vendredi, décembre 9, 2022

ENTRETIEN. Alain SURRANS, directeur d’ANGERS NANTES OPERA

A ne pas rater

angers nantes operaAngers Nantes Opéra. ENTRETIEN avec ALAIN SURRANS. CLASSIQUENEWS a rencontré le nouveau directeur général d’ANGERS NANTES OPERA, Alain SURRANS, aux goûts éclectiques, – du baroque au contemporain-, soucieux de défendre la création comme toutes les actions innovantes permettant de décloisonner le genre lyrique. A partir des temps forts de la programmation 2018 – 2019, – sa première saison à proprement parler, Alain SURRANS s’engage plus que jamais à renforcer le lien de l’opéra avec la société et les publics… tous les publics, y compris ceux qui sont écartés des centres urbains, culturellement plus favorisés*. L’expérience lyrique doit être générale et sans entraves, accessibles et familière. Un sacré défi qui s’annonce passionnant, à l’heure des nouvelles échelles régionales, où désormais, ce sont trois villes qui sont invitées à travailler ensemble : Angers, Nantes et … Rennes. Pour tous et pour que chacun puisse vivre comme il le souhaite sa propre expérience du lyrique. Première rencontre.

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CLASSIQUENEWS : Pour cette nouvelle saison 2018 – 2019, nous avons remarqué un rapprochement entre les salles lyriques à l’échelle de la Région… Quel est concrètement le fonctionnement entre Angers Nantes Opéra, et l’Opéra de Rennes que vous avez dirigé auparavant ?

surrans-2-benedicte-de-vanssay-240x300ALAIN SURRANS : C’est une collaboration artistique et culturelle qui permet en réalité de faire tourner une même production sur les trois sites associés : Angers, Nantes et Rennes. Il y a une volonté d’équilibre dans l’apport de chaque maison : l’Opéra de Rennes participant à la production de certains spectacles. Ainsi dans ce jeu croisé, et équitable, Un Bal Masqué de Verdi sera créé à Nantes (13 mars 2019) avec l’ONPL – Orchestre National des Pays de la Loire, puis repris à Rennes (le 31 mars 2019). De même, inversement, même esprit d’équilibre avec Le Vaisseau Fantôme de Wagner par l’Orchestre symphonique de Bretagne : présenté en mai 2019 à Rennes (le 3), puis à Angers (le 21), enfin à Nantes du 5 au 13 juin 2019. Chacun des théâtres profitent aussi de cette mutualisation des moyens pour libérer du temps vers d’autres activités culturelles car quand tout le théâtre était immobilisé pour les répétitions préalables à une production, il est possible désormais d’organiser et de produire d’autres événements, lesdites répétitions étant réalisées désormais dans le théâtre partenaire. C’est une libération des sites qui favorise la diversité et la richesse de nos offres, tout au long de l’année.

Il s’agit de développer dans l’avenir un vrai projet culturel amplifié, pas seulement centré sur l’opéra, mais pluridisciplinaire. J’en veux pour preuve cette saison, notre cycle « Voix du monde », nouvelle série de concerts qui fait dialoguer l’opéra et les autres formes de musiques traditionnelles, populaires ou savantes qui sollicitent la voix. Il s’agit de faire vivre autrement les théâtres d’opéras, d’en faire des lieux de vie, ouverts à tous, présentant divers manifestations et événements artistiques…

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères établissez-vous votre programmation ?

ALAIN SURRANS : Les rencontres jouent pour beaucoup. Par exemple, le cycle d’opéras russes, réunissant Iolanta et Aleko, a été possible parce que j’avais un excellent contact avec le Bolshoï de Minsk, étant membre d’un concours de chant dans la ville biélorusse. Il n’y a guère que les chanteurs slaves qui puissent maîtriser idéalement l’opéra russe, précisément de Tchaïkovski et de Rachmaninov ; ne serait-ce que par la couleur spécifique de leurs voix, à la résonance gutturale propre, dans cette projection et cette intonation à la fois franches et sincères. Je souhaitais offrir à notre public la possibilité d’écouter les chanteurs russes dans leur répertoire. (NDLR : lire notre compte rendu complet de ALEKO / IOLANTA présenté en octobre 2018 par Angers Nantes Opéra).

C’est aussi une question aussi de préférences personnelles, parfois. J’ai une prédilection pour Verdi et Wagner, car à l’heure époque, l’histoire de l’opéra franchit un cap décisif ; c’est le moment essentiel où le directeur de théâtre perd son pouvoir ; il n’est plus seul à décider. Verdi et Wagner ont pensé la globalité du spectacle d’opéra. Le premier intervient dans l’élaboration des livrets ; le second écrit lui-même le texte du livret. Ils défendent tous deux une conception nouvelle du drame lyrique. De la même manière, j’attache aussi une grande importance au travail de Joël Pommerat, en particulier, à la réflexion qu’il a mené sur les contes de fées ; sur ce qui les rend toujours très actuels et contemporains. Au cours de cette saison, nous présentons par exemple Cendrillon de Massenet (à l’affiche jusqu’au 18 décembre 2018 – LIRE notre compte rendu, représentation du 4 décembre dernier à Nantes), un ouvrage exemplaire dévoilant la volonté et la détermination d’une jeune femme. Ce combat pour la liberté et l’émancipation fait écho à notre actualité récente. Vous le voyez, le conte a à nous dire encore beaucoup.

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous développez de nombreuses actions et activités à l’attention du grand public ? Quel en est le contenu, quel en est l’enjeu ?

ALAIN SURRANS : C’est un aller-retour : il faut faire venir le plus grand nombre de spectateurs dans nos salles, et dans le même temps, aller vers tous ceux qui se sentent éloignés du spectacle et plus encore de l’opéra, hors de nos théâtres, et dans le territoire. Ainsi la tournée de l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella ou The Beggar’s opera de Johan Gay et JC Pepusch ; ces deux spectacles tournent partout grâce à notre réseau de partenaires à l’échelle régionale (jusqu’au 23 janvier 2019 pour The Beggar’s opera / jusqu’au 30 avril 2019 pour le Stradella).

De la même façon, nous avons conçu une offre pour le public que nous souhaitons sensibiliser et impliquer, grâce à la voix et au chant. Il s’agit de rendez-vous réguliers sous forme d’ateliers (intitulés « ça va mieux en le chantant… ») pour les familles, entre amis ; soit 1h d’expérience vocale, à 18h et à 20h… Chacun, quelque soit son niveau musical, découvre, explore les ressources de sa voix sous la conduite des membres du Chœur d’Angers Nantes Opéra. Chacun peut travailler sa justesse, découvrir la sensation du chant par le corps, apprendre à respirer, partager, … et même chanter faux (…en dérapages contrôlés). Il faut décloisonner la pratique musicale ; élargir et rendre accessible les spectacles d’opéra, enrichir l’expérience collective… Les sites de Nantes, Angers et de Rennes sont très impliqués dans ce nouveau dispositif qui s’adresse à un très large public.

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Prochain atelier  « Du surgrave au suraigu », Angers et Nantes, les 31 janvier et 6 février 2019 / http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/du-surgrave-au-suraigu

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous avez collaboré à l’élaboration du livret de l’adaptation de Genitrix, – roman de François Mauriac, pour l’opéra, musique d’Honegger. Quelle expérience en avez-vous tiré ?

ALAIN SURRANS : C’est un travail spécifique sur la langue et sa prosodie. Comment mettre en musique des mots, comment faire chanter un texte, lequel à l’origine n’est pas conçu pour une mise en musique. Il faut donc apprendre à découper le texte, le rendre apte à la prosodie, pour qu’il sonne auprès du public, …audible, accessible, naturel. L’attention se porte sur le rythme, sur l’accentuation des mots. Une redéfinition de la prononciation d’autant plus difficile et délicate que le français est peu accentué et plutôt naturellement monotone.

Tout cela résonne particulièrement dans le travail que je défends au profit de la création. Ainsi je peux d’ores et déjà vous annoncer la création d’un nouvel opéra, à l’horizon 2019 (création à l’Opéra Comique le 27 sept 2019), d’après L’Inondation d’Evgueni Zamiatine, nouvelle publiée en 1929. L’histoire est celle d’un couple sans enfants à Saint-Petersbourg, qui adopte une orpheline alors que les eaux de La Neva ne cessent de monter… La musique sera signée Francesco Filidei, et le livret (comme la mise en scène), de Joël Pommerat. L’ouvrage après sa création parisienne sera présentée dans les salles, à Nantes et à Rennes, au sein de la saison lyrique 2019-2020.

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Propos recueillis en octobre 2018.

Illustration : © Bénédicte de Vanssay

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* culturellement plus favorisés. C’est relatif car tout dépend des quartiers concernés.

 
 
 

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