COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 27 janv 2019. DONIZETTI : Lucrezia Borgia. Massis, Pancrazi… Caiani / Sagripanti

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 27 janv 2019. DONIZETTI : Lucrezia Borgia. Massis, Pancrazi… Caiani / Sagripanti : Le bel canto romantique remis au goût du public par seulement quelques grandes voix (Callas, Sutherland, Caballé) est assez rarement présenté au public en dehors de quelques titres dont émerge Lucia de Lamermoor. Ainsi la très rare Lucrezia Borgia fait l’événement à Toulouse. La soprano française Annick Massis au sommet d’une carrière bientôt trentenaire fait une prise de rôle risquée. Elle ne déméritera pas vocalement. Prudente dans le prologue, elle évolue lentement vers plus d’engagement et sait garder une marge de progression pour un final très abouti. Les exigences vocales sont sauves et la voix d’Annick Massis garde homogénéité et brillant. La souplesse des phrasés fait merveille et les nuances  vocales sont délicates. Mais les emportements sont très maitrisés, peut être trop.

 

 

 

TOULOUSE, TEMPLE DU BEL CANTO

 
 
DONIZETTI BORGIA critique opera classiquenews Lucrèce Borgia - Annick Massis (Lucrèce Borgia) et Mert Süngü (Gennaro) - crédit Patrice Nin
 
 

Les vocalises fusent et les trilles sont admirables. Le bel canto est sauf dans sa dimension vocale mais souffre un peu scéniquement ; nous y reviendrons car Annick Massis n’est pas seule dans cette étrange galère. Le deuxième rôle important est celui du ténor : le jeune Mert Süngü fait merveille. Son Gennaro a la fougue de la jeunesse, ses emportements et ses excès. Vocalement le ténor a un timbre clair et une aisance vocale très appréciable. Son chant s’épanouit dans toute la vaste tessiture. Le mari, très antipathique, est parfaitement campé par Andreas Bauer Kanabas avec un timbre mordant et des accents puissants. Mais c’est la mezzo-soprano Eléonore Pancrazi qui avec panache et élégance campe un jeune Orsini tout à fait admirable. Sa voix chaude et ses vocalises habiles font merveille. Avec un jeu de couleurs et de puissance très dramatiques, elle donne à ce rôle ambigu un statut de destin déterminant. Les comparses de Gennaro, les serviteurs du duc et de la duchesse, tous les petits rôles, sont admirablement tenus et les solides extraits du choeur du Capitole tiennent leur part sans avoir à rougir. Le choeur est vivant et plein d’énergie.
L’orchestre du Capitole est parfait ; la direction de Giacomo Sagripanti allie précision, élégance, sens du drame. La mise en scène est sage, sans audace, décors simples, bien habillés par les lumières. L’attention se concentre sur les chanteurs, fort bien costumés mais hélas très, très mal dirigés. Au moment du “climax” qui oppose Lucrezia à son Duc face à Gennaro, la réalisation malgré le drame musical, fait penser à la rencontre de la Castafiore et du général Alacazar se disputant la vie de Tintin… Il est en effet très curieux d’avoir ainsi abandonné les chanteurs aux  pires banalités d’un théâtre compassé que l’on croyait disparu, sans parler des gestes convenus et dérisoires… Le bel canto était là, mais avec un côté archaïque et vieillot, et si la belle partition de Donizetti en sort indemne, le théâtre issu de Victor Hugo en sort ridiculisé. Lui donnant finalement raison, lorsqu’il refusait que ses drames soient adaptés à l’opéra. Ce soir, seules les voix et la musique ont gagné leur immortalité.

 
 
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COMPTE-RENDU, opéra.Toulouse. Théâtre du Capitole, le 27 janvier 2019. Gaetano Donizetti(1797-1848): Lucrezia Borgia,Opera seria en deux actes et un prologue sur un livret de Felice Romani d’après Victor Hugo. Production : Palau de les Arts Reina Sofía, Valence ( 2à17). Emilio Sagi : Mise en scène ; Llorenç Corbella : Décors ; Pepa Ojanguren : Costumes; Eduardo Bravo : Lumières. Avec : Annick Massis, Lucrezia Borgia ; Eléonore Pancrazi , Maffio Orsini ; Mert Süngü, Gennaro ; Andreas Bauer Kanabas, Alfonso d’Este, duc de Ferrare ; Thomas Bettinger, Rustighello ; Galeano Salas, Jeppo Liverotto ; François Pardailhé, Oloferno Vitellozzo ; Jérémie Brocard, Don Apostolo Gazella ; Rupert Grœssinger , Ascanio Petrucci ; Julien Véronèse, Gubetta ; Laurent Labarbe*, Astolfo ; Alexandre Durand*, L’Échanson / L’Huissier ; Jean-Luc Antoine*,Une Voix (* Artistes du Choeur); Orchestre national du Capitole ; Chœur du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Giacomo Sagripanti : Direction musicale.  Photos : © P.NIN

 
 
 
 

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