Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 19 oct 2018. BELLINI : I Puritani. Camarena, Yende, Miksimmon / Franklin.

Compte-rendu, Opéra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica… Miksimmon / Franklin. En réunissant Pretty Yende et Javier Camarena en têtes d’affiche, I Puritani au Gran Teatre del Liceu de Barcelone était sans aucun doute l’un des spectacles les plus attendus de la saison européenne. Pour ce qui est de la partie vocale, les attentes n’ont pas été déçues…

 
 
 

Grande soirée belcantiste au Liceu !

 
 
 

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Pour le reste, on sait que I Puritani est un opéra extrêmement difficile à mettre en scène, son livret accusant d’évidents déséquilibres, et ce n’est pas la mise en scène confiée à l’irlandaise Annilese Miskimmon qui viendra résoudre la difficile équation, puisqu’elle complexifie un peu plus une histoire déjà passablement alambiquée. Car elle voir un parallèle entre l’époque de Cromwell à laquelle se passe l’histoire et la guerre de religion qui ensanglanta Belfast au milieu des années 70. Mais à la simple transposition, Miksimmon préfère juxtaposer les deux époques, et dans le (misérable et affreux) décor d’une salle des fêtes de la banlieue de Belfast, ce sont des personnages habillés en costumes du XVIIe qui y évoluent… L’intrigue apparaît encore plus opaque qu’elle ne l’est déjà, et l’on pardonnera encore moins cette nouvelle habitude de modifier les « happy ends » en drame : ici Arturo ne convole pas vers un juste bonheur mais est assassiné par les protestants, Elvira n’ayant d’autre choix que de sombrer à nouveau dans la folie…

De son côté, la direction musicale de Christopher Franklin alterne hauts et bas, commençant sous le signe de l’épure avant de basculer dans un ouragan sonore de proportions presque wagnériennes. On portera néanmoins à son crédit sa manière d’accompagner les chanteurs et de préserver la continuité musicale de la partition, ce qui n’est pas une tâche facile dans I Puritani…

Par bonheur, la distribution vocale rachète tout. L’Arturo de Javier Camarena était, bien entendu, la principale attraction de la soirée, et le ténor mexicain s’est joué de cette tessiture suraigüe avec son aisance coutumière, y ajoutant une pureté dans le legato, une lumière dans le timbre, une suavité dans les accents, et une intensité dans le phrasé sans rivales aujourd’hui dans ce répertoire. Tour à tour tendre et ardent, le personnage convainc de bout en bout, même s’il « se contente » d’un contre-Ré en lieu et place du contre-Fa attendu dans le fameux « Credeasi misera ». Propulsée vers les sommets depuis qu’elle a remporté le prestigieux Concours Operalia, la soprano sud-africaine Pretty Yende ne démérite pas en Elvira, délivrant un chant techniquement irréprochable, et faisant preuve d’une capacité à contrôler superbement l’émission de ses notes aigües, claires et timbrées sans jamais être criées, mais l’actrice peine en revanche à convaincre dans les moments les plus dramatiques de la partition. Devant l’enthousiasme généré par leur duo du III, Camarena et Yende bissent le célèbre « Vieni fra queste braccia », qui récolte bien 5mn d’applaudissements… Le baryton polonais Mariusz Kwicein offre un magnifique portrait de Riccardo, en ajoutant à la noblesse du phrasé bellinien une incroyable souplesse dans les ornements. Quant à la basse croate Marko Mimica, il possède tous les atouts pour être un Giorgio d’exception : splendeur du timbre, puissance vocale, legato racé et prestance scénique. Les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour l’Enrichetta de Lidia Vinyes-Curtis, tandis que le Chœur du Gran Teatre del Liceu s’avèrent également d’une très belle tenue.

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica… Miksimmon / Franklin. Illustration © A. Bofill

 
 
 

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