CD. Rameau : Hippolyte et Aricie (Christie, 1996)

CD. Rameau : Hippolyte et Aricie (Christie, 1996)   ...   Dès 1996, William Christie et ses Arts Florissants, portĂ©s par une expĂ©rience collective de près de 17 ans, inaugure avec cette gravure historique devenue lĂ©gendaire, un cycle Rameau particulièrement saisissant. Autant Zoroastre par son sujet et le profil des protagonistes Ă©voque le choc des forces du Bien et du mal en un opĂ©ra vĂ©ritablement spectaculaire, autant Les BorĂ©ades rĂ©activent sous le prĂ©texte du sujet du Dieu du vent du nord (BorĂ©e), le fantastique des phĂ©nomènes naturels (tempĂŞtes mulitples), … autant Hippolyte, premier grand ouvrage du Dijonais, sorte de dĂ©claration de tout ce qu’il va rĂ©aliser par la suite (1733) est un ouvrage oĂą perce la solitude des ” grands ” (Phèdre et ThĂ©sĂ©e), Rameau y analyse comme un texte de Corneille et surtout de Racine (le théâtre parlĂ© grande rĂ©fĂ©rence des gĂ©nies lyriques) l’impuissance trouble des âmes saisies dans leur Ă©loquente solitude et leur conscience terrifiĂ©e : le couple royal implose en plein vol et la musique dans le chant de l’orchestre nous dit tout de leur errance et de leur course au vide. Ici la fosse exprime les vertiges infernaux, Hippolyte Ă©galement (voir ici tout l’acte II : ThĂ©sĂ©e aux Enfers, Ă  la recherche de son ami PirithoĂĽs) mais Rameau peint aussi Ă  travers les amours d’Hippolyte et Aricie, le formidable printemps d’un l’amour juvĂ©nile le plus tendre jamais peint de cette façon (depuis Lully) sur une scène lyrique.

rameau_hippolyte_aricie_christie_eratoLe chĹ“ur d’une constante Ă©nergie (superbes Ă©pisodes des suivants de Diane), l’intensitĂ© de la direction, surtout la finesse des chanteurs dont la Phèdre ardente, tragique et sombre de Lorraine Hunt (l’un de ses meilleurs rĂ´les en totale complicitĂ© avec Bill) ou encore la chasseresse embrasĂ©e de Mireille Delunsch (la future PlatĂ©e tout aussi dĂ©lirante chez Minkowski), sans omettre l’exceptionnel Annick Massis, bergère sublimĂ©e pour l’air si tendre et conclusif des ” Rossignols amoureux ” accrĂ©ditent une lecture superlative dans ses choix vocaux … Tous restituent un Rameau enchanteur et Ă©pique, dont la science se met au service de l’expressivitĂ© la plus juste. Les divertissements (Ă©pisodes dansĂ©s et musicaux) y expriment une nostalgie d’une Ă©lĂ©gance inouĂŻe… Si l’on devait commencer son exploration du théâtre ramĂ©llien, Ă  coup sĂ»r, il faudrait dĂ©buter par l’Ă©coute de cette lecture remarquablement rĂ©ussie : la profondeur y Ă©gale la grâce (la mort d’Hippolyte qui suscite la terreur impuissante de Phèdre : moment unique dans l’opĂ©ra baroque français), ce qui est loin d’ĂŞtre le cas pour d’autres chefs, moins subtils. L’enchanteur William frappe fort et très juste : il y explore entre autres, avec une clairvoyance remarquable comme nul autre les jardins de Diane, instance propice Ă  l’essor de l’amour : ses tableaux de chasse, oĂą hautbois, bassons et cors disent le retour d’une arcadie espĂ©rĂ©e enchantent littĂ©ralement. Et tout le dernier acte, apothĂ©ose inĂ©galĂ©e depuis, faisant se succĂ©der  musette, ample chaconne, gavottes et dernier choeur nuptial dĂ©livre ici la perfection d’un ensemble dĂ©sormais inatteignable chez Rameau, les très bien nommĂ©s Arts Florissants.

 

En 1996 avant Zoroastre, dĂ©jĂ  se retrouvent deux ardente voix d’une parfaite intelligibilitĂ©, celles du couple Mark Padmore (tendre et très fluide Hippolyte) et l’ineffable Anne-Maria Panzarella, ici, angĂ©lique et naturelle Aricie (leur duo du IV, “Nous allons nous jurer une immortelle foi…” est anthologique). On ne peut imaginer meilleure caractĂ©risation Ă©motionnelle, linguistique, dramatique. L’un des sommets de la discographie des Arts Florissants et de William Christie, au rayon ” Rameau “. 3 cd Erato.

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