ENTRETIEN. Alain SURRANS, directeur d’ANGERS NANTES OPERA

angers nantes operaAngers Nantes OpĂ©ra. ENTRETIEN avec ALAIN SURRANS. CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le nouveau directeur gĂ©nĂ©ral d’ANGERS NANTES OPERA, Alain SURRANS, aux goĂ»ts Ă©clectiques, – du baroque au contemporain-, soucieux de dĂ©fendre la crĂ©ation comme toutes les actions innovantes permettant de dĂ©cloisonner le genre lyrique. A partir des temps forts de la programmation 2018 – 2019, – sa première saison Ă  proprement parler, Alain SURRANS s’engage plus que jamais Ă  renforcer le lien de l’opĂ©ra avec la sociĂ©tĂ© et les publics… tous les publics, y compris ceux qui sont Ă©cartĂ©s des centres urbains, culturellement plus favorisĂ©s*. L’expĂ©rience lyrique doit ĂŞtre gĂ©nĂ©rale et sans entraves, accessibles et familière. Un sacrĂ© dĂ©fi qui s’annonce passionnant, Ă  l’heure des nouvelles Ă©chelles rĂ©gionales, oĂą dĂ©sormais, ce sont trois villes qui sont invitĂ©es Ă  travailler ensemble : Angers, Nantes et … Rennes. Pour tous et pour que chacun puisse vivre comme il le souhaite sa propre expĂ©rience du lyrique. Première rencontre.

________________________________________________________________________________________________

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Pour cette nouvelle saison 2018 – 2019, nous avons remarquĂ© un rapprochement entre les salles lyriques Ă  l’échelle de la RĂ©gion… Quel est concrètement le fonctionnement entre Angers Nantes OpĂ©ra, et l’OpĂ©ra de Rennes que vous avez dirigĂ© auparavant ?

surrans-2-benedicte-de-vanssay-240x300ALAIN SURRANS : C’est une collaboration artistique et culturelle qui permet en rĂ©alitĂ© de faire tourner une mĂŞme production sur les trois sites associĂ©s : Angers, Nantes et Rennes. Il y a une volontĂ© d’équilibre dans l’apport de chaque maison : l’OpĂ©ra de Rennes participant Ă  la production de certains spectacles. Ainsi dans ce jeu croisĂ©, et Ă©quitable, Un Bal MasquĂ© de Verdi sera crĂ©Ă© Ă  Nantes (13 mars 2019) avec l’ONPL – Orchestre National des Pays de la Loire, puis repris Ă  Rennes (le 31 mars 2019). De mĂŞme, inversement, mĂŞme esprit d’équilibre avec Le Vaisseau FantĂ´me de Wagner par l’Orchestre symphonique de Bretagne : prĂ©sentĂ© en mai 2019 Ă  Rennes (le 3), puis Ă  Angers (le 21), enfin Ă  Nantes du 5 au 13 juin 2019. Chacun des théâtres profitent aussi de cette mutualisation des moyens pour libĂ©rer du temps vers d’autres activitĂ©s culturelles car quand tout le théâtre Ă©tait immobilisĂ© pour les rĂ©pĂ©titions prĂ©alables Ă  une production, il est possible dĂ©sormais d’organiser et de produire d’autres Ă©vĂ©nements, lesdites rĂ©pĂ©titions Ă©tant rĂ©alisĂ©es dĂ©sormais dans le théâtre partenaire. C’est une libĂ©ration des sites qui favorise la diversitĂ© et la richesse de nos offres, tout au long de l’annĂ©e.

Il s’agit de développer dans l’avenir un vrai projet culturel amplifié, pas seulement centré sur l’opéra, mais pluridisciplinaire. J’en veux pour preuve cette saison, notre cycle « Voix du monde », nouvelle série de concerts qui fait dialoguer l’opéra et les autres formes de musiques traditionnelles, populaires ou savantes qui sollicitent la voix. Il s’agit de faire vivre autrement les théâtres d’opéras, d’en faire des lieux de vie, ouverts à tous, présentant divers manifestations et événements artistiques…

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères établissez-vous votre programmation ?

ALAIN SURRANS : Les rencontres jouent pour beaucoup. Par exemple, le cycle d’opéras russes, réunissant Iolanta et Aleko, a été possible parce que j’avais un excellent contact avec le Bolshoï de Minsk, étant membre d’un concours de chant dans la ville biélorusse. Il n’y a guère que les chanteurs slaves qui puissent maîtriser idéalement l’opéra russe, précisément de Tchaïkovski et de Rachmaninov ; ne serait-ce que par la couleur spécifique de leurs voix, à la résonance gutturale propre, dans cette projection et cette intonation à la fois franches et sincères. Je souhaitais offrir à notre public la possibilité d’écouter les chanteurs russes dans leur répertoire. (NDLR : lire notre compte rendu complet de ALEKO / IOLANTA présenté en octobre 2018 par Angers Nantes Opéra).

C’est aussi une question aussi de prĂ©fĂ©rences personnelles, parfois. J’ai une prĂ©dilection pour Verdi et Wagner, car Ă  l’heure Ă©poque, l’histoire de l’opĂ©ra franchit un cap dĂ©cisif ; c’est le moment essentiel oĂą le directeur de théâtre perd son pouvoir ; il n’est plus seul Ă  dĂ©cider. Verdi et Wagner ont pensĂ© la globalitĂ© du spectacle d’opĂ©ra. Le premier intervient dans l’élaboration des livrets ; le second Ă©crit lui-mĂŞme le texte du livret. Ils dĂ©fendent tous deux une conception nouvelle du drame lyrique. De la mĂŞme manière, j’attache aussi une grande importance au travail de JoĂ«l Pommerat, en particulier, Ă  la rĂ©flexion qu’il a menĂ© sur les contes de fĂ©es ; sur ce qui les rend toujours très actuels et contemporains. Au cours de cette saison, nous prĂ©sentons par exemple Cendrillon de Massenet (Ă  l’affiche jusqu’au 18 dĂ©cembre 2018 – LIRE notre compte rendu, reprĂ©sentation du 4 dĂ©cembre dernier Ă  Nantes), un ouvrage exemplaire dĂ©voilant la volontĂ© et la dĂ©termination d’une jeune femme. Ce combat pour la libertĂ© et l’émancipation fait Ă©cho Ă  notre actualitĂ© rĂ©cente. Vous le voyez, le conte a Ă  nous dire encore beaucoup.

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous développez de nombreuses actions et activités à l’attention du grand public ? Quel en est le contenu, quel en est l’enjeu ?

ALAIN SURRANS : C’est un aller-retour : il faut faire venir le plus grand nombre de spectateurs dans nos salles, et dans le même temps, aller vers tous ceux qui se sentent éloignés du spectacle et plus encore de l’opéra, hors de nos théâtres, et dans le territoire. Ainsi la tournée de l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella ou The Beggar’s opera de Johan Gay et JC Pepusch ; ces deux spectacles tournent partout grâce à notre réseau de partenaires à l’échelle régionale (jusqu’au 23 janvier 2019 pour The Beggar’s opera / jusqu’au 30 avril 2019 pour le Stradella).

De la même façon, nous avons conçu une offre pour le public que nous souhaitons sensibiliser et impliquer, grâce à la voix et au chant. Il s’agit de rendez-vous réguliers sous forme d’ateliers (intitulés « ça va mieux en le chantant… ») pour les familles, entre amis ; soit 1h d’expérience vocale, à 18h et à 20h… Chacun, quelque soit son niveau musical, découvre, explore les ressources de sa voix sous la conduite des membres du Chœur d’Angers Nantes Opéra. Chacun peut travailler sa justesse, découvrir la sensation du chant par le corps, apprendre à respirer, partager, … et même chanter faux (…en dérapages contrôlés). Il faut décloisonner la pratique musicale ; élargir et rendre accessible les spectacles d’opéra, enrichir l’expérience collective… Les sites de Nantes, Angers et de Rennes sont très impliqués dans ce nouveau dispositif qui s’adresse à un très large public.

—————————————————

Prochain atelier  “Du surgrave au suraigu”, Angers et Nantes, les 31 janvier et 6 fĂ©vrier 2019 / http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/du-surgrave-au-suraigu

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous avez collaborĂ© Ă  l’élaboration du livret de l’adaptation de Genitrix, – roman de François Mauriac, pour l’opĂ©ra, musique d’Honegger. Quelle expĂ©rience en avez-vous tirĂ© ?

ALAIN SURRANS : C’est un travail spécifique sur la langue et sa prosodie. Comment mettre en musique des mots, comment faire chanter un texte, lequel à l’origine n’est pas conçu pour une mise en musique. Il faut donc apprendre à découper le texte, le rendre apte à la prosodie, pour qu’il sonne auprès du public, …audible, accessible, naturel. L’attention se porte sur le rythme, sur l’accentuation des mots. Une redéfinition de la prononciation d’autant plus difficile et délicate que le français est peu accentué et plutôt naturellement monotone.

Tout cela résonne particulièrement dans le travail que je défends au profit de la création. Ainsi je peux d’ores et déjà vous annoncer la création d’un nouvel opéra, à l’horizon 2019 (création à l’Opéra Comique le 27 sept 2019), d’après L’Inondation d’Evgueni Zamiatine, nouvelle publiée en 1929. L’histoire est celle d’un couple sans enfants à Saint-Petersbourg, qui adopte une orpheline alors que les eaux de La Neva ne cessent de monter… La musique sera signée Francesco Filidei, et le livret (comme la mise en scène), de Joël Pommerat. L’ouvrage après sa création parisienne sera présentée dans les salles, à Nantes et à Rennes, au sein de la saison lyrique 2019-2020.

________________________________________________________________________________________________

Propos recueillis en octobre 2018.

Illustration : © Bénédicte de Vanssay

——————————————————

* culturellement plus favorisés. C’est relatif car tout dépend des quartiers concernés.

 
 
 

Comments are closed.