Compte rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 18 janvier 2016. Mendelssohn, Beethoven… Martha Argerich, Kamerata Baltica

argerich_alix_Laveau_emi_pianoVoilĂ  un concert qui fera date. Merci aux Grands InterprĂštes! D’abord la dĂ©couverte de la sonoritĂ© soyeuse d’un orchestre de cordes des plus rares. FondĂ© par Gidon Kremer il y a 15 ans, cet orchestre de chambre (Kremerata Baltica) fait le tour du monde : 1000 concerts en 15 ans! FĂ©lix Mendelssohn juvĂ©nile (Ă  peine 16 ans) et brillant est magnifiĂ© par l’énergie et la beautĂ© sonore de ces cordes. Un pur bonheur de texture, rondeur et dĂ©licatesse. Sans chef et avec une complicitĂ© de chaque instant chacun est engagĂ© comme rarement. AprĂšs cette perfection instrumentale et cette beautĂ© qui crĂ©e lâ€˜Ă©motion la plus pure, la deuxiĂšme oeuvre  au programme en a saisi plus d’un. La suite de piĂšces des Saisons de Tchaikovsky qui sous les doigts rĂ©cents du pianiste Lang Lang avait semblĂ© sans Ă©motions (NDLR : cf notre compte rendu critique du rĂ©cital Lang Lang Ă  Versailles), a ce soir, rendu perceptible ce qu’est l’humour le plus brillant en musique. Alexander Raskatov est un compositeur Russe incroyablement douĂ©, aussi  sĂ©rieux qu’iconoclaste. Il se permet d’utiliser le composteur Russe le plus connu, Tchaikovski, pour faire de sa suite des Saisons, une peinture humoristique digne de Charlie Hebdo. Avec une grande culture, le sens des phrases musicales est dĂ©tournĂ©, inversĂ©, voir bafouĂ©…  et les Saisons deviennent un moment de fou rire tant pour les musiciens , qui se saisissent de percussions ou de minuscule trompettes, que pour le public. Moment de jubilation rĂ©alisĂ© avec une perfection instrumentale sidĂ©rante. Le piano prĂ©parĂ©, les appeaux, tout est musique et fait mouche.

AprĂšs un court entracte, la transcription des images d‘Orient de Schumann par Friedrich Hermann est trĂšs rĂ©ussie avec une complĂ©mentaritĂ© rĂ©jouissante entre le quatuor Ă  cordes par moments et tout l’orchestre. Notons que la beautĂ© des couleurs, la tenue rythmique impeccable et les nuances trĂšs abouties Ă©vitent toute monotonie Ă  ce superbe orchestre de cordes.

Beethoven : la fée Martha

Pour la derniĂšre partie du concert, Martha Argerich fait son entrĂ©e avec modestie. TrĂšs rapidement sa dĂ©marche qui a pu paraitre hĂ©sitante, se raffermit Ă  la vue des musiciens de l’orchestre et lorsqu’elle prend place au milieu d‘eux, il est aisĂ© de deviner qu’elle est tout Ă  son aise. Sa chevelure est d’argent, son sourire de velours. On dit que ce DeuxiĂšme Concerto de Beethoven est son prĂ©fĂ©rĂ© : nous le croyons!  Lorsqu’elle Ă©coute avec gourmandise la longue entrĂ©s de l’orchestre, il est clair qu’elle hume un parfum qui l’enchante. Il faut dire que les cuivres et vents qui ont rejoint les cordes font merveille, en couleurs, nuances, prĂ©sence chaleureuse.

La maniĂšre dont Martha Argerich se jette Ă  son tour dans la musique tient de l’émotion impatiente d’une enfant sage qui a longtemps attendu son plus grand plaisir. Il m’est impossible ensuite de dĂ©crire sagement cette interprĂ©tation tout Ă  fait unique. Car ce qui se dĂ©gage de ces minutes pour l’éternitĂ© est un partage de joie Ă  faire de la musique au sommet. Martha Argerich a des doigts de fĂ©es qui savent se faire oublier. Comme il est cruel pour tous les pianiste qui se croient sĂ©rieux quand cette dame faite musique fait oublier totalement son instrument. C’est de la pure musique qui Ă©mane de sa personnalitĂ© mystĂ©rieuse et proche Ă  la fois. La dĂ©licatesse du toucher est mozartienne et l’énergie, insatiable. Le dĂ©licat rubato donne vie Ă  chaque phrase. La maniĂšre de se glisser dans l’orchestre ou de donner l’impression qu’il sort de ses fins de phrases est de la pure magie. Les notes de perles lĂ©gĂšres sont d’une puretĂ© immaculĂ©e. L’Andante est un moment de partage accompli entre Martha et tous les musiciens. MĂȘme les abominables tousseurs du public ont su se taire, c’est dire! Le final caracole et vole Ă  tire d‘ailes dans une joie sans limites. Toute notion de virtuositĂ© s’évanouit : la Musique, c’est facile : c’est comme Martha respire.

Le bis permet de retrouver Martha Argerich seule et heureuse de jouer du Scarlatti avec des notes rĂ©pĂ©tĂ©es comme une folie douce. Un pur bonheur. Mais la grande gĂ©nĂ©rositĂ© des musiciens a Ă©tĂ© de nous donner en bis tout le dernier mouvement du Concerto. Introduite par Martha Argerich dans un tempo jubilatoire, c’est une vĂ©ritable explosion de bonheur musical auquel nous assistons. Un feu d’artifice irradiant!

Un trĂšs grand concert ce soir avec d’immenses musiciens, et Martha, impĂ©ratrice magique pour une musicalitĂ© absolue.

 

Compte Rendu Concert. Toulouse.Halle-aux-Grains, le 18 janvier 2016; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes en rĂ© mineur n°7 ; Piotr Illitch Tchaikovski ( 1840-1893)/ Alexander Raskastov ( nĂ© en 1953) : Les Saisons ; Robert Schumann (1810/1856) / Friedrich Hermann (1827-1907): Images d ‘Orient,Opus 66; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°2, en si bĂ©mol majeur,Opus 19 ; Martha Argerich, piano; Kremerata Baltica;

 

 

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