LILLE. Jean-Claude Casadesus dirige le Requiem de Verdi

verdi-requiem-casadesus-lille-stade-pierre-mauroy-juillet-2017-annonce-classiquenewsLILLE, Requiem de Verdi : ONL / Jean-Claude Casadesus, le 12 juillet 2017, 21h. Ecrin dĂ©cuplĂ© aux proportions Ă©tonnantes, le stade Pierre Mauroy Ă  Lille, est devenu familier des grands rendez vous classiques ; en juin, il s’agissait d’accueillir le concert des Prodiges et de la plus grande chorale du monde, retransmis sur France 2 (LIRE notre compte rendu complet de ce direct cathodique mĂ©morable du 2 juin 2017, prĂ©sentĂ© par l’excellente Marianne James). Ce 12 juillet, Ă  l’échelle du colossal toujours (le stade Pierre Mauroy accueille jusqu’à 30 000 spectateurs comme ce fut le cas prĂ©cĂ©demment), Jean-Claude Casadesus chef fondateur de l’Orchestre National de Lille interprĂšte le Requiem de Verdi, l’une des partitions spirituelle les plus bouleversantes Ă©crites sur le thĂšme de la mort. ColĂšre divine, priĂšre pour le salut des dĂ©funts
 la partition convoque les tourments et l’espĂ©rance des hommes face Ă  la faucheuse, sollicitant la misĂ©ricorde divine au moment du Jugement dernier. C’est donc en sĂ©quences clairement dĂ©finies, alternant solos, duos, quatuors de solistes, somptueuses et fracassantes vagues chorales un opĂ©ra sacrĂ© Ă  l’échelle du collectif comme de la priĂšre individuelle.

Vague verdienne en juin 2014A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poĂšte italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulĂ©, admirĂ© d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opĂ©ra sacrĂ© : c’est l’acte d’humilitĂ© d’une humanitĂ© atteinte et saisie face Ă  l’effrayante mort ; l’idĂ©e du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve Ă  la fois collective (avec le formidable chƓur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (priĂšre du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer Ă  grand fracas la certitude face Ă  la mort et Ă  l’irrĂ©pressible anĂ©antissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.
D’abord entonnĂ© en duo (soprano et alto), l’Agnus dei tĂ©moigne du sacrifice de JĂ©sus, priĂšre Ă  deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthĂ©rien, toute la foule rassemblĂ©e, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opĂ©ratique contrastĂ©, Verdi enchaĂźne la lumiĂšre du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblĂ©s en armĂ©e), qui s’achĂšve en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rassĂ©rĂ©nĂ© : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos Ă©ternel, et que la lumiĂšre brille Ă  jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prĂ©pare Ă  la mort, frĂšre pour les autres, Ă©gaux et mortels, Ă  la fois vaincus et victorieux de l’expĂ©rience de tous les mourants qui ont prĂ©cĂ©dĂ©s en d’identiques souffrances.
Il faut absolument Ă©couter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’AgnĂšs Baltsa pour mesurer ce rĂ©alisme individuel, – emblĂšme de l’expĂ©rience plutĂŽt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chantĂ© par la contralto d’une dĂ©chirante intensitĂ©, priĂšre en humilitĂ©, le chant ainsi conçu frappe immĂ©diatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume et la profonde peine ; entonnant avec le chƓur rassemblĂ©, concentrĂ©, Ă©mu, les derniĂšres paroles du Libera me, la soprano exprime le tĂ©moignage de la souffrance qui nous rend Ă©gaux et frĂšres ; en elle, retentit l’expĂ©rience ultime ; son air s’accompagne d’une espĂ©rance plus tendre, emblĂšme de la compassion pour les dĂ©funts, tous les dĂ©funts.

Croyant ou non, l’auditeur ne peut ĂȘtre que frappĂ© par la haute spiritualitĂ© de ce Requiem Ă©laborĂ© Ă  l’échelle du colossal et de l’intime, oĂč les gouffres et les blessures nĂ©s du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscĂ©ral.

 

 

RECONCILIER GIGANTISME ET SINCERITE D’UNE PRIERE individuelle et collective. Dans un dispositif accoustiquement ajustĂ©, Jean-Claude Casadesus et son orchestre (le National de Lille) abordent le Requiem de Verdi avec cette maĂźtrise des grands effectifs et des plans Ă©tagĂ©s, prĂ©cĂ©demment dĂ©montrĂ©e, et convaincante dans, par exemple, son superbe disque de la Symphonie RĂ©surrection de Gustav Mahler / CD enregistrĂ© en novembre 2015, CLIC de CLASSIQUENEWS 2016… Rien n’égale les proportions du stade Pierre Mauroy Ă  Lille : le Requiem de Verdi aux proportions impressionnantes (choeur de 100 chanteurs, orchestre philharmonique, 4 solistes) et qui dure prĂšs de 2h semble idĂ©al pour une telle cĂ©lĂ©bration collective. Le Dies irae entre autres sĂ©quences chorales, impose une fureur Ă©gale au Requiem de Berlioz, fracassant, impĂ©tueux, dĂ©chirant par son rĂ©alisme tragique et tourmentĂ©. Il s’agit certes de la colĂšre divine (Ă©vocation du Jugement dernier) mais surtout de la force volcanique et Ă©ruptive d’un choeur dĂ©chainĂ©. L’expĂ©rience tentĂ©e par l’Orchestre National de Lille et son chef fondateur rĂ©unit 300 participants, c’est la 3Ăš de ce type, alliant le pharaonique et l’intense ferveur d’une Ɠuvre qui frappe par sa justesse et sa force tragique.

 

 

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REQUIEM DE VERDI
Le 12 juillet 2017, 21h
LILLE, Stade Pierre Mauroy

Orchestre National de Lille,
ChƓur rĂ©gional Nord-Pas-de-Calais
ChƓur Nicolas de Grigny – Reims,
4 solistes lyriques
Jean-Claude Casadesus, direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

CarrĂ© Or : 60€
Cat.1 : 45€
Cat. 2 : 30€
Cat. 3 : 20€
Cat. 4 : 10€

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(1) Tremens factus sum ego, et timeo, dum discussio venerit, atque ventura ira / Voici que je tremble et que j’ai peur devant le jugement qui approche et la colĂšre qui doit venir (partie la plus dĂ©chirante du Libera me final)

 

 

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Illustrations : Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte / Orchestre national de Lille 2016

 

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