Compte-rendu, oratorio. Dijon, Opéra (Auditorium), le 3 mai 2017 – Falvetti : Nabucco.  Leonardo Garcia Alarcón

Compte-rendu, oratorio. Dijon, Opéra (Auditorium), le 3 mai 2017 – Falvetti : Nabucco.  Leonardo Garcia Alarcón. En septembre 2012, Classiquenews rendait compte déjà de la résurrection de ce « dialogo » : Nabucco de Falvetti, compositeur sicilien tombé dans un oubli total avant que Leonardo Garcia Alarcón révèle un autre de ses oratorios, « Il diluvio universale ».

NABUCCO_3504536659307154624L’histoire, biblique, reprise par Britten (The Burning Fiery Farnace) est empruntée au livre de Daniel : Nabuchodonosor, émergeant du sommeil, se remémore l’un de ses rêves, dont il cherche le sens. Il fait appeler Daniel, le prophète, par le chef de ses gardes, Arioco.  Trois jeunes gens  juifs refusant d’adorer sa statue seront précipités dans une fournaise, qui, miraculeusement, les épargnera. Environ trente ans après la Jephta de Carissimi, oratorio ou histoire sacrée, aux confins de la péninsule, à Messine, Falvetti,  après avoir assimilé toutes les techniques vénitienne, romaine et napolitaine en réalise une magistrale synthèse, originale et novatrice. Outre le message religieux évident, l’œuvre est porteuse d’un message politique puisque la Sicile, sous domination espagnole, s’est révoltée, provoquant une sanglante répression.

 

 

 

Leonardo Garcia Alarcón embrase Dijon avec le Nabucco de Falvetti

 

 

ALARCON classiquenews nabucco-de-falvettiL’oratorio fascine par son sens dramatique, propre à frapper les esprits. Il excelle à peindre les situations, les émotions de la manière la plus efficace. Dès le prologue, allégorique, la musique est démonstrative à souhait. Ainsi, le figuralisme du courant de l’Euphrate, les tensions produites par les retards nous impressionnent. Les courtes séquences -où alternent récitatifs,  arias, ensembles – articulées autour de motifs caractérisés, s’enchaînent avec souplesse, portées par un souffle, une continuité narrative et musicale.
Du prologue retenons le récitatif orné « Superbia, Idolatria » chanté par Matteo Bellotto (Eufrate), basse saine, solide, familière du chant baroque, puis  la brève apparition de Superbia , Capucine Keller, dont la voix se marie agréablement à celle de Arianna Venditelli (Idolatria), qui chantera ensuite Azaria. Un intense récitatif d’Arioco ouvre l’action « Ombre timide e oscure ». Ordonnateur du culte porté au souverain, puis du sacrifice des trois jeunes, il  déploie une large palette expressive. Owen Willets, contre-ténor, voix agile, souple et rompue à toutes les subtilités de l’ornementation, excelle dans ce rôle ingrat. Son « Udite, inclite genti », auquel répond le chœur d’hommes à l’unisson est un moment fort. Le sommeil de Nabucco est décrit par une sinfonia larga, avant que le souverain relate sa vision d’effroi, dont il va demander le sens à Daniel. Si son  aria « Per non vivere infelice » traduit son humanité, celle-ci fait place à sa vanité « S’alla mia imagio – Di lia scolpita», puis à sa colère, enfin au paroxysme de son esprit de vengeance, en dialogue avec le chœur, « Si, mi vendicheró ». Fernando Guimarães l’incarne avec bonheur, d’une voix saine, claire et solide dans tous les registres. Daniel est chanté par Alejandro Meerapfel, voix ample et de large tessiture. Son chant traduit à merveille son humanité et sa foi profondes. Le trio des jeunes juifs promis au martyre nous réserve les meilleurs moments. Les voix sont claires, expressives, fraîches et s’accordent à merveille. Azania (Arianna Venditelli) naturellement puissant, Anania (Caroline Weynants) au timbre moiré, Misaele (Lucia Martin-Carton) cristallin, nous ravissent par leur harmonie et leur entente. Leur bonheur est manifeste et communicatif. L’émouvant recueillement des trois victimes résignées qui se préparent au martyre, entourées de flammes « risolve morire » est un moment d’anthologie. Les interventions chorales magistrales des Chaldéens, participent pleinement à la dimension dramatique. L’orientalisme, ainsi la mélodie « tra le vente d’ardenti » (Anania), et la localisation d’une Sicile perméable à toutes les influences  ont  conduit Leonardo Garcia Alarcón à enrichir la palette orchestrale d’instruments orientaux (ney, duduk, kavall …). Leurs interventions ponctuelles ou quasi permanente (percussions de Keyvan Chemirani) sont bienvenues. La Cappella Mediterranea est à l’image de son chef : animé d’une vigueur et d’une sensibilité rares, l’ensemble se prête à toutes les intentions de Leonardo Garcia Alarcón, lyrique, réactif, intime et puissant, souple. Toujours le texte impose son intelligence, avec un art consommé de la déclamation servie par une attention particulière à la prosodie et à la diction. La mise en espace, naturellement sobre, efficace, participe de la compréhension et de l’émotion dont sont porteurs les interprètes. La vérité dramatique, le miracle musical sont manifestes.
Plutôt que les cris et les invectives de l’ultime affrontement des présidentielles, ceux qui avaient fait le choix d’aller écouter le Nabucco de Falvetti, dirigé par Leonardo Garcia Alarcon se souviendront longtemps de cette soirée exceptionnelle.

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Compte-rendu, oratorio. Dijon, Opéra (Auditorium), le 3 mai 2017 – Falvetti : Nabucco. Leonardo Garcia Alarcón. Cappella Mediterranea, Chœur de chambre de Namur, Fernando Guimarães , Alejandro Meerapfel , Owen Willets, Matteo Bellotto,  Arianna Vendittelli , Caroline Weynants , Lucia Martin Cartón, Capucine Keller.

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