicate et polémique entre art et politique.

 

La musique à Paris sous l’Occupation. Editions Fayard. EAN : 9782213677217. Parution : 20 novembre 2013. 288 pages. Format : 152 x 236 mm. Prix indicatif : 30.00 €

 

 

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