ARTE. PARSIFAL avec Jonas Kaufmann, ElÄ«na Garanča, depuis l’OpĂ©ra de Vienne, avril 2021

wagnerARTE, dim 9 janv 2022, 0h10. WAGNER : PARSIFAL. Production vocalement et orchestralement luxueuse, captĂ© en streaming en avril 2021 Ă  l’OpĂ©ra de Vienne. DiffusĂ© le 18 avril 2021, la nouvelle production associe Kirill Serebrennikov (mise en scĂšne), Philippe Jordan (direction), avec un trio trĂšs solide Jonas Kaufmann, ElÄ«na Garanča et Ludovic TĂ©zier, dans les rĂŽles de Parsifal, Kundry, Amfortas.

ConfinĂ© en Russie, Serebrennikov conduit sa mise en scĂšne pour Vienne
 En avril 2021, le metteur en scĂšne russe Kirill Serebrennikov Ă©tait assignĂ© Ă  rĂ©sidence, persona non grata, accusĂ© de dĂ©tournement de fonds publics; mis Ă  l’index et placĂ© sous haute surveillance par le Kremlin aprĂšs avoir Ă©tĂ© condamnĂ© en juin par le tribunal Mechtchanski de Moscou Ă  3 ans de prison avec sursis ; Ă  distance, il concevait et pilotait (le confinement imposĂ© par la covid Ă©tant passĂ© par lĂ ) sa mise en scĂšne de Parsifal pour l’OpĂ©ra de Vienne (comme il avait fait pour son Cosi destinĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Zurich en 2018). L’ultime drame lyrique de Wagner Ă©tait conçu tel un hymne Ă  la libertĂ©, en Ă©cho Ă  sa propre situation d’enfermement.

Le hĂ©ros wagnĂ©rien peut-il ĂȘtre sauvĂ© ? AprĂšs avoir abordĂ© la figure du hĂ©ros sauveur, d’abord pĂ©nitent puis repenti (TannhaĂŒser), mais aussi Ă©lu prĂȘt Ă  sauver toute Ăąme dĂ©sireuse (Lohengrin pour Elsa), Wagner portraiture Parsifal en jeune soldat pur, sans attache ni compromission, promis Ă  « sauver » une communautĂ© de chevaliers, dĂ©munie, maudite ; car leur leader, le Roi-PrĂȘtre Amfortas a pĂ©chĂ©, perdu la lance sacrĂ©e, son existence rĂ©duite Ă  une lente agonie sanguinolente ; Ă  peine a-t-il la force de rĂ©unir les preux pour le rituel salvateur, la prĂ©sentation du calice sacrĂ©, le Graal, Ă  Montsalvat ; il faudra la compassion du jeune Ă©tranger, de Parsifal pour sauver ce qui Ă©tait perdu ; ce malgrĂ© la tentative du magicien Klingsor, le mal incarnĂ©, pour dĂ©vier le jeune sauveur de sa route, tentant de le sĂ©duire pour mieux le perdre, grĂące Ă  la pĂȘcheresse tentatrice, l’insidieuse et maternelle Kundry, personnage clĂ© de l’oeuvre
 qui elle aussi, passe de TĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre en une mĂ©tamorphose sublime.

Avec Perceval / Parzival / Parsifal, Wagner s’inspire du poĂšme-rĂ©cit de ChrĂ©tien de Troyes et d’Eschenbach ; il inscrit dans la sphĂšre chrĂ©tienne, la lĂ©gende celtique et paĂŻenne ; tout en rĂ©servant Ă  la Nature, son essence transcendante, capable de se rĂ©gĂ©nĂ©rer – ce que ne peut rĂ©ussir Amfortas, le roi blessĂ©, Ă  jamais impuissant : ainsi le rĂ©cit de Gurnemanz qui Ă©voque la renaissance miraculeuse de la vie au printemps lors du Vendredi Saint : « das merkt nun Halm und Blume auf den Auen, / dass heut des Menschen Fuss sie nicht zertritt » (« La fleur des champs le comprend bien / Le pied de l’homme aujourd’hui ne l’écrasera pas »).

Parsifal (comme son double fĂ©minin, Kundry) est conçu d’aprĂšs l’idĂ©e de la rĂ©demption (Erlösung), thĂšme central chez Wagner ; le salut ne peut venir que du sentiment de compassion, capable de souffrir par sympathie, et de comprendre ce qui doit ĂȘtre sauvĂ© ; Parsifal sauve ainsi Amfortas de sa souffrance Ă©ternelle ; il sauve dans la foulĂ©e, la communautĂ© entiĂšre des croyants, attachĂ©s au rituel de la coupe sacrĂ©e.

Sur la scĂšne de la Staatsoper de Vienne, Kirill Serebrennikov imagine un camp de prisonniers qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  sa propre incarcĂ©ration en 2017 comme dissident, opposĂ© au gouvernement de Moscou. Quand enfin, le Graal est rĂ©vĂ©lĂ© aux chevaliers, grĂące Ă  l’action hĂ©roĂŻque de Parsifal, les cellules s’ouvrent, emblĂšme d’une libĂ©ration espĂ©rĂ©e, attendue, collective. Le metteur en scĂšne et dissident politique, Ă©carte toute rĂ©fĂ©rence chrĂ©tienne, privilĂ©giant la vision d’un lent cheminement vers la libĂ©ration des condamnĂ©s. L’univers carcĂ©ral – sĂ©visses physiques, bagarres, terreur psychologique rĂšgne sous le regard ineptes de matons corrompus.

Comme Tcherniakov, Serebrennikov imagine le quotidien sordide de la vie carcĂ©ral (Ă  travers des projections en noir et blanc) ; il imagine que Parsifal (chantĂ© par Jonas Kaufmann) repense Ă  sa vie adolescente (le jeune acteur Nicolaj Sidorenko) qui dĂšs son arrivĂ©e en geĂŽle, Ă©gorge le bellĂątre albinos (rĂ©fĂ©rence au cygne blanc de Wagner) dans la douche commune. Gurnemanz est un vieux roublard qui sauve sa peau en rĂ©alisant les tatouages (aux symboles chrĂ©tiens : lance, croix, calice
) ; Kundry, une journaliste et photographe rĂ©alisant un reportage dans la prison, tout en rĂ©gnant en rĂ©dactrice en chef glamour et people sur une rĂ©daction de reporters uniquement fĂ©minins, en quĂȘte de beaux mĂąles. Amfortas suicidaire se fait saigner par plusieurs prisonniers
 La souffrance, le dĂ©sir s’affrontent ; la culpabilitĂ© aussi (Kundry et Amfortas)
 Dans cet univers kafkaĂŻen, la libĂ©ration finale qui vaut rĂ©demption permet Ă  tous de paraĂźtre en pleine lumiĂšre, y compris l’éphĂšbe albinos prĂ©cĂ©demment tuĂ© dans les douches.

Avec Jonas Kaufmann, Wolfgang Koch, Ludovic TĂ©zier, Georg Zeppenfeld, Elina Garanca
Wiener Staatsoper Orchestra, Philippe JORDAN (direction), Kirill Serebrennikov (mise en scĂšne) – production prĂ©sentĂ©e, filmĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Vienne en avril 2021.

 

 

 

VOIR Parsifal sur ARTE.TV Ă  partir du 9 janv 2022
https://www.arte.tv/fr/videos/102878-000-A/parsifal/

 

 

 

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CD, événement, annonce. Pour DG, ELINA GARANCA chante Wagner et Mahler (Salzbourg, 2020, 2021, 1 cd DG)

Elina GarancaCD, Ă©vĂ©nement, annonce. Pour DG, ELINA GARANCA chante Wagner et Mahler : Wesendonck, RĂŒckert Lieder. Wiener Philharmoniker. Christian Thielemann (1 cd Deutsche Grammophon). Voici le tĂ©moignage de deux rĂ©citals salzbourgeois des Ă©tĂ© 2020 et 2021, alors en pleine crise sanitaire. Contexte tendu et anxiogĂšne mais concert au sommet : tandis que les Wiener Philharmoniker poursuivent leur idylle en dĂ©tail, transparence et Ă©lĂ©gance avec le chef Thielemann (tĂ©moigne aussi de leur entente magicienne, l’actuelle intĂ©grale en cours des Symphonies de Bruckner Ă©ditĂ©e par Sony classical), le mezzo magistral de la cantatrice lettonienne, la quarantaine resplendissante (nĂ©e Ă  Riga en 1976), Elina Garanca fait valoir son Ă©loquence noble et prĂ©cise, d’une articulation dĂ©clamĂ©e, naturelle et souvent hallucinĂ©e. La diva blonde incarne cet amour extatique, enivrĂ©, Ă  la fois Ă©perdu et maudit de Wagner et de sa protectrice Matilde Wesendonck, amour impossible qui inspire en 1858, plusieurs pages d’une langueur inouĂŻe, prĂ©figuration de son opĂ©ra Tristan und Isolde (1865).

salzbourg-wagner-mahler-ruckert-wesendonck-elina-garanca-thielemann-cd-critique-classiquenewsL’amour est chez Wagner, un philtre empoisonnĂ© qui envoĂ»te les amants sublimes au delĂ  du rĂ©el, dans une nuit sonore littĂ©ralement enchanteresse : tel est le dĂ©fi et l’enjeu des 5 Wesendonck lieder, sur les textes des poĂšmes de Mathilde, ici orchestrĂ©s par Felix Mottl et Wagner lui-mĂȘme pour le dernier. Aux 5 poĂšmes de Wagner, rĂ©pondent les 5 RĂŒckert lieder de Mahler dont Thielemann, prouesse admirable, souligne la caractĂšre d’envoĂ»tement, d’ivresse tendre et enchantĂ©e proche des sĂ©quences wagnĂ©riennes. Prochaine critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

LIVE FROM SALZBURG
Elīna Garanča

RICHARD WAGNER
Wesendonck-Lieder, WWV 91

GUSTAV MAHLER
RĂŒckert-Lieder

Elīna Garanča, mezzo
Wiener Philharmoniker
Christian Thielemann
Parution annoncée : December 3, 2021

Carmen de Bizet

logo_francemusiqueGARANCA ELINA new york carmen Kaufmann garanca7France Musique. Le 7 mars 2015, 19h. Carmen en direct du Metropolitan Opera de New York. Sous la direction de Louis LangrĂ©e, la mezzo sensuelle vĂ©nĂ©neuse venue de Lettonie, Elina Garanca enchante les sens et vampirise le pauvre JosĂ© qui cependant sera son bourreau
 Sur le plateau new yorkais, Jonas Kaufmann incarne aussi avec intensitĂ©, subtilitĂ©, et passion, le feu mĂ©diterranĂ©en qui traverse toute la partition de Bizet, son chef d’oeuvre, solarisant le roman de MĂ©rimĂ©e dont il fait une fresque chatoyante et scintillante en hommage au raffinement ibĂ©rique.

Elina GarancaAvec AIlyn PĂ©rez (MicaĂ«la), Gabor Bretz (Escamillo). Femme provocante et libre, Carmen assume son orgueil, sa fantaisie dĂ©vorante : elle s’entiche d’abord pour le brigadier JosĂ©, puis l’écarte pour le torero, vainqueur des arĂšnes, Escamillo. Mais on aurait tort d’étiqueter trop vite les virilitĂ©s en prĂ©sence : JosĂ© le faible, Escamillo, la star testostĂ©ronĂ©e
 C’est bien JosĂ©, transfigurĂ© et rendu fou par l’amour qu’il ressent pour la cigariĂšre, qui la tue en une ultime confrontation, dans la clameur de l’arĂšne oĂč est confirmĂ© le triomphe d’Escamillo. Le portrait de Carmen est particuliĂšrement fouillĂ© par Bizet qui fait de son hĂ©roĂŻne, une figure suave mais aussi tragique (le fameux trio des cartes dĂ©voile l’ñme tĂ©nĂ©breuse, consciente, funĂšbre de la femme qui assume pleinement son destin et sa posture : un double fĂ©minin de Don Giovanni. L’orchestre scintille, d’un raffinement instrumental inouĂŻ. Carmen est un opĂ©ra hypnotique qui exige d’excellents chanteurs acteurs et un  chef aussi puissant, dramatique que fin et subtil. Pas sĂ»r que la baguette de Louis LangrĂ©e relĂšve les dĂ©fis d’une partition admirĂ©e par Nietzsche, revenu de Wagner. Aux brumes coupables empoisonnĂ©es du Germanique, le philosophe prĂ©fĂšre dĂ©sormais le soleil  brĂ»lant et les rythmes africains de Carmen.

+ d’infos sur le site du Metropolitan Opera : http://www.metopera.org/opera/carmen-bizet-tickets?icamp=carmen&iloc=hpg

Elina Garança chante Meditation, rĂ©cital d’airs sacrĂ©s

Elina GarancaArte. Meditation : rĂ©cital d’Elina Garança, mezzo. Dimanche 21dĂ©cembre 2014 Ă  18h30. Elle n’est pas seulement talentueuse, c’est aussi une femme charismatique d’une beautĂ© aussi fascinante qu’Anna Netrebko. Les producteurs ont jouĂ© d’ailleurs sur leur duo, riche en contrastes saisissants : la blonde grave et rocailleuse ; la brune, angĂ©lique, rayonnante (voir leur duo Ă  l’OpĂ©ra de Vienne dans Anna Bolena de Donizetti, heureusement captĂ© en dvd chez Deutsche Grammophon). Arte diffuse pour sa part le rĂ©cital lyrique de la mezzo blonde Elina Garança, correspondant Ă  son dernier album discographique intitulĂ© ” Mediation “, compilation d’extraits d’opĂ©ra ou transcriptions Ă  l’inspiration sacrĂ©e…  La mezzo-soprano d’origine lettone Elina Garança est depuis plusieurs annĂ©es l’une des stars incontournables des scĂšnes lyriques. AccompagnĂ©e par la Deutsche Radio Philharmonie de Sarrebruck dirigĂ©e par Karel Mark Chichon, elle a enregistrĂ© pour arte un programme spĂ©cial NoĂ«l au cours duquel elle interprĂšte des morceaux de son dernier  album “Meditation”. Chanteuse aux multiples facettes, elle en rĂ©vĂšle une nouvelle avec ce rĂ©pertoire de musique sacrĂ©e, notamment dans l’Agnus Dei de Georges Bizet, O Divin RĂ©dempteur ! de Charles Gounod et l’Ave
Maria  de Pietro Mascagni… Garança apporte Ă  l’Ă©lĂ©vation spirituelle de chaque air, son timbre d’une sensualitĂ© bouleversante.

” VeloutĂ© sacrĂ© “… A propos du cd rĂ©cital Meditation, voici ce qu’Ă©crit notre rĂ©dactrice Elvire James :

Cvr-0289479207CD. Elina Garanča, mezzo. MĂ©ditation (1 CD Deutsche Grammophon). Mezzo sensuelle et nuancĂ©e, la cantatrice lettone Elina Garanca (nĂ©e en 1976) aborde chaque nouveau programme ou rĂŽle avec la mĂȘme constance, celle d’une interprĂšte dont l’endurance Ă©gale la finesse et l’intensitĂ© du chant. Elle prouve encore ici la cohĂ©rence d’un programme conçu avec intelligence qui en toute logique respecte le prĂ©supposĂ© que laisse envisager son titre :  priĂšre et ferveur. Hier Donizettienne de grande classe affrontĂ©e Ă  la sublime et non moins rayonnante Anna Netrebko avec laquelle la lettone partage une beautĂ© glamour Ă  tomber, La Garanca poursuit une collection de disques chez Deutsche grammophon d’un grand intĂ©rĂȘt dont on peut dĂ©duire ses goĂ»ts spĂ©cifiques. Cocorico ! : la mezzo ne cache pas ses affinitĂ©s avec la musique française, en particulier romantique
 Sa Carmen avait saisi par son mordant fĂ©lin, sa sensualitĂ© voluptueuse et caressante qui savait aussi rugir avec violence
 Ici la mezzo met son voluptueux organe au service d’airs d’une ardeur implorante aux accents nettement religieux. La diva sĂ©lectionne plusieurs Ă©pisodes fervents avec choeur ou orgue au pompiĂ©risme assumĂ© puisĂ© dans la littĂ©rature du XIXĂšme. On y retrouve aussi l’inspiration intĂ©rieure de ses compatriotes, les compositeurs : Vasks et Praulins. LIRE notre critique complĂšte du cd Meditation d’Elina Garança

Arte. Meditation : rĂ©cital d’Elina Garança, mezzo. Dimanche 21dĂ©cembre 2014 Ă  18h30. Direction musicale : Karel Mark Chichon

Elina garanca chante Octavian Ă  l’OpĂ©ra de Vienne

Elina GarancaVienne, OpĂ©ra. Strauss: Le Chevalier Ă  la rose. Avec Elina Garanca. 20 novembre 2014 > 12 avril 2015. Le Chevalier Ă  la rose de Strauss jouĂ© Ă  Vienne avec le concours du Philharmonique de Vienne est un Ă©vĂ©nement un soi, difficile Ă  Ă©viter, d’autant que la distribution de ce pilier du rĂ©pertoire dans la Capitale des Habsbourg compte un Quin-Quin de grande valeur, le mezzo ample et chaud, terriblement sensuel et flexible de la divine Elina Garança. La diva lettone incarne un Octavian palpitant et idĂ©alement juvĂ©nile, l’un des rĂŽles travestis chez Strauss parmi les plus rĂ©ussis de l’opĂ©ra germanique depuis le Cherubin mozartien des Noces de Figaro. Elina Garanca vient de publier un rĂ©cital sacrĂ© et sincĂšre intitulĂ© Meditation chez Deutsche Grammophon, coup de coeur de la rĂ©daction de classiquenews.  Aux cĂŽtĂ©s de sa Carmen, Jeanne Seymour, son Oktavian, amant de la belle marĂ©chale et bientĂŽt fou amoureux de la jeune Sophie devrait embraser la scĂšne viennoise dans l’une des partitions les plus baroques de Richard Strauss.

Hogarth der rosenkavalier strauss hofmannstahl 1024px-William_Hogarth_038ComĂ©die de moeurs Ă  la façon des peintures de William Hogarth (lequel inspirera aussi Igor Strawinsky pour son Rake’s progress), mais aussi Ă©vocation nostalgique de la Vienne baroque Ă  l’époque de l’ImpĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse, le Chevalier Ă  la rose, est surtout, un opĂ©ra nĂ© de l’accord exemplaire entre un compositeur et son librettiste: Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal. Ce dernier n’hĂ©site pas Ă  solliciter la connaissance des convenances aristocratiques de l’Ancien RĂ©gime auprĂšs du Comte Harry von Kessler, afin de renforcer la vraisemblance de la fresque historique dont l’action commence ans le salon d’une princesse MarĂ©chale…‹Mais l’art transcende l’anecdote et mĂȘme si la remise d’une rose d’argent Ă  la jeune fiancĂ©e Sophie, Ă©lue par le Baron Ochs, n’est que pure fiction, la partition et le livret produisent un ouvrage d’une rare subtilitĂ© psychologique. Les auteurs interrogent les rapports des ĂȘtres les uns vis Ă  vis des autres, la fuite du temps et la quĂȘte (vaine) de chacun pour s’en dĂ©faire et trouver un (impossible) bonheur, bien Ă©phĂ©mĂšre. VanitĂ© des plaisirs, illusion de la vie, tout en ciselant chaque tableau social, la musique exprime la quĂȘte Ă©perdue et dĂ©jĂ  futile d’une identitĂ© fragile. “Qui suis-je rĂ©ellement? Que suis-je pour les autres? Tout passe et tout s’efface”, semble se dire Ă  elle-mĂȘme La MarĂ©chale.‹MĂȘme jeune, tout juste trentenaire, la jeune femme exprime la vanitĂ© de toute chose, y compris l’amour ardent que lui voue son jeune amant, “Quinquin” (Octavian). Son cousin le Baron Ochs est lui aussi un aristocrate assez “rustique” mais moins Ă©pais qu’on veut bien le chanter ordinairement (la plupart des productions oublient le profil subtil et raffinĂ© d’un jeune homme bien nĂ© qu’ont imaginĂ© pourtant les deux auteurs car la plupart des spectacles soulignent la caricature et l’Ă©paisseur du personnage). Reste, le portrait en triptyque de La MarĂ©chale, Octavian et Sophie qui sous la plume du compositeur demeure le plus bouleversant trio final, Ă©crit pour trois voix de femme, portĂ© sur la scĂšne d’un thĂ©Ăątre lyrique, d’une irrĂ©sistible nostalgie tendre, final Ă©blouissant d’un opĂ©ra baroque et crĂ©pusculaire.
Le Chevalier Ă  la rose, crĂ©Ă© Ă  Dresde le 26 janvier 1911, est le cinquiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss, aprĂšs Guntram, Feuersnot, SalomĂ© et Elektra. C’est le second ouvrage nĂ© de la collaboration avec le poĂšte Hofmannsthal. Du mĂȘme duo crĂ©ateur naĂźtront ensuite, Ariane Ă  Naxos (1912), La Femme sans ombre (1919), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928) et Arabella (1933)


Richard Strauss : Der Rosenkavalier
Ă  l’OpĂ©ra de Vienne
7 représentations : les 20, 23, 26, 28 novembre 2014 puis 6, 9 et 12 avril 2015.

Adam Fischer | direction musicale
Otto Schenk | mise en scĂšne
distribution :
Martina Serafin | Feldmarschallin
Wolfgang Bankl | Baron Ochs auf Lerchenau
Elīna Garanča | Octavian
Erin Morley | Sophie

CD. Elina Garanča, mezzo. MĂ©ditation (1 CD Deutsche Grammophon).

Cvr-0289479207CD. Elina Garanča, mezzo. MĂ©ditation (1 CD Deutsche Grammophon). Mezzo sensuelle et nuancĂ©e, la cantatrice lettone Elina Garanca (nĂ©e en 1976) aborde chaque nouveau programme ou rĂŽle avec la mĂȘme constance, celle d’une interprĂšte dont l’endurance Ă©gale la finesse et l’intensitĂ© du chant. Elle prouve encore ici la cohĂ©rence d’un programme conçu avec intelligence qui en toute logique respecte le prĂ©supposĂ© que laisse envisager son titre :  priĂšre et ferveur. Hier Donizettienne de grande classe affrontĂ©e Ă  la sublime et non moins rayonnante Anna Netrebko avec laquelle la lettone partage une beautĂ© glamour Ă  tomber, La Garanca poursuit une collection de disques chez Deutsche grammophon d’un grand intĂ©rĂȘt dont on peut dĂ©duire ses goĂ»ts spĂ©cifiques. Cocorico ! : la mezzo ne cache pas ses affinitĂ©s avec la musique française, en particulier romantique
 Sa Carmen avait saisi par son mordant fĂ©lin, sa sensualitĂ© voluptueuse et caressante qui savait aussi rugir avec violence
 Ici la mezzo met son voluptueux organe au service d’airs d’une ardeur implorante aux accents nettement religieux. La diva sĂ©lectionne plusieurs Ă©pisodes fervents avec choeur ou orgue au pompiĂ©risme assumĂ© puisĂ© dans la littĂ©rature du XIXĂšme. On y retrouve aussi l’inspiration intĂ©rieure de ses compatriotes, les compositeurs : Vasks et Praulins.

Velouté sacré

CLIC_macaron_2014Gounod (Sanctus, Repentir), Bizet (Agnus Dei), …. expriment ainsi dans l’esthĂ©tique parisienne saint-sulpicienne la notion de priĂšre non dĂ©nuĂ©e d’un certain sens de la grandiloquence que la cantatrice sait cependant attĂ©nuer dans le sens d’une trĂšs juste intĂ©rioritĂ© voire sincĂ©ritĂ© intime… Ă©coutez Minuit ChrĂ©tiens d’Adam (Cantique de NoĂ«l), enchaĂźnĂ© avec un Puccini (Salve Regina) tout en replis et Ă©lans attentistes-, peu connu dont la mĂ©lodie fait Ă©cho (cohĂ©rence du programme) au Mascagni prĂ©cĂ©dent (PriĂšre de Santuzza de Cavaleria Rusticana).

IntitulĂ© « MĂ©ditation », un mot fidĂšle au caractĂšre global du programme mais aussi critĂšre marketing oblige qui se comprend dans plusieurs langues, le cycle offre un florilĂšge cohĂ©rent passant ainsi de l’opĂ©ra aux piĂšces originellement composĂ©es pour l’Église. Il comprend aussi des arrangements dont les deux derniers sont les plus imprĂ©vus : le Miserere d’Allegri dont Garanca chante Ă  voce sola la partie des dessus transposĂ©e pour sa tessiture quand le choeur assure les autres.

La beautĂ© du timbre littĂ©ralement envoĂ»tant compense parfois les glissements kitsch des arrangements. MĂȘme rĂ©servĂ©e sur la justesse ou le style de certaines transcriptions, l’Ă©coute se laisse sĂ©duire et finalement convaincre par la musicalitĂ© opulente et chaleureuse du timbre, par l’onctuositĂ© d’un chant remarquablement souple et onctueux, par son veloutĂ© sacrĂ© d’une rondeur chaude et planante qui sert trĂšs judicieusement le programme Ă©laborĂ© dans ce nouveau disque Deutsche Grammophon.

Visitez le site officiel de la diva Elina Garanca

Elina Garanca : Meditation. Airs sacrĂ©s et d’opĂ©ras signĂ©s Gounod, Praulins, Mascagni, Gomez, Mozart, Bizet, Puccini, Adam, Vasks, Allegri, Caccini (transcription de Vavilov). Latvian Radio Choir, Deutsche Radio Philharmonie SaarbrĂŒcken Kaiserlautern. Karel Mark Chichon, direction (1 cd Deutsche Grammophon).