COMPTE RENDU, critique, ballet. PARIS, Opéra National de Paris, le 30 juin 2019. Mats Ek / Jonathan Darlington.

COMPTE-RENDU, ballet. Paris. Palais Garnier, le 30 juin 2019. Carmen, Another Place, Boléro. Mats Ek, chorégraphies. Staffan Scheja, piano. Orchestre de l’Opéra, Jonathan Darlington, direction. Ballet de l’opéra. Le chorégraphe contemporain suédois Mats Ek sort de sa retraite pour deux créations mondiales et une entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra National de Paris en cette toute fin de saison 2018-2019. L’occasion de découvrir sa Carmen rouge sang de haut impact sur les planches du Palais Garnier, et de voir un nouveau « solo pour deux danseurs » ainsi qu’une nouvelle relecture de l’archicélèbre Boléro de Ravel. Il en découle un programme immanquable qui est agrémenté des performances redoutables de Staffan Scheja au piano et de l’Orchestre de l’Opéra, dirigé par le chef Jonathan Darlington.

 

 

 

Revenir à Paris, y danser la Vie

 

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Le triptyque commence avec l’entrée au répertoire de « Carmen », ballet d’une cinquantaine de minutes sous la musique génialissime de Rodion Chtchedrine, une sorte de transfiguration d’après Bizet. Le couple de Carmen et Don José est interprété par l’Étoile Eleonora Abbagnato et le Coryphée (!) Simon Le Borgne. Si nous attendions de la première la performance tonique et habitée qu’elle nous a offerte, avec un magnétisme affolant dans l’incarnation de notre gitane espagnole préférée, nous sommes dans la surprise et l’admiration absolue devant la performance, électrique et dramatique, du dernier. Des belles personnalités se révèlent dans les rôles secondaires, comme la caractérielle M de Muriel Zusperreguy … aux bras expressifs à souhait, le Gipsy sympathique et même alléchant de Takeru Coste ou encore l’Escamillo de Florent Melac, théâtral et affecté dans son excellente interprétation du toréador. Le ballet narratif de Mats Ek garde toute sa fraîcheur comme sa pertinence artistique, 27 ans après sa création mondiale. Sa Carmen est à l’instar de son œuvre et de son langage chorégraphique : iconoclaste, exigeante, stimulante, une LED multicolore dans un milieu souvent monotone jaune-chandelle.

La création mondiale du duo « Another Place » a eu lieu le soir de la première dans une autre distribution. Pour notre venue, en sont les créatrices, les Étoiles Stéphane Bullion et Ludmilla Pagliero. Lui, est la perfection totale dans ce langage chorégraphique qui cherche l’étrange, l’autre, l’autre mouvement, le mouvement autrement. Il maîtrise merveilleusement la désarticulation Eksienne, et paraît toujours sans effort dans ses sauts comme sans défaut dans ses atterrissages. Il montre ce soir, en plus, des talents grandissants de comédien. Son corps est son livret, et nous aimons à en rire et à en mourir l’histoire qu’il nous raconte avec les mots de Mats Ek, toujours touchant dans l’aspect très humain de ses ballets.
La Pagliero est une révélation ! Par l’humour, par l’aplomb, par tout l’éventail des sentiments qu’elle représente en mouvement. Le tout sous la musique unique de la Sonate en si mineur de Franz Liszt, brillamment exécutée par le pianiste Staffan Scheja. Un « solo pour deux danseurs » d’une poésie indéniable, duquel nous sommes témoins privilégiés des complexités des relations humaines ; dont le fil rouge est toujours l’instabilité.

Pour clore cette fabuleuse soirée, passons au Boléro, créé également le soir de la première, et dansé presque exclusivement par le corps de ballet. Il y a une baignoire au milieu du plateau qui se remplie d’eau par le geste répétitif de Niklas Ek, frère aîné du chorégraphe, pendant que les danseurs font sur scène ce qu’ils doivent faire, et ce n’est pas seulement aller à droite et à gauche, sauter par ci et par là, se porter les uns les autres… C’est comme une sorte de clin d’œil à l’œuvre musicale la plus vendue au monde et qui a été largement décriée par son compositeur. Si le ballet peut paraître vide comme la partition, presque parfaitement exécutée par l’orchestre, nous sommes de l’avis qu’il s’agît là d’un commentaire artistique. Pendant que nous sommes hypnotisés par la musique et les mouvements répétitifs, nous sommes dans l’au-delà, au-delà des préoccupations mondaines et spirituelles, dans la salle les cœurs palpitent comme dans la fosse et sur scène. Dans ce continuum musical et chorégraphique indescriptible, se détachent quelques personnalités, comme Sofia Rosolini, Roxane Stojanov, Giorgio Fourès, ou encore les plus connus Marc Moreau et Fabien Révillion. Réjouissante cohésion des corps.

 

 

 

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COMPTE RENDU, critique, ballet. PARIS, Opéra National de Paris, le 30 juin 2019. Mats Ek / Jonathan Darlington. Un programme de fin de saison qui a tout pour plaire pour le plus grand nombre. A voir absolument ! A l’affiche au Palais Garnier les 5, 6, 8, 9, 11, 12 et 14 juillet 2019.

 

 

   

 

 

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