Elina garanca chante Octavian à l’Opéra de Vienne

Elina GarancaVienne, Opéra. Strauss: Le Chevalier à la rose. Avec Elina Garanca. 20 novembre 2014 > 12 avril 2015. Le Chevalier à la rose de Strauss joué à Vienne avec le concours du Philharmonique de Vienne est un événement un soi, difficile à éviter, d’autant que la distribution de ce pilier du répertoire dans la Capitale des Habsbourg compte un Quin-Quin de grande valeur, le mezzo ample et chaud, terriblement sensuel et flexible de la divine Elina Garança. La diva lettone incarne un Octavian palpitant et idéalement juvénile, l’un des rôles travestis chez Strauss parmi les plus réussis de l’opéra germanique depuis le Cherubin mozartien des Noces de Figaro. Elina Garanca vient de publier un récital sacré et sincère intitulé Meditation chez Deutsche Grammophon, coup de coeur de la rédaction de classiquenews.  Aux côtés de sa Carmen, Jeanne Seymour, son Oktavian, amant de la belle maréchale et bientôt fou amoureux de la jeune Sophie devrait embraser la scène viennoise dans l’une des partitions les plus baroques de Richard Strauss.

Hogarth der rosenkavalier strauss hofmannstahl 1024px-William_Hogarth_038Comédie de moeurs à la façon des peintures de William Hogarth (lequel inspirera aussi Igor Strawinsky pour son Rake’s progress), mais aussi évocation nostalgique de la Vienne baroque à l’époque de l’Impératrice Marie-Thérèse, le Chevalier à la rose, est surtout, un opéra né de l’accord exemplaire entre un compositeur et son librettiste: Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal. Ce dernier n’hésite pas à solliciter la connaissance des convenances aristocratiques de l’Ancien Régime auprès du Comte Harry von Kessler, afin de renforcer la vraisemblance de la fresque historique dont l’action commence ans le salon d’une princesse Maréchale…
Mais l’art transcende l’anecdote et même si la remise d’une rose d’argent à la jeune fiancée Sophie, élue par le Baron Ochs, n’est que pure fiction, la partition et le livret produisent un ouvrage d’une rare subtilité psychologique. Les auteurs interrogent les rapports des êtres les uns vis à vis des autres, la fuite du temps et la quête (vaine) de chacun pour s’en défaire et trouver un (impossible) bonheur, bien éphémère. Vanité des plaisirs, illusion de la vie, tout en ciselant chaque tableau social, la musique exprime la quête éperdue et déjà futile d’une identité fragile. “Qui suis-je réellement? Que suis-je pour les autres? Tout passe et tout s’efface”, semble se dire à elle-même La Maréchale.
Même jeune, tout juste trentenaire, la jeune femme exprime la vanité de toute chose, y compris l’amour ardent que lui voue son jeune amant, “Quinquin” (Octavian). Son cousin le Baron Ochs est lui aussi un aristocrate assez “rustique” mais moins épais qu’on veut bien le chanter ordinairement (la plupart des productions oublient le profil subtil et raffiné d’un jeune homme bien né qu’ont imaginé pourtant les deux auteurs car la plupart des spectacles soulignent la caricature et l’épaisseur du personnage). Reste, le portrait en triptyque de La Maréchale, Octavian et Sophie qui sous la plume du compositeur demeure le plus bouleversant trio final, écrit pour trois voix de femme, porté sur la scène d’un théâtre lyrique, d’une irrésistible nostalgie tendre, final éblouissant d’un opéra baroque et crépusculaire.
Le Chevalier à la rose, créé à Dresde le 26 janvier 1911, est le cinquième opéra de Richard Strauss, après Guntram, Feuersnot, Salomé et Elektra. C’est le second ouvrage né de la collaboration avec le poète Hofmannsthal. Du même duo créateur naîtront ensuite, Ariane à Naxos (1912), La Femme sans ombre (1919), Hélène d’Egypte (1928) et Arabella (1933)…

Richard Strauss : Der Rosenkavalier
à l’Opéra de Vienne
7 représentations : les 20, 23, 26, 28 novembre 2014 puis 6, 9 et 12 avril 2015.

Adam Fischer | direction musicale
Otto Schenk | mise en scène
distribution :
Martina Serafin | Feldmarschallin
Wolfgang Bankl | Baron Ochs auf Lerchenau
Elīna Garanča | Octavian
Erin Morley | Sophie

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