Gustav Mahler: Symphonie n°2. Claudio Abbado Arte, en direct. Dimanche 6 juin 2010 à 19h10

Gustav Mahler
Symphonie n°2
Résurrection
, 1895

Claudio Abbado, direction
En direct de la Scala de Milan

Arte
Dimanche 6 juin 2010 à 19h10

Volet capital dans la maturation de l’écriture symphonique de Gustav
Mahler, la Deuxième symphonie dite « Résurrection » est la
première du genre, sollicitant voix solistes et chœur, mais aussi
inaugure une sorte de triptyque avec les deux suivantes, tant elle
exprime et approfondit un même regard singulier sur l’existence humaine.
Semé de vertigineux abîmes, le chemin mahlérien fixe son objectif, avec
amertume, cynisme, crises. Pourtant, l’issue, jamais assurée, se révèle
bel et bien, comme une ultime offrande, telle la rémission espérée. Serviteur mahlérien exceptionnel, Claudio Abbado reprend du service dans ce direct de la Scala de Milan…

Genèse.
Le premier mouvement de la Symphonie Résurrection est un
matériau ancien, composé dès 1888 à Cassel, à l’époque où l’auteur
achevait le dernier mouvement de sa Première symphonie Titan.
Mahler y composait alors un ample mouvement conçu comme une marche
funèbre, dont le titre Totenfeier laisse penser qu’il excluait de
l’intégrer dans un vaste cycle. Or à l’été 1893, le compositeur peut
enfin prendre le temps de réfléchir sur son œuvre et reprendre l’état
des matériaux à disposition. Totenfeier est intégré dans un vaste
programme, augmenté d’un deuxième, troisième puis un quatrième
mouvement. Pour le final, Mahler songe à un plus grand ensemble encore,
et même s’il devra assumer la comparaison avec la Neuvième de
Beethoven, il opte pour un chœur, deux solistes et l’orchestre à son
complet. Ne lui manque plus qu’un texte : en assistant aux funérailles
de Hans von Bülow (décédé le 12 février 1894), il a l’idée d’adapter le
poème Résurrection de Klopstock (1724-1803).
A l’été 1894, il
peut orchestrer la partition qui sera créée à Berlin, le 13 décembre
1895. Autobiographique et en cela jugé, vulgaire par la critique, la Deuxième
symphonie
est un parcours jalonné de terribles épreuves :
souffrance, misère, angoisse. Le héros doit gagner son salut au prix de
hautes luttes. C’est au terme d’une succession d’épisodes terrifiants et
vertigineux que le ciel laisse entrevoir la gloire céleste, l’apothéose
tend espérée. Confiant dans ses propres ressources, Mahler ajoute au
texte Résurrection de Klopstock : « je mourrai pour vivre ! ».
Confession de foi, et même serment énoncé à lui-même qui démontre
aussi dans le flot foisonnant de l’orchestre, la lente maturation d’une
expérience personnelle profondément mystique.

Parcours de
l’œuvre
. En cinq mouvements, la Deuxième symphonie est un
pèlerinage vécu par le croyant, au préalable soumis à des forces
titanesques qui le dépassent totalement. L’expérience des souffrances
l’amène à un effondrement des forces vitales, ce qu’exprime le premier
mouvement. Aucune issue n’est possible. Une solitude errante (hautbois),
et même meurtrie. Mais l’homme se relève dans l’Andante qui fait
suite : pause, regain de vitalité, et aussi, reprise du souffle. Le
vrai combat n’est peut-être pas tant dans l’apparente représentation
spectaculaire d’un vaste paysage à la démesure cosmique, que bel et bien
dans l’esprit du héros, en proie à mille pensées contradictoires,
amères et suicidaires. C’est pourtant de la résolution d’un conflit
personnel, du compositeur face à lui-même que jaillit la révélation de
la fin : la carrière vécue comme une tragédie suscite ses propres
sources de régénération, grâce à une ferveur quasi mystique qui se
dévoile pleinement dans les paysages célestes du dernier mouvement.

La
Symphonie Résurrection, porte en elle cette aspiration à la
sérénité et aussi à la plénitude. L’Ulricht (quatrième
mouvement), chanté par la mezzo soliste, recueille toutes les
souffrances vécues, assumées. La voix exprime, et les épreuves passées,
et les attentes à l’oeuvre. Enfin, l’ultime et cinquième mouvement
laisse s’épanouir en une déflagration cosmique, la manifestation du
ciel. Le croyant n’aura ni souffert ni vécu en vain : les paradis
éthérés lui sont désormais ouverts.


Retour d’un grand malhérien, jardinier zélé, à la Scala


Pour son retour à la Scala de Milan, le chef d’orchestre Claudio Abbado a
demandé, en guise de cachet, que soient plantés 90 000 arbres –
probablement le cachet le plus singulier de toute l’histoire de la musique.
Le temple des muses milanais avait accueilli le maestro de 1960 à 1986. Depuis,
les mélomanes de Milan, sa ville natale, en étaient réduits à guetter
ses apparitions locales, aux pupitres de l’Orchestre philharmonique
de Vienne (1988 et 1992) et de l’Orchestre philharmonique de Berlin
(1993).
Dix-sept ans plus tard, Claudio Abbado revient à la Scala. Pour
son grand retour à Milan, Claudio Abbado a choisi une oeuvre on ne peut
plus symbolique : la 2e symphonie Résurrection de Mahler. Avec près
de 90 minutes, La Résurrection est non seulement l’une des plus longues
oeuvres symphoniques, mais c’est aussi l’une des plus originales et
complexes de Mahler, qui y a travaillé plus de six ans avant la première, donnée en 1894.

La Deuxième de Mahler est
une pièce maîtresse dans la carrière de Claudio Abbado : c’est avec elle
qu’il avait fait des débuts remarqués en 1965 au festival de Salzbourg,
et qu’il s’est imposé à la Scala ; en 2003, la Résurrection fut le point
d’orgue de l’inauguration de l’orchestre du Festival de Lucerne, formé
par le maestro ; et en 2005, il a reçu le prix du chef d’orchestre de
l’année (prix ECHO Klassik) pour son enregistrement de cette même
oeuvre. Le fait que cet amoureux de la nature, et jardinier éclairé, se
serve de son retour à la Scala pour arborer sa ville natale en dit long
sur la profondeur et l’humour de l’artiste. Les 90 000 arbres doivent
être plantés dans 10 petites forêts tout autour de la capitale lombarde,
ainsi que dans plusieurs parcs de la ville. Le plan pour le «
reboisement de Milan » a été confié à Renzo Piano, architecte de renom ;
les premiers arbres doivent être plantés au printemps : un bosquet de
hêtres sur la Piazza Duomo, en face de la cathédrale, et 220 frênes le long de la Via Dante qui conduit
au Castello.

Les conditions extravagantes posées par le maestro pour son « come-back »
sont à la hauteur de l’événement retransmis en direct par ARTE :
Claudio Abbado dirigera l’Orchestre philharmonique de la Scala,
l’Orchestre Mozart, les choeurs de la Scala et de la radiodiffusion
suédoise, ainsi que le choeur Arnold Schönberg. Les solistes seront
Rachel Harnisch, soprano, et Anna Larsson, contralto

Claudio
Abbado en direct de la Scala de Milan
: Symphonie n°2,
“Résurrection”.
Concert. Réalisation : Michael Beyer. Coproduction :
ARTE, ZDF (2010, 90mn)

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