Compte-rendu opéra. Paris, Opéra-comique, Marin Marais, Alcione, 30 avril 2017. Léa Desandre (Alcione)… Jordi Savall / Louise Moaty.

PARIS, Opéra Comique, ALCIONE de Marin MaraisCompte-rendu opéra. Paris, Opéra-comique, Marin Marais, Alcione, 30 avril 2017. Léa Desandre (Alcione)… Jordi Savall / Louise Monty. Après l’enregistrement mythique des Musiciens du Louvre en 1990, on attendait avec impatience la résurrection scénique du chef-d’œuvre lyrique de Marin Marais. C’est désormais chose faite et c’est heureux que cela coïncide avec la réouverture de la salle Favart qui a retrouvé son lustre après vingt mois de travaux, écrin idéal pour ce répertoire (on se souvient avec délectation de la fameuse reprise d’Atys de Lully par Christie et Villégier en mai 2011). Les Parisiens n’avaient pas vu Alcione depuis 1771. 246 ans plus tard, Louise Moaty prend le relais, après avoir livré en ces mêmes lieux une très poétique lecture du Vénus et Adonis de John Blow. Certes, à première vue, les choix scénographiques peuvent surprendre.

 

 

Le nouvel envol de l’Alcyon

 

Un plateau nu, quasiment vide, un effet voulu de mise en abîme d’un théâtre qui révèle l’envers du décor, ça sent le déjà vu. Et la relative laideur des costumes d’Alain Blanchot qui nous avait habitué à mieux (Cadmus et Hermione) n’aide pas à dissiper le trouble. On peut s’interroger sur ce qui reste de la dimension merveilleuse, voire féérique de la tragédie lyrique, dont elle est une des dimensions constitutives. Le prologue, de ce point de vue, passe relativement à côté des enjeux rhétoriques du genre (la joute oratoire entre Apollon et Pan aurait pu être dynamisée davantage).

 

 

 

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Toutefois, la volonté d’échapper aussi bien à la reconstitution « historiquement informée » qu’à l’indigente adaptation contemporaine est louable. Et la collaboration avec les circassiens s’avère plus d’une fois payante. Les danses, impeccablement réalisées, mises sur l’énergie de l’acrobatie pour accentuer la pulsation du rythme que recèle une partition constamment roborative, même si parfois, au milieu d’un chant soliste, le plateau s’agite dans tous les sens bien inutilement. En revanche, la scène des matelots, avec son chœur populaire entêtant, est une totale réussite. D’autres beaux tableaux égrènent la scénographie, comme la scène du sommeil ou l’impressionnante tempête, évoquée par les ombres chinoises des matelots derrière de grands rideaux blancs. La charpente en bois amovible du premier acte, qui rappelle à la fois la structure d’un navire et celle du palais où se déroule l’intrigue, se mêle aux nombreux cordages, évoquant de façon poétique plus que réaliste les gravures conservées du XVIIIe siècle.

 

 

Un casting en demi-teintes

 

 

phral-desandrelea-rdrDans le rôle-titre on attendait beaucoup de la jeune mezzo Léa Desandre ; sa présence scénique, son sens du théâtre et de l’élocution ne sont jamais pris en défaut, même si on peut regretter une prestation bien terne dans la première partie, beaucoup plus convaincante, dans la seconde, quand ses interventions deviennent plus dramatiques. Ceix, l’époux promis, est vaillamment défendu par la haute-contre alerte de Cyril Auvity, au timbre d’une grande pureté, parfois chahutée dans les aigus (dans le III, « l’excès du désespoir ») ; les autres opposants au mariage d’Alcyone, sont tous admirablement incarnés, le Pelée de Marc Mauillon, à l’amplitude vocale toujours aussi impressionnante, le Phorbas de Lisandro Abadie, baryton racé, à la voix clairement articulée, ou encore l’Ismène gracieuse d’Hasnaa Bennani, soprano magnifique, légèrement en retrait à notre goût. Belle découverte que l’Apollon lumineux de Sébastian Monti (photo ci dessous) : une déclamation idéale, un timbre sans aspérité ni  contraintes, une vraie voix de haute-contre qu’il faudra suivre. Les autres rôles mineurs sont très bien défendus, en particulier le chef des matelots du baryton-basse Yannis François, voix bien posée et bien projetée. Une seule déception majeure : la basse caverneuse d’Antonio Abete, à l’élocution exotique et à la justesse souvent incertaine.

 

monti sebastian haute contre 16079_3Au pupitre, Jordi Savall réalise sans doute l’un de ses rêves les plus chers, après avoir si bien servi le Marais viole de gambiste. Mais le chef catalan, pourtant à la tête d’une phalange, Le Concert des Nations, aux sonorités chaudes et gouleyantes, n’est pas l’homme de théâtre qu’une telle partition exige. Si les tempi sont un peu moins accélérés que chez Minkowski, si la musique respire et laisse transparaître les contrastes, on sent parfois un manque de cohérence et de complicité entre la fosse et le plateau, comme si le chef était à son affaire sans se préoccuper des agitations de la scène (il a rarement levé les yeux de sa partition). Les chœurs méritent en revanche les plus vifs éloges, et le spectacle pris dans sa globalité, aura du moins permis de restituer aux Parisiens bien patients la beauté enchanteresse de la musique.

 

 

 

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Compte-rendu opéra. Paris, Opéra-comique, Marin Marais, Alcione, 30
avril 2017. Léa Desandre (Alcione), Cyrille Auvity (Ceix), Marc Mauillon
(Pelée), Lisandro Abadie (Pan / Phorbas), Antonio Abete (Tmole /
Grand-Prêtre / Neptune), Hasnaa Bennani (Ismène / Première Matelote),
Hanna Bayodi-Hirt (Bergère / Deuxième Matelote / Prêtresse),  Sebastian
Monti (Apollon / Le Sommeil), Maud Gnidzaz (Doris), Lise Viricel
(Céphise), Maria Chiara Gallo (Aeglé), Yannis François (Un matelot),
Gabriel Jublion (Phosphore), Benoît-Joseph Meier (Suivant de Ceix),
Chœur et Orchestre Le Concert des Nations, Jordi Savall (direction),
Louise Moaty (mise en scène), Raphaëlle Boitel (chorégraphie), Alain
Blanchot (costumes), Arnaud Lavisse (lumières),  Lluis Vilamajo (chef
des chœurs).

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la nouvelle production d’ALCIONE de Marin Marais à l’Opéra Comique
http://www.classiquenews.com/nouvelle-alcione-a-lopera-comique/

 

 

 

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