Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : Tancrède, Benoît Arnould, Isabelle DruetLes Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scène, Vincent Tavernier  

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliCompte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : Tancrède… L’année Campra organisée par le Centre de Musique Baroque de Versailles en 2010 avait joué de malchance et l’hommage qui aurait dû être rendu au compositeur aixois n’avait donc pas comblé toutes nos attentes. C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette nouvelle production de Tancrède, que nous devons en partie à l’institution versaillaise en co-production avec l’Opéra Grand Avignon. Nos attentes ne sont qu’en partie comblées.

Tancrède fut composé par André Campra en 1702, alors que ce quasi inconnu avant son arrivée à Paris à l’âge de 34 ans en 1694, est au faîte de sa gloire. Son opéra-ballet, l’Europe Galante l’a très rapidement rendu célèbre. Cet homme qui compose le goût d’une certaine indépendance, particulièrement rare à l’époque pour un compositeur qui veut vivre décemment, arrive au bon moment à Paris. Et s’il est souvent connu pour sa musique sacrée, son art qui développe une palette si italienne que recherche désormais le public parisien, va exprimer sa pleine mesure dans ses œuvres lyriques.

Tancrède, emprunte son argument à la Jérusalem délivrée du Tasse. Si cette tragédie lyrique se veut un hommage à Lully, elle magnifie ce goût nouveau du public pour des ouvrages plus lumineux, plus légers, plus ultramontains. Ainsi dans Tancrède, la danse vient rompre le drame, l’emportant dans un tourbillon de couleurs orchestrales et vocales. Mais Campra se plaît ici à développer des nuances plus sombres, jouant sur des clairs – obscurs qui mettent en relief le drame amoureux, aidé en cela par un très beau livret.

Antoine Danchet, son auteur connaît bien Campra avec lequel il a entamé une collaboration amicale que rien ne viendra rompre. Il développe une poésie élégante, sensible, à la mélancolie élégiaque qui fait de Tancrède une véritable perle baroque.

Tancrède, chevalier chrétien et Clorinde, princesse sarrasine, sont épris l’un de l’autre alors que tout doit les séparer. Argant est également épris de la jeune femme, tandis qu’Herminie, princesse d’Antioche est de son côté amoureuse de Tancrède. Tous deux rongés par la jalousie, font appel au magicien Isménor pour séparer les deux amants.

Le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) a réuni ce soir une assez belle distribution permettant d’offrir au public une nouvelle production très séduisante de cette œuvre trop rare sur nos scènes nationales.

La mise en scène élégante et fantasmagorique de Vincent Tavernier, la scénographie qui nous offre toute la magie des toiles peintes et des jeux de perspectives de Claire Niquet, les costumes enchanteurs d’Erick Plaza-Cochet et les très belles lumières de Carlos Perez, nous restituent tout l’enchantement de ces spectacles au charme naïf au début du XVIIIe siècle. Les arts de la scène font vibrer le cœur des spectateurs et des acteurs, en un même souffle.

De la distribution de ce soir nous retiendrons avant tout, le Tancrède poignant tant scéniquement que vocalement de Benoît Arnould et l’incandescente Clorinde d’Isabelle Druet. Le soin qu’ils apportent tous deux au texte, nous révèle l’ardent déchirement d’un amour voué à la mort. Chantal Santon fait de son Herminie un personnage complexe et attachant, dont l’air « Cessez, mes yeux, cessez de contraindre vos larmes », est à fleur de déraison et de désespoir.

Le reste de la distribution est plutôt bien équilibré et dans cette œuvre où les basses tiennent un place essentielle, tant Benoît Arnould déjà cité que le talentueux Eric-Martin Bonnet et Alain Buet, sont parfaitement appariés à leurs personnages.

Le ballet de l’Opéra Grand Avignon maîtrise tout le raffinement de la danse baroque et chaque ballet est un ravissement pour l’œil, tandis que le chœur, les Chantres du Centre de Musique baroque de Versailles au phrasé soigné, s’impliquent avec une belle énergie dans ses différentes interventions.

Nos seuls regrets de la soirée ont émané de la direction par trop retenue et linéaire d’Olivier Schneebeli qui nous avait habitué à plus de brillant dans le répertoire français. L’orchestre semble manquer de couleurs et d’une certaine vivacité provoquant parfois des décalages avec la scène. Au bilan une bien jolie soirée, permettant de servir la cause de la si belle musique d’André Campra.

Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. André Campra (1660– 1744) : Tancrède, tragédie en musique en cinq actes avec prologue, livret d’Antoine Danchet. Tancrède, Benoît Arnould ; Clorinde, Isabelle Druet ; Herminie, Chantal Santon ; Argant, Alain Buet ; Isménor, Eric-Martin Bonnet ; Un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance, Erwin Aros ; La Paix, une Guerrière, une Dryade, Anne-Marie Beaudette ; Une Guerrière, une Dryade, Marie Favier. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles.. Les Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scène, Vincent Tavernier ; Chorégraphie, Françoise Deniau ; Assistant chorégraphe, Gilles Poirier ; Scénographie, Claire Niquet ;Costumes Erick Plaza-Cochet. Lumières, Carlos Perez

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