Télé engagée : Les Prodiges sur France 2

prodiges logoTélé, compte rendu. Les Prodiges sur France, le 2 juin 2017. FRANCE 2 renouvelle le genre du divertissement culturel, associant jeunesse et musique classique. Une équation délicate, idéalement réussie. Il fallait oser : diffuser au prime time sur France 2 (20h50), un plateau en direct dédié aux jeunes talents de la musique classique, instrumentistes, danseurs et chanteurs, entre 10 et 19 ans à peine, soit un groupe de futurs vedettes du classique, des graines de stars… invitées à jouer, danser, chanter les tubes de la musique classique (musique de chambre, opéra, oeuvres symphoniques, grands ballets du répertoire…). Force est de constater que le jeunisme brillant voire performant est terriblement télégénique ; ces enfants et adolescents ont déjà tout des grands artistes : concentration, expressivité, engagement. Chez certains même, déjà la grâce et une présence d’une rare subtilité (la soprano Lucile, Eric dit le petit rossignol, les danseurs Melvil et Simon, Marin le clarinettiste au souffle et au phrasé saisissant…). Tous cultivent déjà à leur jeune âge le sens du beau, l’écoute des autres, le partage… éléments d’une séduction irrésistible. Des valeurs et des clés d’accomplissement personnel et collectif qui font d’autant plus chaud au cœur à l’heure des actes barbares et terroristes, quand nos sociétés se délitent déchirées par la haine, le racisme, l’homophobie, l’individualisme outrancier, le mépris du bien commun, la destruction concertée et commerciale de la nature pourtant miraculeuse.
On se prend à rêver et on se dit que les futurs générations sont peut-être en train de se resaisir, portées par des valeurs positives. L’art, la culture, la créativité préservent évidemment notre humanité. Ils la cultivent, l’enrichissent, la fortifient. A contrario des barbares qui détruisent les statues de Bouddha, les pièces rares des musées, le site de Palmyre.
D’autant que ces jeunes osent et savent surprendre : Lucile chante le Nessun Dorma de Puccini (Turandot) originellement pour ténor (magnifié par l’immense Luciano Pavarotti). La flamme est transmise.
L’ARMEE DES 10 000 chanteurs… Le clou du spectacle diffusé depuis le stade Pierre Mauroy de Lille reste la présence en fond de scène (toute une section du stade leur était dévolue, avec force effets de lumières) des 10 542 collégiens et lycéens des Hauts de France et de Castelnaudary… armée de lutins chanteurs prêts à en découdre avec comme seul arme pour la paix planétaire, leurs voix désarmantes : l’initiative est inouïe et le symbole mémorable. Il s’agissait bien de la plus grande chorale  du monde. Quand tous – jeune prodiges et choristes, chantent la Marseillaise, l’idée d’un futur proche, où percent et rayonnent les idéaux de la Révolution et des Lumières se dresse et se concrétise : une image qui elle aussi restera. D’autant qu’une telle expérience peut faire naître des vocations parmi toutes ses jeunes âmes…  que la culture et la musique classique diffusent et portent toujours les volontés des plus jeunes : ce sont eux qui formeront la société de demain. Chanter ensemble, c’est vivre ensemble.

 

 

 

Le classique : arme de destruction massive contre la haine et la barbarie

Sur France 2, la grâce des « Prodiges »

 

 

Dans un dispositif acoustique instable – vrai défi pour les ingénieurs acousticiens, où la distance et le retour son dérèglent constamment la cohésion générale, l’Orchestre national de Lille a démontré sa grande séduction sous la direction majoritaire de Zahia Ziouani, parité oblige, et de son récent directeur musical atittré, Alexandre Bloch (pour l’hymne à la joie de la IXè de Beethoven en fin de soirée).
Beaucoup moins convaincants, les incessants changements de plans de la réalisation vidéo ; on  a compté : pas plus de 2 secondes pour un plan ; l’effet zapping, la succession continue changeante des images et des angles donnent le tournis ; elle finit par agacer. On veut bien comprendre ce goût pour le spectaculaire et l’idée d’exploiter au maximum le grandiose du site – d’où l’utilisation des caméras montées sur grues et leurs mouvements insistants en veux, en voilà ; mais de grâce, dîtes au réalisateur que le classique a droit à une autre traitement que les émissions de variété, même s’il faut évidemment le rendre accessible. Rester au moins 10 secondes sur l’expression d’une chanteuse, sur le regard d’une danseuse, suivre la courbe d’un corps dansant, observer le jeu des mains d’un instrumentiste, détailler la connivence entre deux musiciens en complicité, découvrir l’immensité du stade en restant en plan fixe surplombant les deux scènes, ce au moins 10 secondes en effet, seraient d’un tout autre effet. Et rendraient mieux compte de cette magie inénarrable du spectacle de musique, de chant, de danse classique. A chaque séquence, son rythme spécifique.

 

 

prodiges_5178279MUSE ET GUIDE DE CHARME. En fée habile volubile, présentant chaque nouvelle séquence,  -scintillante par son esprit, sa verve, son naturel, Marianne James a su insuffler et cultiver ce sens précieux de la décontraction élégante ; en plus de l’humour, la présentatrice – qui fut en 2016, la marraine charismatique du salon de la musique à la Villette, a aussi du caractère entre protection quasi maternelle et attendrissante complicité pour ses jeunes partenaires, mais aussi une culture du classique sans pareil qui change des potiches ordinaires ; de grâce, responsables des programmes sur France Télévisions, choisissez Marianne J pour les prochaines Victoires de la musique : on rêve déjà d’un duo mordant, percutant, drôle voire décalé (à la Raymond Devos ?) entre Marianne James et Frédéric Lodéon… CQFD.

 

 

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Pour le reste, l’esprit est gavé de tableaux éblouissants, où la jeunesse revisite avec une incandescente fraîcheur, les grands standards du classique. Un vrai coup d’éclat et un succès d’audience indiscutable (3,1 millions de téléspectateurs, soit 13.7% de part d’audience) (1) qui démontrent l’appétence des téléspectateurs pour les vrais talents et la musique classique.
C’est un vent d’espoir imprévu qui souffle soudainement. Du positif. Hors des contenus formatés, vulgaires et racoleurs de la “téléréalité” destinés spectateurs décérébrés, proies désignées, préparées pour la publicité.
Demain, on veut bien suivre pas à pas, chacun des jeunes talents, pardon : chacun de ces jeunes « Prodiges », dans leur parcours et carrière en devenir. Et nous, spectateur enfin exaucés, nous disons merci au service public de nous offrir une telle soirée. La redevance et l’impôt en sont presque justifiés. Chapeau à la direction des programmes culture et divertissement de France 2 ; voilà un programme exemplaire à une heure de grande écoute. Décloisonner les genres, dépoussiérer la culture, élargir l’audience du classique, faire bouger les lignes, réécrire notre destin collectif, stimuler notre désir des autres… on dit OUI ! A quand un nouvel opus ?

 

 

 

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(1) La soirée des Prodiges programmée à 20h50, était suivi de deux autres programmes complémentaires, eux aussi couronnés par l’audience captée respectivement : à 23h, le Grand concert la suite (sorte de debrief de la soirée afin de recueillir les impressions à chaud des jeunes prodiges / 2 millions de téléspectateurs soit 12,4 de pda), puis à 23h25, le documentaire «  la folle histoire des Prodiges » (900 000 spectateurs, soit 11,4 % de pda). De nouveaux records pour la case musique classique à la télé.

 

 

 

 

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