Compte-rendu : Ars en Ré. Salle de la Prée, le 18 mai 2013. Gluck, Mozart : Grande Messe en ut mineur. Les musiciens du Louvre-Grenoble; Marc Minkowski, direction.

Mozart portraitXPour la troisième année consécutive, le festival Ré Majeure revient sur l’île de Ré. Pour le concert d’ouverture donné salle de la Prée à Ars en Ré, Marc Minkowski programme la Grande Messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Composée en 1782 suite à un voeu de Mozart, la Messe est cependant restée inachevée sans qu’on sache vraiment pour quelles raisons ; il s’est arrêté en cours de composition. Fidèle au principe qu’il avait initié pour les  deux Passions et la Messe en si mineur de Johann Sebastian Bach, Marc Minkowski a réuni dix solistes qui chantent seuls l’intégralité de la partition. C’est aussi Marc Minkowski lui même qui annonce le remplacement d’Anna Quintans et de Mélodie Ruvio souffrantes.

Les Musiciens du Louvre ouvrent la soirée en jouant l’ouverture d’Iphigénie en Aulide, opéra que Christoph Wilibald Gluck (1714-1787) composa en 1773 à la demande de Francois-Louis Gand Le Blanc du Roullet qui en avait par ailleurs écrit le livret. Plus chanceuse que l’autre Iphigénie (Iphigénie en Tauride), l’oeuvre fut régulièrement jouée jusque vers le milieu du XIXe siècle avant de tomber dans l’oubli et de renaitre de ses cendres. Marc Minkowski, très à l’aise dans le répertoire du XVIIIe siècle, connait parfaitement son sujet et dirige Les Musiciens du Louvre avec fermeté. Le chef choisit des nuances et des tempos assez justes dans l’ensemble. Il livre d’ailleurs une interprétation dynamique et agréable de cette ouverture que d’aucun pourraient juger trop courte. Mais comme le dit Marc Minkowski lui même : “l’action s’enchaîne directement avec l’ouverture, c’est pourquoi elle est courte”.

En ce qui concerne la Grande Messe en ut mineur de Mozart, elle est en général donnée avec un choeur et quatre solistes. Marc Minkowski applique une nouvelle fois le principe qu’il avait déjà adopté pour la Passion selon Saint Mathieu qu’il avait donné lors de l’édition 2012 de Ré Majeure : dix solistes qui chantent la totalité de l’oeuvre et un orchestre réduit. Si pour ce chef d’oeuvre inachevé de Mozart, l’orchestre est de “taille” normale,  les dix chanteurs assument les défis d’une partition belle et dépouillée. Au sein de l’ensemble vocal réuni par le chef, notons les très belles performances de la jeune mezzo soprano Marianne Crebassa (qui chante sans la moindre faiblesse le Laudamus te), de Ditte Andersen (éblouissante dans le Et incarnatus qu’elle chante avec grâce et simplicité) et de Pauline Sabatier qui, encore en début de carrière, sublime le Benedictus. Du côté des remplaçantes Yolanta Kovalska est très à son aise dans le Dominus Deus où elle retrouve Ditte Andersen; les deux voix s’accordent parfaitement et le duo est d’un niveau très élevé. En ce qui concerne les voix masculines, le quintette convoqué par Marc Minkowski n’a rien à envier à son pendant féminin; notons la très belle performance du ténor flamand Reinut Van Mechelen dans le Quoniam qu’il chante avec Marianne Crebassa et Ditte Andersen. L’alto Yann Rolland et la basse Charles Dekeyser ne sont pas en reste dans les ensembles qui leur sont dévolus même si nous aurions souhaité un alto avec un peu plus de coffre.

L’orchestre survolté et remarquablement dirigé par son chef et fondateur joue le chef d’oeuvre de Mozart avec précision. En programmant deux compositeurs contemporains qu’il connait parfaitement, Marc Minkowski a donné le ton du festival qui se déroule sur trois jours sur un rythme effréné.

Ars en Ré. Salle de la Prée, le 18 mai 2013. Gluck; Mozart. Ditte Andersen; Yolanta Kovalska; Pauline Sabatier, sopranos; Marianne Crebassa, mezzo-soprano; Violaine Lucas; Yann Rolland, altos; Jan Petryka, Reinut Van Mechelen, ténors; Charles Dekeyser; Norman Patzke, basses. Les musiciens du Louvre-Grenoble; Marc Minkowski, direction.

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