Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 5 octobre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades, tragédie lyriques en cinq actes sur un livret attribué à Louis de Cahusac. Version concert. Distribution : Julie Fuchs, Alphise ; Samuel Boden, Abaris ; Manuel Nunez-Camelino, Calisis ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Borilée ; Chloé Briot, Sémire, une nymphe, L’amour, Polymnie ; Damien Pass, Borée ; André Morsch, Adamas ; Mathieu Gardon, Apollon. Choeurs Aedes, direction Mathieu Romano ; Les Musiciens du Louvre Grenoble ; Marc Minkowski, Direction musicale.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Si de tous les merveilleux instants d’une fin d’après-midi automnale, nous ne devions retenir que l’un d’entre eux, se serait celui où l’Entrée de Polymnie a retenti sous les ors de l’Opéra Royal. Tout le soyeux et la rondeur d’un orchestre emporté par l’Harmonie d’une musique unique et qui nous a libéré par ses sortilèges du poids de la médiocrité et des peurs. Une musique dont il émane un sentiment de plénitude, fait de lumière et de sensualité qui nous laisse d’abord démuni, pour nous porter ensuite vers des horizons infinis.

Nous attendions l’année Rameau, dont on nous disait qu’elle serait exceptionnelle avec impatience, même si déjà quelques concerts en prélude nous avaient été offerts l’an dernier par le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) et Château de Versailles Spectacles (CVS). Mais voici qu’enfin l’évènement prend de l’ampleur pour notre plus grand bonheur.

Bon Rameau en version de concert

Peut-on mieux honorer la musique du compositeur dijonnais qu’en lui offrant cette salle à l’acoustique quasi parfaite et qui aurait dû être la sienne ? C’est avec Les Boréades, qui n’y fut jamais représentée que la « célébration » de ce 250e anniversaire de sa disparition a officiellement commencée en ce dimanche 5 octobre 2014.

Marc Minkowski qui a des affinités électives évidentes avec Rameau, a décidé de proposer au public versaillais et avant cela, aixois l’été dernier, une version concert de cette œuvre posthume, qui ne fut donnée pour la 1ère fois en concert qu’en 1964 et à la scène, en 1982, au festival d’Aix en Provence.

C’est à la fin de sa vie en 1764, à plus de 80 ans que Rameau entame la composition de cet ultime chef-d’œuvre dont le librettiste est inconnu. Toutefois, Louis de Cahusac, décédé en 1759, avec lequel il a de très nombreuses fois collaboré en est considéré comme l’auteur probable.

Si les livrets dont dispose Rameau passent pour souffrir d’une faiblesse dramaturgique, sa musique, leur apporte un supplément d’âme, de force voire de violence psychologique hors normes.

Ici, la trame en soi est des plus simples. Alphise, reine de Bactriane ne peut épouser qu’un descendant de Borée. Borilée  et Calisis, lui font une cour appuyée qui ne la touche guère. C’est Abaris, qu’elle aime. Des danses viennent ponctuer, en une riche diversité orchestrale, les hésitations de cette jeune souveraine entre son devoir et ses sentiments, tout comme d’ailleurs celle de l’élu qui ne sait s’il doit choisir la mort pour ne pas mettre en danger celle qu’il aime, ou combattre pour l’aider à se libérer du joug d’une tradition. En finissant par renoncer à sa couronne, Alphise provoque la colère de Borée. Mais grâce à l’intervention d’Adamas et Apollon, Abaris finit par se révéler un descendant du dieu des Vents du Nord et ainsi, en pouvant épouser Alphise, permettre une fin heureuse.

Ce n’est donc pas la première fois que Marc Minkowski rencontre Rameau et Les Boréades. Sa collaboration avec Laurent Pelly, nous a non seulement fait cadeau d’une Platée inoubliable mais également de fascinantes Boréades.

Ce soir donc point de mise en scène, mais une distribution jeune et fastueuse. Il faut reconnaître que Marc Minkowski est passé maître dans l’art de choisir ses interprètes, n’hésitant pas à s’appuyer sur de jeunes talents, dont la crédibilité scénique, apporte bien souvent un supplément de vérité, ici de candeur, fidèle miroir des personnages.

Il est à noter que tous les chanteurs ont apporté un réel soin à la prononciation et projettent parfaitement leurs voix sans jamais perdre en lisibilité.

Julie Fuchs, étoile plus que montante de la scène lyrique, est une Alphise séduisante et juvénile. La beauté de son timbre fruité, de sa ligne de chant, sa facilité dans les vocalises et les ornementations nous séduisent au plus haut point. Samuel Boden est un Abaris plus touchant qu’héroïque. Face aux jeunes héros, les fils de Borée interprétés respectivement par Manuel Nunez Camelino et Jean-Gabriel Saint-Martin sont tout simplement splendides tant de présence scénique que vocalement. Il nous faut souligner que le baryton français, possède une surprenante flexibilité sur l’ensemble de son registre vocal. Ses graves sont profonds et ses aigus faciles. La brillante soprano Chloé Briot caractérise avec sensibilité et impertinence l’ensemble des rôles qui lui sont impartis (Sémire, une nymphe, l’Amour, Polymnie). Elle nous enchante vocalement par son timbre d’une clarté quasi céleste et cette ingénuité scénique qui donne une réelle consistance à des rôles en apparence si ténus.

Damien Pass est un Borée redoutable. Et si Mathieu Gardon dans le petit rôle d’Apollon n’a guère le temps de nous montrer son savoir-faire qui semble toutefois très prometteur, André Morsch dans le rôle d’Adamas a toutes les qualités requises pour le rôle.

Les Chœurs Aedes sont un personnage à part entière. Leur engagement dramatique, leur homogénéité, leur ligne de chant ponctuent avec ferveur la tragédie.

Enfin, quel bonheur de retrouver les Musiciens du Louvre et cette palette sonore si onctueuse qui est la leur. La direction de Marc Minkowski insuffle une réelle cohérence entre les solistes, les chœurs, l’orchestre. Il colore avec sensibilité, souligne tout le brillant et la tendresse qui émane de la partition, l’énergie, la violence et la virtuosité farouche de la tempête. Marc Minkowski nous touche, par des nuances à fleur de peau, qui sont tout juste perceptibles, si délicates et mélancoliques.

L’année Rameau ne fait que commencer à l’Opéra Royal et d’autres grands moments y sont prévus dont deux ballets héroïque le Temple de la Gloire dont le librettiste a pour nom Voltaire et Zaïs, ainsi qu’une soirée de Gala qui s’annonce très prometteuse. Une année Rameau qui nous l’espérons sera à la hauteur de cette après-midi si riche des enchantements que les troupes de Marc Minkowski nous ont dévoilés.

Compte rendu, opéra. Versailles, Opéra Royal, le 5 octobre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades, tragédie lyriques en cinq actes  sur un livret attribué à Louis de Cahusac. Version concert. Distribution : Julie Fuchs, Alphise ; Samuel Boden, Abaris ; Manuel Nunez-Camelino, Calisis ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Borilée ; Chloé Briot, Sémire, une nymphe, L’amour, Polymnie ; Damien Pass, Borée ; André Morsch, Adamas ; Mathieu Gardon, Apollon. Choeurs Aedes, direction Mathieu Romano ; Les Musiciens du Louvre Grenoble ; Marc Minkowski, Direction musicale.

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