Compte-rendu : Toulouse. Théâtre du Capitole, le 23 mai 2012. Mélodies de Poulenc, Debussy, Duparc, Aulis Sallinen … Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Karita Mattila SOPRANOToulouse la connaît et l’aime. Il s’agit de son troisième récital dans la ville rose. Il s’est terminé dans une belle complicité. Karita Mattila est tout simplement l’une des plus belle voix de soprano lyrico-spinto du moment. Mozart puis Verdi, Richard Strauss, Tchaïkovski, Lehar, Janacek et Wagner lui doivent des incarnations inoubliables. Son rapport avec le public français est passionnel et Toulouse qui aime tant les belles voix lui voue un amour total. Car la voix est superbe, la femme ravissante et son art théâtral, au plus haut. Le récital avec piano développe ses qualités de musicienne mais le cadre semble un peu étroit pour un tempérament si généreux.

 

 

Katita Matila : Diva ensorcelante

 

Dès son entrée en scène, très théâtralisée, nous avons été intrigué par une allure intemporelle de Diva avec robe longue et voilages, en tons assortis, nombreux bijoux et visage souriant et lisse : Elisabeth Schwartzkopf ou Victoria de Los Angeles entraient en scène ainsi, créant une magie hors du temps et du quotidien. Cette présence impressionnante était augmentée par la jeunesse et la passion, un rien précieuse, du pianiste finlandais Ville Matvejeff : compositeur, chef d’orchestre et pianiste de haut vol, il est toujours visuellement expressif dans son jeu, parfois un peu trop démonstratif. Son geste pianistique un peu outré est assorti à une sonorité riche, des nuances savantes, un sens du partage de la musique très amical avec la Diva et son public.

La première partie du récital est un hommage à la mélodie française et débute par des mélodies de Poulenc. À vouloir en exprimer le théâtre, Karita Mattila en fait trop et l’articulation n’est pas assez précise alors même que la cantatrice comprend toutes les subtilités des textes. La voix est magnifique, ronde, riche et répond à toutes les inflexions et nuances de la musicienne. Mais l’humour français de certaines pièces lui échappe un peu. Ensuite les mélodies de Debussy sont superbes de timbre, couleurs et nuances, mais il manque la mélancolie et le doux amer maladif qui leur est si particulier.

La vocalité est sublimée par une voix d’une telle ampleur, sachant apprivoiser les plus subtiles nuances, mais une simple diseuse avec des moyens vocaux plus frêles peut y sembler plus idiomatique dans ces poèmes de Baudelaire mis en musique par Debussy. Pour finir les mélodies de Duparc permettent enfin un déploiement de la voix et du théâtre plus satisfaisant et le public est bien plus touché en raison de l’adéquation des moyens vocaux aux partitions plus ouvertement extraverties de Duparc. Cette première partie française est un véritable hommage qu’il convient d’apprécier et de chérir, mais soulignons que seules les mélodies de Duparc permettent à la Diva d‘offrir tout son talent généreux en pleine liberté.

La deuxième partie débute par un cycle du compositeur finlandais Aulis Sallinen. En demandant de ne pas applaudir entre les mélodies du cycle Neljä laulua unesta, Karita Mattila obtient un degré de concentration du public très rare. Les sentiments tristes et douloureux, la lumière mélancolique de la Finlande, diffusent dans la salle et si Ville Matvejeff avait auparavant joué de manière extravertie, ici sa concentration est totale et l’attitude plus simple convient admirablement au travail d’interprétation conjointe entre le pianiste et la chanteuse exigé par la délicatesse de la composition.

Ayant changé de tenue, la Diva en robe noire près du corps, et grand châle abricot s’en entoure pour suggérer les moments de replis mélancoliques des poèmes. Après ce très beau cycle, le public est conscient d’avoir été gratifié d’une interprétation proche de l’idéal, la voix se déployant large et puissante avec d’autres moments mélancoliques et doux. Mais le public n’était pas au bout de ses surprises avec un cycle allemand de Joseph Marx. La diction très articulée est particulièrement séduisante. Et la voix peut s‘épanouir encore, avec des aigus forte magnifiques. Le parfait équilibrage et la progression vocale des mélodies proposées dans ce récital, permettent à Karita Mattila de ménager sa voix, de lui offrir un parfait avènement, à la manière sage dont elle gère sa carrière entière. Comme il est agréable d’entendre cette voix aimée comme nous la connaissons, avec un vibrato parfaitement maîtrisé, des nuances exquises allant du piano au fortissimo et une palette de couleurs d’une richesse sidérante.

Les bis sont phénoménaux : Zeugnung de Strauss est sidéral et spectaculaire autant qu’émouvant. Quand au tango final, il est vocalement et pianistiquement sensationnel : il permet à la Diva de faire deviner son tempérament volcanique (celui qui fait de sa Salomé une torche vive). Karita Mattila reviendra, elle nous l’a promis : le public aimant de Toulouse l’attend déjà.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 23 mai 2012. Mélodies de Francis Poulenc (1899-1963), Claude Debussy (1862-1918), Henri Duparc (1848-1933), Aulis Sallinen (né en 1935), Joseph Marx (1882-1964). Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

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