Le mystĂšre Bizet, Spectacle musical d’Éric-Emmanuel Schmitt

bizet_mystere_schmitt_theatre_operaParis, salle Gaveau. Spectacle musical : Le MystĂšre Bizet. Le 14 fĂ©vrier 2014, 20h30. Dans la mise en scĂšne de Steve Suissa, l’Ă©crivain mĂ©lomane Eric-Emmanuel Schmitt Ă©voque lui-mĂȘme la vie et l’oeuvre du compositeur Georges Bizet, l’Ă©ternel auteur de Carmen Ă  l’opĂ©ra (1875). Mort prĂ©maturĂ©ment Ă  36 ans, quelques jours aprĂšs la crĂ©ation (dĂ©sastreuse pour lui) de Carmen, Bizet demeure le plus grand gĂ©nie musical français et sa mort prĂ©maturĂ©e, une catastrophe insurmontable de l’histoire de la musique. Sur scĂšne, deux chanteurs parmi les plus subtils qui soient, interprĂštes indiscutables du chant français, la mezzo soprano Karine Deshayes, et le tĂ©nor Philippe Do. Le pianiste Nicolas Stavy les accompagne dans plusieurs pages musicales extraites du catalogue de Bizet : Nocturne n°1, L’Aurore, Le Docteur Miracle, Variations Chromatiques, Les Adieux de l’hĂŽtesse arabe, Le Retour, La Jolie Fille de Perth, Djamileh, et bien sĂ»r Carmen.
Karine Deshayes publie en janvier 2014 un cd remarquĂ© dĂ©diĂ© aux hĂ©roĂŻnes romantiques françaises (Cantates de Cherubini, Boisselot et HĂ©rold : CircĂ©, VellĂ©da, Ariane). la cantatrice chante aussi Charlotte dans Werther de Massenet sur les planches de l’OpĂ©ra Bastille, aux cĂŽtĂ©s de Roberto Alagna, jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014.

 

 

spectacle musical

Le MystĂšre Bizet

De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
vendredi 14 février 2014, à 20h30

 

 

schmitt_eric_emmanuel_bizetBizet, Carmen et la mort … Pour Eric-Emmanuel Schmitt, Bizet reste un cas Ă  part dans l’histoire des compositeurs. GĂ©nie dĂšs 17 ans (rĂ©vĂ©lĂ© triomphant par sa Symphonie en ut, laquelle dĂ©passe en vĂ©ritĂ© Gounod pour atteindre le souffle juvĂ©nile magnifique de Mozart et de Mendelssohn), Bizet cesse de l’ĂȘtre une bonne partie de sa carriĂšre … car il veut rĂ©ussir donc sĂ©duire, acceptant les compromission voire certaines faiblesses, injures inĂ©vitables Ă  son tempĂ©rament premier. Mais juste avant de mourir, le compositeur trentenaire retrouve pour son ultime chef d’oeuvre Carmen, l’Ă©lan d’une activitĂ© entiĂšre, dĂ©terminĂ©e, sans concession.
Eric-Emmanuel Schmitt raconte le Paris difficile et dĂ©vorant dans lequel le compositeur d’opĂ©ras tente de trouver sa place. L’Ă©crivain relĂšve quelques Ă©clairs dans Les PĂȘcheurs de Perles, Djamileh, puis surtout Carmen. Si Nietzsche avait composĂ© un opĂ©ra, il aurait pu s’agir de Carmen. Comme on le dit de Don Giovanni pour Goethe. Lequel prĂ©cisait le compositeur auquel il se serait rĂ©fĂ©rer : Mozart.

 

bizet_georges_carmenMusique lĂ©gĂšre d’un gĂ©nie noir. Mais dans le cas de Carmen, ce sont les mots et la pensĂ©e de Nietzsche qui Ă©claire la modernitĂ© et la puissance phĂ©nomĂ©nale du dernier opĂ©ra de Bizet. Amorale mais non immorale, sans dieux ni rĂšgles, Carmen est libre… de se soumettre au destin. Figure tragique, noire … la jeune femme dĂ©chire l’Ă©quilibre illusoire de la sociĂ©tĂ© puritaine et bourgeoise, mais sous la plume de Bizet, avec des couleurs lĂ©gĂšres et claires – mĂ©diterranĂ©ennes, comme Mozart quand il Ă©crit Don Giovanni dans le style d’une comĂ©die. Carmen est sans mĂ©moire… elle n’a ni passĂ© ni futur et se dĂ©pense dans l’instant ; c’est une Ă©nergie qui se consume, et qui refuse de lutter contre la nature. La dignitĂ© et l’intelligence est d’accepter le destin donc la mort. C’est pourquoi au moment venu, elle se livre sans rĂ©sistance (sous la lame du couteau de JosĂ©). On peine encore Ă  mesurer le sens et l’enseignement de cette leçon de force et de libertĂ©. La musique de Bizet offre Ă  l’action et au profil des protagonistes, une vĂ©ritĂ© saisissante, mais avec une Ă©lĂ©gance de style totalement irrĂ©sistible. Si Don Giovanni pourrait ĂȘtre le surhomme dont parle Nietzsche, Carmen est Ă  coup sĂ»r la surfemme que le philosophe aurait aimer rencontrer… Visionner l’entretien de Eric-Emmanuel Schmitt Ă  propose de Bizet et de Carmen.

 

Pourquoi allez voir le spectacle musical : Le MystĂšre Bizet ?

 

Pour la présence vocale et le velours dramatique de la mezzo Karine Deshayes
Pour la vision affĂ»tĂ©e personnelle d’ Eric-Emmanuel Schmitt
Pour mieux connaĂźtre la vie de Bizet dont la carriĂšre si tout semble prĂ©parer Ă  l’ultime chef d’oeuvre Carmen, ne se rĂ©duit cependant pas Ă  ce seul opĂ©ra …

 

 

“Connaissez-vous l’histoire de ce garçon qui fut gĂ©nial Ă  dix-sept ans,
puis qui cessa de l’ĂȘtre ? Vous pensez que je parle d’Arthur Rimbaud ? Pas du tout…”

 

spectacle musical

Le MystĂšre Bizet


De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
VENDREDI 14 FÉVRIER 2014, à 20h30

Salle Gaveau
Paris 8Ăšme ardt
45-47 rue de la Boétie

RĂ©servations : 01 49 53 05 07
www.sallegaveau.com

 

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Illustration : Eric-Emmanuel Schmitt © Corbis, Bizet (DR)

 

 

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Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation (Fayard)

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation, Ouvrage collectif sous la direction de Myriam ChimĂšnes et Yannick Simon (Fayard) …   En couverture, un duo franco-allemand dans une ambiance de sculptures nĂ©oclassiques (signĂ©es Arno Breker, le sculpteur  prĂ©fĂ©rĂ© d’Hitler), Wilhelm Kempff et Alfred Cortot jouant sous l’Occupation dans un concert d’allĂ©geance Ă  l’occupant  (Orangerie, aoĂ»t 1942). VoilĂ  Ă  peu prĂšs campĂ©e la situation historique et culturelle qui est l’objet de ce passionnant opuscule.
Sous le rĂ©gime de Vichy, la France qui a capitulĂ© et croit en une nouvelle Europe dĂ©sormais nazifiĂ©e, cultive l’essor d’une intense activitĂ© musicale dont ce livre Ă©clairant, dĂ©cisif retrace les volets les plus emblĂ©matiques. Ce sont plusieurs personnalitĂ©s de premier plan qui ont pactisĂ© avec l’occupant, rĂ©vĂ©lant parfois un zĂšle qui fait froid dans le dos. Le recensement anticipĂ© des artistes ou Ă©tudiants juifs y est rĂ©alisĂ© sans commande formelle prĂ©cise des autoritĂ©s hitlĂ©riennes ; des chanteurs  convertis, comme la wagnĂ©rienne Germaine Lubin qui chante Isolde en mai 1941, jour anniversaire du compositeur, sous la direction du jeune … Karajan ; ou Alfred Cortot serviteur de la cause hitlĂ©rienne comme Jean Français ouvertement pĂ©tainiste… Le lecteur apprend infiniment par la lecture des nombreuses contributions,  Ă©tonnantes dans leurs apports, complĂ©mentaires l’une Ă  l’autre oĂč aussi au sein de la section Collaboration (au moins le titre est clair Ă  ce sujet), les compositeurs tels Max d’Ollone dirigent prĂ©cisĂ©ment et concrĂštement la vie musicale française, parisienne surtout, sous l’occupation. C’est aussi Florent Schmitt (dont nous aimons tant la musique par ailleurs) qui crie (certainement avec un sens de la provocation certes limite mais liĂ©e au personnage) son allĂ©geance au FĂŒrher… 

 

 Musiciens collabos…

 

paris_occupation_fayard_musiqueLes articles redonnent vie Ă  l’activitĂ© des musiciens ” purs “, ainsi favorisĂ©s par des lois barbares : emplois confortables et sĂ©curisĂ©s au sein de la Radio française (Radio-Paris pilotĂ©e par les allemands) ; vie des sociĂ©tĂ©s de concerts, place des oeuvres du rĂ©pertoire et focus sur les crĂ©ations et  sur les oeuvres contemporaines… et aussi propagande douteuse relayĂ©e par les medias et critiques de l’Ă©poque, tous majoritairement complaisants et soumis Ă  l’occupant.
On admire d’autant plus Francis Poulenc ; on reste plus soupçonneux vis Ă  vis d’Olivier Messiaen et d’Arthur Honegger ainsi que d’Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff… Dans l’histoire du goĂ»t, ce sont aussi des Ă©clairages majeurs sur l’apprĂ©ciation alors des compositeurs anciens tels Berlioz vĂ©nĂ©rĂ©, admirĂ© ; Mozart dont 1941 marque avec pompe et honteuse instrumentalisation, le 150Ăšme anniversaire… surtout Wagner, jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier, vĂ©ritable Bayreuth français pendant les annĂ©es 1940.
Au moment oĂč l’Orchestre Philharmonique de Berlin fait lui-mĂȘme son autocritique sur la mĂȘme pĂ©riode, rĂ©vĂ©lant une complicitĂ© tacite avec le rĂ©gime hitlĂ©rien dont il est l’un des meilleurs ambassadeurs culturels, voici donc un corpus documentaire et scientifique trĂšs Ă©loquent sur ce qui s’est passĂ© Ă  Paris entre 1939 et 1945. La trace mĂ©morielle que nourrit ces textes continue son oeuvre actuellement oĂč les symptĂŽmes d’un certain malaise intellectuel et culturel continuent de faire leur oeuvre. La question primordiale qui surgit en fin de lecture est : pouvons-nous encore Ă©couter avec la mĂȘme admiration les oeuvres et l’hĂ©ritage des compositeurs et interprĂštes zĂ©lĂ©s ou complaisants sachant tout ce qu’ils ont commis Ă  cette pĂ©riode ? Superbe contribution en rĂ©alitĂ© qui rĂ©tablit l’Ă©quation toujours dĂ©licate et polĂ©mique entre art et politique.

 

La musique Ă  Paris sous l’Occupation. Editions Fayard. EAN : 9782213677217. Parution : 20 novembre 2013. 288 pages. Format : 152 x 236 mm. Prix indicatif : 30.00 €