LIVRE, critique. Martha Argerich raconte par Olivier Bellamy (Buchet Chastel)

argerich martha entretiens 80 ans juin 2021 bellamy martha raconte critique livre classiquenews 9782283034460-4904fLIVRE, critique. Martha Argerich raconte par Olivier Bellamy (Buchet Chastel). Pianiste lĂ©gendaire, au toucher de velours et d’une rare richesse suggestive, la reine actuelle du clavier, c’est assurĂ©ment l’argentine Martha Argerich : elle a pour elle une maĂźtrise inĂ©galĂ©e de l’octave ; une dextĂ©ritĂ© souple, une agilitĂ© articulĂ©e qui se met au service du chant intĂ©rieur de chaque partition ; pour nous chatte plutĂŽt que lionne, farouchement indĂ©pendante, prĂ©fĂ©rant aux lumiĂšres de la ville et aux flashes mĂ©diatiques, la douce nuit du silence
 nĂ©buleuse rĂ©confortante et inspiratrice ; Martha est un ĂȘtre fauve et insaisissable en dĂ©finitive qui cultive l’art du retrait voire du repli ; s’économisant toujours, moins par calcul que par nonchalance. Une prophĂ©tesse malgrĂ© elle dont l’art de la pudeur naturel, rend fraternelle, Ă©tonnamment proche. Martha parle peu ; en quelques mots. C’est que la musique exprime infiniment plus que l’artifice fallacieux des paroles. C’est pourquoi chaque entretien est aussi prĂ©cieux que rare.
A demi mots, la sirĂšne Ă©nigmatique se livre, beaucoup ; sur sa carriĂšre, sa vie, ses amours ; ses amis, ses admirations (Ivry Gitilis, Gulda, 
) ; ses proches voire davantage : Rabinovitch, Kovacevich, Kremer, Dutoit, et bien sĂ»r le « petit frĂšre » et confrĂšre, Nelson (Freire), etc
 ; ses goĂ»ts aussi : Chopin, Schumann, Mozart plutĂŽt que Beethoven
 mais Ă  son corps dĂ©fendant. Rien ne l’intĂ©resse plus aujourd’hui que la transmission et l’aide qu’elle peut apporter aux jeunes interprĂštes.
L’envie de prendre son temps et aussi de travailler car sans discipline, pas de rĂ©sultat, se heurte toujours au principe de rĂ©alitĂ©. A travers 4 entretiens ici retranscris (2004, 2008, 2011, 2019) et plusieurs confessions thĂ©matiques, Martha Argerich qui souffle en juin 2021, ses 80 ans, se dĂ©voile sans fausse pudeur et sans effet narcissique. Comme son jeu, sincĂšre, franc,
 unique. Bon anniversaire Martha !

—————————————————————————————————————————————————

LIVRE, critique. Martha Argerich raconte par Olivier Bellamy (Ă©ditions Buchet Chastel).
Parution : 6 mai 2021 – 272 p. – prix indicatif : 21 € – Plus d’infos sur le site de l’éditeur Buchet Chastel :
http://www.buchetchastel.fr/entretiens-avec-martha-argerich-olivier-bellamy-9782283034460

Marta Argerich joue le Concerto en sol de Ravel

argerich_alix_Laveau_emi_pianoARTE, Dimanche 7 avril 2019, 18h15. MILAN, concert devant le DĂŽme
 Concert hors les murs de la Scala, sur la place du DĂŽme de Milan / Piazza del Duomo. La pianiste argentine, derniĂšre lĂ©gende vivante du clavier, dĂ©tentrice d’un toucher et de phrasĂ©s irrĂ©sistibles, joue Ravel (Concerto pour piano en sol majeur). Le concert exploite la grandeur et la beautĂ© du cadre patrimonial : la cathĂ©drale (il Duomo) de Milan, vĂ©ritable montagne de dentelle minĂ©rale est le plus important Ă©difice gothique d’Italie. La Scala, proche, dĂ©place son orchestre Ă  quelques mĂštres et offre ce grand concert populaire pour tout un chacun (soit devant cinquante mille spectateurs), offrande marquant le retour de la belle saison. Concert du 12 juin 2016, avec l’Orchestre de la Scala sous la baguette de Riccardo Chailly
 Programme symphonique français car aux cĂŽtĂ©s de Ravel en ses rythmes amĂ©ricains d’une verve ciselĂ©e, l’orchestre seul interprĂšte L’apprenti sorcier de Paul Dukas, suivi du BolĂ©ro de Maurice Ravel. Relecture d’un rythme de fandango, mais sublimĂ© par le sens de la texture et des couleurs de Ravel, gĂ©nie et poĂšte orchestrateur.

________________________________________________________________________________________________

ARTE, Dimanche 7 avril 2019, 18h15. MILAN, concert devant le Dîme
juin 2016.
RĂ©alisation : Patrizia Carmine (France / Italie, 2016, 59mn) – Direction musicale : Riccardo Chailly – Avec : Martha Argerich et l’Orchestre de la Scala

Compte rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 18 janvier 2016. Mendelssohn, Beethoven… Martha Argerich, Kamerata Baltica

argerich_alix_Laveau_emi_pianoVoilĂ  un concert qui fera date. Merci aux Grands InterprĂštes! D’abord la dĂ©couverte de la sonoritĂ© soyeuse d’un orchestre de cordes des plus rares. FondĂ© par Gidon Kremer il y a 15 ans, cet orchestre de chambre (Kremerata Baltica) fait le tour du monde : 1000 concerts en 15 ans! FĂ©lix Mendelssohn juvĂ©nile (Ă  peine 16 ans) et brillant est magnifiĂ© par l’énergie et la beautĂ© sonore de ces cordes. Un pur bonheur de texture, rondeur et dĂ©licatesse. Sans chef et avec une complicitĂ© de chaque instant chacun est engagĂ© comme rarement. AprĂšs cette perfection instrumentale et cette beautĂ© qui crĂ©e lâ€˜Ă©motion la plus pure, la deuxiĂšme oeuvre  au programme en a saisi plus d’un. La suite de piĂšces des Saisons de Tchaikovsky qui sous les doigts rĂ©cents du pianiste Lang Lang avait semblĂ© sans Ă©motions (NDLR : cf notre compte rendu critique du rĂ©cital Lang Lang Ă  Versailles), a ce soir, rendu perceptible ce qu’est l’humour le plus brillant en musique. Alexander Raskatov est un compositeur Russe incroyablement douĂ©, aussi  sĂ©rieux qu’iconoclaste. Il se permet d’utiliser le composteur Russe le plus connu, Tchaikovski, pour faire de sa suite des Saisons, une peinture humoristique digne de Charlie Hebdo. Avec une grande culture, le sens des phrases musicales est dĂ©tournĂ©, inversĂ©, voir bafouĂ©…  et les Saisons deviennent un moment de fou rire tant pour les musiciens , qui se saisissent de percussions ou de minuscule trompettes, que pour le public. Moment de jubilation rĂ©alisĂ© avec une perfection instrumentale sidĂ©rante. Le piano prĂ©parĂ©, les appeaux, tout est musique et fait mouche.

AprĂšs un court entracte, la transcription des images d‘Orient de Schumann par Friedrich Hermann est trĂšs rĂ©ussie avec une complĂ©mentaritĂ© rĂ©jouissante entre le quatuor Ă  cordes par moments et tout l’orchestre. Notons que la beautĂ© des couleurs, la tenue rythmique impeccable et les nuances trĂšs abouties Ă©vitent toute monotonie Ă  ce superbe orchestre de cordes.

Beethoven : la fée Martha

Pour la derniĂšre partie du concert, Martha Argerich fait son entrĂ©e avec modestie. TrĂšs rapidement sa dĂ©marche qui a pu paraitre hĂ©sitante, se raffermit Ă  la vue des musiciens de l’orchestre et lorsqu’elle prend place au milieu d‘eux, il est aisĂ© de deviner qu’elle est tout Ă  son aise. Sa chevelure est d’argent, son sourire de velours. On dit que ce DeuxiĂšme Concerto de Beethoven est son prĂ©fĂ©rĂ© : nous le croyons!  Lorsqu’elle Ă©coute avec gourmandise la longue entrĂ©s de l’orchestre, il est clair qu’elle hume un parfum qui l’enchante. Il faut dire que les cuivres et vents qui ont rejoint les cordes font merveille, en couleurs, nuances, prĂ©sence chaleureuse.

La maniĂšre dont Martha Argerich se jette Ă  son tour dans la musique tient de l’émotion impatiente d’une enfant sage qui a longtemps attendu son plus grand plaisir. Il m’est impossible ensuite de dĂ©crire sagement cette interprĂ©tation tout Ă  fait unique. Car ce qui se dĂ©gage de ces minutes pour l’éternitĂ© est un partage de joie Ă  faire de la musique au sommet. Martha Argerich a des doigts de fĂ©es qui savent se faire oublier. Comme il est cruel pour tous les pianiste qui se croient sĂ©rieux quand cette dame faite musique fait oublier totalement son instrument. C’est de la pure musique qui Ă©mane de sa personnalitĂ© mystĂ©rieuse et proche Ă  la fois. La dĂ©licatesse du toucher est mozartienne et l’énergie, insatiable. Le dĂ©licat rubato donne vie Ă  chaque phrase. La maniĂšre de se glisser dans l’orchestre ou de donner l’impression qu’il sort de ses fins de phrases est de la pure magie. Les notes de perles lĂ©gĂšres sont d’une puretĂ© immaculĂ©e. L’Andante est un moment de partage accompli entre Martha et tous les musiciens. MĂȘme les abominables tousseurs du public ont su se taire, c’est dire! Le final caracole et vole Ă  tire d‘ailes dans une joie sans limites. Toute notion de virtuositĂ© s’évanouit : la Musique, c’est facile : c’est comme Martha respire.

Le bis permet de retrouver Martha Argerich seule et heureuse de jouer du Scarlatti avec des notes rĂ©pĂ©tĂ©es comme une folie douce. Un pur bonheur. Mais la grande gĂ©nĂ©rositĂ© des musiciens a Ă©tĂ© de nous donner en bis tout le dernier mouvement du Concerto. Introduite par Martha Argerich dans un tempo jubilatoire, c’est une vĂ©ritable explosion de bonheur musical auquel nous assistons. Un feu d’artifice irradiant!

Un trĂšs grand concert ce soir avec d’immenses musiciens, et Martha, impĂ©ratrice magique pour une musicalitĂ© absolue.

 

Compte Rendu Concert. Toulouse.Halle-aux-Grains, le 18 janvier 2016; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes en rĂ© mineur n°7 ; Piotr Illitch Tchaikovski ( 1840-1893)/ Alexander Raskastov ( nĂ© en 1953) : Les Saisons ; Robert Schumann (1810/1856) / Friedrich Hermann (1827-1907): Images d ‘Orient,Opus 66; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°2, en si bĂ©mol majeur,Opus 19 ; Martha Argerich, piano; Kremerata Baltica;

 

 

CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

kovacevich stephen decca complete decca philips recordings Stephen_Kovacevich_Credit_David_Thompson_EMI_Classics_-_CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca). Le pianiste et chef d’orchestre amĂ©ricain (il a Ă©tĂ© directeur musical de l’Orchestre de chambre d’Europe), Stephen Kovacevich (Stephen Bishop-Kovacevich de son vrai nom) est nĂ© le 17 octobre 1940 Ă  San Pedro (Californie) d’un pĂšre serbe originaire de Croatie (rĂ©gion de Lika) et d’une mĂšre amĂ©ricaine. A 11 ans, il jouait dĂ©jĂ  Ă  San Francisco en 1951 le Concertino pour piano de Jean Françaix. A Londres, le jeune homme de 18 ans parfait sa technique et sa musicalitĂ© auprĂšs de Myra Hess. Sa carriĂšre dĂ©bute officiellement en 1961 lors d’un rĂ©cital, au Wigmore Hall de Londres (au programme : la Sonate de Berg, trois PrĂ©ludes et Fugues de Bach et les Variations Diabelli de Beethoven).

 

 

kovacevich stephen decca the complete recordings on Philips presentation review compte rendu cd coffret decca CLASSIQUENEWS

 

 

kovacevich stephen coffret double view review compte rendu critique cd philips decca Le coffret regroupant toutes les archives anciennement Philips, souligne les grands dĂ©fis interprĂ©tatifs qui sont aussi les territoires particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©s par le pianiste amĂ©ricain : Beethoven (concertos, Sonates, Bagatelles), Brahms surtout (Concertos, Scherzos, Valses, Intermezzos, Rhapsodies, KlavierstĂŒcke
), Bartok (Concertos), Mozart (Concertos). Piliers de cet hĂ©ritage pianistique, les rĂ©alisations avec les orchestres londoniens BBC Symphonic orchestra, London Symphony orchestra LSO (en particulier sous la direction de Colin Davis), sont les arguments majeurs du coffret Kovacevich 2015. Compagnon de la fĂ©line et irrĂ©sistible Martha Argerich, Stephen Kovacevich rayonne ici par son jeu carrĂ© et fin, douĂ© d’une clartĂ© communicante et vive qui s’est affirmĂ©e sans rĂ©serves chez Beethoven, Mozart, Schumann, Ravel ou Bartok. Le partenaire et compagnon de Martha Argerich, a construit sa carriĂšre sur l’engagement et la rĂ©flexion critique des partitions : leur fille StĂ©phanie a rĂ©cemment rĂ©alisĂ© un film documentaire d’une Ă©criture libre qui laisse la part belle Ă  l’évocation pudique de leur vie de famille : Bloody daughter, 2013 : LIRE notre compte rendu du dock Bloody Daughter par StĂ©phanie Argerich Kovacevich.

 

Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

 

 

 

CD, annonce. Coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd)

argerich martha imperatrice du clavier coffret evennement major box complete recordings deutsche grammophon presentation review account of CLASSIQUENEWS clic de classiquenewsCD, coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd). FĂ©line, fantasque, noctambule
 l’impĂ©ratrice du piano, 74 ans en 2015, Martha Argerich ex Ă©lĂšve de Friedrich Gulda Ă  Vienne est l’objet d’un portrait majeur en 48 cd, soit l’intĂ©grale de ses enregistrements pour Deutsche Grammophon, label avec lequel la pianiste argentine travaille et enregistre depuis le dĂ©but des annĂ©es 1960 (1961, premier album dĂ©diĂ© Ă  Chopin, Brahms, Liszt, Ravel
) alors que la jeune prodige avait remportĂ© les Premiers Prix de Bolzano et de GenĂšve (1957), pas encore celui du Concours Chopin de Varsovie en 1965. Au total, c’est le rĂ©pertoire essentiellement romantique qui se dĂ©voile sous ses doigts de velours : de 1960 Ă  2014 (dont le fameux duo avec Daniel Barenboim Ă  la Philhamronie de Berlin dĂ©diĂ© entre autres Ă  la version pour 2 Pianos du Sacre du printemps de Stravinsky, cd 43
, voici l’hĂ©ritage discographique d’Argerich chez Deutsche Grammophon. Chopin, Ravel, Liszt et Prokofiev on ensuite concentrĂ© son travail d’interprĂšte
 en tĂ©moignent les premiers enregistrements symphoniques qui ont suivi ; pour DG, Argerich conçoit plusieurs rĂ©citals en solo, surtout en duo (avec le violoniste Gidon Kremer et le violoncelliste Mischa Maisky entre autres). Figurent donc tous ses grands Concertos romantiques pour piano et orchestre (Beethoven, Liszt, Ravel, Tchaikovski, Schumann, Rachmaninov sous la baguette de Sinopoli, Abbado, Dutoit, Rostropovitch, Kondrashin, Chailly, et aussi les prolongements et accomplissements menĂ©s avec ses partenaires familiers aux sin de son festival de Lugano pour le Progetto Martha Argerich, Ă  partir de 2002.

Poétesse impériale du clavier

Martha Argerich : les notes fauves

argerich martha cd review and presentation on CLASSIQUENEWS.COM CLIC de classiquenews complete_recordings_on_dg_48cd-34669713-frntlLe coffret trĂšs complet sur les goĂ»ts et le jardin secret de la pianiste lĂ©gendaire comprend en fin de cycle plusieurs enregistrements des dĂ©buts chez DG, propres aux annĂ©es 1960 d’oĂč se distinguent ses lectures hypnotiques de FrĂ©dĂ©ric Chopin, compositeur de la nuit comme elle. Parmi les pĂ©pites remarquables de ce coffret Ă©vĂ©nement, citons son duo avec Nicolas Economou (Rachmaninov et Tchaikovski : transcriptions pour 2 pianos des Danses symphoniques et de Casse-noisette, 1983). Martha Argerich, musicienne affective travaille en famille : elle a toujours aimĂ© s’entourer d’une troupe de partenaires avec lesquels le jeu musical devient partage en affinitĂ©, complicitĂ© stimulante. En tĂ©moignent ainsi des transcriptions rares telles les exceptionnelles Ma MĂšre l’Oie et la Rhapsodie espagnole pour pianos et percus rĂ©alisĂ©es avec Nelson Freire, son frĂšre en musique (1993, cd 31), Les Noces de Stravinsky (version pour 4 pianos, solistes, choeur et perdus sous la direction de Diego Fasolis, juin 2004. Parmi les derniĂšres offrandes discographiques, les Concertos 20 et 25 de Mozart fixĂ©s en 2013 avec Abbado, un an avant la disparition du maestro italien, restent incontournables. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de classiquenews d’octobre 2015. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, annonce. Coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd)

CD. Mozart: Concertos pour piano n°20 et 25 (Argerich, Abbado, 2013)

Mozart_concertos_piano_20-25-Argerich-Abbado-cd-Deutsche-grammophon-lucerne-2013CD. Mozart: Concertos pour piano n°20 et 25 (Argerich, Abbado, 2013). La grĂące, la tendresse, le sourire de Mozart… Au festival de Lucerne 2013, les auditeurs ont eu la chance d’assister Ă  l’un des concerts mozartiens les plus Ă©mouvants grĂące Ă  la complicitĂ© de deux artistes ici rĂ©unis aprĂšs des duos prĂ©cĂ©dents qui ont comptĂ© : Martha Argerich, la funambule Ă©merveillĂ©e, et son compatriote le chef dĂ©cĂ©dĂ© en janvier dernier Claudio Abbado. Ils ont Ă©tonnĂ© par leur sens du jeu partagĂ© et dialoguĂ© dĂšs les annĂ©es 1960 (voir notre photo en 1967). VoilĂ  10 ans que les deux interprĂštes n’avaient pas enregistrĂ© ensemble.
CLIC_macaron_20dec13Dans ce doublĂ© concertant, le n°25 s’impose par sa tendresse allusive, le fluide digitale de la pianiste qui semble retrouver la lumiĂšre et le mystĂšre de l’enfance dans jeu perlĂ© et liquide d’une absolue simplicitĂ© (climat d’une rĂȘverie intacte dans l’andante central : l’accord flĂ»tes / piano est Ă  ce titre dĂ©chirant). Avec le 25, Mozart aprĂšs Les Noces de Figaro vit une histoire d’amour avec les Praguois, qui mieux que les Viennois si conformes, lesquels ont boudĂ© les Nozze, comprennent son style bouleversant. Ici sans clarinettes, la maturitĂ© laisse respirer une puretĂ© de ton nourrie de candeur sĂ»re parfois comme toujours traversĂ©e de gravitĂ©. L’orchestre Mozart de Claudio Abbado irradie de saine vitalitĂ©, jamais dĂ©monstrative mais d’un bout Ă  l’autre comme traversĂ©e par les battements d’un seul cƓur, celui d’une tendresse Ă©lĂ©gante, insigne du raffinement mozartien le plus dĂ©licatement abouti.

 

 

Magie mozartienne en complicité

 

abbado_argerich_piano_mozart_cocnertoliszt,-chopin,-prokofiev-ravel-cd-deutsche-grammophonLe 20 en rĂ© mineur a la tonalitĂ© des Ă©lans plus tragiques, saisis par des mouvements paniques Ă  laquelle Abbado transmet une Ă©nergie Ă  la fois fine et incarnĂ©e d’une absolue portĂ©e humaine. En fĂ©vrier 1785, Wolfgang laisse l’une de ses pages les plus personnelles : fondant l’hypothĂšse que ses Concertos sont bien tel un livre ouvert, le miroir de ses instants vĂ©cus les plus essentiels dans sa vie d’homme et de musicien. Ce tragique qui marque aussi l’ouverture de Don Giovanni s’accorde ici avec la finesse pudique propre Ă  Mozart, alors Ă©tabli Ă  Vienne comme le plus grand compositeur de son temps, adulĂ© comme tel par son pĂšre qui assiste Ă  la crĂ©ation et aussi par Haydn, totalement bouleversĂ© par le souffle dĂ©jĂ  romantique du morceau. Le couple Abbado/Argerich rĂ©alise ici un accomplissement poĂ©tique d’une Ă©loquence juste entre tendresse, aspiration, hypersensibilitĂ© (n’oublions pas que Carl Philipp Emanuel n’est pas loin : vĂ©ritable modĂšle pour Mozart alors). La Romance diffuse son caractĂšre enchantĂ© tel un songe hors du temps.
Le rondo final se distingue tout autant par son feu olympien, soulignant dans la complicitĂ© de deux artistes, une joie et une intensitĂ© rarement atteinte dans un programme. L’orchestre en totale harmonie avec le piano soliste (oeuvrant comme s’il en Ă©tait une Ă©manation organique) bouillonne, crĂ©pite, s’emballe avec la transe de la premiĂšre excitation, en une fiĂšvre dansante souvent irrĂ©sistible. Programme bouleversant et aprĂšs le dĂ©cĂšs du maestro, parmi ses ultimes enregistrements, l’un de ses plus dĂ©chirants. Incontournable.

CD. Mozart: Concertos pour piano n°20 et 25. Martha Argerich, piano. Orchestra Mozart. Claudio Abbado, direction. enregistrement réalisé en mars 2013, Festival de Lucerne. 1 cd Deutsche Grammophon 028947 91033 6.

Bloody Daughter. Argerich mĂšre et fille

Arte, le 18 dĂ©cembre 2013,22h45. Bloody Daughter. Les Argerich, mĂšre et fille. Docu, portrait de famille. Elle a du cran la fille Argerich qui longtemps aprĂšs avoir Ă©tĂ© jalouse des fans de sa mĂšre, Martha (nĂ©e en 1941), immense pianiste, comprit qu’elle Ă©tait la fille d’une … dĂ©esse.  StĂ©phanie a un sacrĂ© tempĂ©rament (c’est donc bien la ” bloody daughter ” du titre de ce film hors normes, une sacrĂ© fille -)… en mode narratif Ă  la premiĂšre personne, la jeune femme raconte son enfance, son adolescence, sa relation Ă  la mĂšre, Ă  la soeur, aux frĂšres … car le clan est Ă©tendu : Martha Argerich qui ne s’est jamais mariĂ© a collectionnĂ© les compagnons ; elle a toujours aimĂ© vivre en communautĂ©, accueillant aussi de jeunes pianistes devenus nounous de ses filles chĂ©ries.
StĂ©phanie filme le quotidien d’une famille Ă©largie oĂč rayonne le noyau maternel ; c’est un hommage tendre Ă  la mĂšre Ă  la fois douce et Ă©nigmatique, secrĂšte voire autiste ; d’une fĂ©linitĂ© toujours Ă©vanescente, Martha se dĂ©voile ici sous un autre jour ; elle qui n’aime que travailler la nuit ou discuter jusqu’Ă  plus d’heure …

 

 

Chroniques familiales

 

 

argerich_alix_Laveau_emi_pianoA la fois lionne impĂ©riale – avec sa longue tignasse grisonnante-, tigresse et chatte caline, la plus grande pianiste actuelle, Ă©lĂšve de Michelangeli, Magaloff, …  gagne a contrario de ce qu’elle aurait dĂ©clarĂ© dans un docu classique et explicatif, un nouvel Ă©clairage oĂč la femme insatisfaite, toujours en quĂȘte (d’idĂ©al) prĂ©fĂšre souvent le silence ou de vagues paroles suspendues … tout tient alors dans des gestes et des regards Ă  peine expressifs et indirects qui en disent infiniment plus que de longs discours. Ce qu’elle dit Ă  Jacques son impressario et ami dans le dressing rrom de sa chambre avant le concert polonais en dit long sur cette solitude insatisfaite proche de l’incommunicabilitĂ©.
La camĂ©ra filme des instants rĂ©cents pendant les tournĂ©es d’Argerich mĂšre. C’est d’abord Ă  Varsovie oĂč Martha dĂ©crocha en 1965 le Premier Prix du Concours Chopin (Ă  24 ans pour ses interprĂ©tations des Mazurkas), puis en Allemagne, lors d’une visite au pĂšre, Stephen Kovacevich (lui-mĂȘme a eu plusieurs fils de ses quatre Ă©pouses … que des fils, sauf avec Martha donc).
Au coeur d’une narration affectueuse et pudique, le visage et la prĂ©sence de Martha se prĂ©cisent par ses contradictions. Ce que l’Ăąme ne sait exprimer, la pianiste unique le dit sans sourciller Ă  son clavier : artiste Ă©poustouflante, mĂšre vaporeuse, femme Ă©nigmatique…

Bloody Daughter. Film de Stéphanie Argerich. Arte, mercredi 18 décembre 2013, 22h45.