COMPTE-RENDU critique, concert. FONTAINEBLEAU, salle de bal, dim 18 oct 2020. Résidence Thomas Hengelbrock I : de Monteverdi à Chardavoine…

salle-de-bal-fontainebleau-concert-renaissance-thomas-hengelbrock-classiquenewsCOMPTE-RENDU critique, concert. FONTAINEBLEAU, salle de bal, dim 18 oct 2020. Résidence Thomas Hengelbrock I : de Monteverdi à Chardavoine… Fontainebleau, capitale musicale à l’époque des Valois. Si Versailles demeure le foyer du goût des rois Bourbons (le roi soleil en est l’astre étincelant), Fontainebleau avait déjà favorisé dès le XVIè, l’art de cour et l’essor des divertissements sous le règne des Valois, François Ier et Henri II particulièrement. voilà donc un concert riche en symbole et aussi en promesses …
Comme première étape de sa résidence bellifontaine, le chef allemand Thomas Hengelbrock dirige son ensemble Balthasar Neumann, ici en formation de chambre : il se consacre exclusivement aux écritures de la Renaissance et du premier Baroque, alternant cycle d’œuvres italiennes et françaises.
Le spectateur à Fontainebleau, heureux détenteur d’une place de concert, traverse de somptueux appartements avant de rejoindre la salle de bal où l’attendent les musiciens. C’est un voyage unique dans le temps dont les jalons remarquables sont l’enfilade des appartements royaux (ceux d’Anne d’Autriche et de Louis XIII qui est né in loco) ; puis, la fameuse galerie François Ier, l’étonnant écrin maniériste (comptant fresques et stucs érotiques) de la Chambre de la Duchesse d’Etampes, enfin la salle de bal proprement dite, véritable « Vatican français » (selon Ingres lui-même). De fait les impressionnantes fresques par Niccolo del‘Abbate sous la direction du Primatice, même situé à bonne hauteur composent un ensemble unique au monde ; le rythme des allégories, des figures et nombre de Dianes lunaires et chasseresses forment le meilleur écho aux œuvres choisies : tout un monde poétique et raffiné que les musiciens ressuscitent. Au Monteverdi souterrain, d’abord murmuré, presque fantastique (sublime « Hor che ciel ») répondent les chansonniers Sermisy, Costeley, Lassus et surtout Guedron dont on aime retrouver l’exaltation du verbe, cet allant hédoniste que les 6 chanteurs défendent avec ardeur (« ça donnons à tous nos sens »). La fantasia de Purcell puis la Sonate de Castello fait passer des brumes de la Tamise, – dans leur texture étirée, en réalité très françaises, au soleil virtuose italien, grâce à la vélocité chantante du premier violon Daniel Spec. Parmi les Français, se distingue d’après Ronsard : « Mignonne, allons voir si la rose » mis en musique par Jehan Chardavoine, bien énoncée par l’alto Christian Rohrbach (voix petite mais très musicale). Thomas Hengelbrock évoque la figure de Marguerite de Navarre, la Reine Margot (fille d’Henri II et dernière Valois), résidente ici même, dont le souvenir est incarné grâce à l’Hymne que compose Claude Goudimel pour sa mort (1615).

La dernière partition du programme est déjà en soi un jalon exemplaire, en particulier dans le volume de la salle de bal (photo ci dessus) ; on imagine aisément comment l’Orfeo de Monteverdi à sa création au palais ducal de Mantoue (1607) a pu s’accorder au volume d’un écrin palatial, dans une acoustique moins résonante qu’une église. L’expérience à Fontainebleau est très convaincante : la scène sélectionnée permet à chaque chanteur d’affirmer un vrai tempérament dramatique, car ici les 6 chanteurs sont solistes, assurant son personnage comme sa partie au sein du chœur (extrait « Rosa del Ciel »). La vitalité souple du continuo où brillent sur le tapis aérien des violons, les timbres plus scintillants de la harpe et du théorbe, ajoute à l’expressivité de la direction : Hengelbrock maîtrise l’élan et le souffle lyrique, la liberté dansante des rythmes d’un opéra à la fois madrigalesque et baroque ; veillant aux équilibres entre voix, chœur et instruments. En cela l’ultime pièce donnée (en bis), le bouleversant Lamento della Ninfa, chef d’oeuvre languissant de Monteverdi, saisit par la sincérité et la musicalité des interprètes : aux 3 hommes tragiques et déclamatoires répond la prière ciselée et naturelle de la soprano requise (Bobbie Blommesteijn), sobre, humaine, au chant éperdue et sensible. Divine Ninfa pour un programme idéalement équilibré. On attend la suite de la résidence de Thomas Hengelbrock à Fontainebleau, en particulier en 2021, pour le bicentenaire Napoléon Ier, Israel en Egypte de Haendel qui évoque la campagne de Bonaparte en Egypte (8 et 9 mai 2021). A suivre.
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