COMPTE-RENDU STREAMING, concert, critique. LILLE, le 13 février 2021. BEETHOVEN, STRAVINSKY. ON LILLE. FX Roth, direction

roth-francois-xavier-concert-maestro-concert-classiquenews-critique-concert-classiquenewsCOMPTE-RENDU STREAMING, concert, critique. LILLE, le 13 fĂ©vrier 2021. BEETHOVEN, STRAVINSKY. ON LILLE. FX Roth, direction. C’est un Beethoven (Concerto pour piano n°1, 1800) Ă©tonnamment clair et comme Ă©purĂ©, nerveux et musclĂ© que François-Xavier Roth fait jaillir, grĂące Ă  l’implication de chaque instrumentistes du National de Lille. L’ouverture sonne nette, presque tranchante, avec des tutti prĂ©cis et accentuĂ©s ; une vision trĂšs architecturĂ©e et carrĂ©e Ă  laquelle le piano de l’Andalou Javier Perianes apporte une sonoritĂ© tranchĂ©e elle aussi, souvent plus expressive et percussive voire crĂ©pitante que douce et chantante. L’équilibre sonore que prĂ©serve le chef, fait chanter chaque instrumentiste en dialogue avec le clavier ; une acuitĂ© lumineuse qui est le produit de sa vaste expĂ©rience avec son orchestre sur instruments historiques, Le SiĂšcles. Photo : FX Roth (DR)

L’Orchestre National de Lille et François-Xavir ROTH jouent STRAVINSKY

Acuité expressive des Danses Concertantes
vrai dĂ©fi pour l’orchestre

A 34’13 du live streaming, FX Roth aborde la 2Ăš Ɠuvre au programme, pour nous plus intĂ©ressante encore par sa volubilitĂ© poĂ©tique, sa diversitĂ© expressive ; le chef sculpte avec la mĂȘme acuitĂ© et ce souci portĂ© au dĂ©tail des timbres, la suite orchestrale des Danses concertantes (1941), lesquelles propre Ă  l’auteur du Sacre du printemps (que connais idĂ©alement le chef) exigent une mise en place rythmique et un sens de la caractĂ©risation instrumentale, millimĂ©trĂ©s. La fausse lĂ©gĂšretĂ© de cette suite de danses (que s’est appropriĂ© le chorĂ©graphe Balanchine lequel eut coutume d’adopter bien d’autres musiques de Stravinsky), ses coupes sĂšches (« pas d’action, con moto »), la couleur Ă©lĂ©giaque de « ThĂšme varié » (5 sĂ©quences enchaĂźnĂ©es), plus intĂ©rieure voire mĂ©lancolique ; l’ironie sous jacente voire un climat enivrĂ© d’autodĂ©rision (les deux Marches qui ouvrent et renferment le cycle), demandent des phrasĂ©s aussi nuancĂ©s qu’énergiques de la part de chaque instrumentiste, lĂ  encore considĂ©rĂ© comme l’électron vedette d’un ensemble de solistes oĂč l’écoute partagĂ©e est primordiale. Le soin apportĂ© Ă  chaque calibrage sonore, section aprĂšs section, relĂšve d’un travail d’orfĂšvre : un rĂ©gal pour tout amateur d’ébĂ©nisterie orchestrale.
Ce temps oĂč les orchestres doivent s’adapter aux mesures sanitaires, c’est Ă  dire travailler toujours mais en effectif rĂ©duit, avec distanciation obligatoire, et sans public, sauf grĂące Ă  internet, en diffusion live, permet Ă  chacun de poursuivre son propre travail musical, dans ce chant particulier et probablement trĂšs formateur des formats chambristes. Il est certain qu’au sortir de la pandĂ©mie et quand les orchestres retrouveront leur cher public, le jeu collectif aura gagnĂ© encore en Ă©coute, synchronicitĂ©, Ă©quilibre et relief sonore.
Donc restons positifs: la pĂ©riode favorise le perfectionnement orchestral. Ce qui se passe au sein du National de Lille en tĂ©moigne. Cette nouvelle diffusion, nouveau volet de son offre digitale « AUDITO 2.0 » permet de garder le lien, de suivre les avancĂ©es de l’Orchestre, de respirer malgrĂ© la crise sanitaire qui porte Ă  l’étouffement de la culture. Gageons que sous la direction du chef FX Roth, les instrumentistes du National de Lille aient atteint un nouveau degrĂ© dans la ciselure et l’entente orchestrale. La richesse des nuances, la respiration de l’ensemble, le geste prĂ©cis qui libĂšre chaque partie solistique nous offrent un Stravinsky passionnant, ni essentiellement rythmique, ni superficiellement colorĂ© ; le chef dĂ©cĂšle sous l’écriture abstraite d’une suite concertante, tous les dĂ©fis, ce jeu des contrastes et cette mosaĂŻque chatoyantes des couleurs intimes, surtout la grande tendresse de Stravinsky pour le chant orchestral. Passionnant.

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Compte rendu, concert. CONCERT BEETHOVEN & STRAVINSKY – FRANÇOIS-XAVIER ROTH, direction / JAVIER PERIANES, piano – ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE.
Live streaming du 13 fĂ©vrier 2021. EN REPLAY sur la chaĂźne YOUTUBE de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille ICI :
https://www.youtube.com/watch?v=0kwSyswlHCA

 

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CONSULTER aussi le programme de salle, prĂ©sentant les deux partitions jouĂ©es par l’ORCHESTRE NATIONAL de LILLE et François-Xavier ROTH, direction
https://www.onlille.com/saison_20-21/wp-content/uploads/prog-salle-beethovenetstravinsky-fevrier21.pdf

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CD, Ă©vĂ©nement, annonce. RACHMANINOFF : Symph n°1 – Dances symphoniques (NĂ©zet-SĂ©guin, Phladelphia Orch – 1 cd DG Deutsche Grammophon)

nezet seguin rachmaninoff dances symphonic symphony 1 philadelphia cd deutsche grammophon review critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, annonce. RACHMANINOFF : Symph n°1 – Dances symphoniques (NĂ©zet-SĂ©guin, Phladelphia Orch – 1 cd DG Deutsche Grammophon). Suite de la collaboration du canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin avec l’Orchestre de Philadelphia (et inspirĂ©s par la lyre flamboyante amĂšre de Rachma, dĂ©jĂ  abordĂ© avec la complicitĂ© du pianiste non moins convaincant Daniil Trifonov : Concertos pour piano 1 & 3 dans un programme intitulĂ© « Destination », distinguĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS). Voici un autre programme passionnant car l’intervalle entre la symphonie n°1 et les Danses Symphoniques est rĂ©vĂ©lateur de l’évolution d’un tempĂ©rament symphonique de premier valeur. La n°1 opus 13 (crĂ©Ă©e en mars 1897 sous la direction d’un trop faible Glazounov) est un superbe coup d’essai, riche en Ă©pisodes quasi lyriques et dramatiques, d’une fiĂ©vreuse tension, entre ĂąpretĂ© dĂ©pressive et formidables Ă©lans Ă©perdus qui se retrouvent en Ă©chos familiers dans les Dances de janvier 
 1941 – soit 40 annĂ©es qui tout en marquant la maturation d’un gĂ©nie post romantiques, douĂ© d’une fougue irrĂ©pressible, soulignent aussi les caractĂšres d’un gĂ©nie constant : tension perpĂ©tuelle, impuissance mĂ©lancolique, violence voire chant dĂ©pressif et gravitĂ© (en particulier dans la rĂ©solution du dernier mouvement de la n°1, dont le finale rĂ©sonne comme un dĂ©chirement amer, l’aveu d’un coeur dĂ©muni face Ă  l’adversitĂ© : l’hĂ©ritage du dernier Tchaikovsky ? Certainement). Les 3 mouvements des Dances Symphoniques expriment l’ivresse intacte d’un Rachmaninov exaltĂ©, Ă©ruptif, hypersensible et par accents, tendu voire dĂ©pressif. De la lumiĂšre Ă  l’ombre la plus inquiĂšte voire angoissante, la direction de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin se montre trĂšs soucieuse des Ă©quilibres sonores (la valse centrale et ses Ă©clairs crĂ©pusculaires CLIC D'OR macaron 200et enivrants), du relief de chaque pupitre, fusionnant couleurs et acuitĂ©. La prise de son est en outre valorisante, permettant de suivre le travail du chef dans le contraste des sĂ©quences et leur souffle unitaire. Passionnant. Chef lyrique dĂ©jĂ  applaudi au Met, NĂ©zet-SĂ©guin dĂ©ploie sa fougue symphonique, sa sensibilitĂ© dĂ©taillĂ©e, sa puissance dramatique dans un Rachma ainsi revivifiĂ© et mĂȘme repoĂ©tisĂ©. Grande critique Ă  venir dans le mag cd de classiquenews.com.

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation (Fayard)

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation, Ouvrage collectif sous la direction de Myriam ChimĂšnes et Yannick Simon (Fayard) …   En couverture, un duo franco-allemand dans une ambiance de sculptures nĂ©oclassiques (signĂ©es Arno Breker, le sculpteur  prĂ©fĂ©rĂ© d’Hitler), Wilhelm Kempff et Alfred Cortot jouant sous l’Occupation dans un concert d’allĂ©geance Ă  l’occupant  (Orangerie, aoĂ»t 1942). VoilĂ  Ă  peu prĂšs campĂ©e la situation historique et culturelle qui est l’objet de ce passionnant opuscule.
Sous le rĂ©gime de Vichy, la France qui a capitulĂ© et croit en une nouvelle Europe dĂ©sormais nazifiĂ©e, cultive l’essor d’une intense activitĂ© musicale dont ce livre Ă©clairant, dĂ©cisif retrace les volets les plus emblĂ©matiques. Ce sont plusieurs personnalitĂ©s de premier plan qui ont pactisĂ© avec l’occupant, rĂ©vĂ©lant parfois un zĂšle qui fait froid dans le dos. Le recensement anticipĂ© des artistes ou Ă©tudiants juifs y est rĂ©alisĂ© sans commande formelle prĂ©cise des autoritĂ©s hitlĂ©riennes ; des chanteurs  convertis, comme la wagnĂ©rienne Germaine Lubin qui chante Isolde en mai 1941, jour anniversaire du compositeur, sous la direction du jeune … Karajan ; ou Alfred Cortot serviteur de la cause hitlĂ©rienne comme Jean Français ouvertement pĂ©tainiste… Le lecteur apprend infiniment par la lecture des nombreuses contributions,  Ă©tonnantes dans leurs apports, complĂ©mentaires l’une Ă  l’autre oĂč aussi au sein de la section Collaboration (au moins le titre est clair Ă  ce sujet), les compositeurs tels Max d’Ollone dirigent prĂ©cisĂ©ment et concrĂštement la vie musicale française, parisienne surtout, sous l’occupation. C’est aussi Florent Schmitt (dont nous aimons tant la musique par ailleurs) qui crie (certainement avec un sens de la provocation certes limite mais liĂ©e au personnage) son allĂ©geance au FĂŒrher… 

 

 Musiciens collabos…

 

paris_occupation_fayard_musiqueLes articles redonnent vie Ă  l’activitĂ© des musiciens ” purs “, ainsi favorisĂ©s par des lois barbares : emplois confortables et sĂ©curisĂ©s au sein de la Radio française (Radio-Paris pilotĂ©e par les allemands) ; vie des sociĂ©tĂ©s de concerts, place des oeuvres du rĂ©pertoire et focus sur les crĂ©ations et  sur les oeuvres contemporaines… et aussi propagande douteuse relayĂ©e par les medias et critiques de l’Ă©poque, tous majoritairement complaisants et soumis Ă  l’occupant.
On admire d’autant plus Francis Poulenc ; on reste plus soupçonneux vis Ă  vis d’Olivier Messiaen et d’Arthur Honegger ainsi que d’Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff… Dans l’histoire du goĂ»t, ce sont aussi des Ă©clairages majeurs sur l’apprĂ©ciation alors des compositeurs anciens tels Berlioz vĂ©nĂ©rĂ©, admirĂ© ; Mozart dont 1941 marque avec pompe et honteuse instrumentalisation, le 150Ăšme anniversaire… surtout Wagner, jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier, vĂ©ritable Bayreuth français pendant les annĂ©es 1940.
Au moment oĂč l’Orchestre Philharmonique de Berlin fait lui-mĂȘme son autocritique sur la mĂȘme pĂ©riode, rĂ©vĂ©lant une complicitĂ© tacite avec le rĂ©gime hitlĂ©rien dont il est l’un des meilleurs ambassadeurs culturels, voici donc un corpus documentaire et scientifique trĂšs Ă©loquent sur ce qui s’est passĂ© Ă  Paris entre 1939 et 1945. La trace mĂ©morielle que nourrit ces textes continue son oeuvre actuellement oĂč les symptĂŽmes d’un certain malaise intellectuel et culturel continuent de faire leur oeuvre. La question primordiale qui surgit en fin de lecture est : pouvons-nous encore Ă©couter avec la mĂȘme admiration les oeuvres et l’hĂ©ritage des compositeurs et interprĂštes zĂ©lĂ©s ou complaisants sachant tout ce qu’ils ont commis Ă  cette pĂ©riode ? Superbe contribution en rĂ©alitĂ© qui rĂ©tablit l’Ă©quation toujours dĂ©licate et polĂ©mique entre art et politique.

 

La musique Ă  Paris sous l’Occupation. Editions Fayard. EAN : 9782213677217. Parution : 20 novembre 2013. 288 pages. Format : 152 x 236 mm. Prix indicatif : 30.00 €