Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 25 septembre 2015. Boris Charmatz : 20 danseurs pour le XXe siècle. Alessio Carbone, Hugo Vigliotti, Francesco Vantaggio, Samuel Murez… Danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris.

Le spectacle de Boris Charmatz « 20 Danseurs pour le XXème siècle » ouvre la saison de la danse au Palais Garnier de l’Opéra National de Paris. La conception originale datant de 2012 est une sorte de happening chorégraphique qui s’adapte chaque fois à l’espace qui l’accueille. Ainsi, 20 solos font le portrait de l’histoire de la danse au XXème siècle, souvent dans des endroits avec aucune relation formelle ou évidente avec la danse.

Haute culture pour tous

millepied benjamin opera paris danse cocteau balanchine daphnis chloeLe nouveau directeur du Ballet de l’Opéra, Benjamin Millepied, a la brillante idée de proposer ce spectacle pour sa première saison. Le XXe siècle chorégraphique vient donc habiter le plus beau Palais de la danse du XIXe, et ce dans une grande et étonnante liberté. Une opportunité pour les danseurs engagés de s’attaquer à des répertoires très peu représentés sur la scène immaculée du Palais Garnier, mais aussi, et surtout, une opportunité pour un très grand public diversifié de venir visiter l’Opéra National de Paris, s’y promener librement, tout en découvrant les talents des danseurs et des chorégraphies interprétés. Si nous sommes peu habitués à tant de liberté au Palais Garnier, elle est sans doute bienvenue. La programmation de ce spectacle révèle, à notre avis, la volonté de la nouvelle direction d’élargir les horizons de la célèbre maison, avec un but que nous trouvons tout à fait visionnaire : la survie de l’Art. Il nous semble qu’elle a compris que tout art vit de son public, et que le public du XXIème siècle ne peut pas vivre encore avec les moeurs et les limitations socio-économiques du XIXe. Malgré le désordre initial d’une soirée qui commence en retard, nous célébrons à vive voix l’occasion !

La célébration permet aussi de voir des chorégraphies rares, d’avoir une proximité étonnante et alléchante avec les interprètes. Le parcours de la soirée se déroule librement dans 4 étages du Palais Garnier. Même dans des endroits à l’accès compliqué, un danseur ou une danseuse est en train de danser et faire vibrer le public… littéralement béat, étonné. Du Michael Jackson au Salon de La Lune par Hugo Vigliotti, coryphée ? Pari tenu. Alessio Carbone, Etoile, dansant Forsythe dans la Galerie du Glacier ? Défi relevé. Samuel Murez dansant du Fokine sur le Grand Escalier ? Idem. Nous découvrons aussi une époustouflante danse Buto interprété par Francesco Vantaggio, coryphée, qui paraît tout à fait habité par cette danse expressive et très théâtrale d’origine japonaise. Noëmie Djiniadhis interprète l’étude « Revolutionary » d’Isadora Duncan, mère de la danse moderne. Quel plaisir malin de voir cette pièce dansée dans ce lieu, où tant d’amateurs et de grands spécialistes ont dénigré Isadora Duncan de son vivant. Même sentiment d’étonnement joyeux en suivant Yann Saïz danser du Valeska Gert tout coquin et décontracté dans le Grand Foyer.

Un parcours qu’on ne se refusera pas de refaire et refaire, tant le spectacle est riche et rempli d’émotions rarement visitées. Un spectacle où le public participe selon sa volonté ; si Hugo Vigliotti demande au public de s’accommoder à ses exigences pour qu’il puisse danser en tout confort… du Michael Jackson, un fabuleux et émotif Samuel Murez préfère tomber sur un spectateur pour rendre davantage dramatique l’expérience… (et le spectateur ne se plaint pas). Au contraire, nous sommes de l’avis que la friction est une composante fondamentale de cette création : confrontation, expérience, laboratoire, partage… Si nos danseurs classiques y sont très peu habitués, l’expérience est nécessaire pour qu’ils deviennent plus libres et par conséquent des meilleurs artistes. La création de Boris Charmatz programmée par Benjamin Millepied nous rappelle que la danse est un art vivant et que l’Opéra National de Paris est en effet un endroit où tout est possible, que la culture, haute ou pas, est bien évidemment pour tous. L’excellence ne doit pas être celle d’une élite : sachons comme à Garnier la partager. Félicitations !

A vivre absolument au Palais Garnier à l’Opéra National de Paris encore les 1er, 2, 5, 7, 9, 10 et 11 octobre 2015.

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