COMPTE-RENDU, opéra. SAINT-ETIENNE, le 2 fév. 2020. MASSENET, Don Quichotte. Orch. Symph. Saint-Etienne Loire, J. Lacombe/L. Désiré

COMPTE-RENDU, opéra. SAINT-ETIENNE, le 2 fév. 2020. MASSENET, Don Quichotte. Orch. Symph. Saint-Etienne Loire, J. Lacombe/L. Désiré. Nouvelle production du trop rare Don Quichotte de Massenet. Une très belle réussite scénique, malgré un plateau vocal inégal et une direction d’orchestre en demi-teintes. Loin de la vision enjouée et plus délirante de Laurent Pelly avec un José Van Dam impérial pour ses adieux en 2012 à la Monnaie, la lecture de Louis Désiré de l’un des derniers succès de Massenet (créé à l’opéra de Monte-Carlo en 1910 d’après une pièce de l’obscur Jacques Le Lorrain) est au contraire épurée et met l’accent sur l’humanité christique du héros espagnol.

 

 

Un chevalier à la (bien) triste figure

 

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Sur le plateau, un décor d’une grande sobriété : un lit à baldaquin aux tissus fatigués, qui se retrouvera au centre puis sur la gauche de la scène, comme un fil rouge allégorique du songe inabouti de Don Quichotte. Quelques utilisations pertinentes de la vidéo (notamment une projection presque fantastique d’une forêt sombre et inquiétante, s’ouvrant latéralement et constituant ainsi un élément modulable du décor). Superbes costumes rappelant, à travers les fraises, le siècle d’Or espagnol, et des comédiens peinturlurés de blanc, qui imitent tour à tour les géants et un moulin à vent, et que l’on voit à un moment porter sur leur dos des jeunes arbres : l’effet est saisissant ; après les jeunes filles en fleur parsifaliennes, les hommes-arbres de Massenet font sans doute écho au dernier opus du maître de Bayreuth, quand on songe à la dimension christique du livret de Cain, par ailleurs littérairement et dramatiquement assez faible. L’efficacité de la dramaturgie est assurée par une direction d’acteur précise, même si l’on regrette un manque de fantaisie inhérente au protagoniste, et une absence criante de contraste entre Quichotte et son écuyer, personnage pragmatique et terre-à-terre, un peu trop en retrait à notre goût. Les lumières de Marc Méeüs (le rouge sang sur les prétendants de Dulcinée ou la lumière blafarde autour de la forêt) suppléent parfois à la trop grande sobriété de la mise en scène.
La distribution pèche hélas par son manque d’homogénéité et son caractère par trop inégal. Grosse déception du rôle-titre avec un Vincent Le Texier fatigué, à la voix chevrotante, largement à la peine dans les aigus (son grand air du 3e acte « Seigneur, reçois mon âme » est raté), malgré des graves encore bien présents ; de ce point de vue sa sérénade du 1er acte (« Quand apparaissent les étoiles ») lui sied davantage, tout comme les passages en récitatif sollicitant le bas-médium. Dans le rôle de Sancho, Marc Barrard est impeccable vocalement, malgré un jeu scénique qui manque de dynamisme. Lucie Roche est en revanche magistrale dans le rôle exigeant de Dulcinée : voix d’airain superbement projetée, diction sans faute et belle présence scénique qu’exige son personnage volage et coquette : sa romanesca antica du 4e acte (« Lorsque le temps d’amour a fui ») fait merveille. Les rôles secondaires sont très bien tenus : le Pedro de Julie Mossay, le Garcias de Violette Polchi ne déméritent guère, et la belle voix de baryton de Frédéric Cornille (dans le rôle de Juan) et le ténor affirmé et solide de Camille Tresmontant (dans celui de Rodriguez) ravissent presque la palme aux deux protagonistes. Les chœurs, très bien dirigés par Laurent Touche, convoqués dès la scène liminaire de l’opéra, n’appellent aucune réserve.
Dans la fosse, la direction de Jacques Lacombe déçoit également. Une direction bien pâle, peu attentive aux raffinements de l’orchestration, accentuant au contraire les tournures folklorisantes des « espagnolades », notamment au 4e acte, au lieu de les atténuer. Une production en demi-teinte qui n’enlève pas le plaisir d’entendre cette œuvre très belle, bien que musicalement inégale, trop rarement représentée. Illustrations : © Cyrille Cauvet / Opéra de Saint-Étienne, service de presse.

 
 

 

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Compte-rendu critique. Opéra. SAINT-ETIENNE, MASSENET, Don Quichotte, 2 février 2020. Vincent Le Texier (Don Quichotte), Lucie Roche (Dulcinée), Marc Barrard (Sancho), Julie Mossay (Pedro), Violette Polchi (Garcias), Frédéric Cornille (Juan), Camille Tresmontant (Rodriguez), Ismaël Armandola, Pier-Yves Têtu (Domestiques), Frédéric Foggieri, Bradassar Chanian (Brigands), Adrien Chambarella, Maxence Lemarchand, Marc Piron, Pierre Vandestock (comédiens), Louis Désiré (mise en scène), Diego Mendez Casariego (décors et costumes), Blai TOMAS Bracquart (vidéo), Jean-Michel Criqui (assistant à la mise en scène), Marc Méeüs (lumières), Laurent Touche (chef de chœur), Chœur lyrique Saint-Etienne Loire, Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, Jacques Lacombe (direction)

  

 

 

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