Donizetti : Anna Bolena à Bordeaux

Bordeaux_anna-bolenaOpéra. Bordeaux : Anna Bolena de Donizetti, du 27 mai au 8 juin 2014   .. Femme tragique. Si l’on connaît, parmi l’abondante production de Donizetti, Lucia di Lammermoor, L’Elixir d’amour, Don Pasquale, figurent aussi à son catalogue des opéras tout aussi passionnants, tragiques, intenses, psychologiques. Evoquant l’un des destins féminins les plus singuliers de l’Histoire, Anna Bolena est un incontestable chef-d’oeuvre. S’il excelle dans la veine comique et légère, – voyez son Don Pasquele aussi fin et subtile qu’une comédie rossinienne-, Donizetti s’impose à Paris dans la veine tragique. Certes il s’agit de faire évoluer le bel canto de Bellini (d’ailleurs le livret de Anna Bolena est signé du poète librettiste favori de Bellini : Felice Romani), ainsi Donizetti traite l’intelligence du texte avec un réalisme et une franchise de ton et de style qui prévériste, se rapproche de Verdi… Anna Bolena marque en 1830, la maturité du compositeur qui grâce à lui, connaît une renommée européenne… Les français connaissent toujours mal une partition ardente et fiévreuse, à l’issue tragique qui inaugure sa trilogie anglaise qui se poursuit avec Maria Stuarda puis Roberto Devereux (lire ci-après). A Bordeaux, en mai et juin 2014, le rôle-titre est interprété par  Elza van den Heever, récemment applaudie à Bordeaux dans Ariane à Naxos (le Compositeur) et Alcina (rôle-titre).

Opéra de Bordeaux
Donizetti : Anna Bolena
Du 27 mai au 8 juin 2014
5 dates, les 27, 30 mai puis 2, 5 et 8 juin 2014

 

nouvelle production
Opera seria en 2 actes de Donizetti ; livret de Felice Romani.
Créé à Milan, au teatro Carcano, le 26 décembre 1830

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Leonardo Vordoni, direction
Marie-Louise Bischofberger, mise en scène

 

Gaetano Donizetti. Avec Bellini et avant Verdi, Gaetano Donizetti (1797-1848) incarne l’essor du bel canto italien romantique. Avec Bellini, Donizetti impose à la scène lyrique le système désormais emblématique du romantisme triomphant, de la cavatine-cabalette, tremplin vocal qui met en avant les qualités interprétatives des grands solistes… Le compositeur qui meurt fou lui-même, dévoile une disposition nouvelle à l’expression ultime et radicale des passions humaines.

donizettiPassion radicale où la folie guette… Subtilité et finesse dans la caractérisation des personnages, conception dramatique de l’orchestre, ce autant dans la veine seria, semi seria ou comique, Donizetti sait captiver son audience grâce au raffinement mélodique confié à l’orchestre, l’écriture virtuose réservée aux chanteurs, l’équilibre des tableaux capable d’exprimer sans temps morts ni faiblesses, une intrigue scénique…
Scène de folie ou de démence dévorante, scène de somnambulisme où la raison s’égare et sombre… de Lucia di Lammermoor à La Sonnambula, Donizetti ne finit pas de nous captiver par cette hantise de la perte des facultés vitales. La musique et le chant réalisent avec une intensité irrésistible une faille inédite qui dévore les protagonistes. Sa trilogie “anglaise” élaborée autour d’Elisabeth Ière et d’Henry VIII: Anna Bolena (1830), Maria Stuarda (1834, d’après Schiller qui offre à la scène lyrique l’une des confrontations de reines parmi les plus virulentes de l’histoire lyrique) et Roberto Devereux (1837), surtout Lucia di Lammermoor (1835, qui offre à toutes les cantatrices dignes de ce nom, un personnage d’amoureuse sacrifiée sombrant dans la folie et le crime… ), mais aussi ses buffa d’une délicieuse émotivité tels que L’Elisir d’Amor et son chef-d’oeuvre de la fin, Don Pasquale (partition dans laquelle Donizetti sait émouvoir sans caricature en brossant le portrait d’un vieux libidineux finalement pathétique et émouvant par sa dérisoire et impuissante sincérité) … autant d’ouvrages qui imposent le génie de Donizetti comme l’un des plus grands compositeurs italiens romantiques. D’ailleurs, Strauss quand il regarde du côté de la comédie italienne, c’est ouvertement le climat et la trame dramatique de Don Pasquale qu’il revisite pour sa comédie écrite avec Zweig, La Femme silencieuse …
Donizetti, entre Bellini et Verdi demeure mésestimé. Secondaire après le premier, pas toujours constant et pertinent comparé au second… On l’a trouvé à torts, passionnel rugueux voire dramaturge vulgaire aux accents appuyés sans mesure ni délicatesse (plutôt propre à Bellini). C’est oublié que sous les ténèbres d’une inspiration volontiers portée vers la folie se cache un vrai tempérament soucieux du sentiment et de la vérité émotionnelle. Or les chefs et les interprètes confondent comme souvent pathos (et maniérisme) et expressivité.

 

 

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